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Thomas Pontillo – Il suffirait qu’un peu de ciel


gravure: Alechinsky

gravure sur bois :   P Alechinsky

 

 

 

extrait de Ce qu’ a dit la beauté

 

 

 

 

 

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Il suffirait qu’un peu de ciel
appelle d’une voix d’eau ou de vent
pour que l’air ouvre des portes battantes
vers la mer nourrie de larmes,
pour que tout se révèle,
troué d’étoiles éblouies et de joie.

 

Mais les oiseaux se sont tus,
le ciel est noir et vide,
les décombres s’entassent près de nos murs,
plus personne n’ouvre les yeux,
car la chair nous a quittés.

à lire  parmi beaucoup  de très  beaux  textes  de Thomas Pontillo, visibles ici

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Cycle des gouttes recommencées ( RC )


photo    confluent Rhône & Saône  du site

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A chaque goutte d’eau, le cycle recommencé

Ce qui s’enfuit en vapeur, retombe un peu plus tard,

En condensé, et les grandes rivières s’en vont leur chemin

Saluées par les arbres qui s’inclinent sur leur destin,

Enracinés d’un apparent immobile,

Pendant que plus d’un printemps, des saisons alternées

Promettent d’autres senteurs, de nouvelles nappes.

 

On remet de couvert,         pour des années dansées,

A l’égard de temps,     pour nous,        recommencés.

Mais en se posant un peu,         la tête sur les épaules,

Sous les mêmes ponts, coulent des eaux semblables…

La Saône a conservé sa couleur olive,

Et le Rhône le bleu-vert ,                  au long cours,

Lorsqu’ils se rencontrent en noces             liquides.

 

Rien ne semble changé,   les enfants jouent toujours au parc

Nous avons perdu la clé, ce ne sont pas les mêmes,

Qui se succèdent, sous l’oeil bienveillant

Des mères ,tenant par ailleurs très bien leur rôle

A l’ombre des saules…

On aurait pourtant pensé,       filmée en accéléré,

Que l’éternité se déroulait,          recommencée,

 

Comme deux gouttes d’eau,                       dit-on

Poursuivant leur cycle

Au delà des saisons.

 

 

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RC    - 5 mars  2013

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Je ne te vois pluie ( RC )


photo Electroluminescence [Cee]

 

Contre le mur, tu as tourné la tête

Une lourdeur tropicale,

Et les nuages  s’écrasent

Aux éclats des ardoises

De la ville

On dirait qu’aux assauts du temps

Elle jouerait  -rebelle-

Opposant la pierre et le bitume

Aux rideaux d’argent,

Le fluide.

Rebondit, aux fleurs noires

Les parapluies qui se hâtent,

Et la rue qui tangue

Sous un ciel plomb

Et l’horizon qui  s’échappe.

Même les bruits courants,

Sont bus en cascade,

Et les paroles se sont tues

Derrière un rideau translucide

—-C’est  l’eau me dis-tu.

Sans les paroles,  enfin, ce que je lis

De la forme de tes lèvres.

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Oui l’eau —-( bien sûr, quand il pleut )

Mais aucun son ne me vient

Tu me parles, et je n’entends rien.

Et même, tu rétrécis

Et te fonds dans le mur gris

Les vêtements humides

Et sous le parapluie.

Tu as tourné la tête….

Je ne t’entends plus

Je ne te vois pluie…

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RC   – 27 février 2013


Dominique Daguet – être seulement


photo: Philippe Morel

 

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Cette vie ne coule pas.

Chaque heure est une conquête,

dans chaque geste.

Car l’eau, le sable, le vent ne se laissent dominer que dans la patience,

avec lenteur.

Dominique DAGUET –           ÊTRE SEULEMENT

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Sabine Sicaud – jours de fièvre


 

Ce que je veux ? Une carafe d’eau glacée.
Rien de plus. Nuit et jour, cette eau, dans ma pensée,
Ruisselle doucement comme d’une fontaine.
Elle est blanche, elle est bleue à force d’être fraîche.
Elle vient de la source ou d’une cruche pleine.
Elle a cet argent flou qui duvête les pêches
Et l’étincellement d’un cristal à facettes.

Elle est de givre fin, de brouillard, de rosée,
Jaillit de chaque vasque en gerbes irisées,
Glisse de chaque branche en rondes gouttelettes.
Au coeur de la carafe, elle rit. Elle perle
Sur son ventre poli, comme une sueur gaie.
En mille petits flots, pour rien, elle déferle,
Ou n’est qu’un point comme un brillant dans une haie.

Elle danse au plafond, se complaît dans la glace,
Frappe aux carreaux avec la pluie. Ah ! ces cascades…
C’est le Niagara, vert bleu, vert Nil, vert jade,
C’est l’eau miraculeuse en un fleuve de grâce ;

Toute l’eau des névés, des lacs, des mers nordiques,
Toute l’eau du Rocher de Moïse, l’eau pure
D’une oasis perdue au centre de l’Afrique ;

Toute l’eau qui mugit, toute l’eau qui murmure,
Toute l’eau, toute l’eau du ciel et de la terre,
Toute l’eau concentrée au creux glacé d’un verre !
Je ne demande rien qu’un verre d’eau glacée…

Vous ne voyez donc pas mes doigts brûlants de fièvre,
Mes doigts tendus vers l’eau qui fuit ? Mes pauvres lèvres
Sèches comme une plante à la tige cassée ?
La soif qui me torture est celle des grands sables
Où galope toujours le simoun. Je ne pense
Qu’à ce filet d’eau merveilleuse, intarissable,
Où des poissons heureux circulent. Transparence,
Fraîcheur… Est-il rien d’autre au monde que j’implore ?

Alcarazas, alcarazas… un café maure
Et, dans la torpeur bleue où des buveurs s’attardent,
Un verre débordant parmi les autres verres,
Un verre sans couleurs subtiles qui le fardent,
Mais rempli de cette eau si froide, nette, claire…
Ah ! prenez pour cette eau ce qui me reste à vivre,
Mais laissez-la couler en moi, larmes de givre,
Don de l’hiver à ce brasier qui me consume.

Vous souvient-il de ces bruits clairs, dans de l’écume,
Au bord d’un gave fou ? J’ai soif de tous les gaves.
Les sabots des mulets, vous souvient-il, s’y lavent,
Les pieds du chemineau s’y délassent. Dieu juste,
Ne puis-je boire au moins comme le pré, l’arbuste,
Le chien de la montagne au fil de l’eau qui court ?
Cette eau… Cette eau qui m’échappe toujours,
Qui, nuit et jour, obsède ma pensée…
Ne m’accorderez-vous deux gouttes d’eau glacée ?

 

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Conte d’élections, sur rimes en O ( RC )


Enluminure: la tempête apaisée

 

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Roi et prince sont dans un château   -
Autour du château  -  des  douves  remplies  d’eau  -
Des nuages  éclatent   – nous dit la météo -
Ce qui veut dire   –          il ne fait pas beau -

Et décrire aussi  -  comme il pleut  à seaux -

Roi et prince tombent alors       dans l’eau  -
Point de barque qui passe   -  ou de bateau -
Couronne  roule par le fond  -  avec ses émaux -
Si un des deux survit   (  ou sauvera sa peau )  -
Flotteront des plumes – celles d’un beau chapeau  -

Canards ou canetons suivent – ou autres animaux -
Le vol des vautours  –        ou bien des corbeaux -
Sous l’oeil étonné ,           de nombreux badeaux  -
….  Succession oblige  -  se présentent  hobereaux -
Ducs, barons,    -                      et même  , généraux   -

Chacun à brandir       son propre drapeau -
Et même ,         la faucille  et le marteau -
On a toujours besoin de nouveaux héros -
Car, pour repartir                     de zéro -
Ne se voient pas de la cuirasse,    les  défauts -

Nouveau roi, nouveau prince  – portés haut -
-                       Tu parles  d’un cadeau  ! -
Du grain ou de l’ivraie, savoir le vrai du faux -
Peu importe qui revêt l’hermine à son manteau -
Petit peuple se contente d’une chemise, ou d’un maillot -

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RC   -  26 décembre 2012

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Un mirage d’eau et puis l’attente ( RC )


photo perso  Gaoua  Burkina Faso  2012

photo perso             Gaoua Burkina Faso      2012

 

 

 

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Entre un mirage d’eau, en bouteille,  et puis l’attente,

Comme, de plus, il n’y a pas d’eau courante

 

On ne pourra s’en servir

Pour traverser l’avenir

 

A capter le reflet du soleil

Sur le creux d’une bouteille

 

Mais cela fait toujours son effet

De ramener un trophée

 

La pause était courte, la voila à son terme

Ainsi… les portières se referment.

 

La voiture redémarre,  et la poussière soulevée efface

L’image des enfants, nus pieds, restés sur place…

 

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RC  – 26 dec 2012                – Tiebélé,           Burkina Faso

 

 

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Wyslava Szymborska – coup de foudre


peinture;               G Braque:                  paysage à la Ciotat            1907

 

 

 

 

 

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Je n’en  veux pas au  printemps

d’être  venu  à  nouveau.

Je ne lui  tiens pas  rigueur

de  remplir comme  chaque  année

ses obligations.

 

Je comprends  que  mon  chagrin

n’arrêtera  pas la   verdure.

Et le brin  d’herbe  s’il  hésite un  instant,

c’est  sur le  souffle du  vent.

 

Je ne souffre pas  trop  de  voir

que les  aulnes  au bord  de  l’eau

ont  de  quoi  bruire  à  nouveau.

 

Je prends bonne   note  du  fait

que- comme  si  tu   étais  toujours  là -

le bord  d’un certain  étang

est  resté aussi  beau  que  naguère.

 

Je ne garde  nulle  rancune

a la vue, pour la vue  de la baie

par le  soleil  éblouie.

 

Je parviens  même  à  imaginer

Les deux, mais pas nous du tout,

assis en  ce  moment  même

sur le  tronc  du  bouleau  abattu.

 

Je respecte leur  droit  absolu

au  chuchotement et  au  rire

et  au silence  du  bonheur.

 

J’irais même  jusqu’à  penser

que  c’est l’amour  qui  les  lie,

et qu’il  la  serre contre  lui

de son  bras  tout  à  fait vivant.

 

Quelque  chose  de nouveau, très oiseau,

bourdonne  dans les roseaux.

De tout mon coeur je souhaite

Qu’iils  puissent  tous  deux l’entendre.

 

Je n’exige  aucun  amendement

des  vagues  qui  s’abattent sur  la  rive,

ni aux vives,  ni aux  lascives

et qui  n’obéissent pas à  ma  loi.

 

Je  ne  demande  rien  de  rien

à l’étang  près de la  forêt,

qu’il  soit  émeraude

qu’il soit  saphyr,

qu’il  soit même  charbon.

 

Une seule  chose   je  refuse.

Revenir  à  tous  ces  endroits.

A ce privilège  de  présence-

Je renonce  par  la présente .

 

Je t’ai  tellement  vécu,

et  peut être juste  ce  qu’il faut,

pour  pouvoir  y  penser  de  loin.

 
Recueil  "Je ne  sais  quelles  gens"  traduit  du  polonais  par  Piotr Kaminski.

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François Corvol – mythologies 03


photo: Edw Steichen

Un jour tu refermeras l’ombrelle et tout ceci
coulera dans l’eau comme les ancres
tout ceci qui nous ensorcela
disparaîtra dans l’étang dans le fort, pris au piège
du temps de la vie de tout ce qui se dérobe à ton piano
dix doigts pour commencer le château
la cueillette des cerises le repas des oiseaux, nous avons
beau voyager retenir l’eau toujours je vois
la nuit les arbres les manteaux
un jour tu refermeras l’ombrelle et tout ceci
coulera dans l’eau comme les pierres
tout ceci qui nous ensorcela

-

d’autres textes  de François  Corvol, sont  disponibles  sur "décadence.net"

Image, montage  perso 2000,      à partir  de reproductions d’oeuvres  de Max Ernst


Brigitte Tosi – Les mains griffées


gravure main colossale 1835-        Monuments d’Egypte et de Nubie

 

 

 

 

Les mains griffées

 

De tous ces mots, là-bas, jetés au bord du monde,

Du verbe inachevé au point figé du bleu,

Du rêve inabouti noyé dans l’eau dormante,

Ne restent que nos mains emprisonnées de ronces

Gravant l’espoir aux murs de nos jardins secrets.

 

© B. Tosi

 

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Jean Daive – ombres


image:– montage perso

 

Franchis cheveux, nuques, regards. Franchis cerveau comme astre de l’esprit habité.

Le long d’une eau vertébrale, je glissai traversé d’ombres.

 

Jean Daive

in  » 1, 2 de la série non aperçue «


Une fontaine close, une source scellée (RC)


une fontaine close, une source scellée

En rapprochement avec une musique de Tristan Murail, musicien auteur de pièces électro-acoustiques, et auteur d’une composition qui porte ce titre, exactement:

C’est un jardin secret, ma soeur, ma fiancée, une source scellée, une fontaine close… 

et pour  ceux qu’il intéresserait d’aller  chercher  plus loin,  cela provient  des  "cantique des cantiques dont la citation exacte est: le cantique des cantiques 4 : 12-15 :

Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée une source fermée une fontaine scellée. Tes jets forment un jardin où sont des grenadiers avec les fruits les plus excellents, les troënes avec le nard, le nard et le safran, le roseau aromatiques et le cinnamone, avec tous les arbres qui donnent l’encens, la myrrhe, et l’aloès avec les principaux aromates. Une fontaine des jardins, une source d’eaux vives, des ruisseaux du Liban.

 

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a fountain closed, a sealed source

In combination with the music of Tristan Murail, musician author of electro-acoustic pieces, and author of a composition that title, exactly says:
"It’s a secret garden, my sister, my bride, a sealed fountain, a fountain closed …"

The beauty sleeping in the woods
The animal was not hard-pressed
The horn that sounded not hunting
It marked quietly, passing time

The fountain was motionless
Members and face gracile
No longer turned a round earth
Indeed, the origin of the world

Freezing is softens
His thickness ,thinner
the song of the water has returned to
Life and color have made a comeback

-

La belle dormant aux bois
La bête n’était pas aux abois
Le cor qui sonnait n’était pas de chasse
Il marquait doucement, le temps qui passe

La fontaine était immobile
Les membres et le visage gracile
Ne tournait plus une terre ronde
Enfin, l’origine du monde

La gelée est adoucie
Son épaisseur amincie
Le chant de l’eau a repris son cours
Vie et couleur ont fait leur retour

RC    sept 2011

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Eugenio de Andrade – Chanter


dessin: ----Agnès Sadak 1978

 

 

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Le corps brûle dans l’ombre,

cherche la source.

Je sais maintenant

où commence la tendresse :

je reconnais

l’arbuste du feu.

J’ai connu le désert

de la chaux

La racine du lin

a été mon aliment

a été mon tourment.

Mais alors je chantais.

De même que la nuit remonte aux sources,

moi-même je reviens vers les eaux .


Paul Celan- Voix dans le vert


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Voix dans le vert

-

du plan d’eau entaillées.
Quand le martin-pêcheur plonge,
la seconde vibre:
ce qui se tenait à ses côtés
sur chacune des rives
avance,
fauché en un autre tableau.
Voix venues du chemin aux orties:
Viens à nous sur les mains.
Qui est seul avec la lampe,
Pour y lire, n’a que sa main.
—-

Paul Celan, in Grille de parole, traduit par Martine Broda, Christian Bourgois éd

 

peinture: E Vuillard


G Titus-Carmel – Ici est le pays sans déception


dessin: Titus Carmel de la "suite Narva"

 

 

 

 

« Ici est le pays sans déception.

Car la nuit, toujours souveraine, se montre magnanime : elle se déverse généreusement en nous, sans mesure ni remords, et rafraîchit celui qu’une trop forte passion consume à l’intérieur.

Chaque soir, elle s’ouvre ainsi qu’une vaste et accueillante étendue d’eau noire, plus vastement encore que les plus larges fleuves connus, plus sombre que les grands lacs, avec des berges qui s’ourlent de lointain dès qu’on avance.

Et c’est de tout son mystère qu’elle nous introduit à sa lumière ― à son «obscure clarté» au sein de quoi se dilue notre ardent désir de paix et d’oubli.

 

On dit alors qu’on a la nuit au corps.


Olivier Domerg – Le rideau de dentelle


peinture: Fernand Léger figure et rose 1931

 

 

 

 

«  Où est le réel ? flottant, floconneux, flou. De l’air   ! de l’air !

Des nuées sirupeuses. Des dorures. Des nappages. Du flou.

Des nuages.

De l’air et de l’eau en suspension. En fines gouttelettes.

En vapeur. En "plumes d’ange" (les revoici donc ces chérubins chéris, chéru-bibis séraphiques, bénis des cieux / pieux / vieux / dieux ?).

En brumes cotonneuses. Où est le réel en ces parages où l’écriture le dispute au démiurge ? À quel ciel se vouer quand on ne croit en rien ?

Et n’est-ce pas le lieu même du leurre ? Du leurre et de la couleur (blanc azuré, orange ou rouge crépuscule) ? Du leurre et de l’emphase, du lyrisme niais, vertical ; béatitude des saintes buées ? Du leurre de la douleur expiée ?

Élévation. Dévotion. Évasion. Manipulation ? Où est le réel dans ce trop-plein de dogmes, discours, croyances nébuleuses, bondieuseries patentes, représentations saturées ? »

 

 

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Olivier Domerg  est publié aux éditions   "Le bleu du ciel", il a été aussi été publié  "Une Campagne", aux mêmes  éditions   ( http://editionlebleuduciel.free.fr ).

En savoir plus ?   c’est  ici, avec  "autres et pareils"

—–

Le bleu du ciel  publie  également Claude Chambard,  qui a fait l’objet de trois  articles  ici,  deux  extraits  du  "chemin vers la cabane",  et  "transformation".

 

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dessin ;Fernand Léger; Album : la ville, Paris, édition Tériade, planche 6; Les amoureux dans la rue


retraits d’hier en hivers (RC)


 

 

 

Le manteau gelé              de la falaise d’eau
Mur de pâte bleutée,                  – un rideau
Au griffes du temps, la chape appesantie
Immobilise la source,  –        déjà ralentie

La lave de froid,       suspend les instants
De vie ruisselante, jusqu’aux printemps
Et la congèle,                 – directe assassine
En coulures blanches, jusqu’aux racines

Que même l’astre – de passage – épanoui
Ne parvient pas          à les rendre à la vie
Se heurte et rebondit sur les cristaux
Tranchants       comme  des couteaux

Il faudrait       changer d’hémisphère
Ou refaire                un tour de la terre
D’un coup de baguette  –             magie
Et libérer tout à coup –           l’énergie

Laisser de côté                     le manteau de glace
Faire  que semaines                          -  se passent
Que d’airs nouveaux,                     la vie se dope
Qu’entre  feuilles mortes,les herbes  développent

Un timide tapis ,            duvet de bonheur
Etoilé de fleurs – , mouvements,couleurs
Et que reprenne      les insectes, la course
Des bourgeons                        et des sources

-                     C’est bientôt  chose faite
L’hiver, en rétréci, détale sa défaite
Accompagné      d’accords musicaux
Du refrain     des  chants des oiseaux

 

inspiré  de  "sous le manteau  d’hiver"   (JoBougon)


Mehaoudi Ahmed – A ce désert


 

 

photo David Rey - désert de Namibie

 

 

Mehaoudi Ahmed,           lundi 30 janvier 2012, 22:41 ·

 

 

A ce désert

Enfoui dans mes tiroirs

J’ai livré des pas

autour de ma ressemblance

Parfois des reflets dans l’eau

où je me voyais tremblant

Ou ailleurs à suivre sur le sable

mon désir de la voir

De chercher

au fond de mon errance

ce qu’il  me fallait de consolantes voix

 

A ce désert

Fermé  là comme l’incandescent trésor d’amour

Souvent à balbutier ces débris de son visage

Ses dernières haleines

Ses petits bouts de doigts contre mes doigts

Mes yeux baissés

A réclamer ses larmes

Et nous étions parti l’un pour l’autre

 

A ce désert

Comme quelquefois j’étais désarmé

La dune l’ultime fut mon étreinte solitaire

 

à ce désert

Il ne s’en va pas

Si sa trace d’elle aura toujours mon reflet tremblant dans l’eau….

 

 

art: gouache découpée H Matisse de - "jazz"


Robert Piccamiglio – roman japonais


photographie : Steven Cook

 

 

 

Un autre  des  "poème-affiche" de l’écrivain et dramaturge Robert Piccamiglio

—————

Elle se baigne
avec dans les mains
un roman japonais
qui ressemble à un champ
de peupliers très haut
vers le ciel

Et quand sa tête
est sous la surface de l’eau
le roman japonais la suit
et s’inquiète de savoir
quand elle va remonter
pour continuer à caresser
ses pages

Ensuite le roman japonais
qui ressemble à un champ
de peupliers très haut
vers le ciel
lui passe sa sortie de bain
et essaye au passage
de toucher une partie
de son corps très blanc

Alors la jeune femme
une fois de plus déchire
une page de son roman japonais
qui s’en va rejoindre
dans la poubelle sous le lavabo
une de ses serviettes hygiéniques
parfumée à l’encre de chine
bleu comme le ciel

 

 

— à découvrir  aussi  ( lire ou relire), les  extraits  précédents  de  "Midlands"  et Smith & Wesson:


Eugène Durif – L’étreinte, le temps 05


photo: Katia Chauseva

L’avant-printemps nous a saisis en élégies craintives.

Petites filles se tenant par la main,

au poignet, le bracelet rosé d’une montre en toc.

Le soir, voitures abandonnées sur les berges, la lente montée des eaux.


Else Lasker-Schüler : – LE CHANT DE MA VIE


LE CHANT DE MA VIE

Vois mon visage arpenté… Plus bas se penchent les étoiles. Vois mon visage arpenté.

Tous mes chemins fleuris Conduisent à des eaux sombres, Fratrie en discorde mortelle.

Les étoiles se sont faites vieillardes… Vois mon visage arpenté.

DAS LIED MEINES LEBENS

Sieh in mein verwundertes Gesicht… Tiefer beugen sich die Sterne. Sieh in mein verwundertes Gesicht.

Alle meine Blumenwege Führen auf dunkle Gewässer, Geschwister, die sich tödlich stritten.

Greise sind die Sterne geworden… Sieh in mein verwundertes Gesicht.


Michèle Deschannel — au hasard d’une faille


dessin perso - Bonnecombe

Michèle Deschannel au hasard d’une faille

( extrait dela compilation poétique "dans tous les sens"

Retenir un lieu,
Et laisser fuir une image.
Retenir un mot,
Et laisser fuir une page.

Pour que jamais
Ne s’impose le point
Et toujours respire
La mémoire.

Pressée au cœur d’une
Vague déferlante,
Comment rester goutte d’eau
Vivante ?

Espace en reflet
Sans qui l’inaudible
Serait tu.


Muhammad IQBAl – dialogue


DIALOGUE

DIEU.

J’ai fait ce monde d’eau et d’argile !

toi tu as fait l’Iran, la Tartarie, le Zanzibar.

Avec de la terre j’ai fait l’acier ;

toi tu as fait l’épée, la flèche, le fusil,

tu as fait la hache pour l’arbre de la prairie,

tu as fait la cage pour l’oiseau chanteur.

peinture - Philppe Baret cage 2007

L’HOMME.

Tu as fait la nuit, moi j’ai fait la lampe.

Tu as fait l’argile, moi j’ai fait la coupe.

Tu as créé les déserts, les vallées, les montagnes,

moi j’ai fait les parterres, les jardins, les roseraies.

Moi, de la pierre, j’ai tiré le verre

et, du poison, l’antidote.

Muhammad IQBAl


Mabel Moreno – Rivages


Rivages :

Chanson du bord de l’eau

 

si elle était assise au bord du ruisseau dans la lumière

– si je lui donnais le mot ruisseau en échange

– mais elle avance seule dans n’importe quelle rue.

La solitude est le lit de sa rivière -

dans ses yeux elle garde la lumière noire.

Mais elle avance pourtant

- Aveugle et lumineuse dans le soir.

 

Elle me dit quelques mots que je ne comprends pas -

Pourtant je la suis, je me perds dans ces mots

- Je me perds dans la voix de ses pas

- Je pourrais m’arrêter ici, sur ce trottoir

- Mais elle me conduit vers de vives syllabes.

 

 

montage perso - mix "Miss Coquille"

Elle me demande si je la suivrai quand elle traversera la mer

- je regarde sa bouche

- sa langue dessine un autre mot quand elle parle de moi, quand elle parle avec moi.

Le Piano sur la gauche, le Blanc en aplats

 

- Elle dessine l’ondulation des jours sur une plage

- La vague sur mon visage à l’ombre de ses doigts

- Et le son liquide de son corps au bord du mien-

 

 

Phrases en écho de Rémi Froger et Mabel Moreno