voir l'art autrement – en relation avec les textes

Art

Jusqu’où peut porter le regard ( RC )


Loompanics
Installation              Loompanics éditions:

"Vous êtes ce que vous savez
Vous êtes ce que vous faites
Aidez-vous   vous même
Plus de secrets
Plus d’excuses
Et non plus de limites"

-

 

 

 

A faire des comptes à rebours,
On imagine un bilan comptable,
Rechercher le pièce du puzzle,
-                         Celle qui manque.
S’il s’agit, comme dit Vautrin
D’un "grand pas vers le Bon Dieu"

Et sans forcément prétendre à allonger la jambe,
Pour franchir ce bas, à rassembler les neurones,
Faire, que sauter deçi, delà,
-                                A cloche pied,
Marelle,   se rapprocher du ciel
Les mots.             Se bousculent.

Mais s’ils se bousculent,
S’ils se brouillent aussi,
Quelquefois
C’est un regard, qui éclaircit au fur et à mesure.
Enfin,….       jusqu’où peut-il porter…  ?
En matière  d’équilibre.

Ce n’est pas une pièce qui manque,
Sur le parcours,
Mais, dans le chemin flou,
-         Toutes celles qui manquent
Et ,              à cloche pied, toujours,
Les trous de de conscience,

Comme trous de confiance,
Et comment se poursuit le chemin,
Bardé de barricades
Imaginaires peut-être,
Au pied d’un immeuble revêche,
Dressé au cercle du silence.

A faire des comptes à rebours,
J’ imagine un paysage serein,
Baigné de lumière
Mais je ne perçois
Que l’horizon brumeux,
Où se perdent les origines.

Et les directions.

RC  -  12 mai 2013

-


Claude Esteban – Mémoire


art: Joseph Beuys:  costume  de feutre

art:          Joseph Beuys:             costume de feutre

 

 

 

 

 

 

Mémoire

Non, la mémoire ne se résume nullement à la somme des choses mortes entassées

dans la tête. Elle est tapie au creux d’une odeur, d’une feuille froissée par la pluie, d’un

murmure. Et que l’on fasse taire en soi le bruissement de la pensée; qu’on s’arrache à

ce théâtre de mauvais rêves, le paysage se recompose, les formes s’animent, les

couleurs recommencent à vibrer. Rien ne bouge pour celui qui se détourne, tout

s’éveille au-devant de celui qui reste à l’écoute et il ne craint plus. On cherche à

l’endroit d’une ancienne blessure, et c’est à peine si la peau tressaille. Et c’est à

présent l’immobile qui devient une fiction, et cette lassitude d’avoir tant vécu

comme une invitation à poursuivre encore.


Claude Esteban

in  » La mort à distance «


Les horizons encore, derrière (RC)


peinture: Erich Heckel:        chevaux blancs        1912

Il y a tant  d’horizons encore, derrière la tombe du silence,
Tu peux partir blessée, à déchirer la lune
Et l’image de l’aimé,
T’enfoncer dans les ornières,        et t’égarer en chemin
Les oiseaux de passage, – ils ne te prennent pas ta voix,
Mais de la leur,                      te montrent, au petit matin,
Le jour naissant,                     dans ses habits de rosée,
Et la voie, un chemin ténu
Qui finit bien,                                                      un jour

Par sortir de l’hiver

 

-

RC –   30 avril 2013

voir le blog de phedrienne:

-


Serge Mathurin Thebault – Dialogue


peinture:           Eugène  Isabey:        baie de St-Enogat

Le rocher n’a pas son  pareil   pour dialoguer avec l’océan

Cela se fait sans mots

Cela se fait   après une lente étude   de la caresse.

-

 

Serge Mathurin THEBAULT

 

- l’auteur nous fait part  également  de son site, ici

 

-


Colette Peignot (Laure ) – d’où viens-tu ?


 

peinture  – Ferdinand  Hodler       Dents-du-Midi- dans les nuages  (Jungfrau )

 

D’où viens-tu avec ton cœur

déchiré aux ronces du chemin.

Les mains calleuses de casseur de pierre

et ta tête gonflée comme une

outre piquée ?

.

Nous sommes ceux qui crient dans le désert

qui hurlent à la lune.

.

    Je le sens bien maintenant : « mon devoir m’est remis. » Mais

lequel exactement ? 

    C’est parfois si lourd et si dur que je voudrais courir dans la

Campagne.

    Nager dans la rivière

    oublier tout ce qui fut, oublier l’enfance sordide et timorée.

Le vendredi saint, le mercredi des cendres.

    l’enfance toute endeuillée à odeur de crêpe et de naphtaline

L’adolescence hâve et tourmentée.

Les mains d’anémiée.

Oublier le sublime et l’infâme

Les gestes hiératiques

Les grimaces démoniaques.

    Oublier

    Tout élan falsifié

    Tout espoir étouffé

    Ce goût de cendre

    Oublier qu’à vouloir tout

    on ne peut rien

    Vivre enfin

    « Ni tourmentante

    Ni tourmentée »

    Remonter le cours des fleuves

    Retrouver les sources des montagnes

    les femmes les vrais hommes travailleurs

    qui enfantent

    moissonnant

    M’étendre dans les prairies

    Quitter ce climat

    Ses dunes, ses landes sablonneuses, cette grisaille et

    ses déserts artificiels,

    Ce désespoir dont on fait vertu,

    Ce désespoir qui se boit

    se sirote à la terrasse des cafés

    s’édite… et ne demanderait qu’à nourrir très bien son homme

    Vivre enfin

    Sans s’accuser

    ni se justifier

    Victime

    ou coupable

    comment dire ?

    Un tremblement de terre m’a dévastée

.

    On t’a mordu l’âme

    Enfant !

    Et ces cris et ces plaintes

    Et cette faiblesse native

    Oui –

    Et s’ils ont vu mes larmes

    Que ma tête s’enfonce

    jusqu’à toucher

    le bois

    et la terre

 

 

LAURE (Colette Peignot)

photographie -             Garry Winogrand -         El Morocco, 1955

-

 


Renée Vivien – Cri


photo Yannick LeGoff- de la collection du musée des Arts Premiers

photo Yannick LeGoff-              de la collection du musée des Arts Premiers

-

Cri

 

-

Tes yeux bleus, à travers leurs paupières mi-closes,
Recèlent la lueur des vagues trahisons.
Le souffle violent et fourbe de ces roses
M’enivre comme un vin où dorment les poisons…

Vers l’heure où follement dansent les lucioles,
L’heure où brille à nos yeux le désir du moment,
Tu me redis en vain les flatteuses paroles…
Je te hais et je t’aime abominablement.

____________

 

(Études et préludes, 1901)

-

 


Jean-Marie Kerwich – le chiffonnier des mots


montage  perso  à partir  de peintures

 

 

 

- montage  perso à partir  de peintures

 

Le chiffonnier des mots

Je n’écrirai plus. Je réapprendrai à ne pas savoir écrire. Cette vie d’écriture ne fait pas partie de ma condition de nomade. Je ne suis pas fait pour la lit­térature. Je suis de la race des arbres, je crie avec le tonnerre quand il s’annonce. Je ne suis qu’un vaga­bond, un chiffonnier des mots qui ramasse des pen­sées enguenillées au bord du chemin de son âme. C’étaient les fleurs sauvages, les feuilles mortes, la pluie, le vent, les ronces et les arbres qui me deman­daient de parler de leur vie. C’était une décision divine. Quand je rallumais mon feu de bois et me promenais dans des sentiers inconnus j’avais enfin appris à lire et à écrire. L’écriture était la roulotte où je vivais, mes poèmes étaient mes chevaux, mes pensées mes petites gitanes. Mais maintenant je dois retrouver ma vie nomade. Il est temps d’atteler mon coeur et de partir.

auteur  découvert  grâce au blog  littéraire  d’oceania…

 


José Emilio Pacheco – mer éternelle


peinture: Eugène Boudin

 

 

Mer éternelle
.
Nous disons que la mer n’a pas de commencement
Elle commence là où tu la rencontres pour la première fois
Et vient de tous côtés à ta rencontre.

 

-


La mer, que l’on voit danser ( RC )


peinture :        Georgia O’Keefe

-

La mer, que l’on voit danser

Et se jeter sur les rochers, encore

Et encore, comme des chiens voraces

Sur ce qu’il reste de terre

A dissoudre et avaler, en taisant le temps

Qui s’étire, à faire des demains,

Les ressacs violacés

De profondeurs de nacre,

Les chevelures d’algues affolées

Au milieu de l’écume.

-

Le sable fauve,           participe à ce destin..

Et on ne sait, s’il appartient encore

A la terre, ou au liquide

Ou l’écume du temps,       portée des courants

Et des vents, jaloux des éléments ;

Il se tisse en cordons blonds,

S’accroche en dunes,                aux reliefs,

Reliant ,                                 le temps d’une marée,

Les   cachant,  

                  Au gré de ses sanglots,

Tout un monde,               …. loin de la surface.

-

Ce large,                             – si large

….. Qu’embrassent les courants

A l’écart des légèretés d’atmosphères

Où même la lumière se fait                 discrète,

Au sein                        de l’épaisseur secrète

Que parcourent rarement les hommes,

Cuirassés              de combinaisons et scaphandriers

Où évoluent des bancs de poissons           chatoyants

Aux détours de plages et rochers, ………  posés là

Sur le fond,    -    …..et les épaves aussi,

             – Sentinelles inutiles d’une autre époque.

-

RC         23 avril 2013


Benjamin Fondane – Villes


peinture: Wayne Thiebaud            Sunset Street        1985 ( MoMa)

 

Villes

 

Le silence coula sur mes mains

c’était un orage de sable

la ville était pleine de sable

où donc étaient-ils les humains

j’avais beau courir dans le vide

suivi lentement de mes pas, le vide était plus plein

qu’une poitrine gonflée qui fait sauter les pressions,

le vide était si plein, j’avais si peur qu’il n’éclatât

que soudain j’ai pensé qu’il me fallait crier

ressusciter la vie

souhaiter le sifflet des bateaux, des sirènes d’usine

la rumeur des meetings, des fleuves de glace qui cassent

sous la poussée du printemps, les vitrines brisées des grèves générales, le bruit

strident des rémouleurs aiguisant les ciseaux, les couteaux, la criée des poissons dans les halles, les plaintes des marchands d’habits,

des rempailleurs de chaises, des pianos mécaniques et des musiques perforées.

Je vous appelais du fond terreux de mon angoisse

sonorités des étameurs, des camelots, ô chansons nasillardes

des marchandes de quatre-saisons qui font au printemps maladif

l’opération césarienne  -Et peu à peu je vis céder mon insomnie

mes oreilles bourdonnaient, une sorte d’âcre paix, une paix nauséeuse,

pénétra dans mon sang avec une vieille odeur de draps

et mon sommeil ouvert comme une bouche d’égout

buvait les cantiques pieux des machines à coudre,

le ronflement régulier des tuyaux de vidanges, le souffle léger de la vie qui monte et qui grince, ô poulie !

Le bruit de plus en plus fatigué de la vie.

 

 

-


T.S. Eliot- Arriver là d’où nous sommes partis


peinture:          Jerome Bosch – extrait du " jardin des délices"

-
"Nous ne cesserons d’explorer
Et le terme de toute notre exploration
Sera d’arriver là d’où nous sommes partis
Et de connaître cet endroit pour la première fois.
Franchir la porte inconnue et reconnue
Quand le dernier coin de terre à découvrir
Sera le commencement même ;
À la source du plus long des fleuves
La voix de la cascade cachée
Et les enfants dans le pommier
Non connus car non recherchés
Mais entendus, à demi entendus, dans le calme
Entre deux vagues marines."

de "« Little Gidding », Quatre Quatuors"

-

-


Laura – Prélude, comme une attente


dessin: Aloïse, musée de Lausanne

-

J’ai entendu le mot prélude,

c’est comme une attente,

un prélude à la nuit,

un prélude à l’aurore,

mais comme je ne suis pas sûr,

je préfère m’arrêter là.

 

Un alphabet de saveurs,

il faudrait donc les classer et pourquoi ?

Toutes les saveurs, comme tous

les malheurs et tous les bonheurs

n’ont pas d’alphabet.

 

Tout est mélangé, une larme de cannelle,

un piment de douleur.

On goûte à tout, café torréfié pour

se réveiller et pièces montées

pour les mariés.

 

Ne vous embêtez pas surtout

pour faire cet alphabet de saveurs,

elles viennent à notre bouche

et vous les reconnaissez sans erreur.

-

Laura

La personne qui a écrit ceci l’a  fait à travers un atelier d’écriture  organisé  dans un hôpital psychiatrique, et publié  dans  "mots de passe "  (  ville de Martigues)

-


la verte menace du supérieur aux oiseaux (RC )


peinture: J Dubuffet : " pour la plus grande joie du mauve"

-  

                   Notes assemblées, collées,

passages soulignés, paragraphes décalés,

—-    Secrets d’alcôve de palais vénitiens

Ce calme précaire suspendu dans les airs,

  • intérieur à la flamande,

La toilette de la mariée se détourne ,en carrelage froid.

 

Le somptueux ,                   voisine l’éventail rosi

                                    – chevelure fantasque,

Comme le plumage onctueux d’orange, se profile

L’œil fixe, me cloue,   – rapace -        de face.

Peu à peu le récit se cristallise de métaphores lisses,

Décrites d’ombres nettes,   vers le double encadré.

Epinglé,                              et qui n’est pas miroir.

 

Lance brisée, sous la verte menace du supérieur aux oiseaux,

Et l’arlequin déguisé,         rentré là,     comme par effraction.

Rien n’est dit ,           du robinet qui goutte,

( On l’entend plus         qu’on ne le montre, )

Contre le temps qui s’écoule,        cascade

La coiffure ,      d’un gnome aux quatre seins,

Avorton oublié là,     sans qu’on paraisse y prêter attention,

 

 

Au seuil de l’inquiétude.

-

RC  -  28 avril 2013

-


Il est des paroles précieuses ( RC )


installation:               Michael Heizer

-

 

Il est                         des paroles précieuses,

De celles qui dessinent un contour inoubliable

A travers l’air, à travers l’espace d’une page.

Il est des voix, qui traversent les époques,

Marquent la peau des mots

De la couleur des choses précieuses,

Et qu’il serait inutile de taire, d’enfermer dans une boîte,

Et de                                      soustraire au monde,

Comme celui qui enfouit son or, sous la terre.

 

Celle-ci a beau garder ses secrets,

Sous l’épaisseur nourricière, parcourue de racines,

On y trouve quelquefois des bijoux, et quelques pièces,

Mais surtout des cadavres,          qu’il est plus décent

De cacher aux yeux des vivants,

Et de cacher aussi les crimes,      des mêmes vivants,

En attendant l’oubli,       – à défaut de pardon

Et le retour à la terre…

 

Sous elle, -                       beaucoup de silence,

De la glaise collante         et des pierres lourdes,,

Mais , des pensées et des voix,                point ;

- Elles ont besoin des vivants

Pour continuer leur course,

De bouche en oreilles,              d’écriture en lecture,

-    De pensées en pensées,         comme ricochant

Sans s’arrêter           sur un fleuve devenu très large,

Que chacun alimente,                           à sa façon.

 

Il est des paroles précieuses,

Marquées de la peau des mots,

Qui coulent de source

Et leur couleur importe aussi ,       peu,

Sans jamais les enfouir

Dans son corps

Ou au creux de la terre.

 

— > Il suffit de les écouter.

-

RC – 22 avril 2013

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écrit  en relation avec un texte  précédent:

"manteau de terre"

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Ahmed Mehaoudi – la fin d’une parenthèse


c’est mieux la rose et l’eau

à ce ciel de soleil

on rira

au crépuscule

on pleura l’ami

qui dira mieux à l’eau de rose

 

c’est mieux que d’aller fouiner dans la nuit

 

meilleur qu’un oiseau de bonne augure

à ce visage d’idée

sans arrière boutique

c’est mieux d’écouter un grillon

éplucher une orange

lire en dormant

fermer la porte en baillant

 

c’est mieux de laisser closes les latrines

car c’est mieux de couler

dans les bras du printemps

vieillir au silence des étoiles

 

écrire se taire à l’impératif…

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17 mars 2013
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Claude Debussy – Voir le jour se lever


dessin perso: Musée d'Art de Bâle  - Suisse

dessin perso ——-d’après une oeuvre de Meister von Stierentz   : Musée d’Art de Bâle – Suisse    mars 2013

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Une citation paradoxale, pour quelqu’un d’aussi fin musicalement  que  Claude Debussy:

"Voir le jour  se lever est plus utile que d’entendre la Symphonie pastorale. "

Mais ( outre la notion  d"utilité", qui pourrait se discuter, et savoir  qu’est-ce  que l’auteur entendait par là ) …  le fait de ressentir des émotions  dans le monde "en direct", sans être lié au monde de la création,  et notamment  du domaine  auquel on appartient…

- peut-être aussi parce que l’oeuvre citée fait partie d’une culture "classique", donc, du passé…

jour

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Dylan Thomas – Et la mort n’aura pas d’empire


peinture: Mark Rothko

Et la mort n’aura pas d’empire.
Les morts nus feront foule
Avec l’homme dans le vent et la lune rousse ;
Quand leurs os blanchiront et leurs os blancs partiront,
Ils auront des étoiles au coude et au pied ;
Même s’ils sont fous, ils seront sains d’esprit,
Même s’ils sont perdus en mer, ils reviendront ;
Les amoureux seront égarés mais l’amour restera;
Et la mort n’aura pas d’empire.
Et la mort n’aura pas d’empire.
Sous les rouleaux de la mer
Ils demeureront à l’abri de la tourmente ;
Torturés pour que lâchent leurs nerfs,
Attachés à une roue, ils ne cèderont pas ;
La foi en leurs mains éclatera,
Et les diables cornus les piétineront ;
Écartelés de toute éternité, ils ne céderont pas ;
Et la mort n’aura pas d’empire.
Et la mort n’aura pas d’empire.
Plus aucun cri de mouette à leurs oreilles
Ou le déferlement des vagues sur les rivages ;
Où la fleur s’épanouit peut-être qu’aucune fleur
Ne lèvera son front aux coups de la pluie ;
Bien qu’ils soient fous et raides comme des clous,
Leurs têtes laboureront les champs de marguerites ;
Brisés par le soleil jusqu’à ce que le soleil se brise,
Et la mort n’aura pas d’empire.
-

Alexandre Romanès – Le fer dans le ciel



Papiers découpés:       Henri Matisse:           Polynésie, le ciel   1946



Ils portent le fer dans le ciel,
ils construisent des murs partout,
pour chaque mouvement du bras, une loi.
S’ils pouvaient faire des parcelles
avec le ciel, ils le feraient.
Assis dans l’herbe
entre les fleurs et les reflets du ciel,
je les regarde courir dans tous les sens.
Ils n’avancent pas.
Pire : ils reculent.

-
extrait de "Paroles perdues"  ( Gallimard)

-

quelques propos de A  Romanès, au sujet de son livre.

-

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Philippe Jaccottet – Cette montagne a son double dans mon coeur.


peinture F Hodler:

Le massif de la Jungfrau

-

-

Cette montagne a son double dans mon coeur.

Je m’adosse à son ombre,

je recueille dans mes mains son silence

afin qu’il gagne en moi et hors de moi,

qu’il s’étende, qu’il apaise et purifie.

Me voici vêtu d’elle comme d’un manteau.

Mais plus puissante, dirait-on, que les montagnes

et toute lame blanche sortie de leur forge,

la frêle clef du sourire.

-


Melot du Dy – La minute est morte


 

peinture: Berthe Morisot:            femme et enfant dans une barque

 

 

La minute est morte
Et je renouvelle
Un vaste et charmant
Sourire au bonheur
Et tous les matins
La vie à refaire :
Je m’éveille ici,
Je ne suis pas mort.
Sur la table rase
Où dort la poussière,
Avec mon index
Je dessine un cœur

Melot du Dy

 

-


L’été est trop grand pour moi- ( RC )


peinture: Helen Frankenthaler  - Alloy, 1967

peinture:           Helen Frankenthaler –             Alloy, 1967

-

Une étendue jaune, se cuit dans la langueur de l’été,

Le temps s’étire aux journées allongées,

De l’aube au couchant

L’esprit flottant, entre soleil et son reflet

L’été est trop grand pour moi,

Et mes habits flottent tout autour,

Il n’y a de printemps  que toi, mais

La solitude se glisse, entre la peau et la chaleur.

Et même les humeurs étoilées de la nuit.

-

RC    14 mars 2013

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-


Diana Der-Hovanessian -Poème ouvert


peinture: artiste américain ( non identifié)

peinture: artiste américain ( non identifié)

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la mort se trouve à côté chaque dormeur
ce jour se réveille
guette toutes les étapes
en posant le talon
qui rythme s’accélère à nouveau
et exhale chaque souffle
sauf où l’amour y respire

-

death lies beside each sleeper
that day wakes up
stalks every step
puts down the heel
that pace picks up again
and exhales every breath
except where love breathes in
-
ce texte, dont j’ai tenté la traduction,   est extrait du très riche  site  de la poésie  arménienne,  visible  ici.
-

Claude Saguet – Belle, pour quel désert suis-je promis ?


peinture - M Deroi

pastel  – Arthémisia  – "vers la ville "  ( étude )

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Belle, pour quel désert suis-je promis, pour quel autre

désert s’il faut, à chaque instant, retrouver sa solitude dans tous les yeux qui passent ?

Lorsque les routes se dédoublent et s’amoncellent les fleuves ; lorsque lentement, dans le matin, s’élève l’haleine rouge des heures, je voudrais m’ouvrir comme une parole privée d’air depuis longtemps.

La mer, de tous ces plis, m’apporte des chants sans mémoire qui vont, avec l’entêtement obscur de l’oiseau, pour retrouver un goût de terre et d’orage.

Désert, désert partout ! dans les cercles criants de la sève, dans l’arbre qui se tord pour ne plus exister

Et j’ai peine à croire à notre langage immobile sous les pierres, à ce reflet dans le miroir brisé à l’aube des cascades.

(l’œil déserté version 2 éditions dé bleu 1980)

La nuit m’apporte

un poème d’eau fraîche.

La nuit venue du fond

de ton corps mutilé

je peux la prendre dans mes bras ;

je peux l’avaler toute jusqu’au premier rayon.

La nuit venue du fond de ton corps flagellé

est-elle femme

ou rose noire ?

J’ai fermé portes et fenêtres.

Est-elle femme,

est-elle écho

la nuit venue du fond

de ton corps décharné ?

Je veux en elle

trouver un visage, de quoi me remettre à vivre.

La nuit couvre la plaine

de son lierre fantôme

et j’imagine un corps vivant.

La nuit comme une forêt morte

sur un chemin hanté de plaintives lueurs.

(l’œil déserté version 2 éditions dé bleu1980)

peinture: Hans Baldung Grien

peinture:          Hans Baldung Grien


Les couleurs endormies sous les laines – ( RC )


Sculpture-jouer: Roland Roure  -  équilibriste

Sculpture-jouet:                    Roland Roure – équilibriste  -      photo perso retravaillée

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Le funambuliste pose doucement ses mains sur le ciel.
Il quitte la corde pour accrocher un rayon de soleil
Et réchauffer, hors des habits gris
Les couleurs endormies sous les laines.

Une petite dame à la coiffure d’or,
S’empare des morceaux solaires.
On peut dire qu’elle se les approprie
Pour poser ses mains sur ma poitrine.

Elle a recourbé le ciel autour de moi,
Et fait de l’espoir un printemps,
En ôtant les laides laines d’hiver,
Suspendue aux nuages, nouvelle équilibriste.

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RC   – 17 mars 2013

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