Xavier Lainé – Que dit ton visage

Lorsqu’en rêves il se concentre
Paupières baissées
Lèvres ouvertes
Sur la source des nuits
S’éparpille en tes cheveux d’ombre
Cathy Garcia – Luciole

photo Paige de Ponte, extraite de Gaia
-
Tu es
beau
de cette beauté brute
encore un peu gauche
bougonne
farouche
tes pommettes tes yeux
me parlent d’un ailleurs
que j’ai déjà connu
comment pourquoi
résister
tendre esquisse de vol
les gestes en équilibre
étonnés d’eux-mêmes
comment pourquoi
oublier
cette lumière
au dedans
au-dehors
le vent qui berce
sur nos têtes
les arbres en partance
imaginaire
le parfum du bois
le grognement de la chienne
et la nuit soûle
d’étoiles
qui se roule à terre
comment pourquoi
s’arracher des lèvres
ce goût d’effraction ?
tu es
vois-tu
de ceux qui me voient
comme je me rêve
l’illusion
est si belle
vaut bien la blessure
que tu ne manqueras pas
de me faire
-
Denise Desautels – la rumeur

photo: moulage archéologique: la dame de Vix
La rumeur, étrangement
ma bouche s’ouvre et ne dénoue rien
ni le corps ni la langue
elle s’abandonne aux mots
chaque fois le mouvement de mes lèvres
comme un regard habile en affaiblit l’audace
- s’il fallait que là justement l’âme s’affiche -
chaque fois nous sommes les proies d’un désir fou
-
Denise Desautels
In « Mémoires parallèles »
-
Charlotte Monégier – Deux, quatre et vins

Deux, quatre et vins
Toi :
Deux mains s’entêtant
A figer l’été pour le conduire en hiver
Par des jeux d’amant
Des histoires chaudes qui fécondent l’éther
Deux pieds se posant
Sur un coin de ciel, d’étoiles en pouponnière
Par des yeux volant
Le refuge du temps pour m’en faire un frère
Deux doigts s’enivrant
Du décolleté fin que j’arbore si fière
Et te désirant
J’arrondis mes deux lèvres pour t’offrir un ver
Nous :
Quatre mains s’aimant
Quatre pieds réchauffés dans l’interstice clair
Vingt doigts s’écrivant
Des contes légendaires, des recoins d’univers
Moi :
Une bouche lente
A dire ce qui se tait dans son palais clos
Des mots qui la chantent
Qui chantent tout bas l’amour qui te rend si beau
Fin :
Une bouche chut… !
Tout en silence les deux et les quatre virent
En vins bien trop bus
Pour qu’un baiser soit vrai, pour que mon cœur chavire
Une bouche, c’est tout
Une bouche c’est rien et même que l’éther
Posé sur ta joue
S’est joué de mon corps pour le jouir en enfer
Et même que ce frère, de visage vénusien
S’est fondu d’alcool
Armant ses sourires de cigares malsains
Suis devenue folle
Et même que tes regards protecteurs d’idées
Naissant dans les maux
N’ont su capturer qu’un lacté passé d’été -
L’hiver et les mots.
Peu de gestes purs
Dans l’indécence de cette nuit de regrets
Parce que tout dure
Lorsqu’on s’égare une fois dans de faux reflets
Charlotte Monégier
-
Je ne te vois pluie ( RC )

photo Electroluminescence [Cee]
Contre le mur, tu as tourné la tête
Une lourdeur tropicale,
Et les nuages s’écrasent
Aux éclats des ardoises
De la ville
On dirait qu’aux assauts du temps
Elle jouerait -rebelle-
Opposant la pierre et le bitume
Aux rideaux d’argent,
Le fluide.
Rebondit, aux fleurs noires
Les parapluies qui se hâtent,
Et la rue qui tangue
Sous un ciel plomb
Et l’horizon qui s’échappe.
Même les bruits courants,
Sont bus en cascade,
Et les paroles se sont tues
Derrière un rideau translucide
—-C’est l’eau me dis-tu.
Sans les paroles, enfin, ce que je lis
De la forme de tes lèvres.
-
Oui l’eau —-( bien sûr, quand il pleut )
Mais aucun son ne me vient
Tu me parles, et je n’entends rien.
Et même, tu rétrécis
Et te fonds dans le mur gris
Les vêtements humides
Et sous le parapluie.
Tu as tourné la tête….
—
Je ne t’entends plus
Je ne te vois pluie…
-
RC – 27 février 2013
L’interrogation du soleil ( RC )

photo rgbstock
En lissant, du dos de la main,
Un sable blond, – l’interrogation du soleil
Qui s’étale, en grains
Par millions, ni semblables, ni pareils
Et si ceux ci, recouvrent
L’haleine de mon corps
Qui fait racine, puis s’ouvre
En profondeur, de toutes ses pores
C’est un flux de la mémoire
En fouillant dans son ombre
A chercher dans le noir
Qu’aucune lumière n’encombre
Quand tu te penches, elle ressurgit soudain
Aux rayons de tes cheveux dénoués
Et qu’ au dessus de moi, planent tes mains
Porteuses du soleil, d’un désir avoué.
C’est ton regard, que le ciel achemine
Qui réchauffe le mien
Je n’en sais pas l’origine
Mais j’en connais les liens.
Vivre est une aventure,
On s’écarte des chemins tracés
Vers des sentiers peu sûrs
Mais où tu me fais me lancer
Et c’est encore un peu ivre
Encore en titubant
Que je vais te suivre
Emporté vers l’avant
Mes lèvres ont le goût des tiennes
J »ai laissé derrière, l’hiver des pensées
Un nouveau jour m’entraîne
………….. Et je n’ai plus de passé.
-
RC -21 octobre 2012
-

photo Jose Chiyah
Rabindranath Tagore – Je voudrais
Sandy-art Gallery
-
Je voudrais m’asseoir à tes côtés dans le silence,
mais je n’ai pas le courage, j’en ai peur
mon coeur , au bout des lèvres.
C’est pourquoi je parle bêtement et me cache,
mon cœur derrière la parole..
Pris cruellement dans ma souffrance, de peur
vous faire subir la même chose …
-
Bassam Hajjar – tes mains contiennent mon corps
Petites sont tes mains, mais elles contiennent mon corps tant il s’est amenuisé,
tant tu es présente dans mon absence.
Je n’ai pas peur à présent qu’un rêve gris m’emporte vers un gouffre sans fond, je sais que la paume de ta main droite m’ouvre une porte vers le double de la lumière, et que mon visage conserve, comme un embrasement, le contact de ta paume gauche.
Étais-je absent à ce point ? Je veux dire que je ne trouvais personne pour me conduire vers mon sommeil. (…)

peinture: Nikewen
Il a suffi que tu soulèves, d’une caresse, le marbre du lourd sommeil. Et que tes mains m’emportent, pas tant que ça, juste à la mesure à laquelle je vis. Il a suffi que tu essuies mes lèvres du bout de ton index pour que parler cesse de me faire souffrir.
Chaudes embrassades ( RC )
photo: Alanah Collier
Aux chaudes embrassades
Les bras élastiques,
Un corps qui bat la chamade
S’enroule tout en rythme
Et puis, quand il se penche
Participe à l’écriture…
L’espace ondule des hanches,
Mots rayés et mouchetures,
Justifie, s’il le faut, la tendresse
Par une danse improvisée….
Défaite, la chevelure, retenue en tresses,
Vous pouvez vous manifester par un baiser
Au coin d’une page pliée…
Trace de rouge ,sur la joue déposée,
De l’étage, franchir le palier,
Quelques phrases bien dosées…
Finis les propos mièvres,
Tu n’as qu’à ouvrir la bouche,
Donner du corps à tes lèvres,
Un emportement farouche,
— Et s ‘il faut qu’on se grise
Laisse toi donc approcher
Suivant les préceptes de l’église,
De l’originel empêcher,
Distinguant les parties nobles et dignes,
D’autres, à faire des envieux.
En suivant les consignes
Approuvées par Dieu
Mais en revenant sur la terre,
On peut s’en remettre à Saint Fouquin,
Pour soupeser les commentaires,
- ( dont on ressort un bouquin )
…. tu peux toujours le lire …
» Peccato non Farlo » est le thème
Le conseil, serait d’agir,
Sans recourir à l’anathème,
Encourager les fidèles,
Et aussi favoriser l’éclosion….
A couronner leur zèle,
Avec bénédiction.
Il faut encourager la natalité
Si l’on reste alité
Et que les sexes se rencontrent…
– ( tu veux que je te montre ? )
Ainsi jaillissent les étincelles
Entre les amants ravis…
Seront bientôt parents
D’enfants en ribambelle
Nouveaux papas et mamans
Se transmettent le flambeau de la vie…
C’est un cadeau de prix,
Et celui-ci, selon le prêtre, en reste honnête
Au père, le fils ( et le Saint-Esprit )
… s’il faut repeupler la planète….
-
RC – 6 novembre 2012
PS: Peccato non farlo se réfère à un article publié dans courrier international, que l’on peut lire à cette adresse: http://www.courrierinternational.com/article/2005/02/10/allez-et-multipliez-vous
-
Tahar Ben Jelloun – Quel oiseau ivre naîtra de ton absence ? — l’interrogation du soleil ( RC )
Quel oiseau ivre naîtra de ton absence
toi la main du couchant mêlée à mon rire
et la larme devenue diamant
monte sur la paupière du jour
c’est ton front que je dessine
dans le vol de la lumière
et ton regard
s’en va
sur la vague retournée
sur un soir de sable
mon corps n’est plus ce miroir qui danse
alors je me souviens
tu te rappelles
toi l’enfant née d’une gazelle
le rêve balbutiait en nous
son chant éphémère
le vent et l’automne dans une petite solitude
je te disais
laisse tes pieds nus sur la terre mouillée
une rue blanche
et un arbre
seront ma mémoire
donne tes yeux à l’horizon qui chante
ma main
suspend la chevelure de la mer
et frôle ta nuque
mais tu trembles dans le miroir de mon corps
nuage
ma voix
te porte vers le jardin d’arbres argentés
c’était un printemps ouvert sur le ciel
il m’a donné une enfant
une enfant qui pleure
une étoile scindée
et mon désir se sépare du jour
je le ramasse dans une feuille de papier
et m’en vais cacher la folie
dans un roc de solitude
-
.
Tahar BEN JELLOUN
-
Auquel j’ajoute mon "interrogation du soleil" - qui a été composée sans que je connaisse le texte ci-dessus,
En lissant, du dos de la main,
Un sable blond, – l’interrogation du soleil
Qui s’étale, en grains
Par millions, ni semblables, ni pareils
Et si ceux ci, recouvrent
L’haleine de mon corps
Qui fait racine, puis s’ouvre
En profondeur, de toutes ses pores
C’est un flux de la mémoire
En fouillant dans son ombre
A chercher dans le noir
Qu’aucune lumière n’encombre
Quand tu te penches, elle ressurgit soudain
Aux rayons de tes cheveux dénoués
Et qu’ au dessus de moi, planent tes mains
Porteuses du soleil, d’un désir avoué.
C’est ton regard, que le ciel achemine
Qui réchauffe le mien
Je n’en sais pas l’origine
Mais j’en connais les liens.
Vivre est une aventure,
On s’écarte des chemins tracés
Vers des sentiers peu sûrs
Mais où tu me fais me lancer
Et c’est encore un peu ivre
Encore en titubant
Que je vais te suivre
Emporté vers l’avant
Mes lèvres ont le goût des tiennes
J"ai laissé derrière, l’hiver des pensées
Un nouveau jour m’entraîne
………….. Et je n’ai plus de passé.
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RC -21 octobre 2012
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Nicole Pairoux – A chaque aube

photo linternaute: aube et fonte des glaces
A CHAQUE AUBE
Décrocher à chaque aube
un peu de rêve fou
le croquer dur et tendre
sous une faim avide
Dans le terrain aride
créer la fleur de miel
pour l’écraser vermeille
sur les lèvres peureuses…

peinture: Caspar David Friedrich; femme devant l’aube
Taire le silence ( RC )
Si j’apprends à taire le silence
En jetant quelques cailloux dans l’eau
Alors, la surface remue, et se souvient
En cercles concentriques, des éclaboussures
Et des gestes ténus,
Qui repoussent quelques secondes la léthargie,
En laissant , une place à la vie.
Mon geste n’est plus là, mais seulement sa trace
Comme lorsque je passe un doigt distrait
Sur la couche de poussière recouvrant le buffet.
J’apprends à lire, les instants fugitifs,
Le murmure de l’histoire, et l’invisible est crédible
Les brioches dorées, le zeste des parfums,
Le sillage d’un regard, au détour d’un reflet,
Le souffle des choses, agitant les feuillets
Les chapitres du bonheur, que révèle
Un pinceau de lumière à travers les nuées
Eloignées des étoiles, et dénuées
De l’ombre - qui fait l’importance.
Si j’apprends à taire le silence,
C’est pour mieux traduire
Une langue d’avant qui te ressemble
La prolongation d’une grâce
Que n’offrent ni les mots
Ni la parole rhétorique,
Les doigts ouverts de l’invisible
Quand ils te dessinent à mes yeux:
Une veine qui palpite à ton front,
Et la courbe d’une hanche…
J’apprends à lire, les instants fugitifs,
A rassembler les indices,
Peut-être à inventer,
A rajouter des brillances
Et des couleurs de voix,
Imiter rivières et cascades,
Et l’ombre des collines
Qui dessine des courbes
Sur le désir de l’instant
Que les lèvres promettent.
RC – 6 octobre 2012 ( évocation d’une démarche créative… je pensais à la photographie )
-
Claude Esteban – Blanche
Art: Käthe Kollwitz auto-portrait 1903
Blanche.
Elle divise le temps
en deux
Sceptre et cilice.
L’écume ne meurt pas
lèvres ouvertes
aux lèvres.
Blanche
Emmurant l’oiseau.
Tranchant le nerf fragile des coquilles.
Sans que la voix
revienne.
Nue dans le sel.
-
passager des saisons ( RC )
passager des saisons ( RC )
Il y a des routes croisées de pluie
l’avancée immobile des saisons,
tes pas , de mémoire , et de raison,
Des falaises,de la roche, les abris
Et l’odeur des rideaux de buis
Lorsque je m’accorde, attentif
A ton regard cascade, si vif
Et cette larme, que j’essuie.
J’ai parcouru des mers, et des îles,
Routes et distances considérables
Des plaines vertes,à la main aimable
Au travers des printemps fragiles.
Et les saisons passent, animées
Produisant mille fruits
Mais tu danses encore dans mes nuits
En moi, la jointure de tes lèvres, imprimée,
Et le douceur de ta peau de soie,
L’obscur de ton verger
Dont je suis passager
… reste près de moi…
RC – 17 septembre 2012
-
José Gorostiza – le rivage
LE RIVAGE
Ni eau ni sable
n’est le rivage.
Cette eau sonore
d’écume simple,
cette eau ne peut
être rivage.
Pour reposer
en lieu moelleux,
ni eau ni sable
n’est le rivage.
Les choses aimables,
discrètes,simples,
se joignent
comme font les rivages.
Aussi les lèvres
pour le baiser.
Ni eau ni sable
n’est le rivage.
Chose de mort
je me regarde;
seul,désolé
comme au désert.
Viennent mes larmes:
je dois souffrir.
Ni eau ni sable
n’est le rivage.
José Gorostiza (traduction claude Couffon)
Claude Esteban – Blanche
Blanche.
Elle divise le temps
en deux.
Sceptre et cilice.
L’écume ne meurt pas
lèvres ouvertes
aux lèvres.
Blanche.
Emmurant l’oiseau.
Tranchant le nerf fragile des coquilles.
sans que la voix
revienne.
Nue dans le sel.
-
Guy Goffette – Avant que la mort vienne
-
Avant que la mort vienne,
écrire encore
un poème soigné,
avec de l’herbe
toute nue, un morceau
de ciel bleu et
des fleurs et des oiseaux
pour que ça bouge
.
Que rien ne pleure, surtout
pas de pluie grise,
mais des femmes légères
et qui agitent
leurs jambes font rouler
leurs lèvres rouges
sur des mots ronds qui fondent
car tout va s’effacer
la vie se perdre
-
Guy Goffette
-,
Claude Roy – Hommage à Jules Verne
Nos souvenirs ont parcouru
Vingt mille lieues sous les mers
Frôlant les vaisseaux disparus
Les noyés aux lèvres amères..
J’ai perdu la trace aujourd’hui
Des trois Anglais du Pôle Nord
Les jours s’en vont les ans ont fui
Les grands aventuriers sont morts
Les capitaines de quinze ans
En ont quatre-vingts bien sonnés
Les flots qui s’en vont moutonnant
Emportent épaves les années
Je cherche au centre de la terre
Les deux explorateurs errants
Comme eux je vais je viens et j’erre
Enfant du Capitaine Grant…
Les nuages glissent dans les nues
Le coeur attend le coeur espère
Nos souvenirs ont parcouru
Vingt mille lieues sous les mers.
-
Claude Roy "Clair comme le jour"
-
Arthémisia – elle sait

dessin: l'homme qui marche - Alberto Giacometti
Toujours plein de belles créations, sur le blog corpsetame d’Arthémisia, je republie ici un de ses posts anciens, de 2007
536 – Elle sait
tes yeux, l’encre bleue (RC)
De tes yeux, l’encre bleue
Vient faire écho aux cieux
Ne reflètent pas le vide
D’un regard liquide
Un monde si furieux
En bosses et en creux
Révèle voiles et lumière
Colères et soufrières
Si le jeyser tout à coup crache
Des émotions qu’ils cachent
Tes yeux, quand ils se lâchent
Ne forment pas tache
Et sans obstacles la course
Des larmes prend sa source
Aux rebonds du passé
Que tu pensais cadenassé
J’irai tendre mes lèvres
Sur tes yeux en fièvre
Pour goûter avide
Ton azur liquide.
texte en rapport d’écho avec celui de JoBougon; larmes en cascade














