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Articles tagués “arbres

Sur ton visage marqué de rides (RC )


 

 

 

Photo documentary Educational resources

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Sur ton visage marqué de rides
Et de la vie, le voyage,

L’ombre parle aux années,
Les larmes perlent tes joues

Je cherche l’abri de ton regard,
Et la cascade de tes cheveux

Au delà du temps, et des saisons,
Comme les feuilles parlent aux arbres

De naissance, de joie, de sécheresse
De renoncements..  et de renouveau..

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RC – 15 mai  2013

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Cathy Garcia – Luciole


 

 

 

photo paige de Ponte, extraite  de Gaia

photo        Paige de Ponte,        extraite de Gaia

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Tu es
beau
de cette beauté brute
encore un peu gauche
bougonne
farouche
tes pommettes tes yeux
me parlent d’un ailleurs
que j’ai déjà connu

comment pourquoi
résister
tendre esquisse de vol
les gestes en équilibre
étonnés d’eux-mêmes

comment pourquoi
oublier
cette lumière
au dedans
au-dehors
le vent qui berce
sur nos têtes
les arbres en partance
imaginaire

le parfum du bois
le grognement de la chienne
et la nuit soûle
d’étoiles
qui se roule à terre

comment pourquoi
s’arracher des lèvres
ce goût d’effraction ?

tu es
vois-tu

de ceux qui me voient
comme je me rêve

l’illusion
est si belle

vaut bien la blessure
que tu ne manqueras pas
de me faire

 

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Reconquérir le silence ( RC )


illustration: Giger

illustration: Giger

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S’il n’est pas  sûr que le temps s’éternise,
Et se maintienne en ciels de carte postale
Bien sûr d’un parfum indécis dans l’air,

On n’attend pas d’orage, ni de tempête,
Et pourtant elle vient un jour,
Emportant tout sur son passage,

Ainsi le souvenir des soupirs,
Le fracas de la guerre,
Les pas de géant couchant ,

Indifférent, les arbres et les blés,
Crimes et souillures
Dans le pays dévasté.

Plus de futur insouciant,
Plus de paradis immobiles,
Et pourtant,        des ondées

ayant lavé le sol à grande eau
Et arraché, des blocs de racines
De géants centenaires

Reviennent ,  sporadiques,
Etonnés de se savoir encore là,

Les chants des oiseaux,
Qui reconquièrent patiemment  le silence.

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RC    – 21 janvier 2013

 

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Blockhaus en front de plage ( RC )


hotel Adghir          Alger-        Bordj El Kiffan,

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Blockhaus en front de plage

Immeuble de béton sur sept étages

Posé comme un cube prétentieux

Frontière de quartiers miséreux…

 

L’ailleurs reste surtout un peut-être

La mer ne se voit, qu’avec un reflet de fenêtre

d’en face,   ….  carré dans la façade grise

Du grand hôtel, où le temps s’éternise

 

Je peux toujours compter les plaques de marbre

Ou chercher au loin les arbres

Une prison dorée reste une prison,

Et la vue ne s’échappe pas  sur l’horizon

 

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RC   – 23 décembre 2012    –   Alger

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Brigitte Tosi – Et si tout disparaissait ( suivi de ma "réponse" )


 

 

 

 

 

 

photo :   auteur non identifié

 

 

 

 

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Et si tout disparaissait

La sève de nos arbres

Celle de nos vies

Les traces de nos pas

Les flocons de poussière

Le trop plein du regard

Le silence du ciel

L’ombre des lumières

Prolongeant nos fenêtres

Le poids de nos enfants

Endormis sur nos joues

 

Si rien ne profilait

Notre horizon muet

Qu’adviendrait-il du mot

De la beauté du monde

Tendus haut par les mains

Du poète tremblant ?

 

B T.  19 juillet 201

 

Si rien ne profilait
A  l’ horizon muet
Les mains du poète
Modéleraient le monde
Et des flocons de poussière
Recréerait, de lumière
La beauté du monde,
Un nouveau  chemin,
Et les premiers pas
Inventés des enfants
Que nous sommes.

 

RC   – 25 novembre 2012


François Corvol – mythologies 03


photo: Edw Steichen

Un jour tu refermeras l’ombrelle et tout ceci
coulera dans l’eau comme les ancres
tout ceci qui nous ensorcela
disparaîtra dans l’étang dans le fort, pris au piège
du temps de la vie de tout ce qui se dérobe à ton piano
dix doigts pour commencer le château
la cueillette des cerises le repas des oiseaux, nous avons
beau voyager retenir l’eau toujours je vois
la nuit les arbres les manteaux
un jour tu refermeras l’ombrelle et tout ceci
coulera dans l’eau comme les pierres
tout ceci qui nous ensorcela

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d’autres textes  de François  Corvol, sont  disponibles  sur "décadence.net"

Image, montage  perso 2000,      à partir  de reproductions d’oeuvres  de Max Ernst


Patrick Laupin – Voies de triage


 

J’aurais aimé pourtant encore
la rue Paul-Sysley et la gare de l’Est
les voies de triage désaffectées
l’entrepôt à ciel ouvert sous les garages d’arbres
le lierre sous la varangue, désastre musical
l’odeur de mazout et le cri rauque de la micheline
à midi dans le tremblé très seul du lilas

mais il est tard
tout est détruit
les trains ne partent plus

le mal d’un siècle divague
comme une éternité jetée à quai
dans le soir inépuisable
qui ne sait plus où poser ses pas

In “Le Sentiment d’être seul” © Paroles d’Aube, 1997

 

photo perso – Daugavpils 2011

 

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Patrick Laupin – sans oracle


 

art – auteur non identifié, style Baselitz

 

 

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Sans oracle

 

 

 

C’était quand même un peu disparaître
derrière quelque chose
derrière le mur physique des paroles
non pas une disparition — une déperdition
mot à mot lettre à lettre et tout le langage
dispersé dans ma tête
où je voulais j’espérais que la compréhension
naisse identique à l’amour
Fête de mai ni feuille ni théâtre
l’ombre noyée de mon angoisse
et la très haute lumière des chambres
froissée dans ce point de rêve endolori
d’où je m’éveillais enfant dans la coupure terrible
et noire d’un point diurne forcené d’irréalité
Que n’ai-je à espérer jour après jour
que la lente amère balancelle d’un présage
Ô signe physique d’un langage
des rythmes sacrilèges
une vitalité presque malade
Des portes un soir ou un matin
quand toute la douleur fêlée
des signes de dissociation
vanne un cri d’appel au creux du monde
du proche et du lointain qui souffrent encore
Ma terre de vision mes rêves de douleur
jamais nous ne sommes semblables
Déjà la masse noire confuse des corps auprès du lac
et l’ironie tragique des arbres sous la pluie
J’ai souffert te servir
j’ai ouvert des portes sans te trouver
je chérissais un principe d’espérance
je me suis retrouvé comme j’étais
triste, imbécile, marchant les deux pieds devant
ne voyant même pas l’âme d’un Dieu frôler mes yeux
Avril ne m’a compté que la cruelle étude apatride
et je n’ai pas vu le vent simple derrière l’ordre
ébloui du monde — Sans oracle
Je me suis mal protégé de ces roses mystérieuses
et fatidiques de l’aurore
qui élèvent en moi leur sentence
comme des temples ou des strophes puériles de la mort..

Patrick Laupin, extrait de La rumeur libre (Corps et âmes), Paroles d’Aube, 1993

 

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Antonio Santori – Ensuite il y avait les soirées, presque


peinture:           Philippe Cognee "foule"                    peinture à l’encaustique

Antonio Santori – [Poi c’erano le sere, quasi]

[Ensuite il y avait les soirées, presque]

Ensuite il y avait les soirées, presque
silencieuses, du lit tu entendais
les bruits des autres, d’ouvrières
en sueur, d’employés enfants
perdus dans leurs collections.
Tu comptais les brebis égarées,
tu les organisais, elles prenaient
toujours d’assaut le berger idiot
auquel tu t’identifiais.

Dans les rues les roues
des bicyclettes, il était étrange
de les entendre sur les plaques d’égout,
les sons sortis de leur trou, là dehors
les sons paraissaient 
éternels.
Comme des garçons nus
sur des prés remplis de cigarettes.

Tu te croyais dans les lits
des autres, dans leurs
draps, tu convoquais
les jambes croisées,
les dos, tu enlevais
ton fard.

Il était étrange d’entendre
les enfants dans leur sommeil,
ils paraissaient morts,
tu exerçais ton ouïe
sur les arbres improvisés,
perdus dans le vide.
On entendait les corps bruire,
endormis. On entendait
les rêves.

---

Poi c’erano le sere, quasi
silenziose, dal letto sentivi
i rumori degli altri, di operaie
accaldate, di impiegati bambini
persi nelle loro collezioni.
Contavi le pecore smarrite,
le organizzavi, assaltavano
sempre il pastore idiota
con cui ti identificavi.

Nelle strade le ruote 
di biciclette, era strano
sentirle sui tombini,
i suoni stanati, i suoni
là fuori sembravano 
eterni.
Come i ragazzi nudi
sui prati pieni di sigarette.

Ti sentivi nei letti 
degli altri, nelle loro 
lenzuola, convocavi
le gambe intrecciate,
le schiene, ti toglievi 
gli ombretti.

Era strano sentire
i bambini nel sonno,
sembravano morti,
allenavi il tuo udito
sugli alberi improvvisati,
persi nei loro vuoti.
Si sentivano i corpi stormire,
addormentati. Si sentivano
i sogni.

-

Françoise Ascal – 1


ZhouChen, fleur de pêcher XVIè siècle

 

 

1

Au loin la rivière roule d’obscures promesses.

Le sapin tutélaire veille,
ancêtre tenace gardant sous son aile les âmes innombrables des lapins d’autrefois, bouquet d’âmes innocentes ayant connu l’effroi sous la lame agile en ce lieu précis, misérables créatures liées aux misérables paysans, les unes et les autres aujourd’hui confondues dans l’absence, dans la radiation de tout ce ce qui fut, une fois, une unique fois présence, atomes de chair pareillement broyés sous la meule qui jamais ne crisse, jamais ne grince, terreau de misère faisant croître le sapin haut et ferme, à l’ombre duquel j’écris ce jour, traversée d’une calme joie — légère puisque sans fondement, sans raisons, sans réponses. Sans consolation.

Là -haut, le vent souffle.
Là-haut, un busard trace de grands cercles dans le bleu du ciel avant de rejoindre son poste de guet , au sommet d’un frêne.
Sous la terre et le grès rose, sous les étangs , les bouleaux, les bruyères, les anciens n’en finissent pas de se décomposer.

Le vent tourmente la peau des vivants,
attise les signes.

Au vif de l’été la plante du pied s’impatiente.

 

 

 


Antonio Gamoneda – Il existait tes mains


 

illustration – Sandman Gallery

Il existait tes mains.
Un jour le monde devint silencieux ;
les arbres, là-haut, étaient profonds et majestueux,
et nous sentions sous notre peau
le mouvement de la terre.

Tes mains furent douces dans les miennes
et j’ai senti en même temps la gravité et la lumière,
et que tu vivais dans mon cœur.

Tout était vérité sous les arbres,
tout était vérité. Je comprenais
toutes choses comme on comprend
un fruit avec la bouche, une lumière avec les yeux

Exentos, I, in Edad
Poésie espagnole 1945-1990, Actes sud, page 181

 


Antonio Gamoneda

 

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Maurice Chappaz – Apres il y a un oiseau


 

 

Apres il y a un oiseau
qui vient toujours taper du bec au bord de la fenêtre
et Samuel dit :
«J'aurais dû m'enfuir avec eux,» 
Tous les hommes au bord de la tombe
sont partis cet hiver,
ils ont longtemps écouté l'horloge,
ils ont longtemps léché les cuillerées de miel
et le creux des tasses
où il est peint une fleur. 
Puis un grand vent est venu
fracassant les branches d'arbres. 
Ou bien la lumière a baissé dans la chambre 
mais dehors la neige était éblouissante. 
Elle a fondu près du lit.
On entendait le tic-tac des cœurs.

Comptine de ma vie toujours en retard.

©  Maurice Chappaz

Extrait de: Á rire et à mourir

Editions Bertil Galland , Vevey 1983

 

photo perso: exposition  "lieux habités"         musée de St Brieuc      2010

 

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Colonnes de mémoire ( RC)


photo perso: racines de baobab à Boungou (B Faso) dec 2011

 

 

Bien au delà de la corde

Ce morceau d’arc de terre

Qui tend la distance

Et nos différences

 

J’ai perçu l’inversion du monde

Comme si la tête en bas

Mes pieds étaient collés

Sur le socle du ciel

 

Et j’avais à mon appui

D’immémoriales légendes

Des arbres sacrés

Dont les racines buvaient

 

Le ciel, et supportaient

Le monde de leurs pattes épaisses

Que le poids des siècles

Avaient plissé de mémoire

 

Enfouissant en profondeur

Au cœur de la sève fibreuse

Le passé douloureux d’une

Afrique à l’avenir incertain.

 

R Ch 09-01-2012

 

sur les créations  artistiques   -  en tout cas  mon rapport  avec l’art africain, consulter  également  voir aussi http://ecritscris.wordpress.com/2012/01/09/lart-africain-au-burkina-faso/

http://ecritscris.wordpress.com/2011/11/05/r-lart-africain-01-lhumanite-commence-par-le-nombril/

http://ecritscris.wordpress.com/2011/11/05/r-et-lart-africain-02-eklablog/

http://ecritscris.wordpress.com/2011/11/05/r-et-lart-africain-03-la-terre-cuite-du-ghana/

http://ecritscris.wordpress.com/2011/11/05/r-et-lart-africain-04-le-cavalier-et-la-figure-assisedogon/

http://ecritscris.wordpress.com/2011/11/05/r-et-lart-africain-05/

http://ecritscris.wordpress.com/2011/11/05/71/

http://ecritscris.wordpress.com/2011/11/05/r-et-lart-africain-07-croquis-musee-des-arts-premiers/

photo perso- vieille herbe, jeune humain. - Boungou