Thomas Pontillo – Il suffirait qu’un peu de ciel
extrait de Ce qu’ a dit la beauté
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Il suffirait qu’un peu de ciel
appelle d’une voix d’eau ou de vent
pour que l’air ouvre des portes battantes
vers la mer nourrie de larmes,
pour que tout se révèle,
troué d’étoiles éblouies et de joie.
Mais les oiseaux se sont tus,
le ciel est noir et vide,
les décombres s’entassent près de nos murs,
plus personne n’ouvre les yeux,
car la chair nous a quittés.
à lire parmi beaucoup de très beaux textes de Thomas Pontillo, visibles ici
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Cycle des gouttes recommencées ( RC )

photo confluent Rhône & Saône du site
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A chaque goutte d’eau, le cycle recommencé
Ce qui s’enfuit en vapeur, retombe un peu plus tard,
En condensé, et les grandes rivières s’en vont leur chemin
Saluées par les arbres qui s’inclinent sur leur destin,
Enracinés d’un apparent immobile,
Pendant que plus d’un printemps, des saisons alternées
Promettent d’autres senteurs, de nouvelles nappes.
On remet de couvert, pour des années dansées,
A l’égard de temps, pour nous, recommencés.
Mais en se posant un peu, la tête sur les épaules,
Sous les mêmes ponts, coulent des eaux semblables…
La Saône a conservé sa couleur olive,
Et le Rhône le bleu-vert , au long cours,
Lorsqu’ils se rencontrent en noces liquides.
Rien ne semble changé, les enfants jouent toujours au parc
Nous avons perdu la clé, ce ne sont pas les mêmes,
Qui se succèdent, sous l’oeil bienveillant
Des mères ,tenant par ailleurs très bien leur rôle
A l’ombre des saules…
On aurait pourtant pensé, filmée en accéléré,
Que l’éternité se déroulait, recommencée,
Comme deux gouttes d’eau, dit-on
Poursuivant leur cycle
Au delà des saisons.
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RC - 5 mars 2013
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Je ne te vois pluie ( RC )

photo Electroluminescence [Cee]
Contre le mur, tu as tourné la tête
Une lourdeur tropicale,
Et les nuages s’écrasent
Aux éclats des ardoises
De la ville
On dirait qu’aux assauts du temps
Elle jouerait -rebelle-
Opposant la pierre et le bitume
Aux rideaux d’argent,
Le fluide.
Rebondit, aux fleurs noires
Les parapluies qui se hâtent,
Et la rue qui tangue
Sous un ciel plomb
Et l’horizon qui s’échappe.
Même les bruits courants,
Sont bus en cascade,
Et les paroles se sont tues
Derrière un rideau translucide
—-C’est l’eau me dis-tu.
Sans les paroles, enfin, ce que je lis
De la forme de tes lèvres.
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Oui l’eau —-( bien sûr, quand il pleut )
Mais aucun son ne me vient
Tu me parles, et je n’entends rien.
Et même, tu rétrécis
Et te fonds dans le mur gris
Les vêtements humides
Et sous le parapluie.
Tu as tourné la tête….
—
Je ne t’entends plus
Je ne te vois pluie…
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RC – 27 février 2013
Dominique Daguet – être seulement

photo: Philippe Morel
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Cette vie ne coule pas.
Chaque heure est une conquête,
dans chaque geste.
Car l’eau, le sable, le vent ne se laissent dominer que dans la patience,
avec lenteur.
Dominique DAGUET – ÊTRE SEULEMENT
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Sabine Sicaud – jours de fièvre
Ce que je veux ? Une carafe d’eau glacée.
Rien de plus. Nuit et jour, cette eau, dans ma pensée,
Ruisselle doucement comme d’une fontaine.
Elle est blanche, elle est bleue à force d’être fraîche.
Elle vient de la source ou d’une cruche pleine.
Elle a cet argent flou qui duvête les pêches
Et l’étincellement d’un cristal à facettes.
Elle est de givre fin, de brouillard, de rosée,
Jaillit de chaque vasque en gerbes irisées,
Glisse de chaque branche en rondes gouttelettes.
Au coeur de la carafe, elle rit. Elle perle
Sur son ventre poli, comme une sueur gaie.
En mille petits flots, pour rien, elle déferle,
Ou n’est qu’un point comme un brillant dans une haie.
Elle danse au plafond, se complaît dans la glace,
Frappe aux carreaux avec la pluie. Ah ! ces cascades…
C’est le Niagara, vert bleu, vert Nil, vert jade,
C’est l’eau miraculeuse en un fleuve de grâce ;
Toute l’eau des névés, des lacs, des mers nordiques,
Toute l’eau du Rocher de Moïse, l’eau pure
D’une oasis perdue au centre de l’Afrique ;
Toute l’eau qui mugit, toute l’eau qui murmure,
Toute l’eau, toute l’eau du ciel et de la terre,
Toute l’eau concentrée au creux glacé d’un verre !
Je ne demande rien qu’un verre d’eau glacée…
Vous ne voyez donc pas mes doigts brûlants de fièvre,
Mes doigts tendus vers l’eau qui fuit ? Mes pauvres lèvres
Sèches comme une plante à la tige cassée ?
La soif qui me torture est celle des grands sables
Où galope toujours le simoun. Je ne pense
Qu’à ce filet d’eau merveilleuse, intarissable,
Où des poissons heureux circulent. Transparence,
Fraîcheur… Est-il rien d’autre au monde que j’implore ?
Alcarazas, alcarazas… un café maure
Et, dans la torpeur bleue où des buveurs s’attardent,
Un verre débordant parmi les autres verres,
Un verre sans couleurs subtiles qui le fardent,
Mais rempli de cette eau si froide, nette, claire…
Ah ! prenez pour cette eau ce qui me reste à vivre,
Mais laissez-la couler en moi, larmes de givre,
Don de l’hiver à ce brasier qui me consume.
Vous souvient-il de ces bruits clairs, dans de l’écume,
Au bord d’un gave fou ? J’ai soif de tous les gaves.
Les sabots des mulets, vous souvient-il, s’y lavent,
Les pieds du chemineau s’y délassent. Dieu juste,
Ne puis-je boire au moins comme le pré, l’arbuste,
Le chien de la montagne au fil de l’eau qui court ?
Cette eau… Cette eau qui m’échappe toujours,
Qui, nuit et jour, obsède ma pensée…
Ne m’accorderez-vous deux gouttes d’eau glacée ?
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Conte d’élections, sur rimes en O ( RC )
Enluminure: la tempête apaisée
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Roi et prince sont dans un château -
Autour du château - des douves remplies d’eau -
Des nuages éclatent – nous dit la météo -
Ce qui veut dire – il ne fait pas beau -
Et décrire aussi - comme il pleut à seaux -
Roi et prince tombent alors dans l’eau -
Point de barque qui passe - ou de bateau -
Couronne roule par le fond - avec ses émaux -
Si un des deux survit ( ou sauvera sa peau ) -
Flotteront des plumes – celles d’un beau chapeau -
Canards ou canetons suivent – ou autres animaux -
Le vol des vautours – ou bien des corbeaux -
Sous l’oeil étonné , de nombreux badeaux -
…. Succession oblige - se présentent hobereaux -
Ducs, barons, - et même , généraux -
Chacun à brandir son propre drapeau -
Et même , la faucille et le marteau -
On a toujours besoin de nouveaux héros -
Car, pour repartir de zéro -
Ne se voient pas de la cuirasse, les défauts -
Nouveau roi, nouveau prince – portés haut -
- Tu parles d’un cadeau ! -
Du grain ou de l’ivraie, savoir le vrai du faux -
Peu importe qui revêt l’hermine à son manteau -
Petit peuple se contente d’une chemise, ou d’un maillot -
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RC - 26 décembre 2012
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Un mirage d’eau et puis l’attente ( RC )
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Entre un mirage d’eau, en bouteille, et puis l’attente,
Comme, de plus, il n’y a pas d’eau courante
On ne pourra s’en servir
Pour traverser l’avenir
A capter le reflet du soleil
Sur le creux d’une bouteille
Mais cela fait toujours son effet
De ramener un trophée
La pause était courte, la voila à son terme
Ainsi… les portières se referment.
La voiture redémarre, et la poussière soulevée efface
L’image des enfants, nus pieds, restés sur place…
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RC – 26 dec 2012 – Tiebélé, Burkina Faso
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Wyslava Szymborska – coup de foudre
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Je n’en veux pas au printemps
d’être venu à nouveau.
Je ne lui tiens pas rigueur
de remplir comme chaque année
ses obligations.
Je comprends que mon chagrin
n’arrêtera pas la verdure.
Et le brin d’herbe s’il hésite un instant,
c’est sur le souffle du vent.
Je ne souffre pas trop de voir
que les aulnes au bord de l’eau
ont de quoi bruire à nouveau.
Je prends bonne note du fait
que- comme si tu étais toujours là -
le bord d’un certain étang
est resté aussi beau que naguère.
Je ne garde nulle rancune
a la vue, pour la vue de la baie
par le soleil éblouie.
Je parviens même à imaginer
Les deux, mais pas nous du tout,
assis en ce moment même
sur le tronc du bouleau abattu.
Je respecte leur droit absolu
au chuchotement et au rire
et au silence du bonheur.
J’irais même jusqu’à penser
que c’est l’amour qui les lie,
et qu’il la serre contre lui
de son bras tout à fait vivant.
Quelque chose de nouveau, très oiseau,
bourdonne dans les roseaux.
De tout mon coeur je souhaite
Qu’iils puissent tous deux l’entendre.
Je n’exige aucun amendement
des vagues qui s’abattent sur la rive,
ni aux vives, ni aux lascives
et qui n’obéissent pas à ma loi.
Je ne demande rien de rien
à l’étang près de la forêt,
qu’il soit émeraude
qu’il soit saphyr,
qu’il soit même charbon.
Une seule chose je refuse.
Revenir à tous ces endroits.
A ce privilège de présence-
Je renonce par la présente .
Je t’ai tellement vécu,
et peut être juste ce qu’il faut,
pour pouvoir y penser de loin.
Recueil "Je ne sais quelles gens" traduit du polonais par Piotr Kaminski.
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François Corvol – mythologies 03
photo: Edw Steichen
Un jour tu refermeras l’ombrelle et tout ceci
coulera dans l’eau comme les ancres
tout ceci qui nous ensorcela
disparaîtra dans l’étang dans le fort, pris au piège
du temps de la vie de tout ce qui se dérobe à ton piano
dix doigts pour commencer le château
la cueillette des cerises le repas des oiseaux, nous avons
beau voyager retenir l’eau toujours je vois
la nuit les arbres les manteaux
un jour tu refermeras l’ombrelle et tout ceci
coulera dans l’eau comme les pierres
tout ceci qui nous ensorcela
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d’autres textes de François Corvol, sont disponibles sur "décadence.net"
Image, montage perso 2000, à partir de reproductions d’oeuvres de Max Ernst
Brigitte Tosi – Les mains griffées
Les mains griffées
De tous ces mots, là-bas, jetés au bord du monde,
Du verbe inachevé au point figé du bleu,
Du rêve inabouti noyé dans l’eau dormante,
Ne restent que nos mains emprisonnées de ronces
Gravant l’espoir aux murs de nos jardins secrets.
© B. Tosi
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Jean Daive – ombres
Franchis cheveux, nuques, regards. Franchis cerveau comme astre de l’esprit habité.
Le long d’une eau vertébrale, je glissai traversé d’ombres.
Jean Daive
in » 1, 2 de la série non aperçue «
Une fontaine close, une source scellée (RC)
une fontaine close, une source scellée
En rapprochement avec une musique de Tristan Murail, musicien auteur de pièces électro-acoustiques, et auteur d’une composition qui porte ce titre, exactement:
C’est un jardin secret, ma soeur, ma fiancée, une source scellée, une fontaine close…
( et pour ceux qu’il intéresserait d’aller chercher plus loin, cela provient des "cantique des cantiques dont la citation exacte est: le cantique des cantiques 4 : 12-15 :
Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée une source fermée une fontaine scellée. Tes jets forment un jardin où sont des grenadiers avec les fruits les plus excellents, les troënes avec le nard, le nard et le safran, le roseau aromatiques et le cinnamone, avec tous les arbres qui donnent l’encens, la myrrhe, et l’aloès avec les principaux aromates. Une fontaine des jardins, une source d’eaux vives, des ruisseaux du Liban.
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a fountain closed, a sealed source
In combination with the music of Tristan Murail, musician author of electro-acoustic pieces, and author of a composition that title, exactly says:
"It’s a secret garden, my sister, my bride, a sealed fountain, a fountain closed …"
The beauty sleeping in the woods
The animal was not hard-pressed
The horn that sounded not hunting
It marked quietly, passing time
The fountain was motionless
Members and face gracile
No longer turned a round earth
Indeed, the origin of the world
Freezing is softens
His thickness ,thinner
the song of the water has returned to
Life and color have made a comeback
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La belle dormant aux bois
La bête n’était pas aux abois
Le cor qui sonnait n’était pas de chasse
Il marquait doucement, le temps qui passe
La fontaine était immobile
Les membres et le visage gracile
Ne tournait plus une terre ronde
Enfin, l’origine du monde
La gelée est adoucie
Son épaisseur amincie
Le chant de l’eau a repris son cours
Vie et couleur ont fait leur retour
RC sept 2011
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Eugenio de Andrade – Chanter
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Le corps brûle dans l’ombre,
cherche la source.
Je sais maintenant
où commence la tendresse :
je reconnais
l’arbuste du feu.
J’ai connu le désert
de la chaux
La racine du lin
a été mon aliment
a été mon tourment.
Mais alors je chantais.
De même que la nuit remonte aux sources,
moi-même je reviens vers les eaux .
Paul Celan- Voix dans le vert
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Voix dans le vert
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Paul Celan, in Grille de parole, traduit par Martine Broda, Christian Bourgois éd

peinture: E Vuillard
G Titus-Carmel – Ici est le pays sans déception
« Ici est le pays sans déception.
Car la nuit, toujours souveraine, se montre magnanime : elle se déverse généreusement en nous, sans mesure ni remords, et rafraîchit celui qu’une trop forte passion consume à l’intérieur.
Chaque soir, elle s’ouvre ainsi qu’une vaste et accueillante étendue d’eau noire, plus vastement encore que les plus larges fleuves connus, plus sombre que les grands lacs, avec des berges qui s’ourlent de lointain dès qu’on avance.
Et c’est de tout son mystère qu’elle nous introduit à sa lumière ― à son «obscure clarté» au sein de quoi se dilue notre ardent désir de paix et d’oubli.
On dit alors qu’on a la nuit au corps.
Olivier Domerg – Le rideau de dentelle
« Où est le réel ? flottant, floconneux, flou. De l’air ! de l’air !
Des nuées sirupeuses. Des dorures. Des nappages. Du flou.
Des nuages.
De l’air et de l’eau en suspension. En fines gouttelettes.
En vapeur. En "plumes d’ange" (les revoici donc ces chérubins chéris, chéru-bibis séraphiques, bénis des cieux / pieux / vieux / dieux ?).
En brumes cotonneuses. Où est le réel en ces parages où l’écriture le dispute au démiurge ? À quel ciel se vouer quand on ne croit en rien ?
Et n’est-ce pas le lieu même du leurre ? Du leurre et de la couleur (blanc azuré, orange ou rouge crépuscule) ? Du leurre et de l’emphase, du lyrisme niais, vertical ; béatitude des saintes buées ? Du leurre de la douleur expiée ?
Élévation. Dévotion. Évasion. Manipulation ? Où est le réel dans ce trop-plein de dogmes, discours, croyances nébuleuses, bondieuseries patentes, représentations saturées ? »
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Olivier Domerg est publié aux éditions "Le bleu du ciel", il a été aussi été publié "Une Campagne", aux mêmes éditions ( http://editionlebleuduciel.free.fr ).
En savoir plus ? c’est ici, avec "autres et pareils"
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Le bleu du ciel publie également Claude Chambard, qui a fait l’objet de trois articles ici, deux extraits du "chemin vers la cabane", et "transformation".
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dessin ;Fernand Léger; Album : la ville, Paris, édition Tériade, planche 6; Les amoureux dans la rue
retraits d’hier en hivers (RC)

Le manteau gelé de la falaise d’eau
Mur de pâte bleutée, – un rideau
Au griffes du temps, la chape appesantie
Immobilise la source, – déjà ralentie
La lave de froid, suspend les instants
De vie ruisselante, jusqu’aux printemps
Et la congèle, – directe assassine
En coulures blanches, jusqu’aux racines
Que même l’astre – de passage – épanoui
Ne parvient pas à les rendre à la vie
Se heurte et rebondit sur les cristaux
Tranchants comme des couteaux
Il faudrait changer d’hémisphère
Ou refaire un tour de la terre
D’un coup de baguette – magie
Et libérer tout à coup – l’énergie
Laisser de côté le manteau de glace
Faire que semaines - se passent
Que d’airs nouveaux, la vie se dope
Qu’entre feuilles mortes,les herbes développent
Un timide tapis , duvet de bonheur
Etoilé de fleurs – , mouvements,couleurs
Et que reprenne les insectes, la course
Des bourgeons et des sources
- C’est bientôt chose faite
L’hiver, en rétréci, détale sa défaite
Accompagné d’accords musicaux
Du refrain des chants des oiseaux
inspiré de "sous le manteau d’hiver" (JoBougon)
Mehaoudi Ahmed – A ce désert

photo David Rey - désert de Namibie
Mehaoudi Ahmed, lundi 30 janvier 2012, 22:41 ·
A ce désert
Enfoui dans mes tiroirs
J’ai livré des pas
autour de ma ressemblance
Parfois des reflets dans l’eau
où je me voyais tremblant
Ou ailleurs à suivre sur le sable
mon désir de la voir
De chercher
au fond de mon errance
ce qu’il me fallait de consolantes voix
A ce désert
Fermé là comme l’incandescent trésor d’amour
Souvent à balbutier ces débris de son visage
Ses dernières haleines
Ses petits bouts de doigts contre mes doigts
Mes yeux baissés
A réclamer ses larmes
Et nous étions parti l’un pour l’autre
A ce désert
Comme quelquefois j’étais désarmé
La dune l’ultime fut mon étreinte solitaire
à ce désert
Il ne s’en va pas
Si sa trace d’elle aura toujours mon reflet tremblant dans l’eau….
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art: gouache découpée H Matisse de - "jazz"
Robert Piccamiglio – roman japonais
- photographie : Steven Cook
Un autre des "poème-affiche" de l’écrivain et dramaturge Robert Piccamiglio
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Elle se baigne
avec dans les mains
un roman japonais
qui ressemble à un champ
de peupliers très haut
vers le ciel
Et quand sa tête
est sous la surface de l’eau
le roman japonais la suit
et s’inquiète de savoir
quand elle va remonter
pour continuer à caresser
ses pages
Ensuite le roman japonais
qui ressemble à un champ
de peupliers très haut
vers le ciel
lui passe sa sortie de bain
et essaye au passage
de toucher une partie
de son corps très blanc
Alors la jeune femme
une fois de plus déchire
une page de son roman japonais
qui s’en va rejoindre
dans la poubelle sous le lavabo
une de ses serviettes hygiéniques
parfumée à l’encre de chine
bleu comme le ciel
— à découvrir aussi ( lire ou relire), les extraits précédents de "Midlands" et Smith & Wesson:
Eugène Durif – L’étreinte, le temps 05
L’avant-printemps nous a saisis en élégies craintives.
Petites filles se tenant par la main,
au poignet, le bracelet rosé d’une montre en toc.
Le soir, voitures abandonnées sur les berges, la lente montée des eaux.
Else Lasker-Schüler : – LE CHANT DE MA VIE
LE CHANT DE MA VIE
Vois mon visage arpenté… Plus bas se penchent les étoiles. Vois mon visage arpenté.
Tous mes chemins fleuris Conduisent à des eaux sombres, Fratrie en discorde mortelle.
Les étoiles se sont faites vieillardes… Vois mon visage arpenté.
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DAS LIED MEINES LEBENS
Sieh in mein verwundertes Gesicht… Tiefer beugen sich die Sterne. Sieh in mein verwundertes Gesicht.
Alle meine Blumenwege Führen auf dunkle Gewässer, Geschwister, die sich tödlich stritten.
Greise sind die Sterne geworden… Sieh in mein verwundertes Gesicht.
Michèle Deschannel — au hasard d’une faille
Michèle Deschannel au hasard d’une faille
( extrait dela compilation poétique "dans tous les sens"
Retenir un lieu,
Et laisser fuir une image.
Retenir un mot,
Et laisser fuir une page.
Pour que jamais
Ne s’impose le point
Et toujours respire
La mémoire.
Pressée au cœur d’une
Vague déferlante,
Comment rester goutte d’eau
Vivante ?
Espace en reflet
Sans qui l’inaudible
Serait tu.
Muhammad IQBAl – dialogue
DIALOGUE
DIEU.
J’ai fait ce monde d’eau et d’argile !
toi tu as fait l’Iran, la Tartarie, le Zanzibar.
Avec de la terre j’ai fait l’acier ;
toi tu as fait l’épée, la flèche, le fusil,
tu as fait la hache pour l’arbre de la prairie,
tu as fait la cage pour l’oiseau chanteur.
L’HOMME.
Tu as fait la nuit, moi j’ai fait la lampe.
Tu as fait l’argile, moi j’ai fait la coupe.
Tu as créé les déserts, les vallées, les montagnes,
moi j’ai fait les parterres, les jardins, les roseraies.
Moi, de la pierre, j’ai tiré le verre
et, du poison, l’antidote.
Muhammad IQBAl
Mabel Moreno – Rivages
Rivages :
Chanson du bord de l’eau
si elle était assise au bord du ruisseau dans la lumière
– si je lui donnais le mot ruisseau en échange
– mais elle avance seule dans n’importe quelle rue.
La solitude est le lit de sa rivière -
dans ses yeux elle garde la lumière noire.
Mais elle avance pourtant
- Aveugle et lumineuse dans le soir.
Elle me dit quelques mots que je ne comprends pas -
Pourtant je la suis, je me perds dans ces mots
- Je me perds dans la voix de ses pas
- Je pourrais m’arrêter ici, sur ce trottoir
- Mais elle me conduit vers de vives syllabes.
Elle me demande si je la suivrai quand elle traversera la mer
- je regarde sa bouche
- sa langue dessine un autre mot quand elle parle de moi, quand elle parle avec moi.
Le Piano sur la gauche, le Blanc en aplats
- Elle dessine l’ondulation des jours sur une plage
- La vague sur mon visage à l’ombre de ses doigts
- Et le son liquide de son corps au bord du mien-
Phrases en écho de Rémi Froger et Mabel Moreno

















