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André Velter – Présage


Peinture - H de Toulouse Lautrec -  Rosa la rouge 1886

Peinture –            H de Toulouse- Lautrec -               Rosa la rouge       1886

 

 

Présage.

Il n’y a plus de seuil
Plus de maison
Plus de camp
Plus de feu

L’aube de ta main gauche
Etreint le soir de ta main droite
Le jour se fait poussière
Souveraine est la nuit

Entre ton âme que je ne crois pas en peine
Et ton corps d’altitude
Pas d’accablement
Pas de déchirure

Tu ouvres la voie des devins
La transparente
Peut-être à coups d’ongles contre le temps
Présage
Qui tient du miracle

C’est à l’Orient l’étoile nouvelle
Où ta vie magicienne
Annonce le caprice et l’oracle
D’une insurrection sans exemple

D’une résurrection sans nom.

"Ton corps d’altitude"

 

-


Cathy Garcia – Serre-gorge


peinture Philps Wouwermans, cheval blanc, et vieil homme  avec fagots  XVIIè siècle

peinture Philps Wouwermans, cheval blanc, et vieil homme avec fagots          XVIIè siècle

La pluie laisse des copeaux
au creux des abreuvoirs
Les yeux des oiseaux le disent
le ciel devient trop noir

Octobre enragé déchire les arbres
cochés de rouge les crapauds pleurent
sur la vieille margelle

tu le sais
jamais tu ne retourneras
sur tes pas
ou ceux d’un autre

et ta main lasse
s’entrouvre
pour laisser couler
la miellée

les regrets se laissent compter
un par un
à ton serre-gorge

tu sais
le sang
l’aube
la fêlure du regard
où s’engouffre
la lumière

et sur le trou sur le
manque
tu poses la première syllabe
d’un nouveau cycle
de sable

tu sais
tu sais la roue qui
éparpille
dissout
tu sais l’alternance
la vanité

puis tu oublies
et courbée sur l’enclume
commences à forger
ton prochain
serre-gorge

————

 

 

-


Soir et l’échelle du soleil (RC )


POSTER_20B
objet-sculpture  -   Echelle "perspectivée"               Martin Puryear   Pa- Neh

-

Ici, les temps s’ouvrent
Le chemin vrille et passe
Le côté verglacé,
Pour emprunter l’échelle du soleil

Les cascades  de glace
Ont abandonné la place
Et la vallée, sitôt le col franchi
S’ouvre  comme une main

Où la vie est encore possible,
Quittant l’étroit des ombres,
Pour de blanches robes
Où se découpent à peine

Sur la pente,
Quatre silhouettes blanches aussi,
De chevaux immobiles…..
>  Seule leur ombre les désigne.

L’espace suit le cours du soir
Qui rebondit sur les  crêtes;
La vie se poursuit plus bas,… et  de l’aval
Les vapeurs remontent,    – et se prélassent.

 

-

RC  -  7 décembre 2012

-


Henri Bauchau – la règle


art:              auteur Christopher Veel:            carré d’art de Nîmes —         photo perso

La règle

Avec mes pierres carrées

Je t’enfermerai dans une œuvre

Car tu es coureur de chagrins

Et la règle est d’apprendre à rire

Homme

Avant de mourir.

-

In La main et l’esprit – Autour de la vision poétique

d’Henry Bauchau et d’Almert Palma, Éd.D’Art

-


Corne de brume ( RC )


la rumeur de la mer. photographe non identifié

-

A l’écoute indécise,

Tu entends les  vagues,

En tendant l’oreille

A la conque de soleil

Et la vie s’enroule,

Se love sur elle-même,

Aux ressacs,  sur les  rochers,

Elle donne  son écume…

Ainsi mes doigts joints

Autour de ton attente

Qui forment la coquille

Portée dans ta main.

Tu es sur le sable

Etendu sous la lune

Les algues enroulées  sur tes pieds

Intensément,    tu m’écoutes

En corne  de brume

-

RC    -  1er nov  2012


Marie Bauthias – l’ombre des leurres ( extrait 03 )


 

art: Pierre Alechinsky & Karel Appel

 

 

le

 

 

 

 

 

 

printemps reste à boire
luire sans mots des bouches
de ceux qui partent
la plupart du temps
reviennent
le regard à la main des hautes fougères


Eugenio de Andrade – apprendre à la main


Sculpture:    Parc de Middelheim:                     Alice Aycock " Leonardo Swirl II"

 

 

 

 

Tu pourrais apprendre à la main
Un autre art,
Celui de traverser le verre ;
Tu pourrais lui apprendre
À creuser la terre
Dans laquelle tu suffoques syllabe après syllabe ;
Et même à devenir eau,
Là où, à force d’être regardées,
Les étoiles tombaient.

 

extrait de "Matière solaire"

 

-


Thierry Metz – Le drap déplié


montage perso à partir de corps et graphie

 

LE DRAP DÉPLIÉ     (extraits)

 

 

N’être plus qu’un silence
caché
dans la voix
ou ici
parmi les traces
de la roue
être celui
qui retrouve un visage
pour lui donner
de l’eau.

Un peu de terre et de ciel
dans le regard
dans ce que je dois garder
à la lisière d’un mot

d’ici je le vois
de là où je travaille
sur un sol que je retourne
vers cette main
que je retrouve

mais rien ne sera dit
sans ta présence.

Je n’écris que dehors
une écriture    un pas
fluide

entre les orties parmi les chênes
les hêtres
la paume entaillée
ouverte comme un buisson
je reçois l’eau
la lumière

je ne suis que l’âtre
d’un visage.

 

Thierry Metz, Le Drap déplié, L’Arrière-Pays, 1995,         pp. 47-49-50.

 

-


Aujourd’hui n’est pas étanche ( RC )


photo Odette Lefebvre de l’internaute.com

 

 

 
Avec le jour qui se lève
Le spectacle nous laisse attablé
Aux jeux de lumière sur le champ de blés
Comme si c’était traverser le rêve

Tout est entre tes mains,
Le modelage du destin
Pétri comme une pâte à pain
L’avenir questionne son levain

L’imprévu court, l’éphémère flanche
Soumis aux courants d’air
Traces des sillons, dans les champs de mer
Ondulations mobiles, lumières blanches…

Pour se nourrir du quotidien
L’aujourd’hui n’est pas étanche
Et ma soif, le pain en tranches
D’où s’envolent mille petits riens…

Lorsque je te prends la main

 

-

RC 25 et 26 juin 2012

 

-


Florence Noël -Donnez-nous des pierres…


statue menhir du Rouergue     ( visible au Musée Fenaille, Rodez)

Donnez-nous des pierres…

donnez-nous des pierres pour le repos,
leur bogue de granit ocre
connivente au cœur,
en projection
l’enlisement des silhouettes jetées, cassées dessus ces marches
et toute l’aumône des
mouvements d’hommes
bordant nos peines comme fleuves équarris
à grandes enjambées de désirs

qu’on puisse mourir de la longueur d’un arbre
ou de son vêt d’ombre
jetés bas par le midi trop plein
par la touffeur trop dense
et quoi ?

une main, simple,
ses lignes en miroir des vôtres
passerelle dessus
cette cascade pierreuse
une main simple
lisse de vouloir
escale d’un vivre encore
est-ce trop pauvre monde
est-ce trop ?

Florence Noël

-


Paul Celan- Voix dans le vert


-

Voix dans le vert

-

du plan d’eau entaillées.
Quand le martin-pêcheur plonge,
la seconde vibre:
ce qui se tenait à ses côtés
sur chacune des rives
avance,
fauché en un autre tableau.
Voix venues du chemin aux orties:
Viens à nous sur les mains.
Qui est seul avec la lampe,
Pour y lire, n’a que sa main.
—-

Paul Celan, in Grille de parole, traduit par Martine Broda, Christian Bourgois éd

 

peinture: E Vuillard


Yannis Ritsos – Le sourire du poète


peinture S Botticielli - détail

 

 

 

 

Le poète


Il a beau plonger sa main dans les ténébres,

sa main ne noircit jamais. Sa main

est imperméable à la nuit. Quand il s’en ira

(car tous s’en vont un jour), j’imagine qu’il restera

un très doux sourire en ce bas monde,

un sourire qui n’arrêtera pas de dire "oui" et encore "oui"

à tous les espoirs séculaires et démentis.

(Yannis Ritsos, in Tard, bien tard dans la nuit, traduction Gérard Pierrat, Le Temps des Cerises éditeurs)

 

peinturer mains... provenances diverses; époque Renaissance


Pétales d’hiver ailleurs – ( RC )


Photo : S Khakhoulia Zina petite

 

 

(En utilisant les « brèves de Nath et Monik « ,  voilà un petit écho…)

"j’ai tout qui fleurit au bout des doigts
au bout des gestes  esquissés"

et en rapport  avec l’article  d’Arthémisia "la fleur d’hiver"

Sortie main après main
Une fleur de métal
Emerge en pétales
Sous le lendemain

Ses pétales d’hiver ailleurs
Une fleur en coeur
L ‘ami transparent
Des gestes de l’amant

Etre et avoir été
Oiseau exotique
Ce chant prolifique
C’est déjà l’été.

RC  01-2012

 

miniaturepersane - 1544


Yves Bonnefoy, – dans le leurre du seuil 01


peinture: Vanderlyn Peter portrait d'Adam Winne 1730

Dans le leurre du seuil

heurte,
heurte à jamais.

Dans le leurre du seuil.
A la porte, scellée,
A la phrase, vide.
Dans le fer, n’éveillant
Que ces mots, le fer.

Dans le langage, noir.

Dans celui qui est là
Immobile, à veiller
A sa table, chargée
De signes, de lueurs. Et qui est appelé

Trois fois, mais ne se lève.
Dans le rassemblement, où a manqué
Le célébrable.

Dans le blé déformé
Et le vin qui sèche.

Dans la main qui retient
Une main absente.

Dans l’inutilité
De se souvenir.

Dans l’écriture, en hâte
Engrangée de nuit
Et dans les mots éteints
Avant même l’aube

dans la bouche qui veut
une autre bouche
Le miel que nul été
Ne peut mûrir.

pans la note qui, brusque,
S’intensifie
jusqu’à être, glaciaire,
Presque la passe

Puis l’insistance de
La note tue
Qui désunit sa houle
Nue, sous l’étoile.

Dans un reflet d’étoile
Sur du fer.
Dans l’angoisse des corps
Qui ne se trouvent.

Heurte, tard.
les lèvres désirant
Même quand le sang coule,

La main heurtant majeure
Encore quand  le bras n’est plus que cendre
Dispersée.


Marina TSVETAIEVA – A Alia


 

 

 

montage perso ( avec l'aide je crois d'une publicité pour une banque)

 

Toujours  extrait de l’anthologie  des  "inédits de Vanves",  de MARINA TSVETAIEVA

———–

À Alia*

 

Un jour, ô ma gracieuse créature,

Je deviendrai pour toi un souvenir,

Perdu dans tes yeux bleus, au loin

De ta mémoire, dans le lointain.

Tu oublieras : et mon profil au nez busqué,

Et mon front couronné de fumée,

Mon rire importun et fréquent

Ma main calleuse aux bagues d’argent,

Notre logis d’amant, notre grenier cabine,

De mes papiers la confusion divine,

L’année terrible : malheurs et liesse

De ton enfance, de ma jeunesse.

 

(Moscou 1919, sa fille Ariadna allait avoir huit ans.)


Michel REYNAUD, – Ote – (Mon corps me manque)


source: http://la_cause_des_causeuses.typepad.com/la_cause_des_causeuses_/2011/05/michel-reynaud-mon-corps-me-manque-extraits-.html

photo anonyme des années 50 "bonheur ménager"

 

 

 

 

ÔTE

 

 

cherche la conque

où résonnent les paroles

là où il fait sombre

se trouvent les orages

sous les dents

de la pluie

cherche

main ne te protège pas

ôte encore toujours

tes vêtements

qui retomberont

comme mots sur la page

si le fou ou l’impudique

répond que tu n’es pas

mais ôte encore

ôte toujours.

 

 

 

Michel REYNAUD, Mon corps me manque, Mars 2011


Pablo Neruda, – ce présent


Pierre Clavilier, dans une page consacrée à Pablo Neruda, nous livre sa traduction du texte du poète

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Ce
présent
lisse
comme une planche,
frais,
cette heure,
ce jour
propre
comme une coupe neuve
- du passé
pas une
toile d’araignée -
nous touchons
des doigts
le présent,
nous en taillons
la mesure,
nous dirigeons
son flux,
il est vivant
vif,
il n’a rien
d’hier irrémédiable,
d’un passé perdu,
c’est notre
créature,
il grandit
moment, le voici portant
du sable, il mange
dans notre main,
attrape-le,
qu’il ne nous file pas entre les doigts,
qu’il ne se perde pas en rêves
ni en mots
saisis-le,
tiens-le
et commande-lui
jusqu’à ce qu’il t’obéisse,
fais de lui un chemin,
une cloche,
une machine,
un baiser, un livre,
une caresse,
coupe sa délicieuse
senteur de bois
et d’elle
fais-toi
une chaise,
tresse
un dossier,
essaie-la,
ou alors
une échelle!

Oui,
une échelle,
monte
au présent,
échelon
après échelon,
assure
tes pieds sur le bois
du présent,
vers le haut,
vers le haut,
pas très haut,
assez
pour que tu puisses
réparer
les gouttières
du toit,
pas très haut,
ne va pas au ciel,
atteins
les pommes,
pas les nuages,
eux
laisse-les
vagabonder dans le ciel, s’en aller
vers le passé.

Tu
es
ton présent,
ta pomme:
prends-la
de ton arbre,
élève-la
sur ta
main,
elle brille
comme une étoile,
touche-la,
mords dedans et marche
en sifflotant sur le chemin.

© Traduction Pierre Clavilier

titre original: Ode au présent / oda al presente, 1955

Este
presente
liso
como una tabla,
fresco,
esta hora,
este día
limpio
como una copa nueva
—del pasado
no hay una
telaraña—,
tocamos
con los dedos
el presente,
cortamos
su medida,
dirigimos
su brote,
está viviente,
vivo,
nada tiene
de ayer irremediable,
de pasado perdido,
es nuestra
criatura,
está creciendo
en este
momento, está llevando
arena, está comiendo
en nuestras manos,
cógelo,
que no resbale,
que no se pierda en sueños
ni palabras,
agárralo,
sujétalo
y ordénalo
hasta que te obedezca,
hazlo camino,
campana,
máquina,
beso, libro,
caricia,
corta su deliciosa
fragancia de madera
y de ella
hazte una silla,
trenza
su respaldo,
pruébala,
o bien
escalera!

Si,
escalera,
sube
en el presente,
peldaño
tras peldaño,
firmes
los pies en la madera
del presente,
hacia arriba,
hacia arriba,
no muy alto,
tan sólo
hasta que puedas
reparar
las goteras
del techo,
no muy alto,
no te vayas al cielo,
alcanza
las manzanas,
no las nubes,
ésas
déjalas
ir por el cielo, irse
hacia el pasado.

eres
tu presente,
tu manzana:
tómala
de tu árbol,
levántala
en tu
mano,
brilla
como una estrella,
tócala,
híncale el diente y ándate
silbando en el camino.


Paul Eluard — Oeil de sourd


ŒIL DE SOURD

Faites mon portrait.

Il se modifiera pour remplir tous les vides.
Faites mon portrait sans bruit, seul le silence
A moins que — s’il — sauf — excepté —
Je ne vous entends pas.

Il s’agit, il ne s’agit plus.
Je voudrais ressembler —

Fâcheuse coïncidence, entre autres grandes affaires.
Sans fatigue, têtes nouées
Aux mains de mon activité.

 

extrait de  "capitale de la douleur"

 


Yves Bonnefoy – le seul témoin – 02


II

Elle fuit vers les saules ; le sourire

Des arbres l’enveloppe, simulant

La joie simple d’un jeu. Mais la lumière

Est sombre sur ses mains de suppliante,

Et le feu vient laver sa face, emplir sa bouche

Et rejeter son corps dans le gouffre des saules.

Guido  Reni  enlevement d'Hélène (partie inférieure)  -- transformé  à ma façon

Guido Reni enlevement d'Hélène (partie inférieure) -- transformé à ma façon

 

 

 

O , t’abîmant du flanc de la table osirienne

Dans les eaux de la mort !

Une dernière fois de tes seins

Éclairant les convives.

Mais répandant le jour de ta tête glacée

Sur la stérilité

des sites infernaux.

création perso -2002


Kiell Espmark — BELA BARTOK CONTRE LE TROISIEME REICH


Kiell Espmark   est un auteur  que j’ai  découvert  dans un recueil  des éditions de la Différence:  anthologie de 12 auteurs, peu connus, mais au style passionant…

textes  recueillis par Jean-Clarence Lambert              1989

 

BELA BARTOK CONTRE LE TROISIEME REICH

 

 

Vous n’avez pas de cartes de rationnement ?

Ici en France il y a disette.

Deux tickets pour respirer

et trois pour regarder. — II le sait bien, il est

partout chez lui, sur cet absurde continent.

Chaque rue est une ligne de sa main.

Il fallait le chercher ici à Nîmes juste au moment de quitter l’Europe. Juste au point de rupture.

Une interview sans question ni réponse.

Sa table est deux mètres plus loin,

à une distance infranchissable.

Lui-même est un silence de 49 kg

avec une flamme pour regard.

Il pose sa fourchette et son couteau

sur le petit squelette du poisson

et lève sa dernière gorgée de Perrier pour…

Mais se ravise.

Morceau d’absurdité :

au coin veille une Citroën imaginaire avec deux hommes, le feutre rabattu :

ils morcellent en mots el fraîcheur

Ce soir d’octobre provençal.

tout ce qu’ils touchent devient abstrait. Lui-même

il est qu’un numéro. Signe particulier : non aryen volontaire ;

exigeant d’être lui aussi compris parmi les musiciens dégénérés est signée par un juif.

Mais quelques mesures d’un quatuor à cordes

peuvent-elles arrêter un char d’assaut ?

L’inquiétude des policiers les trahit : ils ne sont pas sûrs.

Ce qui compte, c’est maintenant les signaux qui lui viennent d’un village de Slovaquie du Nord :

incessant grincement qui siffle.

Connaissant le code, il les reçoit, tendu.

Il n’a même pas reposé son verre. Son oreille,

incroyable amplificateur, perçoit chaque feuille

qui tombe sur la place là-bas. Des voix

crépitantes entourent sa table.

Pour les hommes dans la voiture,

c’est une douleur éloignée qui jaillit

fendue en signes et grincements de dents,

incompréhensible mais maniable.

Il est pris d’une rage frêle :

ce sont des non-hommes, leur langue est division.

Dans l’homme ils séparent l’humain

de ce qu’ils appellent l’homme.

Ils séparent l’aigre fumée

du mot <; solution ».

Alors, tout devient possible.

Aussi longtemps qu’une rue en Hongrie portera

le nom de la Bête, qu’on ne mette

aucune plaque à ma mémoire,

qu’aucune Place du Marché ne prenne mon nom.

La Place. Signaux frénétiques. Venant de la boue

et du ciel, une vie sans voie

avec des conquérants étrangers à demeure,

Jusque dans l’église du village

où ils ont traîné l’otage. L’assemblée divisée

entre l’impalpable douleur dedans

et les appels muets dehors sur la place.

Tout rassemblement interdit. Nul désespéré n’a le droit d’exister pour un antre. Déchirés entre une communauté abstraite et les fragments épars d’un chant introverti. épaules contre épaules en chantant.

II les connaît si bien. Depuis des décennies

il conserve chaque voix. chaque ton sur des rouleaux

de cire. traces de la fraternisation des peuples

à travers les barbelés crépitants —

rythmes qui naissent de rythmes lointains.

villages qui vont de villages en villages.

Ces voix dispersées, ces voix d’au-delà des voix

savent ce qui s’est passé sur la Place : quelque chose déjà

incompréhensible. Et voici qu’ils le cherchent.

Une ouverture en quart-de-tons grinçants

pour une partition illimitée.

Je dois quitter l’Europe. La seule façon de prononcer Europe.

Ici à Nîmes il se fait tard.

Le soir se divise entre le mot « soir »

et l’incompréhensible obscurité qui tombe.

Seul celui qui s’en va

peut arriver ici.

Il est en chemin.

Mais l’absurdité l’attrape

de ses non mains. Il est partagé

entre l’errance d’un désespoir abstrait

et la rude musique qui demeure, non écrite.

Des années peuvent passer avant qu’elle ne le rejoigne.

Il est en chemin et pas encore en chemin.


Rabah Belamri – l’olivier boit son ombre – 03


il est des mains

si mangées par l’ombre

qu’elles ont oublié la prière des étoiles

il est des pierres habitées par une rumeur d’herbe

qui attendent la pluie

il est un poème plus vaste que la Nuit du Destin


Sur la croisée des chemins (RC)


-

Sur la croisée des chemins, en ondules et creux,

du paysage c’était sa main

des traces qui menaient quelque part,

sans doute, mais où?

je ne savais rien de l’après ,

de ce qu’ était derrière la colline du lendemain,

la boule de cristal peut-être, – c’est sûr -,

les lignes de la main, encore,

m’auraient lu mon destin,

mais j’ai préféré continuer ma route,

avec toi, la main dans la main

-

et la traduction en espagnol que m’a gentiment fait parvenir Josephine Coll…

En la encrucijada

-

En la encrucijada, en ondulaciones y oquedades

del paisaje era su mano

huellas que llevaban hacia algún rumbo,

sin lugar a dudas, pero ¿a dónde?

del después yo lo ignoraba todo

de lo existente detrás del monte del mañana,

la bola de cristal quizás, — es cierto–,

las líneas de la mano, más aún,

me hubieran desvelado mi destino,

mas preferí proseguir mi travesía

contigo, cogidos de la mano

Main de Çiva -                    2ème quart du Xème siècle - Grès- ----Art Khmer

Ce texte  est un commentaire  à partir  du thème original proposé par Juliette, et repris par JoBougon..

           http://papierlibre.over-blog.net/article-nouveau-theme-de-juliette-73744298-comments.html#comment82323128

comme elle  a fait un autre écrit dans le même  sens  que je cite ici,   je lui ai fait la réponse suivante  hier  ( plus bas)…

———

Invitation

La banquise ne sied guère

A la passion torride

Venez-donc très chère

Avec moi parcourir

Le monde et ses secrets

Et s’installer qui sait

Sur la plage du désir

Qui attend nos soupirs

Puisque c’est la chaleur

Mariée à la douceur

Qui fait vibrer mon cœur.

Jo

——–


Chère toi…


tu sais tout de mes vibrations

de mon âme en sensations

de mon âme en ascension

et de mes tensions

Nous alons patiner dans les moules

Tamiser la semoule

Découper la banquise en dés

En faire chasse gardée

Et garder les glaçons

Pour faire  à l’hameçon

De la pêche miraculeuse

Abondance merveilleuse

En plaisirs friandises

Qu’avec toi  j’autorise

A partager moments

Au bal des amants…

-


L’attente de te lire (RC)


Dans ma porte secrète
Il y aura toujours prète
L’encre de ma main
Pour t’écrire demain

Peinture de Greuze; M Watelet 1765

( Pour Jo )


Dans mes bras (RC)


Mewar 1800 ( miniature indienne) gouache

Dans mes bras

 

Cachée au creux de mon ombre

Blottie sur mon épaule

 

Pleurant comme un saule

Tu es venue briser le sombre

 

Epouser de mon épaule, le creux

Piquer ton front à ma barbe naissante

 

Offrir ton dos à mes mains apaisantes

Je t’ai séchée de mon mieux

 

J’ai bu le vin clair de tes yeux

Tes sanglots étaient bleus

 

Ma langue salée, de tes soupirs

Le goût d’amers souvenirs

 

Egarée dans le labyrinthe

Tournant dans les couloirs noirs

 

A la recherche de l’espoir

Tu m’as laissé ton empreinte.

 

Le regard battant, et ses cils

Tu m’as pris par la main et dit

 

Que c’était loin le paradis

Mais je t’ai donné le fil

 

D’Ariane peut être, qui t’a permis

De retrouver le chemin de lumière

 

Sans plus regarder derrière

En me disant.(cher marquis…), mon ami…

 

Je ne sais s’il faut lier

çà à la descente

 

En trop forte pente

De vos escaliers

 

Ou s’ il fallait monter chercher

Dans la forêt sombre votre source claire

 

Par un jour d’orage, parsemé d’éclairs

Mais j’ai pris tes larmes, pour les sécher

 

Doucement est arrivée l’embellie

De tes beaux poèmes, c’était une bulle

 

Dont facilement, suis devenu l’émule

En rebondissant dans les éclaircies

 

Je sais tout ce que l’esprit recueille

Tout ce que le corps exige, et gémit

 

Aussi , tu es devenue complice à vie

Et mes bras, toujours, t’accueillent