Nanni Balestrini – Arianne 1

peinture Wolf Vostell 1967
arrêter impossible
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voir, toujours le beau site d’une autre poésie italienne…
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Alda Merini – mer

peinture : Richard Diebenkorn: Ocean Park 1975 #79, huile et pastel sur toile: Philadelphia Museum of Art
MER
Alda Merini, Dopo tutto anche te, -Après tout même toi,
Oxybia Éditions
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Massimo Pastore – Abstrait palpable
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Ho donato la mia spalla nuda
alla notte, quando le stelle
si facevano spazio coi denti
tra le inquietudini del cielo
allora cantavo una canzone lenta
sillabata, quasi come se le parole
scuotessero la lingua
mutando stagioni, dissapori e assolute verità
e con le scarpe sugli occhi
andavo legando, slegando sotto il cielo
montagne di teoremi
o piccole poesie.
Massimo Pastore, da Gesù dei carruggi, 2001
.
Lucien Clergue, Vénus d’Arles
J’ai donné mon épaule nue
à la nuit, quand les étoiles
ouvraient l’espace de leurs dents
parmi les inquiétudes célestes
je chantais alors une chanson lente
syllabée, presque comme si les mots
bousculaient la langue
transmuant saisons, brouilles et vérités absolues,
et, souliers sur les yeux,
j’allais liant, déliant sous le ciel
des montagnes de théorèmes
ou de menues poésies.
Massimo Pastore, extrait de Gesù dei Carruggi
(trad. Valérie Brantôme)
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Mario Luzi – à l’image de l’homme ( extrait )
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Trop différente de nous. Trop
hors de portée de l’appel
ou du signal de retour.
Anéantie même
douceur et tourment
du souvenir et de la différence.
D’au-delà de toute mesure
humaine il nous regarde,
cet âge qui fut souverain,
pétrifié par sa distance
soustrait par l’oeuvre du temps
au temps et au changement.
Ô ère qui es la nôtre
et qui te fossilises peu à peu,
fais-moi sortir du ventre
de ton dur monument
comme chenille, comme chrysalide dans le vent.
L’après, le plus, doit venir à l’aide.
.
.
Enrico Testa – des temps concordants
dans des temps concordants, l’été,
bien qu’en des lieux différents
du même Apennin,
nous avons essayé, enfants,
de remonter les torrents
pour en trouver la source.
Il y avait une obscurité de sous-bois,
des fougères, un vert à peine plus intense,
un peu de mousse
et des pierres ruisselantes
et rien d’autre :
la déception de l’origine
elle suit un mouvement fluide et vertical
cette montée de la colline
tournant après tournant
vers le soir.
Même les assassins disent
que le vent de septembre est doux :
il nous pousse
parmi les oliviers et les cyprès
et il nous défend
jusqu’à l’anse neutre du balcon
qui sous le ciel gris clair
s’ouvre face à la mer.
Mais à présent, dans le noir,
nous sommes encore en quête
de ton aide :
nous t’appelons du jardin
cachés, par jeu, derrière le mur
sur le terre-plein de la voie ferrée
longeant le bois
les troncs des acacias
sont noirs après la pluie
comme des traits d’encre qui s’écartent.
Pâques est désormais le papier d’argent,
poussiéreux et pâli,
des oeufs, suspendu
aux branches des cerisiers.
Rubans qui miroitent dans le vent
et devraient tenir à distance
le peuple envahissant des merles
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .(Pasqua di neve, Einaudi, 2008)
-Enrico Testa, comme un certain nombre de poètes italiens intéressants - et méconnus – peut être retrouvé sur le blog d’une "autre"poésie Italienne…
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Alda Merini – folie
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Folie, ma grande jeune ennemie,
il fut un temps où je te portais comme un voile
sur les yeux, me découvrant à peine.
je me suis vue dans le lointain ta cible,
et tu m’as prise pour ta muse ;
lorsqu’est venue cette chute de dents
qui m’endolorit encore parmi les dépouilles,
tu as acheté cette pomme de l’avenir
et m’as donné le fruit de ton parfum.
–
Follia, mia grande giovane nemica,
un tempo ti portavo come un velo
sopra i miei occhi e mi scoprivo appena.
Mi vide in lontananza il tuo bersaglio
e hai pensato che fossi la tua musa;
quando mi venne quel calar di denti
che ancora mi addolora tra le spoglie,
comprasti quella mela del futuro
per darmi il frutto della tua fragranza.
-
Vuoto d’amore, Einaudi, 1991
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Antonella Aneda – Avant le dîner
[Prima di cena]
[Avant le dîner]
Avant le dîner, avant que les lampes ne chauffent les lits et que le feuillage
des arbres ne devienne vert-noir et la nuit déserte. Dans le court espace du
crépuscule défilent des saisons entières et méconnues; le ciel alors se charge
de nuages, de courants qui soulèvent bûches et ronces. Contre les vitres de la
fenêtre bat l’ombre d’une tempête mystérieuse. L’eau renverse les buissons,
les bêtes chancellent sur les feuilles mouillées. L’ombre des pins s’abat sur les
planchers; l’eau est gelée, de la forêt. Le temps s’arrête, disparaît.
Soudainement, dans le calme solennel des allées, dans le vide des fontaines,
dans les pavillons éclairés toute la nuit, l’hôpital resplendit tel une résidence
de Saint-Pétersbourg en hiver.
Il y aura un cauchemar pire
entrouvert entre les feuilles des jours
aucune porte ne claquera
et les clous plantés au commencement de la vie
plieront à peine.
Il y aura un assassin étendu sur le palier
son visage dans les draps, l’arme à ses côtés.
Lentement la cuisine s’entrouvrira
sans le bruit des vitres brisées
dans le silence d’un après-midi d’hiver.
Ce ne sera pas l’amertume, ni la rancune, seule
- pour un instant – la vaisselle
deviendra immense d’une splendeur marine.
Alors il faudra s’approcher, monter peut-être
là où le futur s’étrécit
à l’étagère remplie de pots
à l’air renversé de la cour
au vol sans déploiement de l’oie,
avec la mélancolie du patineur nocturne
qui d’un coup connaît
le sens du corps et de la glace
se tourner à peine,
s’en aller.
Traduit par Francis Catalano et Antonella D’Agostino
Alda Merini – Cette heure qui me sépare de l’infâme aurore
Terminé enfin cet enfer,
depuis longtemps déjà, désormais c’est printemps :
l’ordre juste
du sommeil remonte le long de mes chevilles
frappe ma tête comme un tonnerre.
Enfin la paix,
mes flancs et mon esprit vaincus,
et moi qui repose précise sur les pentes
de mon destin du moins pour cette heure
qui me sépare de l’infâme aurore.
-
Cessato è finalmente questo inferno,
già da gran tempo, ormai la primavera:
l’indole giusta
del sonno mi risale le caviglie
mi colpisce la testa come un tuono.
Finalmente la pace,
i miei fianchi e la mia mente vinta,
ed io riposo giusta sui declivi
della mia sorte almeno per quell’ora
che mi divide dall’infame aurora.
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La terra santa, Scheiwiller, 1984
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Alda Merini – poètes travaillant de nuit
Alda Merini | I poeti lavorano di notte…
I poeti lavorano di notte
quando il tempo non urge su di loro,
quando tace il rumore della folla
e termina il linciaggio delle ore.
I poeti lavorano nel buio
come falchi notturni od usignoli
dal dolcissimo canto
e temono di offendere Iddio.
Ma i poeti, nel loro silenzio
fanno ben più rumore
di una dorata cupola di stelle..
—
tentative de traduction ( RC )
Les poètes travaillent de nuit
lorsque le temps ne les bouscule pas ,
quand la rumeur de la foule et le silence
se termine le lynchage d’heures.
Les poètes qui travaillent dans l’obscurité
comme les faucons ou les rossignols nocturnes
de la plus belle mélodie
et la crainte d’offenser Dieu.
Mais les poètes, dans leur silence
font beaucoup plus de bruit
qu’un dôme doré des étoiles …

Yavuz – Saskia Pintelon
Paolo Messina – Résurgence
— > article visible sur le blog de Sempre0allegra
-
E’ un tempo, una passione, un modo di andare, da un luogo di vita ad uno diverso,
l’andare, qui ora, segna un dolore,
le cose terrene, fragili accordi,
lavoro negato, dignità sepolta,
la felicità è perduta, la legalità muore;
ci lasciano l’ombra,desiderio di niente,
alziamo maree e lasciamo alle cose
il silenzo del mare;
elogio dell’ombra che porta la vita!
Paolo Messina
Serena pasqua di risorgenza 2011
–
… »lascia che l’altro sia quello che è….. »
Il est temps de sortir de l’ombre, le silence fétiche d’un pays fatigué, il est temps d’aimer notre pays »
RESURGENCE (1)
il est un temps, une passion, une manière de faire, d’un point à l’autre,
être actif aujourd’hui engendre des douleurs
les choses de la terre, ces accords fragiles
le travail refusé, notre dignité ensevelie
le bonheur est perdu, la légalité meurt
on sort de l’ombre, mais sans aucun désir
on soulève des marées et on les abandonne au hasard
le silence de la mer
louanges de l’ombre qui porte la vie
(1) réapparition
Manteau de terre ( RC )

photographie: Edward Weston 1939 Museum of Modern Art NYC
J’ai retourné la terre
Et extirpé le chiendent
Qui pousse comme il résiste
Aux paroles les plus aimables ;
J’ai trouvé dans le sol, le canon d’un fusil rouillé,
Il était caché là, comme un vieux témoin,
Taiseux de son histoire
Et de celle des hommes
J’ai senti le poids
De la terre tendre mes bras,
Comme elle peut recouvrir
Les plus lourds secrets
Et préserver dans son ventre,
Un centre qui ne dit rien
Jusqu’à ce que le jour,
Pose son regard inquisiteur
Si un jour arrive
Où de lointains descendants
Joueront de la pelle,
Pour savoir ce qu’il fut
De l’histoire des hommes
Sur laquelle l’ombre s’est posée,
En grand manteau de terre.
-
RC – 24 août 2012
–
texte auquel je joindrai cet extrait de "Mensonges en couleur " de Emanuel Carnevali ( auteur italien du début du XXè siècle):
Sommeil
Au fond des abysses du sommeil se balance un berceau noir. Légèrement le chagrin le pousse de ses doigts évanescents. Sous le berceau gît la terre, qui t’étouffe et te recouvre.
-
-
Mario Luzi – De la tour
De la tour
Cette terre grise lissée par le vent dans ses croupes,
dans son galop vers la mer,
dans sa ruée de troupeaux sous les dômes
et les contreforts de l’intérieur, vue
dans le vertige depuis les glacis, file
la lumière, file de mystérieuses années-lumière,
file un seul destin de multiples façons,
dit : « regarde-moi, je suis ton étoile »
et en cet instant s’enfonce plus profond
dans le cœur l’épine de la vie.
Cette terre toscane nue et pure
où court la pensée de celui qui reste
ou qui, issu d’elle, s’en éloigne.
.
.
.
Mario Luzi : “Prémices du désert”
–
et puisque Giorgio Morandi, avec sa peinture, accompagne, ce texte de M Luzi, voir cette belle analyse :
Morandi vu par Philippe Jaccottet
Philippe Jaccottet s’est le plus souvent gardé de parler des peintres qui le touchent le plus, et l’on comprend que, devant l’art éminemment dépouillé et «silencieux» de Giorgio Morandi, le poète ait trouvé vain d’ajouter à «ces poèmes peints un poème écrit». Et pourtant il semble bien légitime, aussi, que le contemplatif de Grignan, touché par les toiles du peintre autant que par les «rencontres» faites dans la nature (un verger, une prairie, un flanc de montagne) s’interroge sur le pourquoi de cette émotion commune et de cet étonnement répété, renvoyant à l’énigme du visible et de notre présence au monde.
Tout un chacun peut d’ailleurs se le demander: pourquoi cet art si statique et répétitif apparemment, voire apparemment insignifiant, avec ses paysages comme assourdis et ses natures mortes (que Jaccottet propose, à l’allemande, d’appeler plutôt «vies silencieuses») de plus en plus sobres et dépouillées, pourquoi cet art des lisières du silence et du «désert» monacal nous parle-t-il avec tant d’insistante douceur, et, plus on y puise, avec tant de rayonnante intensité ?
Révélant l’attachement profond de Morandi aux oeuvres de Pascal et de Leopardi, tous deux poètes des abîmes métaphysiques qu’il rapproche sur le même «fond noir» constituant l’arrière-plan de Morandi et Giacometti, et figurant en outre le «ciel» de notre siècle cerné d’horreur et de vide, Philippe Jaccottet montre bien que, loin de se détourner de «la vie», comme on a pu le lui reprocher à lui-même, le peintre travaille, avec une intensité extrême, à ce qui pourrait représenter une démarche de survie: «Comme si quelque chose valait encore d’être tenté, même à la fin d’une si longue histoire, que tout ne fût pas absolument perdu et que l’on pût encore faire autre chose que crier, bégayer de peur ou, pire, se taire».
A plusieurs reprises, citant Jean-Christophe Bailly qui compare le rituel pictural de Morandi à la cérémonie du thé japonaise, Jean Leymarie évoquant les fleurs du peintre «coupées, peut-être, par des anges», ou Valéry célébrant la «patience dans l’azur», Jaccottet fait siennes et rejette à la fois ces variations rhétoriques en concluant qu’«il y a de quoi désespérer le commentaire, mais «pour la plus grande gloire de l’oeuvre». Et de risquer cependant lui-même de passer pour «un fameux niais» en se livrant tout de même au commentaire, bien plus éclairant d’ailleurs, à nos yeux, que ceux de maints «spécialistes».
Sans paradoxe, Philippe Jaccottet confirme aussi bien notre sentiment que l’eau dormante de Morandi contient un feu puissant, une puissance d’unification et un élan du bas vers le haut que le poète rapproche, d’une manière saisissante, de l’apparition de l’ange incandescent surgi, du fond du paysage, au deuxième chant du Purgatoire de Dante. Rien pourtant de symboliste ni même d’explicitement religieux dans l’art de Morandi, que Jaccottet apparente néanmoins à une «conversation sacrée» et à un art de transfiguration qui ferait de chaque humble objet un petit monumnent, une stèle à la lisière du temps, ou ce bol blanc (blanc de neige, de cendre ou de lait matinal) dans lequel le pèlerin, à l’étape du «puits du Vivant qui voit», recueillera l’eau de survie.
Philippe Jaccottet. Le bol du pèlerin (Morandi). Editions La Dogana, 83p. A relever la qualité de la présente édition, enrichie de dessins et d’illustrations polychromes.

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Ferruccio Brugnaro – Je ne me souviens pas
Je ne me souviens pas
Je ne me souviens pas d’un matin aussi obscur.
La brume est très dense
et pénètre glaciale parmi nous
dans l’atelier avec l’angoisse
de quelque oiseau qui crie en vain
aujourd’hui.
La voix de mes camarades ;
La voix la plus belle et la plus forte de l’âme
résonne vide
lointaine
comme la joie, la couleur de l’air.
Ferruccio BRUGNARO
Traduit de l’italien par Béatrice GAUDY
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Venise déserte en sa nuit tiède ( RC )
D’anciennes façades décrépies sont comme tachées,
Une végétation touffue croise ses bras verts pour cacher
Une grille que nul , depuis longtemps, n’a fréquentée
Scellée par la rouille, et dont personne n’a la clef
La fontaine est muette, l’eau ne chante plus sous le tilleul,
La vasque est presque remplie de feuilles en deuil,
Et de papiers, qui se soulèvent avec le vent
La place, désertée par l’été et les gens
On ne comprend pas où mènent ces escaliers
Qui s’élancent, puis, s’arrêtent par paliers
Vers une tour en partie détruite
Et que plus personne n’habite
La nuit est tombée, accompagnée par la lune
L’humidité s’étale, de la proche lagune
Le satellite, se double d’un halo
Qui se mire dans les flots
Du canal, aux reflets de vagues molles
Venant lécher de noires gondoles
Echouées, là, de biais, elles ont perdu leur emphase
Embarcations envahies par la vase…
De pâles lueurs tremblotent derrière les vitraux de l’église
Dans ce quartier un peu à l’écart, de Venise,
De briques et de marbres, les palais ont les pieds fourbus
Les murs qui s’écaillent, disent un prestige déchu.
La madone sculptée, au nez rongé, est toujours dans sa niche
Une fenêtre bouchée effeuille d’anciennes affiches
Indiquant des saisons passées les fêtes du Grand canal
Paillettes, danses et masques du carnaval…
Tout est silence à part une gerbe d’étincelles
D’une radio lointaine, parvient une tarentelle,
Et la brise déplace doucement ses voiles,
Dans un ciel de velours piqueté d’étoiles.
Où se déplacent paresseusement quelques nuages
Dont le zodiaque ne prend pas ombrage
Même pas le verseau et Ganymède
Toujours brillants dans la nuit tiède.
-
RC – 7 juillet 2012

photo Olimpo
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Mario Luzi – nature

peinture: Marsden Hartley
La terre et à elle accordée la mer
et partout au-dessus, une mer plus joyeuse
à cause de la rapide flamme des moineaux
et du trajet
de la lune reposante, et du sommeil
des doux corps entrouverts à la vie
et à la mort dans un champ ;
à cause aussi de ces voix qui descendent
s’échappant de mystérieuses portes, et bondissent
au-dessus de nous comme des oiseaux fous de revenir
en chantant au-dessus des îles originelles :
ici, se préparent
un grabat de pourpre et un chant qui berce
pour celui qui n’a pu dormir,
si dure était la pierre,
et si tranchant l’amour.
Mario Luzi, La Barque in Prémices du désert, Gallimard
Ferrucio Brugnaro – rencontre avec un vieil ouvrier
J’ai vu un vieil ouvrier, aujourd’hui,
un ami cher ; appuyé
à un réservoir énorme
il regardait le ciel et il regardait
ses mains.
Il arborait un large sourire
dans ses yeux rougis par le froid
intense de la neige, brillants
telles des écorces mouillées.
Il me dit, avec un calme doux,
qu’il serait temps pour lui
que vînt la mort : d’autant
qu’il ne dérangerait personne
pour cette circonstance.
Et il continuait à regarder le ciel, le soleil
qui exhalait des mouettes tendres sur la mer.
Son visage semblait une pierre
multiséculaire gravées de hiéroglyphes extraite
des sables.
Edoardo Sanguinetti- elle est cachée (stigmate névrotique) dans ma bouche
-
1.
(et : eh !) ; elle est cachée ; et je dois dire, et je veux
(entre-temps) dire ; (et sous le coup de l’émotion) : eh ! ;
dire : eh, meine Wunderkammer ! meine Rosenfeld ! ;
(corne d’unicorne !) ; (cherchant (par exemple)
l’exaltation Vague) ;
et descendant (le 22 avril) la Rue
Royale, puis la Rue du Bois ; et je dois dire : tu es un
crabe (par insinuations) pétrifié ; et : elle est cachée
(stigmate névrotique) dans ma bouche ; (et la chose a
commencé) ; (…) ; (peut-être, vraiment) ; (précisément, je
ne me souviens pas, pas même quand,) ; et tu es un
caméléon (par inhibitions) sec ; cachée sur ma langue ;
(mais la chose) ; (…) ; (mais cette nuit, je ne la raconte
pas) (…) ; (et descendant vers la Rue de la Montagne, vers
le Marché aux Herbes, cherchant) ; cachée ainsi, à
creuser ; à creuser ici ; (eh !) ; et à creuser ici (cherchant) ;
cherchant (eh ! ici !), dans ma bouche, dans ma langue :
ce grotesque : ce grotesque triste :
il écrivit : est-il du capricorne ?
il est revenu (plus ardent qu’auparavant) ;
(c’était un fragment de conversation) ; puis il écrivit :
dans le cas où ; et au-dessus : dans le cas où LUI était
(et : dans le cas où LUI) ; et au-dessous : au cas (e : au ; et :
en ; et : n) ;
et : en tourment ; (et pour inspirer de la terreur : (du dégoût, peut-être) ;
chez les filles
aussi) ;
et le 24
février il écrivit : je ne pense plus ; parce que tu es une
mouche, une araignée (en gélatine) ; (dans un morceau,
en fusion, d’ambre) ;
P.S . en réalité il s’agissait de SAG
(et ici, eh ! ici
fait suite une longue ligne, une flèche) ; (une langue) ;
(obscène) ;
ittari ;
et : O (un savarin difforme qui finit sur la page (obscène) ;
à la page suivante) ;
je ne médite plus ; parce
qu’il écrivit ( : et tu es un théâtre anatomique) : voir E3
au-dessus de la carte (mais pense 6D, avec le Parc
d’Egmont, dans la nuit, et avec le conservatoire, et avec
l’hôtel d’Egmont lui-même, et avec tout, bref, avec
tout) ; et parce qu’il écrivit : j’écris ; (et : j’écris
encore) ; (et : j’écris moins) ;
encore moins :
Edoardo Sanguineti, Wirrwarr in La Nouvelle Revue Française, octobre 2007, n° 583, pp. 212-213. Traduit par Philippe Di Meo.
1.
(e:eh!); è nascosta; e devo dire, e voglio (per intanto) dire; (e
per emozione): eh!; dire: eh, meine Wunderkammer! mein
Rosenfeld!; (corno di unicorno!); (cercando (per esempio) l’exaltation
vague);
e scendendo (il 22 aprile) per Rue Royale, poi per Rue
du Bois; e devo dire: tu sei un granchio (per insinuazioni) petrificato; e:
è nascosta (nevrotico stigma) dentro la mia bocca; (e la cosa
è incominciata); (…); (forse, veramente); (non ricordo, di preciso,
quando, nemmeno); e tu sei un camaleonte (per inibizioni) secco; nascosta
sopra la mia lingua; (ma la cosa); (…); (ma quella notte, non la
racconto) (…); (e scendendo verso Rue de la Montagne, verso il Marché
aux Herbes, cercando) ; nascosta così, a scavare; a scavare qui; (eh!)
e a scavare qui, sempre (cercando); cercando (eh! qui!); nella mia
bocca, nella mia lingua: questo grotesque: questo grotesque
triste:
scrisse : è del capricorno? è tornato (più ardente
di prima); (era un frammento di conversazione); poi scrisse: nel caso che;
e sopra: nel caso che LUI fosse (e : nel caso che LUI); e sotto: nel
caso (e: nel; e: ne; e: n);
e: in tormento; (e per incutere
terrore: (disgusto, forse); nelle ragazze, anche);
e il 24
febbraio scrisse : je ne pense plus; perchè tu sei una
mosca, un ragno (in gelatina); (in un pezzo, in confusione, d’ambra);
PS.in realtà trattasi di SAG
(e qui, eh ! qui
segue una lunga linea, una freccia); (una lingua); (oscena);
ittari ;
e : O (una ciambella deforme che termina nella pagina (oscena) ; nella pagina
seguente);
je ne médite plus ; perché scrisse (: e tu sei un teatro
anatomico): vedi E3 sopra la carta (ma pensa 6D, con il Parc d’Egmont,
nella notte, e con il conservatorio, e con l’albergo stesso
d’Egmont, e con tutto, insomma, con tutto); e perché
scrisse: j’écris; (e: j’écris encore); (e:j’écris moins) ;
encore moins:
Edoardo Sanguineti, Wirrwarr, in Mikrokosmos. Poesie 1951-2004, 2004, Editore Feltrinelli, Collana Universale economica, 2004, pagina 41. A cura di Erminio Risso.
Sempre0allegra – le temps s’est arrêté

horloge de l’ancienne gare d’Orsay
visite du blog de Sempre0allegra,
-
Le temps s’est arrêté
Mon cœur s’est serré
Tout reste en suspens
Le prochain battement est en attente
Je me retrouve dans un lieu inconnu
De mes galaxies habituelles, je suis loin
Je ne me reconnais pas en fait
Tu m’as perforé l’œil
Aurais-je le nom d’une autre ?
Serais-je la même que quiconque ?
Comment faire pour recouvrer
La route de ma maison, ton cœur
Où irai-je habiter
Si je ne vis plus en toi ?
J’irai sur des étoiles
M’abandonnant d’une à l’autre
Je finirai sur une NOVA
Et disparaitrai dans un Vortex
Parjurant, en errant,
Que j’ai existé un jour
Tout comme tu les as classées
Me classerais-tu, quelque part ?
Tout comme j’ai été
Serai-je un souvenir d’ailleurs
Je t’en prie !
Fais-moi rentrer de mon Elbe
Je veux rentrer dans ma maison,
Ton cœur
(traduite ce soir)
—
Il tempo si è fermato.
Il mio cuore si è strettoTutto è in sospeso.
Il prossimo battimento è nell’attesa
Mi ritrovo in un spazio sconosciuto
delle mie solite galassie sono lontanaNon mi riconosco affatto
Mi hai perforato l’occhioAvrei il nome di un ‘altra
Sarei di chiunque cosi similaCome faccio per ritrovare
la strada di casa mia, tuo cuoreDove andro’ ad abitare
se non vivo piu’ da teAndro’ su delle stelle
lasciandomi portare di una all’altra,Finiro su una nova
e scompariro in un vorticeRenegando, aggiurando
che ho esistito un giorno.Tutto come le hai archivate
mi archiverai altroveTutto come sono stata,
Saro’ un ricordo, d’altrondeTi prego
Fammi tornare della mia Elba
Voglio tornare a casa mia,
Tuo cuore.–
tudda minuscola 2003
–
Gregorio Scalise – Que le monde suive une ligne verticale
-
Gregorio Scalise
( re-bloggé du site ‘une autre poésie italienne" )
Poète, dramaturge, Gregorio Scalise est né en 1939 à Catanzaro et vit actuellement à Bologne. Ses débuts sont sous le signe de la poésie visuelle et de la néo-avant-garde ; son premier recueil (A capo) est publié par la maison d’édition Geiger dirigée par Adriano Spatola. Avec Segni, présenté dans l’anthologie Il pubblico della poesia de A. Berardinelli e F. Cordelli (1975), il obtient une large reconnaissance de la critique, notamment de Fortini. Parmi ses recueils l’on peut citer aussi La resistenza dell’aria (1982), Poesie dagli anni ’90 (1997), La perfezione delle formule (1999).
1.
Che il mondo segua una linea verticale…
Que le monde suive une ligne verticale,
les nuages le font comprendre,
car les choses les plus belles
viennent à nous entre les failles de vent ;
si son esprit pouvait se délier
mais l’évocation est une zone sèche
où s’épuise le langage,
si au cours des siècles
les hommes décident toujours :
l’eau frappe de mille langues
une plage herbeuse
et les objets, réunis à la chose,
savent que les yeux ne suffisent pas
pour conserver un secret.
(Danny Rose, 1989)
-
Viviane Ciampi – Dans le silence
Auteure présentée par Nathalie Riera, avec traduction, de l’italien., de Raymond Farina .., dans © Les Carnets d’eucharis.. -
—
Dans le silence
une main se pose sur notre épaule
à moins qu’il ne s’agisse
d’une erreur de perception.
Inutile de se tourner pour voir
le soleil nous aveugle.
La blancheur des marbres nous étourdit.
————————-
Nel silenzio
Una mano si posa sulla spalla
o forse trattasi
d’un errore di percezione.
Inutile voltarsi a guardare
Il sole acceca.
Il biancore dei marmi stordisce.
-
Antonio Santori – Ensuite il y avait les soirées, presque

peinture: Philippe Cognee "foule" peinture à l’encaustique
Antonio Santori – [Poi c’erano le sere, quasi]
[Ensuite il y avait les soirées, presque]
Ensuite il y avait les soirées, presque silencieuses, du lit tu entendais les bruits des autres, d’ouvrières en sueur, d’employés enfants perdus dans leurs collections. Tu comptais les brebis égarées, tu les organisais, elles prenaient toujours d’assaut le berger idiot auquel tu t’identifiais. Dans les rues les roues des bicyclettes, il était étrange de les entendre sur les plaques d’égout, les sons sortis de leur trou, là dehors les sons paraissaient éternels. Comme des garçons nus sur des prés remplis de cigarettes. Tu te croyais dans les lits des autres, dans leurs draps, tu convoquais les jambes croisées, les dos, tu enlevais ton fard. Il était étrange d’entendre les enfants dans leur sommeil, ils paraissaient morts, tu exerçais ton ouïe sur les arbres improvisés, perdus dans le vide. On entendait les corps bruire, endormis. On entendait les rêves. --- Poi c’erano le sere, quasi silenziose, dal letto sentivi i rumori degli altri, di operaie accaldate, di impiegati bambini persi nelle loro collezioni. Contavi le pecore smarrite, le organizzavi, assaltavano sempre il pastore idiota con cui ti identificavi. Nelle strade le ruote di biciclette, era strano sentirle sui tombini, i suoni stanati, i suoni là fuori sembravano eterni. Come i ragazzi nudi sui prati pieni di sigarette. Ti sentivi nei letti degli altri, nelle loro lenzuola, convocavi le gambe intrecciate, le schiene, ti toglievi gli ombretti. Era strano sentire i bambini nel sonno, sembravano morti, allenavi il tuo udito sugli alberi improvvisati, persi nei loro vuoti. Si sentivano i corpi stormire, addormentati. Si sentivano i sogni. -
Sempre0allegra – mesures électriques
ELETTRICHE MISURE – MESURES ELECTRIQUES
Flattée de tes germes trompeurs
Revêtue au contraire d’une ivraie noire
J’approche l’aube inquiète
Triste de t’abandonner maintenant.
Orpheline de tes merveilleux silences
Résonnants d’écriture,
Electriques mesures,
De cette conjonction littéraire
J’imagine le son, le gout
Respectant à la virgule
L’ordre des strophes ,
Me laissant toutefois sans repos
Tant je suis malade de toi .
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Scendo, fiocco coi fiocco dai nuvoli,
Appesa li, da una notte intera,
Lusingata da vostri germi falsi.
Vestita piuttosto da Loglio nera.
Avvicino l’alba irriquieta
Triste di lasciarti ora.
Orfana di tuoi stupendi silenzi.
Risuonante di scrittura :
Elettriche misuri
Di quest’amplesso litterario
Imagino il suono, il gusto,
Rispettando alla virgola,
Ordine di strofa ;
Ma non trovo riposo,
Ammaliata di te che sono!
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sempreallegra avril 2012
Paolo Ruffilli – Tunnel

peinture: Tunnel_of_Wealth_by_UnidColor - Patrik Hjelm, (Presidia)
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TUNNEL
C’est à l’improviste, à l’intérieur d’un tunnel qui ne finit jamais, dans l’air mort qui chatouille la gorge. Toutes les fois que j’y suis passé déjà. Et pourtant, non, cela ne sert à rien que je le rappelle, l’anticipe encore. Je frappe dans le mur et là me rends compte, à l’intérieur du parcours aveugle et pareil miroir de moi à mes restes, de ce qui a été de comment, au fond et contre toute ma volonté, je suis changé.
È all'improvviso, dentro il tunnel che non finisce mai, nell'aria morta che pizzica alla gola. Tutte le volte che ci sono già passato. Eppure, no, non vale che lo ricordi, lo anticipi una sola. Picchio nel muro e lì mi rendo conto, dentro il percorso cieco e uguale specchio di me a una mia spoglia, di ciò che è stato di come, in fondo e contro ogni mia voglia, io sia cambiato.


















