José Emilio Pacheco – mer éternelle

peinture: Eugène Boudin
Mer éternelle
.
Nous disons que la mer n’a pas de commencement
Elle commence là où tu la rencontres pour la première fois
Et vient de tous côtés à ta rencontre.
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Zeno Bianu – Chet Baker – déploration

photo: Michael Bailey – Chet Baker - ( site allaboutjazz )
CHET BAKER (DÉPLORATION)
je joue au bord du silence chaque note a sa pesanteur son apesanteur particulière je ne bavarde jamais
je n’aime pas le brio le brio c’est toujours l’égo et ses vieilles lunes je préfère jouer vers autrui vers l’autre
tendre sereinement mon cœur oui ma musique s’envole vers autrui c’est un art de l’envol quoi d’autre .
ZENO BIANU .
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Garous Abdolmalekian – Chaque mot n’est qu’un piéton qui passe
Chaque mot
n’est qu’un piéton qui passe
Peu importe lequel
Nous écrivons seulement sur les vitres embuées
Pour faire apparaître
La forêt par-delà la fenêtre.
extrait de "Nos poings sous la table", ed Bruno Doucet
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T.S. Eliot- Arriver là d’où nous sommes partis
peinture: Jerome Bosch – extrait du " jardin des délices"
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"Nous ne cesserons d’explorer
Et le terme de toute notre exploration
Sera d’arriver là d’où nous sommes partis
Et de connaître cet endroit pour la première fois.
Franchir la porte inconnue et reconnue
Quand le dernier coin de terre à découvrir
Sera le commencement même ;
À la source du plus long des fleuves
La voix de la cascade cachée
Et les enfants dans le pommier
Non connus car non recherchés
Mais entendus, à demi entendus, dans le calme
Entre deux vagues marines."
de "« Little Gidding », Quatre Quatuors"
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Bassam Hajjar – S’il faut parler de lui ( le conteur )
S’il faut parler de lui
Evidemment,
je ne suis pas le conteur
je ne suis pas le loup
ni la porte du jardin,
je ne sais pas avant la fin
comment vous mourez
avec la déception de celui qui manque le train
et attend le train d’une heure et demie.
Evidemment,
ce n’est pas moi qui attends
car je n’ai pas même écrit une lettre
pour qu’elle m’arrive dans un an
et que je m’en réjouisse
car j’aurai attendu
que cette fois je ne serai pas déçu,
que je m’en réjouisse car le temps passe,
et que ce n’est pas moi qui fabrique les aiguilles
ni qui frappe l’émail de la montre
pour savoir combien le temps passe.
Tout comme je n’ai pas de temps
pour jeter ce qui reste par la fenêtre ou sous la table
sans que les chiens n’y fassent attention, ni les marchands,
les écoliers.
Evidemment,
ce n’est pas moi le conteur
ce n’est pas moi qui tisse dans l’ombre
la toile d’araignée de mon âme
pour raconter comme qui a peur de voir,
pour voir comme qui a peur de raconter,
pour savoir comment réveiller vos esprits silencieux
et faire de vos rires un musée
pour les échos lointains,
ce vase !
Quand vous déterrez ma main
et que vous dites : que c’est beau
ce chandelier !
Quand vous déterrez mon cadavre
et que vous dites : voilà le conteur.
Mais ce n’est pas moi le conteur,
et je ne vois pas,
à présent,
l’utilité de ces paroles.
(Février 1983)
extrait de "Tu me survivras" ( actes/Sud )
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Ahmed Mehaoudi – la fin d’une parenthèse

Arcs ; sculpture -installation extérieure: Bernar Venet
c’est mieux la rose et l’eau
à ce ciel de soleil
on rira
au crépuscule
on pleura l’ami
qui dira mieux à l’eau de rose
c’est mieux que d’aller fouiner dans la nuit
meilleur qu’un oiseau de bonne augure
à ce visage d’idée
sans arrière boutique
c’est mieux d’écouter un grillon
éplucher une orange
lire en dormant
fermer la porte en baillant
c’est mieux de laisser closes les latrines
car c’est mieux de couler
dans les bras du printemps
vieillir au silence des étoiles
écrire se taire à l’impératif…
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Richard Brautigan – Un carnet dans la même poche que mon passeport

poème-affiche du site des ArtPenteurs
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Les cinq poèmes
que j’ai écrits aujourd’hui,
ils sont dans un carnet
dans la même poche
que mon passeport. C’est
la même chose.
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Richard Brautigan, Journal Japonais
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Dylan Thomas – Et la mort n’aura pas d’empire
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peinture: Mark Rothko
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- Les morts nus feront foule
- Avec l’homme dans le vent et la lune rousse ;
- Quand leurs os blanchiront et leurs os blancs partiront,
- Ils auront des étoiles au coude et au pied ;
- Même s’ils sont fous, ils seront sains d’esprit,
- Même s’ils sont perdus en mer, ils reviendront ;
- Les amoureux seront égarés mais l’amour restera;
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- Sous les rouleaux de la mer
- Ils demeureront à l’abri de la tourmente ;
- Torturés pour que lâchent leurs nerfs,
- Attachés à une roue, ils ne cèderont pas ;
- La foi en leurs mains éclatera,
- Et les diables cornus les piétineront ;
- Écartelés de toute éternité, ils ne céderont pas ;
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- Plus aucun cri de mouette à leurs oreilles
- Ou le déferlement des vagues sur les rivages ;
- Où la fleur s’épanouit peut-être qu’aucune fleur
- Ne lèvera son front aux coups de la pluie ;
- Bien qu’ils soient fous et raides comme des clous,
- Leurs têtes laboureront les champs de marguerites ;
- Brisés par le soleil jusqu’à ce que le soleil se brise,
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- -
Melot du Dy – La minute est morte

peinture: Berthe Morisot: femme et enfant dans une barque
La minute est morte
Et je renouvelle
Un vaste et charmant
Sourire au bonheur
Et tous les matins
La vie à refaire :
Je m’éveille ici,
Je ne suis pas mort.
Sur la table rase
Où dort la poussière,
Avec mon index
Je dessine un cœur
Melot du Dy
-
Diana Der-Hovanessian -Poème ouvert
-
la mort se trouve à côté chaque dormeur
ce jour se réveille
guette toutes les étapes
en posant le talon
qui rythme s’accélère à nouveau
et exhale chaque souffle
sauf où l’amour y respire
-
Fatou Diome – L’Atlantique

photo Catherine Romagny – Pointe St Gildas à Prefailles
-
L’Atlantique caressait toujours les flancs de l’île, mais ne calmait pas toutes les angoisses.
Si les oiseaux chantaient le matin, les hiboux hululaient le soir. Le soleil baignait tous les visages, mais n’éclairait pas tous les chemins.
Et si l’ombre est reposante, la permanence des ténèbres finit par effrayer. Les jours s’enchaînaient, stagnaient ou fuyaient à toute allure.
Les humains s’évertuaient à ajuster leurs pas. On reprenait son souffle, on s’accrochait.
Parfois, le moral ployait comme une canne à pêche. Sur l’île, le quotidien n’était pas avare de nuances et la boule de l’existence tournait à sa guise.
Mektoub! Disaient les sages et les fous.
Et ceux qui ne disaient rien n’en pensaient pas moins.
L’Atlantique peut toujours rugir, il ne rugira jamais assez fort pour étouffer l’éloquence des soupirs.
Or, ce sont les soupirs qui disent le mieux le poids de la vie.
-
extrait de Celles qui attendent, Flammarion
-
Ahmed Mehaoudi – Si Proust n’avait pas écrit "à la recherche du temps perdu.
Massimo Pastore – Abstrait palpable
-
Ho donato la mia spalla nuda
alla notte, quando le stelle
si facevano spazio coi denti
tra le inquietudini del cielo
allora cantavo una canzone lenta
sillabata, quasi come se le parole
scuotessero la lingua
mutando stagioni, dissapori e assolute verità
e con le scarpe sugli occhi
andavo legando, slegando sotto il cielo
montagne di teoremi
o piccole poesie.
Massimo Pastore, da Gesù dei carruggi, 2001
.
Lucien Clergue, Vénus d’Arles
J’ai donné mon épaule nue
à la nuit, quand les étoiles
ouvraient l’espace de leurs dents
parmi les inquiétudes célestes
je chantais alors une chanson lente
syllabée, presque comme si les mots
bousculaient la langue
transmuant saisons, brouilles et vérités absolues,
et, souliers sur les yeux,
j’allais liant, déliant sous le ciel
des montagnes de théorèmes
ou de menues poésies.
Massimo Pastore, extrait de Gesù dei Carruggi
(trad. Valérie Brantôme)
-
Mario Luzi – à l’image de l’homme ( extrait )
-
Trop différente de nous. Trop
hors de portée de l’appel
ou du signal de retour.
Anéantie même
douceur et tourment
du souvenir et de la différence.
D’au-delà de toute mesure
humaine il nous regarde,
cet âge qui fut souverain,
pétrifié par sa distance
soustrait par l’oeuvre du temps
au temps et au changement.
Ô ère qui es la nôtre
et qui te fossilises peu à peu,
fais-moi sortir du ventre
de ton dur monument
comme chenille, comme chrysalide dans le vent.
L’après, le plus, doit venir à l’aide.
.
.
Ara Babaian – des visages apparaissent dans la nuit comme une prière
-
poésie arménienne: Ara Babaian: dont j’ai légèrement modifié la traduction pour mieux l’adapter - selon moi – au sens
Cliquer pour écouter le clip audio de visages apparaissent dans la nuit comme une prière lue par Lola Koundakjian.
La nuit des visages viennent
Abdallah Zrika – Je veux un horizon vertical

dans la nuit"

peinture: Robert Motherwell:
The Garden Window, Open n110, 1969 …
deux reproductions extraites de l’article intéressant sur les fenêtres que l’on peut retrouver ici…
Kiril Kadiski – le couchant dégouline sur la vitre humide
-
Il ne pleut plus et l’après-midi est tiède.
Les mouches s’animent après l’apathie de leur sieste.
Dehors, le couchant rouge dégouline
sur la vitre humide et elles le sucent. Déjà vide,
la boule de verre qui roule à l’horizon jette ses reflets dorés.
Encore un jour de passé. Mais qui s’en est aperçu ?
Les arbres balancent leurs branches dans l’ombre bleue.
Derrière, les toits éclairés ressemblent
à des flammes attisées par le vent. Ton cœur brûle.
Où aller ? C’est le soir…
Errant sans but
tu épies les jeunes femmes et tu vois que chaque soupirail
les attend dans le noir et leur met des chaussettes jaunes.
Les voitures tournent
un nouveau film sur le mur du coin ; n’est-ce pas un nouveau
Fellini ? Ou bien est-ce toujours le même réalisme
absurde autour de toi… Dans l’allée obscure
un vrai pauvre est assis et comment peux-tu savoir
si son pantalon est déchiré aux genoux
ou si ce sont les pièces de ses mains alourdies…
Le ciel brille sombrement. Tu vois une époque ancienne :
porte cloutée, trouée par des flèches enflammées,
enfoncée et jetée sur le ciel.
Par là les siècles sont entrés
dans nos jours… Quelque chose de miraculeux au loin :
la lune pourpre frissonne et court à travers des nuages déchirés,
mais de ses branches sèches un peuplier l’attrape –
coquelicot déchiqueté qui flamboie
au milieu du blé par une chaleur sombre et immobile…
Silence partout. Enfin tu vas rentrer.
Pendant longtemps tu resteras éveillé, les paupières lourdes.
Dehors, le couchant dégouline sur la vitre humide. Déjà vide,
la boule de verre qui roule à l’horizon jette ses reflets dorés.
Encore un jour de passé. Mais qui s’en est aperçu ?
Kiril Kadiski
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Bassam Hajjar – Mets une girafe dans un bol, un poisson dans un jardin

peinture Petite Lap de Cat Painting
METS UNE GIRAFE DANS UN BOL,
UN POISSON DANS UN JARDIN
Habitons-nous dans le nuage bleu
que Marwa dessine à côté de mon nom ?
Quand le fracas se rapproche de la fenêtre
quand les meubles s’accroupissent dans les coins
ou que les rideaux prennent peur,
ni le nuage ne pleut,
ni mon nom n’embellit le monde.
Alors toi ma fille, dors,
et quand je somnolerai un peu
Je te promets de rêver de toi
de vider mon crâne de sa lourde quincaillerie
et de penser au nuage bleu
a la maison
au seuil
aux fruits qui ressemblent aux papillons
aux papillons qui ressemblent aux fruits
Uniquement quand tu les dessines.
Je te demande alors :
pourquoi ne dessines-tu pas le monde entier
pour qu’il lui soit donné de ressembler à quelque chose ?
Mets une girafe dans un bol
un poisson dans un jardin
mets un oiseau et un rhinocéros dans la même cage
et crois qu’ils vont s’aimer
parce que tu le veux ainsi
avec l’entêtement qui te fait considérer le sommeil
comme de fausses vacances.
Mets, quand tu dessines mon visage,
un peu de fatigue sur mes traits
une seule ligne sur mon front
pour que je considère que je suis au milieu de la vie
et non à la fin.
Mets une lueur de la couleur de ton choix
pour que la sécheresse ne s’attarde pas dans mes yeux
mets de l’eau en quantité
pour qu’il me reste deux mains énergiques
des moustaches
et un coeur rabougri, tant le vide fait siffler ma poitrine.
N’oublie pas les lits pour dormir
les bouches pour sourire
et un peu de larmes
seulement
pour nous rappeler de temps en temps
avant de l’oublier
comment un homme pleure comme une femme
comment une femme pleure comme une femme
comment ils pleurent, tant les pleurs les rassemblent.
Habitons-nous dans la petite boîte
que tu meubles avec des bouts de papier
des allumettes et des cuillers ?
Et puis arrive ta fille, jolie comme une poupée,
pour nous apprendre comment les poupées sont heureuses
sans parler
délicates, sans que personne ne leur manque.
Puis tu fermes la porte,
tandis que l’homme se souvient qu’il est un homme
et la femme qu’elle est une femme,
ils se souviennent qu’ils s’éloignent ensemble
chacun tout seul,
vers une obscurité redoutable.
Mets une étagère pour la lampe
une patère pour mon manteau ou mon chapeau
mets une nuit tiède après chaque jour
et des voyageurs
qui ne manquent pas leurs rendez-vous
ni de frapper à la porte
et de t’entendre courir
et jubiler derrière la porte.
-
(Paris, fin décembre 1986)
-
extrait de "tu me survivras" Actes/sud
Enrico Testa – des temps concordants
dans des temps concordants, l’été,
bien qu’en des lieux différents
du même Apennin,
nous avons essayé, enfants,
de remonter les torrents
pour en trouver la source.
Il y avait une obscurité de sous-bois,
des fougères, un vert à peine plus intense,
un peu de mousse
et des pierres ruisselantes
et rien d’autre :
la déception de l’origine
elle suit un mouvement fluide et vertical
cette montée de la colline
tournant après tournant
vers le soir.
Même les assassins disent
que le vent de septembre est doux :
il nous pousse
parmi les oliviers et les cyprès
et il nous défend
jusqu’à l’anse neutre du balcon
qui sous le ciel gris clair
s’ouvre face à la mer.
Mais à présent, dans le noir,
nous sommes encore en quête
de ton aide :
nous t’appelons du jardin
cachés, par jeu, derrière le mur
sur le terre-plein de la voie ferrée
longeant le bois
les troncs des acacias
sont noirs après la pluie
comme des traits d’encre qui s’écartent.
Pâques est désormais le papier d’argent,
poussiéreux et pâli,
des oeufs, suspendu
aux branches des cerisiers.
Rubans qui miroitent dans le vent
et devraient tenir à distance
le peuple envahissant des merles
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .(Pasqua di neve, Einaudi, 2008)
-Enrico Testa, comme un certain nombre de poètes italiens intéressants - et méconnus – peut être retrouvé sur le blog d’une "autre"poésie Italienne…
-
Alda Merini – folie
-
Folie, ma grande jeune ennemie,
il fut un temps où je te portais comme un voile
sur les yeux, me découvrant à peine.
je me suis vue dans le lointain ta cible,
et tu m’as prise pour ta muse ;
lorsqu’est venue cette chute de dents
qui m’endolorit encore parmi les dépouilles,
tu as acheté cette pomme de l’avenir
et m’as donné le fruit de ton parfum.
–
Follia, mia grande giovane nemica,
un tempo ti portavo come un velo
sopra i miei occhi e mi scoprivo appena.
Mi vide in lontananza il tuo bersaglio
e hai pensato che fossi la tua musa;
quando mi venne quel calar di denti
che ancora mi addolora tra le spoglie,
comprasti quella mela del futuro
per darmi il frutto della tua fragranza.
-
Vuoto d’amore, Einaudi, 1991
-
Leon Felipe – le poète prométhéen
LE POETE PROMETHEEN

Joseph Marie Thomas Lambeaux (1852-1908) : « Prométhée »
Le poète prométhéen… vient rendre témoignage
de la lumière…
Et la Poésie entière du Monde… il se peut que ce soit la
Lumière…
Je pense que c’est un Vent enflammé et génésique
qui tourne sans cesse tout au long de la grande courbe de
l’Univers…
Quelque chose de si objectif, si matériel et si nécessaire…
comme la Lumière… Peut-être est-ce la Lumière…
La Lumière !
La Lumière dans une dimension que nous-mêmes nous ne connaissons pas encore.
Lumière…
Quand mes larmes t’atteindront
la fonction de mes yeux…
ne sera plus celle de pleurer…
mais de voir… Marin…larmes… larmes… larmes… le nuage… le fleuve… la mer… Là-bas…au-delà de la Merà la fin de mes larmes…se trouve l’île que cherche le navigateur.
Dans quel but nos yeux sont-ils faits pour pleurer et pour voir ?…
Je demande ça, comme ça.
Pour quelle raison, de ces deux œufs petits et blanchâtres
qui se cachent dans nos cavités ténébreuses sous
le front, comme deux nids à l’aine de branches d’arbre,
naissent au même moment et les pleurs et la
clarté resplendissante ?
Je demande, seulement.
Pourquoi dans la goutte amère d’une larme l’enfant voit,
pour la première fois, comment se brise un minuscule rayon
de soleil… et comment en partent, en s’envolant pareils à sept
oiseaux, les sept couleurs de l’arc-en-ciel ?
Je demande simplement.
Dans quel but naît la Lumière… cette pauvre lumière que nous
connaissons… avec la première larme de l’homme ?
Et pourquoi ne doit-elle pas naître, l’autre… la poétique… celle
que nous cherchons… avec la dernière larme du Monde ?
***Le poète prométhéen doit toujours mourir bafoué et lapidé. Calomnié… crucifié et maudit !Le véritable poète est le Verbe… le Fils.La Poésie est la parole… Mais quand les marchands et les pharisiens du temple l’eurent salie et corrompue en l’utilisant pour vanter leurs marchandises et faire respecter les ordres injustes du Grand Prêtre… le Christ se mit à parler en paraboles… La parabole…n’est pas encore corrompue.La parabole est une façon oblique de parler par périphrases que les marchands ne peuvent utiliser
parce qu’elle ne s’adapte pas au mécanisme éhonté et cynique de leurs transactions.
Avec une parabole, je veux définir la Poésie et expliquer les trois classes de poètes qui existent
et qui ont existé dans le monde. Avec la parabole du Fils Prodigue. Le Christ, dans les Evangiles, ne rapporte que la première partie…
Mais il y a trois actes… Je vais la raconter ici dans sa totalité…Avec humilité et respect…Il n’y rien d’hérétique dans ce que je vais dire…
Le Christ raconte cette parabole du Fils Prodigue pour glorifier le Père…
La miséricorde du Père… Quand les pharisiens commençaient à dire de Jésus qu’il s’asseyait à manger avec les prostituées et les publicains…
Mais on peut la raconter aussi pour glorifier l’Esprit…
C’est celle-là, la parabole complète :
En ce temps-là, il y avait un père qui avait de grandes richesses
et de la sagesse… Il avait aussi trois fils… Trois. Et les trois,
un jour, réclamèrent leur héritage et, avec cet héritage
sur l’épaule, chacun d’eux, l’un après l’autre, s’en alla
d’aventure de par le monde.
Le premier… nous le connaissons… il revint à la maison
terrorisé par un nuage noir qui passait… et avec la dernière
caravane du soir…
Le père, plein de pitié, le voyant de retour, fit sacrifier le
veau gras de cette année-là… et il y eut un festin et des
actions de grâce dans le clan car le père était riche et
respectait la loi… et parce qu’il était miséricordieux.
Là s’arrête la parabole évangélique, qui, davantage que la
parabole du fils est la parabole du père, la parabole où on
glorifie le père, la parabole du pardon qui sait parler ainsi :
« Bienheureux les pauvres d’esprit »…
Car il n’était autre qu’un « pauvre d’esprit » ce fils
qui en avait été réduit à n’être, après avoir dilapidé son avoir
avec prodigalité, qu’un gardien de cochons et à dormir dans
une porcherie… Un jour, à bout de force, il était retourné au
foyer paternel porté par les sirènes domestiques. Le père,
lorsqu’il l’avait vu prosterné à genoux sur les dalles de la cour
et arrosant le sol de ses larmes, avait ouvert grands ses bras et
l’avait relevé, miséricordieux… Mais il s’était senti triste et
affligé de son retour.
Le second fils demeura seul et épuisé dans un pays dur et sec
où ne passaient ni marchands ni voyageurs. Lorsque
la nuit tomba sur cette terre dure, il s’endormit. Il fit un rêve.
Dans ce rêve, un aigle et un serpent se battaient. Le matin,
lorsqu’il s’éveilla, il dit : Je resterai ici. Et à cet endroit, il
planta sa tente. Autour de sa tente grandit une ville puissante.
Il aima et eut sept fils… Sept fils qu’il se prit à élever avec
les sept couleurs de l’arc-en-ciel. Puis il les éleva encore
avec une flûte. Il fut l’inventeur de la parole, de la peinture
et de la chanson. Il mourut crucifié. On l’enterra parmi les
arbres et il se décomposa sous l’herbe.
Ce fils ne revint jamais… mais le père sut ce qu’il en était
advenu. Quand des marchands étrangers lui apprirent
qu’il était Prince d’une ville lointaine merveilleuse, pour
glorifier son fils, rempli d’allégresse, il ordonna le
sacrifice du veau gras de cette année-là et il y eut festin et
prières d’actions de grâce dans le clan, car le père était
homme riche qui observait la loi et… avait l’orgueil de
sa caste.
Cette parabole, c’est la parabole du fils, la parabole du
Verbe, du Verbe fait chair, de la chair multipliée qui se
plante dans la terre, s’enterre et se décompose dans la terre
pour que l’esprit se libère.
Le père avait su ce qu’il lui était advenu. Il avait écouté
son histoire, bouleversé, mais il s’était senti heureux et
satisfait parce que ce fils-là, vainqueur de la tentation des
sirènes domestiques, avait élevé sa propre maison loin du
clan, de nuit, dans le désert et dans la tempête…
Le père vit avec pitié le retour du premier fils… et avec
orgueil que le second ne soit jamais rentré… qu’il se soit
multiplié sur la terre, que la terre l’ait enseveli et qu’elle
l’ait recouvert comme une graine.
Le troisième fils ne revint pas, lui non plus… mais
c’est celui qui doit venir. Il s’est perdu comme Elie, rabattu
par le Vent sur la route du Soleil (Elie-Hélios)… Il reviendra
au Père quand l’Histoire sera consumée en faisant le tour
du monde et en fermant son cycle par le soleil.
Il est sorti de nuit par la petite porte du jardin et il entrera de jour quand les ombres s’en seront allées par l’escalier principal.
Il a embarqué avec la Lumière… et sur la Lumière il arrivera au Père mais par l’autre côté du Soleil… Il est l’argonaute des grandes promesses et des découvertes stellaires. De la rotondité de la terre, de la sphère et de la quatrième dimension … où il n’existe ni temps ni lieu, où l’on marche en suivant la lumière sans déclivité.
Ceux qui naviguent avec lui perdront un jour la foi, voudront l’assassiner comme ils voulurent assassiner Colomb et l’un d’entre eux ira jusqu’à dire : Tuons le Capitaine qui nous trompe car il n’y a pas d’autre terre ni d’autre monde et parce que l’ombre et les eaux noires n’ont pas de fin… Mais lui, il se sauvera, car il est l’évidence de la lumière.
Le père l’attendra tourné vers le couchant où il s’en était allé, mais il reviendra dans l’aurore, par l’autre côté de la terre. Le père sera de dos et ne le verra pas arriver et quand il se retournera, surpris, pour l’embrasser, le Fils ne s’agenouillera pas, et une colombe blanche scellera leur embrassement.
Alors, et pour glorifier l’Esprit par la grande fête de la Lumière, nous sacrifierons le veau prémicial. Parce que la voilà la parabole de l’Esprit où il est dit que le Fils ne retourne pas à la terre mais au Père, qu’il ne revient pas pour être pardonné par le Père mais pour fusionner amoureusement avec Lui…
Voilà la synthèse du grand processus poétique de l’Esprit qui marche parallèle au processus dialectique de la matière. Parce qu’ils sont trois : Le Père, le Fils et l’Esprit… la Thèse, l’Antithèse et la Synthèse.
Et les poètes sont trois selon cette dialectique spirituelle : Le domestique, le pauvre d’esprit qui reste là tout seul pour glorifier le Père, pour mettre à découvert son côté tendre et miséricordieux, pour faire voir ses entrailles amoureuses.
Une fois de retour et pour toujours dans sa maison, ce poète composera des complaintes et des chansons pour la liturgie orthodoxe en grande pompe rhétorique.
Ce sera un scribe… et un bon citoyen. L’autre, le second, est le Poète Prométhéen… le rebelle, le véritable rebelle… le Verbe… Le Fils. Il est né de l’imagination.
Il est sorti du mythe et des entrailles des livres sacrés… Puis il s’est fait réalité historique… les Grecs l’appelèrent Prométhée… plus tard Œdipe… c’est le Christ… et en Espagne il a pris le nom et la figure grotesque de Don Quichotte de la Manche…Le troisième est la parole lancée dans le Vent… la Lumière dans ses quatre dimensions remplissant l’Univers…
la Poésie, de l’Homme et de tous les Hommes dorénavant, sous toutes les latitudes de l’espace et du temps… la Sagesse amoureuse et musicale… la loi des sphères et de la larve dans le sang de l’homme, tout comme celle de l’instinct et de la grâce…
La synthèse ultime…Mais ce monde n’est pas encore notre monde.Parlons seulement du Poète Prométhéen pour le présent.
Le Poète Prométhéen est l’antithèse toujours … Le Fils, celui qui s’oppose à son Père, ce qui est la première
affirmation créatrice, cruelle et non-miséricordieuse.
Il représente l’amour contre le froncement de sourcil menaçant de Jéhovah dans la Bible…
Et l’amour chez Prométhée contre la dictature capricieuse de Jupiter chez les Grecs…
Et l’amour chez Œdipe contre les ombres préhistoriques et subconscientes…
Et l’amour passionné et fou de l’Espagne chez Don Quichotte contre la raison absolutiste et froide de
l’Europe de la Renaissance.
-
Carlos Martinez Rivas – Portrait de dame avec jeune dormeur

peinture: Fernando Botero " le déjeûner sur l’herbe"
PORTRAIT DE DAME AVEC JEUNE DONNEUR
La jeunesse n’a pas où appuyer la tête
Sa poitrine est pareille à la mer.
Comme la mer qui ne dort ni de jour ni de nuit.
Elle est en formation
et non pas groupée comme la maturité.
Comme la mer qui dans la nuit
et alors que la terre dort comme une souche
se retourne dans son lit.
Seul.
Retiré dans ma toux.
De mon lit qui grogne j’entends couler l’eau.
Toute l’eau qu’on entend passer la nuit sous les lits.
Sous les ponts.
Les oiseaux du ciel ont leurs nids.
Nids étrangissimes
Les renards et les renardes ont de joyeuses tanières
où faire ce que bon leur semble.
En la laissant pour demain sa vie passe.
Et à la Pinacothèque de Munich,
sous le grand champignon, à l’ombre affable des Vieux Maîtres,
ou dans la marmite du plaisir,
renversant sur le sol son futur
Il dit à sa jeunesse, à son divin trésor il dit :
- J’attends seulement que tu passes pour me servir de toi.
Et apprendre à m’asseoir.
Commencer à prendre figure.
Voilà ce que fit Mister Carlyle, le dyseptique.
Ce que firent Don Pio Baroja et son béret.
Ou Emerson (« … une physionomie bien achevée est la véritable et unique fin de la Culture »).
Et tous les autres Octogénaires, ceux qui escamotèrent leur destin :
le propre, ce qui de l’homme fait une rosse
et finit en lunettes, museau, moustache individuelle et entêtée.
Voilà ceux qui parvinrent à ‘la fin et réglèrent l’affaire et méritèrent
un portrait dans leur vieux fauteuil rose
déjà chauve et beau à leur semblance.
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extrait de recueil de poésie sud-américaine
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Lory Bedikian – Par delà la bouche
Lory Bedikian: Beyond the mouth
Click here for the audio clip Beyond the mouth read by the author Lory Bedikian.
On the back of every tongue in my family
there is a dove that lives and dies.
At night when my aunts and uncles sleep
the birds comb their feathers, sharpen beaks.
They are carriers, not only of the olive
branch, but the rest of our histories too.
As from the ark, we came in twos
with tired eyes from Lebanon, Syria,
the outskirts of Armenia and anywhere
where safety said its final prayers and died.
Like every simile ever written, the doves
or our tongues are tired and misread.
Dinners begin with mounds of bread, piled
dialogues between the older men.
Near our dark throats, the quiet
birds lurk to watch meals descend,
take phrases that didn’t reach
the truth and spin them into nests.
Now and then, we spit them out in shapes
of seeds, olive pits, or spines of fish.
The men never watch what enters past
the teeth, what leaves their moving lips,
and the doves know this. The women shut
their mouths when they don’t approve
of the squawking laughs. There is a saying
(or at least there should be) that if one doesn’t
believe what is said or true, they can ask
the dove on the back of the tongue
and it will chirp the ugliness or the pitted
truth, of how we choke on what we hide.
“Beyond the mouth” was first published in Timberline.
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Par delà la bouche
Derrière chaque langue dans ma famille
Il y a une colombe qui vit et meurt.
La nuit, lorsque dorment mes oncles et tantes
Les oiseaux lissent leurs pennes, aiguisent leurs becs.
Les messagers, non seulement du rameau
D’olivier, mais aussi de ce qui reste de nos histoires.
Telle cette arche, où à deux nous sommes venus
Les yeux las, du Liban, de Syrie,
Des lointaines contrées d’Arménie et partout
Où la sécurité a dit ses dernières prières et a disparu.
Comme toute comparaison déjà écrite, les colombes
ou nos langues sont lasses et faussées.
Les dîners commencent par des monceaux de pain, des piles
De dialogues qu’échangent les anciens.
Près de nos gorges sombres, en silence
Les oiseaux sont tapis pour voir tomber la nourriture,
S’emparer des expressions hors d’atteinte de
La vérité, les tissant pour en faire des nids.
De temps à autre, nous les crachons en forme
De graines, de noyaux d’olives ou d’arêtes de poisson.
Les hommes ne voient jamais ce qui passe au-delà
Des dents, ce qui s’éloigne de leurs lèvres mouvantes,
Et les colombes savent cela. Les femmes ferment
La bouche lorsqu’elles désapprouvent
Les rires braillards. Un dicton
(du moins, il devrait exister) dit que si l’on ne
croit pas ce qui est dit ou vrai, ils peuvent demander
à la colombe derrière la langue
alors elle gazouillera la laideur ou la vérité
trouée, comment nous étouffons ce que nous cachons.
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Armen Tarpinian – La vérité du cygne
Une source où la soif rêve de s’étancher mais qu’elle éloigne.
Cygne, sur la mer libre entraîne la pensée !
Qu’elle apprenne l’amour comme un seuil tracé dans le repos du temps.
Et l’horizon bu, dépassé, les yeux fermés.
Miroir à notre cœur, ta liberté nous engage.


















