Pierre Gabriel – laisse ici ton bagage d’espoir

peinture Pierre Soulages
LAISSE ICI TON BAGAGE D ESPOIR..
Laisse ici ton bagage d’espoirs,
De peurs secrètes, de ténèbres,
Tes oripeaux d’enfance, tes ferveurs,
Et tous les morts qui t’accompagnent
De leurs paisibles voix aimées.
Tu dois poursuivre seul,
Lourd de tes mots, de tes silences,
Sans autre recours que ton dénuement,
Pour mesurer ta vie
A l’abandon des êtres et des rêves,
Pour que ton âme s’illumine
De ce qu’elle a quitté.
Ce qui est écrit sur la pierre
Ne t’apprend rien que tu ne saches.
Méfie-toi de ces mots qui voudraient
Te parler de toi. Ils sont leurres.
Ce qu’ils cherchent à dire
Demeure en deçà des paroles.
Fouille en toi plus profond,
Jusqu’à cette lueur qui tremble
En ce miroir embué de ténèbres
Où ton visage dort encore.
Ne désespère pas, tout est si proche,
Ta lumière ici fait silence.
Toutes les routes sont promises
A qui les rêve sans les voir.
L’une s’ouvre à tous les voyages,
L’autre avec toi s’enfonce au coeur du temps,
La troisième fait don d’une enfance
A celui qui n’en avait plus,
Une autre encore à l’errance t’incite
Vers une terre en friche où naisse enfin
L’espoir sous la parole et toute paix
Dans le regard des hommes.
Tu t’inventes, les yeux fermés,
Le seul chemin qui ne mène qu’à toi.
Ce que le monde te raconte,
Préserve-le comme un secret
Scellé sous l’écorce de la chair.
Au fond de tes yeux veille encore
L’innocence du premier regard.
Chaque syllabe en toi fait don
De sa lumière au jour qui la suscite
Et, d’un souffle, renait pour mourir
D’une autre vie, d’elle-même jaillie.
L’été, la nuit, tout t’habite à jamais,
La neige, le galet, l’oiseau perdu
Et cette flaque où le ciel nu respire.
PIERRE GABRIEL "Où ta demeure, voyageur ?"
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Tendre le bras vers les étoiles ( RC )

S’il y a du souffle et de la poussière
Pour tendre le bras vers les étoiles
Modifiant tout à coup l’équilibre planétaire
La trajectoire des corps, mettant les voiles
La tête au milieu des nébuleuses
Le ciel s’est enflé de lumière violette
Echo d’Orion vers Betelgeuse
Du fracas d’une comète
A la verticale de l’été
Au fond de tout ce noir
Pour perdre ses droites allées
Et la lumière de l’espoir
Le matin confisque son charme
Dans de lointains obscurs
Habités par les larmes
– pour une autre aventure -
Je ne sais pas si tendre les bras suffit
A jouer avec les astres
Aveuglé, je ne vois que la nuit
Et du matin qui s’en va,… le désastre…
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RC – 2 février 2013
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Luis Cernuda – Cimetière dans la ville

photo: H Cartier-Bresson, 1934 – Mexique
Derrière la grille ouverte entre les murs,
la terre noire sans arbres, sans une herbe,
les bancs de bois où vers le soir
s’assoient quelques vieillards silencieux.
Autour sont les maisons, pas loin quelques boutiques,
des rues où jouent les enfants, et les trains
passent tout près des tombes. C’est un quartier pauvre.
Comme des raccommodages aux façades grises,
le linge humide de pluie pend aux fenêtres.
Les inscriptions sont déjà effacées
sur les dalles aux morts d’il y a deux siècles,
sans amis pour les oublier, aux morts
clandestins. Mais quand le soleil paraît,
car le soleil brille quelques jours vers le mois de juin,
dans leur trou les vieux os le sentent, peut-être.
Pas une feuille, pas un oiseau. La pierre seulement. La terre.
L’enfer est-il ainsi. La douleur y est sans oubli,
dans le bruit, la misère, le froid interminable et sans espoir.
Ici n’existe pas le sommeil silencieux
de la mort, car la vie encore
poursuit son commerce sous la nuit immobile.
Quand l’ombre descend du ciel nuageux
et que la fumée des usines s’apaise
en poussière grise, du bistrot sortent des voix,
puis un train qui passe
agite de longs échos tel un bronze en colère.
Ce n’est pas encore le jugement, morts anonymes.
Dormez en paix, dormez si vous le pouvez.
Peut-être Dieu lui-même vous a-t-il oubliés.
Tras la reja abierta entre los muros,
La tierra negra sin árboles ni hierba,
Con bancos de madera donde allá a la tarde
Se sientan silenciosos unos viejos.
En torno están las casas, cerca hay tiendas,
Calles por las que juegan niños, y los trenes
Pasan al lado de las tumbas. Es un barrio pobre.
Tal remiendosde las fachadas grises,
Cuelgan en las ventanas trapos húmedos de lluvia.
Borradas están ya las inscripciones
De las losas con muertos de dos siglos,
Sin amigos que les olviden, muertos
Clandestinos. Mas cuando el sol despierta,
Porque el sol brilla algunos dias hacia junio,
En lo hondo algo deben sentir los huesos viejos.
Ni una hoja ni un pájaro. La piedra nada más. La tierra.
Es el infierno así ? Hay dolor sin olvido,
Con ruido y miseria, frío largo y sin esperanza.
Aquí no existe el sueño silencioso
De la muerte, que todavia la vida
Se agita entre estas tumbas, como una prostituta
Prosigue su negocio bajo la noche inmóvil.
Cuando la sombra cae desde el cielo nublado
Y del humo de las fábricas se aquieta,
En polvo gris, vienen de la taberna voces,
Y luego un tren que pasa
Agita largos ecos como un bronce iracundo.
No es el juicio aún, muertos anónimos.
Sosegaos, dormid ; dormid si es que podéis.
Acaso Dios también se olvida de vosotros.
Luis Cernuda, La Réalité et le Désir (La Realidad y el Deseo)
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Francis Ponge – Racines
L’espoir est donc dans une poésie par laquelle le monde envahisse à ce point l’esprit de l’homme
qu’il en perde à peu près la parole, puis réinvente un jargon.
Les poètes sont les ambassadeurs du monde muet.
Comme tels, ils balbutient, ils murmurent, ils s’enfoncent dans la nuit du logos,
-jusqu’à ce qu’enfin ils se retrouvent au niveau des RACINES, où se confondent les choses et les formulations.
Francis Ponge
in « Le monde muet est notre seule patrie »
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Anna Niarakis – A tu
Anna Niarakis, auteure grecque, nous transmet ce texte avec quelques maladresses grammaticales ( voulues, je suppose), qui évoquent la saveur d’un accent étranger
A tu
A tu, s’adresse ce poème.
Comme tant d’autres.
A tu, qui tu graves hiéroglyphes
sous la lune d’un désert.
Ou d’une ville déserte, tachant
ses murs sales avec peinture rouge.
Errant, aube
Demi éméché, demi fou
dans les rues, places et des permis
autoroutes,
immobile.
A tu, qui tient à l’écart
de silence, bégayant devant
Le feu et sa colère égarée
Qui tu plantes jacinthes dans un
colline sec de mots morts et
tu attends le printemps.
Corps des impulsions déséquilibres
soigné
solide et lourd
dans la clarté de ta tristesse.
Perdu.
Tu découvres ce que tu
vas perdre encore et encore.
Tu secoues du noir
les épaulettes colorées
et tu tires ta route
Espoir improbable de mon obsession.
À tu,
que je ne connais pas
qui tu es,
Je sais seulement que
tu viens…
.
Anna Niarakis
Claude Esteban – l’immobile qui devient une fiction

photo Willy Ronnis quai Malaquais
Ne garderai-je du jour que cette longue lassitude et la poussière des chemins au fond des yeux ?
Je m’assiérai n’importe où, je tenterai seulement de reprendre souffle, sans hâte et comme pour mieux me souvenir. L’espoir, quand on s’arrête de marcher, devient inutile, mais le vieux désir d’être encore ne disparaît pas avec lui.
Et je suis là, comme quelqu’un qui s’étonne que son corps le soutienne et le défende,
ce corps meurtri, ce corps appesanti, le mien pourtant, et que je méprisais.
Les grandes lois du soleil et de l’ombre nous échappent, nous mesurons l’espace
aux battements d’un coeur quand il est neuf, mais que la machine au-dedans hésite ou s’emballe, les repères se dissipent
et chaque pas devient une épine dans la chair.
N’importe, je suis là, je regarde mes mains, je n’oublie pas qu’elles ont touché la splendeur intacte du monde et qu’il y eut des moments d’allégresse à sentir la sève trembler sous les doigts.
Non, la mémoire ne se résume nullement à la somme des choses mortes entassées dans la tête.
Elle est tapie au creux d’une odeur, d’une feuille froissée par la pluie, d’un murmure.
Et que l’on fasse taire en soi le bruissement de la pensée; qu’on s’arrache à ce théâtre de mauvais rêves, le paysage se recompose, les formes s’animent, les couleurs recommencent à vibrer.
Rien ne bouge pour celui qui se détourne, tout s’éveille au-devant de celui qui reste à l’écoute et il ne craint plus.
On cherche à l’endroit d’une ancienne blessure, et c’est à peine si la peau tressaille.
Et c’est à présent l’immobile qui devient une fiction, et cette lassitude d’avoir tant vécu comme une invitation à poursuivre encore.
Claude Esteban, La mort à distance, Gallimard, 2007
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Guillevic – Elégie
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Élégie
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Je t’ai cherchée
Dans tous les regards
Et dans l’absence des regards,
Dans toutes les robes, dans le vent,
Dans toutes les eux qui se sont gardées,
Dans le frôlement des mains,
Dans les couleurs des couchants,
Dans les mêmes violettes,
Dans les ombres sous les hêtres,
Dans mes moments qui ne servaient à rien,
Dans le temps possédé,
Dans l’horreur d’être là,
Dans l’espoir toujours
Que rien n’est sans toi,
Dans la terre qui monte
Pour le baiser définitif,
Dans un tremblement
Où ce n’est pas vrai que tu n’y es pas.
Guillevic ("Sphère" – éditions Gallimard, 1963)
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Entre le vrai et l’espérance – (RC)
Entre le vrai et l’espérance
Il y a un monde qui défaille
Peuplé de brumes et de failles
Dans l’écume de l’apparence.
De la boîte de Pandore, l’écrin
déserté de toi , dont le fond est lisse
Aux lendemains qui s’évanouissent
Le dicton, "qui trop embrasse, mal étreint"
Et voila le jour réduit à l’ombre
La réalité qui se fait en fables
Et de mes mains, une poignée de sable
impalpable, que les pensées encombrent
Je rêvais d’être abreuvé d’espoir
Avec toi , comme idéale
Le trajet parmi les étoiles
Et j’ai trouvé la nuit noire
Lors de mon grand voyage
En marche vers l’oubli
Ainsi dérobée à moi, évanouie
.. convertie peut-être en mirage ?
Entre chose rêvée et pourtant vraie
De ce qu’on vit, et que le coeur remue
Est-ce donc l’illusion , seule, que j’ai perçue?
Gardant pourtant la mémoire de tes traits…
RC 31 mai 2012
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Hope there’ll been someone. (RC)
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En espérant qu’il y aura quelqu’un …( Hope there’ll been someone..)
(d’après le titre éponyme de "Anthony & the Johnsons)

photo de spectacle Anthony & the Johnsons
–
Où poser ma tête, avec ce fantôme à l’horizon de mes jours ?
Comment pourrais-je dormir encore et suivre la nuit ?
Dans ce no man’s land, de l’étendue nocturne
Survivre aussi, entre la lumière et le vide
Je ne veux pas être celui qui sera laissé là
Laissé pour compte, à la seule attente.
Si je tombe aux pieds du prêtre, du mage,
Afin qu’il puisse me donner la lueur d’un jour d’espoir
Acceptera-t-il que ma tête se repose ?
Et vienne m’offrir de la guérison, -le refuge ?
Alors me voici, espérant ne pas me noyer
Ou être paralysé dans la lumière soudaine..
Et, non d’un chien je ne veux pas aller
Jouer au funambule, sur le fil du temps
Il y a encore des jours, qui succéderont aux nuits
Et le parcours, peut être encore accompli , sans l’ennui
-
RC 12 mai 2012
( à partir de la traduction de la chanson de Anthony & the Johnsons, Hope there’ll been someone..)
A noter une superbe version du Perfect Day de Lou Reed ( avec LouReed.)
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Aspirateur de leurres – ( RC )

peinture; Ferdinand Hodler: le bon samaritain
De temps en temps – ce n’est pas dommage …
Nettoyage et ménage, rime avec balayage
Dissection du futur, aide précieuse des oracles
Je sais, – de nos jours, on fait des miracles !
Car cela ne fait pas mystère
Même la tête à l’envers
Regardant notre terre
Et notre vie de poussière
On décompte - heurts et malheurs
Et grâce à l’aspirateur de leurres
S’il ne reste qu’un point lumineux
Il sera pour toi – j’en suis heureux
C’est quand même , bien l’espoir
De ne plus broyer que du noir
( ç’aurait pu être pire ! )
Qui soutient l’acte d’ écrire
– RC 11 et 13 avril 2012
inspiré du post de JoBougon… et un peu modifié depuis.
Armando Ribeiro – un jour peut-être,je t’écrirai une lettre

peinture Gabriel Metsu : dame écrivant une lettre
Armando Ribeiro
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Un jour, un jour peut-être
Je t’écrirai une lettre
Plume en sang sur feuille blanche
Souvenirs d’un vieux dimanche
J’attendais habillé d’espoir
Assis dans un petit couloir
La dame à la robe endimanchée
Aux cheveux finement bouclés
Qui me prendrait dans ses bras
Et me murmurerait tout bas
Je suis là maintenant
N’aie plus peur mon enfant
Et puis j’étouffais mes pleurs
En murmurant au fil des heures
Encore un peu et elle sera là
Encore un peu et elle viendra
Puis le soleil crèvera les nuages
L’oiseau s’en ira en voyage
Et je l’attendais enfant perdu
Je l’attendais puis c’est tout
Je l’attendais enfant sage
Rêvant de partir en voyage
L’entendre rire un petit peu
Voir le Tage et les bateaux
Sentir la douceur de son parfum
Et puis lui tenir la main
Pour oublier mes souffrances
Et ne plus mourir d’enfance
À l’écriture d’enfant oublié
À l’encre d’un silence blessé
Un jour tu sais, un jour peut-être
Que je t’écrirai une vieille lettre.
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Louis Pons – Dernières nouvelles de l’oubli

gravure de Louis Pons , - lors de son expo au musée Fenaille, de Rodez ( Aveyron)
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les "Connivences secrètes" ( qui est justement le titre d’une de ses parutions.)
.. entre art et écriture, — —> peuvent être retrouvées aux éditions Fata Morgana...
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Les lieux désertés de la mémoire se font et se défont – la fenêtre est toujours fermée – les vitres sont-elles sales ?
Est-ce la pluie ou les larmes qui troublent le paysage, grande touche blême dans le ciel. Simple éclair ou flèche du malheur, encore un coup de pinceau et tout bascule vers l’espoir.
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The deserted places of memory builds and brokes – the window is still closed -
Are the window glasses dirty?
Is it rain or tears disturbing the landscape, large pale touch in the sky ?.
Simple flash or arrow of misfortune, still a brushstroke and everything changes to hope.
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Claude Esteban- les ronces m’ont déchiré
Les ronces m’ont déchiré, le gel
a crevassé mon âme
et j’ai dit que cette lande était maudite,
mauvaise et sans espoir
maintenant je sais
qu’il est un lieu où les contraires
se répondent
que le feu peut dormir dans une pierre ou
traverser le croc d’un serpent
mes amis, je vous avais
perdus comme tant d’autres choses
dans mon rêve
voilà que nous nous retrouvons, souriants
sur le seuil du monde, presque guéris.
Yannis Ritsos – Le sourire du poète
Le poète
Il a beau plonger sa main dans les ténébres,
sa main ne noircit jamais. Sa main
est imperméable à la nuit. Quand il s’en ira
(car tous s’en vont un jour), j’imagine qu’il restera
un très doux sourire en ce bas monde,
un sourire qui n’arrêtera pas de dire "oui" et encore "oui"
à tous les espoirs séculaires et démentis.
(Yannis Ritsos, in Tard, bien tard dans la nuit, traduction Gérard Pierrat, Le Temps des Cerises éditeurs)
Du satellite, le quartier nouveau (RC)
Une lune sans le miel
C’était donc l’éclipse
Voulant défier le ciel
Qui jouait son ellipse
S’est fait jeter à terre
Fragile comme du verre
Dans un coup de tonnerre
L’éclair du cimeterre
N’aura pas raison de la lumière
On ne coupe pas le cou , à l’espoir
Au plus, -de cette manière
On affaiblit les brillances et moires
Mais c’est bientôt le quartier nouveau
Du cycle, qui repousse l’ombre
En rayons neufs , -parle du renouveau
Et éloigne l’obscur, qui encombre
Lascaux, un lieu de conte et de magies ( RC)
En réponse à l’article récent d’Arthémisia
C’est un lieu retiré
Il est au coeur d’une falaise
C’est un lieu obscur
Au silence de coquille
C’est un lieu secret
Que les hommes envoûtent
C’est un lieu voûté
Aux piliers incertains
C’est un lieu obscur
Que les hommes ont peint
C’est un lieu sacré
Pour croire en l’avenir
C’est un lieu enfumé
Par des morceaux de lumière
Qui tremblotent de leur suif
Au moindre courant d’air
C’est un lieu magique
Habité par la chasse
Les entrelacs des bois de rennes
Les chevaux superposés
C’est un lieu d’espoir
Abritant les croyances
Et qui s’offre à nos yeux
De très lointains descendants
Paul Celan: – le poème – une bouteille jetée à la mer

dessin perso: oiseau au long bec et fenêtre, fait sur place lors de l'expo Odilon Redon, à Montpellier (musée Fabre)été 201————
extrait de la page: http://www.maulpoix.net/textoffert.htm
« Le poème, en tant qu’il est, ——-oui, une forme d’apparition du langage, , et par là, d’essence dialogique, le poème peut être une bouteille jetée à la mer, abandonnée à l’espoir -certes souvent fragile- qu’elle pourra un jour, quelque part, être recueillie sur une plage, sur la plage du coeur peut-être. Les poèmes, en ce sens également, sont en chemin : ils font route vers quelque chose. Vers quoi? Vers quelque lieu ouvert, à occuper, vers un toi invocable, vers une réalité à invoquer. » Paul Celan “Discours de Brême”












