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Témoins discrets et obstinés ( RC )


objets abandonnés:           photo  images  d’Yci

Restés en patience dans les greniers,
Soustraits  au jour, et aux regards
Et tissés de toiles  d’araignées
Et qu’on retrouve un jour, par hasard.

Les objets désuets stockés dans un coin
Gardent quelque part un message,
De leur  voix venue de loin,
Leurs formes étranges, dont on ne sait plus l’usage.

Manches en bois et parties  en fer,
Et l’éclat rouge des cuivres
Ce dont nous parlent les livres,
L’encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

Les cabinets  de curiosité
Les outils anciens  du musée
Dont nous portons l’hérédité
A l’époque  des fusées.

Le passé n’est pas  éliminé
En traversant l’histoire
Les  témoins discrets, se sont obstinés
En nous le donnant à voir

Et portent  tout leur sens
Attendant que la mémoire nous revienne
Lorsque nous sommes  en présence
Des époques  anciennes…

-

Tout ce qu’on trouve enfoui
Au fond de nos tiroirs,
Petit à petit recouvert, du voile de l’oubli,
reste cependant en mémoire.

En dehors de la nôtre, pour agir ainsi
Elle voyage  au-delà de l’absence,
Ou plutôt reste déposée, dans le lit de l’ici,
Lorsque la vie accumule, ses sédiments denses

Si lentement, qu’on n’a pas l’esprit d’y penser,
Cachant peu à peu , ce qui fait sa magie
En strates  compactes  et compressées,
Révélées par les sondages d’archéologie .

Je  retrouve les traces,
De ce qui est resté tel quel
Et qui patientent,  tenaces
Attendant  l’action de la pelle…

Sous le manteau de la terre
On a caché ce qui fâche
Tout ce qui fallait taire
Que  soigneusement, on cache

Sous le côté lisse
Et les parterres  de fleurs
L’enquête têtue, peut trouver indices
Des drames et mal-heurts.

Sous les tombes muettes ,
Traces  révélées  de  l’ADN
Ou bien , dans les éprouvettes
A remonter le temps qui s’égrène.

 

 

-

RC  - 17 février 2013


Bête de Gévaudan ( RC )


peinture: Gérard Lattier: la bête du Gévaudan

Dans ces lieux, que je vous décris
Il y a toujours  de ces  champignons
Que l’on prend pour des lumignons
Des brumes, de l’encre  et des cris..

Il n’y a plus grand monde, avant l’hiver
Quelques  boeufs, pas  de tracteurs
Mais  seulement quelques  cultivateurs
Et les environs sont déserts

Dans les labours, ils  jettent  le blé  au vent
Comme  elle  est  bête ,      du Gévaudan…
dans la forêt sombre, luisent  des dents
C’était il y a longtemps,  c’était avant…

Il y a des chemins qui vont au hasard
Et des bandits  de grand  chemin
Qui hantent les  routes  du destin
Lorsque le jour se fait hagard

Si le sombre se pose là, menaçant
Tous les jours ne sont pas  dimanche,
Envers l’inconnu un désir de revanche
Mêle de l’inconnu des désirs de feu et sang

Car on raconte beaucoup de choses
Difficiles à vérifier
Et dont il faut quand  même, se méfier
Qui font  beaucoup de littérature,  – et de prose.

On ne sait plus,      avant que pierres se fendent
Ce qui est du vrai     ou du fantastique,
Le fil du temps, délite  l’historique
Et les traces se diluent  en légendes…

A  trier           du grain  de l’ivraie,
Les contes, enjolivés par l’âge
Ne sont plus,     au reportage
Qu’évènements,  où chercher le vrai

Est comme chercher , quelques indices
Ou l’aiguille  dans la botte  de foin
De ces  échos           lointains
Qui ont intéressé la police…

Mais provoquent l’imaginaire
D’un esprit élastique
A voir des bêtes fantastiques
Un peu partout  sur terre…

Si une  bête  s’est  échappée
C’est  toute  un affaire
–                On parle  d’une panthère
Et toutes les calanques  sont bloquées…

Il faut                verser  de l’encre en litres
Le lecteur des gazettes est poussé à l’achat…
Finalement …… ce n’était qu’un gros  chat
Dont on fit les gros titres…

Les nouvelles  d’ailleurs  ne sont jamais  pareilles
La Sardine   -  (  cétait un record )
Avait bouché le vieux port…
C’est vrai  qu’on était à Marseille…

On dit bien avec " l’acssent",   " Bonne Mère"
- Tu vois pas  qu’ils  exagèrent…. ?
Mais  dans  le sombre  Gévaudan
… on en fait tout autant….

Et si la "Bête"  –  ce phénomène
-           Dont on fit affaire  d’état
N’était qu’une suite  d’assassinats
Qui aurait sa forme humaine…. ?

Dont on fit une  "Une"
–  faute  de trouver un coupable
Ce fut la "bête"", le responsable
… les loups  hurlant à la lune….

RC       – 20 octobre 2012

( voir -entre autres la description  détaillée qu’on en a fait, ici… )

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L’horloge du soleil, n’a pas d’aiguille (RC)


photo perso: Champerboux ( Lozère)... soleil au soir sur le causse de Sauveterre d'autres idées de la région ? - c'est sur photo-loz

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Si l’ombre , avec le soleil, joue  à cache-cache

Les nuages  au-dessus des vallons, font " tache"

Poussés par le vent, ils balaient l’ennui

Et dessinent, en contraste, des morceaux de nuit

 

C’est comme d’une  grande  toile,  le dessin

Et  au fond, apparaît des maisons de village, l’essaim

Alors, brille  soudain d’une  fenêtre, le reflet

Un éclat, qui clignote un instant,    – en effet

 

En réponse aux nuages, un instant distraits

Laissant s’évader, de la lumière, un trait

Un trait de pinceau qui repousse l’ombre

Couleurs, retrouvées, que les nuées encombrent

 

L’horloge du soleil, n’a pas  d’aiguille…

Elle  désigne, de surprise, un endroit qui vacille

Se dérobe soudain, pour naître encore au regard

Au jeu des statues  d’ombres, fruit du hasard

 

—-

 

Si l’horloge se figeait – et qu’elle  s’immobilise

Un arrêt sur l’image – le temps n’a pas de prise

Le passager, dédaignant les passages furtifs

Fixe, en dehors des jours et heures, le définitif

 

Tel endroit, empêtré dans l’ombre, jamais ne se réveille

Et tel autre se dessèche, toujours sous le soleil

Voilà  qui sur terre,              ferait du bruit

A vouloir échanger   des morceaux de nuit

 

Contre, des îles  de soleil, la caresse

Toutefois, sous l’ère de la sécheresse

On inventerait  un jeu de miroirs

Pour prélever du clair, sur le noir

 

On ferait appel aux  sorciers, et leurs  grimoires

Pour trafiquer, les cours de l’espoir

Ce serait,            – vous m’avez compris

Encore un mirage,                   de l’esprit

 

—-

 

Mais rassurez vous,  ce n’est qu’une illusion

La terre  a repris, lentement,  sa rotation

Et en levant les  yeux,         -    au dessus de votre rue

Car le soir a placé ses pions,  et la lune,             -   apparue…

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RC – 16 avril 2012

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voir  précisément à ce sujet  les  photos  de lumières  de juin, ici

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photo perso - Causse de Sauveterre - 2008


Marie Bauthias – L’aveu clandestin


installation G Penone souffle de feuilles 1979

 

 

 

 

 

 

L’aveu clandestin)

Refait ce bruit

ce bruit de mer

d’espace en attente.

La mer n’est plus qu’un bruit

épelé dans le soir

un rêve de jeune buisson.

Le ciel rendait ses copies …

Il n’y a rien à craindre…

Des dames en parenthèses

expliquaient au hasard

le passage des pluies.

Les cadences du ciel

nous ont déjà griffés.

Marie Bauthias
(Verrières, éditions Commune Mesure)
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G Penone : le souffle des feuilles - empreinte


Cribas – (J.I 72)


installation- objet: Rebecca Horn

Cribas, encore, avec un de ses publications anciennes..  et toujours une  utilisation des mots, très particulière et attachante…

 

voir  son site

Tout ce qu’on a dit de bruyant

Même le silence retrouvé

Ne nous le pardonnera pas tant

Que nos combats seront ébruités

Se battre contre qui

Se débattre pourquoi ?

Quelle farce cette vie

Qui trace des petites croix

Dépressions au dessous

De l’art ceinturé

Les petites fleurs d’été

N’ont pas vu le jour

Il entend un cri qui vient de tout en bas. Il saute le pont. Il fait le mauvais pas. L’air vole une dernière fois, sans faire le bruit du mur.

La vie ne sait pas le bruit. Le silence est une poche d’existence.

Tout ce qu’on a rit en fuyant

Pour abrutir le clown

Lui sur sa balustrade d’argent

Trois fois rien dans les fouilles

Se combattre pour qui

S’abattre pourquoi ?

Quelle force cet ennui

Qui passe pour qui sait quoi

Des torsions de fou

Vomies des remparts

L’embolie des dessous

Les réveils sans hasard

 

Il prétend être déjà mort dix fois. De maux de tête et de mauvaise foi. Les poètes en colère et leurs pas de travers, bruyants.

Le mauvais poète sourit, et d’un coup de baguette magique fait retentir sa pauvre cloche.

Ça lui fait mal au nœud dans sa tête.

C’est l’heure du baptême

Avec du feu dans l’air

Un souffle sur ses batailles

Chuinté par ceux qui l’aiment

Dépressions au dessus

Des ceintures noires d’aubépines

L’homme s’élève à l’insu

Des coups bas de la rime

Il descend les étages

De sa tour quatre à quatre

Souriant sa victoire

Aux lucarnes des nuages

Installation-volume: Rebecca Horn "Simone de Beauvoir"

Il s’entend revivre pour une fois, le poète, juste avant de mourir comme une dernière phase. Le temps poisse et la caravane de tête se prélasse. On ne les reconnaît pas, même s’ils sont las ils se lassent en cachette, les poètes au rez de chaussée avec les clowns !

Cribas 08.10.2007