Sirène du comptoir ( RC )
Elle, sirène du comptoir
Essuie les verres
Et frotte ses mains sur son tablier.
Elle, sirène, n’a pas un regard
Sur le soleil au dehors,
Il rebondit sur les flaques
Lui, repose sa bière et se lève, lourd
Glisse une pièce dans le juke-box
Un temps - et l’appareil s’anime.
Le bar se remplit de la voix
D’un Fats Domino, qui parle de fruits noirs…
Lui, revenu à sa table, l’oeil ailleurs…
Associe fraises et néons jaunes
Entraînés par le slow, avec une sirène brune,
Elle sirène, a laissé sa queue au vestiaire
Et maudit ses pieds lourds
Surveillant l’heure , reflétée à l’envers
Dans la glace du fond ( aux néons jaunes)
Les fraises se sont envolées, — et la chanson éteinte…

RC -26 mars 2013
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Antonella Aneda – Avant le dîner
[Prima di cena]
[Avant le dîner]
Avant le dîner, avant que les lampes ne chauffent les lits et que le feuillage
des arbres ne devienne vert-noir et la nuit déserte. Dans le court espace du
crépuscule défilent des saisons entières et méconnues; le ciel alors se charge
de nuages, de courants qui soulèvent bûches et ronces. Contre les vitres de la
fenêtre bat l’ombre d’une tempête mystérieuse. L’eau renverse les buissons,
les bêtes chancellent sur les feuilles mouillées. L’ombre des pins s’abat sur les
planchers; l’eau est gelée, de la forêt. Le temps s’arrête, disparaît.
Soudainement, dans le calme solennel des allées, dans le vide des fontaines,
dans les pavillons éclairés toute la nuit, l’hôpital resplendit tel une résidence
de Saint-Pétersbourg en hiver.
Il y aura un cauchemar pire
entrouvert entre les feuilles des jours
aucune porte ne claquera
et les clous plantés au commencement de la vie
plieront à peine.
Il y aura un assassin étendu sur le palier
son visage dans les draps, l’arme à ses côtés.
Lentement la cuisine s’entrouvrira
sans le bruit des vitres brisées
dans le silence d’un après-midi d’hiver.
Ce ne sera pas l’amertume, ni la rancune, seule
- pour un instant – la vaisselle
deviendra immense d’une splendeur marine.
Alors il faudra s’approcher, monter peut-être
là où le futur s’étrécit
à l’étagère remplie de pots
à l’air renversé de la cour
au vol sans déploiement de l’oie,
avec la mélancolie du patineur nocturne
qui d’un coup connaît
le sens du corps et de la glace
se tourner à peine,
s’en aller.
Traduit par Francis Catalano et Antonella D’Agostino
Eugene Durif – l’étreinte, le temps – 10
Nous ne faisions que nous éloigner,
les étoiles dans le bleu,
prises comme d un tremblement,
et nos mains de glace.
Marchant,
allant, cela suspendu,
cela de nos gestes qui aurait fait de chaque parole une étreinte.
Les bois morts frappés de foudre
(le chemin du remembrement)
signes d abandon.
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La Dame de Shanghaï ( RC )
( évidemment en rapport avec le film du même nom, d’Orson Welles )

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Tu as vu comme elle danse ?
Et avec quelle élégance !
Elle, ou elles – sont plusieurs
Semblables comme des soeurs
Les demoiselles d’un soir
… Multipliées par les miroirs
Attraction foraine, passer à la trappe
Magasin d’accessoires, farces et attrapes ..
Le jeu des silhouettes,
- Le doigt sur la gâchette,
Trois coups de revolver
- Et ma tête à l’envers
Que je retrouve dans les glaces en miettes,
C’est une drôle de fête
Et ça fait quoi comme effet
De combattre les reflets ?
On ne sait plus trop ce qui bouge
Derrière le rideau rouge
- La Dame de Shanghaï
Vient d’ passer la muraille, ….
En robe de soirée .
Ca va encore foirer !
Cà n’me dit rien qui vaille
Toute cette pagaille
Ce jeu des illusions
Qui fait la confusion
— "Nothing else?
Mister Welles ? "
Je n’ai plus de cartouches,
c’est bientôt moi, la mouche !
Je vais bien me payer une balle,
Et tout ça pour que dalle!
C’est vraiment pas de chance !
Pan ! PAN ! PAN ! Et puis condoléances…
Le canon de l’arme qui pète,
N’a pas besoin d’interprète…
Claquement sec dans l’atmosphère
Et la fin des p’tites affaires !
A foncer dans l’ décor
C’était tenter le sort,
Immobilisé
Dans le verre brisé
Rira qui voudra
Tourne la caméra !
Tu veux un autographe ?
Sur ma tombe, un épitaphe…
Une galette, quelque chose à boire ?
———Transformé en passoire
Trois coups de revolver
Quand tout va de travers ….
La passion , la course du désespoir,
C’est comme dans les films noirs …
Regardez, cet acteur qui déconne !!
—- Paraît qu’ y a eu maldonne,
Erreur sur la personne …
Encore un coup d’Orson…
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RC - 15 décembre 2012


Soir et l’échelle du soleil (RC )

objet-sculpture - Echelle "perspectivée" Martin Puryear Pa- Neh
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Ici, les temps s’ouvrent
Le chemin vrille et passe
Le côté verglacé,
Pour emprunter l’échelle du soleil
Les cascades de glace
Ont abandonné la place
Et la vallée, sitôt le col franchi
S’ouvre comme une main
Où la vie est encore possible,
Quittant l’étroit des ombres,
Pour de blanches robes
Où se découpent à peine
Sur la pente,
Quatre silhouettes blanches aussi,
De chevaux immobiles…..
> Seule leur ombre les désigne.
L’espace suit le cours du soir
Qui rebondit sur les crêtes;
La vie se poursuit plus bas,… et de l’aval
Les vapeurs remontent, – et se prélassent.
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RC - 7 décembre 2012
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Vahagn Davtian – De pierre ici tout un pays
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De pierre ici tout un pays…
De pierre ici tout un pays, d’eau en furie
Murmure d’herbe ici dans la teinte du bleu
Corne des rocs dans les hauts monts hissés vers Dieu
Dans l’abîme jeté, pénitence de pierre.
Tout un pays où blanche et de glace est la plainte
Dans le fond des ravins, question des tempêtes
Vers le bas de la rive une clochette d’eau
Le chagrin du pétale et le pleur de la mousse.
Cri de cuivre et soupir de granit, le pays
À la beauté en croix sur la pierre de croix
Tout un pays face au soleil à l’infini
Toi prière à genoux et toi élan du rite.
Je suis de toi pays des longs siècles sans fin
Et je vais avec toi, hauteurs et précipices,
Furieux par la pierre et dans le vent de neige
Toi, chagrin du pétale et larme de la mousse.
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Vahagn Davtian ," De pierre ici tout un pays", extrait..
Traduction Rouben Mélik.
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Francis Combes – Facile

Frontispice du mystère des cathédrales
Facile
C’est assez facile
changer la nuit en jour
(le soleil fait ça tous les matins).
C’est assez facile
changer la glace en eau
(quelques rayons suffisent).
C’est assez facile
faire naître des fleurs
au bout de nos vieilles branches
(un peu de printemps suffit).
C’est assez facile
changer ce monde inégal
et injuste
(il suffit pour cela d’assez peu :
s’unir).
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Sylvia Plath – lettre d’amour (1960)
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Lettre d’amour (1960)
Pas facile de formuler le changement que tu as fait en moi.
Si je suis en vie maintenant, j’étais alors morte,
Bien que, comme une pierre, indifférente totalement,
je restais là immobile suivant mon habitude.
Tu ne m’as pas seulement bougée d’un pouce, non -
Ni même laissé ajuster mon petit Œil nu
A nouveau vers le ciel, sans espoir, bien sûr,
De pouvoir saisir le bleu, ou les étoiles.
Ce n’était pas ça. Je dormais, disons : un serpent
Masqué parmi les roches noires comme une roche noire
dans le hiatus blanc de l’hiver -
Comme mes voisines, ne prenant aucun plaisir
A ce million de joues parfaitement polies
Qui se posaient à tout moment afin de faire fondre
Ma joue de basalte. Et elles devenaient larmes,
Anges pleurant sur des natures monotones,
Mais je n’étais pas convaincue. Ces larmes gelaient.
Chaque tête morte avait une visière de glace.
Et je continuais de dormir, comme un doigt tordu
La première chose que j’ai vue n’était que de l’air pur
Et ces gouttes enfermées qui montaient en rosée,
Limpides comme des esprits. Tout alentour
Beaucoup de pierres compactes et inexpressives
Je ne savais pas quoi faire de cela.
Je brillais, écaillée de mica,
et déroulée pour me déverser tel un fluide
Parmi les pattes d’oiseaux et les tiges des plantes.
Je ne m’étais pas laissé berner. Je t’ai reconnu aussitôt.
L’arbre et la pierre scintillaient, sans ombres.
La longueur de mes doigts a grandi, lucide comme du verre.
J’ai commencé à bourgeonner comme rameau de mars :
Un bras et une jambe, un bras, une jambe.
De pierre au nuage, ainsi je me suis élevée.
Maintenant je ressemble à une sorte de dieu
Je flotte à travers l’air, âme tournoyante,
Aussi pure qu’un pain de glace. C’est un don.
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Sylvia Plath
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Loyan – L’expérience de la fragilité traverse mon visage
Loyan - ( Laurent Campagnolle), dans son site, est toujours à la base de textes sensibles et intéressants…-
une nouvelle publication, extraite de sa section Cyclades Cyclamen
ce qui me donne l’occasion de réactualiser un de ses écrits "anciens" , du 13 juillet 2004
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L’expérience de la fragilité traverse mon visage
la hache s’en est prise à la mer de glace intérieure
et je vis son tranchant – sans imagerie
je suis sur cette crête et son horizon
l’appel aux éléments ne suffit plus à un moment et j’accepte de rejoindre le campement pour y partager respirations et inachèvements
« l’homme-limites » façonné à tes 17 ans est mort tu en as parcouru l’aire
« l’homme-mythe-dans-son-vaisseau-seul » est mort tu t’es mêlé et transmis dans la beauté de l’altération
« l’être-de-certitudes » se recompose dans tes fibres
j’entrevois l’incertain
les lois de la physique n’empêchent plus sa lumière de m’atteindre
13 juillet 2004
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Jules Supervielle -Le forçat innocent
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Solitude au grand coeur encombré par des glaces,
Comment me pourrais-tu donner cette chaleur
Qui te manque et dont le regret nous embarrasse
Et vient nous faire peur?
Va-t’en, nous ne saurions rien faire l’un de l’autre,
Nous pourrions tout au plus échanger nos glaçons
Et rester un moment à les regarder fondre
Sous la sombre chaleur qui consume nos fronts.
Jules Supervielle
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Automne du manoir – (RC)
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C’est l’automne au manoir, et ses vitres troublées.
Le rendez-vous des fantômes et leur vie moulée
Dans les interstices des boiseries du château
Les tissus étanches d’araignées pensives
Voiles pendantes, de temps étirés
Aux tains ternis des miroirs piquetés
Et des lattes vermoulues, qui cèdent sous les pieds
Mais pas ceux des spectres, toujours attentifs
A rapporter les légendes à mademoiselle la hulotte
Qui manifeste son intérêt en secouant ses ailes
Et qu’approuve toujours un nuage de poussière
Grisaillant un peu plus les livrées des laquais
Suspendues dans l’office, seulement rafraîchies
Par la pluie qui s’infiltre à travers la toiture effeuillée
Et la porte dégondée, qui baille au passage
Sur les malles ouvertes aux cuirs affaissés.
——–Négligence coupable du personnel de service
Qui a laissé se voûter, la splendeur des pourpoints olive
Les perruques poudrées d’une époque , sans plus avoir
Sur la glace, de la cheminée de style, un humble reflet.
Le parc à l’ordonnancement sarcastique
Et symétrique , les allées encombrées de ronces
A fini par renoncer aux mathématiques
Clos par sa haute grille, – et scellé par le temps.
RC 11 avril 2012
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Edouard Glissant – L’arbre mort et vivant

photo : Karine Granger, voir son site
L’arbre mort et vivant
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Toute une nuit au bord de l’horizon
Il te cherchait, n’osant clamer par-dessus l’or
Si tu criais parmi les oiseaux morts
Si tu donnais la voix pour les peuples
Ou si muette tu venais dans l’épaisseur des vitres.
Il se tenait près de la nuit parmi les arbres
Il se levait dans son aurore et mort
Il chérissait tant d’ombre il déhalait ce bruit
Et te seyait, toi pure aux mains de qui poussaient
Les laves de minuit en l’arbre contemplées.
Il se tenait devant la nuit
Entretenu d’un vent de glace
Et se levaient les aigles sans cité
Mendiants dévolus qui lavaient l’horizon.
Edouard Glissant
Patricia Ahdjoudj – La nuit a d’étranges frissons
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La nuit a d’étranges frissons
Qui vous laissent les larmes aux yeux
L’amour a d’étranges secondes
Qui vous laissent la glace au cœur
Ses mains ont d’étranges audaces
Qui me laissent le cri aux lèvres
Sa voix a d’étranges caresses
Qui me laissent la fièvre au corps
Le ciel a d’étranges tendresses
Qui vous laissent les bras tendus.
Rien, et si peu (RC)
On est un rien, et si peu de chose
Aux pétales engourdis, mon amie la rose.
Au froid qui pénètre ta demeure
Les saisons ont basculé leur heure
Et semblé oublier jusqu'au souvenir d'été
Et voilà figé en liberté
Le buisson de fleurs qui fane
Mais dont l'odeur encore émane
A mordre la griffe du destin
C'est attendre le lendemain
Les fruits de l'aubépine
Graines de nouveau, sans épines
Qui guettent par essence
De meilleurs temps, la renaissance.
Tu n'es rien, mais , tout, hors de la glace
Volant toujours, avec le vent en face
A ta chanson , à ton refrain
C'est du printemps attendu, le regain,
Dont je me fais porteur, léger décalage
A tes rimes, parfums de roses - et davantage (s).
–RC le 31/01/2012
en écho à
http://pantherspirit.centerblog.net/91-Juste-une-Chanson–Juste-un-Refrain
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Paul Celan – Siberien
extrait du blog très fourni et riche en littératures passionantes…de brigetoun
SIBERIEN
ne t’y joignais pas, c’étaient,
tu le penses, les tiennes.
Le cygne-corbeau était suspendu
devant les premières étoiles :
fente des paupières dévorée,
se tenait un visage – aussi
sous cette ombre.
Petite, dans le vent de glace
oubliée, petite
clochette
avec ton
caillou blanc dans la bouche.
Moi aussi,
j’ai la pierre aux couleurs-de-mille-ans
dans la gorge, la pierre du coeur,
à moi aussi,
il me vient du vert de gris
sur la lèvre.
À travers les champs de décombres, ici,
par la mer de laîches, aujourd’hui,
elle passe, notre
route de bronze.
Je suis couché là et te parle,
un doigt
écorché vif.
Paul Celan
« La rose de personne »
Éditions Corti
retraits d’hier en hivers (RC)

Le manteau gelé de la falaise d’eau
Mur de pâte bleutée, – un rideau
Au griffes du temps, la chape appesantie
Immobilise la source, – déjà ralentie
La lave de froid, suspend les instants
De vie ruisselante, jusqu’aux printemps
Et la congèle, – directe assassine
En coulures blanches, jusqu’aux racines
Que même l’astre – de passage – épanoui
Ne parvient pas à les rendre à la vie
Se heurte et rebondit sur les cristaux
Tranchants comme des couteaux
Il faudrait changer d’hémisphère
Ou refaire un tour de la terre
D’un coup de baguette – magie
Et libérer tout à coup – l’énergie
Laisser de côté le manteau de glace
Faire que semaines - se passent
Que d’airs nouveaux, la vie se dope
Qu’entre feuilles mortes,les herbes développent
Un timide tapis , duvet de bonheur
Etoilé de fleurs – , mouvements,couleurs
Et que reprenne les insectes, la course
Des bourgeons et des sources
- C’est bientôt chose faite
L’hiver, en rétréci, détale sa défaite
Accompagné d’accords musicaux
Du refrain des chants des oiseaux
inspiré de "sous le manteau d’hiver" (JoBougon)
le travers d’paradis Ophélie (RC)
Aux vérités de travers,
Il faut les remettre en place
Et au tain de la glace
Passer à travers
Sur les étendues gelées
C’est bien ce qui se passe
Lorsque la glace casse
Et se voit soulevée

Qui voit le paradis
Et nous en fait récit
Est dans doute rétréci
Parce que refroidi
C’est du plus bel effet
Même - traitement sévère
De passer derrière
L’image de ton reflet
Image concassée, brisures
Mais d’éclats boussures
En faire peinture,pâture,
C’est contre- nature
Et le calme revenu
J’nirai pas aboyer
Porter face de noyé
Mais – — Qu’est-il devenu ?
J’le trouve un peu pâli
D’avoir séjourné dans l’eau
Et s’être renversé ( çà c’est pas d’pot)
Avoir conversé (avec Ophélie)

La d’moiselle est belle
Elle a une quinte de toux
Ses cheveux sont roux
Et d’mes jambes se mêlent
Ophélie -pâlie-a- dit
Tu r’viendras demain
Mais là est mon jardin
C’est pas l ‘paradis
C’est pas ton domaine
Toi, et tes mystères
Ils sont bien sur terre
– Quel bon vent t’amène ?
Mais tu vas (céans) partir
Et sans plus discuter
Rejoindre l’autre côté
Où tu vas revenir !
Là n’est pas ta place
Chez les trépassés
Il te faut r’passer
D’laut’côté dla glace
C’est ainsi Madame
Qu’ainsi m’ revoilà
Dans votre belle villa
Juste après le drame
Chaqu’chose à sa place
Aux vérités d’travers
J’ai brisé du vers
Ce qui toujours agace
Ophélie flottante
Qu’a peint Waterhouse
C’est pas Mickey Mouse
Aux eaux miroitantes
D’mes yeux figés, jvois encore
Son beau miroir d’eaux
Qu’était plus qu’un seau
Où flottait en fleur de corps
Belle au milieu des plantes
Et les assiettes nénufars
Son visage, si blafard
Qui souvent me hante.
RC 2 fev 2012
—
et que je complète avec ce texte de Claude Ber:
—
Flaire le risque
s’est fourvoyée à pas de loup
rebrousse chemin d’un seul coup.
Ne récolte plus son blé
n’a plus rien à rire.
Fait volte-face et s’esquive
Est sortie du champ de mines
peut s’allonger sans risques dans ses cheveux
tisser ses nerfs
déplier son corps
desserrer ses lèvres
et ouvrir sa vie.
Un temps…
Joachim Séné: Comme une apparition
comme une apparition
l’homme est assis à terre dans le salon
comme une apparition
sur les murs face à face deux glaces
fixées dessus des planches de bois supportent
comme une apparition
ses soldats de plombs poussiéreux
une série de photos encadrées
visages d’enfants d’adultes et le sien
comme une apparition
dans les miroirs
des collections de portes clefs et de vases vides disparates
une plaque d’immatriculation rouillée
un présent est resté là pour chaque année passée
comme une apparition
05/2001
Provenance: Fragments, chutes et conséquences
Les gourmandises de Wayne Thiebaud ( RC)
Les écrits qui me touchent s’accompagnent volontiers de parcours en art. Je suis très attaché à l’expressionisme abstrait, mais aussi à certaines figures du pop américain ( Oldenburg, Larry Rivers….)
j’ai choisi aujourd’hui de composer "en direct", par rapport à des oeuvres de l’artiste peu connu -pour nous, européens -, mais aux délicieuses idées: Wayne Thiebaud
—
Les vitrines des boutiques
Sont toujours prolifiques
En notre période d’abondance
Se préparent fêtes et bombances
Dindes et marrons glacés
Sucreries malaxées
Des gâteaux, la pente
Suivent, dégoulinantes
Confitures et glaces
Appâts de la face
Beurres et crèmes
Parcours d’érythèmes
Cependant que famine
Résidus et vermine
Sont ce qui reste
De la fête indigeste
A ceux du désespoir
Dont vitrines font miroir
Du visage en creux
Des plus miséreux
Les couleurs bien tentantes
Des pâtisseries fondantes
Où le ventre se vautre
Seront pour les autres.
–
17 dec 2011
- peinture : Wayne Thiebaud – les pots peints 1990


















