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Philippe Jaccottet – Cette montagne a son double dans mon coeur.


peinture F Hodler:

Le massif de la Jungfrau

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Cette montagne a son double dans mon coeur.

Je m’adosse à son ombre,

je recueille dans mes mains son silence

afin qu’il gagne en moi et hors de moi,

qu’il s’étende, qu’il apaise et purifie.

Me voici vêtu d’elle comme d’un manteau.

Mais plus puissante, dirait-on, que les montagnes

et toute lame blanche sortie de leur forge,

la frêle clef du sourire.

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Colette Fournier – Au matin


photo Andreas Feininnger

photo Andreas Feininnger

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Longtemps, mon cœur a battu au flanc du jour.

L’aube était pure, si pure,

Un lever de mystères blancs,

Une pluie d’instants menus dessinés au fusain noir,

La rue et son appel rauque et volage,

La prairie songeuse au soleil,

Et immobile sous un ciel d’extase,

L’eau dormante d’un étang blond.

Longtemps, je suis restée suspendue aux matins,

Aux histoires de fées et de lutins,

Osant à peine, à peine, poser mes pas pointus,

Sur l’herbe mouillée de peur de l’abimer un peu,

Craignant de réveiller juste par mon souffle,

Les esprits endormis de la forêt,

Et les fleurs assoupies dans leurs corolles soumises,

Et que le vent, doucement, plie.

Je ne veux pas, donnant à mon cœur du repos,

Oublier l’odeur des départs,

La nuit couchée en coin comme un chat dispos,

Je ne veux pas refuser tes larmes,

Quand tu te penches sur la vie et que tu l’aimes encore,

Je ne veux rien effacer dans tes yeux, pas même ta mémoire,

Juste goûter encore la ferveur des matins, encore, demain….

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( visible dans le blog de phedrienne : http://colettefournier.com/2013/02/21/au-matin/)


Kiril Kadiski – le couchant dégouline sur la vitre humide


peinture  : Marsden Hartley

peinture :         Marsden Hartley

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Il ne pleut plus et l’après-midi est tiède.
Les mouches s’animent après l’apathie de leur sieste.
Dehors, le couchant rouge dégouline
sur la vitre humide et elles le sucent. Déjà vide,
la boule de verre qui roule à l’horizon jette ses reflets dorés.
Encore un jour de passé. Mais qui s’en est aperçu ?
Les arbres balancent leurs branches dans l’ombre bleue.
Derrière, les toits éclairés ressemblent
à des flammes attisées par le vent. Ton cœur brûle.
Où aller ? C’est le soir…

Errant sans but
tu épies les jeunes femmes et tu vois que chaque soupirail
les attend dans le noir et leur met des chaussettes jaunes.
Les voitures tournent
un nouveau film sur le mur du coin ; n’est-ce pas un nouveau
Fellini ? Ou bien est-ce toujours le même réalisme
absurde autour de toi… Dans l’allée obscure
un vrai pauvre est assis et comment peux-tu savoir
si son pantalon est déchiré aux genoux
ou si ce sont les pièces de ses mains alourdies…

Le ciel brille sombrement. Tu vois une époque ancienne :
porte cloutée, trouée par des flèches enflammées,
enfoncée et jetée sur le ciel.

Par là les siècles sont entrés
dans nos jours… Quelque chose de miraculeux au loin :
la lune pourpre frissonne et court à travers des nuages déchirés,
mais de ses branches sèches un peuplier l’attrape –
coquelicot déchiqueté qui flamboie
au milieu du blé par une chaleur sombre et immobile…

Silence partout. Enfin tu vas rentrer.
Pendant longtemps tu resteras éveillé, les paupières lourdes.
Dehors, le couchant dégouline sur la vitre humide. Déjà vide,
la boule de verre qui roule à l’horizon jette ses reflets dorés.
Encore un jour de passé. Mais qui s’en est aperçu ?

Kiril Kadiski

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Alain Borne – Dors ma petite fille


photo    Tina Modotti

 

Dors ma petite fille
tandis que des couteaux ensemencent d’argent
l’horizon qu’ils meurtrissent
c’est dans si longtemps qu’il faudra mourir
la vie descend vers la mer de son sable insensible

Dors contre mon cœur fleur de mon émoi.
Laisse-moi parler de ma vie
il est tard chez moi, ma petite aube
il faudrait une horloge folle pour sonner mes heures
un jaquemart d’enfer.

C’en est fini de la jeunesse où l’amour est sans réponse ces mains qui chassent tes
cheveux contre la douceur
du vent ces lèvres de chanson et ce cœur qui t’apaise sont ceux d’un homme de la honte

Laisse-moi parler de ce pays où l’on va vêtu de fourrures où règne un froid étrange et des
gestes légendaires

Tu le vois luire comme un nord de neige grise

C’est là-bas que j’ai vécu entre le meurtre et le remords
c’est là-bas que nous irons poussés par
Dieu et par le sang et je te recevrai

parmi les autres loups comme une louve


Dors dans le soleil et dans ta chair fragile
personne encore n’attelle le traîneau
le moujik s’enivre à l’auberge des âges
et les chevaux sont encore libres au-delà de la terre

Mais je sais que le
Vieux malgré sa longue ivresse construira la voiture de ses mains ironiques et qu’il fera
pleuvoir une pluie de lassos sur le rêve de ces montures

Je vois déjà son ombre immense, je la connais
il vient pour toi, il prend mesure
comme pour ton léger cercueil
et fait claquer son fouet dans l’air illusoire
où naîtra l’attelage

Ton innocence peut dormir sur la blessure de mon
cœur les lys poussent le long des mares et leur blancheur se
retrouve sur l’eau sale devenue miroir

Hélas j’écoute dans sa prison mûrir ton sang rien ne me retiendra de délivrer son cours
quand ta pudeur dépaysée des landes épellera les brûlures de la vie

Dors petite aube, dans le murmure de mon chagrin
la vie est douce, la mort est loin
et les chemins vont sous les fleurs vers un
Dieu qui sourit aux prières des vierges

L’huile de la vie ne descend pas encore consacrer ta chair d’un sacrement maudit et je
puis te ravir de légendes en poudre plus réelles pour toi que l’histoire de demain

-
Alain Borne

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photo           Tina Modotti

 

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Armen Tarpinian – La vérité du cygne


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L’horizon est un mot qui sans cesse s’invente,
Une source où la soif rêve de s’étancher mais qu’elle éloigne.
Cygne, sur la mer libre entraîne la pensée !
Qu’elle apprenne l’amour comme un seuil tracé dans le repos du temps.
Et l’horizon bu, dépassé, les yeux fermés.
Miroir à notre cœur, ta liberté nous engage.
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Le contour du soleil, celui de mes mains ( RC )


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En formant le contour du soleil, à celui de mes mains,

peut-être en forme de coeur,

( Que sait-on des coïncidences ?)

Ou d’un soleil en losange …

 

Il faut éclabousser

-de lumière les dimensions nocturnes,

Et mettre en boîte

Les parcelles de brouillard,

 

Celles qui restent.

Déjà, les gargouilles des cathédrales nordiques,

Ont mangé les pensionnaires de l’angoisse,

En laissant place aux vents,

 

Qui ont fait place nette…

Il est un jour comme celui-là,

Aux bords tranchants …

Si le doute s’aventure,

 

Aux abords inconnus,

Alors comme les oiseaux migrateurs,

Recherchent des régions enveloppées,

D’airs marins,

 

Je reviendrai au pays du mistral,

Et aux campaniles,

Qui découpent leurs silhouettes,

Le matin, aux rumeurs bruissantes

 

Des marchés aux légumes…

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RC – 25 février 2013

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photo

moleendfishing

gargouille Oxford, England

Coeur améthyste ( RC )


Coeur graffiti        pour sac à main mandelia

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Le  coeur de la terre
Va  tourner en rond
Brillant comme l’enfer
On n’en connaît pas le fond.

Et le coeur des choses,
Celui du milieu,
C’est à petites doses,
Ce qu’il y a de mieux.

Le coeur à l’ouvrage,
C’est bien, travailleur,
Celui qu’on partage,
Et met en valeurs
Le coeur voyageur,
Qui joue au  touriste
Traverse sans  douleur
Des épaisseurs  de schiste.

A  coeur  et à cri,
Empruntant le train,
C’est un nouveau pari,
Ouvert sur demain.

Le coeur  d’artichaud
S’ouvre de lui-même
Dès qu’il fait un peu chaud
Au chant des "Je t’aime".

Les  coeurs  dilatés
Gravés au pied de l’arbre,
Gagnent en vitalité
Par rapport à ceux  du marbre

Le coeur des amants
Se prend dans la main
Ils ont tout le temps
D’assouvir leur faim…

Le coeur améthyste
Taillé en facettes,
Celui qui résiste
Se porte en amulettes.

Quand le coeur est triste
Ou bien mal en point,
C’est un jeu de pistes
J’en suis le seul témoin.

A résoudre les problèmes,
Je te donne ces vers,
vers le coeur du poème,
Pour repousser – je crois – les murs de l’hiver.

-

 

RC – février  2013

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Paillettes de beauté ( RC )


photo: Joce V  ( voir son ensemble de photos  sur flickR)

Un peu de beauté, en grains
Paillettes  d’or  flottant un instant dans l’air
Et s’y dessine  ton sourire
En pointillés,
un lointain peut-être,
Mais un sourire,
Traversant les distances, les froidures;

Vois-tu cette beauté,
Celle  que le froid justement,
Dépose en dentelles
De givre    …  à la robe grise de l’hiver,
Et qu’un bref sourire ,
Le soleil que tu m’envoies
Font de ces paillettes d’eau, autant de diamants  ?

Un peu de beauté
Echappée au banal
Aux injures et insanités,
Et si précieuse,
Si fragile en ses cristaux
Qu’on ne peut la conserver,
Que dans son regard et son coeur…

-

RC          – 9 février  2013

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( écrit à la suite  de la lecture  de extrait de il(e) 4, de            Agathe Elieva

 

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Marcel Proust – Ephémère efficacité du chagrin


Dessin;     V Van Gogh:         femme pleurant

extrait des  "plaisirs et les jours "

Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur, elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries.

Mais soyons plus reconnaissants aux femmes méchantes ou seulement indifférentes, aux amis cruels qui nous ont causé du chagrin.
Ils ont dévasté notre coeur, aujourd’hui jonché de débris méconnaissables, ils ont déraciné les troncs et mutilé les plus délicates branches, comme un vent désolé, mais qui sema quelques bons grains pour une moisson incertaine.
En brisant tous les petits bonheurs qui nous cachaient notre grande misère, en faisant de notre coeur un nu préau mélancolique, ils nous ont permis de le contempler enfin et de le juger. Les pièces tristes nous font un bien semblable ; aussi faut-il les tenir pour bien supérieures aux gaies, qui trompent notre faim au lieu de l’assouvir :
le pain qui doit nous nourrir est amer.

Dans la vie heureuse, les destinées de nos semblables ne nous apparaissent pas dans leur réalité, que l’intérêt les masque ou que le désir les transfigure.

Mais dans le détachement que donne la souffrance, dans la vie, et le sentiment de la beauté douloureuse, au théâtre, les destinées des autres hommes et la nôtre même font entendre enfin à notre âme attentive l’éternelle parole inentendue de devoir et de vérité.

L’oeuvre triste d’un artiste véritable nous parle avec cet accent de ceux qui ont souffert, qui forcent tout homme qui a souffert à laisser là tout le reste et à écouter.
Hélas ! ce que le sentiment apporta, ce capricieux le remporte et la tristesse plus haute que la gaieté n’est pas durable comme la vertu.

Nous avons oublié ce matin la tragédie qui hier soir nous éleva si haut que nous considérions notre vie dans son ensemble et dans sa réalité avec une pitié clairvoyante et sincère. Dans un an peut-être, nous serons consolés de la trahison d’une femme, de la mort d’un ami.

Le vent, au milieu de ce bris de rêves, de cette jonchée de bonheurs flétris a semé le bon grain sous une ondée de larmes, mais elles sécheront trop vite pour qu’il puisse gêner.-

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Très-haut et Très bas ( RC )


peinture- gravure: Raoul Ubac

peinture- gravure: Raoul Ubac

 

 

Le Très-Haut nous dicte ici-bas
le poème de vivre,

Comme nous sommes encore des élèves
Courbés sous la dictée

Le tout – temps limité -
Il faut obéir au poème de vivre

Et découper en paragraphes
Tranches de vie ( trancher dans le vif)

Le temps imparti qu’il nous reste à vivre
Sans fautes d’orthographe;

Si le très haut est tombé de l’escabeau
Nous sommes en quète d’idéaux

Et faisons feu de tout bois,
Toutes flèches dehors, se perdant sans remors

Dans une nuit d’incertitude,
Puisqu’il ne nous est pas possible

( un petit tour et puis s’en va )
De bénéficier – circonstances atténuantes

D’autres vies, comme celles offertes, des jeux
Vidéo, des idéaux.

Game is over..;
( Vous auriez pu mieux faire !! )

En attendant montrez donc votre bilan
Avez-vous bien appliqué le théorème ?

L’avenir est atteint, il se roule sur nous-même
Et nous voici, blessé, face à nôtre anathème..

Thème astral, ….et sous quel signe, ….quel est le problème ?
Faute de le résoudre, –                méditez donc, en poèmes…

Les constellations se fichent des coeurs et des amours,
( s’il faut croire que notre existence a de l’importance ).

-

RC       – 24 janvier 2013

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En réponse  au  "Poème de vivre "  de Henri-Etienne Dayssol

 

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Xavier Lainé – seule ta main


peinture - gravure:  Jean-Pierre Pincemin

peinture – gravure:      Jean-Pierre Pincemin    (probablement  la Jeune fille  et la mort)

-A  retrouver aussi, le blog de Xavier Lainé: Itinéraire des poètes...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Alors, les paons ayant achevé leur roue
dans la cour du chateau pyromane
je cueillerai tes larmes sur tes joues de buées

Je dessinerai ton coeur dans la brume

Les broussailles avaleront nos pas

Un corbeau dans la plaine lancera son appel
nous tisserons les heures de toutes nos insoumissions

Nous serons libres apôtres d’un univers à construire
Nous en tisserons la toile invisible
Nos paumes se tendront au point cinétique de nos rencontres

Un rang de tic
deux rangs de tacs
nous tricoterons
mailles à l’endroit et à l’envers
une nouvelle histoire
fondue au creuset de l’avenir

Nous découvrirons une mine d’espérance
au filon où s’écoule la sève de nos coeurs battants

Epuisés d’ardeur
têtes posées à même la table
nous chercherons un vain repos

Seule ta main…

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X L     – 21 mars 2010

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Rabindranath Tagore – Je voudrais


The Sandman Gallery 32

Sandy-art  Gallery

 

 

 

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Je voudrais m’asseoir à tes côtés dans le silence,
mais je n’ai pas le courage, j’en ai peur
mon coeur , au bout des lèvres.

C’est pourquoi je parle bêtement et me cache,
mon cœur derrière la parole..
Pris cruellement dans ma souffrance, de peur
vous faire subir la même chose …

-


Philippe Vallet – mes trop-pleins de mots


peinture perso: Brillance Evans -  au collage oriental 1990

peinture perso:     Brillance Evans – au collage oriental       1990   (  hommage à Bill Evans )

 

et mes trop pleins de mots dansent

le présent jeté au visage

déroule mère-envies

effleurer impossible raison

 

 

*

notre cage matière choc

drames de nos silences

épars le temps se compte

goutte à goutte poreux

 

*

 

tout un échafaudage porte mes bras désarmés

de bord à bord à l’outremer

la mémoire dénommée

plus qu’un poing

une lanière coup frappe

force éperdue où partir

*

 

 

est une ruelle étroite

rigole où nos yeux effarouchés guettent

une odeur où rouler

s’asseoir

*

 

 

nous léchons nos plaies longtemps

elles portent saveurs à nos parvis

*

 

 

peaux vous n’êtes plus anonymes

bourdonne veines visibles

au coeur offert alentour


poème bantou – feu – ( trad Leopold Sédar Senghor )


peinture perso: maternelle  age  5 ans  (  j'ai probablement  été fortement aidé...  toujours est-il que j'ai  toujours cette peinture,  d'un format 50x65 cm)

peinture perso:            maternelle                   age 5 ans          ( j’ai probablement été fortement aidé…                 toujours est-il que j’ai toujours cette peinture,    d’un format 50×65 cm)

-

Feu

 

« Feu que les hommes regardent dans la nuit, dans la nuit profonde,

Feu qui brûles et ne chauffes pas, qui brilles et ne brûles pas.

Feu qui voles sans corps, sans coeur, qui ne connais case ni foyer,

Feu transparent des palmes, un homme sans peur t’invoque.

Feu des sorciers, ton père est où ?      Ta mère est où ?       Qui t’a nourri ?

Tu es ton père, tu es ta mère, tu passes et ne laisses traces.

Le bois sec ne t’engendre, tu n’as pas les cendres pour filles, tu meurs et ne meurs pas.

L’ âme errante se transforme en toi, et nul ne le sait.

Feu des sorciers, Esprit des eaux inférieures, Esprit des airs supérieurs,

Fulgore qui brilles, luciole qui illumines le marais,

Oiseau sans ailes, matière sans corps,

Esprit de la Force du Feu,

Ecoute ma voix :                 un homme sans peur t’invoque »

-

Poème Bantou

(traduit par Léopold Sedar Senghor)

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Fernando d’Almeida – Au seuil de l’exil


Fernando d’Almeida

art; Judith Reigl : l’Egyptien

.
.
AU SEUIL DE L’EXIL

Une cloche de deuil a sonné au seuil de l’exil
et la tornade du matin a tonné vers la mer

(…)
Tu marcheras le cœur au poing
tu mâcheras un soir l’amer kola du veuvage
sur le désert nostalgique de ta naissance
une cloche d’alarme une cloche d’alarme
qu’importe l’aigreur des mots hongres
tu seras ici au carrefour des vents dénudés
sur la barque qui tangue
sur la pirogue qui chavire
tu viendras au bout du petit matin
écouter le chant du griot
entendre la voix des eaux
ton royaume sera de nostalgie
ton langage la prison d’un exil
Absente Absente Absente
l’harmattan est venu
l’harmattan est venu
un matin
un câlin
matin
et le ressac de mer
et la peur de dire
et la peur de tuer…

Une cloche de deuil a sonné au seuil de l’exil
et la tornade du matin a tonné vers la mer

(…)
.
.


Marie-Claire Bancquart – Choses passées de notre vie…


 

 

 

 

photo-perso  -   petite  théière  et citron  -  2003

 

 

Mais un citron luit
lune sur la paume
en cette seconde précise, qui n’est passée ni à venir.

Toi qui n’as pas de fruit dans ta mémoire,
serre celui-ci,
cajole,
mords
ce cœur blond.

Multiplie le présent.

Marie-Claire Bancquart

 

 


Tournant serré – ( RC )


photo perso:              Cévennes massif du Tanargue

 

Je prends le tournant serré

Du dernier virage avant le col

Et l’arrivée          au coeur d’un pays

Qui me regarde,       ( curiosité d’usage…)

 

Ses forêts denses et espaces larges

– la main de la terre  a bien des visages -

Celui-ci ,      caché par les  rochers

Et la brume peureuse  qui s’y frotte…

 

S’il faut tourner la page

Des voies rapides et soleils lourds

La vie d’avant n’est plus devant…

………..  Je m’éloigne

 

Et je quitte les faux sourires

Et la parole loquace

Pour les manteaux de neige

Au delà des Cévennes,

 

Le silence grandiose des mers qui ont fui

Comme j’ai biffé les pages

D’un passé qui n’a plus cours,

de grands traits obliques

 

Rayant aussi le coeur,

Parmi les narcisses,

Sur le chemin d’exil

Qu’il me faut franchir.

 

RC  -  9 septembre  2012

 

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Fernand Dumont – Il a neigé longtemps


dessin-       Georges Bru

 

 

 

 

Il a neigé longtemps

Il a neigé longtemps sur les tables de l’absence
où je grave ton nom avec un doigt de feu
en t’attendant
comme je suis seul à savoir t’attendre
immobile et désertique
jusqu’au milieu du siècle
s’il le faut
avec ce coeur de caillou noir
taillé pour ne jamais mourir
comme celui que j’ai trouvé un jour
dans le village où tu es née
Ce caillou taillé en amande
il y a si longtemps
qu’on ne peut même plus imaginer
qu’il y avait déjà des hommes
en ce-temps-là
dans le pays où tu es né

Je t’attendrai
avec ce coeur de pierre
et personne ne voudra me croire
quand j’annoncerai ton arrivée
au seul fait
que la neige de la table deviendra grise
et triste
comme la cendre des anciens jours

Fernand Dumont; "La région du coeur" poète surréaliste belge.


Wisława Szymborska – De la mort, sans exagérer


peinture: Edward Munch la mort

 

 

 

Elle ne comprend rien aux plaisanteries,
ni aux étoiles, ni aux ponts,
ni au tissage, ni aux mines, ni à la pâtisserie.

Elle se mêle de nos projets et de nos agendas,
elle a son dernier mot
hors sujet.

Elle ne sait même pas faire
ce qui directement se rapporte à son art :
ni creuser une tombe,
ni bricoler un cercueil,
ni nettoyer après.

Toute à sa tuerie,
elle le fait gauchement
sans méthode ni doigté
comme si sur chacun de nous elle faisait ses gammes.

Plus d’un triomphe sans doute,
mais combien de défaites,
de coups pour rien,
d’expériences à recommencer.

Parfois, elle manque de force
pour frapper une mouche au vol.
Et plus d’une chenille
peut la prendre de vitesse.

Tous ces bulbes, gousses,
antennes, palmes et branchies,
plumages nuptiaux et fourrures d’hiver,
attestent du retard
dans son veule travail.

La mauvaise foi ne saurait suffire,
ni même nos coups de main en guerres et révolutions,
du moins pour l’instant.

Des coeurs battent dans les oeufs.
Les squelettes des bébés croissent.
Les graines en arrivent aux premières feuilles.
et parfois même, aux arbres immenses sur l’horizon.

Quiconque prétend qu’elle est omnipotente
est la preuve vivante
qu’il n’en est rien.

Il n’est point de vie qui,
même un court instant,
ne soit immortelle.

La mort
est toujours en retard de cet instant précis.

En vain agite-t-elle la poignée
de la porte invisible.
Le peu que nous ayons pu
demeure irréversible.

***

Wisława Szymborska  Les Gens sur le pont (Ludzie na moście, 1986)


Claude Esteban – l’immobile qui devient une fiction


photo Willy Ronnis        quai Malaquais

 

 

Ne garderai-je du jour que cette longue lassitude et la poussière des chemins au fond des yeux ?

Je m’assiérai n’importe où, je tenterai seulement de reprendre souffle, sans hâte et comme pour mieux me souvenir. L’espoir, quand on s’arrête de marcher, devient inutile, mais le vieux désir d’être encore ne disparaît pas avec lui.

Et je suis là, comme quelqu’un qui s’étonne que son corps le soutienne et le défende,

ce corps meurtri, ce corps appesanti, le mien pourtant, et que je méprisais.

Les grandes lois du soleil et de l’ombre nous échappent, nous mesurons l’espace

aux battements d’un coeur quand il est neuf, mais que la machine au-dedans hésite ou s’emballe, les repères se dissipent

et chaque pas devient une épine dans la chair.

N’importe, je suis là, je regarde mes mains, je n’oublie pas qu’elles ont touché la splendeur intacte du monde et qu’il y eut des moments d’allégresse à sentir la sève trembler sous les doigts.

Non, la mémoire ne se résume nullement à la somme des choses mortes entassées dans la tête.

Elle est tapie au creux d’une odeur, d’une feuille froissée par la pluie, d’un murmure.

Et que l’on fasse taire en soi le bruissement de la pensée; qu’on s’arrache à ce théâtre de mauvais rêves, le paysage se recompose, les formes s’animent, les couleurs recommencent à vibrer.

Rien ne bouge pour celui qui se détourne, tout s’éveille au-devant de celui qui reste à l’écoute et il ne craint plus.

On cherche à l’endroit d’une ancienne blessure, et c’est à peine si la peau tressaille.

Et c’est à présent l’immobile qui devient une fiction, et cette lassitude d’avoir tant vécu comme une invitation à poursuivre encore.

 

Claude Esteban, La mort à distance, Gallimard, 2007

 

-


Else Lasker- Schüler – Fin du monde


peinture: William Blake :    le cercle de la luxure ( amants damnés)                     Francesca Da-Rimini et Paolo Malatesta, d’après la Divine Comédie  de Dante

 

 

 

Il est des larmes dans le monde
Comme si le bon dieu était mort
Et l’ombre de plomb qui tombe
Pèse du poids du tombeau.

Viens, cachons-nous plus près…
La vie gît dans tous les coeurs
Comme en des cercueils.

O! Embrassons-nous profondément.
Au monde frappe une nostalgie
Dont il nous faudra mourir.

 

(Weltende, 1917)

 

 

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Sempre0allegra – le temps s’est arrêté


horloge de l’ancienne gare d’Orsay

visite du blog de Sempre0allegra,

 

-

Le temps s’est arrêté

Mon cœur s’est serré

Tout reste  en suspens

Le prochain battement est en attente

Je me retrouve dans un lieu inconnu

De mes galaxies habituelles, je suis loin

 

Je ne me reconnais pas en fait

Tu m’as perforé l’œil

Aurais-je le nom d’une autre ?

Serais-je la même que  quiconque ?

 

Comment faire pour recouvrer

La route de ma maison, ton cœur

Où  irai-je habiter

Si je ne vis plus en  toi ?

 

J’irai sur des étoiles

M’abandonnant d’une à l’autre

Je finirai sur une NOVA

Et disparaitrai dans un Vortex

 

Parjurant, en errant,

Que j’ai existé un jour

Tout comme tu les as classées

Me classerais-tu, quelque part ?

 

Tout comme j’ai été

Serai-je un souvenir d’ailleurs

Je t’en prie !

Fais-moi rentrer de mon Elbe

Je veux  rentrer dans ma maison,

Ton cœur

(traduite ce soir)

Il tempo si è fermato.
Il mio cuore si è stretto

Tutto è in sospeso.

Il prossimo battimento è nell’attesa

Mi ritrovo in un spazio sconosciuto
delle mie solite galassie sono lontana

Non mi riconosco affatto
Mi hai perforato l’occhio

Avrei il nome di un ‘altra
Sarei di chiunque cosi simila

Come faccio per ritrovare
la strada di casa mia, tuo cuore

Dove andro’ ad abitare
se non vivo piu’ da te

Andro’ su delle stelle
lasciandomi portare di una all’altra,

Finiro su una nova
e scompariro in un vortice

Renegando, aggiurando
che ho esistito un giorno.

Tutto come le hai archivate
mi archiverai altrove

Tutto come sono stata,
Saro’ un ricordo, d’altronde

Ti prego
Fammi tornare della mia Elba
Voglio tornare a casa mia,
Tuo cuore.

tudda minuscola 2003


Joe Bousquet – ronde d’enfants


 

photo: Janet Ingram

-

 

 

 

A -cette ronde d’enfants
Que tant de peine a suivie
Vous n’étiez vous qu’en passant
Chansons qui fûtes ma vie

Vous dont je fus la clarté
Beaux jours courbés sous leur ombre
J’ai vécu de vous compter
Je mourrai de votre nombre

Possédant ce que je suis
Je saurai sur toutes choses
Que la chambre où je grandis
Dans mon coeur était enclose

 

 

Joe Bousquet,  La connaissance du soir (1945)

 

-


Paul Celan – à ton ombre


timnbre poste – reproduction de Matta – o tableau noir

 

 

Celan

 

à ton ombre, à ton
ombre toute mal-sonnée aussi
j’ai donné sa chance,

 

elle, elle aussi
je l’ai lapidée à coups de moi-même,
moi le droit-ombré, le droit-
sonné –
étoile à six branches
à laquelle tu as
adonné ton silence.

 

aujourd’hui
adonne ce silence où tu veux,

 

catapultant du sous-sacralisé par l’époque,
depuis longtemps, moi aussi, dans la rue,
je sors, pour n’accueillir aucun cœur,
jusque chez moi dans le pierreux-
multiple.

 

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