voir l'art autrement – en relation avec les textes

Bienvenue en typique parcours littératique

Parcourez, dialoguez, écrivez,échangez et dites nous tout ...
Loompanics
Le monde selon Herodote.  Doc Telerama
101-IMG_8261
montage perso à partir de peintures
vue à travers un vitrail - cathédrale de Maguelone, Hérault , oeuvre de Robert Morris - photo perso

Dernière version

Patricia Grange – Ennui en estampe chinoise


peinture chinoise            atelier churchill

Ennui en estampe chinoise

C’est une goutte
De peinture grise
Qui coule le long
D’une feuille de vie
Au bord du même
Pinceau
Sans jamais
S’arrêter
Sans rien dessiner.
C’est une larme
De froid
Qui roule
Eternellement.
C’est un vide
Palpable.
C’est le café noir
De l’obscurité
Que l’on coupe
Au couteau.
C’est l’absence
De couleurs
D’odeurs
De sons
Où tous les sens
S’éteignent
Comme des étoiles
Jetées dans l’eau
Avec un frisson de râle.

(Patricia Grange)

- Patricia Grange est à l’origine  de son site poétique  " les jardins de Mariposa"

-

Augusto Lunel – Chant IV


Augusto Lunel  est un poète  "rare"…  dont j’ai eu beaucoup de mal à me procurer des écrits  sur le net…

mais heureusement  j’avais  des archives   "extra net",   dont  sont  extraits  ces  "chants"…

 

en mars 2012,  c’est  le  chant  3

—–

vitrail: Georges Braque: oiseau violet - fondation Maeght ( 06)

CHANT IV

Rivière en moi,
oiseau qui vole dans mes veines,
la voix qui ne sortait pas
restait suspendue
dans le précipice de la gorge
ou descendait tailler à couteaux le coeur.

La voix enfermée,
la voix dans la chair,
déchaînait la mer avec une larme.

Mais aujourd’hui est sortie la voix
qui coulait dans les veines,
la voix qui brûlait dans les ténèbres.

Une épée coupa le silence
et des nuages de corbeaux volèrent dans le vide.

La rauque obscurité roula par terre
et la panthère noire
qui se débattait dans mes poumons.
Foudre lente et obstinée,
soleil dans la gorge,
la voix de rocher brisé par la voix
a rompu la bête sans bouche.

peinture; John Marin - The Sea, Cape Split,- Washington, Dc

Les vagues chargées de couteaux
déversent dans l’air
des paniers de poissons.

La voix,
ce moment où le sang est transparent,
cataracte vers le haut,
fleuve qui saute le précipice,
est sortie m’emportant.

La voix poussée par des corbeaux,
poussée par des éléphants sous terre
poussée par des baleines,entre en toi jusqu’aux arbres
ou sans sortir de moi
t’entoure.

L’écho a fait crouler les murs,
le silence a brûlé dans le clocher.

Notre coeur sera bientôt notre bouche,
la voix sera vue, touchée et respirée ;

la pluie, uniquement ce que tu chantes.

Vers ta voix émigreront les hirondelles,
vers ta voix se tourneront les héliotropes.
Clair de ta voix sera l’espace,
profond de ta voix l’abîme.

Aujourd’hui c’est la vendange de l’air.

—-

en cliquant  sur le mot  clef  Augusto Lunel,  – (  lien  en bleu sous l’article )  -vous trouverez  d’autres parutions  liées  à cet auteur péruvien,  dont les  chants précédents,par exemple  le 7

Colonnes de mémoire ( RC)


photo perso: racines de baobab à Boungou (B Faso) dec 2011

 

 

Bien au delà de la corde

Ce morceau d’arc de terre

Qui tend la distance

Et nos différences

 

J’ai perçu l’inversion du monde

Comme si la tête en bas

Mes pieds étaient collés

Sur le socle du ciel

 

Et j’avais à mon appui

D’immémoriales légendes

Des arbres sacrés

Dont les racines buvaient

 

Le ciel, et supportaient

Le monde de leurs pattes épaisses

Que le poids des siècles

Avaient plissé de mémoire

 

Enfouissant en profondeur

Au cœur de la sève fibreuse

Le passé douloureux d’une

Afrique à l’avenir incertain.

 

R Ch 09-01-2012

 

sur les créations  artistiques   -  en tout cas  mon rapport  avec l’art africain, consulter  également  voir aussi http://ecritscris.wordpress.com/2012/01/09/lart-africain-au-burkina-faso/

http://ecritscris.wordpress.com/2011/11/05/r-lart-africain-01-lhumanite-commence-par-le-nombril/

http://ecritscris.wordpress.com/2011/11/05/r-et-lart-africain-02-eklablog/

http://ecritscris.wordpress.com/2011/11/05/r-et-lart-africain-03-la-terre-cuite-du-ghana/

http://ecritscris.wordpress.com/2011/11/05/r-et-lart-africain-04-le-cavalier-et-la-figure-assisedogon/

http://ecritscris.wordpress.com/2011/11/05/r-et-lart-africain-05/

http://ecritscris.wordpress.com/2011/11/05/71/

http://ecritscris.wordpress.com/2011/11/05/r-et-lart-africain-07-croquis-musee-des-arts-premiers/

photo perso- vieille herbe, jeune humain. - Boungou

Charlotte Monegier – Tagada Bar / D’un cadavre exquis


C’est il y a 4 ans  en surfant sur les "mySpace", que j’ai découvert les  écrits  de Charlotte Monegier,  qui, depuis, a pris  d’autres  chemins,  mais  dont les écrits  "restent", par exemple  chez  écrits vains

….et dont  j’ai déja  publié sur  re-ecrit:      Gestalt,  et  Saurais-tu ?, ainsi que  vous-chez moi  (récemment, ici)

 

 

 

 

 

Sc James Yamada, 2008

 

 

 

Tagada Bar / D’un cadavre exquis

 

Feutré décor pour des costards en vrac,

Des verres au bar, des contes en toc

Et les rondeurs des heures sans bleu

Mais mieux aux jours qui fument encore à vivre

 

 

Car le mois de Mai résonne en regrets

Férrés, déssonnés des rythmes-chansons.

 

 

Je ne sais pas pourquoi, sans point l’amour est,

Ailleurs comme le reste et c’est tout, tout au moins.

L’avantage de l’âge fait peur aux oiseaux

Dont les ailes de verts peignent la cravate.

 

 

Oui, peut être, mais si la main de ta bouche,

Encore ici, joue autour des lettres,

Je virgulerais tes lèvres avec la langue d’un style haut.

 

 

Sabotez, sabotons les strates !

Des guindés tailleurs aux airs faux-beaux !

Encore le ciel ! Bravo, il ne sait rien mais donne tous nos êtres là,

A la merci de ce qui ne sera.

 

 

Et les ricards couleront en kirs

Pour deux demis de pinte.

 

 

Ah les citrons flotés absents mais bientôt, heureusement

Des brillances jaillit le goût du mot,

De toi du haut des infimes enfances.

 

 

Alors si c’est comme ça d’accord la vie, au fond je suis toujours avec,

Comme l’adhérance au pas des assagis

Fous d’un peu d’existence ravie.

 

 

Des si belles musiques courent,

Même si les musiciens ne sont pas, jamais, les cons…

C’est un tableau bleu de mers-sommeil,

Eveillant la chair au-delà des maux.

 

 

Venons là bas ! Je ne sais pas où c’est mais toi,

Les chemins : montres su tu sais.

Ils sont déjà ouverts de fleurs éparses

Parce que les chants d’été,

Par ce que j’étais tes yeux m’ont dit.

 

 

La lumière si grosse colorie les diagonales rouges,

Over le bleu donné par le sol, non dit

Mais convaincu pour un rien.

 

 

Sans mentir je rêve de trop

A ces gestes évanouis dans le soir petit.

 

 

Les roues me téléphonent, attends.

Elles ventent, pour quoi faire de…

Nous savons bien mieux nos ailes sans elles.

N’est-ce pas?

Roland Dauxois: – Le vent soulève des présages


Le vent soulève des présages,
nous allons vite, tous les vivants vont trop vite,
et le coursier noir qui emportait lénore
nous emporte aussi en une course absurde.

Nous allons vite, tous les vivants vont aujourd’hui trop vite
en abandonnant la lenteur
nous avons peu à peu déserté les paysages de la pensée.

In chez Ma ( photo-montage 'et photos perso)

Que nous importe de rejoindre une autre rive lointaine
en quelques heures ou minutes
si notre esprit est enchaîné à ce corps
mué en un seul véhicule,
que nous importe cette liberté
si la distance amoindrie dans l’espace physique
devient un gouffre pour nos rêves.

 

 

Merci à Roland Dauxois,  pour  ses publications  toujours appréciées…  voir  son blog…

Jusqu’où peut porter le regard ( RC )


Loompanics
Installation              Loompanics éditions:

"Vous êtes ce que vous savez
Vous êtes ce que vous faites
Aidez-vous   vous même
Plus de secrets
Plus d’excuses
Et non plus de limites"

-

 

 

 

A faire des comptes à rebours,
On imagine un bilan comptable,
Rechercher le pièce du puzzle,
-                         Celle qui manque.
S’il s’agit, comme dit Vautrin
D’un "grand pas vers le Bon Dieu"

Et sans forcément prétendre à allonger la jambe,
Pour franchir ce bas, à rassembler les neurones,
Faire, que sauter deçi, delà,
-                                A cloche pied,
Marelle,   se rapprocher du ciel
Les mots.             Se bousculent.

Mais s’ils se bousculent,
S’ils se brouillent aussi,
Quelquefois
C’est un regard, qui éclaircit au fur et à mesure.
Enfin,….       jusqu’où peut-il porter…  ?
En matière  d’équilibre.

Ce n’est pas une pièce qui manque,
Sur le parcours,
Mais, dans le chemin flou,
-         Toutes celles qui manquent
Et ,              à cloche pied, toujours,
Les trous de de conscience,

Comme trous de confiance,
Et comment se poursuit le chemin,
Bardé de barricades
Imaginaires peut-être,
Au pied d’un immeuble revêche,
Dressé au cercle du silence.

A faire des comptes à rebours,
J’ imagine un paysage serein,
Baigné de lumière
Mais je ne perçois
Que l’horizon brumeux,
Où se perdent les origines.

Et les directions.

RC  -  12 mai 2013

-

Miguel Veyrat – Cartes et épaves


ancienne carte maritime            région de Hyères

Cartes et épaves

Et si vous dessinez une carte de votre propre
corps, sentez comment elle s’intègre
avec l’univers de votre mot. Et aussi
les îles s’obtiendront
seulement par des fleuves de sang
qui ont inondé les forêts, les prairies
et les cieux.         La proue toujours
dans l’inconnu que vous dirigez
sans avoir besoin  de sextant

ou autres instruments.


Mais aucun retour, le capitaine.

Les statues ne seront jamais
de sitôt de retour vers la scène
ou les plages, dans la mesure
progresse, étrangement éclairé,
le mot sur ​​le corps
à la lumière de la raison ,qui n’est pas détruite.
Mais qui sait? Presque personne maintenant

ne sait ensuite
relier  les  épaves  ensemble.

Mapas y pecios

Y si trazas el mapa de tu propio
cuerpo, sentirás cómo coincide
con el universo de tu palabra. Y también
que a las ínsulas se llega
solamente por los ríos de la sangre
que anega las selvas, las praderas
y los cielos. Proa siempre
hacia lo incierto que tú configuras
sin precisar de sextante ni instrumentos.
Pero no hay regreso, capitán. Atrás
quedan las estatuas que nunca
o pronto volverán a la arena
por las playas -en la medida
que progrese, extrañamente encendida,
la palabra sobre el cuerpo
en la luz de la razón que no naufraga.
Mas ¿quién podrá saberlo? Casi nadie ahora
junta pecios para después leerlos

-

 

Le monde selon Herodote.  Doc Telerama

Le monde selon Herodote. Doc Telerama

Irène Assiba d’Almeida – Ici et les ailleurs du monde ( africulture )


Ici et les ailleurs du monde

Lorsque tu auras parcouru

Tous les ailleurs du monde

Tu découvriras que le meilleur ailleurs

Est encore ici

A la fois appauvri

Et plein de richesses

Ta terre, latérite rouge

Toujours en grossesse

Où naissent les Bouts de bois de Dieu

Ta terre, latérite rouge

Toujours en grossesse

Où poussent les augustes baobabs

Ta terre, latérite rouge

Toujours en grossesse

Où reposent les ancêtres protecteurs

Ta terre, latérite rouge

Toujours en grossesse

Où bat ton cœur-soleil

Où vit ton âme-ébène

Où tes pieds connaissent les sentiers

Le meilleur des ailleurs

Est encore ici

A la fois appauvri

Et plein de richesses

Ta terre, latérite rouge

Toujours en grossesse

Et tu songeras

Qu’au fil du temps

On devient plus profondément

Ce que l’on est

Au fil du temps

On devient plus profondément

Ce que l’on est

Et tu comprendras enfin

Que le mot "racines"

Est loin très loin

D’être un *canari percé.

*canari : Afrique : récipient en terre cuite dans lequel on conserve ou transporte des liquides.

 

-

visible  sur le site africultures.com

-

Sur ton visage marqué de rides (RC )


 

 

 

Photo documentary Educational resources

-

 

Sur ton visage marqué de rides
Et de la vie, le voyage,

L’ombre parle aux années,
Les larmes perlent tes joues

Je cherche l’abri de ton regard,
Et la cascade de tes cheveux

Au delà du temps, et des saisons,
Comme les feuilles parlent aux arbres

De naissance, de joie, de sécheresse
De renoncements..  et de renouveau..

-

RC – 15 mai  2013

-

Claude Esteban – Mémoire


art: Joseph Beuys:  costume  de feutre

art:          Joseph Beuys:             costume de feutre

 

 

 

 

 

 

Mémoire

Non, la mémoire ne se résume nullement à la somme des choses mortes entassées

dans la tête. Elle est tapie au creux d’une odeur, d’une feuille froissée par la pluie, d’un

murmure. Et que l’on fasse taire en soi le bruissement de la pensée; qu’on s’arrache à

ce théâtre de mauvais rêves, le paysage se recompose, les formes s’animent, les

couleurs recommencent à vibrer. Rien ne bouge pour celui qui se détourne, tout

s’éveille au-devant de celui qui reste à l’écoute et il ne craint plus. On cherche à

l’endroit d’une ancienne blessure, et c’est à peine si la peau tressaille. Et c’est à

présent l’immobile qui devient une fiction, et cette lassitude d’avoir tant vécu

comme une invitation à poursuivre encore.


Claude Esteban

in  » La mort à distance «

Paul Vincensini – D’herbe noire


photo: Lucien Clergue                Camargue secrète

D’herbe noire

J’avais cueilli des fleurs pour traverser la mer
Mais j’ai dormi près de l’étang
Au milieu des chevaux
Et l’amour emprisonne mon bouquet d’herbe noire
Je suis maintenant étendu sur le sable
Je ne pars plus
Je suis un petit aveugle
Et j’ai tout un coucher de soleil sur les jambes.

-

Les horizons encore, derrière (RC)


peinture: Erich Heckel:        chevaux blancs        1912

Il y a tant  d’horizons encore, derrière la tombe du silence,
Tu peux partir blessée, à déchirer la lune
Et l’image de l’aimé,
T’enfoncer dans les ornières,        et t’égarer en chemin
Les oiseaux de passage, – ils ne te prennent pas ta voix,
Mais de la leur,                      te montrent, au petit matin,
Le jour naissant,                     dans ses habits de rosée,
Et la voie, un chemin ténu
Qui finit bien,                                                      un jour

Par sortir de l’hiver

 

-

RC –   30 avril 2013

voir le blog de phedrienne:

-

Olivier Bourdelier – Les jours


101-IMG_8261
photo Yannick LeGoff
-
Les jours sont courts
j’ai mis dedans
ce que j’ai pu de joie
 
les jours rallongent ma bouche
les traits de mon visage tombent
mes amis ont marché pendant que je dormais
 
les jours sont courts
oh mets dedans
ce que tu peux de joie.
-
-

Serge Mathurin Thebault – Dialogue


peinture:           Eugène  Isabey:        baie de St-Enogat

Le rocher n’a pas son  pareil   pour dialoguer avec l’océan

Cela se fait sans mots

Cela se fait   après une lente étude   de la caresse.

-

 

Serge Mathurin THEBAULT

 

- l’auteur nous fait part  également  de son site, ici

 

-

Le principe de la marche ( RC )


photo:         auteur non identifié,                 voir blog

-

Le principe de la marche,

Un pas devant l’autre,

Déséquilibre mouvant

Jalouse les volutes fantasques

Des mouches autour de la lampe

Comme ne pas de tracer des lignes droites.

 

Ou bien on ne comprend pas

Leur but, autre que de faire vrombir

Les ailes, se maintenir en suspension

Dans une pièce cathédrale,remplie d’échos.

 

Le principe de la marche,

Aligner ses pas, identiques,

Oui, bien sûr -à suivre une direction-

- Aller vers – le but affirmé,

dans les traces renouvelées, de sentiers explorés.

 

Mais les obstacles même, ignorés par la carte

Les reliefs empâtés, les failles tragiques

S’ouvrant sous les pieds,

La fin brutale du plateau – suspendu,

Rages et rumeurs géologiques.

 

La volonté s’arrête

Autant qu’on ôterait les ailes

- de l’insecte -

Soumise aux volutes des vents,

-         Et,     on s’étonne de ne pas marcher droit.

- Et vers quel destin ?

-

 

RC  – 2 mai 2013

-

Colette Peignot (Laure ) – d’où viens-tu ?


 

peinture  – Ferdinand  Hodler       Dents-du-Midi- dans les nuages  (Jungfrau )

 

D’où viens-tu avec ton cœur

déchiré aux ronces du chemin.

Les mains calleuses de casseur de pierre

et ta tête gonflée comme une

outre piquée ?

.

Nous sommes ceux qui crient dans le désert

qui hurlent à la lune.

.

    Je le sens bien maintenant : « mon devoir m’est remis. » Mais

lequel exactement ? 

    C’est parfois si lourd et si dur que je voudrais courir dans la

Campagne.

    Nager dans la rivière

    oublier tout ce qui fut, oublier l’enfance sordide et timorée.

Le vendredi saint, le mercredi des cendres.

    l’enfance toute endeuillée à odeur de crêpe et de naphtaline

L’adolescence hâve et tourmentée.

Les mains d’anémiée.

Oublier le sublime et l’infâme

Les gestes hiératiques

Les grimaces démoniaques.

    Oublier

    Tout élan falsifié

    Tout espoir étouffé

    Ce goût de cendre

    Oublier qu’à vouloir tout

    on ne peut rien

    Vivre enfin

    « Ni tourmentante

    Ni tourmentée »

    Remonter le cours des fleuves

    Retrouver les sources des montagnes

    les femmes les vrais hommes travailleurs

    qui enfantent

    moissonnant

    M’étendre dans les prairies

    Quitter ce climat

    Ses dunes, ses landes sablonneuses, cette grisaille et

    ses déserts artificiels,

    Ce désespoir dont on fait vertu,

    Ce désespoir qui se boit

    se sirote à la terrasse des cafés

    s’édite… et ne demanderait qu’à nourrir très bien son homme

    Vivre enfin

    Sans s’accuser

    ni se justifier

    Victime

    ou coupable

    comment dire ?

    Un tremblement de terre m’a dévastée

.

    On t’a mordu l’âme

    Enfant !

    Et ces cris et ces plaintes

    Et cette faiblesse native

    Oui –

    Et s’ils ont vu mes larmes

    Que ma tête s’enfonce

    jusqu’à toucher

    le bois

    et la terre

 

 

LAURE (Colette Peignot)

photographie -             Garry Winogrand -         El Morocco, 1955

-

 

Ravages ( RC )


 

 

 

photo – tempête cyclone – auteur non identifié

-

Les mots de maudits,
L’écho des taudis,

Les eaux qui ravagent
Les maux qui divaguent

L’éclos des rivages
L’enclos des partages

Le flot de ta page
Le seau des orages

Au grand saut de la vie
Pèle-mêle et non-dits,

Déborde et envahit,
Rivière sortie de son lit

De tes yeux, nagent,  et puis
Tes larmes  et tes cris

-

RC  – mai – 2013

 

-

Renée Vivien – Cri


photo Yannick LeGoff- de la collection du musée des Arts Premiers

photo Yannick LeGoff-              de la collection du musée des Arts Premiers

-

Cri

 

-

Tes yeux bleus, à travers leurs paupières mi-closes,
Recèlent la lueur des vagues trahisons.
Le souffle violent et fourbe de ces roses
M’enivre comme un vin où dorment les poisons…

Vers l’heure où follement dansent les lucioles,
L’heure où brille à nos yeux le désir du moment,
Tu me redis en vain les flatteuses paroles…
Je te hais et je t’aime abominablement.

____________

 

(Études et préludes, 1901)

-

 

Jean-Marie Kerwich – le chiffonnier des mots


montage  perso  à partir  de peintures

 

 

 

- montage  perso à partir  de peintures

 

Le chiffonnier des mots

Je n’écrirai plus. Je réapprendrai à ne pas savoir écrire. Cette vie d’écriture ne fait pas partie de ma condition de nomade. Je ne suis pas fait pour la lit­térature. Je suis de la race des arbres, je crie avec le tonnerre quand il s’annonce. Je ne suis qu’un vaga­bond, un chiffonnier des mots qui ramasse des pen­sées enguenillées au bord du chemin de son âme. C’étaient les fleurs sauvages, les feuilles mortes, la pluie, le vent, les ronces et les arbres qui me deman­daient de parler de leur vie. C’était une décision divine. Quand je rallumais mon feu de bois et me promenais dans des sentiers inconnus j’avais enfin appris à lire et à écrire. L’écriture était la roulotte où je vivais, mes poèmes étaient mes chevaux, mes pensées mes petites gitanes. Mais maintenant je dois retrouver ma vie nomade. Il est temps d’atteler mon coeur et de partir.

auteur  découvert  grâce au blog  littéraire  d’oceania…

 

Va et vient de la terre, toujours recomposée (RC)


lave volcan d’Hawaï… photo futura sciences

-

 

Aux côtés du lisse,

La faille qu’on n’attend pas

Il n’y a d’infini

Que le va-et-vient

 

De la terre toujours recomposée

Et du cycle des saisons,

-      Notre passage –

Entre sources et nuages.

(inspiré par François Cheng)

-

RC       3 mai 2013

José Emilio Pacheco – mer éternelle


peinture: Eugène Boudin

 

 

Mer éternelle
.
Nous disons que la mer n’a pas de commencement
Elle commence là où tu la rencontres pour la première fois
Et vient de tous côtés à ta rencontre.

 

-

Zeno Bianu – Chet Baker – déploration


photo: Michael Bailey  – Chet Baker -      ( site allaboutjazz  )

 

 

CHET BAKER (DÉPLORATION)

je joue au bord du silence chaque note a sa pesanteur son apesanteur particulière je ne bavarde jamais
je n’aime pas le brio le brio c’est toujours l’égo et ses vieilles lunes je préfère jouer vers autrui vers l’autre
tendre sereinement mon cœur oui ma musique s’envole vers autrui c’est un art de l’envol quoi d’autre .

ZENO BIANU .

 

-

Le goût des cendres a toujours la même saveur ( RC )


Affiche secondaire du film       "La route" ( d’après le roman de Cormac McCarthy)

-

S’il y a des tempêtes,

Des cataclysmes, secouent la planète,

Des failles soudaines s’ouvrent sous les villes,

La journée de la colère – ( il y a bien la fête des pères ) -

Où tout bascule

Un monde qui s’anéantit

 

Des îles rayées de la carte,

Les rues de Pompeï sous la cendre,

L’Atlantide s’enfonce, même dans le souvenir des hommes

Les civilisations éteintes, les régions désertées…

  • par quel événement soudain - ?

Caprices météorologiques, gel brutal..

( la main du divin , sur le soleil),

celui qui appuie par erreur sur le bouton rouge,

pensant appeler son domestique…,

 

Brusque montée des eaux, et voilà Noé à l’aventure,

gardien d’une diversité biologique en péril…

Au vaste coup de torchon, le calme plat qui suit l’orage,

Restent les graines têtues qui germent quand même ,

Un jour, même lointain, et qui percent le sol mutilé,

Dévasté sous la lave , ou les poisons des chimistes,

Emportant dans leur floraison future, toutes les erreurs

D’un monde à reconstruire, penché sur les larmes d’un passé.

 

— Prodiges d’énergie et de reconstruction,

Sur les fondations anciennes, la ville neuve s’érige,

Au pays qui s’affirme, le langage   s’élabore,   les lois se multiplient…

Des propriétés qui s’étendent, et avec ,      les spéculations immobilières,

Les cupidités, qui vont avec,                et les guerres les plus cruelles.

A travers l’histoire recommencée,

Le goût des cendres a toujours la même saveur.

-

RC- 27 avril 2013

 

 

-

Garous Abdolmalekian – Chaque mot n’est qu’un piéton qui passe


vue à travers un vitrail - cathédrale de Maguelone, Hérault , oeuvre de Robert Morris - photo perso

vue à travers un vitrail – cathédrale de Maguelone, Hérault ,        oeuvre de Robert Morris –      photo perso


 

Chaque mot 
n’est qu’un piéton qui passe

Peu importe lequel
Nous écrivons seulement sur les vitres embuées
Pour faire apparaître
La forêt par-delà la fenêtre.


extrait de "Nos poings sous la table",       ed Bruno Doucet

-

-

La mer, que l’on voit danser ( RC )


peinture :        Georgia O’Keefe

-

La mer, que l’on voit danser

Et se jeter sur les rochers, encore

Et encore, comme des chiens voraces

Sur ce qu’il reste de terre

A dissoudre et avaler, en taisant le temps

Qui s’étire, à faire des demains,

Les ressacs violacés

De profondeurs de nacre,

Les chevelures d’algues affolées

Au milieu de l’écume.

-

Le sable fauve,           participe à ce destin..

Et on ne sait, s’il appartient encore

A la terre, ou au liquide

Ou l’écume du temps,       portée des courants

Et des vents, jaloux des éléments ;

Il se tisse en cordons blonds,

S’accroche en dunes,                aux reliefs,

Reliant ,                                 le temps d’une marée,

Les   cachant,  

                  Au gré de ses sanglots,

Tout un monde,               …. loin de la surface.

-

Ce large,                             – si large

….. Qu’embrassent les courants

A l’écart des légèretés d’atmosphères

Où même la lumière se fait                 discrète,

Au sein                        de l’épaisseur secrète

Que parcourent rarement les hommes,

Cuirassés              de combinaisons et scaphandriers

Où évoluent des bancs de poissons           chatoyants

Aux détours de plages et rochers, ………  posés là

Sur le fond,    -    …..et les épaves aussi,

             – Sentinelles inutiles d’une autre époque.

-

RC         23 avril 2013

Benjamin Fondane – Villes


peinture: Wayne Thiebaud            Sunset Street        1985 ( MoMa)

 

Villes

 

Le silence coula sur mes mains

c’était un orage de sable

la ville était pleine de sable

où donc étaient-ils les humains

j’avais beau courir dans le vide

suivi lentement de mes pas, le vide était plus plein

qu’une poitrine gonflée qui fait sauter les pressions,

le vide était si plein, j’avais si peur qu’il n’éclatât

que soudain j’ai pensé qu’il me fallait crier

ressusciter la vie

souhaiter le sifflet des bateaux, des sirènes d’usine

la rumeur des meetings, des fleuves de glace qui cassent

sous la poussée du printemps, les vitrines brisées des grèves générales, le bruit

strident des rémouleurs aiguisant les ciseaux, les couteaux, la criée des poissons dans les halles, les plaintes des marchands d’habits,

des rempailleurs de chaises, des pianos mécaniques et des musiques perforées.

Je vous appelais du fond terreux de mon angoisse

sonorités des étameurs, des camelots, ô chansons nasillardes

des marchandes de quatre-saisons qui font au printemps maladif

l’opération césarienne  -Et peu à peu je vis céder mon insomnie

mes oreilles bourdonnaient, une sorte d’âcre paix, une paix nauséeuse,

pénétra dans mon sang avec une vieille odeur de draps

et mon sommeil ouvert comme une bouche d’égout

buvait les cantiques pieux des machines à coudre,

le ronflement régulier des tuyaux de vidanges, le souffle léger de la vie qui monte et qui grince, ô poulie !

Le bruit de plus en plus fatigué de la vie.

 

 

-

Corps du paysage et évasions secrètes ( RC )


photo perso - avril 2013  - Cham des Bondons  -Cévennes

photo perso – avril 2013 -           Cham des Bondons -     Cévennes

-

Devant l’espace,                                    l’évidence déployée de la beauté,

La couleur,         lentement                                            se métamorphose

Au gré des heures,                                                         épelant la lumière

Accordée        aux ciels changeants,                     des nuages voyageurs,

Des pans entiers des collines,                                   basculent de l’ombre

A l’étreinte solaire,              toujours présents, et chaque fois différents,

Accord majeur,         sous l’arc                            de l’horizon des causses,

-

Mes évasions secrètes,

           Pas à pas comme une attente

                 Naissant à elle même,

                       Et qui lit,                      dans ma présence,

Autre chose,                                  que la couleur, même,

Autre chose ,

                Encore,                                    que les pentes,

Fatiguées              de leur poids de roches et de forêts,

Mais                                       le corps même de la terre,

                             Allongé,

                                 Et présent en moi.

-

RC – 28 avril 2013

-

Xavier Lainé – Que dit ton visage


Photo
-photo:     Jaya Suberg
-
Que dit ton visage
Lorsqu’en rêves il se concentre
Paupières baissées
Lèvres ouvertes
Sur la source des nuits
Un petit matin frais
S’éparpille en tes cheveux d’ombre
Je te suis sur ces rives perdues
-
(Xavier Lainé)
-

Voyager dans vos paroles ( RC )


dessin: Celine Colombel

Mon souvenir ira voyager                  dans vos paroles
En possible accueil,                    c’est une trace ténue
Qu’en vous soigneusement  ,       vous garderez émue
En une dernière escale,              comme une aile frôle

Au plus sûr de votre cœur,             ce sera une place.
Pour l’ ami                              aux paroles prodigues
Ayant peut-être égaré ,        le nom.           Il navigue
Au milieu de l’esprit  -               rien ne l’embarrasse

C’est un homme vivant ,               qui part et s’élance
Comme                         un ciel d’orage sur les mâts
-         L’homme   le plus tenté par l’amour   s’ébat
Et vents, poussent  navires                avec élégance…

-

RC  – 01-2012

-

T.S. Eliot- Arriver là d’où nous sommes partis


peinture:          Jerome Bosch – extrait du " jardin des délices"

-
"Nous ne cesserons d’explorer
Et le terme de toute notre exploration
Sera d’arriver là d’où nous sommes partis
Et de connaître cet endroit pour la première fois.
Franchir la porte inconnue et reconnue
Quand le dernier coin de terre à découvrir
Sera le commencement même ;
À la source du plus long des fleuves
La voix de la cascade cachée
Et les enfants dans le pommier
Non connus car non recherchés
Mais entendus, à demi entendus, dans le calme
Entre deux vagues marines."

de "« Little Gidding », Quatre Quatuors"

-

-

%d bloggers like this: