Attente d’avril, et des oiseaux ( RC )

peinture: John Constable : Rainstorm over the Sea
C’est comme l’attente,
Le silence,
Qui précède le souffle,
Le gris plombé,
Avant que les premières larmes
De l’orage – fouettent le sol.
Il y a du froid,
Sous le calme apparent,
Sous le gel qui retient les fontaines,
Et la sève des arbres
Qui s’est retirée,
Une tension, – l’attente
L’attente d’avril, les giboulées
Secouant le silence, fantasques
Même sous la voix du vent,
Et bientôt les chants croisés,
Des oiseaux, reprenant
Possession du pays.
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RC - 7 mai 2013
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inspiré de Nath: voir ses "tentatives de lumière"
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Chouchanik Thamrazian – Ville perce-neige

image – deviantart: Sophie SkullHeart
J’ai voulu penser des lunes
Des lunes blessées, des lunes percées, des lunes-perce-neige,
des lunes de sang
Pour tes nuits qui quittent les visages, les mains et les terres, pour tes nuits
désertes et ocres.
J’ai voulu croire aux soleils d’encre pour couronner tes fuites.
J’ai voulu boire les soleils; être froid, en veille.
J’ai voulu cracher les lunes: brûler de froid.
…
Chouchanik Thamrazian: "Dans le jardin des glaces", Encres Vives n° 339
du site de poésie arménienne..
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Saïda Mnebhi – brûler les lourdes portes
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image: volutes virtuelles – capture d’écran
-Saïda Mnebhi, opposante aux régimes d’oppression qu’elle vécut au Maroc, écrit, > une année avant qu’elle ne succombe, en 1978, à une longue grève de la faim :
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« Je veux rompre ce silence, humaniser ma solitude
Ils m’ont désœuvrée pour que rouille ma pensée
et que gèle mon esprit.
Mais tu sais toi que je chéris, que tel un volcan qui est en vie
Tout en moi est feu… pour brûler les lourdes portes
Tout en moi est force…pour casser les ignobles serrures… et courir près de toi… me jeter dans tes bras ».
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d’autres poèmes de cette auteure peuvent être consultés ici: A
——————-> et là; B
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Miguel Veyrat – Cartes et épaves

ancienne carte maritime région de Hyères
Cartes et épaves
Et si vous dessinez une carte de votre propre
corps, sentez comment elle s’intègre
avec l’univers de votre mot. Et aussi
les îles s’obtiendront
seulement par des fleuves de sang
qui ont inondé les forêts, les prairies
et les cieux. La proue toujours
dans l’inconnu que vous dirigez
sans avoir besoin de sextant
ou autres instruments.
Mais aucun retour, le capitaine.
Les statues ne seront jamais
de sitôt de retour vers la scène
ou les plages, dans la mesure où
progresse, étrangement éclairé,
le mot sur le corps
à la lumière de la raison ,qui n’est pas détruite.
Mais qui sait? Presque personne maintenant
ne sait ensuite
relier les épaves ensemble.
Mapas y pecios
Y si trazas el mapa de tu propio
cuerpo, sentirás cómo coincide
con el universo de tu palabra. Y también
que a las ínsulas se llega
solamente por los ríos de la sangre
que anega las selvas, las praderas
y los cielos. Proa siempre
hacia lo incierto que tú configuras
sin precisar de sextante ni instrumentos.
Pero no hay regreso, capitán. Atrás
quedan las estatuas que nunca
o pronto volverán a la arena
por las playas -en la medida
que progrese, extrañamente encendida,
la palabra sobre el cuerpo
en la luz de la razón que no naufraga.
Mas ¿quién podrá saberlo? Casi nadie ahora
junta pecios para después leerlos
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Olivier Bourdelier – Les jours
Serge Mathurin Thebault – Dialogue

peinture: Eugène Isabey: baie de St-Enogat
Le rocher n’a pas son pareil pour dialoguer avec l’océan
Cela se fait sans mots
Cela se fait après une lente étude de la caresse.
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Serge Mathurin THEBAULT
- l’auteur nous fait part également de son site, ici
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Colette Peignot (Laure ) – d’où viens-tu ?

peinture – Ferdinand Hodler Dents-du-Midi- dans les nuages (Jungfrau )
D’où viens-tu avec ton cœur
déchiré aux ronces du chemin.
Les mains calleuses de casseur de pierre
et ta tête gonflée comme une
outre piquée ?
.
Nous sommes ceux qui crient dans le désert
qui hurlent à la lune.
.
Je le sens bien maintenant : « mon devoir m’est remis. » Mais
lequel exactement ?
C’est parfois si lourd et si dur que je voudrais courir dans la
Campagne.
Nager dans la rivière
oublier tout ce qui fut, oublier l’enfance sordide et timorée.
Le vendredi saint, le mercredi des cendres.
l’enfance toute endeuillée à odeur de crêpe et de naphtaline
L’adolescence hâve et tourmentée.
Les mains d’anémiée.
Oublier le sublime et l’infâme
Les gestes hiératiques
Les grimaces démoniaques.
Oublier
Tout élan falsifié
Tout espoir étouffé
Ce goût de cendre
Oublier qu’à vouloir tout
on ne peut rien
Vivre enfin
« Ni tourmentante
Ni tourmentée »
Remonter le cours des fleuves
Retrouver les sources des montagnes
les femmes les vrais hommes travailleurs
qui enfantent
moissonnant
M’étendre dans les prairies
Quitter ce climat
Ses dunes, ses landes sablonneuses, cette grisaille et
ses déserts artificiels,
Ce désespoir dont on fait vertu,
Ce désespoir qui se boit
se sirote à la terrasse des cafés
s’édite… et ne demanderait qu’à nourrir très bien son homme
Vivre enfin
Sans s’accuser
ni se justifier
Victime
ou coupable
comment dire ?
Un tremblement de terre m’a dévastée
.
On t’a mordu l’âme
Enfant !
Et ces cris et ces plaintes
Et cette faiblesse native
Oui –
Et s’ils ont vu mes larmes
Que ma tête s’enfonce
jusqu’à toucher
le bois
et la terre
LAURE (Colette Peignot)

photographie - Garry Winogrand - El Morocco, 1955
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Jean-Marie Kerwich – le chiffonnier des mots
- montage perso à partir de peintures
Le chiffonnier des mots
Je n’écrirai plus. Je réapprendrai à ne pas savoir écrire. Cette vie d’écriture ne fait pas partie de ma condition de nomade. Je ne suis pas fait pour la littérature. Je suis de la race des arbres, je crie avec le tonnerre quand il s’annonce. Je ne suis qu’un vagabond, un chiffonnier des mots qui ramasse des pensées enguenillées au bord du chemin de son âme. C’étaient les fleurs sauvages, les feuilles mortes, la pluie, le vent, les ronces et les arbres qui me demandaient de parler de leur vie. C’était une décision divine. Quand je rallumais mon feu de bois et me promenais dans des sentiers inconnus j’avais enfin appris à lire et à écrire. L’écriture était la roulotte où je vivais, mes poèmes étaient mes chevaux, mes pensées mes petites gitanes. Mais maintenant je dois retrouver ma vie nomade. Il est temps d’atteler mon coeur et de partir.
auteur découvert grâce au blog littéraire d’oceania…
Le goût des cendres a toujours la même saveur ( RC )

Affiche secondaire du film "La route" ( d’après le roman de Cormac McCarthy)
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S’il y a des tempêtes,
Des cataclysmes, secouent la planète,
Des failles soudaines s’ouvrent sous les villes,
La journée de la colère – ( il y a bien la fête des pères ) -
Où tout bascule
Un monde qui s’anéantit
Des îles rayées de la carte,
Les rues de Pompeï sous la cendre,
L’Atlantide s’enfonce, même dans le souvenir des hommes
Les civilisations éteintes, les régions désertées…
- par quel événement soudain - ?
Caprices météorologiques, gel brutal..
( la main du divin , sur le soleil),
celui qui appuie par erreur sur le bouton rouge,
pensant appeler son domestique…,
Brusque montée des eaux, et voilà Noé à l’aventure,
gardien d’une diversité biologique en péril…
Au vaste coup de torchon, le calme plat qui suit l’orage,
Restent les graines têtues qui germent quand même ,
Un jour, même lointain, et qui percent le sol mutilé,
Dévasté sous la lave , ou les poisons des chimistes,
Emportant dans leur floraison future, toutes les erreurs
D’un monde à reconstruire, penché sur les larmes d’un passé.
— Prodiges d’énergie et de reconstruction,
Sur les fondations anciennes, la ville neuve s’érige,
Au pays qui s’affirme, le langage s’élabore, les lois se multiplient…
Des propriétés qui s’étendent, et avec , les spéculations immobilières,
Les cupidités, qui vont avec, et les guerres les plus cruelles.
A travers l’histoire recommencée,
Le goût des cendres a toujours la même saveur.
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RC- 27 avril 2013
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Garous Abdolmalekian – Chaque mot n’est qu’un piéton qui passe
Chaque mot
n’est qu’un piéton qui passe
Peu importe lequel
Nous écrivons seulement sur les vitres embuées
Pour faire apparaître
La forêt par-delà la fenêtre.
extrait de "Nos poings sous la table", ed Bruno Doucet
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Benjamin Fondane – Villes

peinture: Wayne Thiebaud Sunset Street 1985 ( MoMa)
Villes
Le silence coula sur mes mains
c’était un orage de sable
la ville était pleine de sable
où donc étaient-ils les humains
j’avais beau courir dans le vide
suivi lentement de mes pas, le vide était plus plein
qu’une poitrine gonflée qui fait sauter les pressions,
le vide était si plein, j’avais si peur qu’il n’éclatât
que soudain j’ai pensé qu’il me fallait crier
ressusciter la vie
souhaiter le sifflet des bateaux, des sirènes d’usine
la rumeur des meetings, des fleuves de glace qui cassent
sous la poussée du printemps, les vitrines brisées des grèves générales, le bruit
strident des rémouleurs aiguisant les ciseaux, les couteaux, la criée des poissons dans les halles, les plaintes des marchands d’habits,
des rempailleurs de chaises, des pianos mécaniques et des musiques perforées.
Je vous appelais du fond terreux de mon angoisse
sonorités des étameurs, des camelots, ô chansons nasillardes
des marchandes de quatre-saisons qui font au printemps maladif
l’opération césarienne -Et peu à peu je vis céder mon insomnie
mes oreilles bourdonnaient, une sorte d’âcre paix, une paix nauséeuse,
pénétra dans mon sang avec une vieille odeur de draps
et mon sommeil ouvert comme une bouche d’égout
buvait les cantiques pieux des machines à coudre,
le ronflement régulier des tuyaux de vidanges, le souffle léger de la vie qui monte et qui grince, ô poulie !
Le bruit de plus en plus fatigué de la vie.
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Voyager dans vos paroles ( RC )

dessin: Celine Colombel
Mon souvenir ira voyager dans vos paroles
En possible accueil, c’est une trace ténue
Qu’en vous soigneusement , vous garderez émue
En une dernière escale, comme une aile frôle
Au plus sûr de votre cœur, ce sera une place.
Pour l’ ami aux paroles prodigues
Ayant peut-être égaré , le nom. Il navigue
Au milieu de l’esprit - rien ne l’embarrasse
C’est un homme vivant , qui part et s’élance
Comme un ciel d’orage sur les mâts
- L’homme le plus tenté par l’amour s’ébat
Et vents, poussent navires avec élégance…
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RC – 01-2012
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T.S. Eliot- Arriver là d’où nous sommes partis
peinture: Jerome Bosch – extrait du " jardin des délices"
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"Nous ne cesserons d’explorer
Et le terme de toute notre exploration
Sera d’arriver là d’où nous sommes partis
Et de connaître cet endroit pour la première fois.
Franchir la porte inconnue et reconnue
Quand le dernier coin de terre à découvrir
Sera le commencement même ;
À la source du plus long des fleuves
La voix de la cascade cachée
Et les enfants dans le pommier
Non connus car non recherchés
Mais entendus, à demi entendus, dans le calme
Entre deux vagues marines."
de "« Little Gidding », Quatre Quatuors"
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Laura – Prélude, comme une attente

dessin: Aloïse, musée de Lausanne
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J’ai entendu le mot prélude,
c’est comme une attente,
un prélude à la nuit,
un prélude à l’aurore,
mais comme je ne suis pas sûr,
je préfère m’arrêter là.
Un alphabet de saveurs,
il faudrait donc les classer et pourquoi ?
Toutes les saveurs, comme tous
les malheurs et tous les bonheurs
n’ont pas d’alphabet.
Tout est mélangé, une larme de cannelle,
un piment de douleur.
On goûte à tout, café torréfié pour
se réveiller et pièces montées
pour les mariés.
Ne vous embêtez pas surtout
pour faire cet alphabet de saveurs,
elles viennent à notre bouche
et vous les reconnaissez sans erreur.
-
Laura
La personne qui a écrit ceci l’a fait à travers un atelier d’écriture organisé dans un hôpital psychiatrique, et publié dans "mots de passe " ( ville de Martigues)
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Richard Brautigan – Un carnet dans la même poche que mon passeport

poème-affiche du site des ArtPenteurs
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Les cinq poèmes
que j’ai écrits aujourd’hui,
ils sont dans un carnet
dans la même poche
que mon passeport. C’est
la même chose.
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Richard Brautigan, Journal Japonais
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Claude Debussy – Voir le jour se lever

dessin perso ——-d’après une oeuvre de Meister von Stierentz : Musée d’Art de Bâle – Suisse mars 2013
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Une citation paradoxale, pour quelqu’un d’aussi fin musicalement que Claude Debussy:
"Voir le jour se lever est plus utile que d’entendre la Symphonie pastorale. "
Mais ( outre la notion d"utilité", qui pourrait se discuter, et savoir qu’est-ce que l’auteur entendait par là ) … le fait de ressentir des émotions dans le monde "en direct", sans être lié au monde de la création, et notamment du domaine auquel on appartient…
- peut-être aussi parce que l’oeuvre citée fait partie d’une culture "classique", donc, du passé…
jour
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L’inspire se dévide ( RC )

l’inspire se dévide, et il pense danse
- des graffitis sur le mur ,
essuie, il faudrait une gomme
- en attendant,
- ou un peu de toile émeri,
pour revenir au vert d’eau,
qui surmonte les carreaux.
Et chacun, passe , et y ajoute ses mots,
ce sont des obscènes
qu’on ne trouve pas en poèmes.
Ou bien la calligraphie grasse
des feutres, ceux qui arrivent à dégouliner,
- et s’obstinent, entre la chasse,
et la cuvette , dont l’abattant pend.
Le bonheur des mouches, qui se mirent
dans les lignes d’eau,
jointoyure incertaine au creux des carreaux,
que le sol a recueilli,
– restes de rouleaux roses.
Voila de nouveaux parchemins , pour donner
libre-cours - aux talents d’écriture,
quel dommage de négliger ainsi , – qui cristallise
l’avancée de l’esprit !!. -
Mais c’est faute au confort, ce papier rose
qui s’enfonce,
sous la pointe revêche du stylo,
ou même la mine de plomb – crayon.
Il semaillerait des mots,
l’inspiration du moment,
un moment bien choisi,
au regard du bruit de la rue,
- drôle d’endroit pour régler sa montre -
derrière la porte épaisse , – bois, qui arrive à mi-tête,
targette branlante,
la place , déserte à cette heure
pourtant, oui, il reste encore
les trognons des choux-fleurs
et des morceaux d’orange moisis , - après le marché
et des cagettes enchevêtrées,
- la balayeuse ne va pas tarder à passer
dans les guenilles de la ville- ,
et les mots en cascade qui dérapent,
comme pas permis, - se dilapident les pensées,
les pleins et délirés ——- que tout rentre
dans l’ordre lorsque qu’il sort ! -se trouver
quelque chose à dire,
pour coller l’avalanche cataplasme d’écriture,
il te faut ce beau papier,
— mais où sont-ils, justement
ces mots qui te venaient en flammes ?
-
RC avril 2013
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Dylan Thomas – Et la mort n’aura pas d’empire
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peinture: Mark Rothko
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- Les morts nus feront foule
- Avec l’homme dans le vent et la lune rousse ;
- Quand leurs os blanchiront et leurs os blancs partiront,
- Ils auront des étoiles au coude et au pied ;
- Même s’ils sont fous, ils seront sains d’esprit,
- Même s’ils sont perdus en mer, ils reviendront ;
- Les amoureux seront égarés mais l’amour restera;
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- Sous les rouleaux de la mer
- Ils demeureront à l’abri de la tourmente ;
- Torturés pour que lâchent leurs nerfs,
- Attachés à une roue, ils ne cèderont pas ;
- La foi en leurs mains éclatera,
- Et les diables cornus les piétineront ;
- Écartelés de toute éternité, ils ne céderont pas ;
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- Plus aucun cri de mouette à leurs oreilles
- Ou le déferlement des vagues sur les rivages ;
- Où la fleur s’épanouit peut-être qu’aucune fleur
- Ne lèvera son front aux coups de la pluie ;
- Bien qu’ils soient fous et raides comme des clous,
- Leurs têtes laboureront les champs de marguerites ;
- Brisés par le soleil jusqu’à ce que le soleil se brise,
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- -
Philippe Jaccottet – Cette montagne a son double dans mon coeur.

peinture F Hodler:
Le massif de la Jungfrau
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Cette montagne a son double dans mon coeur.
Je m’adosse à son ombre,
je recueille dans mes mains son silence
afin qu’il gagne en moi et hors de moi,
qu’il s’étende, qu’il apaise et purifie.
Me voici vêtu d’elle comme d’un manteau.
Mais plus puissante, dirait-on, que les montagnes
et toute lame blanche sortie de leur forge,
la frêle clef du sourire.
-
Claude Saguet – Belle, pour quel désert suis-je promis ?
-
Belle, pour quel désert suis-je promis, pour quel autre
désert s’il faut, à chaque instant, retrouver sa solitude dans tous les yeux qui passent ?
Lorsque les routes se dédoublent et s’amoncellent les fleuves ; lorsque lentement, dans le matin, s’élève l’haleine rouge des heures, je voudrais m’ouvrir comme une parole privée d’air depuis longtemps.
La mer, de tous ces plis, m’apporte des chants sans mémoire qui vont, avec l’entêtement obscur de l’oiseau, pour retrouver un goût de terre et d’orage.
Désert, désert partout ! dans les cercles criants de la sève, dans l’arbre qui se tord pour ne plus exister
Et j’ai peine à croire à notre langage immobile sous les pierres, à ce reflet dans le miroir brisé à l’aube des cascades.
(l’œil déserté version 2 éditions dé bleu 1980)
La nuit m’apporte
un poème d’eau fraîche.
La nuit venue du fond
de ton corps mutilé
je peux la prendre dans mes bras ;
je peux l’avaler toute jusqu’au premier rayon.
La nuit venue du fond de ton corps flagellé
est-elle femme
ou rose noire ?
J’ai fermé portes et fenêtres.
Est-elle femme,
est-elle écho
la nuit venue du fond
de ton corps décharné ?
Je veux en elle
trouver un visage, de quoi me remettre à vivre.
La nuit couvre la plaine
de son lierre fantôme
et j’imagine un corps vivant.
La nuit comme une forêt morte
sur un chemin hanté de plaintives lueurs.
(l’œil déserté version 2 éditions dé bleu1980)
Catherine Pozzi – Escopolamine
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Escopolamine
Le vin qui coule dans ma veine
A noyé mon cœur et l’entraîne
Et je naviguerai le ciel
À bord d’un cœur sans capitaine
Où l’oubli fond comme du miel.
Mon cœur est un astre apparu
Qui nage au divin nonpareil.
Dérive, étrange devenu !
Ô voyage vers le soleil —
Un son nouvel et continu
Est la trame de ton sommeil.
Mon cœur a quitté mon histoire
Adieu Forme je ne sens plus
Je suis sauvé je suis perdu
Je me cherche dans l’inconnu
Un nom libre de la mémoire.
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Le geste avait pris sa main ( RC )

dessin calligraphique à partir d’une sculpture de Matisse, exposition Matisse et Rodin, musée Rodin, décembre 2009
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Ce qu’il se passe sur sa page,
je ne peux l’expliquer …
il y a de l’oubli nécessaire, et un temps céleste,
qui brouillaient sa présence et dirigeaient ses pas.
Des pas d’encre quand je débarquais demi- inconscient,
franchissant des seuils sans s’arrêter,
usant de l’entaille comme des signes, portés par une mémoire.
Elle était là, à ma place, basculant au bord du monde,
et se frayait un chemin parmi la surface,
toute à elle sans un parcours de sève ,
unie au tracé rapide sur la feuille qui tremble.
J’avais vécu le temps d’un baiser anonyme,
qui ne laisse de son passage, que la trace du dessin,
C’était un grand geste précis qui allait se lancer
dans une arabesque, et le mouvement seul,
avait pris sa main.
Il se demanda encore s’il y était pour quelque chose,
confondant le destin et le dessin.
Une seule lettre en sépare le sens….
On lui dit que oui .
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RC - 10 avril 2013
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Mots de phoenix ( RC )
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Cette lutte dans la froidure
Que l’on partage en fins mots
De quoi tenir au chaud
Encore des chants d’azur…
Feux de phénix
Renaissant de ses cendres
On peut toujours attendre
Des phrases prolixes
Ou je ne sais quoi
Des feux follets
Ne laissent inquiets
Que ceux restant cois…
J’observe alors, ma foi
Dans le ciel , les fumées,
- de tes proses allumées
Que nous accorde la joie.
RC – 5 mars 2013
note : cette création s’appuie sur un poème de Jean-Jacques Dorio, qui nous évoque le phénix – visible avec beaucoup d’autres dans "poesie mode d’emploi…"
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