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Armando Valladeres – cavernes de silence


Faisant  suite à ma publication:  "à l’ombre",

j’ai trouvé un nouveau texte  du poète cubain Armando Valladares, qui va dans ce sens, et qu’on peut  lire  ici…

- j’ai fait une  légère modification (  à la fin) sur la traduction proposée..  voir

Armando Valladares.Poeta cubano. « Cavernas del silencio »1983

Tu dis être libre
-je ne sais pas si tu y crois
mais au moins le dis-tu.-
La liberté n’est pas espace
où l’on peut marcher
pas même un lit
où coucher à deux.
Tu dis être libre
et tu n’as pas de mots
car tu ne fais que répéter
-bouche fermée-
ceux qui te sont donnés.
La liberté n’est pas un pain
-parfois sur la table-
ni un peu de bière
ou de quoi fumer un peu.
La liberté c’est faire ceci :
écrire ce que tu penses
hurler ce que tu détestes
même si tu dois le payer
par des années de torture
même si tu meurs de l’enfermement
dans cette solitude.


A l’ombre : "monologue carcéral" ( RC )


photo extraite de "elle dit lemonde" texte d'Antoine Volodine:

 

-

 

Quelques pas dans le couloir,

L’écho lointain du parloir

 

Se déplace  avec le son

Cliquetis , le trousseau du maton

 

La démarche lente,

Les chaussures traînantes…

 

Et l’ouverture du volet de la porte

Sa face grasse encadrée de la sorte

 

Et le parcours de son regard louche

Traverse l’espace comme une mouche

 

Une lumière  un peu terne

Qui s’efface  quand il ferme.

 

 

Je parcours le décor hideux

Des murs d’un vieux vert huileux

 

Par endroits graffités

La couverture sur le lit, mitée,

 

La table bancale dont j’ai hérité

Le formica de ses coins, effrité

 

Et mes poèmes qui s’empilent

Peut-être bientôt, mille…

 

- Grand bien me fasse -

Le long du temps qui passe…

 

 

Ajoutons , la vieille  chaise  en fer

Trois livres sur l’ étagère

 

Pour  décrire l’austère

De mon univers

 

–*
La fenêtre carrée du troisième étage

A pour avantage

 

D’avoir une  vue panoramique

Sur les arbres rachitiques

 

Et l’herbe pelée

Derrière les barbelés

 

Puis les miradors

S’ajoutent au décor

 

Au coin j’ai la vue

Sur une avenue

 

Un peu à l’écart

Du quartier d’la gare

 

Un quartier hostile

Du nord de la ville —

 

 

Les barreaux s’enlacent

Y a des bras qui passent

 

A travers l’acier

Du pénitencier

 

Exposées en rage

Des mains issues des cages

 

Demandent  conseil

Aux rayons  du soleil

 

S’accrochent à un ailleurs

Qu’on voudrait meilleur

 

De ceux qui appellent

De ces moignons  d’ailes

 

 

Pauvres garde-mangers

Il y a des rangées

 

De sacs  plastiques  blancs

Ballotés par le vent

 

On dirait que, des  cellules

S’échappent des bulles

 

De la monotonie, du morne

Et de l’uniforme

 

Et quelques gardiens

Promènent leurs  chiens

 

Quartier artificiel

Qui grillage le ciel

 

Quartier  d’sécurité

" Tu l’as bien mérité ! "

 

 

Pendant que les heures agacent

Se retournent et prélassent

 

Je suis  égaré

Dans quatre mètres- carrés

 

Etant dans mes chaînes

A purger ma peine

 

Le temps  s’est  entêté

Et semble s’arrêter

 

En étant à l’ombre

A broyer  du sombre

 

Bientôt trois années

Assis à ruminer

 

Elucubrations, divagations

A chaque occasion

 

" En avant toute ! "

Pendant que les  gouttes

 

De cette satanée fuite

Dessinent  et délimitent

 

Comme une sorte d’Afrique

Géographie maléfique

 

Ou bien une  Asie

Sentant le moisi

 

Un contour sordide

Tout autant humide

 

Glissant sous la cloison

En rêves  d’évasion…

RC   4- 03 -2012

 

Et je remercie  Brigitte  pour  son commentaire poétique…

Du coup je mets aussi ce poème  de Armando Valladeres ,( poète cubain ) qui passa 22 années en prison (1960-1982) pour ses convictions chrétiennes et politiques. Armando Valladeres a écrit des poèmes d’une haute portée contre la dépossession humaine. L’un de ses textes porte les couleurs de la résistance et mérite qu’on s’y arrête:     

« Ils m’ont tout enlevé , les porte-plumes
     les crayons, l’encre
     car, eux,
     ils n’aiment pas que j’écrive.
     Et ils m’ont enfoui
     dans cette cellule de châtiment
     mais même ainsi
     ils n’étoufferont pas ma révolte.
     Ils m’ont tout enlevé
     – enfin, presque tout –
     car il me reste le sourire
     l’orgueil de me sentir un homme libre (…)
     Ils m’ont tout enlevé, les porte-plumes , les crayons.
     Mais il me reste l’encre de la vie
     – mon propre sang-
     et avec lui,
     j’écris encore des vers. »

extrait de  quand  les mots  dénoncent les maux…

voir  aussi  ce nouveau post,  avec un autre  texte  de l’auteur  cubain...