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Jean-Pierre Duprey – Saveur d’homme


peinture  Sidney Goodman autoPortrait  au bras replié  1985

peinture    Sidney Goodman      autoPortrait au bras replié 1985

Donnez-moi  de  quoi  changer  les  pierres,
De  quoi  me  faire  des  yeux
Avec  autre  chose  que  ma  chair
Et  des  os  avec  la  couleur  de  l’air  ;
Et  changez  l’air  dont  j’étouffe
En  un  soupir  qui  le  respire
Et  me  porte  ma  valise
De  porte  en  porte  ;
Qu’à  ce  soupir  je  pense  :  sourire
Derrière  une  autre  porte.
Détestable  saveur  d’homme.
En  vérité,  une  main  ne  tremble
Que  pour  vieillir  sa  mémoire  ;
L’autre  ne  vieillit  que  d’avoir
Trop  bougé  de  vie  depuis  le  temps
Où  le  monde  l’a  basculée
Dans  l’histoire  du  temps  et  du  moment,
Qui,  sans  jamais  se  ressembler,
Se  retrouve  à  chaque  instant
Dans  le  sac  noirci  de  son  éternité

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Cycle des gouttes recommencées ( RC )


photo    confluent Rhône & Saône  du site

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A chaque goutte d’eau, le cycle recommencé

Ce qui s’enfuit en vapeur, retombe un peu plus tard,

En condensé, et les grandes rivières s’en vont leur chemin

Saluées par les arbres qui s’inclinent sur leur destin,

Enracinés d’un apparent immobile,

Pendant que plus d’un printemps, des saisons alternées

Promettent d’autres senteurs, de nouvelles nappes.

 

On remet de couvert,         pour des années dansées,

A l’égard de temps,     pour nous,        recommencés.

Mais en se posant un peu,         la tête sur les épaules,

Sous les mêmes ponts, coulent des eaux semblables…

La Saône a conservé sa couleur olive,

Et le Rhône le bleu-vert ,                  au long cours,

Lorsqu’ils se rencontrent en noces             liquides.

 

Rien ne semble changé,   les enfants jouent toujours au parc

Nous avons perdu la clé, ce ne sont pas les mêmes,

Qui se succèdent, sous l’oeil bienveillant

Des mères ,tenant par ailleurs très bien leur rôle

A l’ombre des saules…

On aurait pourtant pensé,       filmée en accéléré,

Que l’éternité se déroulait,          recommencée,

 

Comme deux gouttes d’eau,                       dit-on

Poursuivant leur cycle

Au delà des saisons.

 

 

-

RC    - 5 mars  2013

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Jean Mogin – Quand j’ai besoin de bleu


 

 

peinture: H Matisse:                la fenêtre bleue       1911

Quand j’ai besoin de bleu, de bleu,
De bleu de mer et d’outre-mer,
De bleu de ciel et d’outre-ciel,
De bleu marin, de bleu céleste,
Quand j’ai besoin profond,
Quand j’ai besoin altier,
Quand j’ai besoin d’envol,

Quand j’ai besoin de nage,
Et de plonger en ciel,
Et de voler sous l’eau,
Quand j’ai besoin de bleu
Pour l’âme et le visage,
Pour tout le corps laver,
Pour ondoyer le cœur,

Quand j’ai besoin de bleu
Pour mon éternité,
Pour déborder ma vie,
Pour aller au-delà
Rassurer ma terreur,
Pour savoir qu’au-delà
Tout reprend de plus belle,
Quand j’ai besoin de bleu,
L’hiver,
Quand j’ai besoin de bleu,
La nuit,
J’ai recours à tes yeux.
La belle alliance

-

, Paris, Seghers, s.d.

 

-

 

 


Grand tri d’un au-delà ( RC )


Art:             manuscrits  de l’Apocalypse  (  Saint Sever )  XIIè s
Si du livre la page
les aventures dessinées
en bandes de destinées
sur plusieurs étages

Les saints auréolés
D’enluminures,  s’empilent
Les cavaliers de l’an mil
Ne  vont  dégringoler

Que  si, des ciels, l’éclipse
Ou les hiérarchies reculent
Et qu’ainsi, le monde bascule
Dans l’Apocalypse

Il y a l’ange aux ailes  de feu
Qui surveille la scène
Les hommes à la peine
-  enfin, les gens de peu -

Que l’on ne voit pas,
Si la bataille  s’engage
Alors que le Malin enrage
Promis au trépas.

Car l’on sait la terre
Eloignée des cieux
Le domaine de Dieu
Mais proche de l’enfer.

Il faut donc choisir
- ce n’est pas banal -
Entre le bien et le mal
Pour bientôt mourir.

Les ailes  déployées
Vers un plus bel azur
Du destin futur,
Pour l’éternité

Ou bien embrasser Satan
C’est alors rôtir
D’un autre avenir
Et c’est pour longtemps !

Si c’est notre lot,
Si c’est pour demain
A passer l’examen
Tirer l’mauvais numéro

Ou c’est blanc , ou c’est noir
Peu d’élus, beaucoup d’appelés
Ca va être la mêlée
Pour le purgatoire

C’est là, le lieu du tri
Avec  ces  salades
Tu es dans la panade
Au milieu des cris

-  Origines ethniques ?
-  Vous avez une pension ?
-  Quelles sont vos opinions ?
-  Passé politique ?

Tu viens  de quelle  région ?
Que font tes parents ?
Et quel est ton rang, ?
Et ta religion ?

………..Il faut être conforme
A l’examen du passé
Quand on est trépassé
Et surtout dans les normes.

Si t’as une  bible
Des cheveux blonds
Et puis quelques  ronds
C’est d’ja plus  crédible

Carte  d’identité ?
Sécurité  sociale ?
Et ben t’as la totale
" On va t’inviter ! ".

Mais  si t’en n’ as pas
Ni carte  de crédit
Pour le paradis
On étudiera ton cas

Les places  sont limitées
Et puis faut pas  rêver,
Elles  sont  réservées
En enfer,  va donc  t’agiter !

-

RC  – 16 septembre 2012

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Raôul Duguay – La mer à boire


peinture: Piet Mondrian

La mer à boire

 

 

J’étais l’enfant d’un siècle fou

 

J’avais la tête pleine d’oiseaux

Je construisais de beaux châteaux

Je vidais la mer dans un trou

La mer était belle à mourir

J’étais une fleur à cueillir

La vie était un jeu d’enfant

Je prenais vraiment tout mon temps

J’avais pour moi l’éternité

Pour vider la mer dans un trou

Je me soûlais de liberté

Et je réinventais la roue

J’étais l’enfant d’un siècle chaud

 

Dans ma petite tête il faisait beau

Mes châteaux se tenaient debout

Et mon royaume était partout

Et je suis devenu un homme

Les mots sont mes plus beaux châteaux

Mais comme une image vaut mille mots

Mes beaux châteaux vont prendre l’eau

Les mots deviennent des numéros

Un plus un égale zéro

Plus on a de zéros plus on vaut

Quand on signe son nom à l’endos

Je suis l’enfant d’un siècle de fous

Les riches creusent aux pauvres un trou noir

Donnez-moi donc un peu à boire

Et tant qu’à y être : versez-moi la mer

Et je rêve encore de boire l’eau de la rivière

Quand j’étais petit je m’y baignais dans la lumière

Ah mais aujourd’hui les rivières prennent l’eau

Et je rêve encore au jour où dans les dictionnaires

On ne trouvera plus le mot guerre qui crée la misère

Et qu’enfin les mots ne prendront plus l’eau
Il reste encore quelques oiseaux

Qui ne chantent pas encore faux

Je vide la mer dans mon verre

-

extrait d’une chanson de l’auteur

Paroles et musique : Raôul Duguay

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la vieille dame indigne – voleurs


Un petit  retour  sur le blog  de la vieille  dame

 

( au passage, c’est si je me souviens bien, un film de René Allio, qui porte ce nom)

 

photo: les voleurs de poule... image du film "Le Pont de Remagen"

 

et parmi ses nombreuses parutions,  la catégorie "marchands de certitudes"…où je suis  "tombé",  avec son  texte:  "voleurs"…

-

 

 

Ca y est ils sont revenus

Ils se sont tous assis en rond

Ils m’ont attendue

Ils n’ont pas peur de la lumière

Ils s’ emportent avec l’autan

Ils se perdent dans le mistral

Ce sont les mangeurs de mots

Les troueurs de temps

Les jamais contents

Ils me prennent les mains

Puis les laissent tomber si bas

Que je ne peux plus les remettre en place

Ce sont les dévoreurs d’être

Les plieurs de volonté

Les voleurs d’éternité

Les escaliers dérobés

Les talons esquintés

Les boues.

 

 


Cat – Le soleil


photo: - arbre rétro-éclairé, - auteur non identifié

 -

Cat,  d’où j’avais  extrait  la courte  citation de Marguerite Duras,   a un blog  très intéressant et documenté, elle m’a  autorisé  à publier ses parutions,   voici l’un d’elles

Le soleil ..

Le soleil se voilait,
La nuit s’annonçait
Dans une soudaine fraîcheur
Qui le fit frissonner.

Il sait ces soirs
Où la langueur
Se pose.
Il ferme les yeux,
Inspire,
Ressent,
Pressent.

Le noir gagne
Comme un sommeil
Qui pourtant le fuira,
Comme souvent.

Il voudrait dire
Cet impossible à dire,
Mais à qui ?
Parler de ce vide abritant sa vie,
Comme un désespoir muet
Une béance,
Une absence.

Il regarde Paris s’éteindre,
S’immobiliser dans un silence
Comme un temps éternel,
Où lui seul demeure.

Il ne cherche plus
Ni ne demande,
Il est là … et ailleurs
Le passé, le présent, le futur
Se troublent, se confondent
S’entrecroisent,
S’annihilent
Et lui s’y perd.

Il y a longtemps
Sur ce quai de seine,
Une femme jouait un air,
L’air de rien.
Lui écoutait,
Condensant sa vie
Dans une partition.

Il tente mais en vain
De se rappeler les notes,
Celles qui l’ont enfermé
Dans un rêve sans fin,
Une sorte d’éternité
Sans histoire,
Où la sienne s’est perdue.

-

et j’ai tenté la traduction suivante   (  toute meilleure  version suggérée, sera la bienvenue)

-

The sun was veiled,
The night promised
In a sudden freshness
Which made him shiver.

He knows those evenings
Where the languid
Arises.
He closes his eyes,
inspire
feels,
Crowd.

Black wins
As sleep
Which nonetheless will flee,
As often.

It would mean
This impossible to to say,
But to whom?
Talking about what his life empty houses,
As a quiet desperation
A gap,
An absence.

He looked Paris turn off the lights,
In a silent despair
As an eternal time,
Where he remains,alone

He no longer seeks
Nor request
It is here … and elsewhere
The past, present, future
Trouble are blending together
Intersect,
Annihilate each other
And he’s losing himself in
A long time ago
On this quay of the Seine,
A woman  was playing a tune,
Looking  like nothing matters

He was listening,
Condensing his life
In a partition.

Trying in vain
To remember the notes,
Those who locked him
In an endless dream,
A sort of eternity
Without history,
Where his own strayed.

 


Augusto Lunel – Chant 3


peinture; Schmidt-Rotluff (1884-1976)- Soleil sur les pins. 1913

CHANT III

Le verre se brisait d’une eau si pure ;
il fallait un verre comme ta voix,
une cruche comme le matin,
ma soif autour de la terre déserte.

Le jour se fêlait d’un son si clair ;
il fallait un verre comme ton silence,
une coupe comme l’automne,
me taire d’un pôle à l’autre.

La nuit se brisait d’un vol si subit ;
il fallait un verre comme ta vie,
un récipient comme ton sang,
mon vide tombant dans le vide.

Le ciel est resté derrière,
le corps devance le futur,
l’éternité passe.

De toi à moi l’air tombe blessé.

La terre est un oiseau
sur le point d’ouvrir les ailes.

Au travers d’un rocher sans. fin,
je marchais vers ta voix
laissant la mienne en arrière
qui m’appelle de plus en plus loin ;

il fallait un verre comme ta peur,
un verre comme le néant,
ma mort autour du monde.

Musique immobile,
musique emplie d’eau,
vent sous le fleuve,
je t’attends en retenant
l’amour comme la respiration,
la vie, comme un cri,
l’être, comme les larmes.

 

(voir mes précédentes publications  sur  Augusto Lunel,  dont  le  4   )

 

-


La diagonale du sud ( RC )


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re-publication  de mon texte de juin 2011 paru sur  écrits et cris

 

installation: James Turrell

 

L’attente, sous le carré du ciel

Faisait glisser des hordes d’images, de nuages

Qui peut-être iront rejoindre

Les lointains qu’attendait aussi ton pays

 

C’est une main qui tâtonne

Les colonnes solitaires

Les arbres et moignons de pierre

L’univers emmêlé des pentes du Larzac

 

Puis les vallées riantes et ordonnées

Et les étoiles allongées des villes,

Et les stries des vignes étagées

Se freinant dans l’espace soluble

 

Des poteaux alignés des parcs salés

Alors que veillent toujours sur leur colline

Les gardiens de l’éternité, qui capteront

- ils en ont le temps-

 

Les fureurs ou chuchotements du vent

Et tu seras là, à traduire des embruns

La langue-distance du paysage

Le corps perdu de la parole-voyage.

 

Peinture personnelle: la voile rouge Acrylique sur carton 1984

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la colline aux cigales – (27) – de 2008


dans un article  de 2008 ( voir la page)

La colline  aux  cigales  nous proposait ce court texte…

et comme  j’aime  faire  du neuf  avec de l’ancien,  ou plutôt  remonter  à la surface, ce que le temps  enfouit…

en voila  donc une  version  actualisée…  (  ça  tombe  bien, puisqu’il nous parle d’éternité),  commençons par le faire  revivre…

photo personnelle argentique "réinterprétée numériquement"...(par mes soins)

 

——- -            >

Et si l’éternité commençait ici, je fermerais mes yeux pour ne plus rien voir,

ne plus rien entendre et seulement naviguer dans un imaginaire

où les flots de la mer ne seraient que de simples battements d’ailes,

et où les bateaux chavirés posés au fond des mers

seraient des antres de gaîtés,

des boites de jazz dont les tenancières seraient des étoiles de mer.


DISPOSANT sur ma toile, des couleurs habitées ( RC)


texte publié sur l’anthologie poétique de JJ Dorio: JJ DForio ayant lui-même écrit qq chose sur cette peinture, visible aussi dans rechab-art-encore

———

La fenêtre s’ouvre sur nos voyages secrets

Buées du vacarme salin des rafles sur l’espace

Ce qui nous tient éveillés, et rend sagaces

Sous cet après-midi luxueusement malaxés,

L’ajout et le reflux, matières minières

À laisser la mer nous envahir d’hier :

Le petit carré d’ocre résiste sans pensées

Mais en couleurs seulement dépensées

en revenant sur la grande bleue ( peinture perso)

————-

Sans paroles, et sans la moiteur intruse des terres d’été

En cet instant unique, à l’ombre évasive des oliviers,

Témoins millénaires de l’Italie proche de Sicile,

Du monde en regard mythologique, et en îles…

Immobile encore, sous les saccades du vent

Témoin de notre passage et notre instant

Sans pour autant me risquer à convier l’éternité

Disposant sur ma toile, des couleurs habitées…

la peinture jointe, bien que datant de 2000, précède ce texte qui lui fait écho, notamment aux couleurs de l’Italie du Sud, – Polignano a Mare ( Pouilles)

———

Et le texte est un écho à celui de Jean-Jacques Dorio;
sur un coin de table la grande bleue

sur l’aire des poudroiements

quand se déploie la liberté

d’interpréter le monde

tel jour telle heure en telle année

la fenêtre s’ouvre sur nos voyages secrets
ceci cela en somme qui nous tient éveillés

flux et reflux matières manières
de laisser la mer nous imaginer :

sans pensées et sans paroles
nous aurons été en cet instant unique
ce petit carré d’ocre et de bleu…

et pour l’éternité

-——- que l’on trouve ici ( dans "Correspondances" )


Valérie Rouzeau – pas revoir – A


De dans la chambre où j’ai grandi le gel a gelé l’eau d’ondine.
Je dors là, craque le plastique – dehors toute une éternité
hulotte chante clair.

ph: - hulotte

Avant le coucher mon père et moi chacun à un lavabo lui se
trouvant jaune moi mentant que pas tellement.
Mais il était jonquille, forsythia, du tout la bonne heure de
printemps.
Les beaux jours vivement (qu’il disait) vivement.