André Velter – Présage
Présage.
Il n’y a plus de seuil
Plus de maison
Plus de camp
Plus de feu
L’aube de ta main gauche
Etreint le soir de ta main droite
Le jour se fait poussière
Souveraine est la nuit
Entre ton âme que je ne crois pas en peine
Et ton corps d’altitude
Pas d’accablement
Pas de déchirure
Tu ouvres la voie des devins
La transparente
Peut-être à coups d’ongles contre le temps
Présage
Qui tient du miracle
C’est à l’Orient l’étoile nouvelle
Où ta vie magicienne
Annonce le caprice et l’oracle
D’une insurrection sans exemple
D’une résurrection sans nom.
"Ton corps d’altitude"
-
Cathy Garcia – Serre-gorge
La pluie laisse des copeaux
au creux des abreuvoirs
Les yeux des oiseaux le disent
le ciel devient trop noir
Octobre enragé déchire les arbres
cochés de rouge les crapauds pleurent
sur la vieille margelle
tu le sais
jamais tu ne retourneras
sur tes pas
ou ceux d’un autre
et ta main lasse
s’entrouvre
pour laisser couler
la miellée
les regrets se laissent compter
un par un
à ton serre-gorge
tu sais
le sang
l’aube
la fêlure du regard
où s’engouffre
la lumière
et sur le trou sur le
manque
tu poses la première syllabe
d’un nouveau cycle
de sable
tu sais
tu sais la roue qui
éparpille
dissout
tu sais l’alternance
la vanité
puis tu oublies
et courbée sur l’enclume
commences à forger
ton prochain
serre-gorge
————
-
Soir et l’échelle du soleil (RC )

objet-sculpture - Echelle "perspectivée" Martin Puryear Pa- Neh
-
Ici, les temps s’ouvrent
Le chemin vrille et passe
Le côté verglacé,
Pour emprunter l’échelle du soleil
Les cascades de glace
Ont abandonné la place
Et la vallée, sitôt le col franchi
S’ouvre comme une main
Où la vie est encore possible,
Quittant l’étroit des ombres,
Pour de blanches robes
Où se découpent à peine
Sur la pente,
Quatre silhouettes blanches aussi,
De chevaux immobiles…..
> Seule leur ombre les désigne.
L’espace suit le cours du soir
Qui rebondit sur les crêtes;
La vie se poursuit plus bas,… et de l’aval
Les vapeurs remontent, – et se prélassent.
-
RC - 7 décembre 2012
-
Henri Bauchau – la règle
La règle
Avec mes pierres carrées
Je t’enfermerai dans une œuvre
Car tu es coureur de chagrins
Et la règle est d’apprendre à rire
Homme
Avant de mourir.
-
In La main et l’esprit – Autour de la vision poétique
d’Henry Bauchau et d’Almert Palma, Éd.D’Art
-
Corne de brume ( RC )
-
A l’écoute indécise,
Tu entends les vagues,
En tendant l’oreille
A la conque de soleil
Et la vie s’enroule,
Se love sur elle-même,
Aux ressacs, sur les rochers,
Elle donne son écume…
Ainsi mes doigts joints
Autour de ton attente
Qui forment la coquille
Portée dans ta main.
Tu es sur le sable
Etendu sous la lune
Les algues enroulées sur tes pieds
Intensément, tu m’écoutes
En corne de brume
-
RC - 1er nov 2012
Marie Bauthias – l’ombre des leurres ( extrait 03 )
le
printemps reste à boire
luire sans mots des bouches
de ceux qui partent
la plupart du temps
reviennent
le regard à la main des hautes fougères
Eugenio de Andrade – apprendre à la main
Tu pourrais apprendre à la main
Un autre art,
Celui de traverser le verre ;
Tu pourrais lui apprendre
À creuser la terre
Dans laquelle tu suffoques syllabe après syllabe ;
Et même à devenir eau,
Là où, à force d’être regardées,
Les étoiles tombaient.
extrait de "Matière solaire"
-
Thierry Metz – Le drap déplié
LE DRAP DÉPLIÉ (extraits)
N’être plus qu’un silence
caché
dans la voix
ou ici
parmi les traces
de la roue
être celui
qui retrouve un visage
pour lui donner
de l’eau.
Un peu de terre et de ciel
dans le regard
dans ce que je dois garder
à la lisière d’un mot
d’ici je le vois
de là où je travaille
sur un sol que je retourne
vers cette main
que je retrouve
mais rien ne sera dit
sans ta présence.
Je n’écris que dehors
une écriture un pas
fluide
entre les orties parmi les chênes
les hêtres
la paume entaillée
ouverte comme un buisson
je reçois l’eau
la lumière
je ne suis que l’âtre
d’un visage.
Thierry Metz, Le Drap déplié, L’Arrière-Pays, 1995, pp. 47-49-50.
-
Aujourd’hui n’est pas étanche ( RC )

photo Odette Lefebvre de l’internaute.com
Avec le jour qui se lève
Le spectacle nous laisse attablé
Aux jeux de lumière sur le champ de blés
Comme si c’était traverser le rêve
Tout est entre tes mains,
Le modelage du destin
Pétri comme une pâte à pain
L’avenir questionne son levain
L’imprévu court, l’éphémère flanche
Soumis aux courants d’air
Traces des sillons, dans les champs de mer
Ondulations mobiles, lumières blanches…
Pour se nourrir du quotidien
L’aujourd’hui n’est pas étanche
Et ma soif, le pain en tranches
D’où s’envolent mille petits riens…
Lorsque je te prends la main
-
RC 25 et 26 juin 2012
-
Florence Noël -Donnez-nous des pierres…

statue menhir du Rouergue ( visible au Musée Fenaille, Rodez)
Donnez-nous des pierres…
donnez-nous des pierres pour le repos,
leur bogue de granit ocre
connivente au cœur,
en projection
l’enlisement des silhouettes jetées, cassées dessus ces marches
et toute l’aumône des
mouvements d’hommes
bordant nos peines comme fleuves équarris
à grandes enjambées de désirs
qu’on puisse mourir de la longueur d’un arbre
ou de son vêt d’ombre
jetés bas par le midi trop plein
par la touffeur trop dense
et quoi ?
une main, simple,
ses lignes en miroir des vôtres
passerelle dessus
cette cascade pierreuse
une main simple
lisse de vouloir
escale d’un vivre encore
est-ce trop pauvre monde
est-ce trop ?
Florence Noël
-
Paul Celan- Voix dans le vert
-
Voix dans le vert
-
Paul Celan, in Grille de parole, traduit par Martine Broda, Christian Bourgois éd

peinture: E Vuillard
Yannis Ritsos – Le sourire du poète
Le poète
Il a beau plonger sa main dans les ténébres,
sa main ne noircit jamais. Sa main
est imperméable à la nuit. Quand il s’en ira
(car tous s’en vont un jour), j’imagine qu’il restera
un très doux sourire en ce bas monde,
un sourire qui n’arrêtera pas de dire "oui" et encore "oui"
à tous les espoirs séculaires et démentis.
(Yannis Ritsos, in Tard, bien tard dans la nuit, traduction Gérard Pierrat, Le Temps des Cerises éditeurs)
Pétales d’hiver ailleurs – ( RC )
(En utilisant les « brèves de Nath et Monik « , voilà un petit écho…)
"j’ai tout qui fleurit au bout des doigts
au bout des gestes esquissés"
et en rapport avec l’article d’Arthémisia "la fleur d’hiver"
Sortie main après main
Une fleur de métal
Emerge en pétales
Sous le lendemain
Ses pétales d’hiver ailleurs
Une fleur en coeur
L ‘ami transparent
Des gestes de l’amant
Etre et avoir été
Oiseau exotique
Ce chant prolifique
C’est déjà l’été.
RC 01-2012
Yves Bonnefoy, – dans le leurre du seuil 01
Dans le leurre du seuil
heurte,
heurte à jamais.
Dans le leurre du seuil.
A la porte, scellée,
A la phrase, vide.
Dans le fer, n’éveillant
Que ces mots, le fer.
Dans le langage, noir.
Dans celui qui est là
Immobile, à veiller
A sa table, chargée
De signes, de lueurs. Et qui est appelé
Trois fois, mais ne se lève.
Dans le rassemblement, où a manqué
Le célébrable.
Dans le blé déformé
Et le vin qui sèche.
Dans la main qui retient
Une main absente.
Dans l’inutilité
De se souvenir.
Dans l’écriture, en hâte
Engrangée de nuit
Et dans les mots éteints
Avant même l’aube
dans la bouche qui veut
une autre bouche
Le miel que nul été
Ne peut mûrir.
pans la note qui, brusque,
S’intensifie
jusqu’à être, glaciaire,
Presque la passe
Puis l’insistance de
La note tue
Qui désunit sa houle
Nue, sous l’étoile.
Dans un reflet d’étoile
Sur du fer.
Dans l’angoisse des corps
Qui ne se trouvent.
Heurte, tard.
les lèvres désirant
Même quand le sang coule,
La main heurtant majeure
Encore quand le bras n’est plus que cendre
Dispersée.
Marina TSVETAIEVA – A Alia
Toujours extrait de l’anthologie des "inédits de Vanves", de MARINA TSVETAIEVA
———–
À Alia*
Un jour, ô ma gracieuse créature,
Je deviendrai pour toi un souvenir,
Perdu dans tes yeux bleus, au loin
De ta mémoire, dans le lointain.
Tu oublieras : et mon profil au nez busqué,
Et mon front couronné de fumée,
Mon rire importun et fréquent
Ma main calleuse aux bagues d’argent,
Notre logis d’amant, notre grenier cabine,
De mes papiers la confusion divine,
L’année terrible : malheurs et liesse
De ton enfance, de ma jeunesse.
(Moscou 1919, sa fille Ariadna allait avoir huit ans.)
Michel REYNAUD, – Ote – (Mon corps me manque)
ÔTE
cherche la conque
où résonnent les paroles
là où il fait sombre
se trouvent les orages
sous les dents
de la pluie
cherche
main ne te protège pas
ôte encore toujours
tes vêtements
qui retomberont
comme mots sur la page
si le fou ou l’impudique
répond que tu n’es pas
mais ôte encore
ôte toujours.
Michel REYNAUD, Mon corps me manque, Mars 2011
Pablo Neruda, – ce présent
Pierre Clavilier, dans une page consacrée à Pablo Neruda, nous livre sa traduction du texte du poète
Ce
présent
lisse
comme une planche,
frais,
cette heure,
ce jour
propre
comme une coupe neuve
- du passé
pas une
toile d’araignée -
nous touchons
des doigts
le présent,
nous en taillons
la mesure,
nous dirigeons
son flux,
il est vivant
vif,
il n’a rien
d’hier irrémédiable,
d’un passé perdu,
c’est notre
créature,
il grandit
moment, le voici portant
du sable, il mange
dans notre main,
attrape-le,
qu’il ne nous file pas entre les doigts,
qu’il ne se perde pas en rêves
ni en mots
saisis-le,
tiens-le
et commande-lui
jusqu’à ce qu’il t’obéisse,
fais de lui un chemin,
une cloche,
une machine,
un baiser, un livre,
une caresse,
coupe sa délicieuse
senteur de bois
et d’elle
fais-toi
une chaise,
tresse
un dossier,
essaie-la,
ou alors
une échelle!
Oui,
une échelle,
monte
au présent,
échelon
après échelon,
assure
tes pieds sur le bois
du présent,
vers le haut,
vers le haut,
pas très haut,
assez
pour que tu puisses
réparer
les gouttières
du toit,
pas très haut,
ne va pas au ciel,
atteins
les pommes,
pas les nuages,
eux
laisse-les
vagabonder dans le ciel, s’en aller
vers le passé.
Tu
es
ton présent,
ta pomme:
prends-la
de ton arbre,
élève-la
sur ta
main,
elle brille
comme une étoile,
touche-la,
mords dedans et marche
en sifflotant sur le chemin.
© Traduction Pierre Clavilier
titre original: Ode au présent / oda al presente, 1955
Este
presente
liso
como una tabla,
fresco,
esta hora,
este día
limpio
como una copa nueva
—del pasado
no hay una
telaraña—,
tocamos
con los dedos
el presente,
cortamos
su medida,
dirigimos
su brote,
está viviente,
vivo,
nada tiene
de ayer irremediable,
de pasado perdido,
es nuestra
criatura,
está creciendo
en este
momento, está llevando
arena, está comiendo
en nuestras manos,
cógelo,
que no resbale,
que no se pierda en sueños
ni palabras,
agárralo,
sujétalo
y ordénalo
hasta que te obedezca,
hazlo camino,
campana,
máquina,
beso, libro,
caricia,
corta su deliciosa
fragancia de madera
y de ella
hazte una silla,
trenza
su respaldo,
pruébala,
o bien
escalera!
Si,
escalera,
sube
en el presente,
peldaño
tras peldaño,
firmes
los pies en la madera
del presente,
hacia arriba,
hacia arriba,
no muy alto,
tan sólo
hasta que puedas
reparar
las goteras
del techo,
no muy alto,
no te vayas al cielo,
alcanza
las manzanas,
no las nubes,
ésas
déjalas
ir por el cielo, irse
hacia el pasado.
Tú
eres
tu presente,
tu manzana:
tómala
de tu árbol,
levántala
en tu
mano,
brilla
como una estrella,
tócala,
híncale el diente y ándate
silbando en el camino.
Paul Eluard — Oeil de sourd
ŒIL DE SOURD
Faites mon portrait.
Il se modifiera pour remplir tous les vides.
Faites mon portrait sans bruit, seul le silence
A moins que — s’il — sauf — excepté —
Je ne vous entends pas.
Il s’agit, il ne s’agit plus.
Je voudrais ressembler —
Fâcheuse coïncidence, entre autres grandes affaires.
Sans fatigue, têtes nouées
Aux mains de mon activité.
extrait de "capitale de la douleur"
Yves Bonnefoy – le seul témoin – 02
II
Elle fuit vers les saules ; le sourire
Des arbres l’enveloppe, simulant
La joie simple d’un jeu. Mais la lumière
Est sombre sur ses mains de suppliante,
Et le feu vient laver sa face, emplir sa bouche
Et rejeter son corps dans le gouffre des saules.
O , t’abîmant du flanc de la table osirienne
Dans les eaux de la mort !
Une dernière fois de tes seins
Éclairant les convives.
Mais répandant le jour de ta tête glacée
Sur la stérilité
des sites infernaux.
Rabah Belamri – l’olivier boit son ombre – 03
il est des mains
si mangées par l’ombre
qu’elles ont oublié la prière des étoiles
il est des pierres habitées par une rumeur d’herbe
qui attendent la pluie
il est un poème plus vaste que la Nuit du Destin
Sur la croisée des chemins (RC)
-
Sur la croisée des chemins, en ondules et creux,
du paysage c’était sa main
des traces qui menaient quelque part,
sans doute, mais où?
je ne savais rien de l’après ,
de ce qu’ était derrière la colline du lendemain,
la boule de cristal peut-être, – c’est sûr -,
les lignes de la main, encore,
m’auraient lu mon destin,
mais j’ai préféré continuer ma route,
avec toi, la main dans la main
-
et la traduction en espagnol que m’a gentiment fait parvenir Josephine Coll…
En la encrucijada
-
En la encrucijada, en ondulaciones y oquedades
del paisaje era su mano
huellas que llevaban hacia algún rumbo,
sin lugar a dudas, pero ¿a dónde?
del después yo lo ignoraba todo
de lo existente detrás del monte del mañana,
la bola de cristal quizás, — es cierto–,
las líneas de la mano, más aún,
me hubieran desvelado mi destino,
mas preferí proseguir mi travesía
contigo, cogidos de la mano
Ce texte est un commentaire à partir du thème original proposé par Juliette, et repris par JoBougon..
comme elle a fait un autre écrit dans le même sens que je cite ici, je lui ai fait la réponse suivante hier ( plus bas)…
———
Invitation
La banquise ne sied guère
A la passion torride
Venez-donc très chère
Avec moi parcourir
Le monde et ses secrets
Et s’installer qui sait
Sur la plage du désir
Qui attend nos soupirs
Puisque c’est la chaleur
Mariée à la douceur
Qui fait vibrer mon cœur.
Jo
——–
Chère toi…
tu sais tout de mes vibrations
de mon âme en sensations
de mon âme en ascension
et de mes tensions
Nous alons patiner dans les moules
Tamiser la semoule
Découper la banquise en dés
En faire chasse gardée
Et garder les glaçons
Pour faire à l’hameçon
De la pêche miraculeuse
Abondance merveilleuse
En plaisirs friandises
Qu’avec toi j’autorise
A partager moments
Au bal des amants…
-
L’attente de te lire (RC)
Dans ma porte secrète
Il y aura toujours prète
L’encre de ma main
Pour t’écrire demain
( Pour Jo )
Dans mes bras (RC)
Dans mes bras
Cachée au creux de mon ombre
Blottie sur mon épaule
Pleurant comme un saule
Tu es venue briser le sombre
Epouser de mon épaule, le creux
Piquer ton front à ma barbe naissante
Offrir ton dos à mes mains apaisantes
Je t’ai séchée de mon mieux
J’ai bu le vin clair de tes yeux
Tes sanglots étaient bleus
Ma langue salée, de tes soupirs
Le goût d’amers souvenirs
Egarée dans le labyrinthe
Tournant dans les couloirs noirs
A la recherche de l’espoir
Tu m’as laissé ton empreinte.
Le regard battant, et ses cils
Tu m’as pris par la main et dit
Que c’était loin le paradis
Mais je t’ai donné le fil
D’Ariane peut être, qui t’a permis
De retrouver le chemin de lumière
Sans plus regarder derrière
En me disant.(cher marquis…), mon ami…
Je ne sais s’il faut lier
çà à la descente
En trop forte pente
De vos escaliers
Ou s’ il fallait monter chercher
Dans la forêt sombre votre source claire
Par un jour d’orage, parsemé d’éclairs
Mais j’ai pris tes larmes, pour les sécher
Doucement est arrivée l’embellie
De tes beaux poèmes, c’était une bulle
Dont facilement, suis devenu l’émule
En rebondissant dans les éclaircies
Je sais tout ce que l’esprit recueille
Tout ce que le corps exige, et gémit
Aussi , tu es devenue complice à vie
Et mes bras, toujours, t’accueillent























