Jean-Pierre Duprey – Saveur d’homme
Donnez-moi de quoi changer les pierres,
De quoi me faire des yeux
Avec autre chose que ma chair
Et des os avec la couleur de l’air ;
Et changez l’air dont j’étouffe
En un soupir qui le respire
Et me porte ma valise
De porte en porte ;
Qu’à ce soupir je pense : sourire
Derrière une autre porte.
Détestable saveur d’homme.
En vérité, une main ne tremble
Que pour vieillir sa mémoire ;
L’autre ne vieillit que d’avoir
Trop bougé de vie depuis le temps
Où le monde l’a basculée
Dans l’histoire du temps et du moment,
Qui, sans jamais se ressembler,
Se retrouve à chaque instant
Dans le sac noirci de son éternité
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Cycle des gouttes recommencées ( RC )

photo confluent Rhône & Saône du site
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A chaque goutte d’eau, le cycle recommencé
Ce qui s’enfuit en vapeur, retombe un peu plus tard,
En condensé, et les grandes rivières s’en vont leur chemin
Saluées par les arbres qui s’inclinent sur leur destin,
Enracinés d’un apparent immobile,
Pendant que plus d’un printemps, des saisons alternées
Promettent d’autres senteurs, de nouvelles nappes.
On remet de couvert, pour des années dansées,
A l’égard de temps, pour nous, recommencés.
Mais en se posant un peu, la tête sur les épaules,
Sous les mêmes ponts, coulent des eaux semblables…
La Saône a conservé sa couleur olive,
Et le Rhône le bleu-vert , au long cours,
Lorsqu’ils se rencontrent en noces liquides.
Rien ne semble changé, les enfants jouent toujours au parc
Nous avons perdu la clé, ce ne sont pas les mêmes,
Qui se succèdent, sous l’oeil bienveillant
Des mères ,tenant par ailleurs très bien leur rôle
A l’ombre des saules…
On aurait pourtant pensé, filmée en accéléré,
Que l’éternité se déroulait, recommencée,
Comme deux gouttes d’eau, dit-on
Poursuivant leur cycle
Au delà des saisons.
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RC - 5 mars 2013
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Jean Mogin – Quand j’ai besoin de bleu
Quand j’ai besoin de bleu, de bleu,
De bleu de mer et d’outre-mer,
De bleu de ciel et d’outre-ciel,
De bleu marin, de bleu céleste,
Quand j’ai besoin profond,
Quand j’ai besoin altier,
Quand j’ai besoin d’envol,
Quand j’ai besoin de nage,
Et de plonger en ciel,
Et de voler sous l’eau,
Quand j’ai besoin de bleu
Pour l’âme et le visage,
Pour tout le corps laver,
Pour ondoyer le cœur,
Quand j’ai besoin de bleu
Pour mon éternité,
Pour déborder ma vie,
Pour aller au-delà
Rassurer ma terreur,
Pour savoir qu’au-delà
Tout reprend de plus belle,
Quand j’ai besoin de bleu,
L’hiver,
Quand j’ai besoin de bleu,
La nuit,
J’ai recours à tes yeux.
La belle alliance
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, Paris, Seghers, s.d.
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Grand tri d’un au-delà ( RC )
Art: manuscrits de l’Apocalypse ( Saint Sever ) XIIè s
Si du livre la page
les aventures dessinées
en bandes de destinées
sur plusieurs étages
Les saints auréolés
D’enluminures, s’empilent
Les cavaliers de l’an mil
Ne vont dégringoler
Que si, des ciels, l’éclipse
Ou les hiérarchies reculent
Et qu’ainsi, le monde bascule
Dans l’Apocalypse
Il y a l’ange aux ailes de feu
Qui surveille la scène
Les hommes à la peine
- enfin, les gens de peu -
Que l’on ne voit pas,
Si la bataille s’engage
Alors que le Malin enrage
Promis au trépas.
Car l’on sait la terre
Eloignée des cieux
Le domaine de Dieu
Mais proche de l’enfer.
Il faut donc choisir
- ce n’est pas banal -
Entre le bien et le mal
Pour bientôt mourir.
Les ailes déployées
Vers un plus bel azur
Du destin futur,
Pour l’éternité
Ou bien embrasser Satan
C’est alors rôtir
D’un autre avenir
Et c’est pour longtemps !
Si c’est notre lot,
Si c’est pour demain
A passer l’examen
Tirer l’mauvais numéro
Ou c’est blanc , ou c’est noir
Peu d’élus, beaucoup d’appelés
Ca va être la mêlée
Pour le purgatoire
C’est là, le lieu du tri
Avec ces salades
Tu es dans la panade
Au milieu des cris
- Origines ethniques ?
- Vous avez une pension ?
- Quelles sont vos opinions ?
- Passé politique ?
Tu viens de quelle région ?
Que font tes parents ?
Et quel est ton rang, ?
Et ta religion ?
………..Il faut être conforme
A l’examen du passé
Quand on est trépassé
Et surtout dans les normes.
Si t’as une bible
Des cheveux blonds
Et puis quelques ronds
C’est d’ja plus crédible
Carte d’identité ?
Sécurité sociale ?
Et ben t’as la totale
" On va t’inviter ! ".
Mais si t’en n’ as pas
Ni carte de crédit
Pour le paradis
On étudiera ton cas
Les places sont limitées
Et puis faut pas rêver,
Elles sont réservées
En enfer, va donc t’agiter !
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RC – 16 septembre 2012
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Raôul Duguay – La mer à boire
La mer à boire
J’étais l’enfant d’un siècle fou
J’avais la tête pleine d’oiseaux
Je construisais de beaux châteaux
Je vidais la mer dans un trou
La mer était belle à mourir
J’étais une fleur à cueillir
La vie était un jeu d’enfant
Je prenais vraiment tout mon temps
J’avais pour moi l’éternité
Pour vider la mer dans un trou
Je me soûlais de liberté
Et je réinventais la roue
J’étais l’enfant d’un siècle chaud
Dans ma petite tête il faisait beau
Mes châteaux se tenaient debout
Et mon royaume était partout
Et je suis devenu un homme
Les mots sont mes plus beaux châteaux
Mais comme une image vaut mille mots
Mes beaux châteaux vont prendre l’eau
Les mots deviennent des numéros
Un plus un égale zéro
Plus on a de zéros plus on vaut
Quand on signe son nom à l’endos
Je suis l’enfant d’un siècle de fous
Les riches creusent aux pauvres un trou noir
Donnez-moi donc un peu à boire
Et tant qu’à y être : versez-moi la mer
Et je rêve encore de boire l’eau de la rivière
Quand j’étais petit je m’y baignais dans la lumière
Ah mais aujourd’hui les rivières prennent l’eau
Et je rêve encore au jour où dans les dictionnaires
On ne trouvera plus le mot guerre qui crée la misère
Et qu’enfin les mots ne prendront plus l’eau
Il reste encore quelques oiseaux
Qui ne chantent pas encore faux
Je vide la mer dans mon verre
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extrait d’une chanson de l’auteur
Paroles et musique : Raôul Duguay
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la vieille dame indigne – voleurs
Un petit retour sur le blog de la vieille dame
( au passage, c’est si je me souviens bien, un film de René Allio, qui porte ce nom)

photo: les voleurs de poule... image du film "Le Pont de Remagen"
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et parmi ses nombreuses parutions, la catégorie "marchands de certitudes"…où je suis "tombé", avec son texte: "voleurs"…
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Ca y est ils sont revenus
Ils se sont tous assis en rond
Ils m’ont attendue
Ils n’ont pas peur de la lumière
Ils s’ emportent avec l’autan
Ils se perdent dans le mistral
Ce sont les mangeurs de mots
Les troueurs de temps
Les jamais contents
Ils me prennent les mains
Puis les laissent tomber si bas
Que je ne peux plus les remettre en place
Ce sont les dévoreurs d’être
Les plieurs de volonté
Les voleurs d’éternité
Les escaliers dérobés
Les talons esquintés
Les boues.
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Cat – Le soleil
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Cat, d’où j’avais extrait la courte citation de Marguerite Duras, a un blog très intéressant et documenté, elle m’a autorisé à publier ses parutions, voici l’un d’elles
Le soleil ..
Le soleil se voilait,
La nuit s’annonçait
Dans une soudaine fraîcheur
Qui le fit frissonner.
Il sait ces soirs
Où la langueur
Se pose.
Il ferme les yeux,
Inspire,
Ressent,
Pressent.
Le noir gagne
Comme un sommeil
Qui pourtant le fuira,
Comme souvent.
Il voudrait dire
Cet impossible à dire,
Mais à qui ?
Parler de ce vide abritant sa vie,
Comme un désespoir muet
Une béance,
Une absence.
Il regarde Paris s’éteindre,
S’immobiliser dans un silence
Comme un temps éternel,
Où lui seul demeure.
Il ne cherche plus
Ni ne demande,
Il est là … et ailleurs
Le passé, le présent, le futur
Se troublent, se confondent
S’entrecroisent,
S’annihilent
Et lui s’y perd.
Il y a longtemps
Sur ce quai de seine,
Une femme jouait un air,
L’air de rien.
Lui écoutait,
Condensant sa vie
Dans une partition.
Il tente mais en vain
De se rappeler les notes,
Celles qui l’ont enfermé
Dans un rêve sans fin,
Une sorte d’éternité
Sans histoire,
Où la sienne s’est perdue.
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et j’ai tenté la traduction suivante ( toute meilleure version suggérée, sera la bienvenue)
-
The sun was veiled,
The night promised
In a sudden freshness
Which made him shiver.
He knows those evenings
Where the languid
Arises.
He closes his eyes,
inspire
feels,
Crowd.
Black wins
As sleep
Which nonetheless will flee,
As often.
It would mean
This impossible to to say,
But to whom?
Talking about what his life empty houses,
As a quiet desperation
A gap,
An absence.
He looked Paris turn off the lights,
In a silent despair
As an eternal time,
Where he remains,alone
He no longer seeks
Nor request
It is here … and elsewhere
The past, present, future
Trouble are blending together
Intersect,
Annihilate each other
And he’s losing himself in
A long time ago
On this quay of the Seine,
A woman was playing a tune,
Looking like nothing matters
He was listening,
Condensing his life
In a partition.
Trying in vain
To remember the notes,
Those who locked him
In an endless dream,
A sort of eternity
Without history,
Where his own strayed.
–
Augusto Lunel – Chant 3

peinture; Schmidt-Rotluff (1884-1976)- Soleil sur les pins. 1913
CHANT III
Le verre se brisait d’une eau si pure ;
il fallait un verre comme ta voix,
une cruche comme le matin,
ma soif autour de la terre déserte.
Le jour se fêlait d’un son si clair ;
il fallait un verre comme ton silence,
une coupe comme l’automne,
me taire d’un pôle à l’autre.
La nuit se brisait d’un vol si subit ;
il fallait un verre comme ta vie,
un récipient comme ton sang,
mon vide tombant dans le vide.
Le ciel est resté derrière,
le corps devance le futur,
l’éternité passe.
De toi à moi l’air tombe blessé.
La terre est un oiseau
sur le point d’ouvrir les ailes.
Au travers d’un rocher sans. fin,
je marchais vers ta voix
laissant la mienne en arrière
qui m’appelle de plus en plus loin ;
il fallait un verre comme ta peur,
un verre comme le néant,
ma mort autour du monde.
Musique immobile,
musique emplie d’eau,
vent sous le fleuve,
je t’attends en retenant
l’amour comme la respiration,
la vie, comme un cri,
l’être, comme les larmes.
—
(voir mes précédentes publications sur Augusto Lunel, dont le 4 )
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La diagonale du sud ( RC )
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re-publication de mon texte de juin 2011 paru sur écrits et cris
–

installation: James Turrell
L’attente, sous le carré du ciel
Faisait glisser des hordes d’images, de nuages
Qui peut-être iront rejoindre
Les lointains qu’attendait aussi ton pays
C’est une main qui tâtonne
Les colonnes solitaires
Les arbres et moignons de pierre
L’univers emmêlé des pentes du Larzac
Puis les vallées riantes et ordonnées
Et les étoiles allongées des villes,
Et les stries des vignes étagées
Se freinant dans l’espace soluble
Des poteaux alignés des parcs salés
Alors que veillent toujours sur leur colline
Les gardiens de l’éternité, qui capteront
- ils en ont le temps-
Les fureurs ou chuchotements du vent
Et tu seras là, à traduire des embruns
La langue-distance du paysage
Le corps perdu de la parole-voyage.

Peinture personnelle: la voile rouge Acrylique sur carton 1984
-
la colline aux cigales – (27) – de 2008
dans un article de 2008 ( voir la page)
La colline aux cigales nous proposait ce court texte…
et comme j’aime faire du neuf avec de l’ancien, ou plutôt remonter à la surface, ce que le temps enfouit…
en voila donc une version actualisée… ( ça tombe bien, puisqu’il nous parle d’éternité), commençons par le faire revivre…
——- - >
Et si l’éternité commençait ici, je fermerais mes yeux pour ne plus rien voir,
ne plus rien entendre et seulement naviguer dans un imaginaire
où les flots de la mer ne seraient que de simples battements d’ailes,
et où les bateaux chavirés posés au fond des mers
seraient des antres de gaîtés,
des boites de jazz dont les tenancières seraient des étoiles de mer.
DISPOSANT sur ma toile, des couleurs habitées ( RC)
—
texte publié sur l’anthologie poétique de JJ Dorio: JJ DForio ayant lui-même écrit qq chose sur cette peinture, visible aussi dans rechab-art-encore
———
La fenêtre s’ouvre sur nos voyages secrets
Buées du vacarme salin des rafles sur l’espace
Ce qui nous tient éveillés, et rend sagaces
Sous cet après-midi luxueusement malaxés,
L’ajout et le reflux, matières minières
À laisser la mer nous envahir d’hier :
Le petit carré d’ocre résiste sans pensées
Mais en couleurs seulement dépensées
————-
Sans paroles, et sans la moiteur intruse des terres d’été
En cet instant unique, à l’ombre évasive des oliviers,
Témoins millénaires de l’Italie proche de Sicile,
Du monde en regard mythologique, et en îles…
Immobile encore, sous les saccades du vent
Témoin de notre passage et notre instant
Sans pour autant me risquer à convier l’éternité
Disposant sur ma toile, des couleurs habitées…
—
la peinture jointe, bien que datant de 2000, précède ce texte qui lui fait écho, notamment aux couleurs de l’Italie du Sud, – Polignano a Mare ( Pouilles)
———
Et le texte est un écho à celui de Jean-Jacques Dorio;
sur un coin de table la grande bleue
sur l’aire des poudroiements
quand se déploie la liberté
d’interpréter le monde
tel jour telle heure en telle année
la fenêtre s’ouvre sur nos voyages secrets
ceci cela en somme qui nous tient éveillés
flux et reflux matières manières
de laisser la mer nous imaginer :
sans pensées et sans paroles
nous aurons été en cet instant unique
ce petit carré d’ocre et de bleu…
et pour l’éternité
Valérie Rouzeau – pas revoir – A
De dans la chambre où j’ai grandi le gel a gelé l’eau d’ondine.
Je dors là, craque le plastique – dehors toute une éternité
hulotte chante clair.
Avant le coucher mon père et moi chacun à un lavabo lui se
trouvant jaune moi mentant que pas tellement.
Mais il était jonquille, forsythia, du tout la bonne heure de
printemps.
Les beaux jours vivement (qu’il disait) vivement.















