voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “murmure

Claude Esteban – Mémoire


art: Joseph Beuys:  costume  de feutre

art:          Joseph Beuys:             costume de feutre

 

 

 

 

 

 

Mémoire

Non, la mémoire ne se résume nullement à la somme des choses mortes entassées

dans la tête. Elle est tapie au creux d’une odeur, d’une feuille froissée par la pluie, d’un

murmure. Et que l’on fasse taire en soi le bruissement de la pensée; qu’on s’arrache à

ce théâtre de mauvais rêves, le paysage se recompose, les formes s’animent, les

couleurs recommencent à vibrer. Rien ne bouge pour celui qui se détourne, tout

s’éveille au-devant de celui qui reste à l’écoute et il ne craint plus. On cherche à

l’endroit d’une ancienne blessure, et c’est à peine si la peau tressaille. Et c’est à

présent l’immobile qui devient une fiction, et cette lassitude d’avoir tant vécu

comme une invitation à poursuivre encore.


Claude Esteban

in  » La mort à distance «


Pierre La Paix – Sublime retour


installation              : Sarah Hobbs

Sublime Retour (écho du poème "Sublime Regain")*
par Pierre La Paix Ndamè, samedi 15 octobre 2011,
-
-

Les déserts des bonheurs oubliés,

Si larges, si veufs… si neufs !

J’ai cherché dans la nuit de l’oubli,

Des sourires tiens

Que l’absence avait emportés.

Le silence imprudent de ton départ

A balafré sur les atomes des jours

Les regrets fanés,

Les secrets profanés

Que le temps effaçait mal…

 

Mais à l’espoir tenace de te revoir,

Mon cœur a cru.

Et au clair des lunes sans toi,

J’ai souvent chanté le refrain

Unique qui finissait nos serments.

Fou, j’ai rédigé

«Dans le murmure de toi »

Le psaume accompli

Qui confirmait l’adieu douloureux.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts

Dis-tu ?

Mais celle de mes yeux réclame encore

Le frou-frou de tes joues câlines

A l’insu des muets matins,

L’aube toute affolée de toi

T’a ramenée revivre

Le printemps heureux

Qui nous manquait tous deux.

Tremblants sous l’effet du retour,

Refusant d’accepter l’impossible

Nous avons redessiné Cupidon

Avec les doigts d’Aphrodite

Et sa flèche sans douleur nous a piqués.

Reste avec moi cette nuit…

Reste avec moi cette vie…

-

Pierre La Paix

 

-

Profondes clameurs 2011

* vous pouvez retrouver "sublime regain" à ce lien 

http://www.facebook.com/note.php?note_id=255307977835321

 

-


Taire le silence ( RC )


photo:               Barbara Morgan

Si j’apprends  à  taire le silence
En jetant quelques cailloux dans l’eau
Alors, la surface  remue, et se souvient
En cercles  concentriques, des éclaboussures
Et des gestes  ténus,
Qui repoussent  quelques  secondes la léthargie,
En laissant ,          une place à la vie.
Mon geste n’est plus là, mais seulement sa trace
Comme lorsque je passe un doigt distrait
Sur la couche  de poussière recouvrant le buffet.

J’apprends à lire, les instants  fugitifs,
Le murmure  de l’histoire,  et l’invisible est crédible
Les brioches  dorées,  le zeste des parfums,
Le sillage  d’un regard, au détour  d’un reflet,
Le souffle  des choses, agitant les feuillets
Les chapitres  du bonheur, que révèle
Un pinceau de lumière à travers les nuées
Eloignées  des étoiles, et dénuées
De l’ombre   -   qui fait l’importance.

Si j’apprends  à taire  le silence,
C’est pour mieux  traduire
Une langue d’avant qui te ressemble
La prolongation d’une  grâce
Que n’offrent ni les mots
Ni la parole rhétorique,
Les doigts ouverts  de l’invisible
Quand ils te dessinent à mes yeux:
Une veine qui palpite à ton front,
Et la courbe  d’une hanche…

J’apprends à lire, les instants  fugitifs,
A  rassembler les  indices,
Peut-être à inventer,
A rajouter  des brillances
Et des couleurs  de voix,
Imiter  rivières  et cascades,
Et l’ombre des collines
Qui dessine des courbes
Sur le désir de l’instant
Que les lèvres promettent.

 

 

RC –   6 octobre 2012                ( évocation d’une  démarche  créative… je pensais  à la photographie )

-


Claude Esteban – l’immobile qui devient une fiction


photo Willy Ronnis        quai Malaquais

 

 

Ne garderai-je du jour que cette longue lassitude et la poussière des chemins au fond des yeux ?

Je m’assiérai n’importe où, je tenterai seulement de reprendre souffle, sans hâte et comme pour mieux me souvenir. L’espoir, quand on s’arrête de marcher, devient inutile, mais le vieux désir d’être encore ne disparaît pas avec lui.

Et je suis là, comme quelqu’un qui s’étonne que son corps le soutienne et le défende,

ce corps meurtri, ce corps appesanti, le mien pourtant, et que je méprisais.

Les grandes lois du soleil et de l’ombre nous échappent, nous mesurons l’espace

aux battements d’un coeur quand il est neuf, mais que la machine au-dedans hésite ou s’emballe, les repères se dissipent

et chaque pas devient une épine dans la chair.

N’importe, je suis là, je regarde mes mains, je n’oublie pas qu’elles ont touché la splendeur intacte du monde et qu’il y eut des moments d’allégresse à sentir la sève trembler sous les doigts.

Non, la mémoire ne se résume nullement à la somme des choses mortes entassées dans la tête.

Elle est tapie au creux d’une odeur, d’une feuille froissée par la pluie, d’un murmure.

Et que l’on fasse taire en soi le bruissement de la pensée; qu’on s’arrache à ce théâtre de mauvais rêves, le paysage se recompose, les formes s’animent, les couleurs recommencent à vibrer.

Rien ne bouge pour celui qui se détourne, tout s’éveille au-devant de celui qui reste à l’écoute et il ne craint plus.

On cherche à l’endroit d’une ancienne blessure, et c’est à peine si la peau tressaille.

Et c’est à présent l’immobile qui devient une fiction, et cette lassitude d’avoir tant vécu comme une invitation à poursuivre encore.

 

Claude Esteban, La mort à distance, Gallimard, 2007

 

-


Phrases flottantes, en brume ( RC )


peinture perso: "sur l’angle" 1990 – acrylique

-

Aux murmures suggérés

Les airs , à travers les doigts des feuilles

Et capter d’une oreille attentive

Les sons d’une harpe de brume

Lent glissement  d’une barque

Au gré d’une errance suspendue

Du gris, sur le gris

La parole  chuchotée,

Du mystère des mots

Qui s’assemblent en phrases.

Bribes assemblées,

Un instant flottantes,

Gouttes  d’encre

Et qui prennent leur envol,

Quand  s’écarte le ciel…

Dissipation des brouillards matinaux,

Lorsque  se construit la page.

RC –   19 juin  2012


Maria Luisa Spazian – mordre le temps comme le pain


installation naturelle: -------" âme de l'arbre"... glace travaillée

-

 

Je voudrais mordre le temps comme le pain.

Trouver une résistance, laisser l’empreinte de mes dents.

Avaler l’essence, sentir la nourriture

Qui doucement envahit le sang.

Mais, fleuve invisible, le temps s’écoule.

Il murmure à mes côtés. A portée de main

Il me passe un poisson-fable, une pépite d’or

Déjà réabsorbée par des tourbillons.

Maria Luisa Spazian

 

Andy Goldsworthy: trace sèche de corps après la pluie

 

 

 

 


Cesare Pavese – Paysage VIII


Cesare Pavese – Paysage VIII

 

Les souvenirs commencent vers le soir

sous l’haleine du vent à dresser leur visage

et à écouter la voix du fleuve.

 

Dans le noir

l’eau ressemble aux mortes années.

 

Dans le silence obscur un murmure s’élève

où passent des voix et des rires lointains ;

 

Bruissement qu’accompagne une vaine couleur

de soleil, de rivages et de regards limpides.

 

Un été de voix. Chaque visage enferme

pareil à un fruit mûr une saveur passée.

 

photo personnelle, givre breton, 2008

Les regards qui émergent conservent un goût d’herbes

et de choses imprégnées de soleil sur la plage

le soir.

Ils conservent une haleine marine.

Comme une mer nocturne est cette ombre incertaine

de fièvres et de frissons anciens, que le ciel frôle à peine ;

chaque soir, elle revient.

 

Les voix mortes

ressemblent à cette mer se brisant en ressacs.

-


L’incendie orageux en crinière que la gorge engouffre ( poésie de mouvement d’un cil)


——- Une fois de plus je replublie sur mon blog un des superbes poèmes  de la mystérieuse  "mouvements d’un cil"…  qui en fait associe  des images photographiques, pour la plupart, en noir et blanc,  avec des textes  commes  celui-ci… 
plusieurs  ont été re-publiés en écho sur  http://re-ecrit.blogspot.com
photo

∏ The stormy fire by the mane that throat. engulfs

Les feuilles ont perdu leur haleine.
Le vent les a à peine soulevés.

Le rythme des oiseaux s’est perdu dans l’effort
Comme une âme en poussière.
Le cœur bat. L’usure de tes cheveux flottants.
Et le serment de ta voix. Et le serrement
Qui s’en ai allé très loin. Le séisme
Par son destin qui détachent les vertus invisibles.
L’incendie orageux en crinière que la gorge engouffre.

Aussi le sentiment qui se déploie avant de s’écraser.
Nous qui restons là à nous assortir par la compression
Du murmure des fissures mauves des violettes
Et des plaintes sans jamais se vanter. Enfonce. Le secret du vide
D’un clou, nous pouvons tout décrocher d’un mouvement d’épingle.
D’un supplice. Toutes ces choses qui veulent rompre
Sans volonté. Toutes ces choses qui s’ignorent superstitieusement.

Nous pouvons vivre une vérité                          [mer. 19.10.11] 18.50

றouvemenʨ d’un ciℓ (➳ elsewherə 

The leaves have lost their breath.
The wind has just raised its.

The pace of the birds got lost in the effort
Like a soul in dust.
The heart beats. The usure of your hair floating.
And the oath of your voice. And tightness
Which would have gone very far. The earthquake
By his fate which detaches the invisible virtue.
The stormy fire by the mane that throat engulfs.

Also the feeling that unfolds before crashing.
Us who remain here by sorting ourselves through the compression
Of the murmur of purple fissures of violets
And complaints without never boast. Sinks. The secret of the vacuum
On a nail, we can all get from a movement of a pin.
On torture. All these things that want to break
Free will. All these things that are ignored superstitiously.

We can live a truth