voir l'art autrement – en relation avec les textes

self creation

Parcours nocturne sans lune ( RC )


 

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Si, d’une nuit  sans lune,

Tu descends à pas de loup,

L’escalier de bois,

Dont tu sais chaque marche,

Comme autant de pièges,

Celles qui gémissent,

Ou dont les têtes de clous se rebellent,

D’autres qui jointoient mal…

 

Cette étape franchie, c’est le couloir  qu’encombre,

La découpe dans le sombre,

De la vieille armoire,

Encore un peu plus noire,

Et, suspendus à côté,

L’amas des habits d’hiver,

Comme autant de dépouilles,

Sur leur crochet de fer,

.. Présences enveloppées du passé,

Echarpes et manteaux entassés.

 

C’est à droite la cuisine,

Son carrelage froid,

La coupe de mandarine,

Sur la table en bois,

Attendant sans bruit,

A côté de quelques livres,

La fin de la nuit.

 

Vois-tu les fleurs de givre,

Eclairées par derrière,

De la présence immobile,

Du seul réverbère ?

——-  Il est minuit pile..

photo         Lionel Feininger

RC -  27 juin 2013


Nuit de coton ( RC )


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Nuit de coton, Lit, mon ami
Ecrits du noir, mes yeux clos
Papier d’âme  au  repos

pastel perso:   "basse continue"   acrylique  sur papier 1989

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Ecrits des cendres – ( RC )


image – Anselm Kiefer – livre… extrait  de  "the  books  of Anselm Kiefer"

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Point d’atouts de cartes,
D’une page, les taches,
Devenue brouillon, ça fâche,
Que d’une main j’écarte

L’écriture s’ensommeille,
Point de phrases ne rattrapent,
Sur la page , le stylo dérape,
C’est direction corbeille…

Mon roman ne veut pas se terminer,
Comme on dit  "  à l’eau de rose ",
Les chapitres se décomposent,
Dans un autodafé de cheminée…

Aux flammes, et la fumée,
Tourbillonnent les mots,
Et les paroles en trop,
Autour du foyer, allumé.

Il n’y a plus rien à prendre,
S’éparpillent, points  et virgules,
Les belles lettres  et les majuscules
Se sont réduites  en cendres.

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RC -  21juin et  3 juillet 2013

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( incitation: "La page et moi"  de JoBougon…)

 

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Aux motifs de l’oubli ( RC )


photo:              victimes du massacre de Katyn,           Pologne 1941

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Sous le ciel amnésique,

Les odeurs du néant,

De  décharge tragique,

Conduisent sûrement,

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Au long parcours,

Où il n’est plus d’espoir,

De changer le cours,

De ce qu’on nomme Histoire…

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Les massacres perpétrés,

Ont des remugles  d’égoût

Et restent empêtrés

De toutes leurs boues.

-

La loi des vainqueurs,

Soucieux de jeter un voile d’oubli

Jouent le temps et les heures,

Aux victimes de conflits.

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Il n’est souvent de mémoire,

Des guerres fratricides,

Qu’un immense trou noir

Niant les génocides.

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Disant  qu’il n’y a pas de témoins,

Les négationnistes,

Veulent convaincre  avec soin,

De l’absence d’oppressions, et meurtres racistes.

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Mais on ne peut nier,

Ce que conservent les fosses

communes, et leurs charniers :

De pauvres restes  et beaucoup d’os,

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Qui parlent en silence,

Mieux que tous les discours,

Criante pestilence,

D’un voyage sans retour.

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RC      - 10  juillet  2013

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Miguel Veyrat – La terre s’ouvre au soleil


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La terre s’ouvre au soleil
Une rivière qui n’en finit pas
La chanson qui brûle dans l’air
s’évapore de larmes
La lumière ne peut brûler
Lorsque ,à l’écart des temples
Vole libre, sans colonnes

Chaque mot nu.

 

© Miguel Veyrat ("Babel sur la Lune" / " bouche d’ombre «  Calima 2005)

 

 

TIERRA que al Sol se abre
río que nunca acaba
canto que arde en el aire
lágrima que se evapora:
Luz que no puede quemarse
cuando lejos de los templos
libre vuela sin columnas
en cada palabra desnuda.

 

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Semé aux quatre vents – ( RC )


installation - Van Breedam :   Five past seven 1989  ( fer  )Ostende

installation – Van Breedam : Five past seven 1989 ( fer )-   Ostende

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Semé aux quatre vents,

descendre sur les toits,

dilapidée la joie,

perdu les esprits, renoncé à sa foi,

perdu pour toujours, et faire avec ce qu’il reste,

un chemin incertain,

 

une mémoire de l’oubli,

la tête dans un mouchoir,

suivre son étoile, de celle qui scintille,

à celle qui s’affole,

guidé vers l’inaccessible,

ou précipité dans les abysses,

 

je ne sais plus ce que je dois,

et dessiner le moi, –    enfin celui qui m ‘habite,

ou me précède,                      et me dicte sa loi.

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RC   – 4 juillet  2013

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Murmures et clapotis ( RC )


photo                " l’oeil du courlis"

 

 

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Comme le lac et la pluie
le monde attend, et l’autour
est haché d’obliques,
Rebondissent sur la barque
et dessinent, des yeux,
En surface.
Qui s’ajoutent, se recouvrent,
et pleurent des paroles légères.
Murmures et clapotis…

Il y a dessous, des êtres vivants,
Des ombres, furtives
Rôdant sous les nénufars.
– Comment voient-ils,
ces cercles posés là,
comme phylactères,
qui se croisent,
et comment lisent-ils
les messages des nuées ?

Les ajoncs penchés sur la berge,
Ont perdu leur reflet,
La piste est de boue,
Les escargots s’enhardissent,
Et un gris dense
s’est étendu sur le ciel,
des mots libres flottent….
Autant de présages,
Déchiffrés par les grenouilles.

 

RC – 5 juillet 2013

 

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Poème des rosées ( en réponse à Xavier Lainé)- RC


peinture: Nesch Rolf  oiseau tombant   1939

peinture: Nesch Rolf               oiseau tombant           1939

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Il est ainsi ton chant d’oiseau,
Qu’il parcourt les espaces,
Et sans deviner sa trace,
Particules de poussières et mots

Tu traverses frondaisons obscures,
Verticales de béton,
Hautes collines et monts,
Et roches les plus dures,

A venir, aux esprits déposées,
Un message, un poème
Exposé, sans théorèmes,
Dans la fraîche vapeur des rosées.

RC   – 2 juillet 2013

-  en réponse  à Xavier  Lainé: dans ses  chroniques  de la poésie

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et que je pourrais  compléter  aussi par cet extrait de Marie-José THÉRIAULT,

Sur le papier tes lignes bleues formaient des mots que je n’ai pas compris très vite tant ils dansaient, des oiseaux ont chanté, je ne les avais jamais entendus, l’un d’eux secouait même de très belles plumes, ce n’était pas encore tout à fait ça mais on aurait presque juré que se levait un matin jaune.


THÉRIAULT, Marie-José, Invariance suivi de Célébration du prince, Le Noroît, 1982.

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Inexplicable soi-même – ( RC )


photo gdefon.com

 

L’après-midi fauve

S’ourle de la lumière dorée des chênes…

>          C’est le soir qui monte,

Et inexplicablement le creux  qu’ils entourent,

Se creuse un peu plus,

Et de l’ombre, en fait un puits,

Un cône en entonnoir,

Que je suis,   lentement attiré

Par une descente

Qui semble ne jamais finir.

Les voix extérieures  se sont tues,

La lumière évanouie

Jusqu’à n’être qu’un petit orifice affadi,

Se voit remplacée peu à peu par des formes,

Que l’on perçoit, plus  qu’on ne les  voit,

Aux inimaginables amalgames,

Dotés d’une vie indépendante

Qui palpite,

Et me parle d’un monde

Où les certitudes basculent,

Les contradictions émergent,

Jusqu’à la part la plus secrète de nous-même.

A part les sons des pas qui évoluent,

Toujours plus loin et plus profonds,

Seul le battement régulier  du coeur,

Jusqu’à présent anecdotique,

Me parvient aux oreilles,

Et cogne de plus en plus fort.

Il occupe progressivement toute la place.

Au coeur du monde intime,

Où la communication s’établit d’elle-même,

Avec la part de la pensée et la mémoire,

Au plus profond d’une vérité ,  tue,

Qu’on peut y déchiffrer,

La part la plus inexplicable de soi-même,

Loin de la surface des choses.

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RC  –   24 juin 2013

 

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Tu n’as pas parcouru l’arc de tes rêves ( RC )


modillon sculpté - Eglise d'Aulnay ( Saintonge )  XIIè siècle

modillon sculpté – Eglise d’Aulnay ( Saintonge ) XIIè siècle











































Non, tu n'as  pas  parcouru 
L'arc de tes  rêves  
De tes paupières entr'ouvertes
Et la nuit, était peut-être le jour
Où se dessinait le pont des regards.
Tu ne l'as pas parcouru,
Puisque le rêve n'en était pas,
Et que,  voulait se dire
A travers l'écriture  du cœur
Qui n'est pas  d'encre bleue,
L'écho de ton âme,
Attachée  à son sourire,
Et l'ombre de ses pas.
Mais la matière même,
Et l'éclat du regard,
L'odeur de sa peau,
Dont  tu t'es  vêtue,
A  imaginer  confondre tes lignes
Avec celles de sa vie,
Comme l'histoire  peut se dessiner,
Et cristalliser rêves  en réalité.

RC  -  6 juillet   2013
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en relation avec  "my Dream"  de Colette Fournier

Jane Kenyon – Laissons venir le soir


photo Jibe , de grange.borealinteractive.com

Jane Kenyon – Let Evening Come            (traduction perso)

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Laissez la lumière de fin de journée
briller à travers les interstices de la grange, pendant que le soleil descend, bougeant sur les bottes de paille.

Laissez le grillon craqueter
comme une femme prend ses aiguilles
et ses fils. Laissez venir le soir.

Laissez la rosée recueillie sur la houe abandonnée dans les grandes herbes.

Laissez les étoiles apparaître et la lune divulguer sa corne d’argent.

Laissez le renard revenir à sa tanière de sable.
Laissez le vent s’éteindre. Laissez le hangar
aller vers le noir intérieur . Laissons venir le soir..

Pour la bouteille dans le fossé, à la pelle
dans d’avoine, pour l’air dans les poumons
Laissons venir le soir.

Qu’il vienne, comme il le fera, et n’aies
pas peur. Dieu ne nous laisse pas sans
consolation, laissons venir le soir .

Let the light of late afternoon

shine through chinks in the barn, moving

up the bales as the sun moves down.

 

Let the cricket take up chafing

as a woman takes up her needles

and her yarn. Let evening come.

 

Let dew collect on the hoe abandoned

in long grass. Let the stars appear

and the moon disclose her silver horn.

 

Let the fox go back to its sandy den.

Let the wind die down. Let the shed

go black inside. Let evening come.

 

To the bottle in the ditch, to the scoop

in the oats, to air in the lung

let evening come.

 

Let it come, as it will, and don’t

be afraid. God does not leave us

comfortless, so let evening come.

 

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Boire à la même source ( RC )


peinture:  Sorolla: bassadors, Alhambra, Granada 1909

peinture: Sorolla: –              Alhambra, Granada 1909

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Nous buvons à la même source,

Lisons, à quelques dizaines  d’années  d’écart,

Les mêmes livres,

Caressons la même lumière,

Et pourtant, nous n’arrivons pas à boire la même eau.

Est toujours présente,              notre culture commune,.

Qui pourra dire  qu’                       elle  s’est transformée,

Que les pages ont pris une autre couleur ?

Une génération d’écart a pourtant modifié son aspect,

Nous buvons à la même source,

Mais, comme on dit, "l’eau a coulé sous les ponts"

— Il est possible                   qu’elle n’ait pas le même goût.

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RC  -  26 juin  2013

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La solitude du pin ( RC )


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La solitude du pin, secoué par le mistral

Sans remords, lourd de bruissements,

Se tait, offrant ses épines, au soleil

Et aux senteurs de thym…

Tout tourne autour du centre,

Certains diront "nombril du monde"

<          Mais où est donc le centre ,

Si je n’en connais pas l’origine ?

 

L’humanité commence par le nombril,

Disent-ils avec justesse, dans la tradition congolaise.

Et le monde, … Commence-t-il par le temps,

Et l’horloge du soleil, qui indique , du pin, ses ombres ?

Ou bien le regard, celui de l’enfant,

Que l’on porte , comme nos premières années,

Toujours vivantes, avec la mère, présente

Dans l’humanité, dont elle est l’Origine,

et se tient toujours ici…

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RC – 18 juin 2013

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En rapport  avec le texte de Norbert Paganelli
Non ce n’est pas facile
De cueillir la main et son ombre
La solitude du thym
Charcuté sans remord
Il faut savoir tendre l’oreille
Et se taire
Captant un silence
Lourd de bruissements

Il faut aussi creuser
Et creuser encore
Et unir la force de l’homme
Au regard incrédule de l’enfant

La femme elle
Se tient toujours ici

Norbert Paganelli http://invistita.fr/
(du recueil"A notti aspeta / La nuit attend")

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La Sainte-Victoire d’une blancheur plissée ( RC )


peinture:           Jan Jansz van de Velde III – nature morte avec verre de bière

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Le parfum,

confident de la lumière,

S’attache aux volumes des objets,

Et ceux-ci résonnent d’accords particuliers,

Posés de touches de couleur,

Frottées et qui se recouvrent,

Selon l’aube de nos regards,

Et d’abord celui du peintre.

…. une présence extraite à leur mystère,

Par un rayon de lumière,

Posée sur les cuivres,

Et les transparences des verres,

Jouant discrètement leurs feux d’artifice,

Parmi les fruits disposés là,

Presque par hasard,

Offerts au sanctuaire de leur fraîcheur,

L’écho des pommes et des oranges,

Juxtaposant leurs courbes,

A la Sainte-Victoire d’une blancheur plissée,

Crayeuse et silencieuse,

Nappe soumise

Aux ombres ovales du compotier.

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RC      -  28 juin 2013

 

 

peinture: P Cezanne , nature morte aux pommes et compotier            1899.         Musée du Jeu de Paume   Paris

 

 

 

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En salsa ( RC )


Nueva Salsa Orchestra

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La corde qui se tend,

L’archet virevolte,

Les bouquets de notes

S’envolent,

Les trompettes  s’emballent,

L’orchestre chavire,

Voix cubaines en salsa

 

La musique se déhanche,

Et la danse ondule…

Sur la piste noire,

Les corps s’arquent,

S’affrontent et tanguent,

Bras enlacés, mains liées,

 

Corps à corps,

Hanches penchent,

Fronts en sueur,

Jusqu’à l’accord final,

Et l’éclat du cuivre,

Trombone au cou – lisse.

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*RC    -29 juin  2013


Philippe Delaveau – feuille rouge restée


photographe non identifié

 

FEUILLE ROUGE RESTÉE

Les oreilles du lièvre aussi sont fragiles
que dire du rouge-gorge qui s’est aventuré dans la pièce où j’écris
viens lui dis-je d’une voix adoucie en le prenant
entre mes mains qui tremblent de ce qu’il tremble
que je te rende l’absolu de ton ciel où tes semblables règnent
parce que vous êtes purs comme la neige et les prophètes

Et cette feuille qui a navigué si longtemps
en demeurant toujours à la magistrature de sa branche
d’où elle assiste au lent procès du jour
sèche noyée de pluie parcheminée comme une main

L’hiver ne l’a pas rendue à la terre
elle est rouge du feu qu’elle ignore
plissée d’une lointaine rêverie
la branche autour est nue comme la vérité
quelle est la vérité ? quelle est son heure ?

 

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Au voyage de la pensée, la concordance des rêves ( RC )


peinture: Couvent st Marc  Florence   Fra Angelico

peinture:           Couvent st Marc Florence                  Fra Angelico

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Au voyage de la pensée, la concordance des rêves,

C’est aller vers la surprise, dans un univers clos, entouré de murs,
Prenons une ville ordinaire… laquelle  ne recèle peut-être  à l’intérieur,  que  du fonctionnel et de l’ordinaire  -  ça  peut  suffire …

-  mais  quelquefois  des écrins tapissés de merveilles,
comme le couvent St Marc à Florence, où le frère-Ange a laissé des traces miraculeuses de sa foi…

C’est  comme un fond de roches  rugueuses,  et gris-vert, que rien ne distingue de l’autre à part des formes  approximatives, et un peu biscornues… qui révèlent  en leur  coeur,  une  bulle,  un vide tapissé de cristaux  d’améthystes,  un univers  "privé", dans lequel on ne peut pénétrer  que par  effraction…

Les géodes,dans leur concentration et finitude, échappent, si on les garde intactes, à notre regard, …  on peut même les repousser  du pied ou à coups de pelles-mécaniques, sans  se douter de leurs  parois  d’oublis…
Seul la cassure accidentelle ou volontaire, nous les  révèle…  et les rend objets  de convoitise, de la part des collectionneurs, ou des museums d’histoire naturelle…

J’en reviens aux voyages  de la pensée, qui tapisseraient  de la même  sorte les  têtes–  si les pensées se matérialisaient…  et qu’il faudrait donc  ouvrir en puissance, afin de  pouvoir les lire.

- ( inspiré  de l’article  de P Lieutaghi  " lumière close", dans  "propos de Campagne" (1995)

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RC -  13 juin  2013

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Passage de l’ange ( RC )


peinture P Gauguin, – détail – " D’où venons-nous, que sommes nous, où allons nous ?"

peinture  -  partie centrale        " D’où venons-nous,que sommes nous, où allons nous  ? "   1897

 

 

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Comme on dit,       sur terre,

-      Au creux d’un silence,

passe l’ange     ( un mystère),

Lui,      sans bruit,   danse..

 

On ne le voit pas,

Seuls ses cheveux ( d’ange ),

        S’agitent ici-bas,

Si ma tête penche,

 

Je sens, assis sur le vent,

Ses ailes qui me dépassent,

Et l’ange, ( ou ce revenant ),

-        Grand bien me fasse -

 

Semblait chercher son chemin,

>         Ce qui me fait marrer…

Que ces êtres de lieux lointains,

Puissent ainsi s’égarer —–

 

Si loin des dieux et déesses,

Au terme d’un long voyage,

Seul     ( panne de GPS ) ,

descendu de son nuage.

 

C’est            parce que c’était dimanche,

Et, que, poursuivant      un diable fourchu,

Au long cours d’une   météo peu étanche,

Vit aussi cette sorcière aux doigts crochus,

 

Perforant d’un coup de roulette russe,

A cheval        sur son vieux balai,

Un vieux             cumulo-nimbus

Ce      qui ne fut pas sans effets…

 

Perdant               l’appui de l’arc-en-ciel,

…           pour le pique-nique ( c’était fichu),

Notre ange en oublie de fixer ses ailes,

Et se trouve à errer parmi nous, ainsi déchu…

 

Ou, peut-être objet d’un malaise,

>            C’est une supposition,

Une possibilité,   une hypothèse…

Mais ,          qui pose question…

 

Ou alors,           c’est mon ange gardien,

<                Qui veut mieux me connaître,

Me parler, dialogue ouvert, établir des liens,

Lui, qui m’a vu naître…

 

Ou encore, ange égaré, peut-être

Cherches tu      la bonne adresse,

La bonne porte, la bonne fenêtre,

D’une âme               en détresse ?

 

>              Quelqu’un d’un peu fou,

lui demandant « D’où venons-nous ?

                              – Qui sommes-nous ?

                               –   Où allons-nous ? »

 

Mais   -   que prend-t-il donc aux humains,

De poser   des questions embarrassantes,

S’il ne leur suffit pas de lire les lignes de la main ?

Et ,               sans réponse satisfaisante…

 

Peut-être             la raison de sa présence,

Ici,              dans les odeurs de poisson frit,

Dans ce bas monde, le don de sa confiance,

Apparaît , aussi, sous un ciel chargé ,et gris…

 

Déposant sur la terre,

Un parfum subtil               qui l’entoure

D’une traînée d’étoiles,        de lumières

Et de l’ombre,         redit un peu le jour.

 

 

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RC – 24 juin  2013

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peinture: Paul Gauguin: lutte de Jacob avec l’ange 1888


Sur le fil, d’une rencontre invisible ( RC )


cirque de rocs. Montbrun, vallée du Tarn

cirque de rocs. Montbrun,       vallée du Tarn,              photo perso

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Je suis  sur le fil,                                         d’un tracé invisible.
Il est  sous mes pieds,                               mais abrité d’ombre
Et de terres,                          croisées sous la coupe de l’hiver.
La mer y a habité,                      pesé de son poids de vagues
Contourné des falaises et des îles
Déposé son lit de calcaire,                              sous des ciels de plomb,
Avant que le sol ne penche,                               et que l’eau ne reflue,
Comme ont reflué les siècles, perdus dans la mémoire du monde…

Je suis  sur le fil,                         d’une rencontre invisible,
Où les pierres se confrontent,        les torrents se ruent,
Et les chemins s’enroulent,      sur les crêtes de vertiges,
Si nous allons de ce pas,                  sur la croupe ouverte,
Où la droite, n’a jamais  de prise, aux chutes des pentes,
De l’Aubrac aux Cévennes,      que parcourent, attentifs,
Beaucoup plus souvent,               vautours que goélands,
Au dessus des lèvres ouvertes,   des méandres du Tarn…

Ce ne sont pas les amours  splendides
Des légendes bretonnes,   marquées de la rage des pluies,
-                         Et des voiles qui claquent,
Au plancher  liquide, d’une mer grise,aux promesses de pêche
Mais le territoire,                      tourmenté de vallées profondes,
>           Disputant ses ombres  à la rudesse du causse,
Où de fermes de pierre,                              en vaisseaux désertés
Sont gardés de ruines  rocheuses,             les lèvres hautaines.

-

en  "réponse", à un texte  de Xavier Grall

-

ESCALE EN LEON
A Aline

Dans ma mémoire  blanche, seules chantent les pierres
de faux poètes ont dit mon pays joliment
je le dirai avec l`effarement de l`hiver
Ah les navrances en décembre des rivières et des moles !

Que ragent les pluies dans les carrières stridentes
que battent les vents dans les rades
que hurlent les toits et les pôles !

Nous irons plus haut que les fades
aurons des fureurs de goélands
dans la mouvance des

chantonneurs de la matière bretonne
rengainez vos guitares
les gabarres sur la mer créent des zones de sang

Dans les masures désertées nous prendrons des femmes cruelles
nous dirons les lèvres amères et les amours splendides

Finistère

Ici commence le monde et la musique du monde
les morts du Chili rêvent dans les villages
et crient
Il y a des Orients rêveurs dans les chaumes pourris
Il y a les loch des océans Pacifiques
Il y a des peuples et des nations dans la prairie

gorges du Tan,    photo perso

gorges du Tarn, photo perso


Le concert des fausses notes ( RC )


 

retable d ‘Issenheim : tentation de St Antoine

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Les cors essoufflés font avec, les violons langoureux
Un dialogue grisé,        qui éteint le décor.
La symphonie fantastique a mille retours

Gnomes et djinns me soufflent au visage
Une haleine soufrée, des cloches fêlées
Les héros politicards,        vite endormis

Aux matières sournoises, se drapent dans le pourpre
Et s’entourent de mains molles,
D’anciennes affiches pendantes, en clones plats

Le miroir                   n’a plus à raconter l’avenir,
L’humanité pleure, le concert des fausses notes
Les saxophones barbotent en faux airs enjoués,

Le fossoyeur,            jette une tasse brisée
Avec les fleurs passées du retable d’Issenheim,
Les tarots alignés,           montrent bâtons,

Les mères pleurent leurs fils partis
-            Combattre d’autres enfants,
…..L’au delà des frontières, appelle chimères.

Chaque coup marqué par les timbales
- cerne le présent , celui d’ ici -
Les hennissements des trompettes…

Après la “marche au supplice’
>                          Rendez-vous sous l’horloge…
… maintenant avec des chiffres,       elle égare ses aiguilles

Qui défilent, et le progrès qu’on emballe;
Cacophonie ouatée,             cuivres ternis
Les pères ont disparu -    On leur a menti

-                                   La fumée jaunasse des usines
Au dernier mouvement,        noie bientôt l’orchestre…
Et ses ressacs d’un matin.           – insolvables -

-

RC – 22 septembre 2012

( composé au souvenir d’un panneau du retable d’Issenheim, de Grünewald,             dont la
reproduction illustrait la “symphonie fantastiques ” de Berlioz )

Caricature d’Hector Berlioz          par Etienne Carjat, 1858

Anonyme ( RC )


peinture:                oeuvre de Peter Philipps  1963

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Anonyme -

L’anonyme se confond                          avec les murs
Une brume flottante                          envahit la scène
Tout est opaque,                    les sons de portent pas
A plus de cinq mètres,                       et les tentatives
de distinguer ,            du brouillard, au-delà du rideau
Se heurtent à un voile                           dense et ouaté
C’est l’instant                              où la lumière est bue
Où,                       même la cloche de Big-Ben est "tue"
Où se tourne le film                     de toutes les terreurs
Et qui peut surgir alors ?           C’est Jack the Ripper…

Je suis un anonyme,                      que rien ne distingue
Dans la foule,                                               je suis gris,
et porte peut-être       ,                            un parapluie
Je suis en kaki,                      au milieu de la soldatesque
Matricule numéroté,                             élément casqué
Se fondant dans la masse,                 je suis l’automate
Sans sentiments,                           lisse et hors de l’ âge
Pas besoin                                de tenue de camouflage

Sans aucun avis,                                  et rien ne dépasse
Je suis mon destin,                                 celui de ma race
Ne maîtrisant rien,                     – et l’avenir m’embrasse
Flottant dans un fleuve,    des petits points,   des faces
Ne choisissant pas ,           la courbe ,      les trajectoires
Au p’tit bonheur la chance,             et gardez bon espoir
De revoir un jour,                                un peu de lumière
Devenir quelqu’un ,                                    sortir de l’hier

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RC – 24-mai -2012

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La matière vidée d’elle-même ( RC )


peinture: Curt Frankenstein

peinture:        Curt Frankenstein

………   Je vois à travers les murs , des maisons cimentées, Il y a trois fois rien, et les matériaux flottent bizarrement dans une atmosphère de coton, chaque chose a pris une texture autre, et décide de sa position.
Les poutres  se croisent et envisagent un dialogue inédit, les vantaux des fenêtres battent  sur l’air, où se mélangent les végétaux  et la pierre.
Il vient une joyeuse  suite de framboisiers, qui surgit d’un ancien papier peint, pour s’enrouler  sur les tuyauteries,                   amoureusement.
L’escabeau aux anciennes  coulées  de peinture, servant de perchoir à des lézards multicolores, attendant on ne sait quoi, ….peut-être des insectes errant sur les lourds fauteuils du salon  pris par des racines, et ne dévalant pas un angle,       que l’on peut qualifier  de faux plat, défiant l’horizon bleuté des montagnes, là-bas.

Si loin,  si proches.

La matière  s’est  vidée d’elle-même, de sa masse et de sa chair,
Et retournant nostalgique, vers l’abstraction, sur l’hypothèse incertaine, où lutter contre la pesanteur ne serait plus nécessaire,….         comme un jeu dont les règles s’inverseraient, à la fantaisie des heures.

Et la vie de même,qu’une rivière fantasque,  prenant un autre cours,  changeant son tracé, au gré du relief et des époques.

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RC   -  16 juin 2013

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Le Livre – …des langages ( RC )


bible éthiopienne:

 

Ligne de conduite zigzag hésitant,
Voyante convoquée, l’aire des paroles dites.
Des paroles  définitives,  écrites, comme gravées  dans le marbre.
Ce sont comme les tablettes de la loi.

Une épée  suspendue au-dessus de ma tête.
Ce qui est écrit, s’y lit comme vérité première.
Chacun apprend à lire,
Apprend le conforme. Apprend à se conformer.

Il est dit que le Livre, les tablettes de la loi,
Qu’on dit d’inspiration divine, sont là.
Elles  sont là…          point à la ligne …
Personne ne discute !

Mais encore il faut s’entendre,
Et sur la terre, bien d’autres langues cohabitent,
Et la traduction hésite. les caractères diffèrent…
Chaque langue existe, mais ne se sont point concertées.

Et les livres  ne disent pas  tous la même chose,
Et s’ils parlent, des milliers  de bouches parlent.
Mais pas le même langage… avec , chacun sa vérité,
Et sa lecture inversée…

RC  – 19 juin 2013

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Destins insomniaques ( rime avec zodiaque) – ( RC )


Chimères, dragons,  ciels  de l’imaginaire,
S’entrecroisent et suivent
L’étang bleu de la nuit profonde,

Au milieu du destin des étoiles,
Qui semblent immobiles,
Comme le temps, qui navigue  d’espaces

Si loins, dans la poussière sidérale,
Que les signes restent  attachés ,
Comme soudés, à notre hémisphère,

Carte  céleste de l’horoscope
Clin d’oeil de l’infini
Où combattent  lion, scorpion, capricorne,

Messagers  d’un Big Bang
Qu’on entendra  ( pas encore )
Figures statiques, et dessinées,

Emportées  par le glissement parallèle
Des galaxies plurielles,
Et qui contemplent nos songes,

En attendant,
L’irruption du jour,
Sur la terre,

Elle, encore  soumise,
Au souffle  régulier,
De  sa révolution quotidienne,

Et d’un bain de lumière,
Dans lequel chavirent,
L’espace de quelques heures,

La nombreuse portée
Des créations  du zodiaque,
Cartographiée à travers  l’insomnie.

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RC – 8 juin 2013

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