Les pensées qui tanguent ( RC )
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Les pensées qui tanguent s’entremêlent de rêves;
Ce que tu écris, – les échos de sève -
Portées de musique et les mots défilent
en constructions fragiles,
tendues en liens de dentelles,
comme deux plantes s’emmêlent…
Je ne sais distinguer de qui se débride,
De tes fièvres rouges ou paroles limpides,
Des mots jetés et paroles farouches…
A chaque arbre, ses racines, sa souche…
Les plantes en symbiose sont en voisinage,
Et cohabitent sans se faire ombrage.
L’une , de l’autre ose aller plus loin
Vers la lumière, c’est donc un besoin
Toujours renouvelé
De la parole descellée,
A partager la soie et le satin,
Pour les draps étendus de beaux lendemains.
—
en dialogue avec Phedrienne…
Le ruban de tes pensées m’obsède,
Déroulant ses volutes de neurones entêtants,
Passant, galonné de dentelles,
Ou crocheté de fièvres rouges,
Où flamboie la connectique
De tes contradictions majeures…..
J’y surnage, brassant de mes idées farouches
Ton alternatif courant,
Tanguant de satin en soie saumonée,
De coton dur en voile satiné,
Craignant de déchirer au tranchant de mes synapses
L’organza trouble de tes chimères osées…
Le ruban de tes pensées m’enlace,
Noue de ses ligatures serrées,
Un bout de mon cœur oppressé,
Liane mes caprices débridés,
Et dans cet entrelacement sauvage,
Douceur et rudesse mêlées,
Se tisse un dialogue endiablé !
voir son "Ruban"…
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Coeur améthyste ( RC )

Coeur graffiti pour sac à main mandelia
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Le coeur de la terre
Va tourner en rond
Brillant comme l’enfer
On n’en connaît pas le fond.
Et le coeur des choses,
Celui du milieu,
C’est à petites doses,
Ce qu’il y a de mieux.
Le coeur à l’ouvrage,
C’est bien, travailleur,
Celui qu’on partage,
Et met en valeurs
Le coeur voyageur,
Qui joue au touriste
Traverse sans douleur
Des épaisseurs de schiste.
A coeur et à cri,
Empruntant le train,
C’est un nouveau pari,
Ouvert sur demain.
Le coeur d’artichaud
S’ouvre de lui-même
Dès qu’il fait un peu chaud
Au chant des "Je t’aime".
Les coeurs dilatés
Gravés au pied de l’arbre,
Gagnent en vitalité
Par rapport à ceux du marbre
Le coeur des amants
Se prend dans la main
Ils ont tout le temps
D’assouvir leur faim…
Le coeur améthyste
Taillé en facettes,
Celui qui résiste
Se porte en amulettes.
Quand le coeur est triste
Ou bien mal en point,
C’est un jeu de pistes
J’en suis le seul témoin.
A résoudre les problèmes,
Je te donne ces vers,
vers le coeur du poème,
Pour repousser – je crois – les murs de l’hiver.
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RC – février 2013
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Bernard Noël – Grand arbre blanc
Grand arbre blanc
à l’Orient vieilli
la ruche est morte
le ciel n’est plus que cire sèche
sous la paille noircie
l’or s’est couvert de mousse
les dieux mourants
ont mangé leur regard
puis la clef
il a fait froid
il a fait froid
et sur le temps droit comme un j
un œil rond a gelé
grand arbre
nous n’avons plus de branches
ni de Levant ni de Couchant
le sommeil s’est tué à l’Ouest
avec l’idée de jour grand arbre
nous voici verticaux sous l’étoile
et la beauté nous a blanchis
mais si creuse est la nuit
que l’on voudrait grandir
grandir
jusqu’à remplir ce regard
sans paupière grand arbre
l’espace est rond
et nous sommes
Nord-Sud
l’éventail replié des saisons
le cri sans bouche
la pile de vertèbres grand arbre
le temps n’a plus de feuilles
la mort a mis un baiser blanc
sur chaque souvenir
mais notre chair
est aussi pierre qui pousse
et sève de la roue
grand arbre
l’ombre a séché au pied du sel
l’écorce n’a plus d’âge
et notre cour est nu
grand arbre
l’œil est sur notre front
nous avons mangé la mousse
et jeté l’or pourtant
le chant des signes
ranime au fond de l’air
d’atroces armes blanches qui tue
qui parle le sang
le sang n’est que sens de l’absence
et il fait froid grand arbre
il fait froid
et c’est la vanité du vent
morte l’abeille
sa pensée nous fait ruche
les mots
les mots déjà
butinent dans la gorge
grand arbre
blanc debout
nos feuilles sont dedans
et la mort nous lèche
est la seule bouche du savoir
*
.Bernard Noël
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James Sacré – l’arbre aux coings

Soudain cet arbre très loin
Pourtant comme un coeur avec ses coings
Pelucheux gros je m’en souviens
Un arbre qui est l’odeur dans la nuit foin
Resté dans les buissons d’une enfance au loin
Jardins abandonnées, maisons soins
Que soudain le froid solitude branlée coing
Dans les mains le coeur défait presque rien .
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extrait de "Affaires d’écriture" (Ancrits divers) : ed Tarabuste
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Marc Bonnefoy – Poèmes à travers l’infini.
Poèmes à travers l’infini.
…Mort et désert, à quoi pourrait servir un monde?
Dans l’espace il n’est point de planète inféconde :
Qu’un astre soit brillant, éteint ou rallumé,
Le germe de la Vie est en lui renfermé.
Le rapide soleil, l’étoile la plus lente,
Tout ce qui trace au ciel sa course étincelante.
Eternellement vit, meurt, revit tour à tour,
Et, s’il n’est pas peuplé, le sera quelque jour.
oui, la Vie est partout : c’est une loi suprême
Regarde : trouve un coin de la Terre elle même
Où ne pullulent pas des flots d’êtres vivants !
Tout n’est-il pas fécond, les bois, les mers, les vents !
Sous l’herbe et dans le sol, sur l’arbre et sous la feuille,
Dans la fleur qui s’entouvre ou le fruit que l’on cueille,
Grouille la vie, au fond des eaux, en haut des airs..
Et maintenant veux-tu que des astres déserts,
Lorsque de se peupler tous les cieux sont avides,
Roulent dans l’Infini comme des berceaux vides !
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Marc Bonnefoy. recueil " Poèmes à travers l’infini" 1895
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JC Bourdais – L’arbre à bière Bernard Noël – grand arbre blanc
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"Autrefois dans ce pays
On ne pouvait pas dire
pour désigner la fin d’un arbre qu’il était mort.
Seuls l’homme et l’animal pouvaient mourir.
On raconte que pour éloigner l’étranger du village,
On lui disait :
"Tu n’as pas ton arbre ici"
——————-
JC Bourdais , L’arbre à bière,Rhizome,2002, Nouméa
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auquel j’ajoute " grand arbre blanc" de Bernard Noël
Grand arbre blanc
à l’Orient vieilli
la ruche est morte
le ciel n’est plus que cire sèche
sous la paille noircie
l’or s’est couvert de mousse
les dieux mourants
ont mangé leur regard
puis la clef
il a fait froid
il a fait froid
et sur le temps droit comme un j
un œil rond a gelé
grand arbre
nous n’avons plus de branches
ni de Levant ni de Couchant
le sommeil s’est tué à l’Ouest
avec l’idée de jour grand arbre
nous voici verticaux sous l’étoile
et la beauté nous a blanchis
mais si creuse est la nuit
que l’on voudrait grandir
grandir
jusqu’à remplir ce regard
sans paupière grand arbre
l’espace est rond
et nous sommes
Nord-Sud
l’éventail replié des saisons
le cri sans bouche
la pile de vertèbres grand arbre
le temps n’a plus de feuilles
la mort a mis un baiser blanc
sur chaque souvenir
mais notre chair
est aussi pierre qui pousse
et sève de la roue
grand arbre
l’ombre a séché au pied du sel
l’écorce n’a plus d’âge
et notre cour est nu
grand arbre
l’œil est sur notre front
nous avons mangé la mousse
et jeté l’or pourtant
le chant des signes
ranime au fond de l’air
d’atroces armes blanches qui tue
qui parle le sang
le sang n’est que sens de l’absence
et il fait froid grand arbre
il fait froid
et c’est la vanité du vent
morte l’abeille
sa pensée nous fait ruche
les mots
les mots déjà
butinent dans la gorge
grand arbre
blanc debout
nos feuilles sont dedans
et la mort nous lèche
est la seule bouche du savoir
*
.Bernard Noël..
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Jean-Claude Pirotte – Blues 03

peinture: Hiéronymus Bosch, la nef des fous
parce que je descends de l’arbre
les gens me traitent de singe
mais si je descendais du ciel
me traiteraient-ils d’ange ?
je devrais décider
de quitter les enfers
en me voyant monter
par le trou du souffleur
ils diront c’est le diable
ou peut-être l’auteur
extrait du recueil " le promenoir Magique " ( La Table Ronde)
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Jean Daive – Plusieurs fois.

Art Andy Goldsworthy
Dans la neige s’enfoncent des lieux habités : la chambre qui veilla le miroir où j’étais,
le plus grand arbre du jardin où je suis. Et les sols dépossédés flottent parmi les
branches, recouvrent, ouvrent tous les ciels, me perdent : Seul. Plusieurs fois.
La neige. La nuit. Quelque regard où je fus.
Jean Daive
in » 1, 2 de la série non aperçue «
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Miquel Marti I Pol – Les mots nous accablent
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Miquel Marti I Pol, traduit par lignelila, voir son post, qui par ailleurs, sur son blog a plein de choses intéressantes
–
Finalement, les mots nous accablent,
Nous courbent les épaules et nous soumettent
à la beauté incertaine des concepts.
Regarde, ce n’est pas difficile.
Tu peux reprendre l’après-midi
Mot après mot et y ajouter
Des formules qui t’éloignent des choses
Et te rendent, lentement, inaccessible.
Tu peux dire : « l’ombre bénigne
des arbres », « la quiétude solennelle des pierres », « la profonde
présence de la rivière » et, ainsi, te croire
libéré de la gêne
Des gens et du temps.
Et toi, pendant ce temps, où es-tu ?
Aucun de ces mots
Ne te contient et c’est en vain que tu t’efforces :
Le rythme n’a pas changé
Et les gens naissent, grandissent, aiment et meurent,
Les après-midi sont les choses
Et le battement du sang et les mots
Concrets : arbre, terre
Et, surtout, les gens qui les habitent.
À quoi bon sauver l’esprit
Si tu perds le corps dans d’inutiles mirages.
(Traduction du catalan du poème « Al capdavall els mots ens afeixuguen », Miquel Martí i Pol, He heretar l’esperança (1963-1967))
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Florence Noël -Donnez-nous des pierres…

statue menhir du Rouergue ( visible au Musée Fenaille, Rodez)
Donnez-nous des pierres…
donnez-nous des pierres pour le repos,
leur bogue de granit ocre
connivente au cœur,
en projection
l’enlisement des silhouettes jetées, cassées dessus ces marches
et toute l’aumône des
mouvements d’hommes
bordant nos peines comme fleuves équarris
à grandes enjambées de désirs
qu’on puisse mourir de la longueur d’un arbre
ou de son vêt d’ombre
jetés bas par le midi trop plein
par la touffeur trop dense
et quoi ?
une main, simple,
ses lignes en miroir des vôtres
passerelle dessus
cette cascade pierreuse
une main simple
lisse de vouloir
escale d’un vivre encore
est-ce trop pauvre monde
est-ce trop ?
Florence Noël
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Roland Dauxois – Circonférence des exclus
sève chaude en nos veines,
cette vie se précipitant
en ce vaste corps incarcéré.
Chant de mise au tombeau,
chute d’un homme pour une parcelle de terre brûlée,
chant où se pleure l’arbre et la mer.
en ces usines du ciel,
armées d’encre et de fer,
trafiquantes de venins
œuvrant pour des cieux mécaniques.
"Circonférence des exclus"
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Autres usages d’un temps ( RC)
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( impressions d’un cheminement dans le temps décalé : en Afrique Noire )
Suivant l’âne et Charles avec sa carriole
Le chemin se serpente à travers la brousse
Et l’après-midi file à l’ombre épaisse des manguiers
Jusqu’aux portes des concessions
Eparses dans les champs craquelés de sec
Les histoires de la vie quotidienne
Les échos d’une fête lointaine
Dans la matière palpable de la nuit
Se sentir ailleurs – et sentir l’ici
D’autres usages d’un temps
Sans électricité et artifices
Sous les étoiles si pures
Qu’on pourrait relier en touchant du doigt
Par quelques années lumières
En rencontres possibles des mondes et galaxies
Sentir ailleurs – l’ existence dans le hasard.
Sentir l’ailleurs ici, à cheval sur un présent
Et des traditions millénaires
Ouvertes aux végétaux de majesté
Et l’occident – improbable
D’abstraction , à capturer la fatalité
Et la poussière d’espaces
En espoir de pluie nourricière.
Destin de saisons et d’inéluctable
Sous la voûte des tropiques
Et l’arbre à palabres.
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RC 20-mai 2012
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Loyan, Dorian Ferret – Les nuages se lisent à leur vitesse de défilement
Les nuages se lisent à leur vitesse de défilement
De la section cyclades-cyclamen de Loyan
Les nuages se lisent à leur vitesse de défilement sous la blancheur de la nuit extérieure
je ne sais plus lire les étoiles
des lumières avancent clignotantes dans un ciel vers lequel on n’érige plus d’observatoire et où tous les amas seraient nommés
j’ai perdu l’être primordial sous le jaune des réverbères et de leur végétation
je ne serai plus jamais ces tronçons et lignes, fortune de terre
rien n’est jamais lié à toi
« Mes mains, je les imagine me pendant à la branche d’un arbre, après m’être enfoncé dans un bois »
voilà où m’a conduit l’énergie froide de la re-naissance
22 novembre 2004
Claude Esteban – Que cet arbre me pardonne

peinture perso - grand arbre - acrylique - 1979... voir l'article et la peinture entière en taille réelle ici
Que cet arbre me pardonne si je n’ai pas su le dire comme je le devais dans les mots d’un poème. Ce qui m’était si proche, si familier, je pensais pouvoir m’en emparer sans pudeur, le modeler à ma guise, le délaisser dès lors que j’en aurais épuisé la substance, délimité les contours. J’avais des yeux, mais je n’avais nul besoin de voir, je savais déjà. J’avais pour moi les noms, les verbes, une grammaire.
Cette langue qui m’avait donné tant de mal pour que je la possède, c’était elle, à la fin, qui me permettait de posséder tout, de surprendre un insecte dans l’inviolable de la terre, de figer le vol d’un oiseau. Je m’étonnais que d’autres tâtonnent, se trompent, balbutient devant les spectacles du monde.
J’écrivais que j’étais au centre, que j’étais, moi seul, le sujet. J’avais mes ruses toutefois. Si quelque chose me résistait, je me faisais plus modeste, j’affichais une humilité de façade, je me prosternais devant l’immense ou l’inconnu. Le mensonge est le recours des consciences obscures, celles qui prétendent ne douter jamais. Qu’ai-je à craindre maintenant que la nuit tombe ?
Mes livres sont achevés, peut-être dureront-ils un peu, mais les signes vieillissent déjà sur la page et cet arbre qui se perd dans le noir, il est plus neuf que moi, plus généreux dans la surabondance de la sève et je voudrais seulement qu’il protège, de tout le poids de ses branches, celui qui l’a dénudé dans les mots.
Claude Esteban, La Mort à distance, Gallimard, 2007,
Arbres au jas de Bouffan
Aimé Césaire – Cahier d’un retour au pays natal
Cahier d’un retour au pays natal,
–
(texte: Éd. Présence Africaine)
Trésor, comptons :
la folie qui se souvient
la folie qui hurle
la folie qui voit
la folie qui se déchaîne
Et vous savez le reste
Que 2 et 2 font 5
que la forêt miaule
que l’arbre tire les marrons du feu
que le ciel se lisse la barbe
et caetera et caetera…
Qui et quels nous sommes ? Admirable question !
À force de regarder les arbres je suis devenu arbre et mes longs pieds d’arbre
ont creusé dans le sol de larges sacs à venin de hautes villes d’ossements
à force de penser au Congo
je suis devenu un Congo bruissant de forêts et de fleuves
où le fouet claque comme un grand étendard
l’étendard du prophète
où l’eau fait
likouala-likouala
où l’éclair de la colère lance sa hache verdâtre et force les sangliers de la
putréfaction dans la belle orée violente des narines.
Au bout du petit matin le soleil qui toussote et crache ses poumons
Aimé Césaire,
Latife Tekin,- Meydan – La Place
Latife Tekin, dans Meydan La Place
"En tout dernier lieu j’aimerais vous envoyer le manifeste que j’avais rédigé du temps où j’étais encore anarchiste de l’amour.
1. Tu oublieras tous les livres que tu as lus, toutes les photos que tu as prises, tous les dessins que tu as faits
2. Tu oublieras ton nom, ton passé, ton futur, ce que tu as écrit, ce que tu vas écrire
3. Tu oublieras les rêves de ton enfance, les noms d’arbres que tu connais, pourquoi la terre se décompose, à quelle saison il pleut le plus
4. Tu oublieras le chemin qui mène à la cabane en bois, les villages aux bords des eaux, les pages de cahiers qui se déchirent
5. Tu oublieras les îles où tu voulais te rendre, les maisons que tu as détruites, la guitare cassée, les bûches que tu as empilées, les rêves que tu as imaginés, les oiseaux que tu as connus, la vie des fourmis, tous les visages que tu as aimés
6. Tu oublieras les corps que tu as visités, les pays que tu as traversés, les mers où tu as nagé, les terres que tu as desséchées, les arbres que tu as plantés, les jardins que tu as arrosés, les visages d’enfants que tu as caressés, les chats que tu as griffés
7. Tu oublieras les incendies que tu as éteints, les étangs qui ont débordé, les nuits blanches que tu as passées à danser, les matins où tu t’es réveillée en sueur gémissant le nom de ton bien-aimé
8. Tu oublieras ce que je t’ai écrit, ce que je t’ai caché, les cadeaux que tu n’as pas reçus, ce que tu as donné, les jours où tu as couru sous les cris, les traces de poing sur le mur, ton corps broyé, la personne inconsciente étalée dans les toilettes
9. Tu oublieras les héros de contes de fées qui brûlent au pays des glaces, les clowns, les dauphins, les écureuils qui s’échappent de tes mains, les écrits qui ont disparu sous les flammes
10. Tu oublieras que ton enfance est un pays des rêves, que la jeunesse est piégée entre les murs, les moments où tu t’es envolée vers le ciel avec ta voiture, les chambres en blanc où tu t’es endormie
Il n’y a qu’une seule chose que tu ne vas pas oublier. Et cela, je ne vais
pas te le dire."
[...]
Latife Tekin
cela me fait penser à "Eldorado", le roman de Laurent Gaudé, éditions actes/sud, que je suis en train de lire…
sur l’exil, l’expatriation, les boat people… 
NéO – Gardien et solitaire

Drenagoram, dans son écho du Krapo, " rend hommage" au monde végétal,
et en particulier aux arbres, perçus sous de multiples facettes, voir son blog, et ses réponses poétiques en commentaires
Gardiens des Hôtes en Bord de Mère ,
Ce Solitaire est Plein de Vie ,
La Paix des Âmes Reposent en Terre ,
Son Charme Opère au Cours des Nuits.
~
Après l’If tous en Chêne ,
Temps sous l’Arbre va de Liens ,
Et sa Course nous Entraine ,
Aux Racines d’un Même Monde ,
~
Deux Anciens portent Hauts Règnes ,
Le Couvert à la Ronde ,
Sous les Feuilles l’Une est Sienne ,
Ses Racines Bien Profondes.
~
Son Ecorce Vénérable ,
Accueille l’Autre tout à Fleur ,
Conte Histoires et Sages Fables ,
Son Regard Perce à Coeur.
~
NéO~
–
et comme je viens de découvrir les photos de Bibi Broderick, artiste canadien,, j’insère une de ses créations, là les arbres ne sont pas solitaires ( mais isolés par le béton), mais là lumière répercutée par les immeubles, produit des effets surprenants, qu’accentuent le graphisme des ombres au sol. Bibi Broderick fait l’objet d’un post, sur ses photos

Edouard Glissant – L’arbre mort et vivant

photo : Karine Granger, voir son site
L’arbre mort et vivant
-
Toute une nuit au bord de l’horizon
Il te cherchait, n’osant clamer par-dessus l’or
Si tu criais parmi les oiseaux morts
Si tu donnais la voix pour les peuples
Ou si muette tu venais dans l’épaisseur des vitres.
Il se tenait près de la nuit parmi les arbres
Il se levait dans son aurore et mort
Il chérissait tant d’ombre il déhalait ce bruit
Et te seyait, toi pure aux mains de qui poussaient
Les laves de minuit en l’arbre contemplées.
Il se tenait devant la nuit
Entretenu d’un vent de glace
Et se levaient les aigles sans cité
Mendiants dévolus qui lavaient l’horizon.
Edouard Glissant
Mythe mélanésien – l’arbre et la pirogue
Tout homme est tiraillé entre deux besoins, le besoin de la Pirogue,
c’est-à-dire du voyage, de l’arrachement à soi-même, et le besoin de l’Arbre,
c’est à dire de l’enracinement, de l’identité,
et les hommes errent constamment entre ces deux besoins en cédant tantôt à l’un, tantôt à l’autre ;
jusqu’au jour où ils comprennent que c’est avec l’Arbre qu’on fabrique la Pirogue.
Mythe mélanésien de l’île du Vanuatu
provenance: la Petite Librairie des Champs
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Dominique Sampiero – je sais le pétale
je sais le pétale le regard éclaté
la fleur que nous voulons pour modèle
le fleuve de l’air libre ses odeurs
le goût des jardins dans la bouche
je sais le passeport pour s’enterrer vivant
l’automne entre l’arbre et la grande douleur
la patience apprivoisant la glycine
je sais les signes qui me traversent
et qui ne me laissent jamais seul
D S
Edith Södergran – je vis un arbre
Terre a ciel, présente des auteurs peu connus , mais de qualité, dont je fais l’écho ici avec Edith Södergran auteure finlandaise du début du XXè siècle.
(Finlande, 1892-1923)
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| Jag såg ett träd… Jag såg ett träd som var större än alla andra och hängde fullt av oåtkomliga kottar ; jag såg en stor kyrka med öppna dörrar och alla som kommo ut voro bleka och starka och färdiga att dö ; jag såg en kvinna som leende och sminkad kastade tärning om sin lycka och såg att hon förlorade. En krets var dragen kring dessa ting den ingen överträder. |
Je vis un arbre… Je vis un arbre qui était plus haut que tous les autres et qui était lourd de fruits inaccessibles ; je vis une cathédrale aux portes ouvertes et tous ceux qui sortaient étaient pâles et forts et prêts à mourir ; je vis une femme qui, souriante et maquillée jouait son bonheur aux dés et je vis qu’elle perdait. Un cercle était tracé autour de ces choses que personne ne franchit. |
Yves Bonnefoy – le désir poétique
Dans un Entretien de la revue "levure littéraire" , j’ai extrait ces propos d’ Yves Bonnefoy,
Ce fut à partir d’un certain jour, dans le pays des étés d’enfance, un arbre vu au sommet de la colline d’en face; et cet arbre, ce n’était pas simplement une part de l’horizon, il se dressait là-bas comme un être, il semblait m’indiquer qu il avait avec moi un rapport tout à fait personnel, me promettre qu’il allait m’accompagner dans ma vie, et je pouvais ainsi l’aimer comme un compagnon, sentiment nouveau, sentiment jusqu’à ce jour inconnu.
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par ailleurs, j’écrivais dans
DISPOSANT SUR MA TOILE DES COULEURS HABITÉES
La fenêtre s’ouvre sur nos voyages secrets
Buées du vacarme salin des rafles sur l’espace
Ce qui nous tient éveillés, et rend sagaces
Sous cet après-midi luxueusement malaxés,
L’ajout et le reflux, matières minières
À laisser la mer nous envahir d’hier :
Le petit carré d’ocre résiste sans pensées
Mais en couleurs seulement dépensées
Sans paroles, et sans la moiteur intruse des terres d’été
En cet instant unique, à l’ombre évasive des oliviers,
Témoins millénaires de l’Italie proche de Sicile,
Du monde en regard mythologique, et en îles…
Immobile encore, sous les saccades du vent
Témoin de notre passage et notre instant
Sans pour autant me risquer à convier l’éternité
Disposant sur ma toile, des couleurs habitées…
René Chabrière
( en réponse à Jean-Jacques Dorio qui commentait ma "grande bleue")
La fenêtre s’ouvre sur nos voyages secrets,
Ceci, cela, en somme, qui nous tient éveillés.
jj dorio
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je renverrai aussi à l’article -poème que j’ai écrit à mon retour du Burkina-Faso:
Pas de poème aujourd’hui (RC)
Pas de poème aujourd’hui
Rien à distribuer
Que le son du vent
Qui se fera parole
A qui veut bien l’entendre
Et ces paroles feront lien
Et elles teindront lieu
A celui qui marche
Dans ma neige et ma rocaille
Dans mon sable qui deshère.
Pas d’héritier à dresser des stèles
Pas d’écrits sur lesquels s’appuyer
Ni théories intellectuelles
Pas de poème… qu’on se le dise
Ni de discours - ni de bêtises
Pas de cœur gravés dans les arbres
Pas d’autres interprétations
Que le son du vent
Qui se fera parole
Dans les branches et les feuilles
Chinois, Argentin, et Malgache
Tendant un peu l’oreille
Chacun sur son île ou continent
Dans une progression lente
Iront de concert, sans interprète
Le bâton à la main
Traduire, à travers les chemins
Buissons et bosquets
Les dits des quatre saisons
Au son de sa chanson.
Pas de poème aujourd’hui
Pas même pour la lavandière
Qui ne saurait que faire
De rimes, en pas balancé, et
D’un trésor inutile.
RC 28-01-2012
———–
Inspiré par "pour l’amour des petites lingères" de JJD
Cesare Pavese – Tu as un sang, une haleine
Le grand écrivain italien, Cesare Pavese, auteur de "avant que le coq chante", a aussi une importante activité en tant que poète:
TU AS UN SANG, UNE HALEINE
« Tu as un sang, une haleine.
Tu es faite de chair
de cheveux de regards
toi aussi. Terre et arbres,
ciel de mars et lumière,
vibrent et te ressemblent –
ton rire et ta démarche
sont des eaux qui tressaillent –
la ride entre tes yeux
des nuages amassés –
ton tendre corps rappelle
un coteau au soleil. »
























