voir l'art autrement – en relation avec les textes

self creation

Lutte contre le chaos ( RC )


photo- peinture:  Wilhelm  Sasnal,  _1972- _ - 2002 Shoah - Forest _P

peinture:                          Wilhelm Sasnal, _1972- _ – 2002 Shoah – Forest _P

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Par le plus grand des hasards, tu es là,
A lire cet aujourd’hui,
Et si ta vision illumine l’instant,
Cet instant fragile,

De deux étincelles,
Ayant pu n’être ( naître ) ailleurs…
Deux espèces d’espaces
Ils se croisent,

Avant que l’ombre,
Ne boive la mienne,
Ou rejoigne les millénaires d’ombres,
Des couches de fatigue,
L’enchevêtrement, en tout sens, des pensées,
En épaisses strates,

L’humus
Peut-être , dont s’extirpe la plante,
Si les conditions le permettent,
Et que se multiplient branches et feuilles,
Comme les phrases portent leurs mots,
Buvant à leur tour la lumière,
Si la création lutte contre le chaos.

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- RC  -  9 août  2013

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Miguel Veyrat – Une falaise,une bougie ( Acantilado A trasluz)


peinture:  Kay Sage - Near the Five Corners  1943

peinture:         Kay Sage -      Near the Five Corners 1943

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UNE FALAISE UNE BOUGIE

Si tu brilles
Au matin silencieux
Et commences à frissonner

Un autre silence attend
Que celui de la mer.
Aux dons tranquilles.

Le double Silence
et la mort
d’un midi calciné

Et quand tu te retournes
Le phare de l’âme d’Allan Poe
Une tour de tes rêves

Ce double silence
De la mer et de la plage
D’une double conscience.

traduction perso de ….

ACANTILADO A TRASLUZ

Si alumbra
en silencio la mañana
y enciende el cuerpo al frío

Otro silencio aguarda
que a la mar
la calma otorga

Silencio doble
y a la muerte
calcinado mediodía

Y cuando te enciendes tú
faro del alma de Allan Poe
torre de ensueño

Este doble silencio
mar y playa
Conciencia doble.

© Miguel Veyrat ( “La voz de los poetas”/ Transparencia XIV “Calima” 2002)


Tu me parles encore tard, le soir ( RC )


Tu as découpé des morceaux de brume
Pour que je reçoive la confusion du ciel
Les ornières d’où la lumière

N’en sort que poussières
Aux après-midi lentes
Où tu élèves de néfastes serpents

De discours prolifiques
Se lovant à mes pieds
En nœuds maléfiques

Tu me parles encore tard, le soir
M’étirant jusqu’à la fuite du jour
Et aux ombres de la nuit venue

Vient encore la mémoire.
A jouer des diagonales sur les cases
Découpage des silhouettes , et perspectives

Ce sera ton langage, mon image
Ton image, mes soirs , toujours
Au plateau lisse des contrastes

Où se promènent encore
Le cavalier et la reine
En combats de reflets.

Bien que , les pièces hautaines
Aient pourtant repris , depuis longtemps
Leur place , dans la boîte capitonnée de rouge.

RC  - février  2013

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Georges Lisowski – Promenade


peinture: Stanislaw Ignacy _1885-1939_ - 1930 Portrait of Helena Bialynicka-Birula

     dessin:       Stanislaw Ignacy (1885-1939)_      – 1930 Portrait of Helena Bialynicka-Birula

 

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PROMENADE

Indifférent je passe à côté
des futurologues qui scrutent le cristal
des braillards qui tirent leur rien de rien
des garçons et des filles sans mystères du coeur et du sexe
des travestis barbus sans âge qui entourent la fontaine
je détourne les yeux de crainte qu’ils n’apparaissent nus et sans barbe
je traverse l’exposition de mes cubistes adorés qui m’ennuient
qui m’ennuient par leur trop de méthode
je passe à côté de milliers de romans illisibles
aux jaquettes luisantes et criardes

je passe à côté de nouveaux-nés dans les bras de leurs mères
à côté des marmots qui pissent dans un passage aux dorures clinquantes
à côté de mes voyages à côté de moi-même
je passe sur l’autre bord si l’autre bord existe
Je ne suis pas auprès de la fontaine ni dans le cristal

Georges Lisowski
(Paris, 1973)

 

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Le défilé des images ( RC )


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En suivant les traces du temps
Comme des empreintes laissées dans la boue,
Il y a,                         sur ce fil,
Le défilé des images
De celles qui marquent un instant
Et finissent par pâlir,

Cartes postales oubliées au fond des tiroirs,
Restes d’affiches de campagnes électorales,
Catalogues fournis pour produits d’antan,
Et aussi les albums épais,
Des photos de famille.

Je parcours le tout,
Où se transforme,
En épisodes chronologiques,
L’univers, même réduit au dehors,
Bordé de maisons proches,
Qui s’enhardissent de grues,
Et deviennent immeubles.

La famille rassemblée,
Au pied de l’escalier,
S’est agrandie d’un nourrisson,
Maintenant debout sous un chapeau de paille,
Puis, regardant sur la droite,
Le chat gris faisant sa toilette,
Que l’on retrouve seul, enroulé sur lui-même.

Ensuite, c’est une tante de passage,
Dans ses bras, une petite soeur arrivée…
>      Tout le monde est gauche,
Dans ses habits du dimanche,
Après le repas,
Peut-être suivant le baptême;
….           Il fait très beau dehors.

Ce sont donc des photos du jardin,
Les enfants jouent au ballon,
.         Le tilleul a étiré son ombre,
Au-delà de la grille voisine.
Plus tard,  toujours sur l’escalier,
Les habits suivent une autre mode,
Dix ans se sont écoulés.

Le grand-père n’est plus,
Les allées sont cimentées,
La perspective est close,
D’un nouveau garage,
Occupé d’une  voiture,
Brillant de ses chromes,
Elle apparaît sombre,
Peut-être verte…

Un autre album,
Tourne la page d’une génération,
Le format des images a changé,
Issues d’un nouvel appareil.
C’est maintenant la couleur,
Témoignant des années soixante.

L’extravagance des coiffures,
Et des motifs géométriques,
S’étalant sur les murs,
Le règne du plastique,
Et du formica,   qui jalonne encore,
Les meubles rustiques      en bois.

Quelques pages plus loin,
Les teintes sucrées,
De photos polaroïd,
Donnent dans la fantaisie,
Des portraits déformés,
Pris de trop près,
Et surtout le voyage à Venise.

Gondoles et palais,
Trattorias et reflets…
Les lieux soigneusement mentionnés,
Au stylo à bille ….
>         Le beau temps tourne à l’orage,
—–  On suppose une  dispute,
Car l’album s’arrête là,

En mille-neuf-cent-quatre-vingt,
Sur la photo de l’amie,
Partie sous d’autres horizons,
Rageusement  déchirée,
Puis, maladroitement recollée,
Les souvenirs ne sont plus de mise,
Et restent clos dans le tiroir.

Le défilé des images,  lui,      s ‘immobilise.

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RC  – 10 et 11 août 2013

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un texte qui fait  "pendant "  aux  "lamelles immobiles"


Nuit carmine ( RC ) – "réponse à Lamber Sav"


sculpture : Athar Jaber

Fleurs de sang,
Je ne vous connais ,
Sous la peau, – sous ta peau
Que lorsque s’ouvre,
Le tranchant d’une blessure…

J’entrevois le sommet d’une vague
Et parfois aussi son bruit .
Mon souffle a l’inflexion de la nuit,
Et cette nuit carmine,
Je la porte en toi.

Se suspendre aux nuages,
Est une méprise,
Les couleurs et lavis,
Ne sont intenses
Qu’au fond de toi-même,

La vie s’y propulse,
De corps à coeur,
Et si tu soupires,
Contre le corps dressé
De l’arbre,

Pense que ses veines,
Sont semblables aux tiennes,
Et avant que d’une frêle pousse,
Ne se dresse de fières colonnes,
Combien d’années de sève,

Il faut,
Pour que la colère et la tristesse,
S’apaise et se rassure,
Comme aussi, le temps s’apprivoise,
Et que je me fonde en ton feuillage.

> Aussi à y disparaître.

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RC – 12 août 2013

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incitation:  Lamber Sav, avec  "appréhension"

appréhension

sans métaphore écrasé par la chaleur

au bout du chemin

voyant les vaches dévaler dans le pré

assis sur une fourmilière

le moi bouillonne et se perd

la méditation

en wanderer

désasphyxie

ce serait de se fondre en feuillage

reprendre le chant  de l’oiseau

dans l’air les nuées de mouches

se suspendre au nuage

est une méprise

se délave  aux orages

tumulte

défiance

en somme

émettre les épingles des pins

en petits tas où poser la tête

aux herbes sèchent les fleurs

vice aux écorces et au sang

sans l’écrire

forcer son souffle

prévoir

aspirer

un poème

apaise et assure

le halètement du pouls contrarié

les couleurs et le lavis

les lignes foncées

la trachée de l’aorte

sont ce des tâches ces ports du rythme ?

tout et voir est affaire de respiration

mise à distance de ce qui est méprisable

la colère et la tristesse

sont dans le paysage

l’homme contre le tronc soupire

il aspire à disparaître

Getsuju

Getsuju

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Du hasard est né cécité – ( RC )


photo  Polly Chandler : lay your head where my heart used to be

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Et si je prends à rebours  d’autorité

A  jeter les  dés autrement ( sans y être invité)

Et  décideront  d’un autre parcours -  de notre vie

C’est l’avenir qui balbutie  -  et qui change  d’avis

Le hasard prodigue en surprises, peut avoir des revers

Et le soleil peut faire place à la journée ( à l’envers)

Plus grise et sombre qu’on  l’eut souhaitée

Et nous voilà  face aux décisions divines  (entêtées)

La grande  question, est que nous ne dominons rien

En visibilité courte de ce que nous promet le destin.

Si un ange passe, est-ce  que son doigt se pointe sur nous,

Ou nous laisse dans  l’ombre  – au fond du trou ?

Comment  savoir alors, sinon jouer les probabilités

A  décider du destin, le hasard ( seul habilité),

Qui en fait tout à son aise – peut-être des miracles

Ou bien la catastrophe.  ( faudrait consulter l’oracle….)

Face  aux éléments… incendies, tornades,    en démence

A utiliser le hasard  -  je me fais  agent  d’assurance

Si toujours, en jetant au sol les  cauris

Ce sont les  éléments qui me sourient

Ou bien,  à subir le hasard, -  et ses caprices

Passer à côté du vrai, tomber dans le factice

Etre accusé à tort, subir les supplices

Autres  agréments et injustices

On peut  subir le mauvais sort

Et ne jamais  s’en sortir, malgré ses efforts

Tirer la courte paille, le mauvais numéro

Qui jamais ne fera de nous, des héros.

Ainsi les conscrits par le passé, pas de chance

Sont envoyés – par hasard – défendre la France

Enfin, plutôt les seigneurs  et puissants

Imposant de la sorte un «  don du sang »

Il se peut ainsi que le hasard m’aille

Ou bien goûter le revers de la médaille,

En étant cloué  au poteau

Pour avoir perdu au loto…

—-

RC  15 juin 2012

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Heures obliques à Prétoria ( RC )


photographe non identifié,          bidonville à Wonderkop ( Afrique du Sud)

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Rochers convexes, dédales tracés à travers

Les rêves , les champs  d’orge, encore  couchés,

Sous les doigts de l’orage.

La poussière de l’été  s’étale, et recouvre

Aussi les abris  d’autobus, et les sacs de plastique

Eparpillés de part et d’autre de la route,

Désertée, et ne menant nulle part,

Tant les banlieues  se ressemblent,

Les panneaux publicitaires  en décor,

Le soleil mouvant jouant

Avec les flèches  sur la chaussée,

Aux heures fanées d’obliques,

Des cabanes aux tôles éventrées,

Se pressent à quelque distance,

De blanches villas cossues…

A Pretoria

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RC – 6 août 2013

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Le béton s’enracine – ( RC )


Le béton, sournois,
S’enracine au plus profond de la terre,
Il y a même,  paraît-t-il des villes entières,
Qui se multiplient, et même s’étendent sous les mers.

Une terre où petit à petit, les immeubles  s’enfoncent,
Et dont  on ne voit  que la pointe,
Tels icebergs qu’on distingue, pointes dures
Aux couchers flamboyants des soleils

Et la courbe croisée des lunes,
Mais en général, invisibles des hommes,
Cachés sous les épaisseurs,
Du béton sournois, digérant les roches,

Recrachant des tunnels, où circulent,
De longs convois, ne connaissant ni le jour, ni la nuit,
Des lombrics de métal, glissant sans obstacle apparent
Mais s’arrêtant pourtant net, face à d’autres murs de béton,

Où les valeurs d’ici n’ont plus cours,
>            Le langage reste barbelé,
Quand se poursuivent , même sous la terre,commune,
Barrières  et frontières.

RC  – 2 août 2013

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Lac – Brassens, cloche ( RC )


photo: gjlh ( voir son blog photos)

Le lac bleuté, le repos, sous le soleil d’été
Les bâtiments voisins se brisent en reflets,
Entourés d’ écrins de sapins,

L’eau est presque immobile  sous midi,
Tu es les pieds dans les flots,
A marcher précautionneusement sur les  galets

Seuls quelques chiens, jappent la lumière,
Et aussi une auto,  écrit dans l’espace,
Une chanson de Brassens,qui nous parvient,

De droite, puis de gauche, enfin s’éteint.
Douze coups marquent la cloche,
Au son fêlé, celle  de l’abbaye.

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RC  – 21 juillet 2013

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Une barque sur l’océan, que j’habite au reflet des étoiles (RC )


 

 

Une barque                    sur l’océan,
Que j’habite au reflet des étoiles,
Bercées               par les heures diluées,
Lorsqu’ aucun vent ne gonfle les voiles.

L’avenir serait en ces îles
Posées sur la brume,   dos d’espadon
Qu’un parcours immobile
Détache de l’horizon.

Orphelines d’une terre noire,
Ayant perdu sa mémoire,
Ou peut-être encore si loin,
Qu’on en oublie ses jardins.

Tant de liquide, au gré de l’immense
Si je fais du sur-place
Amplifie,      de conscience,      ta distance
L’esprit noyé,                   de trop d’espace,

Le baiser des pensées s’accompagne,
Des hasards        de l’existence,
Quand         jamais ne s’éloigne,
L’ombre                  de ta présence.

-
RC  – 5 août 2013

 

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Richesse inutile ( RC ) – ( écho à Isabelle Dalbe)


photo perso -  dolmende l'Aumède  Chanac, Lozère

photo perso – dolmen           de l’Aumède     Chanac, Lozère

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Aux pays lointains,
Ceux où le soleil s’attarde,
méridiens  d’Afrique,

La Noire

Ne s’imagine
Une couverture blanche,
Que la nudité du silence,

Il recouvrirait
A ce qu’on dit
Des terres  d’abondance,

Forêts  denses,
Rivières clarté,
Mais si loin encore,

Le froid  qui recouvre,
Etendues, et convoitées
D’autant de diamants,

La  blanche

Ce qui reste de cristaux,
Qu’on ne peut emporter,
Richesse inutile.

A portée de mains,
Glacée,
La neige se fond en elle-même.

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RC -  25 juillet 2013

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La neige

à Laurent Albarracin

La neige noue clepsydre et giboulées.
Elle fleurit la bombe de cet écho.
Dans la nudité de la blancheur
elle existe pour le silence.

La neige continue l’objet convoité.
Elle est le temple de la grêle.
Une poupée de la rosée
à hauteur de la vive allure.

A l’enseigne de nos pas
c’est un loup d’azur.
Tout un temps bâti
pour le huitième jour.

La neige se fond dans la neige.
Mère à-pic baptisée Ẻquilibre.
S’enterre sa racine phénix.
La neige ne s’arrache pas.

I. Dalbe

 

 

également ce texte  de Sophie G Lucas,  qui dit  quelque  chose  d’approchant à ce que j’écris…

 

extrait de  "Se recoudre à la terre"

on n’en fait rien de
la neige
(toute l’épaisseur de
ce monde dans une fenêtre)
tout juste se demande-t-on
comment ce sera une fois
que tout aura fondu
si la vie sera la
même
et si c’est bien la neige
qui bloque les siens
dans le
silence

 

-


Hors de chez toi, la conscience ( RC )


Photo by Rafa Samano/Cover/Getty Images

Hors de chez toi,          la conscience,
Vois les flammes sombres des arbres,
Vois la sphère habitée, les routes  qui l’enserrent,

Traverse les rues qui bousculent, les langues étrangères,
>           Le monde qui s’éloigne.
Est-ce toi qui ne le comprends  plus ?

Ou bien de ce ventre dont tu es issu,
…Tu as clos le cordon nourricier,
Pour des paradis toujours ailleurs,
Injectés à la sauvette.

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RC -21 juillet 2013

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Toscane l’étrusque ( RC )


sculpture;  art étrusque

sculpture;        art étrusque

-

Della Francesca couvre des panneaux,
Des     scènes de  sa foi,
Légende de la Vraie Croix
Dans la ville  d’Arezzo,

Mouvements croisés     de chevaux,
Ces peintures qu’on dit primitives
Multiplient les perspectives,
Sous  étendards      et drapeaux.

Le jour court, puis se fane,
Les        ombres des cyprès dessinent
Des pinceaux allongés sur les collines,
Et vallons de Toscane,

Qui portent jusque
Aux statues     blanchâtres
De    translucide  albâtre
Du pays étrusque

Mythologie      et divinités,
Les années entassées,
Restent les témoins du passé,
Emergeant de l’obscurité

Défile au dessus des murs,
Tout ce qui parle d’heures grises
Le soir.        Il enveloppe Assise
De sa robe  d’azur.

 

…Que l’on évoque    Volterra,
Ou d’autres cités anciennes,
La nuit  s’empare de Sienne
Dans   ses habits d’apparat…

- Le soleil,      en son vol d’or,
Verse      sa coupe de volupté,
A l’horizontale de l’été,
Et joue les  sémaphores,

Derrière les créneaux,

De San Giminiano

 

-

Peinture:          Fresque de Piero Della Francesca: légende la Vraie Croix – bataille entre Heraclus & Khosro           XVè siècle –  église  d’Arezzo

RC – 25 juillet 2013

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Délire = lire à l’envers ( RC )


Tu as essayé de combler la muraille des mots
>                             en froissant l’écriture du feu,
Il a laissé des traînées noires sur le chapitre des hommes,

Il était question de prophéties,
C’était écrit dans le grand livre,
Tu as essayé d’en arracher les pages,

S’il fallait dévier le cours du temps,
Comme installer un barrage,
Contre une apocalypse annoncée,

Tu as changé le feu en glace, alors
Se mêlant de l’hiver,                                           étendu aux orgues du blizzard,
Et la succession d’arbres revêches,  accrochés de leurs serres aux pentes.

Tu as été sourd à ce que dit la terre,
Commandé aux éléments,    creusé des canaux,    abattu des forêts immenses
Mais si tu as lu à l’envers,                                               ou traduit avec contresens,

Joué l’apprenti-sourcier,          et en guise de semeur
Semé les erreurs,               comme autant d’incendies
>                 Le retour en arrière n’est plus possible.

Le pouvoir enivre                                et file entre les doigts comme du sable,
>       Lire à l’envers, délire
…  Et maintenant,                               que fais-tu, dans ta maison détruite ?

RC –           11 juillet 2013

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Nicolas de Stael – grand concert ( RC )


peinture; N De Staël :              le grand concert    1955    (avant le suicide  de l’artiste)

Face au grand mur de la douleur,                           Nicolas de Staël
A accompagné dans leur vol, les oiseaux , à toutes profondeurs.
Face au mur de la vie, si le bleu le noir et le blanc ne s’épousent pas.
C’est par un cri de couleur que tu as plongé dans le                     vide.

Peut -être pour retrouver l’espace des grands a-plats
Le reproche de l’ombre et            le tragique  du rouge

Il fait nuit sur  ton corps, qui n’a pas suivi celui des oiseaux
Il fait nuit sur ta vie,                        qui nous disait l’inverse,
L’éclat d’un citron, d’un vase, et les rythmes des voiliers
Posés d’aplomb sur les surfaces         peintes au couteau.

Mais si tu es gisant, brisé au pied des rochers
La musique des teintes, nous invite, symphonie

Où jouent les masses         dressées sur l’écarlate
L’ombre du piano noir, l’ocre de la contrebasse
A ton grand  concert,        la neige des partitions
Des musiciens absents, à écouter les couleurs.

RC   25 mai 2012

 

-

- – voir  aussi  "le pinceau de la ville"

Faced with the great wall of pain, Nicolas de Staël
Accompanied in their flight, the birds, at any depth.
Facing the wall of life, if the blue black and white does’nt embrace.
This is a cry of color that wherefrom you plunged in the vacuum.

Perhaps to find space for a large flat-painted surfaces
The reproach of the shadow ,   the tragic of red

It’s dark on your body, which did not follow the birds
It is night of your life, who said the opposite,
The splendor of a lemon, a vase, and the rhythms of sailboats
Placed squarely on the painted surfaces with the painting knife.

But if you’re lying, broken at the foot of the rocks
Music of colors, invites us,          symphony

Where the masses are standing on the scarlet
The shadow piano black, the ocher  of the double bass
To your great concert, the snow of music sheets
Absent with musicians,            listening  to the colors.

-

voir  aussi  cet  article  dont  je fais  référence

———–>

Emma/mj

Ce tableau évoque d’abord pour moi l’incommunicabilité : Malgré le pont que font les partitions entre les deux instruments , la musique semble étouffée par l’horizontalité de ce rouge écrasant , horizontalité contre laquelle semble s’élever péniblement la voix du violoncelle dans sa tonalité incertaine..
Pourtant ,, quand le regard s’attarde sur le tableau , l’éclat que donne cet agencement de couleurs au blanc éblouissant des partitions pourrait être un hymne à la musique ?
Je ne sais pas . Deux impressions contradictoires …

05/25/2012 à 21 h 20 min (Modifier)

Ta lecture est "plausible",… étant donné que j’ai une vue plus "abstraite", je ne la partage pas ici, mais par contre oui, pour certains de ses tableaux: par exemple un nu sur le même fond rouge…

-

voir aussi  le poème  de Jean Senac, ici…

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Suivre ses propres traces ( RC )


photo:        maison-boutique abandonnée Arizona

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Le vent habite le village désert,
Les portes  se sont refermées sur le silence,
La vie est partie ailleurs.

Je passe au travers de palissades,
Et de jardins encombrés de broussailles,
Les bassins d’où l’eau s’est évaporée.

Des pompes d’un autre âge, gardent la station service
Végètent d’antiques véhicules
Aux pneus affaissés

Aucun chien errant ne vient plus
Aboyer sur mon passage,
Où les végétaux se referment lentement.

Juste des empreintes de pas,
Conservées dans la boue sèche,
>            Leur taille correspond à la mienne.

-

RC- 24 juillet  2013

photo provenance

 

tentative de traduction

 

The wind inhabits the deserted village
Doors closed on the silence,
Life has gone elsewhere.

I pass through fences,
And cluttered brush gardens
The Pools  wherefrom water has evaporated.

Pumps of another age, keeping the gas station
Languish antique vehicles
Tires sagged ,

No wandering dog ​​no longer comes
Barking on my way,
Where the plants are closing slowly.

Just footprints,
Kept in dry mud,
>            Their fits are like mine.

-


Course recommencée de la rivière ( RC)


aquarelle-  Shay Clanton

-

A l’abri des saules,
L’ombre  légère  se courbe,
Et effleure le courant,
Où passent  furtifs,
Des  éclairs  d’argent.

Des feuilles  jaunies
D’un calme après-midi,
Suivent à quelque distance,
Le défilé des heures
Qui les portent au loin.

Il n’ y a de bruits,
Que l’envol des oiseaux,
L’écho du bruissement des flots,
Contournant les branches,
Dépassant de l’onde.

A peu de distance de l’île,
Le pêcheur immobile,
Reste debout
Dans ses bottes de cahoutchouc,
Et laisse filer le temps.

Dans un autre univers,
D’ors et de verts
Les points de soleil ricochent,
Autour de quelques roches,
Que les truites contournent.

La lumière invente ses  fins de jours,
Et se pose en détours,
<           Sans se souvenir d’hier,
Ni des poissons, des hameçons,
La course recommencée de la rivière..

Les pieds dans les bottes, humides,
Le pêcheur , son panier vide,
Ne veut pas forcer la chance
Que la ligne se tende  et mouille,
Qu’importe de rentrer bredouille…

RC -  17 juillet  2013

-


En devenir … ( RC )


Masque Ventral de l’ethnie Dan, à l’Ouest de la Côte d’Ivoire.

 

-

En devenir…

Les chairs enveloppées de fougères,
Ont des murmures clairs,
Qui repoussent les mers
Au delà- des lierres.

C’est un autre horizon,
Que tu portes en toi,
Cet enfant qui croît
Et sera peut-être blond.

Pétri de grondements,
Tes veines de murmures,
Disent les temps futurs,
Naissance et avènement…

Mais sa masse animale,
Nourrie de ton sang,
Se berce des avants
Et reviendra danser au bal,

Future d’indépendances
Aux heures lourdes, et lentes
Confiné dans l’attente,
Se prend soudain de danse

Dans les décors de rouges,
Ce tout petit fauve,
D’un incendie mauve,
Doucement se bouge,

D’un univers partagé, relié
A l’invisible outremer,
La navigation des chairs
Lui fait prendre pieds

Tu peux compter ses doigts,
Ses formes rondes, de haricot…
Si proche de ta peau,
Il n’est pourtant plus toi,

Si tu écoutes son être pousser,
Pour s’aventurer sans préavis,
Affronter les destins de la vie,
Vers laquelle il va s’élancer.

Au terme du voyage sommeil,
Porteur de tous les rêves,
A la mer immense, au coeur de sa sève,
Toute jeune bouteille…

Portée par les flots,
Une feuille blanche à écrire,
Toute sa vie en devenir,
Dont tu es le terreau…

-

RC – 15 juillet 2013

-

( sur l’incitation poétique  de Nath  ( bleu-pourpre) avec indocile – ancre )

 

-

 


Parcours nocturne sans lune ( RC )


 

-

Si, d’une nuit  sans lune,

Tu descends à pas de loup,

L’escalier de bois,

Dont tu sais chaque marche,

Comme autant de pièges,

Celles qui gémissent,

Ou dont les têtes de clous se rebellent,

D’autres qui jointoient mal…

 

Cette étape franchie, c’est le couloir  qu’encombre,

La découpe dans le sombre,

De la vieille armoire,

Encore un peu plus noire,

Et, suspendus à côté,

L’amas des habits d’hiver,

Comme autant de dépouilles,

Sur leur crochet de fer,

.. Présences enveloppées du passé,

Echarpes et manteaux entassés.

 

C’est à droite la cuisine,

Son carrelage froid,

La coupe de mandarine,

Sur la table en bois,

Attendant sans bruit,

A côté de quelques livres,

La fin de la nuit.

 

Vois-tu les fleurs de givre,

Eclairées par derrière,

De la présence immobile,

Du seul réverbère ?

——-  Il est minuit pile..

photo         Lionel Feininger

RC -  27 juin 2013


Nuit de coton ( RC )


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Nuit de coton, Lit, mon ami
Ecrits du noir, mes yeux clos
Papier d’âme  au  repos

pastel perso:   "basse continue"   acrylique  sur papier 1989

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Ecrits des cendres – ( RC )


image – Anselm Kiefer – livre… extrait  de  "the  books  of Anselm Kiefer"

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Point d’atouts de cartes,
D’une page, les taches,
Devenue brouillon, ça fâche,
Que d’une main j’écarte

L’écriture s’ensommeille,
Point de phrases ne rattrapent,
Sur la page , le stylo dérape,
C’est direction corbeille…

Mon roman ne veut pas se terminer,
Comme on dit  "  à l’eau de rose ",
Les chapitres se décomposent,
Dans un autodafé de cheminée…

Aux flammes, et la fumée,
Tourbillonnent les mots,
Et les paroles en trop,
Autour du foyer, allumé.

Il n’y a plus rien à prendre,
S’éparpillent, points  et virgules,
Les belles lettres  et les majuscules
Se sont réduites  en cendres.

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RC -  21juin et  3 juillet 2013

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( incitation: "La page et moi"  de JoBougon…)

 

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Aux motifs de l’oubli ( RC )


photo:              victimes du massacre de Katyn,           Pologne 1941

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Sous le ciel amnésique,

Les odeurs du néant,

De  décharge tragique,

Conduisent sûrement,

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Au long parcours,

Où il n’est plus d’espoir,

De changer le cours,

De ce qu’on nomme Histoire…

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Les massacres perpétrés,

Ont des remugles  d’égoût

Et restent empêtrés

De toutes leurs boues.

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La loi des vainqueurs,

Soucieux de jeter un voile d’oubli

Jouent le temps et les heures,

Aux victimes de conflits.

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Il n’est souvent de mémoire,

Des guerres fratricides,

Qu’un immense trou noir

Niant les génocides.

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Disant  qu’il n’y a pas de témoins,

Les négationnistes,

Veulent convaincre  avec soin,

De l’absence d’oppressions, et meurtres racistes.

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Mais on ne peut nier,

Ce que conservent les fosses

communes, et leurs charniers :

De pauvres restes  et beaucoup d’os,

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Qui parlent en silence,

Mieux que tous les discours,

Criante pestilence,

D’un voyage sans retour.

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RC      - 10  juillet  2013

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Miguel Veyrat – La terre s’ouvre au soleil


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La terre s’ouvre au soleil
Une rivière qui n’en finit pas
La chanson qui brûle dans l’air
s’évapore de larmes
La lumière ne peut brûler
Lorsque ,à l’écart des temples
Vole libre, sans colonnes

Chaque mot nu.

 

© Miguel Veyrat ("Babel sur la Lune" / " bouche d’ombre «  Calima 2005)

 

 

TIERRA que al Sol se abre
río que nunca acaba
canto que arde en el aire
lágrima que se evapora:
Luz que no puede quemarse
cuando lejos de los templos
libre vuela sin columnas
en cada palabra desnuda.

 

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