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Articles tagués “lèvres

Xavier Lainé – Que dit ton visage


Photo
-photo:     Jaya Suberg
-
Que dit ton visage
Lorsqu’en rêves il se concentre
Paupières baissées
Lèvres ouvertes
Sur la source des nuits
Un petit matin frais
S’éparpille en tes cheveux d’ombre
Je te suis sur ces rives perdues
-
(Xavier Lainé)
-

Cathy Garcia – Luciole


 

 

 

photo paige de Ponte, extraite  de Gaia

photo        Paige de Ponte,        extraite de Gaia

-

 

Tu es
beau
de cette beauté brute
encore un peu gauche
bougonne
farouche
tes pommettes tes yeux
me parlent d’un ailleurs
que j’ai déjà connu

comment pourquoi
résister
tendre esquisse de vol
les gestes en équilibre
étonnés d’eux-mêmes

comment pourquoi
oublier
cette lumière
au dedans
au-dehors
le vent qui berce
sur nos têtes
les arbres en partance
imaginaire

le parfum du bois
le grognement de la chienne
et la nuit soûle
d’étoiles
qui se roule à terre

comment pourquoi
s’arracher des lèvres
ce goût d’effraction ?

tu es
vois-tu

de ceux qui me voient
comme je me rêve

l’illusion
est si belle

vaut bien la blessure
que tu ne manqueras pas
de me faire

 

-


Denise Desautels – la rumeur


photo:         moulage archéologique:      la dame de Vix

La rumeur, étrangement

ma bouche s’ouvre et ne dénoue rien

ni le corps ni la langue

elle s’abandonne aux mots

chaque fois le mouvement de mes lèvres

comme un regard habile en affaiblit l’audace

- s’il fallait que là justement l’âme s’affiche -

chaque fois nous sommes les proies d’un désir fou

-


Denise Desautels
In «  Mémoires parallèles »

-


Nicole Barrière – L’air du poème, la voix prise dans le feu


miniatures médiévales;  Exposition universelle  Seville

miniatures médiévales;        Exposition universelle   Séville

-

L’air du poème
la voix prise dans le feu
me voici sans mot

me voici trace
là – où ne demeure que la foudre -
de toi séparée avant le commencement
avons-nous partagé la lumière
quelle éclaircie tourmente nos braises ?
sommes-nous gouttes d’eau échappées de l’orage
ou poussières dans la tornade du temps ?
sur le linteau de la nuit
nous sommes cueillis d’ivresse
au bas de nos pensées
se saisissent les rêves
le soudain accompli du nuage
où se revêtent les choses sans nom
affranchies de l’enfance
seuls nous sommes seuls
et mêmes et étrangers
et tes mots sur mes lèvres
s’écorchent jusqu’au livide
le soleil s’invite à la fenêtre des nuages
et le ciel
et la berge
et la marche
et le seuil du chemin
ressemblent aux mots des poèmes

il y a les mots
les ombres des mots
les lumières
les lueurs des mots
les cris
les chuchotements
les mots tendrement ouverts
les mots envolés des lèvres
comme des ailes pliées
comme des fenêtres ouvertes
comme des rivières où naissent les âmes
les mots tombent comme des fruits mûrs
comme des feuilles
comme l’herbe rouge et bleue
plus tard
quand les feuilles noircissent
la peau des rêves
le soir descend des étoiles
une autre langue parle
les mots du chemin et de la forêt
dans toutes les langues
marchent sur l’invisible
c’est ta main dans la mienne pleine de paroles
de terres nouvelles d’eaux souterraines
et la terre te fait signe depuis la lune
fragment de ciel
et d’invisible
le poème absolu
s’ouvre du désir premier des lèvres
trouée de rêve où seules chantent les mains.

-
Nicole Barrière, 6 janvier 2005
site : "La cave à poèmes


Charlotte Monégier – Deux, quatre et vins


 

 

 

Deux, quatre et vins

Toi :
Deux mains s’entêtant
A figer l’été pour le conduire en hiver
Par des jeux d’amant
Des histoires chaudes qui fécondent l’éther

Deux pieds se posant
Sur un coin de ciel, d’étoiles en pouponnière
Par des yeux volant
Le refuge du temps pour m’en faire un frère

Deux doigts s’enivrant
Du décolleté fin que j’arbore si fière
Et te désirant
J’arrondis mes deux lèvres pour t’offrir un ver

Nous :
Quatre mains s’aimant
Quatre pieds réchauffés dans l’interstice clair
Vingt doigts s’écrivant
Des contes légendaires, des recoins d’univers

Moi :
Une bouche lente
A dire ce qui se tait dans son palais clos
Des mots qui la chantent
Qui chantent tout bas l’amour qui te rend si beau

Fin :
Une bouche chut… !
Tout en silence les deux et les quatre virent
En vins bien trop bus
Pour qu’un baiser soit vrai, pour que mon cœur chavire

Une bouche, c’est tout
Une bouche c’est rien et même que l’éther
Posé sur ta joue
S’est joué de mon corps pour le jouir en enfer

Et même que ce frère, de visage vénusien
S’est fondu d’alcool
Armant ses sourires de cigares malsains
Suis devenue folle
Et même que tes regards protecteurs d’idées
Naissant dans les maux
N’ont su capturer qu’un lacté passé d’été -
L’hiver et les mots.
Peu de gestes purs
Dans l’indécence de cette nuit de regrets
Parce que tout dure
Lorsqu’on s’égare une fois dans de faux reflets

 

Charlotte Monégier

 

-


Je ne te vois pluie ( RC )


photo Electroluminescence [Cee]

 

Contre le mur, tu as tourné la tête

Une lourdeur tropicale,

Et les nuages  s’écrasent

Aux éclats des ardoises

De la ville

On dirait qu’aux assauts du temps

Elle jouerait  -rebelle-

Opposant la pierre et le bitume

Aux rideaux d’argent,

Le fluide.

Rebondit, aux fleurs noires

Les parapluies qui se hâtent,

Et la rue qui tangue

Sous un ciel plomb

Et l’horizon qui  s’échappe.

Même les bruits courants,

Sont bus en cascade,

Et les paroles se sont tues

Derrière un rideau translucide

—-C’est  l’eau me dis-tu.

Sans les paroles,  enfin, ce que je lis

De la forme de tes lèvres.

-

Oui l’eau —-( bien sûr, quand il pleut )

Mais aucun son ne me vient

Tu me parles, et je n’entends rien.

Et même, tu rétrécis

Et te fonds dans le mur gris

Les vêtements humides

Et sous le parapluie.

Tu as tourné la tête….

Je ne t’entends plus

Je ne te vois pluie…

-

RC   – 27 février 2013


L’interrogation du soleil ( RC )


photo      rgbstock

En lissant, du dos  de la main,
Un sable blond, – l’interrogation du soleil
Qui s’étale, en grains
Par millions, ni semblables, ni pareils

Et si ceux  ci, recouvrent
L’haleine  de mon corps
Qui fait racine,  puis  s’ouvre
En profondeur, de toutes ses pores

C’est un flux de la mémoire
En fouillant dans son ombre
A chercher  dans le noir
Qu’aucune lumière  n’encombre

Quand tu te penches, elle ressurgit  soudain
Aux rayons de tes cheveux  dénoués
Et qu’ au dessus de moi, planent tes mains
Porteuses du soleil, d’un désir  avoué.

C’est  ton regard, que le ciel achemine
Qui réchauffe le mien
Je  n’en sais pas  l’origine
Mais j’en connais  les liens.

Vivre est une  aventure,
On s’écarte des chemins tracés
Vers des sentiers peu sûrs
Mais où tu me fais me lancer

Et c’est  encore un peu ivre
Encore en titubant
Que je vais te suivre
Emporté vers l’avant

Mes lèvres ont le goût des tiennes
J »ai laissé derrière, l’hiver des pensées
Un nouveau jour  m’entraîne
…………..     Et je n’ai plus de passé.

-

RC     -21 octobre 2012

-

photo Jose Chiyah


Anna Akhmatova – Voix de la mémoire


sculpture; art roman:           Eglise de Mozac, Puy de Dôme

-

 

II : VOIX DE LA MEMOIRE              N. GOUMILIOV

-

Le monde est un rayon d’un autre visage,

Tout le reste est son ombre.

Le pont de bois a noirci, il penche ;

Il y a là des bardanes hautes comme des hommes,

D’impénétrables forêts d’orties proclament

Que l’éclat de la faux n’y entrera pas.

Au soir, un soupir passe sur le lac,

La mousse grimpe, revêche, sur les murs.

J’ai rencontré là

L’année vingt et un.

Le miel noir parfumé

Était doux aux lèvres.

Les branches griffaient

La soie blanche de ma robe,

Sur le pin tordu

Le rossignol refusait de se taire.

Au cri convenu

Il sort de sa tanière,

Comme un gnome des bois

Plus tendre qu’une soeur

À travers les prés,

À travers la rivière,

Il fonce et, plus tard,

Je ne dirai pas : laisse-moi.


Rabindranath Tagore – Je voudrais


The Sandman Gallery 32

Sandy-art  Gallery

 

 

 

-

Je voudrais m’asseoir à tes côtés dans le silence,
mais je n’ai pas le courage, j’en ai peur
mon coeur , au bout des lèvres.

C’est pourquoi je parle bêtement et me cache,
mon cœur derrière la parole..
Pris cruellement dans ma souffrance, de peur
vous faire subir la même chose …

-


Sur les étagères de l’ Expérience ( RC )


Sur les étagères,
Parmi les instruments de la fin du siècle dernier
Figurent  , des témoins  d’expérience,
Des éprouvettes, des tubes  et des cornues,
Et des objets de bois et laiton,
Qui ont perdu leur  éclat,

Puis un peu plus haut
En rang d’oignons, bien rangés,
Une série  de bocaux,
Où s’alignent dans un liquide  épaissi,
Une lignée de cerveaux
- en épaisses circonvolutions..

Sans  doute  de grands  esprits
Les habitués du laboratoire
Qui       réfléchissent encore
…..Comme ils regrettent
A leur semblant de corps
- ou bien ils s’en passent -

Mais encore,  se prélassent
Derrière leurs parois de verre
Lisses,       mais aux reflets
Epaissis  de poussière
De décennies  d’hiers
( sur les étagères).

Peut-être  qu’habillés d’un peu de chair,
Et même davantage
On reconnaîtrait leur propriétaire
Et on lirait aussi , sur leur lèvres molles,
La traduction              d’un message
—–>  A travers le formol.

Leur présence suspendue
Dans leur  aquarium
Ils semblent,             la bouche de silence
Ouverte                                en un cri tendu,
- Mais muet – ,  vouloir nous communiquer
Leur existence,         …. qui en est restée

Pour de belles  années
Sous les néons bleutés
Et les carreaux  blancs
Ceux  d’un autre temps
Quelque part arrêtée ,    une part d’enfance
Faisant rimer la science, avec l’   "Expérience"

-

RC  – 16 novembre  2012

-

photo: Rich, visible ( avec d’autres sur cette page)


Bassam Hajjar – tes mains contiennent mon corps


 

 

 

 

Petites sont tes mains, mais elles contiennent mon corps tant il s’est amenuisé,

tant tu es présente dans mon absence.

 

Je n’ai pas peur à présent qu’un rêve gris m’emporte vers un gouffre sans fond, je sais que la paume de ta main droite m’ouvre une porte vers le double de la lumière, et que mon visage conserve, comme un embrasement, le contact de ta paume gauche.

Étais-je absent à ce point ? Je veux dire que je ne trouvais personne pour me conduire vers mon sommeil. (…)

peinture:    Nikewen

Il a suffi que tu soulèves, d’une caresse, le marbre du lourd sommeil. Et que tes mains m’emportent, pas tant que ça, juste à la mesure à laquelle je vis. Il a suffi que tu essuies mes lèvres du bout de ton index pour que parler cesse de me faire souffrir.


Chaudes embrassades ( RC )


 

 

 

 

photo: Alanah Collier

Aux chaudes embrassades

Les bras  élastiques,

Un corps  qui bat la chamade

 

S’enroule  tout en rythme

Et puis, quand il se penche

Participe à l’écriture…

 

L’espace ondule des hanches,

Mots rayés et mouchetures,

Justifie, s’il le faut, la tendresse

 

Par une  danse improvisée….

Défaite, la chevelure, retenue en tresses,

Vous pouvez vous manifester par un baiser

 

Au coin d’une page pliée…

Trace de rouge ,sur la joue  déposée,

De l’étage, franchir le palier,

 

Quelques phrases bien dosées…

Finis les propos mièvres,

Tu n’as  qu’à ouvrir la bouche,

 

Donner du corps  à tes lèvres,

Un emportement farouche,

—  Et s ‘il faut qu’on se grise

 

Laisse toi donc approcher

Suivant les préceptes  de l’église,

De l’originel empêcher,

 

Distinguant les parties nobles et dignes,

D’autres, à faire des envieux.

En suivant les  consignes

Approuvées par Dieu

 

Mais en revenant sur la terre,

On peut s’en remettre à Saint Fouquin,

Pour soupeser les commentaires,

- (  dont on ressort un bouquin )

 

….  tu peux  toujours le lire …

» Peccato non Farlo » est le thème

Le conseil,  serait d’agir,

Sans  recourir à l’anathème,

 

Encourager les  fidèles,

Et aussi favoriser l’éclosion….

A couronner leur  zèle,

Avec bénédiction.

 

Il faut encourager la natalité

Si l’on reste alité

Et que les  sexes se rencontrent…

–  ( tu veux  que je te montre  ? )

 

Ainsi jaillissent les  étincelles

Entre les amants ravis…

Seront bientôt parents

D’enfants en ribambelle

 

Nouveaux papas et mamans

Se transmettent le flambeau de la vie…

C’est un cadeau de prix,

 

Et celui-ci,   selon le prêtre,  en reste honnête

Au père, le fils  (  et le  Saint-Esprit )

…  s’il faut repeupler la planète….

 

-

 

RC  – 6 novembre 2012

 

PS: Peccato non farlo  se réfère  à un article  publié  dans  courrier international,  que l’on peut lire  à cette  adresse:  http://www.courrierinternational.com/article/2005/02/10/allez-et-multipliez-vous

 

-


Tahar Ben Jelloun – Quel oiseau ivre naîtra de ton absence ? — l’interrogation du soleil ( RC )


peinture:   Max Ernst      "lop-lop"             (ainsi sont nommés les oiseaux  surréalistes  de M E )

 

 

 

Quel oiseau ivre naîtra de ton absence
toi la main du couchant mêlée à mon rire
et la larme devenue diamant
monte sur la paupière du jour
c’est ton front que je dessine
dans le vol de la lumière
et ton regard
s’en va
sur la vague retournée
sur un soir de sable
mon corps n’est plus ce miroir qui danse
alors je me souviens

tu te rappelles
toi l’enfant née d’une gazelle
le rêve balbutiait en nous
son chant éphémère
le vent et l’automne dans une petite solitude
je te disais
laisse tes pieds nus sur la terre mouillée
une rue blanche
et un arbre
seront ma mémoire
donne tes yeux à l’horizon qui chante

ma main
suspend la chevelure de la mer
et frôle ta nuque
mais tu trembles dans le miroir de mon corps
nuage
ma voix
te porte vers le jardin d’arbres argentés
c’était un printemps ouvert sur le ciel
il m’a donné une enfant
une enfant qui pleure
une étoile scindée
et mon désir se sépare du jour
je le ramasse dans une feuille de papier
et m’en vais cacher la folie
dans un roc de solitude

-
.
Tahar BEN JELLOUN

 

-

Auquel j’ajoute mon  "interrogation du soleil"  -  qui a été composée sans  que je connaisse  le texte ci-dessus,

En lissant, du dos  de la main,
Un sable blond, – l’interrogation du soleil
Qui s’étale, en grains
Par millions, ni semblables, ni pareils

Et si ceux  ci, recouvrent
L’haleine  de mon corps
Qui fait racine,  puis  s’ouvre
En profondeur, de toutes ses pores

C’est un flux de la mémoire
En fouillant dans son ombre
A chercher  dans le noir
Qu’aucune lumière  n’encombre

Quand tu te penches, elle ressurgit  soudain
Aux rayons de tes cheveux  dénoués
Et qu’ au dessus de moi, planent tes mains
Porteuses du soleil, d’un désir  avoué.

C’est  ton regard, que le ciel achemine
Qui réchauffe le mien
Je  n’en sais pas  l’origine
Mais j’en connais  les liens.

Vivre est une  aventure,
On s’écarte des chemins tracés
Vers des sentiers peu sûrs
Mais où tu me fais me lancer

Et c’est  encore un peu ivre
Encore en titubant
Que je vais te suivre
Emporté vers l’avant

Mes lèvres ont le goût des tiennes
J"ai laissé derrière, l’hiver des pensées
Un nouveau jour  m’entraîne
…………..     Et je n’ai plus de passé.

-

RC     -21 octobre 2012

-

 

-


Nicole Pairoux – A chaque aube


 

photo linternaute:                 aube et fonte des glaces

 

 

 

A  CHAQUE AUBE

Décrocher à chaque aube
un peu de rêve fou
le croquer dur et tendre
sous une faim avide

Dans le terrain aride
créer la fleur de miel
pour l’écraser vermeille
sur les lèvres peureuses…

peinture:            Caspar David Friedrich;          femme devant l’aube

 


Taire le silence ( RC )


photo:               Barbara Morgan

Si j’apprends  à  taire le silence
En jetant quelques cailloux dans l’eau
Alors, la surface  remue, et se souvient
En cercles  concentriques, des éclaboussures
Et des gestes  ténus,
Qui repoussent  quelques  secondes la léthargie,
En laissant ,          une place à la vie.
Mon geste n’est plus là, mais seulement sa trace
Comme lorsque je passe un doigt distrait
Sur la couche  de poussière recouvrant le buffet.

J’apprends à lire, les instants  fugitifs,
Le murmure  de l’histoire,  et l’invisible est crédible
Les brioches  dorées,  le zeste des parfums,
Le sillage  d’un regard, au détour  d’un reflet,
Le souffle  des choses, agitant les feuillets
Les chapitres  du bonheur, que révèle
Un pinceau de lumière à travers les nuées
Eloignées  des étoiles, et dénuées
De l’ombre   -   qui fait l’importance.

Si j’apprends  à taire  le silence,
C’est pour mieux  traduire
Une langue d’avant qui te ressemble
La prolongation d’une  grâce
Que n’offrent ni les mots
Ni la parole rhétorique,
Les doigts ouverts  de l’invisible
Quand ils te dessinent à mes yeux:
Une veine qui palpite à ton front,
Et la courbe  d’une hanche…

J’apprends à lire, les instants  fugitifs,
A  rassembler les  indices,
Peut-être à inventer,
A rajouter  des brillances
Et des couleurs  de voix,
Imiter  rivières  et cascades,
Et l’ombre des collines
Qui dessine des courbes
Sur le désir de l’instant
Que les lèvres promettent.

 

 

RC –   6 octobre 2012                ( évocation d’une  démarche  créative… je pensais  à la photographie )

-


Claude Esteban – Blanche


 

 

 

Art: Käthe Kollwitz    auto-portrait  1903

 

 

Blanche.

Elle divise le temps
en deux
Sceptre et cilice.

L’écume ne meurt pas

lèvres ouvertes
aux lèvres.

Blanche

Emmurant l’oiseau.
Tranchant le nerf fragile des coquilles.

Sans que la voix
revienne.

Nue dans le sel.

 

-


passager des saisons ( RC )


art médiéval,       tête en relief de reliure            de livre évangéliaire

 

 

 

 

 

 

passager des saisons ( RC )

 

 

Il y a des routes croisées de pluie

l’avancée immobile des saisons,

tes pas , de mémoire ,  et de raison,

Des falaises,de la roche,    les abris

 

Et l’odeur des rideaux de buis

Lorsque je m’accorde, attentif

A ton      regard cascade, si vif

Et cette larme,      que  j’essuie.

 

J’ai parcouru des mers, et des îles,

Routes et distances considérables

Des plaines vertes,à la main aimable

Au travers des printemps fragiles.

 

Et les saisons passent,            animées

Produisant mille fruits

Mais tu danses encore dans mes nuits

En moi, la jointure de tes lèvres,    imprimée,

 

Et le douceur de ta peau de soie,

L’obscur de ton verger

Dont je suis passager

… reste près de moi…

 

 

RC   – 17 septembre 2012

-


José Gorostiza – le rivage


 

photo perso:            Cap d’Erquy   –         Côtes d’ Armor

 

 

 
 

LE RIVAGE

Ni eau ni sable
n’est le rivage.

Cette eau sonore
d’écume simple,
cette eau ne peut
être rivage.

Pour reposer
en lieu moelleux,
ni eau ni sable
n’est le rivage.

Les choses aimables,
discrètes,simples,
se joignent
comme font les rivages.

Aussi les lèvres
pour le baiser.
Ni eau ni sable
n’est le rivage.

Chose de mort
je me regarde;
seul,désolé
comme au désert.

Viennent mes larmes:
je dois souffrir.
Ni eau ni sable
n’est le rivage.

José Gorostiza (traduction claude Couffon)

 

 


Claude Esteban – Blanche


peinture d’artiste russe ( non identifié) XIXè siècle

 

Blanche.

Elle divise le temps

en deux.

Sceptre et cilice.

L’écume ne meurt pas

lèvres ouvertes

aux lèvres.

Blanche.

Emmurant l’oiseau.

Tranchant le nerf fragile des coquilles.

sans que la voix

revienne.

Nue dans le sel.

 

-

 


Norbert Paganelli – Nous revenons


peinture:        Kandinsky                 Dans le cercle noir

Nouvelle parution à partir    du site poétique  du corse Norbert Paganelli,

dont j’avais déja  fait part de son texte   "timons"

Nous revenons

Quoi
Tu ne t’en souviens plus
C’est moi
C’est vrai j’ai changé
Ma barbe a poussé
Près des lèvres qui t’embrassèrent
Mais c’est bien moi

Toi tu es toujours la même
Enfant de la pierre odorante
Et du spectre marin

Cet oiseau noir qui regarde sans voir
Cette bouche qui rit de tout

Même les pierres ont épousé ta cause
Et se tournent sans respect

C’est mieux ainsi
Je vais m’en aller à pied

-

Chì ci hè
Ùn t’arricordi più
Socu eiu
Hè vera sò cambiatu
A barba hà missu à crescia
Vicinu à sti labbri chì t’ani basgiatu
Ma socu propiu eiu

Tù s’hè sempri listessa
Fiddola di u muscu pitricaghjolu
È di u spaventu marinu

-
L’aceddu neru chì fighjula sensa veda
A bocca chì ridi di tuttu

I petri anc’iddi si sò missi di à to parti
È si voltani sensa rispettu

Hè meddu cusi
Mi n’aghju dà andà à pedi


Guy Goffette – Avant que la mort vienne


 -

Avant que la mort vienne,

écrire encore

un poème soigné,

avec de l’herbe

toute nue, un morceau

de ciel bleu et

des fleurs et des oiseaux

pour que ça bouge

.

Que rien ne pleure, surtout

pas de pluie grise,

mais des femmes légères

et qui agitent

leurs jambes font rouler

leurs lèvres rouges

sur des mots ronds qui fondent

car tout va s’effacer

la vie se perdre

-

Guy Goffette

-,


Claude Roy – Hommage à Jules Verne


peinture: salon aux tableaux - oeuvre du XIXè siècle -auteur non identifié

Nos souvenirs ont parcouru
Vingt mille lieues sous les mers
Frôlant les vaisseaux disparus
Les noyés aux lèvres amères..

J’ai perdu la trace aujourd’hui
Des trois Anglais du Pôle Nord
Les jours s’en vont les ans ont fui
Les grands aventuriers sont morts

Les capitaines de quinze ans
En ont quatre-vingts bien sonnés
Les flots qui s’en vont moutonnant
Emportent épaves les années

Je cherche au centre de la terre
Les deux explorateurs errants
Comme eux je vais je viens et j’erre
Enfant du Capitaine Grant…

Les nuages glissent dans les nues
Le coeur attend le coeur espère
Nos souvenirs ont parcouru
Vingt mille lieues sous les mers.

-
Claude Roy "Clair comme le jour"

-


Arthémisia – elle sait


dessin: l'homme qui marche - Alberto Giacometti

Toujours plein de belles  créations, sur le blog  corpsetame  d’Arthémisia,  je  republie ici un de ses posts  anciens, de 2007

536 – Elle sait

 
Son âme tremble de faim, de faim et de peur, sur sa bouche et dans ses yeux immenses.
 
A qui parle elle ?
Plus qu’aux images.
 
Elle est un témoin gênant.  Elle a trop vu. Tout peut-être.
 
L’expérience fut la même pour elle que quand, après avoir passé ses doigts dans les poils d’une bête, les avoir lissés du plat de la main, avoir pris du plaisir à la caresse, tout à coup, on exerce un geste rapide à rebours, un retour, une remontée fulgurante, un regret vers du nu, vers le nid, le glabre de la pierre vermillonne de la lèvre actinique et qu’on y découvre la cruauté.
 
Elle s’est approchée des lèvres, les a entendues, les a bues. Jusqu’à la douleur. La pire douleur.
Elle y a rencontré l’absence, ce manque pendu aux mots, lamentable.
Eux, ils ânonnaient en surface, distillant les doses homéopathiques d’une morphine sucrée, illusoire et dangereusement blanche.
Ceux qu’elle a rencontrés ne savent pas la lire. Même quand ils la renversent.
 
Elle, elle sait.
Alors, tant pis pour sa bouche. Et tant pis pour ses yeux immenses.
Ils peuvent encore attendre.
 
Elle sait qu’il viendra.
Copyright © Arthémisia – décembre 2007
-

tes yeux, l’encre bleue (RC)


 

 

 

 

peinture perso: détail Big heart - huile sur toile

De tes yeux, l’encre bleue
Vient faire écho aux cieux
Ne reflètent pas le vide
D’un regard liquide

Un monde si furieux
En bosses et en creux
Révèle voiles et lumière
Colères et soufrières

Si le jeyser tout à coup crache
Des émotions qu’ils cachent
Tes yeux, quand ils se lâchent
Ne forment pas tache

Et sans obstacles la course
Des larmes prend sa source
Aux rebonds du passé
Que tu pensais cadenassé

J’irai tendre mes lèvres
Sur tes yeux en fièvre
Pour goûter avide
Ton azur liquide.

 

texte  en rapport d’écho avec celui de JoBougon; larmes en cascade