Abdallah Zrika – Je veux un horizon vertical

dans la nuit"

peinture: Robert Motherwell:
The Garden Window, Open n110, 1969 …
deux reproductions extraites de l’article intéressant sur les fenêtres que l’on peut retrouver ici…
Enrico Testa – des temps concordants
dans des temps concordants, l’été,
bien qu’en des lieux différents
du même Apennin,
nous avons essayé, enfants,
de remonter les torrents
pour en trouver la source.
Il y avait une obscurité de sous-bois,
des fougères, un vert à peine plus intense,
un peu de mousse
et des pierres ruisselantes
et rien d’autre :
la déception de l’origine
elle suit un mouvement fluide et vertical
cette montée de la colline
tournant après tournant
vers le soir.
Même les assassins disent
que le vent de septembre est doux :
il nous pousse
parmi les oliviers et les cyprès
et il nous défend
jusqu’à l’anse neutre du balcon
qui sous le ciel gris clair
s’ouvre face à la mer.
Mais à présent, dans le noir,
nous sommes encore en quête
de ton aide :
nous t’appelons du jardin
cachés, par jeu, derrière le mur
sur le terre-plein de la voie ferrée
longeant le bois
les troncs des acacias
sont noirs après la pluie
comme des traits d’encre qui s’écartent.
Pâques est désormais le papier d’argent,
poussiéreux et pâli,
des oeufs, suspendu
aux branches des cerisiers.
Rubans qui miroitent dans le vent
et devraient tenir à distance
le peuple envahissant des merles
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .(Pasqua di neve, Einaudi, 2008)
-Enrico Testa, comme un certain nombre de poètes italiens intéressants - et méconnus – peut être retrouvé sur le blog d’une "autre"poésie Italienne…
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Tendre le bras vers les étoiles ( RC )

S’il y a du souffle et de la poussière
Pour tendre le bras vers les étoiles
Modifiant tout à coup l’équilibre planétaire
La trajectoire des corps, mettant les voiles
La tête au milieu des nébuleuses
Le ciel s’est enflé de lumière violette
Echo d’Orion vers Betelgeuse
Du fracas d’une comète
A la verticale de l’été
Au fond de tout ce noir
Pour perdre ses droites allées
Et la lumière de l’espoir
Le matin confisque son charme
Dans de lointains obscurs
Habités par les larmes
– pour une autre aventure -
Je ne sais pas si tendre les bras suffit
A jouer avec les astres
Aveuglé, je ne vois que la nuit
Et du matin qui s’en va,… le désastre…
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RC – 2 février 2013
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Les momies d’Egypte ( RC )
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Les rives de l’ hier
Déménagent dans la crypte
Le sable se désespère
Aux temples de l’Egypte
Aux amateurs avertis
Ceux qui hantent les musées—
- La statue de Nefertiti
Qui contemple d’un oeil amusé
Les siècles qui passent
Gravés dans la pierre…..
Suivre, d’une histoire, la trace
Perdue dans le désert
Gardé par les sphinx
Et les pyramides
Et l’oeil de lynx
Des regards humides
Des statues en granit ,
Veillant, sous la poussière
Les momies qui ressuscitent,
- Autre stratosphère
Tombent alors, bandelettes
Témoignant du sauvetage
Des chairs défaites
Dans le sarcophage.
Se soulève avec effort, le couvercle
Au coeur du tumulus
Les gardiens de bois, font cercle
En décor de papyrus…
Tous ces objets précieux
Que l’obscurité plombe
A l’abri des cieux
Sous les pierres catacombes
Echappent au présent
Du monde instantané
Avec le calme cicatrisant
Des longueurs d’années.
L’esprit contemplatif
( ou celui qui s’entête)
Lira , dans les hiéroglyphes
De la pierre de Rosette
Comment voyagent les morts
- Gravures indélébiles -,
Apparemment sans effort ,
Glissant sur le Nil
- Au delà des dynasties
Tandis qu’au-delà du noir
Se poursuit, sans modestie
La conquête du pouvoir
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RC – 4 février 2013
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Indentifier les étoiles éteintes par des points ( RC )

– photos origine - futura sciences -
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Si toutes les myriades d’ étoiles réunies
Ajoutaient leur lumière infinie
Notre voûte serait blanche,
On n’y verrait goutte, dans un ciel étanche
Mais l’infini a ses faiblesses
Et les lueurs pâlissent en détresse
Si toutes les lettres grecques répondent à des couleurs
La physique nous apprend avec douleur
Que l’absence de lumière les fond dans l’uniformité
Il en est ainsi des trous noirs dans l’immensité..
On n’identifie plus les étoiles éteintes que par des points
Car le noir n’est jamais loin.
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RC – 16 janvier 2013
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En présence de l’inconnu ( RC )

Un quart de tour de terre
Suffit à bouleverser les critères,
Mettre en présence l’inconnu
Aux enfants marchant les pieds nus,
Dans la poussière…
C’est quand même un mystère
De voir arriver par les airs
Et au-delà des mers
Tous ces gens venus d’ailleurs
Et d’un monde pensé meilleur,
Sortant de leur carrosse
Qui se reflète dans les yeux des gosses.
Ils n’en croient pas leurs yeux
Quand viennent se poser devant eux
Brillant de chromes et courbures,
De grosses voitures
Que leurs mains , osent parcourir
Les toucher du doigt, en garder souvenir
Lors d’une courte pause, regards en miroir,
Les reflets du toucher, se jouent en noir…
C’est avoir à portée de mains, le mythe
de l’occident, – que les rêves habitent…
Il y a toujours des pensées avides,
Même pour les bouteilles en plastique, vides.
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RC - 24 décembre 2012
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Voyage en New Orleans (RC )

Photo: qmannola
C’est un groupe qui chuchote,
En suivant de marche lente
Une voiture noire aux ornements d’argent
Et chacun a son voile, ou chapeau noir
Le prêtre et ses assistants
les porteurs de gerbe
Et la fanfare
A la marche funèbre
Accompagnant
Un dernier voyage
A la Nouvelle Orleans
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RC – 20 décembre 2012
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Si le dehors existe ( RC )
Si le dehors existe,
Il se passe de son regard
Une barrière d’ombres
Derrière la grille de ses doigts
Qui contient son visage
Peut-être pour protéger l’âme
Des outrages de la vie
Ou bien, comme les chauves souris
Rester suspendu dans une grotte
Enveloppé de ses ailes
A l’abri du noir
A l’image d’un vieux parapluie
Qui ne s’aperçoit pas
De l’aurore boréale
Nimbant la planète
RC – 11 décembre 2012
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G M Chenot – Au toucher ou à l’ouïe
AU TOUCHER OU A L’OUÏE
L’Afrique en bandoulière
Et les yeux émerveillés
Par de tant de couleurs
Ou de nuances de noir
La lumière en héritage
Comme la douceur d’un fardeau
Qui s’évapore en souriant
Dans l’ombre des frondaisons
Et cette voix de femme ensorceleuse
Dont on fait des miracles
Des baisers ou des caresses
Dans la saveur de l’instant
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écrit provenant du riche blog poétique de GMC
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Jean-Jacques Ampère – Urania
Urania.
Adieu ce beau soleil de la terre amoureux,
Esclave de ses fils et se levant pour eux,
Qui n’avait d’autre soin dans toute la nature
Que de lui faire au ciel reluire une ceinture !
Adieu la Terre enfin, paresseuse beauté,
Se berçant sur son lit dans l’espace arrêté…
Plus de ciel ! il n’est pas. Son azur est un mensonge.
Plus rien qu’un vide immense où le regard qui plonge
Voit dans l’espace noir des flots d’astres nombreux,
Trop loin pour que jamais nous soyons rien pour eux
En un coin de ce vide… et là-bas… notre monde.
Jean-Jacques Ampère
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Antimatière ( RC )

Représentation d’un espace stellaire avec trou noir
Je vais suivre la piste aux étoiles
C’est un numéro d’équilibriste,
le vent du dehors, soulève les voiles
Il y a un ciel rose et améthyste
Qui se fronce et puis soupire
Sous la robe d’aurore boréale,
C’est un clin d’oeil en devenir,
Le tout, bordé de sépales
A l’aventure de cet espace
Je me projette …. dans cette antimatière,
pour y faire ma place,
J’emprunte une courbe altière,
Et, perdant ma pesanteur, je suis aspiré
Par la bouche d’ombre d’un astre noir,
Invisible dans l’espace, elle cueille les égarés
Et ceux qui y sont, – ne peuvent y voir
L’attraction céleste est si puissante
Que j’en perds mes esprits en chemin,
Rien ne freine dans cette pente glissante,
Même en jouant des pieds et des mains,
je suis à la merci d’une petite planète
Et quant à parier sur mon sort,
Dressé dans la tempête,
On me donne déjà pour mort…
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RC – 29 octobre 2012
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Grand tri d’un au-delà ( RC )
Art: manuscrits de l’Apocalypse ( Saint Sever ) XIIè s
Si du livre la page
les aventures dessinées
en bandes de destinées
sur plusieurs étages
Les saints auréolés
D’enluminures, s’empilent
Les cavaliers de l’an mil
Ne vont dégringoler
Que si, des ciels, l’éclipse
Ou les hiérarchies reculent
Et qu’ainsi, le monde bascule
Dans l’Apocalypse
Il y a l’ange aux ailes de feu
Qui surveille la scène
Les hommes à la peine
- enfin, les gens de peu -
Que l’on ne voit pas,
Si la bataille s’engage
Alors que le Malin enrage
Promis au trépas.
Car l’on sait la terre
Eloignée des cieux
Le domaine de Dieu
Mais proche de l’enfer.
Il faut donc choisir
- ce n’est pas banal -
Entre le bien et le mal
Pour bientôt mourir.
Les ailes déployées
Vers un plus bel azur
Du destin futur,
Pour l’éternité
Ou bien embrasser Satan
C’est alors rôtir
D’un autre avenir
Et c’est pour longtemps !
Si c’est notre lot,
Si c’est pour demain
A passer l’examen
Tirer l’mauvais numéro
Ou c’est blanc , ou c’est noir
Peu d’élus, beaucoup d’appelés
Ca va être la mêlée
Pour le purgatoire
C’est là, le lieu du tri
Avec ces salades
Tu es dans la panade
Au milieu des cris
- Origines ethniques ?
- Vous avez une pension ?
- Quelles sont vos opinions ?
- Passé politique ?
Tu viens de quelle région ?
Que font tes parents ?
Et quel est ton rang, ?
Et ta religion ?
………..Il faut être conforme
A l’examen du passé
Quand on est trépassé
Et surtout dans les normes.
Si t’as une bible
Des cheveux blonds
Et puis quelques ronds
C’est d’ja plus crédible
Carte d’identité ?
Sécurité sociale ?
Et ben t’as la totale
" On va t’inviter ! ".
Mais si t’en n’ as pas
Ni carte de crédit
Pour le paradis
On étudiera ton cas
Les places sont limitées
Et puis faut pas rêver,
Elles sont réservées
En enfer, va donc t’agiter !
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RC – 16 septembre 2012
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Café noir – ( RC )

photo: Giacomelli – Lucio Fontana
Le café tinte plus noir qu’un prêtre,
La soutane donne une corolle sombre,
Sur la place, les pavés blancs ordonnés
Se déplace, l’envolée noire
( c’est un homme)
sur le parvis d’une église

les pigeons noirs sont ses fidèles,
D’ailleurs, s’il les nourrit, comme Saint-François
la messe pourrait être dite dehors
- le temps s’y prête -
( nonchalant )
Déjà, les vélos sont de sortie,
Et de grosses autos noires.
C’est un matin à Catane,
ou un village de Sicile…
La panetteria vient d’ouvrir,
La manivelle et le rideau de tôle
dont le bruit répond aux cloches.
Le tourbillon du café dans ma tasse
Répond à sa cuiller,
Hommes portent chapeaux,
Femmes forment silhouettes,
Et s’affairent en noir,
Un ciel limpide s’étire
Et prépare la journée,
Dans ma bouche, le souvenir serré
Du café du matin,
Et des photos de Mario…
Je repose ma tasse.
RC – 8 septembre 2012 ( à partir de "lecture" de photos de Mario Giacomelli )

photographie: Mario Giacomelli
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Nelly Sachs – la rue des douleurs
Et tu as traversé la mort
comme en la neige l’oiseau
toujours noir scellant l’issue…
Le temps a dégluti
les adieux que tu lui offris
jusqu’à l’extrême abandon
au bout de tes doigts
Nuit d’yeux
S’immatérialiser
Ellipse, l’air a baigné
la rue des douleurs…
-
Nelly Sachs
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Jean Sénac – Nicolas de Staël
peinture; Nicolas de Staêl: paysage marine 1955
NICOLAS DE STAËL
Vous êtes mort, je ne sais rien de la mort des hommes,
rien de la goutte d’eau qui renverse la figure et la dilue en Dieu.
Dieu lui-même qu’est-il, le néant ou la roche ?
la structure de l’ombre, le suprême reproche,
et peut-être à peine notre interrogation ?
Dieu n’est-ce pas la voix de ma mère qui tremble
quand le dernier arbre rassemble
ses fruits,
quand la misère souterraine
délie le dernier bout de laine
et tout de go nous sommes nus ?
Tout de go il fait nuit
et sur nos cœurs les gens dans la détresse
abandonnent leurs graffiti.
Vous êtes mort, Nicolas de Staël,
et je ne connais rien de la mort des hommes !
Sur la toile le rouge et le noir répercutent
l’armature des ténèbres
un lit où l’appétit funèbre
du jour
tourne, tourne à nous rompre les vertèbres !
Le soleil sur la peau des gisants se retire…
Nicolas de Staël, vous aimiez tant que cela la vie ?
tant que cela pour la briser
sans même un cri ?
Ceux qui se tuent se tuent dans le silence
comme un petit enfant qui fronce les paupières
et s’en va.
Les uns sont des oiseaux de roche,
les autres, oh nul ne les approche
dans le grand espace alarmés !
Nicolas de Staël, le jaune vous avait-il lâché ?
Un rien suffit, un rien quand la couleur s’insurge,
on dit «adieu, adieu Panurge »
et l’on remonte au premier signe écrit.
Mais dans le cœur, dans le cœur, qui connaît les dimensions de la Merci ?
JEAN SENAC
-
Le ciel sur nos épaules ( RC)
Réponse au post de Tikopia…
Si le ciel s’appuie sur nos épaules,
Alors, les mondes lointains, nous enveloppent
Les comètes nous montrent du doigt,
Et se rient de la pesanteur qui nous confine
La poussière des étoiles nous accorde un peu
de lumière, enfin, celles qui n’ont pas choisi la voie
du noir.
La colline aux cigales – Petite audace dans le débris du jour.
LA belle écriture de "la colline aux cigales", dans la véhémence de la parole.. et pour une fois, je re-publie un de ses textes récents
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Petite audace dans le débris du jour.
-
Je n’attends plus dieu dans la fissure. Sucre fœtal alangui, le trac suprême fait office. Qu’est-ce qui doute ?
Le camouflé du réel rangé dans un placard sordide. Des balais et des serpillières. Des copeaux d’air brûlé reposent dans une bouteille d’alcool. Eau de vie sans vergogne, un enfant meurt toutes les trois secondes. Le miel de la mer bafouille quelques vagues insonores. La récolte des courbes se fait dans les arbres. Dans mon cœur, j’ai la vision du lait que l’on refuse aux chatons. Liqueur d’oliviers répandue dans les champs archaïques, hublot refermé sur la plénitude des couteaux. La lumière s’est rétractée au fin fond de l’intime ombilic. Jets de pétoncles, huîtres écaillées, et encore des couteaux plongés dans le sable. Reptile ordinaire en vrilles jaillissantes, la terre mordue et le venin artisan du soufflet des forges. Où se trouve le sursaut ? J’irai lire le petit jour qui se déhanche dans le corps du matin neuf. Les bras cassés de la plume, j’irai écrire les notes muettes de l’abîme sous tes paupières de cristal.
Tout est redevenu comme avant. Sauf qu’avant les orties brûlantes ne poussaient pas sur ton visage. Sauf qu’avant la lumière refusait de couler dans l’ombre, derrière la vitre. Goutte d’air rebrisée sans fin, ouverte aux mots levés dans le cœur, je marcherai sur cette route qui ne conduit à aucune maison, sur cette corde où nos pieds se dessinent. Nos lèvres sont tremblantes et la terre collée dessus nous embrasse. La mémoire pèse le silence des foudres que l’amour ignore. Puisque de toute façon ta mémoire survie dans l’intervalle où se déroule la vague tendre qui tapisse l’horizon. Rien ne m’encourage davantage à déplacer le temps de sa course effrénée. Au loin, tout existe très fort dans les signes jaillissant par le ricochet des flammes réanimées. Ce matin, alors que le jour balbutiait à peine quelques pépites de lumière, j’ai pris le réveil sur la table de nuit et j’ai ouvert son boîtier. J’ai posé mes doigts sur la mécanique éventrée et j’ai senti le tic tac modifié de la cadence de mon pouls. Il n’y a pas de zones neutres dans l’escarcelle des émotions qui nous animent. Ma charrette est remplie de terre et de cendre mélangées.
Toutes les balises encore vivantes crépitent et se tonifient dans cet amas nostalgique. Ma peau touche à l’engrais des impulsions instinctives.
Je suis déjà lié aux soupirs du ciel. J’entends remuer derrière les nuages. Quelque chose s’agite. Peut-être les épousailles des étoiles et des terreaux fertiles ? Chaque journée grimpe au mât des contraintes, et l’enfer du monde se noie dans son dégoût. Je n’irai plus à toi comme un déversoir d’orages émaciés, toutes les braises de la terre s’étalent au couteau.
Tu ne viendras plus à moi comme un désert assoiffé d’eau claire. Immergés sous nos cathédrales en talus de fumée, nous marcherons dans la blancheur, à l’intérieur même de la blancheur. Nous sommes concassés de prières arrogantes. Nous sommes des poussières abruptes. Un pas de trop, et ce serait la chute. Nous flirtons dans le bout de monde, non loin des tumultes du silence profond, et nous grappillons notre part d’amour retaillée dans la pierre noire. Le jour est la géode osseuse de la nuit. Nous devenons des blancheurs alignées sur le vertige des silences. Assis sur le rebord de l’éternité, nous contemplons l’audace des heures qui meurent et qui renaissent. L’affrontement entre la nuit et le jour semble être une usure sans salive. Nous sommes toujours vaincus par la couleur des mille feuilles et nos âmes coulent profondément dans les saisons vierges où les fleurs se métamorphosent. Quoi d’autre que des fruits bien mûrs pour répandre des parfums enivrants ?
Tu as pénétré ma solitude comme une farine se dilue à l’eau. Une course liquide est debout, à nouveau. Une droite horizontale soutient la parole au-dessus des étoiles. Un trait rouge s’est enfoncé dans la marge, à la périphérie des jours dénivelés.
Nos jardins en escaliers gravissent le passage bariolé des mots dans l’opaque centrifugeuse des rêves. Dans l’ébriété des cendres entassées, une griffe insolente vient titiller la mansuétude avec la précision d’un horloger.
Nous avons avalé puis ingurgité la réparation de nos fibres. La première clarté de ta beauté ne luira que dans la nuit la plus extrême. Parce que le noir possède des vertus insoupçonnées, le rêve aime y piocher les pigments aigus qui troublent la réalité. Sous le brouet de fumigène, ma langue s’alanguie dans l’épaisseur des verves muettes. Je suis un soldat d’utopie en faction. Immobile comme les galons d’un général, je veille sur la bataille des fantômes qui peuplent mes souvenirs. L’illusion a la lourde tache d’inventer le réel. Le silence parle la langue ancienne et méconnue des pâturages préhistoriques.
Des cerceaux d’air s’échappent des cavernes. Je me découvre fourmillant d’étincelles au milieu de l’immensité implacable. La joie ne se cultive pas, elle surgit à l’improviste comme une lumière béate. J’aime te savoir dépossédée comme je le suis. Nos ruines jointées, les mots peuvent mieux graviter sur la corde de fumée transparente où la mort a eu lieu. Nos chagrins sont désavoués par l’amour replié dans nos chairs. Nos vies s’entravent de l’urgence que le passé remonte de ses caves insalubres.
Nos lacunes répondent par défaut à l’insistance de l’émotion imprimée à l’esprit. Le manque se traduit dans le dédoublement de la parole précipitée. J’aime le bruit du torrent que tu fais jaillir dans mon sang. Je dois admettre que l’amour n’est pas qu’une liturgie fantastique. Il est également la passerelle qui nous permet de traverser les ravins. Il colmate les brèches de l’absence et le vide n’est plus aussi effrayant. La joie vient combler le manque. Elle mastique les fentes de nos jardins ébréchés. Une douce chaleur se relève dans l’obscurité. Nous sommes assis au-dessus de l’ombre. L’amour se coupe comme du papier. Nos encres piochent sous nos peaux le souffle qui emporte. Nous sommes éblouis. La nuit agrandit la lumière. Nos poussières se forgent lentement dans la paume pliée de nos mains, et nos cœurs s’accoudent doucement sur l’éternité. La brume est passée au tamis, l’eau est bue par le rayon du soleil, tout est rendu au centuple à la pierre qui saigne. Tu es ma déesse Fortune. Celle qui incarne le hasard subjectif et l’échec de la pensée. Le bonheur bizarrement s’est immiscé à l’enjeu que m’impose l’épanouissement. Je reconnais humblement postuler à sa providence chaque fois que ma vie inquiète te souhaite comme un aveu nécessaire.
Les baisers qui sortent de la vase n’ont pas encore eu le temps de fleurir. Pourtant, les tiges fièrement élancées se dirigent vers le cayeu des lèvres où tout est inhabitable. Le mot plus que toute autre chose. Dépossédés, nous sommes le rayonnement de toutes les opportunités. A présent, il nous suffit d’enfourcher l’aube comme une monture ailée. L’amour est redevenu lui-même : aveugle et fou. Il domine la vallée verte comme les cheveux d’un arbre décoiffé. Mon cœur est cintré de bouffées rouges et mes frissons décapitent les silhouettes qui ne te ressemblent pas. Nous tirerons à la courte paille celui de nous deux qui devra embrasser l’autre le premier. Mon cœur est sur la route, tes mains aux carrefours. Je m’enflamme comme une nova sacrifie sa pudeur aux scintillements célestes. Plus loin que l’emportement, le temps caché derrière le soleil tire sa manche d’où tombe la blancheur comme une farine broyée par la meule de la lumière. Tout se retire d’un ressac. Même l’ombre qui nous suivait se dérobe sous les pas musclés du vertige.
La marche est poudreuse. Elle nous conduit l’un à l’autre, clairsemés. Trop d’espace me déconcentre. Détestable saveur du monde, ma main vieillit dans cet amour basculé. A l’aube, elle n’écrit plus que des choses usées. La vie maintient le ciel hors de portée. Nos cœurs amenuisent les distances en resserrant la lumière. Une montagne devient papier. Des rires circulent sur une trottinette. La mer se déchaîne dans le fond d’un verre. D’un regard je remplis l’entonnoir par lequel tu t’es dissipée. Je réalise ce que la providence articule en moi pour y faire naître ce que je suis. Elle gouverne l’immense part qui échappe à la raison. L’amour pulvérise la blancheur où s’effacent les griefs que le temps amoncelle. Il gicle comme une source traverse le feu qui se hâte dans la nuit déchirée. La mort est l’intermédiaire où la matière se défait, elle exclue tout avenir et pose le présent dans le sac noir de l’éternité. Il nous reste à gorger les ombres du fluide intarissable de l’innocence qui danse dans toute chose. Rien n’est écrit sur l’évidence de la nécessité.
Rien n’est écrit comme une finalité.
L’amour dans son hasard de merveilles subjugue et met en lumière l’immensité des espaces ignorés. Et aujourd’hui, j’assume pleinement cet indéfini créateur.
C’est à lui que je dois mon étonnement profond. L’événement insensé c’est ce que l’on est. L’amour que l’on a en soi nous suit toujours, partout, où que l’on soit. Toi, et seulement toi ! Je sais maintenant la tache que tu avais au fond de l’œil. Toute l’existence repose sur la rencontre. Elle ne peut tolérer la défection d’un lien intime et amoureux. Toute perte est une chute.
C’est une avalanche de tristesse qui déboule de la montagne où le loup s’est caché. Plus aucun bruit de branches, la nuit disparaît sous les couvertures du rêve insolent où remuent des images défectueuses. Le cauchemar ne connaît pas de distinction entre le jour et la nuit. Lumière aigre de la première lampe au fond du couloir, mes mains cherchent la rampe. Tu restes éveillée de ta seule présence dans mon esprit. Nos collines brûlent sans bruit. Tous ces mots enchevêtrés à nos cils.
Il faut sortir de nos paupières closes, aller dehors. Le thym traverse notre jardin au pas de course. Le parfum n’arrive pas à se poser, l’air non plus. C’est un chassé-croisé entre nos cœurs percés d’aiguilles. On ne parle pas davantage que la source. Le feu est un bouquet du premier jour.
Un sentier de mouchoirs borde le Mistral qui nous pousse dans le dos. Salves d’air en remous, tourbillons remontant nos narines. Il fallait creuser dans l’ombre longeant le mur. Alors, j’ai ramassé des pierres et des glycines. Un peu de lierre dans la buée des choses sans nom.
L’endroit où je touche à ma parole, le lieu d’unisson est pure partie de l’abîme. Dans l’extrémité où planent des moineaux, des platanes s’envolent laissant place au canal criblé de nuages blancs.
Nos voix sont fermées à clef, de l’intérieur, et les mots d’amour incendiés se retrouvent dans le désastre des gestes incompréhensibles. A toi qui n’es pas là, je peux le dire, si la mémoire flambe aujourd’hui comme un feu de forêt, c’est que mon cœur s’acharne à brûler l’aube qui t’a suivie. Caravane d’émotions transbahutée dans le jour replié sous la terre. Tes yeux au-dessus de tout soupçon, à la lisère des souffles.
Crémaillère accrochée au silence, je bute encore sur le linge où tu te caches. Il appartient aux étoiles de travailler à la construction de l’infini. Nous parlerons à la terre, aux herbes et aux fruits. Un mot suffira à dilater nos clapotis d’enfant. Nous ressusciterons comme les vieux troncs d’oliviers fendus par le froid sibérien.
De jeunes pousses sont déjà incrustées à la paume de nos mains. Dorénavant pour saisir les heures enfuies, nous tremblerons comme l’air détonne avec le tonnerre. Rien n’a plus d’audace que le jour pour terrasser toute une nuit.
23-03-12
-
Billie-Holiday – Des fruits étranges – Strange fruit
-Blood on the leaves
Blood at the root
Black bodies swinging in the southern breeze
Strange fruit hanging from the poplar trees.
Pastoral scene of the gallant south
The bulging eyes and the twisted mouth
The scent of magnolia sweet and fresh
Then the sudden smell of burning flesh
Here is a fruit for the crows to pluck
for the rain to gather
for the wind to suck
for the sun to rot
for the tree to drop
Here is a strange and bitter crop
Composed by Abel Meeropol

pochette de l’album de john Martyn, ce titre fait partie du CD dans " a church with one bell"
-
Les arbres du Sud portent un étrange fruit
Du sang sur leurs feuilles et du sang aux racines
Un corps noir se balançant dans la brise du Sud
Un fruit étrange suspendu aux peupliers
Scène pastorale du vaillant Sud
Les yeux exorbités et la bouche tordue
Parfum du magnolia doux et frais
Puis la soudaine odeur de chair brûlée.
Fruit à déchiqueter pour les corbeaux,
Pour la pluie à récolter, pour le vent à assécher
Pour le soleil à mûrir, pour les arbres à perdre,
Etrange et amère récolte !
Strange Fruit (Fruit Etrange ) Chanson composée en 1946 par Abel Meeropol afin de dénoncer les Necktie Party ( pendaison)
Aspirateur de leurres – ( RC )

peinture; Ferdinand Hodler: le bon samaritain
De temps en temps – ce n’est pas dommage …
Nettoyage et ménage, rime avec balayage
Dissection du futur, aide précieuse des oracles
Je sais, – de nos jours, on fait des miracles !
Car cela ne fait pas mystère
Même la tête à l’envers
Regardant notre terre
Et notre vie de poussière
On décompte - heurts et malheurs
Et grâce à l’aspirateur de leurres
S’il ne reste qu’un point lumineux
Il sera pour toi – j’en suis heureux
C’est quand même , bien l’espoir
De ne plus broyer que du noir
( ç’aurait pu être pire ! )
Qui soutient l’acte d’ écrire
– RC 11 et 13 avril 2012
inspiré du post de JoBougon… et un peu modifié depuis.
Abdelmadjdid Kaouah – Le sel

lac de cratère de Kelimutu_ Indonésie
Le sel
–
Voilà j’ai atteint la rive noire
Là où le rêve n’a plus de miroir
Ni force pour traîner ses fourmis
Ses dérisoires mensonges et
Ses petites lâchetés en guise
De destin
La rive noire où il n’est plus de Mahatma
Ni de seigneur hautain
Pour répandre les épreuves
Le soleil se lève et se couche
Et la bouche essuie la bave des jours
Le sel est amer sur la table
Et en guise de vie nous redessinons
Les cerceaux boiteux de notre enfance
Voilà la rive noire
Est atteinte par petites brassées
A la cadence d’un survivant
La rive noire
C’est avant toute une saison
La saison mentale de tes premiers poèmes
Te voici à nouveau livré aux feuilles d’automne
La couronne des défaites
Le frémissement d’une chair envoûtée
Et tu sais que rien ne sert de se lamenter
Au seuil d’un nouvel avatar
Le bruit seul s’absente
Et tu ne sais si le chemin t’attend
Pour t’accompagner ou pour effacer
Les traces de ton destin
Ainsi l’automne s’abat
Sur toi comme une proie
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ABDELMADJID KAOUAH
c’est à cet auteur que Rabah Belamri faisait écho dans "poésie mise à nu"
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Destination – Afrique -exotique (RC)
Image; Th Sankara – ( ex président du Burkina-Faso, – assassiné)
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Un ptit tour en Afrique ?
Des pays en devenir
Le rêve ou l’avenir,
Je vais en touristique
Ne parlant que de moi
Du côté bien-heureux
De ces gens chaleureux
Je vous jure, de toute bonne foi
Ici, point on ne gèle
C’est déjà un avantage
Du fait de mon grand age
D’ailleurs je vais dans les hôtels
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Les quatre étoiles me vont bien
Le tapis rouge est là
Sous mes gestes las
On ne manque de rien
A mon service on s’précipite
Et c’est si sympathique
Ces pays , de noms exotiques
Que les gens noirs habitent
Surchargés de peaux d’ombres
C’est un beau camouflage
J’avoue, avec l’usage
J’apprécie le sombre
Au coin du restaurant
Y en a qui tendent la main
———-A chacun son destin …
Partout y a des mendiants
Toujours prêts à profiter
Des touristes de passage
Encombrés de bagages
Au soleil de l’été !!
Ils ont pourtant dla chance
D’écouter dla musique
En mouvements diaboliques
Favorisant la danse !
Ici c’est l’beau temps
Et pas b’soin d’parapluie
La pluie, çà, c’est d’un ennui !
Qui fait fuir les gens…
—J’ai entendu aux infos
Que l’on parlait de guerre
De faim et de misère
Mais tout cela est faux
Ou , c’est un peu plus au nord
Y a toujours des gens
Qui sont jamais contents
Et qui comptent les morts
De défilés en parades
Y a eu d’l’animation
Des soldats en mission
Qui montaient la garde
Au bout de l’avenue
Et ils jouaient les durs
Mais avaient de l’allure
Avec leur belle tenue
La casquette à visière
Des gradés arrogants
Avec leurs gants blancs
- ce qu’ils étaient fiers ! -
Enfin ici, c’est cool
D’abord je m’en balance
Je suis là, en vacances
J’ai même joué aux boules
Avec le cuisinier
Il était très aimable
Sur la plage, sur le sable
Et sous les palmiers
Puis sieste en transat
Le cocktail en main
Cà vaut pas le vin
A l’abri des nattes
Il fait très chaud ici
Mais sans faire de frime
Y a aussi la clim’
Qui fonctionne aussi
J’aurais pu aller ailleurs
Mais quelle importance
Pour être en vacances
—–Y a toujours meilleur
Le décor original
Pour un court séjour
Vaut ce petit tour
Bamako,, et Dakar, au Sénégal
Vivant à l’occidental
Le quartier d’la plage
Est un gros village
Faut qu’j’envoie mes cartes postales.
—
pour souligner un certain contraste entre mon texte "touristique", au second degré,
et certains ressentis poétiques concernant le même pays,
ou l’actualité de certains pays d’Afrique: récemment la Côte d’Ivoire, aujourd’hui le Mali.., rendez-vous sur cette page de la poésie-actuelle… qui a pour mot clef,justement, Bamako…
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Jean Pierre Duprey – M’a-t-on coupé le fil de la mémoire ?
M’a-t-on coupé le fil de la mémoire
Que je n’entende plus le ventre du passé ?
Il m’étrangle en mon cri dépassé dans le noir
Jusqu’à la flamme unique où le fil a brûlé
L’avenir a cassé dans ma tête le vent
Le passé a repris les cloches de ses soirs
Le remords a rongé les sons de la mémoire
Et le bruit d’un baiser déchire les instants
Au sein des toits la flamme détord ses étoiles
La mort a pris l’allure d’un fauteuil de vieux
La rage du souvenir souffle toutes les voiles
Jusqu’au dernier murmure des yeux.
Joël Bastard – Bakofè
Bakofè
Midi, les ombres terreuses dans les jus noirs se vautrent.
Traînées lentes se mouillent.
Une brebis malingre le museau dans la jarre vide s’immobilise.
Comme cet homme, dos au soleil, à la porte de son carré.
La main dans un foulard de fortune, tête penchée à l’intérieur, la nuque s’offrant au couperet de l’obscurité.
Dedans, le désir enfariné frémit dans un bouillon d’huile dorée




















