Robert Piccamiglio – la petite forêt à crédit

peinture: Camille Pissarro ; la route de Louveciennes 1871
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LA PETITE FORET A CREDIT
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j’avais acheté
une forêt entière
à crédit
une petite forêt
avec seulement un seul chemin
pour la traverser
je croyais
que les arbres
ça parlait mieux
que les hommes
parce que moi
je n’avais personne
à qui parler
je me suis appuyé
contre eux
en posant ma tête
contre leurs troncs
rien
pas un seul de ces arbres
ne répondait
entre eux
ils devaient bien se parler
se dire des trucs
d’hommes ou d’arbres
avec moi
rien ne sortait
Alors j’ai acheté
une tronçonneuse
j’ai coupé tous les arbres
barré le chemin
regardé le ciel
une dernière fois
et j’ai posé la lame
contre ma gorge
extrait de "le jour, la nuit, ou le contraire"
ed Jacques Bremond
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Les horizons encore, derrière (RC)

peinture: Erich Heckel: chevaux blancs 1912
Il y a tant d’horizons encore, derrière la tombe du silence,
Tu peux partir blessée, à déchirer la lune
Et l’image de l’aimé,
T’enfoncer dans les ornières, et t’égarer en chemin
Les oiseaux de passage, – ils ne te prennent pas ta voix,
Mais de la leur, te montrent, au petit matin,
Le jour naissant, dans ses habits de rosée,
Et la voie, un chemin ténu
Qui finit bien, un jour
Par sortir de l’hiver
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RC – 30 avril 2013
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Colette Peignot (Laure ) – d’où viens-tu ?

peinture – Ferdinand Hodler Dents-du-Midi- dans les nuages (Jungfrau )
D’où viens-tu avec ton cœur
déchiré aux ronces du chemin.
Les mains calleuses de casseur de pierre
et ta tête gonflée comme une
outre piquée ?
.
Nous sommes ceux qui crient dans le désert
qui hurlent à la lune.
.
Je le sens bien maintenant : « mon devoir m’est remis. » Mais
lequel exactement ?
C’est parfois si lourd et si dur que je voudrais courir dans la
Campagne.
Nager dans la rivière
oublier tout ce qui fut, oublier l’enfance sordide et timorée.
Le vendredi saint, le mercredi des cendres.
l’enfance toute endeuillée à odeur de crêpe et de naphtaline
L’adolescence hâve et tourmentée.
Les mains d’anémiée.
Oublier le sublime et l’infâme
Les gestes hiératiques
Les grimaces démoniaques.
Oublier
Tout élan falsifié
Tout espoir étouffé
Ce goût de cendre
Oublier qu’à vouloir tout
on ne peut rien
Vivre enfin
« Ni tourmentante
Ni tourmentée »
Remonter le cours des fleuves
Retrouver les sources des montagnes
les femmes les vrais hommes travailleurs
qui enfantent
moissonnant
M’étendre dans les prairies
Quitter ce climat
Ses dunes, ses landes sablonneuses, cette grisaille et
ses déserts artificiels,
Ce désespoir dont on fait vertu,
Ce désespoir qui se boit
se sirote à la terrasse des cafés
s’édite… et ne demanderait qu’à nourrir très bien son homme
Vivre enfin
Sans s’accuser
ni se justifier
Victime
ou coupable
comment dire ?
Un tremblement de terre m’a dévastée
.
On t’a mordu l’âme
Enfant !
Et ces cris et ces plaintes
Et cette faiblesse native
Oui –
Et s’ils ont vu mes larmes
Que ma tête s’enfonce
jusqu’à toucher
le bois
et la terre
LAURE (Colette Peignot)

photographie - Garry Winogrand - El Morocco, 1955
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Jean-Marie Kerwich – le chiffonnier des mots
- montage perso à partir de peintures
Le chiffonnier des mots
Je n’écrirai plus. Je réapprendrai à ne pas savoir écrire. Cette vie d’écriture ne fait pas partie de ma condition de nomade. Je ne suis pas fait pour la littérature. Je suis de la race des arbres, je crie avec le tonnerre quand il s’annonce. Je ne suis qu’un vagabond, un chiffonnier des mots qui ramasse des pensées enguenillées au bord du chemin de son âme. C’étaient les fleurs sauvages, les feuilles mortes, la pluie, le vent, les ronces et les arbres qui me demandaient de parler de leur vie. C’était une décision divine. Quand je rallumais mon feu de bois et me promenais dans des sentiers inconnus j’avais enfin appris à lire et à écrire. L’écriture était la roulotte où je vivais, mes poèmes étaient mes chevaux, mes pensées mes petites gitanes. Mais maintenant je dois retrouver ma vie nomade. Il est temps d’atteler mon coeur et de partir.
auteur découvert grâce au blog littéraire d’oceania…
Sylvie Fabre G – Corps subtil
Qui jugera du chemin ? Ton corps respire, une haleine l’entoure, l’autre est ce passant venu des lointains, retournant aux lointains.
Tu dois consentir, fraction du monde, multiplication des années et des êtres.
Quelle luminosité as-tu un jour connue pour ombrer la rencontre ? Tu te retournes, les traces sont là, derrière, devant, elles te précèdent toujours. Tu sens le sceau de lassitude, tes jambes tremblent quand la peur pose son caillou dans le ventre – étalon or. Sur son autel, une main presse l’attente. La parole reflue quand, jeté en pâture, solitaire, le corps s’étiole, les lèvres se pincent, il n’y a plus de pulpe autour des mots.
Qui jugera du chemin ? Les voies de l’incarnation ont mille possibles, nous empruntons toujours l’unique, impossible.
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Sylvie Fabre G., corps subtil - Editions L’Escampette, février 2009
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( Un texte que je dédie particulièrement à Arthemisia )
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Que deviendront tes yeux ? ( RC )
Que deviendront tes yeux
Quand le regard s’effacera
Et se pointera au-delà de moi ?
Tu y seras diffférente
Tu l’es déjà, à penser te trouver
Dans un présent qui t’a échappé,
Jusqu’à présent à la merci d’un chemin
Où tu n’as pas trouvé ta voie,
….. Et tu marches illuminée
Vers une étoile brillant pour toi
Seule, et indifférente aux autres
Et qui se joue de ta transe
Au delà des vallées, des rocs
Et des plaines, vers de sombres forêts
Où, justement, tu la perdras.
RC - 12 janvier 2013
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Soir et l’échelle du soleil (RC )

objet-sculpture - Echelle "perspectivée" Martin Puryear Pa- Neh
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Ici, les temps s’ouvrent
Le chemin vrille et passe
Le côté verglacé,
Pour emprunter l’échelle du soleil
Les cascades de glace
Ont abandonné la place
Et la vallée, sitôt le col franchi
S’ouvre comme une main
Où la vie est encore possible,
Quittant l’étroit des ombres,
Pour de blanches robes
Où se découpent à peine
Sur la pente,
Quatre silhouettes blanches aussi,
De chevaux immobiles…..
> Seule leur ombre les désigne.
L’espace suit le cours du soir
Qui rebondit sur les crêtes;
La vie se poursuit plus bas,… et de l’aval
Les vapeurs remontent, – et se prélassent.
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RC - 7 décembre 2012
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Edith Södergran – grimace d’artiste
provenance "la pierre et le sel"
Grimace d’artiste
Je n’ai rien d’autre que mon mantelet brillant,
Ma rouge hardiesse.
Ma rouge hardiesse sort à l’aventure
Dans un pays sordide.
Je n’ai rien d’autre que ma lyre sous le bras,
Les rudes accords de ma lyre ;
Ma rude lyre sonne pour bêtes et gens
sur le grand chemin.
Je n’ai rien d’autre que ma couronne altière,
Ma fierté croissante.
Ma fierté croissante prend la lyre sous son bras
Et tire sa révérence.
(1917)
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In Poèmescomplets,Lalyredeseptembre,© Pierre Jean Oswald, 1973, traduits par Régis Boyer
Le Petit Prince, et la musique du monde ( RC )

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C’est, extrait du livre de l’enfance,
Le Petit Prince, qui met le pied
Sur une frêle planète,
On y entend, si on écoute, une brise
Qui chante dans les arbres, la vie
loin de avions qui passent
Et la caresse chaude des jours de l’été.
Le Petit Prince progresse, il ne lui faut pas longtemps
Pour faire le tour de la terre, et passer le gué
Des îles aux continents, sans se mouiller les pieds.
Il s’interroge avec insistance, sur la forme des montagnes,
Le silence blanc des déserts, l’aventure des rivières
La succession des villes, et des maisons jouets
Sagement alignées, le long des routes,
Et les supermarchés,sont une grande attraction.
S’il veut dessiner des moutons, demander son chemin,
Il n’obtient pas de réponse, car on ne le comprend pas,
Déjà les hommes ne se comprennent pas d’une région à une autre
Et se barricadent chez eux, derrière des frontières,
Mais au-delà des murs on entend de la musique
Qui passe sans rien dire
Comme le vol des colombes
Sur la frêle planète
On entend, si on l’écoute,
Tout de l’amour, et des langages, sans paroles.
Elle ne disait rien, et finit par tout nous dire.
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RC- 18 octobre 2012
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Retrouver le chemin ( RC )

Même s’il fait jour, quelque part, c’est une fête nocturne
Un frôlement de gestes, des bonds discrets, et des yeux habitués à l’obscurité.
On a laissé au loin , le bruit et la fureur, le crépitement du soleil sur les chaumes
Pour la cathédrale de pénombre,
Où se glissent de temps à autre les bourdonnements têtus d’avions, bien au-delà.
Il faut s’habituer au rideau des bois, à la chevelure mouvante, qui ondule au moindre vent, et
… retrouver ses repères.
Quand tout se ressemble un peu, qu’il faut contourner les corps couchés d’ancêtres écroulés,
Ecarter des rideaux de fougères, s’extraire des pièges de ronces, la progression est lente.
Personne n’a jalonné le terrain, n’a semé de temps en temps des cailloux blancs, qui guideraient les pas.
Celui-ci et le suivant. La distance ( dont on ne peut dire qu’elle s’étire ), ne connaît pas la ligne droite.
Le pied prend appui sur ce qui n’est pas, le terrain s’accidente et se heurte de temps à autre à des rochers instables,
suivis de pentes glissantes.
En attendant me voila progresser dans la fange, les mousses cédant du terrain vers l’humide.,sous les caquetages faciles
des oiseaux exotiques, dont on ne distingue qu’un passage furtif,
La voûte de la forêt est une explosion que l’on suppose verte,
Une cloche végétale, fourmillant d’insectes, où chacun travaille à sa survie.
Je dois agiter les bras en tous sens, pour tenter d’échapper aux moustiques, intéressés par ma présence insolite.
…en d’autres lieux j’aurais pu croiser les corps écailleux de reptiles en attente…
Mais , – je vois une éclaircie soudaine, un sillon clair partage la futaie….
j’ai retrouvé le chemin.
RC – 7 octobre 2012
Ceiba_pentandra le kapokier fromager
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Que je complète avec l’article de Lambert Savigneux: visible dans "les vents de l’inspire "
ploie le temps ce qu’il en reste (remnants)
si l’ ours et l’humus des hêtraies
grise face de pierre polie et vingt sentiers font une taïga d’hiver
vers une douce pas trop rude quand pas de plume
cree grogne ni rend shoshone
dans la huitième nuit blême bleue de loutre et mer
pluie que trois pour une soupe
j’outre
ni crire ni rire même des crocs moins que d’accrocs un clos de cache à l’eau des brins d’ilots
mais ronger une branche sèche si bois sec l’eau crisse fendue une coulée loir pousse de sève perce dans le sens oblique
longue robe libidinale
orignal ou nihil à ni male ni feu mêle ne leurre
et secoue s’en pour sang au coude à coude comme si pioche mais nickel dans les rockeuse bluese
une tête d’ourse s’entête à lever le paw à
l’émergence du soleil
car hiboux n’est pas putois ni castor une peau de daim affamée court pâmée
le poing levé au sol hérisse de poils pour luire
je dis tranquillement s’ébrouer à la voix tachetée
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Joe Bousquet – chanson de route
Il fait beau sur les chemins
Et les filles ont des ailes
Pour sauver jusqu’à demain
Ce qu’on ose attendre d’elles
Prenant lundi pour mardi
Comme un oiseau les éveille
La plus gentille s’est dit
Qu’il lui tardait d’être vieille
Nul amour n’aura chanté
Sans mourir de son murmure
Qu’on n’est plus d’avoir été
Le frisson de ce qui dure
Tout ce qu’on laisse en chemin
Se souvient avec ses ailes
Qu’à l’amour sans lendemain
Le cours de l’onde est fidèle
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Joe Bousquet
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Jorge Luis Borgès – Labyrinthe
photo: labyrinthe de la cathédrale d’ Amiens
LABYRINTHE
Il n’y a pas de porte. Tu y es
Et le château embrasse l’univers
Il ne contient ni avers ni revers
Ni mur extérieur ni centre secret.
N’attends pas de la rigueur du chemin
Qui, obstiné, bifurque dans un autre,
Qu’il ait une fin. De fer est ton destin
Comme ton juge. N’attends pas l’assaut
Du taureau qui est homme et dont, plurielle,
L’étrange forme est l’horreur du réseau
D’interminable pierre qui s’emmêle.
Il n’existe pas. N’attends rien. Ni cette
Bête au noir crépuscule qui te guette
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Cesar Moro – Le monde illustre
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LE MONDE ILLUSTRE
Semblable à ta fenêtre qui n’existe pas
Comme une ombre de main sur un instrument fantasme
Semblable aux veines et au parcours intense de ton sang
Avec la même similitude avec la continuité précieuse que
M’assure idéalement ton existence
A une distance
A la distance
Malgré la distance
Avec ta face et ton visage
Et toute ta présence sans fermer les yeux
Et le paysage qui bourgeonne en ta présence quand la ville
N’était pas je ne pouvais être que le reflet inutile de ta présence d’hécatombe
Pour mieux mouiller les plumes des oiseaux
Cette pluie tombe de très haut
Et m’enferme dans toi moi seulement
Dans et loin de toi
Comme un chemin qui se perd sur un autre continent
EL MUNDO ILUSTRADO
Igual que tu ventana que no existe
Como una sombra de mano en un instrumento fantasma
Igual que las venas y el recorrido intenso de tu sangre
Con la misma igualdad con la continuidad preciosa que me
asegura idealmente tu existencia
A una distancia
A la distancia
A pesar de la distancia
Con tu frente y tu rostro
Y toda tu presencia sin cerrar los ojos
Y el paisaje que brota de tu presencia cuando la ciudad no
era no podía ser sino el reflejo inútil de tu presencia de hecatombe
Para mejor mojar las plumas de las aves
Cae esta lluvia de muy alto
Y me encierra dentro de ti a mí solo
Dentro y lejos de ti
Como un camino que se pierde en otro continente
Extrait de " la tortuga ecuestre"
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César Moro est né à Lima en 1903. Encore jeune, il décide d’immigrer (1924) en pensant vivre de ses peintures.
Il choisit la FRANCE, découvre le mouvement surréaliste et sa nouvelle vocation pour la poésie. C’est en français qu’il choisit d’écrire ses poèmes.
Après huit années passées et une participation active dans le groupe surréaliste 1928/1933, il retourne au Pérou où il se lie d’amitié avec E.A.WESTPHALEN avec lequel il partage ses idées, et font découvrir le surréalisme en Amérique Latine.
Il part au Mexique en 1938 où il retrouve ses amis parisiens. C’est la période la plus productive de sa vie et (l’exception confirmant la règle), il écrira cette fois-ci en espagnol: " La tortuga ecuestre ". De même, sous la direction d’André Breton, il organisera avec Wolfgang PAALEN, l’Exposition Internationale du Surréalisme en 1940 qui a lieu au Mexique
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La route tracée de pluie ( RC )
La route tracée de pluie
Ta route est tracée de pluie et de soleil
Les ombres s’y allongent et s’y diluent
Dans une perspective incertaine
Les allers et retours, et croisées de chemin
Offrent en raccourcis leurs ornières et leurs dos d’âne
Les reflets des orages dans les flaques
Et celui de ta vie, qui mène comme elle l’entend
Son petit bonhomme de chemin
Et croise souvent le mien.
C’est à croire que la carte est écrite,
Qu’il est des rencontres fortuites,
Ou presque, qui nous retrouveront à l’abri
Aux petits bars de la côte, les odeurs de soupe
de chou-fleur et les fish ‘n chips,
Alors que la mer s’est suspendue,
Un instant de repos en paysage
Et la lumière au fond de toi
Qui me guide souvent, d’entre les nuages…
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18 juin 2012
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auquel de nouveau Lutin fait écho avec
C’est douloureux et tendre à la fois
la route tracée de pluie
le silence des corps interdits
pliant leur ombre en désespoir
Comme il est doux de traverser les lieux solitaires
dans le dos des marches
descendre le long fil de l’oubli
refusant de dormir
le soir tendu comme l’orage
Il manque la longévité des heures
cogne le cœur
un jour le ciel s’arrêtera de pleurer
creusant la mer de sel
aux couleurs d’un champ de neige
Entre-temps les cheveux poussent
fleurs aquatiques dans les flaques d’eau
la mort n’éteint pas les lumières
glissent nos yeux dedans
les mains retenues
lutine – 19-06-2012
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Gertrud Kolmar – Des tourments se dressent sur mon chemin

penture: Chaïm Soutine – vue de Céret
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je le sais
des tourments se dressent sur mon chemin que je dois prendre
la détresse se dresse sur le chemin que je dois prendre
la mort se dresse sur le chemin que je dois prendre
des plaintes se dressent sur le chemin que je dois prendre
et chaque borne kilométrique a des langues
et tous les petits cailloux crient
crient la douleur – là où une jeune fille sombre en râles,
en fuite, abandonnée, fatiguée et malade,
la détresse se dresse sur le chemin que je dois prendre
la mort se dresse sur le chemin que je dois prendre
et je leur crie dessus !
fille folle dans la honte et la douleur :
des milliers passent devant moi
des milliers viennent vers moi.
Je serai la cent millième
mes lèvres sur une bouche étrangère ;
et meurt une femme comme un chien galeux -
cela te fait-il peur ? non.
mon cœur bat dans une poitrine étrangère
rie mon œil, car tu devras pleurer
et tu ne pleures pas tout seul
la détresse se dresse sur le chemin que je dois prendre
la mort se dresse sur le chemin que je dois prendre
chagrin et plainte, gris tourment ;
tout cela je le sais
et pourtant j’avance sur le chemin.
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("Gedichte 1917" enthalten in "Frühe Gedichte" 1917-22) traduction personnelle
Gertrud Kolmar
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Zeno Bianu – danseurs de paradis
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DANSEURS DE PARADIS
jusqu’à la fin des temps
et plus loin encore
dans tout ce bleu
qui n’est que toi
jusqu’à la fin des mondes
et plus loin encore
bien plus loin
sans jamais rien comprendre
dans tout ce bleu
qui n’est que toi
je remonte
vers la source
des hommes-questions
vers tous ceux
qui interrogent
la source sans source
je remonte
vers l’intérieur de tout
mille astres noirs
au fond de mes poches
je me mets lentement au jour
cette force de l’éden
de coeur en coeur
de lèvre en lèvre
de vie en vie
l’univers tout entier
suspendu
au visage d’une femme
je mets du baume
au monde
je marche l’immensité
je glisse et je reglisse
le long des désolations
je remonte
vers les cendres fertiles
au jour le jour
a la nuit la nuit
j’écoute sans relâche
cette voix qui, parle en moi
je l’écoute
aimanté par l’impossible
aimanté
par le fond des mondes
ou je dérive
vers la nuit de la nuit
je m’abandonne
aux avant-postes
de grands effondrements
je remonte
en fièvre pétrifiée
en étincelante déploration
mon âge se compte
en milliers d’étoiles
dans tout ce bleu
qui n’est que toi
j’accueille le jamais plus
comme si l’inquiétude
na pouvait plus neiger en moi
dans tout ce bleu
qui n’est que toi
comme au premier jour
et les villes basculent
et les fleuves rebroussent
chemin
dans la profondeur
des profondeurs
la sève circule
chez les danseurs de paradis;
ZENO BIANU dans "N4728 N°12
Danilo Kis – le château illuminé de soleil

art: bijou celtique
LE CHÂTEAU ILLUMINÉ DE SOLEIL
Mandarine, la plus belle vache du village, s’est perdue.
Et lui, il doit la retrouver à tout prix, quitte à la chercher toute
la nuit. Monsieur Molnàr ne lui pardonnerait pas :
Mandarine est la meilleure vache de monsieur Molnàr. C’est pour ça
qu’il va devoir fouiller tout le bois, et même plus loin s’il le
faut. Il demandera à Virâg de prendre avec ses vaches celles
de monsieur Molnàr et de lui dire : « Mandarine s’est perdue.
On dirait qu’elle s’est envolée. » Et de lui dire aussi : « Andi
demande à monsieur Molnàr de ne pas se fâcher contre lui. Il
fera tout pour retrouver Mandarine, car il sait que Mandarine
est pleine et que c’est la meilleure vache du village. Mais
voilà, on dirait qu’elle s’est envolée. » Et de lui dire enfin :
« Andi vous fait dire que s’il ne retrouve pas Mandarine d’ici
demain matin, qu’on ne l’attende pas. Il s’en ira au bout du
monde, il ne reviendra plus jamais au village. Que monsieur
Molnàr ne se fâche pas. » Et qu’on dise à sa mère, madame
Sâm, de ne pas pleurer. « Andi est parti au bout du monde
parce qu’il a perdu Mandarine. » Mais qu’on le lui dise avec
précaution, autrement.sa mère pourrait mourir, sous le coup.
Il vaut donc mieux qu’on lui dise seulement : « Andi a perdu
Mandarine. Il ne reviendra pas avant de l’avoir retrouvée. »
Oui, c’est ce qu’il dira à Virâg. Lui, il a toujours aidé Viràg
quand il perdait une vache.
Mais qu’est-ce qu’il dira à monsieur Molnàr s’il retrouve
Mandarine et qu’il la ramène très tard, en pleine nuit,
comme la dernière fois? Il lui expliquera que Mandarine
broutait tout près des autres vaches, et que, tout à coup, elle
a disparu, comme si elle s’était envolée.
« C’est comme ça que tu gardes les vaches ? » lui dira
monsieur Molnàr. « Dis, c’est comme ça que tu gardes les
vaches ? Qu’est-ce que tu fabriques dans le bois, hein ? »
« Rien, monsieur Molnàr », répondra-t-il. « Je sais que
Mandarine est pleine et je ne la laisse pas s’éloigner des
autres vaches. Mais, voilà, on dirait qu’elle s’est envolée. »
C’est ce qu’il lui dira s’il la retrouve.
À cet instant, l’enfant crut entendre des branches craquer dans les fourrés et il s’arrêta, essoufflé.
« Mandarine ! Mandarine ! »
II tendit l’oreille en retenant sa respiration.
Il entendit au loin la trompe d’un berger. Il se rendit compte que
l’obscurité avait envahi la forêt et que bientôt il ne pourrait plus distinguer le chemin.
«Dingo, dit l’enfant, où est Mandarine? Dis, où est
Mandarine ? »
Le chien se tenait devant lui et le regardait, attentif.
« Dingo, qu’est-ce qu’on va faire? » dit l’enfant.
Pendant qu’il parlait au chien, il le regardait droit dans les yeux et le chien le comprenait. Il remua la queue et gémit en inclinant la tête.
« Si on ne retrouve pas bientôt Mandarine, on ne rentrera pas chez monsieur
Molnàr », continua l’enfant pour le chien qui courait devant lui en gémissant.
Ils suivaient un sentier étroit et broussailleux en direction du Chêne Royal.
« Et tu viendras avec moi, dit l’enfant. Monsieur Berki ne
se fâchera pas trop, si je t’emmène. Il sait que tu es avec moi
et que tu ne manqueras de rien. Imagine un peu que tu
m’abandonnes! Imagine qu’un beau jour tu rentres au
village et que tu aboies devant la maison. Ils diraient tous :
" Visiblement, Andi ne reviendra plus. " Bien sûr, ils ne le
diraient pas tout fort, devant maman et Anna. Mais ils le
penseraient tous, si un jour tu revenais seul au village. »
Le chien s’arrêta et flaira quelque chose.
« Mon Dieu, dit l’enfant, aidez-moi à retrouver Mandarine. »
Dingo gémit et l’enfant comprit qu’il s’agissait d’une piste
de lièvre ou d’une tanière de renard. Il pouvait à peine distinguer le chien qui traversait les fourrés en gémissant.
« C’est pour ça qu’on va partir ensemble, toi et moi. Car imagine que tu reviennes seul :
maman et Anna, monsieur Berki et tous les autres sont devant toi et ils te demandent
avec un air de reproche : " Dingo, où est Andi ? " Maman
verrait tout de suite à ta tête que je suis mort et elle
s’effondrerait, tandis qu’Anna s’arracherait les cheveux.
Monsieur Berki, notre cousin, les consolerait en disant :
" Mais enfin, madame Sâm, ne soyez pas ridicule. Qui vous
dit, réfléchissez un peu, qu’il est arrivé un malheur à Andi ?
Dingo est revenu tout simplement parce qu’il a faim ou parce
que Andi l’a chassé. " C’est ce que dirait monsieur Berki, sans
se fâcher, car il serait lui-même persuadé que je suis mort, ou
que j’ai été capturé par des bandits de grand chemin, ou
que les loups m’ont dévoré, ou encore que je suis prisonnier
de la fée des bois. Mais il ferait semblant de ne pas penser à
tout cela à cause de ma mère et d’Anna… Mais, au fond,
qu’est-ce qu’il penserait de toi, hein ? Devant tout le monde,
il ne te dirait rien, mais une fois seul avec toi, il te regarderait
avec mépris, peut-être même qu’il te cracherait au museau
pour m’avoir abandonné. Je sais bien que tu n’oserais jamais
le faire, mais j’en parle, comme ça. Tu te souviens de ce livre,
L’homme, le cheval, le chien, que j’ai lu l’automne dernier ? Tu
te souviens sûrement, je le lisais pendant qu’on gardait les
vaches le long de la Voie Romaine. Après, je l’ai raconté à
tout le monde, à Virâg, et à Latsi Tôt, et à Bêla Hermann, à
tout le monde. Eh bien, tu te souviens comme ils étaient
fidèles les uns aux autres ; rappelle-toi. Le Far West tout
entier ne pouvait rien contre eux… Et si les loups nous
attaquaient ? Tu peux tenir tête au moins à deux loups, non ?
Et moi ? A ton avis, combien de loups peuvent abattre Andi et
Dingo s’ils restent tous les deux dans la forêt ? Et si on est
capturé par des bandits de grand chemin ? Tu me déferas
mes liens pendant leur sommeil. Après, ce sera facile. Ils
seront endormis, et moi, j’attraperai un pistolet. Non, deux
pistolets. Un dans chaque main. Tu crois que je ne sais pas
tirer? Tu n’en doutes pas, j’espère. Et après, on les conduira
à la police. Tout le monde sera bien étonné et on nous
interrogera longuement. Puis ils feront venir maman et
madame Rigô, la maîtresse. Maman aura très peur, car
lorsqu’on l’appellera à la police, elle pensera qu’on m’a
retrouvé mort ou que j’ai commis un crime horrible. Mais ils
la féliciteront et ils lui diront que j’ai arrêté les brigands les
plus dangereux et les plus cruels, contre qui on avait lancé un
mandat d’arrêt, sans pouvoir les capturer depuis des années.
Puis ils lui donneront la récompense. Une énorme somme
d’argent. Il faudrait des jours et des jours pour la compter.
Mais une telle somme, on ne la donne pas aux enfants, même
s’ils ont désarmé les plus dangereux bandits de grand
chemin. Madame Rigô sera là pour compter l’argent, et
pour qu’on lui explique que, d’après la loi, elle doit rayer
toutes mes absences. Et le lendemain, à l’école, elle dira :
" Andi, lève-toi. " Latsi et Virâg croiront que la maîtresse va
me demander d’aller chercher au jardin les verges pour me
battre. Mais au lieu de cela, elle dira : " Mes enfants, Andréas
Sâm, élève de notre école, a capturé la plus dangereuse
bande de brigands. " Bien sûr, elle dira qu’il a été aidé par
son chien, appelé Dingo. Et Julia Szabô pleurera d’émotion,
à l’idée de ce qui aurait pu m’arriver. »
II parlait tout haut. Hormis le chien, personne ne pouvait
l’entendre. Il faisait déjà sombre dans la forêt, seul au-dessus
des hautes branches apparaissait le ciel bleu nuit. L’enfant,
derrière le chien, traversait les fourrés, protégeant son visage
de ses mains. De ses pieds nus, il foulait la mousse et les
feuilles mortes, écrasant au passage le bois sec qui craquait
sous ses pas. II parlait tout haut, car la forêt s’était mise à
frémir de mille rumeurs et l’enfant avait l’impression d’être
à jamais perdu. Il n’entendait plus nulle part la voix des
bergers, les meuglements lointains des vaches s’étaient tus
depuis longtemps. Maintenant, Viràg avait sûrement rentré
les vaches de monsieur Molnàr et il lui avait probablement
raconté ce qui lui était passé par la tête, car ils n’avaient pas
eu le temps de se mettre d’accord. Il lui aura sûrement
raconté le pire, le traître. Comme il l’avait trahi l’année
passée, lorsque lui, Andi, avait monté Chocolatine. Monsieur
Molnàr l’avait su et il l’avait menacé de le renvoyer.
Ce Virâg aurait sûrement la bonne idée de tout raconter : qu’ils
gardaient les vaches dans le Bois du Comte, qu’ils avaient
fait un feu et que lui, Andi, leur avait raconté à tous Le
Capitaine de la Cloche d’Argent. Ensuite, lorsqu’ils avaient
voulu rassembler les vaches, car le soleil commençait à
descendre et les bergers de Baksa et de Csesztreg étaient déjà
rentrés, Andi avait remarqué qu’il manquait Mandarine. Et
maintenant monsieur Molnàr allait sûrement demander à
Virâg depuis combien de temps Andi n’avait pas regardé où
étaient les vaches. Et ce balourd de Virâg, ce Tsigane, il était
capable de lui raconter comment ce jour-là ils s’étaient mis
d’accord, Bêla Hermann, dit « B », et lui, Andi, pour que
« B » lui garde ses vaches, ou plutôt celles de monsieur
Molnàr : ainsi Andi pourrait terminer Le Capitaine de la
Cloche d’Argent et le leur raconter. Et voilà, Virâg allait tout
dévoiler. Quand « B » lui avait dit qu’il avait perdu Mandarine,
Andi s’était contenté d’envoyer le chien à sa recherche et avait continué sa lecture là où il l’avait arrêtée : au moment où la Métisse entrait dans la cabine du bateau et déclarait à
Alexandre Hywenth qu’elle allait s’empoisonner, par jalousie. Elle tenait une petite pilule blanche au creux de la main et ses yeux brillaient de l’éclat de la mer Caspienne…
« Et qu’est-ce qu’on ferait », dit l’enfant tout haut, en
s’adressant au chien dont il suivait les gémissements presque
à l’aveuglette, « qu’est-ce qu’on ferait si la fée des bois nous
ensorcelait ? Tu vois, c’est bien que tu sois avec moi. D’après
ce que je sais, ni les fées des bois ni les sorcières n’ont le
pouvoir d’ensorceler les chiens. Aussi, dès qu’on apercevra le
château, tu resteras en arrière, pour observer ce qui se passe.
Ne t’étonne pas, nous pouvons tomber d’un instant à l’autre
sur ce château. Mais surtout, n’aie pas peur. Si c’est un beau
château ancien, comme celui du Comte, derrière le Chêne
Royal, et s’il est illuminé, ce sera le château de la fée des bois.
Tu penses que je vais m’enfuir? Pas du tout. Peut-être que
c est elle qui a emmené Mandarine pour que je vienne la
chercher et que je tombe dans ses filets. Lorsque je l’apercevrai,
je ferai semblant de ne pas savoir que c’est la fée des
bois. Je lui dirai simplement bonjour, poliment, et je lui
demanderai : " Mademoiselle n’aurait-elle pas aperçu une
vache pleine, couleur de mandarine ?" Ce à quoi, ne t’étonne
pas, elle se contentera de sourire, pour me séduire. Puis elle
s éloignera vers le château, comme si elle était intimidée. Tu
sais comment je la reconnaîtrai sans faute ? Elle sera tout en
blanc, comme vêtue de soie, ou plutôt de quelque chose d’encore plus léger et plus transparent. Car les fées sont toujours habillées en blanc. Je ferai comme si je ne remarquais rien,
je la remercierai bien et je continuerai mon
chemin, si je le peux. Si je me réveille, ce n’était qu’un rêve.
Si je ne me réveille pas et si je ne peux pas m’en aller, cela
veut dire que je suis ensorcelé. Je resterai alors chez elle
quelque temps, et il ne faudra pas te fâcher. Tu rentreras au
village et tu essayeras d’expliquer à ma mère et à monsieur
Berki que je ne suis pas mort — qu’une fée m’a ensorcelé.
Qu’ils ne s’inquiètent pas. Je resterai là-bas une année, peut-
être deux. Et tu sais, Dingo, c’est très dangereux. On y risque
sa tête. Personne n’en est jamais revenu. Ou bien parce qu’ils
s’y plaisaient tellement qu’ils avaient effacé tout autre
souvenir de leur mémoire, ou bien parce qu’ils ont été
châtiés. Mais moi, je m’enfuirai. Je suis malin. Je ne sais pas
encore comment, mais je m’enfuirai. À cause de maman. Elle
saura que je ne suis pas mort, et elle m’attendra. Mais toi,
Dingo, surtout n’aie pas peur quand tu verras le château tout
illuminé. »
II fit soudain plus clair. Devant eux, la forêt semblait
embrasée par un incendie. L’enfant et le chien s’arrêtèrent
un instant.
« On a retrouvé ta Mandarine, dit Viràg. Ce sont les
bergers de Baksa qui l’ont ramenée. Ils l’ont reconnue. »
Au milieu de la clairière, dans l’éclat du couchant, se tenait
Mandarine, écarlate comme une cerise.
« C’est la plus belle vache du village, dit l’enfant, c’est pour
ça qu’ils l’ont reconnue. »
II regretta tout à coup qu’on ait retrouvé la vache. Il pensa
que Viràg pourrait quand même tout raconter à monsieur
Molnàr. Et lui, il serait peut-être resté dans le château trois
années entières.
Christine Clairmont – le pays
Le pays que je préfère
Est à l’intérieur de moi
La montagne des chimères
Plantée d’arbres à pourquoi.
Il faut tracer un chemin
Dans un bois impénétrable
Sous l’écorce du destin
Chercher le sens de la fable.
Trouver l’harmonie du Temps
Dans les branches du mélèze
Pour que la peine d’antan
Au vif du printemps se taise.
Découvrir sous la fougère
La pervenche aux yeux d’enfant
Qui dans le feu de la guerre
Gardait son contentement.
Aboutir dans la clairière
Où dort l’étang du futur
Tandis que la pensée mère
Monte sans frein vers l’Azur.
Christine Clairmont. "Sur un air d’éternité" 1986
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Franck Venaille – J’avais mal à vivre
J’avais
mal à vivre
ô
que j’eus peine
à trouver mon chemin
parmi
ronces et broussailles
tous ces fruits rouges que je
cueillais
avec élégance
avant
de leur confier
écrasé dans ma paume
mon
désespoir d’enfant.
Frank Venaille
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Ahmed Mehaoudi – Où ira le soir ?
Ahmed Mehaoudi, poète algérien – dont j‘avais déjà publié " A ce désert", est l’auteur d’autres productions intéressantes qu’il nous donne à lire et dont je fais l’écho ici de son "où ira le soir"
–
où ira ce soir
d’avoir si peu appris à comprendre les départs
de ces nids autrefois silencieux à la saison de paix
si peu vu dans le ciel ces éclairs de feu attendrir tes yeux
comme chercher dans les rêves l’insensé désir de se réveiller
où iras-tu ce soir
d’avoir déjà perdu le fil du chemin
la porte par où entre ton bonheur
si peu écouter que la nuit est parti loin
et toi
dors à l’endroit où ce soir tu apprendras
à regarder le jour
là se fait les mots …
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Paul Celan : Cologne (adaptation de) – Ahmed Bengriche
A visiter ce site foisonnant de textes, d’auteurs très intéressants dont Ahmed Bengriche se fait l’écho, ainsi que des adaptations personnelles, dont voici l’une d’entre elle prise "au hasard", mais j’y ai tout de suite perçu une sensibilité de haute volée…

intérieur cathédrale de Cologne
Cologne
Temps du cœur, ils sont debout
les rêvés
pour les chiffres de minuit.
un peu parla dans le silence immobile, un peu se tut
un peu alla son chemin.
Banni et perdu
étaient chez eux.
Vous cathédrales.
Vous cathédrales, pas vu
vous fleuves, pas entendu
vos horloges si profondes en nous.
Lit de neige
Yeux, aveugles au monde, dans la faille du mourir : je viens,
pousse rude au cœur.
je viens.
Mur de l’abrupt, miroir de la lune. En bas.
(Lueur tachée de souffle. Sang strié.
Âme nuageuse qui encore une fois est proche d’une figure.
Ombre des dix doigts-enserrés)
Yeux, aveugles au monde
yeux dans la faille du mourir,
Yeux, yeux ;
Le lit de neige sous nous deux, le lit de neige.
Cristal sur cristal,
au temps profond emprisonné, nous tombons,
nous tombons et gisons et tombons,
et tombons :
Nous fûmes, nous sommes.
Nous sommes une chair avec la nuit,
à la lisière, à la lisière.
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Marc Le Gros – un coup de hache dans la résine têtue de l’enfance
Les "notes de lecture" de Jacques Josse, nous font parvenir des extraits qui "sonnent" poétiquement corrects ( si on peut dire..).
Ici, le compte rendu d’un ouvrage de Marc Le Gros "la main de neige"
Dans la résine têtue de l’enfance,
Des remontées d’odeurs
Un peu de soleil sur la peau,
Un chemin creux. »
Pour mourir un peu chaque jour,
C’est toujours ça de pris. »
In the resin obstinated of childness,
Upwelling of smells
A little sunshine on the skin,
A sunken lane. "
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"Usually one manages
To die a little, every day,
It is always little bit counts.

















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