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Robert Piccamiglio – la petite forêt à crédit


peinture:    Camille Pissarro ;        la route de Louveciennes         1871

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LA PETITE FORET A CREDIT

 

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j’avais acheté

une forêt entière

à crédit

une petite forêt

avec seulement un seul chemin

pour la traverser

je croyais

que les arbres

ça parlait mieux

que les hommes

parce que moi

je n’avais personne

à qui parler

je me suis appuyé

contre eux

en posant ma tête

contre leurs troncs

rien

pas un seul de ces arbres

ne répondait

entre eux

ils devaient bien se parler

se dire des trucs

d’hommes ou d’arbres

avec moi

rien ne sortait

Alors j’ai acheté

une tronçonneuse

j’ai coupé tous les arbres

barré le chemin

regardé le ciel

une dernière fois

et j’ai posé la lame

contre ma gorge

extrait   de  "le jour, la nuit, ou le  contraire"

ed Jacques Bremond

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Les horizons encore, derrière (RC)


peinture: Erich Heckel:        chevaux blancs        1912

Il y a tant  d’horizons encore, derrière la tombe du silence,
Tu peux partir blessée, à déchirer la lune
Et l’image de l’aimé,
T’enfoncer dans les ornières,        et t’égarer en chemin
Les oiseaux de passage, – ils ne te prennent pas ta voix,
Mais de la leur,                      te montrent, au petit matin,
Le jour naissant,                     dans ses habits de rosée,
Et la voie, un chemin ténu
Qui finit bien,                                                      un jour

Par sortir de l’hiver

 

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RC –   30 avril 2013

voir le blog de phedrienne:

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Colette Peignot (Laure ) – d’où viens-tu ?


 

peinture  – Ferdinand  Hodler       Dents-du-Midi- dans les nuages  (Jungfrau )

 

D’où viens-tu avec ton cœur

déchiré aux ronces du chemin.

Les mains calleuses de casseur de pierre

et ta tête gonflée comme une

outre piquée ?

.

Nous sommes ceux qui crient dans le désert

qui hurlent à la lune.

.

    Je le sens bien maintenant : « mon devoir m’est remis. » Mais

lequel exactement ? 

    C’est parfois si lourd et si dur que je voudrais courir dans la

Campagne.

    Nager dans la rivière

    oublier tout ce qui fut, oublier l’enfance sordide et timorée.

Le vendredi saint, le mercredi des cendres.

    l’enfance toute endeuillée à odeur de crêpe et de naphtaline

L’adolescence hâve et tourmentée.

Les mains d’anémiée.

Oublier le sublime et l’infâme

Les gestes hiératiques

Les grimaces démoniaques.

    Oublier

    Tout élan falsifié

    Tout espoir étouffé

    Ce goût de cendre

    Oublier qu’à vouloir tout

    on ne peut rien

    Vivre enfin

    « Ni tourmentante

    Ni tourmentée »

    Remonter le cours des fleuves

    Retrouver les sources des montagnes

    les femmes les vrais hommes travailleurs

    qui enfantent

    moissonnant

    M’étendre dans les prairies

    Quitter ce climat

    Ses dunes, ses landes sablonneuses, cette grisaille et

    ses déserts artificiels,

    Ce désespoir dont on fait vertu,

    Ce désespoir qui se boit

    se sirote à la terrasse des cafés

    s’édite… et ne demanderait qu’à nourrir très bien son homme

    Vivre enfin

    Sans s’accuser

    ni se justifier

    Victime

    ou coupable

    comment dire ?

    Un tremblement de terre m’a dévastée

.

    On t’a mordu l’âme

    Enfant !

    Et ces cris et ces plaintes

    Et cette faiblesse native

    Oui –

    Et s’ils ont vu mes larmes

    Que ma tête s’enfonce

    jusqu’à toucher

    le bois

    et la terre

 

 

LAURE (Colette Peignot)

photographie -             Garry Winogrand -         El Morocco, 1955

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Jean-Marie Kerwich – le chiffonnier des mots


montage  perso  à partir  de peintures

 

 

 

- montage  perso à partir  de peintures

 

Le chiffonnier des mots

Je n’écrirai plus. Je réapprendrai à ne pas savoir écrire. Cette vie d’écriture ne fait pas partie de ma condition de nomade. Je ne suis pas fait pour la lit­térature. Je suis de la race des arbres, je crie avec le tonnerre quand il s’annonce. Je ne suis qu’un vaga­bond, un chiffonnier des mots qui ramasse des pen­sées enguenillées au bord du chemin de son âme. C’étaient les fleurs sauvages, les feuilles mortes, la pluie, le vent, les ronces et les arbres qui me deman­daient de parler de leur vie. C’était une décision divine. Quand je rallumais mon feu de bois et me promenais dans des sentiers inconnus j’avais enfin appris à lire et à écrire. L’écriture était la roulotte où je vivais, mes poèmes étaient mes chevaux, mes pensées mes petites gitanes. Mais maintenant je dois retrouver ma vie nomade. Il est temps d’atteler mon coeur et de partir.

auteur  découvert  grâce au blog  littéraire  d’oceania…

 


Nicole Barrière – L’air du poème, la voix prise dans le feu


miniatures médiévales;  Exposition universelle  Seville

miniatures médiévales;        Exposition universelle   Séville

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L’air du poème
la voix prise dans le feu
me voici sans mot

me voici trace
là – où ne demeure que la foudre -
de toi séparée avant le commencement
avons-nous partagé la lumière
quelle éclaircie tourmente nos braises ?
sommes-nous gouttes d’eau échappées de l’orage
ou poussières dans la tornade du temps ?
sur le linteau de la nuit
nous sommes cueillis d’ivresse
au bas de nos pensées
se saisissent les rêves
le soudain accompli du nuage
où se revêtent les choses sans nom
affranchies de l’enfance
seuls nous sommes seuls
et mêmes et étrangers
et tes mots sur mes lèvres
s’écorchent jusqu’au livide
le soleil s’invite à la fenêtre des nuages
et le ciel
et la berge
et la marche
et le seuil du chemin
ressemblent aux mots des poèmes

il y a les mots
les ombres des mots
les lumières
les lueurs des mots
les cris
les chuchotements
les mots tendrement ouverts
les mots envolés des lèvres
comme des ailes pliées
comme des fenêtres ouvertes
comme des rivières où naissent les âmes
les mots tombent comme des fruits mûrs
comme des feuilles
comme l’herbe rouge et bleue
plus tard
quand les feuilles noircissent
la peau des rêves
le soir descend des étoiles
une autre langue parle
les mots du chemin et de la forêt
dans toutes les langues
marchent sur l’invisible
c’est ta main dans la mienne pleine de paroles
de terres nouvelles d’eaux souterraines
et la terre te fait signe depuis la lune
fragment de ciel
et d’invisible
le poème absolu
s’ouvre du désir premier des lèvres
trouée de rêve où seules chantent les mains.

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Nicole Barrière, 6 janvier 2005
site : "La cave à poèmes


Sylvie Fabre G – Corps subtil


peinture: John  Singer Sargent; Peter Harrison  endormi

peinture: John Singer Sargent;       Peter Harrison endormi

Qui jugera du chemin ? Ton corps respire, une haleine l’entoure, l’autre est ce passant venu des lointains, retournant aux lointains.

Tu dois consentir, fraction du monde, multiplication des années et des êtres.

Quelle luminosité as-tu un jour connue pour ombrer la rencontre ? Tu te retournes, les traces sont là, derrière, devant, elles te précèdent toujours. Tu sens le sceau de lassitude, tes jambes tremblent quand la peur pose son caillou dans le ventre – étalon or. Sur son autel, une main presse l’attente. La parole reflue quand, jeté en pâture, solitaire, le corps s’étiole, les lèvres se pincent, il n’y a plus de pulpe autour des mots.

Qui jugera du chemin ?           Les voies de l’incarnation ont mille possibles, nous empruntons toujours l’unique, impossible.

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Sylvie Fabre G., corps subtil - Editions L’Escampette, février 2009

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( Un texte que je dédie particulièrement à Arthemisia )

 

 

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Que deviendront tes yeux ? ( RC )


peinture:   Max Ernst:  le XXè siècle  -  1955

peinture: Max Ernst: le XXè siècle – 1955

Que deviendront tes yeux
Quand le regard  s’effacera
Et se pointera au-delà de moi ?

Tu y seras diffférente
Tu l’es déjà, à penser te trouver
Dans un présent  qui t’a  échappé,

Jusqu’à présent à la merci d’un  chemin
Où tu n’as pas trouvé ta voie,
…..  Et tu marches illuminée

Vers une étoile brillant pour toi
Seule, et indifférente aux  autres
Et qui se joue de ta transe

Au delà des vallées, des rocs
Et des plaines, vers de sombres forêts
Où, justement,  tu la perdras.

RC  -  12 janvier 2013

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Soir et l’échelle du soleil (RC )


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objet-sculpture  -   Echelle "perspectivée"               Martin Puryear   Pa- Neh

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Ici, les temps s’ouvrent
Le chemin vrille et passe
Le côté verglacé,
Pour emprunter l’échelle du soleil

Les cascades  de glace
Ont abandonné la place
Et la vallée, sitôt le col franchi
S’ouvre  comme une main

Où la vie est encore possible,
Quittant l’étroit des ombres,
Pour de blanches robes
Où se découpent à peine

Sur la pente,
Quatre silhouettes blanches aussi,
De chevaux immobiles…..
>  Seule leur ombre les désigne.

L’espace suit le cours du soir
Qui rebondit sur les  crêtes;
La vie se poursuit plus bas,… et  de l’aval
Les vapeurs remontent,    – et se prélassent.

 

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RC  -  7 décembre 2012

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Edith Södergran – grimace d’artiste


peinture: Marc Chagall

 

 

 

provenance  "la pierre et le sel"

 

 

 

Grimace d’artiste

 

Je n’ai rien d’autre que mon mantelet brillant,
Ma rouge hardiesse.
Ma rouge hardiesse sort à l’aventure
Dans un pays sordide.

Je n’ai rien d’autre que ma lyre sous le bras,
Les rudes accords de ma lyre ;
Ma rude lyre sonne pour bêtes et gens
sur le grand chemin.

Je n’ai rien d’autre que ma couronne altière,
Ma fierté croissante.
Ma fierté croissante prend la lyre sous son bras
Et tire sa révérence.

 

(1917)

 

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In Poèmescomplets,Lalyredeseptembre,© Pierre Jean Oswald, 1973, traduits par Régis Boyer


Le Petit Prince, et la musique du monde ( RC )


 

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C’est, extrait du livre de l’enfance,

Le Petit Prince, qui met le pied

Sur une frêle planète,

 

On y entend, si on écoute, une brise

Qui chante dans les arbres, la vie

loin de avions qui passent

 

 Et la caresse chaude des jours de l’été.

Le Petit Prince progresse, il ne lui faut pas longtemps

Pour faire le tour de la terre, et passer le gué

 

Des îles aux continents, sans se mouiller les pieds.

Il s’interroge avec insistance, sur la forme des montagnes,

Le silence blanc des déserts, l’aventure des rivières

 

La succession des villes, et des maisons jouets

Sagement alignées, le long des routes,

Et les supermarchés,sont une grande attraction.

 

S’il veut dessiner des moutons, demander son chemin,

Il n’obtient pas de réponse, car on ne le comprend pas,

Déjà les hommes ne se comprennent pas d’une région à une autre

 

Et se barricadent chez eux, derrière des frontières,

Mais au-delà des murs on entend de la musique

Qui passe sans rien dire

 

Comme le vol des colombes

Sur la frêle planète

On entend, si on l’écoute,

 

Tout de l’amour, et des langages, sans paroles.

Elle ne disait rien, et finit par tout nous dire.

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RC- 18 octobre 2012

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Retrouver le chemin ( RC )


Même  s’il fait jour, quelque part, c’est une  fête nocturne
Un frôlement de gestes, des bonds discrets, et des yeux  habitués  à l’obscurité.
On a laissé au loin         , le bruit et la fureur,  le crépitement  du soleil sur les  chaumes
Pour  la cathédrale  de pénombre,

Où se glissent  de temps  à autre les bourdonnements  têtus d’avions,                             bien au-delà.
Il faut s’habituer  au rideau des bois, à la chevelure  mouvante, qui ondule au moindre vent, et
…  retrouver  ses repères.

Quand  tout  se  ressemble un peu, qu’il faut contourner les corps couchés d’ancêtres  écroulés,
Ecarter  des rideaux  de fougères, s’extraire  des pièges de ronces, la progression est lente.
Personne n’a jalonné le terrain,  n’a semé de temps en temps  des cailloux blancs, qui guideraient les pas.
Celui-ci et le suivant. La distance ( dont on ne peut dire  qu’elle  s’étire ), ne connaît pas la ligne  droite.
Le pied prend  appui sur ce qui n’est pas,  le terrain s’accidente et se heurte de temps à autre à des rochers instables,
suivis de pentes glissantes.

En attendant me voila progresser dans la fange, les mousses  cédant du terrain vers  l’humide.,sous les caquetages faciles
des oiseaux  exotiques, dont on ne distingue  qu’un passage  furtif,
La voûte de la forêt est une  explosion que l’on suppose verte,

Une  cloche végétale, fourmillant d’insectes, où chacun travaille  à sa survie.
Je dois  agiter  les  bras  en tous sens, pour tenter  d’échapper  aux moustiques, intéressés par ma présence insolite.
…en d’autres lieux  j’aurais pu croiser les corps écailleux  de reptiles en attente…

Mais ,             – je vois une  éclaircie  soudaine,                     un sillon clair partage la futaie….

j’ai  retrouvé  le  chemin.

RC –   7  octobre 2012

Ceiba_pentandra le kapokier fromager

 

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Que je complète  avec l’article  de Lambert Savigneux: visible dans  "les vents  de l’inspire "

 

ploie le temps ce qu’il en reste (remnants)

 

si l’ ours et l’humus des hêtraies

grise face de pierre polie et vingt sentiers  font une taïga d’hiver

vers une douce pas trop rude quand pas de plume

cree grogne ni rend shoshone



dans la huitième nuit blême bleue de loutre et mer

pluie que trois pour une soupe

j’outre

ni crire  ni rire même des crocs moins  que d’accrocs un  clos de cache à l’eau des brins d’ilots

mais ronger une branche sèche si bois sec l’eau crisse  fendue une coulée loir pousse de sève perce  dans le sens oblique

longue robe  libidinale

orignal ou nihil à ni male ni feu mêle ne leurre

et secoue s’en pour sang au  coude à coude comme si pioche mais  nickel dans les rockeuse bluese

une tête d’ourse s’entête à lever le paw à

l’émergence du soleil

car hiboux n’est pas putois ni castor une peau de daim affamée court pâmée

le poing levé au sol hérisse de poils pour luire

je dis  tranquillement s’ébrouer à la voix tachetée

 

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Joe Bousquet – chanson de route


photo Gwen Coyne

Il fait beau sur les chemins
Et les filles ont des ailes
Pour sauver jusqu’à demain
Ce qu’on ose attendre d’elles

Prenant lundi pour mardi
Comme un oiseau les éveille
La plus gentille s’est dit
Qu’il lui tardait d’être vieille

Nul amour n’aura chanté
Sans mourir de son murmure
Qu’on n’est plus d’avoir été
Le frisson de ce qui dure

Tout ce qu’on laisse en chemin
Se souvient avec ses ailes
Qu’à l’amour sans lendemain
Le cours de l’onde est fidèle

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Joe Bousquet

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Jorge Luis Borgès – Labyrinthe


 

photo: labyrinthe  de la cathédrale  d’ Amiens

 

 

LABYRINTHE

 

Il n’y a pas de porte. Tu y es
Et le château embrasse l’univers
Il ne contient ni avers ni revers
Ni mur extérieur ni centre secret.
N’attends pas de la rigueur du chemin
Qui, obstiné, bifurque dans un autre,
Qu’il ait une fin. De fer est ton destin
Comme ton juge. N’attends pas l’assaut
Du taureau qui est homme et dont, plurielle,
L’étrange forme est l’horreur du réseau
D’interminable pierre qui s’emmêle.
Il n’existe pas. N’attends rien. Ni cette
Bête au noir crépuscule qui te guette

-


Cesar Moro – Le monde illustre


photo – reportage auteur inconnu

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LE MONDE ILLUSTRE

Semblable à ta fenêtre qui n’existe pas
Comme une ombre de main sur un instrument fantasme
Semblable aux veines et au parcours intense de ton sang
Avec la même similitude avec la continuité précieuse que
M’assure idéalement ton existence
A une distance
A la distance
Malgré la distance
Avec ta face et ton visage
Et toute ta présence sans fermer les yeux
Et le paysage qui bourgeonne en ta présence quand la ville
N’était pas je ne pouvais être que le reflet inutile de ta présence d’hécatombe
Pour mieux mouiller les plumes des oiseaux
Cette pluie tombe de très haut
Et m’enferme dans toi moi seulement
Dans et loin de toi
Comme un chemin qui se perd sur un autre continent

EL MUNDO ILUSTRADO

Igual que tu ventana que no existe
Como una sombra de mano en un instrumento fantasma
Igual que las venas y el recorrido intenso de tu sangre
Con la misma igualdad con la continuidad preciosa que me
asegura idealmente tu existencia
A una distancia
A la distancia
A pesar de la distancia
Con tu frente y tu rostro
Y toda tu presencia sin cerrar los ojos
Y el paisaje que brota de tu presencia cuando la ciudad no
era no podía ser sino el reflejo inútil de tu presencia de hecatombe
Para mejor mojar las plumas de las aves
Cae esta lluvia de muy alto
Y me encierra dentro de ti a mí solo
Dentro y lejos de ti
Como un camino que se pierde en otro continente

Extrait de   " la tortuga ecuestre"

photo: auteur inconnu

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César Moro est né à Lima en 1903. Encore jeune, il décide d’immigrer (1924) en pensant vivre de ses peintures.
Il choisit la FRANCE, découvre le mouvement surréaliste et sa nouvelle vocation pour la poésie. C’est en français qu’il choisit d’écrire ses poèmes.
Après huit années passées et une participation active dans le groupe surréaliste 1928/1933, il retourne au Pérou où il se lie d’amitié avec E.A.WESTPHALEN avec lequel il partage ses idées, et font découvrir le surréalisme en Amérique Latine.
Il part au Mexique en 1938 où il retrouve ses amis parisiens. C’est la période la plus productive de sa vie et (l’exception confirmant la règle), il écrira cette fois-ci en espagnol: " La tortuga ecuestre ". De même, sous la direction d’André Breton, il organisera avec Wolfgang PAALEN, l’Exposition Internationale du Surréalisme en 1940 qui a lieu au Mexique

 

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La route tracée de pluie ( RC )


La route tracée de pluie

par Re Chab,

Ta  route est tracée  de pluie  et de soleil

Les ombres s’y allongent et s’y diluent

Dans une  perspective  incertaine

Les allers et retours, et croisées de chemin

Offrent en raccourcis  leurs ornières et leurs dos d’âne

Les reflets des orages dans les flaques

Et celui de ta vie, qui mène comme elle l’entend

Son petit bonhomme  de chemin

Et croise souvent le mien.

C’est à croire que la carte  est écrite,

Qu’il est des rencontres fortuites,

Ou presque,      qui nous retrouveront à l’abri

Aux petits bars de la côte, les odeurs de soupe

de chou-fleur et les fish ‘n chips,

Alors que la mer s’est  suspendue,

Un instant de repos en paysage

Et la lumière au fond de toi

Qui me guide souvent, d’entre les nuages…

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18 juin 2012

 

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auquel de nouveau Lutin fait écho avec

C’est douloureux et tendre à la fois
la route tracée de pluie
le silence des corps interdits
pliant leur ombre en désespoir

Comme il est doux de traverser les lieux solitaires
dans le dos des marches
descendre le long fil de l’oubli
refusant de dormir
le soir tendu comme l’orage

Il manque la longévité des heures
cogne le cœur
un jour le ciel s’arrêtera de pleurer
creusant la mer de sel
aux couleurs d’un champ de neige

Entre-temps les cheveux poussent
fleurs aquatiques dans les flaques d’eau
la mort n’éteint pas les lumières
glissent nos yeux dedans
les mains retenues

lutine – 19-06-2012

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Gertrud Kolmar – Des tourments se dressent sur mon chemin


 

penture: Chaïm Soutine – vue de Céret

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je le sais

des tourments se dressent sur mon chemin que je dois prendre

la détresse se dresse sur le chemin que je dois prendre

la mort se dresse sur le chemin que je dois prendre

des plaintes se dressent sur le chemin que je dois prendre

et chaque borne kilométrique a des langues

et tous les petits cailloux crient

crient la douleur – là où une jeune fille sombre en râles,

en fuite, abandonnée, fatiguée et malade,

la détresse se dresse sur le chemin que je dois prendre

la mort se dresse sur le chemin que je dois prendre

et je leur crie dessus !

fille folle dans la honte et la douleur :

des milliers passent devant moi

des milliers viennent vers moi.

Je serai la cent millième

mes lèvres sur une bouche étrangère ;

et meurt une femme comme un chien galeux -

cela te fait-il peur ? non.

mon cœur bat dans une poitrine étrangère

rie mon œil, car tu devras pleurer

et tu ne pleures pas tout seul

la détresse se dresse sur le chemin que je dois prendre

la mort se dresse sur le chemin que je dois prendre

chagrin et plainte, gris tourment ;

tout cela je le sais

et pourtant j’avance sur le chemin.

 

 

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("Gedichte 1917" enthalten in "Frühe Gedichte" 1917-22) traduction personnelle

Gertrud Kolmar

 

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Zeno Bianu – danseurs de paradis


 

Art – Gilbert & George

 

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DANSEURS DE PARADIS

jusqu’à la fin des temps
et plus loin encore
dans tout ce bleu
qui n’est que toi
jusqu’à la fin des mondes
et plus loin encore
bien plus loin
sans jamais rien comprendre
dans tout ce bleu
qui n’est que toi
je remonte
vers la source
des hommes-questions
vers tous ceux
qui interrogent
la source sans source
je remonte
vers l’intérieur de tout
mille astres noirs
au fond de mes poches
je me mets lentement au jour
cette force de l’éden
de coeur en coeur
de lèvre en lèvre
de vie en vie
l’univers tout entier
suspendu
au visage d’une femme
je mets du baume
au monde
je marche l’immensité
je glisse et je reglisse
le long des désolations
je remonte
vers les cendres fertiles
au jour le jour
a la nuit la nuit
j’écoute sans relâche
cette voix qui, parle en moi
je l’écoute
aimanté par l’impossible
aimanté
par le fond des mondes
ou je dérive
vers la nuit de la nuit
je m’abandonne
aux avant-postes
de grands effondrements
je remonte
en fièvre pétrifiée
en étincelante déploration
mon âge se compte
en milliers d’étoiles
dans tout ce bleu
qui n’est que toi
j’accueille le jamais plus
comme si l’inquiétude
na pouvait plus neiger en moi
dans tout ce bleu
qui n’est que toi
comme au premier jour
et les villes basculent
et les fleuves rebroussent
chemin
dans la profondeur
des profondeurs
la sève circule
chez les danseurs de paradis;

ZENO BIANU dans "N4728 N°12


Danilo Kis – le château illuminé de soleil


art: bijou celtique

LE CHÂTEAU ILLUMINÉ DE SOLEIL

Mandarine, la plus belle vache du village, s’est perdue.
Et lui, il doit la retrouver à tout prix, quitte à la chercher toute
la nuit. Monsieur Molnàr ne lui pardonnerait pas :
Mandarine est la meilleure vache de monsieur Molnàr. C’est pour ça
qu’il va devoir fouiller tout le bois, et même plus loin s’il le
faut. Il demandera à Virâg de prendre avec ses vaches celles
de monsieur Molnàr et de lui dire : « Mandarine s’est perdue.
On dirait qu’elle s’est envolée. » Et de lui dire aussi : « Andi
demande à monsieur Molnàr de ne pas se fâcher contre lui. Il
fera tout pour retrouver Mandarine, car il sait que Mandarine
est pleine et que c’est la meilleure vache du village. Mais
voilà, on dirait qu’elle s’est envolée. » Et de lui dire enfin :

« Andi vous fait dire que s’il ne retrouve pas Mandarine d’ici
demain matin, qu’on ne l’attende pas. Il s’en ira au bout du
monde, il ne reviendra plus jamais au village. Que monsieur
Molnàr ne se fâche pas. » Et qu’on dise à sa mère, madame
Sâm, de ne pas pleurer. « Andi est parti au bout du monde
parce qu’il a perdu Mandarine. » Mais qu’on le lui dise avec
précaution, autrement.sa mère pourrait mourir, sous le coup.
Il vaut donc mieux qu’on lui dise seulement : « Andi a perdu
Mandarine. Il ne reviendra pas avant de l’avoir retrouvée. »
Oui, c’est ce qu’il dira à Virâg. Lui, il a toujours aidé Viràg
quand il perdait une vache.

Mais qu’est-ce qu’il dira à monsieur Molnàr s’il retrouve
Mandarine et qu’il la ramène très tard, en pleine nuit,
comme la dernière fois? Il lui expliquera que Mandarine
broutait tout près des autres vaches, et que, tout à coup, elle
a disparu, comme si elle s’était envolée.

« C’est comme ça que tu gardes les vaches ? » lui dira
monsieur Molnàr. « Dis, c’est comme ça que tu gardes les
vaches ? Qu’est-ce que tu fabriques dans le bois, hein ? »

« Rien, monsieur Molnàr », répondra-t-il. « Je sais que
Mandarine est pleine et je ne la laisse pas s’éloigner des
autres vaches. Mais, voilà, on dirait qu’elle s’est envolée. »
C’est ce qu’il lui dira s’il la retrouve.

À cet instant, l’enfant crut entendre des branches craquer dans les fourrés et il s’arrêta, essoufflé.
« Mandarine ! Mandarine ! »
II tendit l’oreille en retenant sa respiration.
Il entendit au loin la trompe d’un berger. Il se rendit compte que

l’obscurité avait envahi la forêt et que bientôt il ne pourrait plus distinguer le chemin.

«Dingo, dit l’enfant, où est Mandarine? Dis, où est
Mandarine ? »

Le chien se tenait devant lui et le regardait, attentif.
« Dingo, qu’est-ce qu’on va faire? » dit l’enfant.
Pendant qu’il parlait au chien, il le regardait droit dans les yeux et le chien le comprenait. Il remua la queue et gémit en inclinant la tête.

« Si on ne retrouve pas bientôt Mandarine, on ne rentrera pas chez monsieur

Molnàr », continua l’enfant pour le chien qui courait devant lui en gémissant.

Ils suivaient un sentier étroit et broussailleux en direction du Chêne Royal.

« Et tu viendras avec moi, dit l’enfant. Monsieur Berki ne
se fâchera pas trop, si je t’emmène. Il sait que tu es avec moi
et que tu ne manqueras de rien. Imagine un peu que tu
m’abandonnes! Imagine qu’un beau jour tu rentres au
village et que tu aboies devant la maison. Ils diraient tous :

" Visiblement, Andi ne reviendra plus. " Bien sûr, ils ne le
diraient pas tout fort, devant maman et Anna. Mais ils le
penseraient tous, si un jour tu revenais seul au village. »
Le chien s’arrêta et flaira quelque chose.

« Mon Dieu, dit l’enfant, aidez-moi à retrouver Mandarine. »

Dingo gémit et l’enfant comprit qu’il s’agissait d’une piste
de lièvre ou d’une tanière de renard. Il pouvait à peine distinguer le chien qui traversait les fourrés en gémissant.

« C’est pour ça qu’on va partir ensemble, toi et moi. Car imagine que tu reviennes seul :

maman et Anna, monsieur Berki et tous les autres sont devant toi et ils te demandent
avec un air de reproche : " Dingo, où est Andi ? " Maman
verrait tout de suite à ta tête que je suis mort et elle
s’effondrerait, tandis qu’Anna s’arracherait les cheveux.
Monsieur Berki, notre cousin, les consolerait en disant :

" Mais enfin, madame Sâm, ne soyez pas ridicule. Qui vous
dit, réfléchissez un peu, qu’il est arrivé un malheur à Andi ?
Dingo est revenu tout simplement parce qu’il a faim ou parce
que Andi l’a chassé. " C’est ce que dirait monsieur Berki, sans
se fâcher, car il serait lui-même persuadé que je suis mort, ou
que j’ai été capturé par des bandits de grand chemin, ou
que les loups m’ont dévoré, ou encore que je suis prisonnier
de la fée des bois. Mais il ferait semblant de ne pas penser à
tout cela à cause de ma mère et d’Anna… Mais, au fond,
qu’est-ce qu’il penserait de toi, hein ? Devant tout le monde,
il ne te dirait rien, mais une fois seul avec toi, il te regarderait
avec mépris, peut-être même qu’il te cracherait au museau
pour m’avoir abandonné. Je sais bien que tu n’oserais jamais
le faire, mais j’en parle, comme ça. Tu te souviens de ce livre,
L’homme, le cheval, le chien, que j’ai lu l’automne dernier ? Tu
te souviens sûrement, je le lisais pendant qu’on gardait les
vaches le long de la Voie Romaine. Après, je l’ai raconté à
tout le monde, à Virâg, et à Latsi Tôt, et à Bêla Hermann, à
tout le monde. Eh bien, tu te souviens comme ils étaient
fidèles les uns aux autres ; rappelle-toi. Le Far West tout
entier ne pouvait rien contre eux… Et si les loups nous
attaquaient ? Tu peux tenir tête au moins à deux loups, non ?
Et moi ? A ton avis, combien de loups peuvent abattre Andi et
Dingo s’ils restent tous les deux dans la forêt ? Et si on est
capturé par des bandits de grand chemin ? Tu me déferas
mes liens pendant leur sommeil. Après, ce sera facile. Ils
seront endormis, et moi, j’attraperai un pistolet. Non, deux
pistolets. Un dans chaque main. Tu crois que je ne sais pas
tirer? Tu n’en doutes pas, j’espère. Et après, on les conduira
à la police. Tout le monde sera bien étonné et on nous
interrogera longuement. Puis ils feront venir maman et
madame Rigô, la maîtresse. Maman aura très peur, car

lorsqu’on l’appellera à la police, elle pensera qu’on m’a
retrouvé mort ou que j’ai commis un crime horrible. Mais ils
la féliciteront et ils lui diront que j’ai arrêté les brigands les
plus dangereux et les plus cruels, contre qui on avait lancé un
mandat d’arrêt, sans pouvoir les capturer depuis des années.
Puis ils lui donneront la récompense. Une énorme somme
d’argent. Il faudrait des jours et des jours pour la compter.
Mais une telle somme, on ne la donne pas aux enfants, même
s’ils ont désarmé les plus dangereux bandits de grand
chemin. Madame Rigô sera là pour compter l’argent, et
pour qu’on lui explique que, d’après la loi, elle doit rayer
toutes mes absences. Et le lendemain, à l’école, elle dira :

" Andi, lève-toi. " Latsi et Virâg croiront que la maîtresse va
me demander d’aller chercher au jardin les verges pour me
battre. Mais au lieu de cela, elle dira : " Mes enfants, Andréas
Sâm, élève de notre école, a capturé la plus dangereuse
bande de brigands. " Bien sûr, elle dira qu’il a été aidé par
son chien, appelé Dingo. Et Julia Szabô pleurera d’émotion,
à l’idée de ce qui aurait pu m’arriver. »

II parlait tout haut. Hormis le chien, personne ne pouvait
l’entendre. Il faisait déjà sombre dans la forêt, seul au-dessus
des hautes branches apparaissait le ciel bleu nuit. L’enfant,
derrière le chien, traversait les fourrés, protégeant son visage
de ses mains. De ses pieds nus, il foulait la mousse et les
feuilles mortes, écrasant au passage le bois sec qui craquait
sous ses pas. II parlait tout haut, car la forêt s’était mise à
frémir de mille rumeurs et l’enfant avait l’impression d’être
à jamais perdu. Il n’entendait plus nulle part la voix des
bergers, les meuglements lointains des vaches s’étaient tus
depuis longtemps. Maintenant, Viràg avait sûrement rentré
les vaches de monsieur Molnàr et il lui avait probablement
raconté ce qui lui était passé par la tête, car ils n’avaient pas
eu le temps de se mettre d’accord. Il lui aura sûrement
raconté le pire, le traître. Comme il l’avait trahi l’année
passée, lorsque lui, Andi, avait monté Chocolatine. Monsieur
Molnàr l’avait su et il l’avait menacé de le renvoyer.

Ce Virâg aurait sûrement la bonne idée de tout raconter : qu’ils
gardaient les vaches dans le Bois du Comte, qu’ils avaient
fait un feu et que lui, Andi, leur avait raconté à tous Le
Capitaine de la Cloche d’Argent. Ensuite, lorsqu’ils avaient

voulu rassembler les vaches, car le soleil commençait à
descendre et les bergers de Baksa et de Csesztreg étaient déjà
rentrés, Andi avait remarqué qu’il manquait Mandarine. Et
maintenant monsieur Molnàr allait sûrement demander à
Virâg depuis combien de temps Andi n’avait pas regardé où
étaient les vaches. Et ce balourd de Virâg, ce Tsigane, il était
capable de lui raconter comment ce jour-là ils s’étaient mis
d’accord, Bêla Hermann, dit « B », et lui, Andi, pour que
« B » lui garde ses vaches, ou plutôt celles de monsieur
Molnàr : ainsi Andi pourrait terminer Le Capitaine de la
Cloche d’Argent et le leur raconter. Et voilà, Virâg allait tout
dévoiler. Quand « B » lui avait dit qu’il avait perdu Mandarine,

Andi s’était contenté d’envoyer le chien à sa recherche et avait continué sa lecture là où il l’avait arrêtée : au moment où la Métisse entrait dans la cabine du bateau et déclarait à
Alexandre Hywenth qu’elle allait s’empoisonner, par jalousie. Elle tenait une petite pilule blanche au creux de la main et ses yeux brillaient de l’éclat de la mer Caspienne…

« Et qu’est-ce qu’on ferait », dit l’enfant tout haut, en
s’adressant au chien dont il suivait les gémissements presque
à l’aveuglette, « qu’est-ce qu’on ferait si la fée des bois nous
ensorcelait ? Tu vois, c’est bien que tu sois avec moi. D’après
ce que je sais, ni les fées des bois ni les sorcières n’ont le
pouvoir d’ensorceler les chiens. Aussi, dès qu’on apercevra le
château, tu resteras en arrière, pour observer ce qui se passe.
Ne t’étonne pas, nous pouvons tomber d’un instant à l’autre
sur ce château. Mais surtout, n’aie pas peur. Si c’est un beau
château ancien, comme celui du Comte, derrière le Chêne
Royal, et s’il est illuminé, ce sera le château de la fée des bois.
Tu penses que je vais m’enfuir? Pas du tout. Peut-être que
c est elle qui a emmené Mandarine pour que je vienne la
chercher et que je tombe dans ses filets. Lorsque je l’apercevrai,

je ferai semblant de ne pas savoir que c’est la fée des
bois. Je lui dirai simplement bonjour, poliment, et je lui
demanderai : " Mademoiselle n’aurait-elle pas aperçu une
vache pleine, couleur de mandarine ?" Ce à quoi, ne t’étonne
pas, elle se contentera de sourire, pour me séduire. Puis elle
s éloignera vers le château, comme si elle était intimidée. Tu
sais comment je la reconnaîtrai sans faute ? Elle sera tout en
blanc, comme vêtue de soie, ou plutôt de quelque chose d’encore plus léger et plus transparent. Car les fées sont toujours habillées en blanc. Je ferai comme si je ne remarquais rien,

je la remercierai bien et je continuerai mon
chemin, si je le peux. Si je me réveille, ce n’était qu’un rêve.
Si je ne me réveille pas et si je ne peux pas m’en aller, cela
veut dire que je suis ensorcelé. Je resterai alors chez elle
quelque temps, et il ne faudra pas te fâcher. Tu rentreras au
village et tu essayeras d’expliquer à ma mère et à monsieur
Berki que je ne suis pas mort — qu’une fée m’a ensorcelé.
Qu’ils ne s’inquiètent pas. Je resterai là-bas une année, peut-
être deux. Et tu sais, Dingo, c’est très dangereux. On y risque
sa tête. Personne n’en est jamais revenu. Ou bien parce qu’ils
s’y plaisaient tellement qu’ils avaient effacé tout autre
souvenir de leur mémoire, ou bien parce qu’ils ont été
châtiés. Mais moi, je m’enfuirai. Je suis malin. Je ne sais pas
encore comment, mais je m’enfuirai. À cause de maman. Elle
saura que je ne suis pas mort, et elle m’attendra. Mais toi,
Dingo, surtout n’aie pas peur quand tu verras le château tout
illuminé. »

II fit soudain plus clair. Devant eux, la forêt semblait

embrasée par un incendie. L’enfant et le chien s’arrêtèrent
un instant.

« On a retrouvé ta Mandarine, dit Viràg. Ce sont les
bergers de Baksa qui l’ont ramenée. Ils l’ont reconnue. »

Au milieu de la clairière, dans l’éclat du couchant, se tenait
Mandarine, écarlate comme une cerise.

« C’est la plus belle vache du village, dit l’enfant, c’est pour
ça qu’ils l’ont reconnue. »

II regretta tout à coup qu’on ait retrouvé la vache. Il pensa
que Viràg pourrait quand même tout raconter à monsieur
Molnàr. Et lui, il serait peut-être resté dans le château trois
années entières.


Christine Clairmont – le pays


peinture: Jacques Hemery: "Approche des lieux" Gouache  La Ciotat  1996

Le pays que je préfère
Est à l’intérieur de moi
La montagne des chimères
Plantée d’arbres à pourquoi.

Il faut tracer un chemin
Dans un bois impénétrable
Sous l’écorce du destin
Chercher le sens de la fable.

Trouver l’harmonie du Temps
Dans les branches du mélèze
Pour que la peine d’antan
Au vif du printemps se taise.

Découvrir sous la fougère
La pervenche aux yeux d’enfant
Qui dans le feu de la guerre
Gardait son contentement.

Aboutir dans la clairière
Où dort l’étang du futur
Tandis que la pensée mère
Monte sans frein vers l’Azur.

Christine Clairmont. "Sur un air d’éternité" 1986

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Franck Venaille – J’avais mal à vivre


photo national geographic.. Andre Penner     2008 .         enfant proche de Altamira, Brésil

J’avais
mal à vivre
ô
que j’eus peine
à trouver mon chemin
parmi
ronces et broussailles
tous ces fruits rouges que je
cueillais
avec élégance
avant
de leur confier
écrasé dans ma paume
mon
désespoir d’enfant.

Frank Venaille

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Ahmed Mehaoudi – Où ira le soir ?


Ahmed Mehaoudi, poète algérien – dont  j‘avais déjà publié " A ce désert", est l’auteur  d’autres  productions  intéressantes  qu’il nous donne à lire  et dont je fais l’écho ici  de  son "où ira le soir"

 

création perso info -

 

où ira ce soir

d’avoir si peu appris à comprendre les départs

de ces nids autrefois silencieux à la saison de paix

si peu vu dans le ciel ces éclairs de feu attendrir tes yeux

comme chercher dans les rêves l’insensé désir de se réveiller

où iras-tu ce soir

d’avoir déjà perdu le fil du chemin

la porte par où entre ton bonheur

si peu écouter que la nuit est parti loin

et toi

dors à l’endroit où ce soir tu apprendras

à regarder le jour

là se fait les mots …

 

repro: Edward Munch

 

 

 

 

 

 

 

 

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Paul Celan : Cologne (adaptation de) – Ahmed Bengriche


A visiter ce site foisonnant de textes, d’auteurs  très intéressants  dont Ahmed Bengriche  se fait l’écho,  ainsi  que des adaptations personnelles, dont  voici l’une  d’entre  elle  prise  "au hasard", mais j’y ai tout de suite perçu une  sensibilité  de haute volée…

intérieur cathédrale de Cologne

Cologne

 

Temps du cœur, ils sont debout

les rêvés

pour les chiffres de minuit.

 

un peu parla dans le silence immobile, un peu se tut

un peu alla son chemin.

Banni et perdu

étaient chez eux.

 

Vous cathédrales.

Vous cathédrales, pas vu

vous fleuves, pas entendu

vos horloges si profondes en nous.

Lit de neige

 

Yeux, aveugles au monde, dans la faille du mourir : je viens,

pousse rude au cœur.

je viens.

 

Mur de l’abrupt, miroir de la lune. En bas.

(Lueur tachée de souffle. Sang strié.

Âme nuageuse qui encore une fois est proche d’une figure.

Ombre des dix doigts-enserrés)

 

Yeux, aveugles au monde

yeux dans la faille du mourir,

Yeux, yeux ;

Le lit de neige sous nous deux, le lit de neige.

 

Cristal sur cristal,

au temps profond emprisonné, nous tombons,

nous tombons et gisons et tombons,

et tombons :

 

Nous fûmes, nous sommes.

Nous sommes une chair avec la nuit,

à la lisière, à la lisière.

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photo Elaine V – passant devant les "boîtes" ( installation Chr Boltanski )

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Dessin – enfances d’écriture (RC)


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L’enfance du dessin ,          – et l’écriture est un parcours, , vagabonde,

Figures  et boucles, calligraphie orientée

Plaines et déliées…

La plume indique son chemin à l’encre, portée par le geste..

Et sur la page vierge, les signes qui s’y déposent

Son autant de traces  d’intentions, qui attendent.

Attendent, l’attention du lecteur

Cy Twombly   -  Apollon

Celui qui écrit  est un homme perdu dans une épaisse forêt blanche,

qui, avec le mouvement  de sa main, , se fraye un chemin à travers la densité du vide.

S’extrayant de l’anonymat   – le fil conducteur de la trace  d’encre,

C’est un tracé  ténu , une  voix d’encre  posée ,

où les lettres vagabondent et sautillent…

Gouttes tombées, pluie de lettres, embrouillamini des majuscules , ratures  et gommages, c’est sur la plage de papier que dansent  les mots et intentions.

calligramme Hendrix  ( hey Joe)

On pourrait les imaginer,  avoir leur propre vie, être prolixes en variations,  se lire dans des orientations aléatoires, comme fantaisistes…  – ou se modifier  la nuit  tombée  en d’autres  assemblages.

Ainsi je me rappelle, ma fille, petite, – comme une jeune  actrice – imitant l’attitude  du lecteur, mais prenant le journal à l’envers.

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L’écriture  est vagabonde,   la lecture  a son sens, qui parfois  échappe  à celui qui…

l’écriture s’invente de nouveaux chemins….

Le pinceau du chinois, a soudain changé  sa courbe,  aplatie et grasse, le noir est devenu ténu aérien, puis s’évapore…  Le net est devenu question, et l’encre – peut-être  sympathique -  a nargué le visible…

L’écriture reste au dessin, la fille         – et le dessein.

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RC  8 mai 2012

 

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Que  je complète  avec  Claude Chambard ,avec  " Cet être devant soi "

 

 

 

Le crayon est le chemin par lequel je peux parcourir le monde. Il me faut y arriver vivant. Ce n’est pas une mince affaire. J’ai toujours pensé que, dans le livre, le monde ne pouvait être vu qu’à hauteur d’enfance. L’écriture commence & prend fin dans une classe de cours préparatoire, pour toute la vie & pour tous les livres, dans toutes les bibliothèques. De même la lecture. Manipulations, transgressions, interprétations, variations —— archaïques. Encre violette & papier réglé à grandes marges, encrier en porcelaine, plumes Sergent-Major, buvards publicitaires… Apprendre à dessiner — les caractères — apprendre à dessiner — les traits portraits &c. — lisibilité, blanc, équilibre, approche, chasse, ce qu’on ne voit pas permet ce que l’on perçoit — comme on oublie la ponctuation lorsqu’elle est juste, lorsqu’elle va de soi la lecture va de soi — l’écriture jamais. Ton corps est dans le livre, personne ne le voit, même pas moi, mais je le reconnais, aussi les oiseaux dans le ciel & le corps des écrivains dans leur écriture.

pour Pascal Quignard

 

Claude Chambard, extrait de Cet être devant soi , Æncrages & cie, 2012.

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Marc Le Gros – un coup de hache dans la résine têtue de l’enfance


la neige blanche a mangé la pomme - photo du net transformée par mes soins

Les  "notes  de lecture"  de Jacques Josse, nous font parvenir des extraits  qui "sonnent" poétiquement corrects ( si on peut dire..).

Ici,  le compte rendu d’un ouvrage  de Marc Le Gros "la main de neige"

« Le temps n’est rien, un coup de hache, parfois,
Dans la résine têtue de l’enfance,
Des remontées d’odeurs
Un peu de soleil sur la peau,
Un chemin creux. »
—-
« En général on s’arrange
Pour mourir un peu chaque jour,
C’est toujours ça de pris. »
—-
The time is nothing, an ax blow,, sometimes,
In the resin obstinated of  childness,
Upwelling of smells
A little sunshine on the skin,
A sunken lane. "
-
"Usually one manages
To die a little,  every day,
It is always little bit counts.
-