voir l'art autrement – en relation avec les textes

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En présence de l’inconnu ( RC )



Un quart de tour de terre
Suffit à bouleverser les  critères,
Mettre en présence l’inconnu
Aux enfants marchant les pieds nus,
Dans la poussière…
C’est quand même un mystère
De voir arriver par les airs
Et au-delà des mers

Tous ces gens  venus d’ailleurs
Et d’un monde pensé meilleur,
Sortant de leur carrosse
Qui se reflète dans les yeux  des gosses.

Ils n’en  croient pas leurs yeux
Quand viennent  se poser devant eux
Brillant de chromes et courbures,
De grosses voitures

Que leurs mains ,  osent parcourir
Les toucher du doigt, en garder souvenir
Lors d’une  courte pause, regards en miroir,
Les reflets du toucher, se jouent en noir…

C’est avoir  à portée  de mains,    le mythe
de l’occident,      – que les  rêves  habitent…

Il y a toujours des pensées avides,
Même pour les bouteilles en plastique,  vides.

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RC   -  24 décembre 2012

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Miguel Veyrat – Je n’aurai pas peur de la mort


 

dessin:           Albert Dürer                     le trophée de Bohème.       Vienne

 

 

 

JE N’AURAI PAS PEUR de la mort
lorsque s’achèveront les mots,
car ma voix s’anime
au vent qui donne la vie,
qui s’agite
ou qui brille en sombre majesté,
et qui parfois frémit.
C’est plus fort
que l’amour et que la peur,
et plus fort
que la mort tout entière. (Un coq
chantera lorsque s’achèveront
les mots
—mystère: Moitié rêve
et moitié miroir l’aiguillon, silence).
Je serai enfin réel: je mourrai
en train d’agir, en train de vivre.

 

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Réminiscences ( la complainte du phoque en Alaska) – (RC)


Réminiscences

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Il reste   Ce qui reste de nostalgie quand la danseuse, tourne, et tourne,
et tourne encore sur elle –même.
Ce couvercle ouvert de la boîte à musique qui multiplie la mémoire entrebaillée
des instants précieux. « Et Qu’çà nvaut pas la peine de laisser ceux qu’on aime,
pour aller faire tourner des ballons sur son nez… »

Il reste toujours quelque chose du geste de ta main.

Il reste ton regard incrusté dans le mien, plus dru que je pourrais jamais en faire écho sur ma
toile.

Il me reste plus qu’un bout du jour, pour voyager                            avec ta barque d’aquarelle,
qui se dilue dans la brume, et n’arrive jamais, – au voyage immobile comme l’est ma mémoire.

Sur elle la nuit n’aura jamais de prise.

Avec la chanson d’Aubert, rêver d’une autre terre Qui resterait un mystère… tu serais sa réalité.
Et la terre serait ronde.., si j’étais un phoque en Alaska, j’inventerais une ronde,
en emportant le jour, en emportant les vagues… et nous verrions les berges d’un pays neuf,
au lever du jour, enfin remisé du cadre…
je pourrais alors fermer le couvercle de la boîte à musique, qui me dit en ton nom
cette attente, la complainte. "Qu’çà nvaut pas la peine de laisser ceux qu’on aime,
pour aller faire tourner…"

RC    3 juin 2012

PS:  tout le monde aura bien sûr  reconnu mon rappel de la chanson de "Beau Dommage", écrite par Michel Rivard…         l’aquarelle  ci-dessous  est de Martine Bernier.

Inspiré  du dernier post de Nath: "le fond de la coupe"

peinture: aquarelle         M B  2004


Apparition – les regards d’Edouard Manet (RC)


peinture: Edouard Manet -détail – le bar des Folies Bergère

Apparition  -

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C’est un chemin, qui progresse avec le temps
Sans savoir ce que réserve, la brise du geste
Le tracé, dont on perd la maîtrise, peut être funeste
Du doute qui s’installe, et attend

Ton apparition mystérieuse au-delà de la voile
Amenée par un souffle, une intuition
Avec, pour couleurs, l’écho de la passion
Qui se livre passage, au cœur de la toile

On dirait même qu’elle progresse
Dans le feutre, et la densité de la nuit
Souveraine aux noirs de son puits,
Les couleurs concentrées, qu’on délaisse

Et c’est du jour , que je vais cueillir
La matière même du mystère
Aux sensations d’ocres et de terre
Carnations et éclats, à rejaillir

Et, pour l’éclat, celui de ton regard
Qui me guette et qui vient
Recueillir , et capter le mien
En deçà de la peinture, et de l’art

RC        22-mai 2012
.
( avec en tête  la façon dont E Manet  rend le regard de ses modèles)


Aspirateur de leurres – ( RC )


peinture; Ferdinand Hodler: le bon samaritain

 

 

De temps en temps – ce n’est pas dommage …
Nettoyage et  ménage, rime avec balayage
Dissection du futur, aide précieuse des oracles
Je sais,  –    de nos jours, on fait des miracles !

Car cela ne fait pas mystère
Même la tête à l’envers
Regardant notre terre
Et notre vie de poussière

On décompte -  heurts et malheurs
Et grâce à l’aspirateur de leurres
S’il ne reste qu’un point lumineux
Il sera pour toi – j’en suis heureux

C’est quand même , bien l’espoir
De ne plus broyer que du noir
( ç’aurait pu être pire ! )

Qui soutient l’acte  d’ écrire

 

–  RC  11 et 13 avril 2012

 

inspiré  du post de JoBougon…  et un peu modifié depuis.


Liberté et langue de bois (RC)


image: montage perso

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Le paradoxe de la liberté
C’est de vouloir la regagner

Mais qui a dit qu’on l’avait une fois gagnée?
Ou si on en a l’idée, seulement en petite quantité …

Elle est effectivement délimitée
En actualités et calamités

Et quand on la saisit, c’est de joie
— et quand on la perd, nous sommes aux abois

Aussi tant que peut se faire
Ne pas en faire de mystères ( ni se taire)

C’est l’inverse des politiques et rois
Oui, justement, les grands discours en langue de bois

Une langue ,où parler équivaut à ,ne rien dire
– je préfère dans ce cas un concert de poêles à frire

Et garder la liberté de penser… plutôt que celle, mitée
Des discours des phraseurs (tout en habiletés )

Car même en captivité , l’esprit humain s’échappe
Les colombes volent, et personne ne les attrape

 

RC  11 avril 2012

 

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Henri Thomas – Ma tombe


photo: Massalo

 

 

 

Ma tombe.

Ma tombe voyage, un jour elle est là,
sous les peupliers, à peine indiquée,
un jour ici, quel vaste mausolée,
le marbre au granit mêle son éclat !
C’est aussi la mer, c’est aussi le feu,
tantôt j’y suis seul, tantôt j’y suis deux,
entortillé dans une chevelure,
on est bien ensemble, on est des lémures.
on m’a mis aussi sur la ronde tour
festin pour le soleil et le vautour,
On m’a mis aussi dans la jarre peinte
après quantités de pratiques saintes,
On m’a mis aussi… mais c’est un mystère.
J’ai mille tombeaux sur la vieille terre.

Henri Thomas. "Le Monde absent" 1947.

 

 

 

 

 

 

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Cribas – Le carcan du poète


photo: Angela Vicedomini - Nivola

Le carcan du poète

Par Cribas le dimanche 31 décembre 2006,

 

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Qu’on s’en aille !

Au loin

Le cœur des malfrats

De la poésie.

 

Je suis un voleur de mystères

Un extincteur avec des gants.

Lorsque je mets le feu aux vers

 

C’est que je vois rouge

Du bout de mes phalanges

Je nage heureux dans l’indécent.

 

Un seul instant,

Mais pour toujours.

Au diable les corneilles

Et les pies de passages.

 

Je délivre un message

Car je rêve ou je m’éveille,

Devant de blanches colombes

 

Ou des ailes de mésanges.

Un instant,

Mais pour toujours.

 

Que je m’en aille

Au loin !

 

Le cœur en petites phrases

D’hérésie soudain !

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G Titus-Carmel – Ici est le pays sans déception


dessin: Titus Carmel de la "suite Narva"

 

 

 

 

« Ici est le pays sans déception.

Car la nuit, toujours souveraine, se montre magnanime : elle se déverse généreusement en nous, sans mesure ni remords, et rafraîchit celui qu’une trop forte passion consume à l’intérieur.

Chaque soir, elle s’ouvre ainsi qu’une vaste et accueillante étendue d’eau noire, plus vastement encore que les plus larges fleuves connus, plus sombre que les grands lacs, avec des berges qui s’ourlent de lointain dès qu’on avance.

Et c’est de tout son mystère qu’elle nous introduit à sa lumière ― à son «obscure clarté» au sein de quoi se dilue notre ardent désir de paix et d’oubli.

 

On dit alors qu’on a la nuit au corps.


le travers d’paradis Ophélie (RC)


Aux vérités  de travers,
Il faut les remettre en place
Et au tain  de la glace
Passer à travers

Sur les  étendues gelées
C’est bien ce qui se passe
Lorsque la glace casse
Et se voit soulevée


Qui voit le paradis
Et nous en fait récit
Est dans  doute rétréci
Parce que refroidi

C’est du plus bel effet
Même -  traitement sévère
De passer derrière
L’image de ton reflet
Image concassée, brisures
Mais d’éclats boussures
En faire peinture,pâture,
C’est contre- nature

Et le calme  revenu
J’nirai pas aboyer
Porter face de noyé
Mais  –                    — Qu’est-il devenu ?

J’le trouve un peu                         pâli
D’avoir séjourné                 dans l’eau
Et s’être renversé ( çà c’est pas d’pot)
Avoir conversé            (avec Ophélie)

La d’moiselle est belle
Elle a une quinte de toux
Ses cheveux sont roux
Et d’mes jambes se mêlent

Ophélie            -pâlie-a- dit
Tu r’viendras demain
Mais là est         mon jardin
C’est pas l                ‘paradis

C’est pas ton domaine
Toi, et tes mystères
Ils sont bien sur terre
–           Quel bon vent t’amène ?

Mais tu vas  (céans) partir
Et            sans plus discuter
Rejoindre         l’autre côté
Où tu vas revenir !

Là n’est pas ta place
Chez les trépassés
Il te faut r’passer
D’laut’côté dla glace

C’est ainsi Madame
Qu’ainsi  m’ revoilà
Dans votre belle villa
Juste après le drame

Chaqu’chose à sa place
Aux vérités  d’travers
J’ai brisé du vers
Ce qui toujours agace

Ophélie flottante
Qu’a peint Waterhouse
C’est pas Mickey Mouse
Aux eaux miroitantes

D’mes yeux figés, jvois encore
Son beau miroir d’eaux
Qu’était plus qu’un seau
Où flottait en fleur de corps
Belle au milieu des plantes
Et les assiettes nénufars
Son visage, si blafard

Qui souvent me hante.

RC  2 fev 2012

et  que je complète  avec ce texte  de Claude Ber:

Flaire le risque

s’est fourvoyée à pas de loup

rebrousse chemin d’un seul coup.

Ne récolte plus son blé

n’a plus rien à rire.

Fait volte-face et s’esquive

Est sortie du champ de mines

peut s’allonger sans risques dans ses cheveux

tisser ses nerfs

déplier son corps

desserrer ses lèvres

et ouvrir sa vie.

Un temps…


Sylviane Dupuis – au seuil


gravure: Giorgio Morandi - II Poggio al mattino

au seuil

du lieu que tu regardes

nous avons beau écarquiller les yeux

c’est peine perdue d’appeler

dans le noir

ou de chercher à voir

 

qui

de toi ou de nous, désormais

habite l’envers des choses ?

qui sait, et qui ignore ?

 

affrontés comme ces sphynx

qui gardaient l’entrée des cités,

face contre face nous témoignons

de l’immobile mystère

en attendant que le jour

plie

 

 

 

 

Sylviane Dupuis

 

piblié  dans   Anthologie poésie poètes d’aujourd’hui

et à l’origine  - ds   La Revue des Belles Lettres     Genève 2007            poème 144