Les horizons encore, derrière (RC)

peinture: Erich Heckel: chevaux blancs 1912
Il y a tant d’horizons encore, derrière la tombe du silence,
Tu peux partir blessée, à déchirer la lune
Et l’image de l’aimé,
T’enfoncer dans les ornières, et t’égarer en chemin
Les oiseaux de passage, – ils ne te prennent pas ta voix,
Mais de la leur, te montrent, au petit matin,
Le jour naissant, dans ses habits de rosée,
Et la voie, un chemin ténu
Qui finit bien, un jour
Par sortir de l’hiver
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RC – 30 avril 2013
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Franck Venaille – Lorsque je serai réconcilié avec mes morts

gravure: Odilon Redon
Lorsque
je
serai réconcilié avec mes morts.
Quand
ils
s’
attableront avec moi
pour le festin du soir,
moins inquiets qu’autrefois ils ne l’étaient, vivants.
Encore sur la réserve aux mains gantées d’hiver toutefois.
Alors
alléluia alléluia la neige
devant
tombes
ouvertes
nous danserons
alléluia
l’
ALLEMANDE
Autour
du
brasero
où
leurs ombres se morfondent & tremblent.
Frank Venaille
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Coeur améthyste ( RC )

Coeur graffiti pour sac à main mandelia
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Le coeur de la terre
Va tourner en rond
Brillant comme l’enfer
On n’en connaît pas le fond.
Et le coeur des choses,
Celui du milieu,
C’est à petites doses,
Ce qu’il y a de mieux.
Le coeur à l’ouvrage,
C’est bien, travailleur,
Celui qu’on partage,
Et met en valeurs
Le coeur voyageur,
Qui joue au touriste
Traverse sans douleur
Des épaisseurs de schiste.
A coeur et à cri,
Empruntant le train,
C’est un nouveau pari,
Ouvert sur demain.
Le coeur d’artichaud
S’ouvre de lui-même
Dès qu’il fait un peu chaud
Au chant des "Je t’aime".
Les coeurs dilatés
Gravés au pied de l’arbre,
Gagnent en vitalité
Par rapport à ceux du marbre
Le coeur des amants
Se prend dans la main
Ils ont tout le temps
D’assouvir leur faim…
Le coeur améthyste
Taillé en facettes,
Celui qui résiste
Se porte en amulettes.
Quand le coeur est triste
Ou bien mal en point,
C’est un jeu de pistes
J’en suis le seul témoin.
A résoudre les problèmes,
Je te donne ces vers,
vers le coeur du poème,
Pour repousser – je crois – les murs de l’hiver.
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RC – février 2013
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Paillettes de beauté ( RC )

photo: Joce V ( voir son ensemble de photos sur flickR)
Un peu de beauté, en grains
Paillettes d’or flottant un instant dans l’air
Et s’y dessine ton sourire
En pointillés,
un lointain peut-être,
Mais un sourire,
Traversant les distances, les froidures;
Vois-tu cette beauté,
Celle que le froid justement,
Dépose en dentelles
De givre … à la robe grise de l’hiver,
Et qu’un bref sourire ,
Le soleil que tu m’envoies
Font de ces paillettes d’eau, autant de diamants ?
Un peu de beauté
Echappée au banal
Aux injures et insanités,
Et si précieuse,
Si fragile en ses cristaux
Qu’on ne peut la conserver,
Que dans son regard et son coeur…
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RC – 9 février 2013
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( écrit à la suite de la lecture de extrait de il(e) 4, de Agathe Elieva
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Thierry Metz – vers la bien-aimée
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Vers la bien-aimée
ce sera
toujours comme une aile
sans repos
une montée jour après jour
d’un visage à l’autre
parmi les nuages accrochés au talus
aux branches
pour chanter l’âme d’un petit bois
en prière sous le châle
avec un peu d’herbe
une feuille morte
comme une aile dans l’hiver
d’oiseau profane.
Thierry Metz, Le Drap déplié, L’Arrière-Pays, 1995, page 9.
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Femme de brume, femme de neige ( RC )

Femme d’Automne s’accroche
Fête, que la brume enivre,
C’est peut-être qu’arrive
L’hiver , qui s’approche
Et recouvre de feuilles
Le manteau de l’été
Des saisons reportées
…Fin de l’année – le deuil
Femme d’hiver arrive
Et d’un coup de manche
Peint la province blanche,
Pentes et perspectives
Et referme son piège
De silence et de velours
Même au coeur de l’amour,
Sous son habit de neige.
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RC -16 janvier 2013
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Sabine Sicaud – jours de fièvre
Ce que je veux ? Une carafe d’eau glacée.
Rien de plus. Nuit et jour, cette eau, dans ma pensée,
Ruisselle doucement comme d’une fontaine.
Elle est blanche, elle est bleue à force d’être fraîche.
Elle vient de la source ou d’une cruche pleine.
Elle a cet argent flou qui duvête les pêches
Et l’étincellement d’un cristal à facettes.
Elle est de givre fin, de brouillard, de rosée,
Jaillit de chaque vasque en gerbes irisées,
Glisse de chaque branche en rondes gouttelettes.
Au coeur de la carafe, elle rit. Elle perle
Sur son ventre poli, comme une sueur gaie.
En mille petits flots, pour rien, elle déferle,
Ou n’est qu’un point comme un brillant dans une haie.
Elle danse au plafond, se complaît dans la glace,
Frappe aux carreaux avec la pluie. Ah ! ces cascades…
C’est le Niagara, vert bleu, vert Nil, vert jade,
C’est l’eau miraculeuse en un fleuve de grâce ;
Toute l’eau des névés, des lacs, des mers nordiques,
Toute l’eau du Rocher de Moïse, l’eau pure
D’une oasis perdue au centre de l’Afrique ;
Toute l’eau qui mugit, toute l’eau qui murmure,
Toute l’eau, toute l’eau du ciel et de la terre,
Toute l’eau concentrée au creux glacé d’un verre !
Je ne demande rien qu’un verre d’eau glacée…
Vous ne voyez donc pas mes doigts brûlants de fièvre,
Mes doigts tendus vers l’eau qui fuit ? Mes pauvres lèvres
Sèches comme une plante à la tige cassée ?
La soif qui me torture est celle des grands sables
Où galope toujours le simoun. Je ne pense
Qu’à ce filet d’eau merveilleuse, intarissable,
Où des poissons heureux circulent. Transparence,
Fraîcheur… Est-il rien d’autre au monde que j’implore ?
Alcarazas, alcarazas… un café maure
Et, dans la torpeur bleue où des buveurs s’attardent,
Un verre débordant parmi les autres verres,
Un verre sans couleurs subtiles qui le fardent,
Mais rempli de cette eau si froide, nette, claire…
Ah ! prenez pour cette eau ce qui me reste à vivre,
Mais laissez-la couler en moi, larmes de givre,
Don de l’hiver à ce brasier qui me consume.
Vous souvient-il de ces bruits clairs, dans de l’écume,
Au bord d’un gave fou ? J’ai soif de tous les gaves.
Les sabots des mulets, vous souvient-il, s’y lavent,
Les pieds du chemineau s’y délassent. Dieu juste,
Ne puis-je boire au moins comme le pré, l’arbuste,
Le chien de la montagne au fil de l’eau qui court ?
Cette eau… Cette eau qui m’échappe toujours,
Qui, nuit et jour, obsède ma pensée…
Ne m’accorderez-vous deux gouttes d’eau glacée ?
-
Michel Hubert – hypothèse de craie – captif d’un homme 13
-13-
pure et simple
ce qui n’était qu’intuition
de ce feu
ô phalène crépusculaire
eut suffi à maintenir
ta pâle fascination de l’hiver
plus longuement distincte
de celle autrement transparente
de la mort
on ne recommence pas deux fois
à la face l’innocence
même si j’accepte ta douleur
-illégitime ta douleur-
comme le plus fidèle double de tes yeux
certes ton double même vieilli
d’aussi longues années
se souviendra
que dans cette réalité fragmentaire
il est un ailleurs encore
-par delà les terres basses de l’enfance auquel tu appartiens
-
Lucien Suel – Sombre Ducasse 7 ( suivi de ma "réponse" ) – ( RC )
Sombre Ducasse (version justifiée) 7
si le point de départ vient à changer
aura-t-on le même point au final ceux
qui utilisent des bandes coulissantes
sur trois magnétophones n’anéantiront
plus le complexe comateux bande bande
bande blue stardust jack off moi j’ai
tout fait j’étouffais alors quel sera
le numéro silence silence silence ces
dispositions hétéroclites ces séances
particulières datent sans doute de 23
ans avant la dernière guerre nous les
détruirons les erreurs surtout celles
qui consistent à croire que les moins
grands sont les plus jeunes ou que le
plus grand est le plus vieux détruire
toute la hiérarchie serait saugrenu à
moins de placer les petits les moyens
les grands contre un mur de manière à
déclencher le feu des fusils à canons
sciés le sens de l’écriture a orienté
tout pour tous de manière ignoble les
maladresses ont été nombreuses il y a
eu trop de ça tout au long des années
des siècles à venir ceci n’allait pas
tout seul il faudra placer des garde-
fous plus rigides sur les limites des
manières de vivre aujourd’hui séparer
mettre à l’écart les cas gênants nous
avons trop peu de renseignements tous
nos souvenirs brillants de la seconde
guerre mondiale s’estompent déjà dans
les vents froids et foireux les vieux
partis au diable vos vers sont séchés
soumis à la question trop souvent ils
ne sont plus que d’anciens modèles de
voitures reproduits sur carte postale
—-
Le texte de Lucien Suel, extrait de "silos", est visible directement sur cette page…, l’auteur, en m’autorisant à republier son texte, me renvoit aussi à sa version 2, ici
Je ne suis pas là, je ne pourrai pas t’accompagner
dans la course, et découper le temps avec des
ciseaux,ainsi la musique se déroule, et les chevilles se coulent,
sans hiérarchie, sur la piste, il y a le parquet qui brille, les passages le frottement de la lumière,
et la musique de Coltrane, my favourite things, qui me rappelle, mais j’ai vérifié, c’était autre chose,
le film de Pierre Etaix,Yoyo… j’ai encore dans les yeux la fumée des usines qui rentre dans les cheminées, plutôt que d’en sortir, tu vois, j’ai sans doute égaré bien des souvenirs, en route, en semant trop de cailloux blancs – pour écouter le silence
je me suis un peu perdu, sur des chemins qui s’égarent.
Oui, j’aurais eu besoin de garde-fous, enfin, si on veut, si on parle de fous,
car justement, ce sont des voix d’hiver ( diverses), qui permettent de trouver la sienne,
les chemins de traverse, comment se repérer faire que sa voie soit la sienne et sa voix personnelle…
J’ai traversé des tableaux sépia , croisé Francis Bacon à Paris,
pianoté un peu, et caressé la lumière qui se posait sur mes toiles.
Les vers séchés ( comme les lombrics égarés après une forte pluie), composent mes poèmes,
que je triture volontiers, en sautillant à cloche pied, varier les appuis, les cases de la marelle
pour aboutir à la case « ciel », j’écoute les voix diverses, je m’enrichis de ta voix…
et finalement j’ai laissé tourner les bandes magnétiques, laissé les ciseaux à d’autres,
mon univers est de la couleur et de l’argenté.
Passent d’anciens modèles de voiture reproduits sur les magazines….
RC 14 décembre 2012
-
Jean Mogin – Quand j’ai besoin de bleu
Quand j’ai besoin de bleu, de bleu,
De bleu de mer et d’outre-mer,
De bleu de ciel et d’outre-ciel,
De bleu marin, de bleu céleste,
Quand j’ai besoin profond,
Quand j’ai besoin altier,
Quand j’ai besoin d’envol,
Quand j’ai besoin de nage,
Et de plonger en ciel,
Et de voler sous l’eau,
Quand j’ai besoin de bleu
Pour l’âme et le visage,
Pour tout le corps laver,
Pour ondoyer le cœur,
Quand j’ai besoin de bleu
Pour mon éternité,
Pour déborder ma vie,
Pour aller au-delà
Rassurer ma terreur,
Pour savoir qu’au-delà
Tout reprend de plus belle,
Quand j’ai besoin de bleu,
L’hiver,
Quand j’ai besoin de bleu,
La nuit,
J’ai recours à tes yeux.
La belle alliance
-
, Paris, Seghers, s.d.
-
Tahar Ben Jelloun – Quel oiseau ivre naîtra de ton absence ? — l’interrogation du soleil ( RC )
Quel oiseau ivre naîtra de ton absence
toi la main du couchant mêlée à mon rire
et la larme devenue diamant
monte sur la paupière du jour
c’est ton front que je dessine
dans le vol de la lumière
et ton regard
s’en va
sur la vague retournée
sur un soir de sable
mon corps n’est plus ce miroir qui danse
alors je me souviens
tu te rappelles
toi l’enfant née d’une gazelle
le rêve balbutiait en nous
son chant éphémère
le vent et l’automne dans une petite solitude
je te disais
laisse tes pieds nus sur la terre mouillée
une rue blanche
et un arbre
seront ma mémoire
donne tes yeux à l’horizon qui chante
ma main
suspend la chevelure de la mer
et frôle ta nuque
mais tu trembles dans le miroir de mon corps
nuage
ma voix
te porte vers le jardin d’arbres argentés
c’était un printemps ouvert sur le ciel
il m’a donné une enfant
une enfant qui pleure
une étoile scindée
et mon désir se sépare du jour
je le ramasse dans une feuille de papier
et m’en vais cacher la folie
dans un roc de solitude
-
.
Tahar BEN JELLOUN
-
Auquel j’ajoute mon "interrogation du soleil" - qui a été composée sans que je connaisse le texte ci-dessus,
En lissant, du dos de la main,
Un sable blond, – l’interrogation du soleil
Qui s’étale, en grains
Par millions, ni semblables, ni pareils
Et si ceux ci, recouvrent
L’haleine de mon corps
Qui fait racine, puis s’ouvre
En profondeur, de toutes ses pores
C’est un flux de la mémoire
En fouillant dans son ombre
A chercher dans le noir
Qu’aucune lumière n’encombre
Quand tu te penches, elle ressurgit soudain
Aux rayons de tes cheveux dénoués
Et qu’ au dessus de moi, planent tes mains
Porteuses du soleil, d’un désir avoué.
C’est ton regard, que le ciel achemine
Qui réchauffe le mien
Je n’en sais pas l’origine
Mais j’en connais les liens.
Vivre est une aventure,
On s’écarte des chemins tracés
Vers des sentiers peu sûrs
Mais où tu me fais me lancer
Et c’est encore un peu ivre
Encore en titubant
Que je vais te suivre
Emporté vers l’avant
Mes lèvres ont le goût des tiennes
J"ai laissé derrière, l’hiver des pensées
Un nouveau jour m’entraîne
………….. Et je n’ai plus de passé.
-
RC -21 octobre 2012
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Bête de Gévaudan ( RC )
Dans ces lieux, que je vous décris
Il y a toujours de ces champignons
Que l’on prend pour des lumignons
Des brumes, de l’encre et des cris..
Il n’y a plus grand monde, avant l’hiver
Quelques boeufs, pas de tracteurs
Mais seulement quelques cultivateurs
Et les environs sont déserts
Dans les labours, ils jettent le blé au vent
Comme elle est bête , du Gévaudan…
dans la forêt sombre, luisent des dents
C’était il y a longtemps, c’était avant…
Il y a des chemins qui vont au hasard
Et des bandits de grand chemin
Qui hantent les routes du destin
Lorsque le jour se fait hagard
Si le sombre se pose là, menaçant
Tous les jours ne sont pas dimanche,
Envers l’inconnu un désir de revanche
Mêle de l’inconnu des désirs de feu et sang
Car on raconte beaucoup de choses
Difficiles à vérifier
Et dont il faut quand même, se méfier
Qui font beaucoup de littérature, – et de prose.
On ne sait plus, avant que pierres se fendent
Ce qui est du vrai ou du fantastique,
Le fil du temps, délite l’historique
Et les traces se diluent en légendes…
A trier du grain de l’ivraie,
Les contes, enjolivés par l’âge
Ne sont plus, au reportage
Qu’évènements, où chercher le vrai
Est comme chercher , quelques indices
Ou l’aiguille dans la botte de foin
De ces échos lointains
Qui ont intéressé la police…
Mais provoquent l’imaginaire
D’un esprit élastique
A voir des bêtes fantastiques
Un peu partout sur terre…
Si une bête s’est échappée
C’est toute un affaire
– On parle d’une panthère
Et toutes les calanques sont bloquées…
Il faut verser de l’encre en litres
Le lecteur des gazettes est poussé à l’achat…
Finalement …… ce n’était qu’un gros chat
Dont on fit les gros titres…
Les nouvelles d’ailleurs ne sont jamais pareilles
La Sardine - ( cétait un record )
Avait bouché le vieux port…
C’est vrai qu’on était à Marseille…
On dit bien avec " l’acssent", " Bonne Mère"
- Tu vois pas qu’ils exagèrent…. ?
Mais dans le sombre Gévaudan
… on en fait tout autant….
Et si la "Bête" – ce phénomène
- Dont on fit affaire d’état
N’était qu’une suite d’assassinats
Qui aurait sa forme humaine…. ?
Dont on fit une "Une"
– faute de trouver un coupable
Ce fut la "bête"", le responsable
… les loups hurlant à la lune….
RC – 20 octobre 2012
( voir -entre autres la description détaillée qu’on en a fait, ici… )
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Les instants recourbés, animés par le vent (RC)
Les instants recourbés, animés par le vent
Déposent en collier aux fronts des pêchers
Des nuées de roses, saluées par les oiseaux
Qui préparent une fête, au futur de l’été.
C’est une odyssée, qui renouvelle chaque année
Dessinée d’habits neufs, de frondaisons franches
Où se déverse la lumière, en corne d’abondance
Etalée de tout son poids, sur la terre avide
Que déménage en douceur, la fête des pousses
A jouir du printemps, c’est une course
A prendre les devants de chaque instant
Et oublier l’hiver, en virée des couleurs.
RC
Marie Hurtrel – Parole recluse
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Pourtant, tu avais un écho, et le silence baignait seulement une note plus bleue que le soleil des anciens décembres.
Sous la neige sans consistance où l’hiver s’était perdu… à jamais perdu. Il poussait des fleurs.
Quand de raison qui déraisonne, les notes se sont mises à tomber d’un ciel déchu, c’est comme si ce soleil s’était éteint.
S’est-il éteint…
S’éteint-il…
L’obscurité marque son armure[1] et la portée[2] tremble.
Quand les mots manquaient de lettres, dans l’avant et l’été attendu, les rêves buvaient la tasse d’encre, et se noyaient les pupilles du doute dans leur inconsistance.
Pourquoi ces jours brisés boivent-ils maintenant le plomb et la parole recluse scelle-t-elle nos tombes…
Pourquoi l’intransigeance du voyage ferme-t-elle la bouche sur un pardon exclu, une larme tue, et l’été qui s’en va avant la saison…
Faut-il au sang d’égorger les hirondelles pour parer de peines la porte déjà trop lourde des cimetières ?
© Marie Hurtrel
[1] Armure : en musique, altérations réunies à la clef
[2] Portée : les cinq lignes permettant de représenter les hauteurs des notes
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Sylvia Plath – lettre d’amour (1960)
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Lettre d’amour (1960)
Pas facile de formuler le changement que tu as fait en moi.
Si je suis en vie maintenant, j’étais alors morte,
Bien que, comme une pierre, indifférente totalement,
je restais là immobile suivant mon habitude.
Tu ne m’as pas seulement bougée d’un pouce, non -
Ni même laissé ajuster mon petit Œil nu
A nouveau vers le ciel, sans espoir, bien sûr,
De pouvoir saisir le bleu, ou les étoiles.
Ce n’était pas ça. Je dormais, disons : un serpent
Masqué parmi les roches noires comme une roche noire
dans le hiatus blanc de l’hiver -
Comme mes voisines, ne prenant aucun plaisir
A ce million de joues parfaitement polies
Qui se posaient à tout moment afin de faire fondre
Ma joue de basalte. Et elles devenaient larmes,
Anges pleurant sur des natures monotones,
Mais je n’étais pas convaincue. Ces larmes gelaient.
Chaque tête morte avait une visière de glace.
Et je continuais de dormir, comme un doigt tordu
La première chose que j’ai vue n’était que de l’air pur
Et ces gouttes enfermées qui montaient en rosée,
Limpides comme des esprits. Tout alentour
Beaucoup de pierres compactes et inexpressives
Je ne savais pas quoi faire de cela.
Je brillais, écaillée de mica,
et déroulée pour me déverser tel un fluide
Parmi les pattes d’oiseaux et les tiges des plantes.
Je ne m’étais pas laissé berner. Je t’ai reconnu aussitôt.
L’arbre et la pierre scintillaient, sans ombres.
La longueur de mes doigts a grandi, lucide comme du verre.
J’ai commencé à bourgeonner comme rameau de mars :
Un bras et une jambe, un bras, une jambe.
De pierre au nuage, ainsi je me suis élevée.
Maintenant je ressemble à une sorte de dieu
Je flotte à travers l’air, âme tournoyante,
Aussi pure qu’un pain de glace. C’est un don.
-
Sylvia Plath
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Jean-Claude Pirotte – on ignore quoi quelle attente

peinture: Soutine: route peu rassurante
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on n’a jamais le temps l’hiver décoiffe ses villes au marché les petites pommes sont vieilles
il faudrait raconter à l’ami qui est loin que ce n’est pas le froid qui nous épuise
ni le poids des nuées la pauvreté soumise mais on ignore quoi quelle attente ou quel signe
entre les bouleaux nus dans le bois délabré ou dans les yeux des chiens quand ils vont au hasard
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Lutin – Froid bleu – (cold blue)

photo: Steven Dempsey: voir notamment ses photos de " landscapes"
A travers tous les écrits intéressants que nous proposent les créateurs bloggeurs, il est sûr que je n’ai pas l’occasion de "suivre tout le monde",
et , naviguer un peu au hasard, notamment par rapport à ceux qui laissent des commentaires, permet de les revisiter… et donc d’apprécier la richesse de leur écriture…
C’est le cas de lutin, dans ses "secrets de lutin"
et d’un des articles de février dernier: Froid bleu, qu’elle m’a permis de retranscrire ici..
—-
Repli foetal
alors que la clef est tombée dans l’eau
ce n’était pas une maladresse
cet instant là
lorsque tu as crocheté ton coeur à l’arbre
.
Ce n’était que lassitude
l’envie de partir
courbé dans l’hiver
Et ta main a chassé les étoiles
comme l’on repousse le vent de sable
la clef s’en est allée tout au fond de ta mémoire
éteignant la lumière
-
lutin – 03 – 02 – 2012
—
Fetal downturn ,
while the key dropped into water
it was not a fumble
this time there
when you have hooked your heart to the tree
.
It was only weariness
the desire to leave
curved in the winter
And your hand chased the stars
as it pushes the sandstorm
In the bottom of your memory, deep, has gone the key
turning off the light
René Char – Nos paroles sont lentes
Nos paroles sont lentes à nous parvenir, comme si elles contenaient, séparées, une sève suffisante pour rester closes tout un hiver ; ou mieux, comme si, à chaque extrémité de la silencieuse distance, se mettant en joue, il leur était interdit de s’élancer et de se joindre. Notre voix court de l’un à l’autre ; mais chaque avenue, chaque treille, chaque fourré, la tire à lui, la retient, l’interroge. Tout est prétexte à la ralentir. Souvent je ne parle que pour toi, afin que la terre m’oublie

Georges Braque, peinture "L'envol "
Maurice Chappaz – Apres il y a un oiseau
Apres il y a un oiseau qui vient toujours taper du bec au bord de la fenêtre et Samuel dit : «J'aurais dû m'enfuir avec eux,» Tous les hommes au bord de la tombe sont partis cet hiver, ils ont longtemps écouté l'horloge, ils ont longtemps léché les cuillerées de miel et le creux des tasses où il est peint une fleur. Puis un grand vent est venu fracassant les branches d'arbres. Ou bien la lumière a baissé dans la chambre mais dehors la neige était éblouissante. Elle a fondu près du lit. On entendait le tic-tac des cœurs. Comptine de ma vie toujours en retard.
© Maurice Chappaz
Extrait de: Á rire et à mourir
Editions Bertil Galland , Vevey 1983
photo perso: exposition "lieux habités" musée de St Brieuc 2010
-
retraits d’hier en hivers (RC)

Le manteau gelé de la falaise d’eau
Mur de pâte bleutée, – un rideau
Au griffes du temps, la chape appesantie
Immobilise la source, – déjà ralentie
La lave de froid, suspend les instants
De vie ruisselante, jusqu’aux printemps
Et la congèle, – directe assassine
En coulures blanches, jusqu’aux racines
Que même l’astre – de passage – épanoui
Ne parvient pas à les rendre à la vie
Se heurte et rebondit sur les cristaux
Tranchants comme des couteaux
Il faudrait changer d’hémisphère
Ou refaire un tour de la terre
D’un coup de baguette – magie
Et libérer tout à coup – l’énergie
Laisser de côté le manteau de glace
Faire que semaines - se passent
Que d’airs nouveaux, la vie se dope
Qu’entre feuilles mortes,les herbes développent
Un timide tapis , duvet de bonheur
Etoilé de fleurs – , mouvements,couleurs
Et que reprenne les insectes, la course
Des bourgeons et des sources
- C’est bientôt chose faite
L’hiver, en rétréci, détale sa défaite
Accompagné d’accords musicaux
Du refrain des chants des oiseaux
inspiré de "sous le manteau d’hiver" (JoBougon)
Mercredi dans les Alpes (RC)
——–
Pourquoi j’ai choisi ce titre ?
Hein, -sans doute parce que
Cà sonne comme un jour changeant ,
Et les sonnailles du bétail dispersé.
Le lendemain, transforme le monde,
Les murailles gris bleu sont maintenant orange
En tournant la tête, je déchire quelques nuages
Cavalcade de quelques bouquetins en éboulis
Le lendemain est aussi tout à l’heure
L’épaule suspendue de la montagne
Se teinte d’éclairages d’hiver et la fantaisie
d’oiseaux de Magritte englués dans le roc
Sages tracés de remontées mécaniques
striant les pentes de lignes mobiles
Ruches bourdonnantes d’immeubles agglutinés
Comme d’excroissances vénéneuses.
Le lendemain changeant me dit le pays voisin
Transformant la parole, en langage étranger
Mon père disait " mâcher de la paille"
En absence – Prévert -de passage- muraille
Et de tunnels routiers audacieux
Et les spirales des voies ferrées d’antan
Forant des kilomètres rocheux
Et jouant des ponts si improbables
C’est vers Tende, je me souviens
Me rappeler pourquoi, avant la mer
Les pentes sont encore les Alpes
Les replis gardant de petits lacs miroirs
Autant de joyaux liquides
Aux balcons des pentes velours
Le lendemain qui transforme le monde
Attend en silence le départ de l’ombre
Le rideau de lumière, combattant la nuit
Après avoir happé les crêtes,
Peu à peu lui grignote une part de jour
En allégeant son triangle- c’était en rosé
Le lendemain est aujourd’hui, posé
L’aube a relégué mercredi
D’un éclairage nouveau le haut fantasme
de glaces construit le jeudi.
—-
RC
5 fev 2012
Sésame en trésors et lampe d’Aladin ( RC)
En errant dans les rues, sur les chemins
Au plus profond des bois, et dans ta main
J’ai croisé, le simple, de la vie le signe
Qui nivelle les différences et aligne
L’art du pauvre, la nature rebelle,
Habille d’automne, foire annuelle
Du précieux de ses ors, le riche
Comme le commun, et affiche
Au tapis du vent, le passage du temps
Le tout attendant, la parure du printemps
J’ai aimé te couvrir sans hiver de deuil
De mes mains d’or, j’étais feuilles
Celles restant vivantes, que je porte
Ne figurent pas en peinture, en nature morte
Et seront pour toi, mon beau jardin
Sésame en trésors et lampe d’Aladin

feuilles d'automne recouvrant une Cadillac
Henri Bauchau – LIANT Déliant
LIANT DELIANT
Doutant du regard
doutant de la voix
doutant du passage réel
de l’amour dans les bois enroués par l’hiverSuivant le courant
la voie des rivières
relisant du cœur
les points les accents la course légère
de ses lignes bien espacéesDoutant redoutant
l’arrêt du soleil
des songes du temps des dons du sommeil
ne redoutant plus
l’air en mouvement l’écriture claire
liant reliant
déliant l’émoi
de sa mécanique légère
Cesare Pavese – Simplicité
simplicité
«l’homme seul – qui a été en prison – se retrouve en prison
toutes les fois qu’il mord dans un quignon de pain.
En prison il rêvait de lièvres qui détalent
sur le sol hivernal. Dans la brume d’hiver
l’homme vit entre des murs de rues, en buvant
de l’eau froide et en mordant dans un quignon de pain.
On croit qu’après la vie va renaître,
le souffle s’apaiser, et l’hiver revenir
avec l’odeur du vin dans le troquet bien chaud,
le bon feu, l’écurie, les dîners. On y croit,
tant que l’on est en taule, on y croit. Puis on sort un beau soir
et les lièvres, c’est les autres qui les ont attrapés
et qui, en rigolant, les mangent bien au chaud.
On doit les regarder à travers les carreaux.
L’homme seul ose entrer pour boire un petit verre
quand vraiment il grelotte, et il contemple son vin :
son opaque couleur et sa lourde saveur.
Il mord dans son quignon, qui avait un goût de lièvre
en prison ; maintenant, il n’a plus goût de pain
ni de rien. Et le vin lui aussi n’a que le goût de brume.
L’homme seul pense aux champs, heureux
de les savoir labourés. Dans la salle déserte
il essaye de chanter à voix basse. Il revoit
le long du talus, la touffe de ronciers dénudés
qui était verte au mois d’août. Puis il siffle sa chienne.
Et le lièvre apparaît et ils cessent d’avoir froid. »
Cesare Pavese, “Simplicité”, in Paternité, Travailler fatigue, Gallimard, Collection Poésie, page 158.
« L’uomo solo – che è stato in prigione – ritorna in prigione
ogni volta che morde in un pezzo di pane.
In prigione sognava le lepri che fuggono
sul terriccio invernale. Nella nebbia d’inverno
l’uomo vive tra muri di strade, bevendo
acqua fredda e mordendo in un pezzo di pane.
Uno crede che dopo rinasca la vita,
che il respiro si calmi, che ritorni l’inverno
con l’odore del vino nelle calda osteria,
e il buon fuoco, la stalla, e le cene. Uno crede,
fin che è dentro uno crede. Si esce fuori una sera,
e le lepri le han prese e le mangiano al caldo
gli altri, allegri. Bisogna guardali dai vetri.
L’uomo solo osa entrare per bere un bicchiere
quando proprio si gela, e contempla il suo vino :
il colore fumoso, il sapore pesante.
Morde il pezzo di pane, che sapeva di lepre
in prigione, ma adesso non sa più di pane
né di nulla. E anche il vino non sa che di nebbia.
L’uomo solo ripensa a quei campi, contento
di saperli già arati. Nella sal deserta
sottovoce si prova a cantare. Rivede
lungo l’argine il ciuffo di rovi spogliati
che in agosto fu verde. Dà un fiscio alla cagna.
E compare la lepre e non hanno più freddo. »















