voir l'art autrement – en relation avec les textes

self creation

Prométhée, sous Calder ( RC )


-                      montage perso-              variation ( discutable),     sur une production de abracadagascar.

calder n62

-

Soudé à la sculpture

je m’érode

Sous la marche des étoiles

Et le pluie orangée,

C’est une rouille,

Qui peut-être

Me libérera

Un jour,

Lorsque les continents

Se froisseront,

-

Et du scintillement de grandes ailes

Moites et lourdes

D’anges fatigués,

- Elles viendront se poser -

Et envelopper la terre,

Alors que tourne toujours

Le grand mobile de Calder,

Un grand ventilateur,

Propulsant la planète

Dans un coin d’oubli.

-

Je n’aurais pas dû voler le feu,

Et le donner aux hommes.

Mais,  çà ne m’empêche pas

De les aimer.

-

RC – 22 août 2013

-


Constantin Simonov – Attends-moi


 

 

 

 

peinture   Aquarelle   Emil Nolde

peinture Aquarelle Emil Nolde

À Valentina Serova

Attends-moi et je reviendrai
Mais attends très fort,
Attends moi quand les pluies jaunes
Apportent la tristesse
Attends quand les neiges tournoient,
Attends quand triomphe l’été
Attends quand le passé s’oublie
Et qu’on n’ attend plus les autres.
Attends, quand de très loin
Le courrier ne vient plus.
Attends, quand sont fatigués
Ceux qui avec toi attendent.

Attends-moi et je reviendrai.
Ne leur pardonne pas, à ceux
Qui vont trouver les mots pour dire
Qu’est venu le temps de l’oubli.
Et s’ils croient, mon fils et ma mère,
S’ils croient, que je ne suis plus,
Si les amis, las de m’attendre
Viennent s’asseoir près du feu,
A boire le vin amer
A la mémoire de mon âme…
Attends. Et ne te hâte pas
De boire avec eux.

Attends-moi et je reviendrai.
Pour faire enrager toutes les morts.
Et qui ne m’aura pas attendu
Qu’il dise : « Il a eu de la chance ».
Ceux qui ne m’ont pas attendu
D’où le comprendraient-ils, comment
En plein milieu du feu,
Par ton attente
Tu m’a sauvé.
Comment j’ai survécu, seuls toi et moi
Nous le saurons ;
C’est simple : tu as su attendre, comme personne

 

-


Voyageur des frontières ( RC )


photo: Evo Lielsen

peinture       : Evo Lielsen

-

 

Il va, dans l’encaissement des vallées,

Des villes qui débordent,

Du gris et de la rouille,

Et quelques ponts sur la rivière,

Il y va

Sur ces voies,

Où les banlieues cèdent du terrain,

Vers des parcelles en pente.

Il va,

Dans la campagne abandonnée,

D’herbe pelée,

Le bois humide et des pierres anciennes.

Il va,

C’est un espace étroit cerné de montagnes,

Répercutant l’écho des nuages,

Où se hissent péniblement les routes.

Il arrive,

Au delà de la frontière,

Espérant que le gris s’extirpe,

Le langage avenant et solaire…

Il arrive,

Dans un pays, porté d’autres instants

Mais retrouve les vallées encaissées,

Et des villes débordant de gris et de rouille…

-

RC – 24 août 2013

(  écrit en repensant au roman de  Maurice Pons: « les saisons » )

-


Sous le ciel, sans partage – ( RC )


peinture:  Jules Olitski

peinture: Jules Olitski

-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sous le ciel, sans partage,        j’hésite

Il y a toujours du monde qui s’agite,

Beaucoup s’échangent du papier contre des choses,

 

De la monnaie contre des roses,

Du travail pour un peu de loisir,

Des caresses , pour un peu de plaisir.

-

Toute chose que l’on peut voir

Et qu’on embrasse du regard,

Ferme l’horizon, à la traversée des rêves,

 

Et si j’étends mes mains, à l’heure brève,

Je me heurte à des murs sévères,

Enfermant l’espace, le parcours du ciel jusqu’à la terre.

-

RC –  20 août 2013

-


Tania Langlais – Ma peur ne sera pas secourue


photo perso retravaillée: Bretagne 2008

photo perso retravaillée: Bretagne 2008

MA PEUR NE SERA PAS SECOURUE



ma peur ne sera pas secourue
j’ai ma belle robe rien n’y paraît
faite de toutes petites boîtes
rejetées par la mer
quand je prendrai le monde
ça fera joli

© Tania Langlais

-

extrait de:  » Kennedy sait de quoi je parle « 

Éditions Poètes de brousse, Montréal 2008

-


Une « Marianne » de Lichtenstein- ( RC )


photo Yannick LeGoff: Lichtenstein,  tête à l'ombre bleue

photo Yannick LeGoff:         Lichtenstein, tête à l’ombre bleue

-


Tes yeux se posent sur moi,

Mais ne regardent pas,

Ou alors loin, si loin,

.. Tête de mannequin,

-

Avec blonde tignasse, et ta trombine,

Tu fais une nouvelle Marylin…

Mythe entêté,

Statue de la Liberté,

-

Attendre que le temps passe,

Et faire du sur-place…

Ne reste pas seule ….Pénélope

Aurait pu être l’icône du « pop »

-

En un coup d’avion,

Tu sauras, (belle comme un camion ),

Te faire encore plus belle,

Que les tours jumelles …

-

Produits exportés,

Ambassadrice de beauté,

A franchir les douanes,

C’est pour nous, bientôt , Marianne

-

Figure que berce,

Le génie du commerce,

Fée des filles, sortie de BD,

Icône de musée,

-

Pop-art leggins

Parée, cosmétiques,

D’airs d’outre-Atlantique,

Figure héroïque

Moulée en plastique

-

Cette statue en résine,

J’en sais l ‘origine,

De la peinture, l’emphase,

Et elle, de ses cases,

-

D’un art devenu académique,

Qu’est devenue sa critique ?

D’une société, vantant sans passion,

Les objets de consommation.

-

Même sans phylactères,

Elle ne fait pas mystère,

De l’art d’Amérique…

>     Qui sent aussi le fric .

-

RC – 26 aout 2013

peinture:         Roy Lichtenstein,    coup de brosse jaune.    Metropolitan Art Mus NYC  1965

-


Neige sur le dos de pierres – (RC )



-

Le dos de pierres
Courbé dessous
Le tas de cendres,
Et puis l’été,
Et puis la colline,

Vautrée sous le passage de l’orage.
Demeurent, parmi les restes de murs,
De la petite ruine,
Les éclats d’ardoise,
Que le feu a révélés…

Les mauvaises herbes, en tas,
Agressives,
Avaient pris possession des lieux,
Et les orties, étaient chez elles.
Sur le dos de pierres,  de la voûte écroulée,

-          C’était il y a longtemps,
.        Et déjà le feu,
.             La rumeur de la guerre,
Les maisons abandonnées,
A l’étrange été de neige sale,

Une neige de cendre,
Qui recouvrit
Aussi,
La table bleue,
>         Elle n’avait pas sa place,

Sur la charrette…

 

-

RC –  18 août 2013

-


Je suis parti pour un voyage ( RC )


photo perso: plaine de Montbel - Lozère  -2005

photo perso:                plaine de Montbel – Lozère    -2005

-

Je pars un peu, laisser derrière moi hautes collines et ravins d’ombre,

A compter la distance, je suis les flèches blanches,

-

Elles scandent les espaces, les forêts sombres…

Laissent place aux prairies, aux cultures, et enfin aux villes,

Le long de la route qui penche,

Virevolte, agile ,

-

S’élance et voltige,

Viaducs et ponts d’audace,

Défiant le vertige,

S’appuient sur monts et terrasses,

-

Avant de connaître la plaine,

Voisine d’une rivière serpente,

Sous le soleil, sereine…

on en oublie le souvenir des pentes.

-

Le miroir d’eau accompagne,

Sur les kilomètres parcourus,

La route de campagne,

La traversée des villages, bientôt disparus,

-

Ils changent peu à peu de style,

La pierre cédant à la brique,

L’ardoise à la tuile,

Répondant, en toute logique

-

Aux régions qui se succèdent,

Au fil des heures interprétées

Que la lumière encore possède,

D’entre les nuages… c’est l’été.

-

J’approche de chez toi,

Les maisons aux façades vives,

Le chant de ses toits,

La tour de l’église et ses ogives,

-

Je laisse sur la droite,

Le vieux village,

Et ses voies étroites,

Magasins et étalages…

-

Quelques rues encore,

La barre des bureaux

Après le drugstore,

Et puis le château d’eau…

-

Coupant le moteur,

J’ouvrirai enfin,

Le havre de fraîcheur,

L’abri de ton jardin,

-

Il y a toujours,

La porte bleue ouverte,

Sur la salle de séjour,

Le bassin aux lentilles vertes,

-

Et les chaises anciennes,

Laissées au vent,

-      Attendant que tu reviennes,

Je m’assois lentement

-

A côté des plantes

Les pieds dans les lentilles,

Et pousses verdoyantes,

Je ne vois plus mes chevilles

-

Mais le reflet du saule

Et puis ton visage,

Qui me frôle l’épaule,

Les seins sous le corsage,

-

Les mots s’enroulent dans les violettes, *

Ta peau a la couleur de blondes prunes

Prêtes à d’autres cueillettes,

Je vais te retrouver sous la lune,

-

Je suis parti pour un voyage – dans tes bras.

-

RC 19 août 2013

-

la belle expression « Les mots s’enroulent dans les violettes » est de Nath

 


Aux rêves, il n’est plus d’absence ( RC )


peinture:     Mark Rothko

peinture: Mark Rothko

-

Le matin tire sur la corde des rêves ;

                                A la lumière naissante,

Le papier             absorbe l’encre,

Comme la mer vient lécher la grève.

-

Si,                  absente en ton sommeil,

                   Tu voyages dans le noir,

Et s’il n’est de mémoire,

                Que le vent des soleils,

-

Au-delà des montagnes…,

                          Il n’est plus d’absence,

Je comble le vide de la distance

                Comme je t’accompagne,

-

                                  Ame consolatrice

                        A la longue nuit

               Que tu traduis

Sans artifices.

-

Il reste             le silence boréal

Et       de tes rêves côtoyés,

Le regard déployé

      Et la pluie des étoiles…

-

RC – 21 août 2013

photo J F Peyron -  Arménie

photo J F Peyron – Arménie

-


Gisela Hemau – Représentation


 

Acrobate: Chapiteau roman de l’église d’Anzy-le-Duc ( Bourgogne)

-

 

 

 

 

L’acrobate monte dans un coffret

Tout d’abord il faut être si petit

Qu’on y trouve de la place

dit-elle et nous offre sa fourrure

Puis entre les bestioles du corps

de la mort et des adieux

 

elle montre

l’ascension

de son propre bras

Nous sommes là pour la vue

Mais nous n’atteignons pas la montagne

Comme nous rétrécissons constamment

la fourrure où nous nous égarons

est à la fin

une forêt impénétrable.

 

Gisela Hemau    traduction Rüdiger Fischer

-

VORSTELLUNG

Die Akrobatin begibt sich

in ein schwarzes Kâstchen

Erst einmal muss man so klein sein

dass man hineinpasst

sagt sie und offeriert uns ihren Pelz

Dann zwischen Leib-

Tod- und Abschiedstierchen

zeigt sie

die Bergbesteigung

des eigenen Arms

Wir sind da weeen der Aussicht

Aber wir erreicnen den Berg nicht

Weil wir immerfort schrumpfen

ist der Pelz in dem wir verirrt sind

bis zum Ende

ein unpassierbarer Wald.

 

aquarelle perso :Chapiteau roman de l'église  d'Anzy-le-Duc

aquarelle perso :   Chapiteau roman   de l’église d’Anzy-le-Duc  2001

 

-

 

 


Ca n’ vaut pas un concert – ( RC )


photo:     Christophe Alary

-

Bien, — ça n’ vaut pas un concert,

Avec plein de guitares,

Un orchestre et un synthé ,

- Mais y en a pas ce soir -

-

Avec un son d’enfer,

Un micro nasillard,

Les amplis esquintés,

La voix de bluesmen noirs.

-

Ou la chanteuse d’opéra,

La dame aux camélias

Ses hautes vocalises,

Et puis … plusieurs rappels,

-

Projecteurs et caméras,

Vases de fleurs et dalhias,

Quand, au sortir de l’église

Résonnent encore gospels…

-

Elle va préférer le pop,

Et même le hard,

Avec tenue cloutée,

Et les clubs enfumés,

-

C’est sans doute le top,

Appuyée sur la rambarde,

Quand elle va écouter,

Les rockers allumés.

-

Dans le jukebox, rempli de disques

Tu peux aussi, glisser la monnaie,

Au boulevard des hits,

A côté du comptoir,

-

Et dans la salle, tu confisques,

Le silence, pour de vrai,

En vrai parasite,

De l’autre côté du bar,

-

Les succès de toujours,

«  Allez, venez, milord »

A convoquer les vedettes,

Avec le blanc-cass

-

Une chanson d’amour,

Qui fait vibrer le corps

Et trotte dans la tête,

  • quand c’est fini, ça passe -

-

Allongé, sur ton canapé,

Devant la télévision,

Tu peux monter le son,

Trompettes et saxophones,

-

Tu as failli zapper,

La jam-session,

Piano et percussions,

Sur le thème d’Ellington…

-

Les doigts rivés sur le clavier,

Fais défiler la musique,

Et choisis ton menu,

Pour la soirée,

-

Car, vont tanguer les pieds,

Alors, pris de panique,

—- Afin qu’ils remuent,

ça va bientôt démarrer.

-

RC  – 11 août 2013

-

photo extraite du film de           M Haneke: la pianiste

-


Au pied du mur ( RC )


Au pied du mur ( RC) – pour Richard Serra

Richard Serra:          dessin: Coltrane –      1999

-

Au pied  du mur

Je m’enroule en volumes

Le corps penché

Entre les plaques rouillées de Serra…

Mise en oeuvre de la masse

D’un labyrinthe noir

de rectangles qui  n’en sont pas

D’où je perds ma présence

En vain, géométrisé

D’équilibre le dessin s’assoit

Et de simplicité ajustée

La création , en  puissance me boit

Le noir s’impose à plat

Et de poids se fait liberté.

———————————————————————–

( ce texte  se réfère donc à l’oeuvre  de Richard Serra,  et  l’impression d’une  grande expo  au monastère royal de Brou ( à côté de Bourg-en Bresse),  il y a longtemps… 1985…  en lien ce dossier  pédagogique  du centre national d’Arts Plastiques, bien documenté : téléchargeable )

RC-  décembre 2011

Richard Serra Vice-versa 2003 – installation, sculpture

 

-


Sans choisir forcément la couleur – ( en évoquant Bukowski ) – ( RC )


photo:   Guillaume Gaudet voir son site

-

Sans  choisir forcément la couleur,
Tu serais  là, au volant d’une vieille Chevy,
Avançant            – comme il se doit -
Sur l’asphalte,    qui n’en finit pas.

Sans  choisir forcément la couleur,
Il se trouve          que tu es né blanc,
C’est un bon choix aux ZétatsZunis,
>               En dehors des imprévus.

Ainsi va la vie,                    ça  roule,
Ca cahote aussi,                la route,
Elle  a ses trous,         la carrosserie aussi,
Elle tient la  distance      – jusqu’à quand ? -

Toi aussi,                     dans ta vieille Chevy.
>                           Il s’avère  que t’es poète,
La poésie l’a signé,           toi,     désigné,
–                                   Charles Bukowski.

Bon, ok,               tu vas comme  tu picoles,
Dans la caisse     dont tu ignores la couleur,
( la Chevy, plusieurs packs de bière ),et seul
–                           Tout ce qu’il faut d’alcool

Pour tenir la route,—-                 qui n’en finit pas,
Enumérer les états:    Ohio,    Idaho,  Oklahoma
>            Tous ces noms rappelant
Ceux des peaux-rouges

-        Y en a plus beaucoup d’ailleurs,
Très gênants pour la ruée vers l’or
Sans avoir là,           la bonne couleur,
Mais ,         leurs noms  marquant le décor,

Tandis que                                 se déroule,
Sur l’horizon,          le ruban des heures,
Eteignant progressivement ses couleurs,
Des bouteilles,  on distingue à peine        … les étiquettes.

-

RC – 10 août 2013

-


Pierre Torreilles – Où je suis


photo perso: rochers en Margeride

photo perso: rochers en Margeride

 

 

Où je suis
——–
Ordre
de ce qu’ont tu

le grand désordre évanescent,
l’oubli déchiqueté d’une mémoire souveraine,
je suis le Décillant.

Chaque épave
, gravide,
laisse à mes doigts l’écho.
…je sculpte le silence
,parole improvisée,

la montagne sonore.

L ‘oiseau est ma ponctuation.

Voici
le grand ressac,
l’ absence écrite,

sur l’ épaule du jour
la terre,
en suspens, ô bannissement ressassé !
la volonté féconde et la ténèbre qui l’accueille

le feu
de quelque encerclement.

Sans ombre le déclin
à la merci de la rupture,
le corps
bleu
maintenant qui me voit.
S ‘entre-dévorent , .
éblouissant,
la lumière et la nuit dans la parole qui sommeille.

Viennent bientôt m’habiller l’aube,
ruse,
de ses mots éloignés le silence,

le corps de l’air.
De nulle écoute l’horizon
quand accoste ma résonance.
*
Le mot,
déjà reçu,
dans mes pas
, oublié,
oblique lame sinueuse
l’éclat…
de quel sentier,
livide cicatrice?
Vacille
le miroir le fleuve où s’est réfugiée la mer.

Soudain tari
le puits,
intime appui du jour
abrupte éclosion de ma bouche sonore.

Quel fil descend
depuis l’ éther jusqu’en la terre,
s’étend au plus profond où séjourne l’éveil?
Du plus obscur survient l’imprononcé,
détrempé de lumière.

extrait de  « Où se dressait le cyprès blanc  »  Gallimard  1992

 

-


Conjurer la raison et le possible ( RC )


Frederick Prescott          « Down the Boardwalk  »        1993 Sculpture cinétique en acier

-

Il faudrait un langage particulier, pour conjuguer les saisons:

Mai ne peut être en hiver , novembre au printemps.

Conjuguer les saisons ou les conjurer.

Comme un cri d’appel ferait se joindre ce qui s’oppose, à priori.

Il ne me reste que quelques phrases à assembler, des images ….

Elles seraient puériles, comme une ombre blanche du réel,

si je n’arrivais pas à les recourber…

-

Et ton âme frôle mes yeux.

L’absence est une déperdition,

Mais je navigue encore à tes côtés.

Déplaçant la raison et le possible ,alors

Comme si je marchais la tête en bas,

Les pieds appuyés sur les nuages.

La pesanteur en anneau,

Autour d’une terre, sans centre de gravité,

Où tu serais partout,

                                                         A la fois.

-

RC – 14 août 2013

-

-( que je complète avec « Merci » du blog de la vieilledameindigne..

« 

Que le ciel est beau quand il nous renverse la tête

Comme c’est bon de glisser dans l’échancrure du destin

Si peu de gens connaissent le parfum des bonheurs doux

Le velours des yeux brillant d’un autre matin partagé

Corps embrassés âmes ardentes

Entre toi et moi il n’y a pas de frontière

ta peau est ma peau, ta main est ma main

enfin

il n’y a ni peau ni main

Pour tout cela, merci  « 

-


Méfies-toi quand tout dort ( RC )


peinture  - Odilon Redon

                                                                  peinture – Odilon Redon

-

Méfies-toi quand tout dort,

Quelque chose guette, dans les airs,

Méfies toi quand tu sors,

L’oeil fixe de la chouette,

La menace des oiseaux,

Plane sur la nuit muette,

Et osbtrue la lumière,

Vautours et corbeaux ,

 

Cache bien tes faiblesses,

Tes blessures et tes plaies,

Tu serais Prométhée,

Enchaîné au rocher,

Montré du doigt aux gens,

Vampires de perverses lois,

Avides de ton sang

Pour te manger le foie.

 

Méfies toi de ton être,

Si tu sors sans cuirasse,

N’en laisse rien paraître,

Et fonds toi dans la foule,

Fonds toi dans la masse,

Le visqueux et le flasque,

Qui, lentement s’écoule,

Et mets aussi ton masque.

-

RC – 17 août 2013

-


Lutte contre le chaos ( RC )


photo- peinture:  Wilhelm  Sasnal,  _1972- _ - 2002 Shoah - Forest _P

peinture:                          Wilhelm Sasnal, _1972- _ – 2002 Shoah – Forest _P

-

Par le plus grand des hasards, tu es là,
A lire cet aujourd’hui,
Et si ta vision illumine l’instant,
Cet instant fragile,

De deux étincelles,
Ayant pu n’être ( naître ) ailleurs…
Deux espèces d’espaces
Ils se croisent,

Avant que l’ombre,
Ne boive la mienne,
Ou rejoigne les millénaires d’ombres,
Des couches de fatigue,
L’enchevêtrement, en tout sens, des pensées,
En épaisses strates,

L’humus
Peut-être , dont s’extirpe la plante,
Si les conditions le permettent,
Et que se multiplient branches et feuilles,
Comme les phrases portent leurs mots,
Buvant à leur tour la lumière,
Si la création lutte contre le chaos.

-

- RC  –  9 août  2013

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Miguel Veyrat – Une falaise,une bougie ( Acantilado A trasluz)


peinture:  Kay Sage - Near the Five Corners  1943

peinture:         Kay Sage –      Near the Five Corners 1943

-

UNE FALAISE UNE BOUGIE

Si tu brilles
Au matin silencieux
Et commences à frissonner

Un autre silence attend
Que celui de la mer.
Aux dons tranquilles.

Le double Silence
et la mort
d’un midi calciné

Et quand tu te retournes
Le phare de l’âme d’Allan Poe
Une tour de tes rêves

Ce double silence
De la mer et de la plage
D’une double conscience.

traduction perso de ….

ACANTILADO A TRASLUZ

Si alumbra
en silencio la mañana
y enciende el cuerpo al frío

Otro silencio aguarda
que a la mar
la calma otorga

Silencio doble
y a la muerte
calcinado mediodía

Y cuando te enciendes tú
faro del alma de Allan Poe
torre de ensueño

Este doble silencio
mar y playa
Conciencia doble.

© Miguel Veyrat ( “La voz de los poetas”/ Transparencia XIV “Calima” 2002)


Tu me parles encore tard, le soir ( RC )


Tu as découpé des morceaux de brume
Pour que je reçoive la confusion du ciel
Les ornières d’où la lumière

N’en sort que poussières
Aux après-midi lentes
Où tu élèves de néfastes serpents

De discours prolifiques
Se lovant à mes pieds
En nœuds maléfiques

Tu me parles encore tard, le soir
M’étirant jusqu’à la fuite du jour
Et aux ombres de la nuit venue

Vient encore la mémoire.
A jouer des diagonales sur les cases
Découpage des silhouettes , et perspectives

Ce sera ton langage, mon image
Ton image, mes soirs , toujours
Au plateau lisse des contrastes

Où se promènent encore
Le cavalier et la reine
En combats de reflets.

Bien que , les pièces hautaines
Aient pourtant repris , depuis longtemps
Leur place , dans la boîte capitonnée de rouge.

RC  – février  2013

-


Georges Lisowski – Promenade


peinture: Stanislaw Ignacy _1885-1939_ - 1930 Portrait of Helena Bialynicka-Birula

     dessin:       Stanislaw Ignacy (1885-1939)_      – 1930 Portrait of Helena Bialynicka-Birula

 

-

PROMENADE

Indifférent je passe à côté
des futurologues qui scrutent le cristal
des braillards qui tirent leur rien de rien
des garçons et des filles sans mystères du coeur et du sexe
des travestis barbus sans âge qui entourent la fontaine
je détourne les yeux de crainte qu’ils n’apparaissent nus et sans barbe
je traverse l’exposition de mes cubistes adorés qui m’ennuient
qui m’ennuient par leur trop de méthode
je passe à côté de milliers de romans illisibles
aux jaquettes luisantes et criardes

je passe à côté de nouveaux-nés dans les bras de leurs mères
à côté des marmots qui pissent dans un passage aux dorures clinquantes
à côté de mes voyages à côté de moi-même
je passe sur l’autre bord si l’autre bord existe
Je ne suis pas auprès de la fontaine ni dans le cristal

Georges Lisowski
(Paris, 1973)

 

-


Le défilé des images ( RC )


-
En suivant les traces du temps
Comme des empreintes laissées dans la boue,
Il y a,                         sur ce fil,
Le défilé des images
De celles qui marquent un instant
Et finissent par pâlir,

Cartes postales oubliées au fond des tiroirs,
Restes d’affiches de campagnes électorales,
Catalogues fournis pour produits d’antan,
Et aussi les albums épais,
Des photos de famille.

Je parcours le tout,
Où se transforme,
En épisodes chronologiques,
L’univers, même réduit au dehors,
Bordé de maisons proches,
Qui s’enhardissent de grues,
Et deviennent immeubles.

La famille rassemblée,
Au pied de l’escalier,
S’est agrandie d’un nourrisson,
Maintenant debout sous un chapeau de paille,
Puis, regardant sur la droite,
Le chat gris faisant sa toilette,
Que l’on retrouve seul, enroulé sur lui-même.

Ensuite, c’est une tante de passage,
Dans ses bras, une petite soeur arrivée…
>      Tout le monde est gauche,
Dans ses habits du dimanche,
Après le repas,
Peut-être suivant le baptême;
….           Il fait très beau dehors.

Ce sont donc des photos du jardin,
Les enfants jouent au ballon,
.         Le tilleul a étiré son ombre,
Au-delà de la grille voisine.
Plus tard,  toujours sur l’escalier,
Les habits suivent une autre mode,
Dix ans se sont écoulés.

Le grand-père n’est plus,
Les allées sont cimentées,
La perspective est close,
D’un nouveau garage,
Occupé d’une  voiture,
Brillant de ses chromes,
Elle apparaît sombre,
Peut-être verte…

Un autre album,
Tourne la page d’une génération,
Le format des images a changé,
Issues d’un nouvel appareil.
C’est maintenant la couleur,
Témoignant des années soixante.

L’extravagance des coiffures,
Et des motifs géométriques,
S’étalant sur les murs,
Le règne du plastique,
Et du formica,   qui jalonne encore,
Les meubles rustiques      en bois.

Quelques pages plus loin,
Les teintes sucrées,
De photos polaroïd,
Donnent dans la fantaisie,
Des portraits déformés,
Pris de trop près,
Et surtout le voyage à Venise.

Gondoles et palais,
Trattorias et reflets…
Les lieux soigneusement mentionnés,
Au stylo à bille ….
>         Le beau temps tourne à l’orage,
—–  On suppose une  dispute,
Car l’album s’arrête là,

En mille-neuf-cent-quatre-vingt,
Sur la photo de l’amie,
Partie sous d’autres horizons,
Rageusement  déchirée,
Puis, maladroitement recollée,
Les souvenirs ne sont plus de mise,
Et restent clos dans le tiroir.

Le défilé des images,  lui,      s ‘immobilise.

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RC  – 10 et 11 août 2013

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un texte qui fait  « pendant  »  aux  « lamelles immobiles »


Nuit carmine ( RC ) – « réponse à Lamber Sav »


sculpture : Athar Jaber

Fleurs de sang,
Je ne vous connais ,
Sous la peau, – sous ta peau
Que lorsque s’ouvre,
Le tranchant d’une blessure…

J’entrevois le sommet d’une vague
Et parfois aussi son bruit .
Mon souffle a l’inflexion de la nuit,
Et cette nuit carmine,
Je la porte en toi.

Se suspendre aux nuages,
Est une méprise,
Les couleurs et lavis,
Ne sont intenses
Qu’au fond de toi-même,

La vie s’y propulse,
De corps à coeur,
Et si tu soupires,
Contre le corps dressé
De l’arbre,

Pense que ses veines,
Sont semblables aux tiennes,
Et avant que d’une frêle pousse,
Ne se dresse de fières colonnes,
Combien d’années de sève,

Il faut,
Pour que la colère et la tristesse,
S’apaise et se rassure,
Comme aussi, le temps s’apprivoise,
Et que je me fonde en ton feuillage.

> Aussi à y disparaître.

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RC – 12 août 2013

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incitation:  Lamber Sav, avec  « appréhension »

appréhension

sans métaphore écrasé par la chaleur

au bout du chemin

voyant les vaches dévaler dans le pré

assis sur une fourmilière

le moi bouillonne et se perd

la méditation

en wanderer

désasphyxie

ce serait de se fondre en feuillage

reprendre le chant  de l’oiseau

dans l’air les nuées de mouches

se suspendre au nuage

est une méprise

se délave  aux orages

tumulte

défiance

en somme

émettre les épingles des pins

en petits tas où poser la tête

aux herbes sèchent les fleurs

vice aux écorces et au sang

sans l’écrire

forcer son souffle

prévoir

aspirer

un poème

apaise et assure

le halètement du pouls contrarié

les couleurs et le lavis

les lignes foncées

la trachée de l’aorte

sont ce des tâches ces ports du rythme ?

tout et voir est affaire de respiration

mise à distance de ce qui est méprisable

la colère et la tristesse

sont dans le paysage

l’homme contre le tronc soupire

il aspire à disparaître

Getsuju

Getsuju

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Du hasard est né cécité – ( RC )


photo  Polly Chandler : lay your head where my heart used to be

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Et si je prends à rebours  d’autorité

A  jeter les  dés autrement ( sans y être invité)

Et  décideront  d’un autre parcours –  de notre vie

C’est l’avenir qui balbutie  –  et qui change  d’avis

Le hasard prodigue en surprises, peut avoir des revers

Et le soleil peut faire place à la journée ( à l’envers)

Plus grise et sombre qu’on  l’eut souhaitée

Et nous voilà  face aux décisions divines  (entêtées)

La grande  question, est que nous ne dominons rien

En visibilité courte de ce que nous promet le destin.

Si un ange passe, est-ce  que son doigt se pointe sur nous,

Ou nous laisse dans  l’ombre  – au fond du trou ?

Comment  savoir alors, sinon jouer les probabilités

A  décider du destin, le hasard ( seul habilité),

Qui en fait tout à son aise – peut-être des miracles

Ou bien la catastrophe.  ( faudrait consulter l’oracle….)

Face  aux éléments… incendies, tornades,    en démence

A utiliser le hasard  –  je me fais  agent  d’assurance

Si toujours, en jetant au sol les  cauris

Ce sont les  éléments qui me sourient

Ou bien,  à subir le hasard, –  et ses caprices

Passer à côté du vrai, tomber dans le factice

Etre accusé à tort, subir les supplices

Autres  agréments et injustices

On peut  subir le mauvais sort

Et ne jamais  s’en sortir, malgré ses efforts

Tirer la courte paille, le mauvais numéro

Qui jamais ne fera de nous, des héros.

Ainsi les conscrits par le passé, pas de chance

Sont envoyés – par hasard – défendre la France

Enfin, plutôt les seigneurs  et puissants

Imposant de la sorte un «  don du sang »

Il se peut ainsi que le hasard m’aille

Ou bien goûter le revers de la médaille,

En étant cloué  au poteau

Pour avoir perdu au loto…

—-

RC  15 juin 2012

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Heures obliques à Prétoria ( RC )


photographe non identifié,          bidonville à Wonderkop ( Afrique du Sud)

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Rochers convexes, dédales tracés à travers

Les rêves , les champs  d’orge, encore  couchés,

Sous les doigts de l’orage.

La poussière de l’été  s’étale, et recouvre

Aussi les abris  d’autobus, et les sacs de plastique

Eparpillés de part et d’autre de la route,

Désertée, et ne menant nulle part,

Tant les banlieues  se ressemblent,

Les panneaux publicitaires  en décor,

Le soleil mouvant jouant

Avec les flèches  sur la chaussée,

Aux heures fanées d’obliques,

Des cabanes aux tôles éventrées,

Se pressent à quelque distance,

De blanches villas cossues…

A Pretoria

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RC – 6 août 2013

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Le béton s’enracine – ( RC )


Le béton, sournois,
S’enracine au plus profond de la terre,
Il y a même,  paraît-t-il des villes entières,
Qui se multiplient, et même s’étendent sous les mers.

Une terre où petit à petit, les immeubles  s’enfoncent,
Et dont  on ne voit  que la pointe,
Tels icebergs qu’on distingue, pointes dures
Aux couchers flamboyants des soleils

Et la courbe croisée des lunes,
Mais en général, invisibles des hommes,
Cachés sous les épaisseurs,
Du béton sournois, digérant les roches,

Recrachant des tunnels, où circulent,
De longs convois, ne connaissant ni le jour, ni la nuit,
Des lombrics de métal, glissant sans obstacle apparent
Mais s’arrêtant pourtant net, face à d’autres murs de béton,

Où les valeurs d’ici n’ont plus cours,
>            Le langage reste barbelé,
Quand se poursuivent , même sous la terre,commune,
Barrières  et frontières.

RC  – 2 août 2013

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