Grand accord ( RC )
Peinture : John Haro ( qui, dans ses toiles évoque souvent la musique)
-
Si tu joues la peinture,
Où la musique a son poids de corps
Et le cor, son poids de mots
Stridence des trompettes
Soutenu par le cuivre
Qu’enlace d’ombre
Le velouté de l’orchestre
Alors l’ocre, en crépuscule des bois
Flûtes et clarinettes
S’entoure de notes grises
Bientôt bues par le pourpre
Envahi de carmin
S’étendant aux confins du rouge
Sur le corps peint de la toile,
En grand accord majeur.
-
RC – 7 avril 2013
( une série des peintures de John Haro, sont visibles avec ce lien)
-
If you play the painting,
Where the music has its own body weight
And the horn, its own weight of words
Shrillness of trumpets
Sustained by the copper
Embraced by shadows
The velvet of the orchestra
Then ocher, in twilight woods
Flutes and clarinets
Surrounded by gray marks
Soon consumed by the purple
Invaded with carmine
Extending the borders of the red
On the canvas’ painted body ,
In great major chord.
-
James Sacré – Un mur s’est éboulé
-
Un mur s’est éboulé
C’est comme des mots (mais tombés d’où ?)
La douceur du ciel continue son bleu
On dirait qu’on peut rêver
À travers les choses défaites, les trous du poème.
Quelquefois la campagne pense à la ville
à cause de ses hangars chavirés)
Elle se sent le coeur tout contre
Un atelier (brique et verrière)
Au fond d’une impasse, les murs sont sales
Avec des traces de pisse et de peinture, une vieille
herbe.
Qu’est-ce qui s’effrite vraiment ?
Ni paysage ni poème, plutôt
(C’est difficile à dire) quelque chose
Comme une musique, à la ville dans la campagne,
Une musique, faut pas pousser !
Est-ce que c’est même un sourire ?
-
James Sacré extrait de "Affaires d’écritures"
-
Claude Minière – Anne Slacik

Si je me représente cet univers sans l’homme, où le regard de l’animal est seul à s’ouvrir devant les choses, un animal n’est ni la chose ni l’homme, et la représentation que je suscite est aussi une absence de représentation. »
G. Bataille « Le pur bonheur »
L a peinture a parfois la beauté du rêve, où rien n’est encore séparé de la nuit. Mais elle est un rêve plus long que la nuit. Qui se place à l’endroit ( à l’endroit et à l’envers) d’une séparation. Le rideau sans s’ouvrir sur un spectacle s’ouvre, sans se déchirer se déchire .Et la peinture veille. Elle veille même lorsqu’elle dit que la nuit tombe. Sur quoi ? Que se passe-t-il à la frontière qu’elle tend ? Entre écran et traversée.
La peinture n’est pas une image. La peinture évidemment et au fond n’est pas qu’une image. Une flamme surgit ou glisse. Non un accroc, un signe, mais un « évènement » : comme le frétillement d’un poisson à la surface, une allumette dans la nuit, une fleur qui affleure … Quelque chose qui s’abstrait puis est réabsorbée dans l’œuvre. Mais cette « flamme » ne fait pas signe : il s’agit alors d’une peinture hors de l’utilité.
D’une peinture hors de l’utilité notre époque peut-elle, peut-elle encore faire l’expérience ? L’ « inutilité » fondamentale de la peinture est forcément redoublée dans la situation d’aujourd’hui puisque, dans un tableau aujourd’hui,privée de classicisme la peinture est toujours en puissance plutôt qu’apaisée. Cependant, sur une toile, dans une lente recherche tendue, dans une œuvre qui à la fois pense et oublie le sol et le ciel trop haut, la terre redevient la Terre et le Ciel, la terre exaltée s’ouvre à la Terre exhalée, un nuage passe devant la lune et le peintre (la peintre) s’avance vers es images qui ne sont pas seulement des images mais qui posent l’écran de leur traversée. C’est ici , c’est ici l’expérience intérieure, sombre, lumineuse et rieuse.
L’aporie – ou du moins la difficulté de penser la peinture – consiste en ce qu’elle se pratique et se donne aussi comme objet , image, un intérieur et une
ex-tase. Comme site et poème. Quand nous faisons l’expérience de sa présence nous touchons aussi à son passé et à son avenir – qui nous échappent -, à son récit. Quand nous « l’entendons » nous devons à la fois accompagner ce qu’elle dit et garder son silence (Peignant, je « dis » l’être humain qui refuse la fusion, qui maintient la séparation). De la peinture il faut donc parler comme d’un objet,d’un faire, d’un travail et d’une réalisation ( il faut en parler en « matérialiste », en optimiste) et pourtant, autant qu’il s’agit d’une recherche et de l’esprit, d’une quête (et non d’un artisanat), elle a le côté tragique de tout engagement spirituel [1] .
Eclaircissements. La langue, d’une certaine manière la langue nous conduit vers la peinture et en prend le relais. Elle conduit la pensée vers la peinture du simple fait qu’elle propose les mots d’ « éclaircie » et d’ « éclaircissement » (de clairière et d’épiphanie). L’approche que pratique Anne Slacik cherche au fond sa tache et son éclaircie, qui ne pourraient être que musicalement une résolution[2]. Transfiguration de la figure, transsubstantiation de la terre. Après quoi, le silence …La langue prend le relais de la peinture dans le temps où le regard avance et prend du recul (du retard).
Terre/toile. Anne Slacik peint terre sur toile. Qu’est-ce que cela veut dire cette longue transformation des matières naturelles, des pigments –qu’est ce que cela veut dire depuis l’origine ? Elle dit « ce n’est pas un rituel ». Ce n’est pas un rituel, mais les sables ocres sont puisés à la carrière (« près de chez moi », dit-elle) puis broyés, passés, tamisés, huilés, dispersés, adoucis en souci –le sable se désagrège et retrouve son intégrité (sa dignité). La « cuisine » propre à la peinture fait peur (c’est l’horreur !) mais il faut bien passer par elle quand on avance la question de la peinture, précisément, et non applique les procédés de la signalétique ou de la fabrication des images. Il est aujourd’hui des artistes qui pratiquent une répétition de la marque : une fois le dispositif bien en place, l’art pour le coup devient effectivement sans secret une affaire publique (je souligne). Ce dispositif, jusqu’à la dénégation évite la nuit et son éclaircie, évite l’angoisse, évite le risque de ce que dans la terre et son élaboration on pourrait y rester si cela ne se produisait pas (sortilège de la peinture) cette sortie, cette avancée-recul, ce drame qui porte l’accès à un je qui dans le même temps s’efface.
Incantation/incarnation. Cela « veut dire » une limite où le chant qui se diffuse est retenu dans son incarnation. A une torsion, un nœud où le dénouement (la diffusion) est à retarder. Union et discrétion. Ce qui vient est à retarder, ou à précipiter. La peinture ne connaît pas alors d’épargne, de réserve (elle n’est pas estampe) et ne circonscrit pas de figures. Il s’agit même de « dés-inscription ».
Couché/vertical/lavé. Cela veut dire probablement la possibilité de figurer. Mais aussi, dans une abstraction, la possibilité d’exalter la terre, la terre qui recueille les morts[3]. La terre poudreuse jetée retient, agrippe la fluidité du temps. Elle fait « passage » et son aspérité fixe et superpose les couleurs changeantes, les plans. Les passages sont l’espace de croisement (comme l’on dit croiser quelqu’un), de nouvelle texture et la terre est lavée. La Terre s’exalte et s’exhale sur une toile de lin, la toile qui enveloppait les corps et maintenant tendue.
Couleurs. Comme là où les bêtes vont boire dans nos rêves, où placer la frontière entre les morts et les vivants ? Et à quel moment, à quel moment de la lumière ? Ici les couleurs ne sont pas innocentes : « selon la tradition juive, et premier homme et le premier mot, c’est « Adam » – adama adom , qui veut dire à la fois rouge et vivant. On ne peut pas faire non plus que la tonalité bleu/vert ne soit liée inversement à l’idée d’ombre et de mort. Le rouge dit la substance, cette autre tonalité introduit le doute, la corruption de la pensée claire et distincte [4] ». Mais le doute parle d’une quête, d’un espace et d’un « film », du film des évènements[5] – Alors le regard « part » mais dans le même temps est gardé. Le temps ici fait image.
Dimension. Chaque peintre choisit soigneusement les dimensions de son cadre. Ce n’est pas une attitude « formelle ». C’est qu’il s’agit de peser au mieux, au point crucial de présence/absence, les dimensions de l’écran qui rendent la peinture à sa vérité directe, à son illimité, là où « le regard s’ouvre devant les choses ». Là où se troue la nuit, là où le tableau dépasse ses dimensions, il faut cet écran. Le diable, lui, est transparent ; il ne respecte pas la frontière entre les morts et les vivants.
« Forme=manifestation de la forme » écrivait un jour Arnold Schönberg dans une lettre à Kandinsky. Les figures ont leur expression, mais comme la musique la peinture a sa manifestation , sa manifestation sensuelle, sa présence physique. La forme est son contenu manifeste. La peinture d’Anne Slacik est alors moins l’art des contrastes que celui de la fluidité, de la fluidité retenue. Les dimensions de ses tableaux contiennent leurs propres débordements.
Titres. Les tableaux ne sont pas sans titre (ainsi marquent-ils leur indépendance, mais aussi le lieu et l’heure). Si les tableaux portent un titre, ils résistent à leur utilisation selon la mode actuelle de la « contextualisation », cette mode pleine de préciosité sociologique, où les œuvres d’art ne sont considérées qu’en tant que meubles pour les commodités de l’exposition.
Que se passe-t-il dans un tableau ?
La modernité nous a invités à apprécier l’œuvre d’art non plus seulement comme « de la belle ouvrage » mais comme risque. Comme « conflit avec les forces nocturnes , comme affrontement avec le chaos invisible ». C’est en ces termes par exemple que Dominique Païni a pu définir la conception esthétique du cinéaste Jean Renoir[6]. L’œuvre parfois est alors simultanément macule et éclaircissement, allègement et densité, dévoilement et obscurcissement.
Ce qui se passe dans un tableau (et qui se passe comme on passe la terre) joue à une frontière paradoxale. Si la « frontière » frontale que suspend le tableau constitue une séparation, elle est aussi une zone de rencontre. C’est une frontière poreuse (ici « féminine » et non lieu de transgression « virile ») . La peinture a en propre cette capacité de porosité interne.
Les Annonciations du XIVeme siècle italien mettaient cela en scène admirablement, dans l’espace latéral du cadre : sacré/profane, extérieur/intérieur, clarté/mystère (du message et du destin, de l’évidence et de l’expectative). Dans tels paysages, de Gainsborough ou de Claude Le Lorrain, ce sont infiniment les premiers plans et arrières plans qui s’échangent et s’interpénètrent réciproquement. Ou bien ce sont les moments atmosphériques qui se « corrompent » : le jour est poreux à la nuit dans le crépuscule, la nuit poreuse au jour dans l’aurore. Certains monochromes des modernes ont une étrange profondeur intime qui semble prolonger l’effet optique et moral de la fraîcheur des fresques. Il n’y a guère que les croûtes trop vernies ou les aplats volontairement plats pour faire vraiment écran opaque et ne point se laisser intérieurement traverser.
Dans les tableaux d’Anne Slacik, la porosité que j’évoque tient aux couleurs (« la tonalité bleu/vert ») et à la légère granulation de l’ouvrage. Ce n’est pas un dispositif iconographique, mais une nature d’instabilité de la matière même, et une dérive des continents de couleur qui animent de temps la toile, de passage du temps. C’est ce que permet la recherche « abstraite » : le premier plan de l’artiste se trouve imprégné de passage du temps.
La peinture, la peinture en secret et de manière unique résister à la reproductibilité technique. Elle le fait encore aujourd’hui, au sein du XXIeme siècle, au moment où la reproduction technique des individus, sans doute bientôt ouverte, effectuée au grand jour, en masse, nous promet d’autres horreurs, hors de toute contemplation, quand l’action laborantine ne connaîtra plus de « temps morts ».
« Les lumières brûlent bleu »
Shakespeare, Richard III (acte V, 3)
Malraux répétait que les oeuvres d’art nous font échapper à la mort [7], et il disait : « La seule puissance égale aux puissances de la nuit, c’est la puissance inconnue et mystérieuse de l’immortalité ». De l’immortalité, nous ne sommes pas sûrs, mais par la peinture, du dialogue de la terre et des vivants. Dans une interview récente (« L’Evènement du Jeudi », 16 juin 1996), Jean Clair posait cette question : « que peut faire la peinture, sur quoi l’œil se repose, face à l’horrible que le regard évite ? ». J’avance une réponse, que je sais fragile, voire comique : justement la peinture appelle l’œil à se reposer là où elle contient l’horreur. Et c’est sa dignité, sa brûlure. Au moment où la pensée me quitte, je sens ma dépouille. Je ne sauve pas ma peau, mais au moment où ma pensée « intérieure » glisse dans l’inconscience, qu’elle m’échappe et me vide, je sens mon enveloppe dont, en une dernière lueur, je prends conscience. Une prière coranique dit aussi « quand les lumières s’obscurciront chacun saura ce que vaut son âme ».
Un peintre telle Anne Slacik ne peut avoir l’assurance du mystique[8],mais elle aussi pourtant connaît une « source inépuisable », inépuisable comme, près de chez elle, la carrière de terres colorées. Et si le temps fait dans son art image, il ne peut s’agir d’une de ces sèches images, trop visibles, dont la publicité télévisuelle soi-disant nous « abreuve ». Car dans le visible trop visible il n’y a rien à voir.
1997
[1] Georges Bataille disait cela du philosophe Hegel (in Deucalion, 1955) : « pour exprimer comme il convient la situation dans laquelle Hegel se fourra, sans doute involontairement, il faudrait le ton, ou du moins, sous une forme contenue, l’horreur de la tragédie. Mais les choses auraient bientôt une allure comique ».
[2] Mais que l’on considère seulement l’œuvre de Schönberg, La nuit transfigurée,et l’on se rappellera que cette résolution ne dure que le temps de l’ouvrage, et par la suite de ses motifs. Le titre, dans sa langue originale, dit d’ailleurs ver-klärte (processus d’éclaircie).
[3] V. Jean Clair, Eloge du Visible, Gallimard 1996 , p 133 sq.
[4] Jean Clair, op. cit., p 173
[5] Sur la quête la recherche d’un être à travers un paysage, Alain Bonfand a pu développer une analogie entre peinture et cinéma, entre certains tableaux de Clyfford Still et le western « The Searchers » (conférence à la cinémathèque du Palais de Chaillot, janvier 1996).
[6] Cf. Le cinéma, un art moderne, Cahiers du Cinéma 1997, p 109-121
[7] Elles ont, disait-il, ce caractère « à la fois simple et stupéfiant ». Comme si l’image avait quelque chose d’inimaginable.
[8] Saint Jean de la Croix : « car je sais bien, moi, la fontaine qui sourd et coule malgré la nuit ».
Dessein de modèle ( RC )
Quelques petites feuilles, je dois bien en avoir
Y a pas à chercher très loin….. je crois savoir
Que le ramage- vieil hibou – rime avec plumage
Que déjà mes mains t’entourent —- en douce cage
Aussi, si le mistral, en chantant sa chanson
t’a effeuillée , ce n’est pas grave , – revoilà les bourgeons
Que je peux faire en peinture suggérer, plante arrosée
D’aquarelle, couleurs rafraîchies, couperosée
Magicienne aux chouettes, cigognes et autres oiseaux
Voila une autre création, qui sort de mon chapeau
Contre moi, viendras te blottir, si tu frissonnes
A ma chaleur, —- ce n’est que début d’automne…
A te faire sortir des pages, tes textes
Sans frisson aucun dans un autre contexte
Allongée, déhanchée, toute la courbe de tes seins
Fleurira l’abricotier de vie; je te créerai en dessins.
RC - Avril 2012
Orhan Pamuk – peinture, vision, souvenirs

peinture: Georges de La Tour: Marie Madeleine à la veilleuse, vers 1640
« La peinture n’est que la recherche des souvenirs de Dieu
Dans le but de voir l’univers tel qu’il le voit »
Orhan Pamuk
-
Bleu Klein – (RC)

Yves Klein: table bleue... visible sur le blog de présentation artistique, bilingue , de Alain Truong
-
Insensible vêtement de notre vie,
Sensible apparence de notre vide
Un poids de bleu infinitésimal
D’un léger inter-sidéral
Et les modèles de Klein s’étalent
Des bleus frottés qui s’emballent
Moulages du firmament
Drapés – sans vêtement
La couleur n’est froide, que si on plonge dedans
Ou si , – féroce – à mordre à pleines dents…
-
RC 16 avril 2012
-
En écho à J Michel Maulpoix:
« L’air que nous respirons, l’apparence du vide sur laquelle remuent nos figures, l’espace que nous traversons n’est rien d’autre que ce bleu terrestre, invisible tant il est proche et fait corps avec nous, habillant nos gestes et nos voix. Présent jusque dans la chambre, tous volets tirés et toutes lampes éteintes, insensible vêtement de notre vie. »

Préparer le "tampon encreur"
Yves Klein, l’artiste, qui disait ‘ les tableaux ne sont que les cendres de mon art "
-
et je complète avec la première partie du texte de JM Maulpoix, qui dit;
"Le bleu ne fait pas de bruit.
C’est une couleur timide, sans arrière-pensée, présage, ni projet, qui ne se jette pas brusquement sur le regard comme le jaune ou le rouge, mais qui l’attire à soi, l’apprivoise peu à peu, le laisse venir sans le presser, de sorte qu’en elle il s’enfonce et se noie sans se rendre compte de rien.
Le bleu est une couleur propice à la disparition.
Une couleur où mourir, une couleur qui délivre, la couleur même de l’âme après qu’elle s’est déshabillée du corps, après qu’a giclé tout le sang et que se sont vidées les viscères, les poches de toutes sortes, déménageant une fois pour toutes le mobilier de ses pensées.
Indéfiniment, le bleu s’évade.
Ce n’est pas, à vrai dire, une couleur. Plutôt une tonalité, un climat, une résonance spéciale de l’air. Un empilement de clarté, une teinte qui naît du vide ajouté au vide, aussi changeante et transparente dans la tête de l’homme que dans les cieux."
Salomé aux mains douces (RC)

peinture: Lukas Cranach : Salomé & la tête de St Jean Baptiste
-
-
Salomé aux mains douces
En chevelure rousse
Joue peut-être les vautours
En habits de velours
Son visage est bien rose
Le tout, sans ecchymoses
Rose sans pétales
Et St Jean est pâle
Enfin, juste sa tête…
C’est après la fête
On s’est rempli la panse
Et la Salomé danse
Presque en transes, danse
Et…… mérite récompense
Afin que rien ne prive
Du spectacle , les convives
Et contribue à la fête
On amène le prophète…
Elle obtient la tête de Jean
Sur un plateau d’argent
Posée délicatement
Et presque joliment
A la manière d’un saucisson
( c’est la décollation)
L’opération est simple, elle consiste à séparer
Le corps de la partie supérieure, qui permet de penser
Bien sûr il y a quelques éclaboussures ,et c’est assez
Impressionnant, mais plus propre que de scalper…
—
Le peintre nous rapporte avec délices
Des instants inscrits en histoire– ce supplice…
Qui sont toujours délicats
Mais rendus en couleurs, en habits d’apparat
….. Aurait-elle tué le prisonnier
S’il n’avait eu les mains liées ?
Sa veste matelassée
En aurait été froissée !!
Ce qui serait dommage pour l’aventure
Et aussi, pour la peinture
Cà aurait fait un couac
…Même chez Cranach
St Jean est une "chose"
De celles qu’on dépose
Avec les gâteaux
Le tout sur un plateau…
Salomé en tailleur
A le regard ailleurs
Et semble bien encombrée
Par la lourde épée
Comme marteau et enclume
(avec son chapeau à plumes)
Calée dans son cadre
Comme à la parade
Un peu dégrisée
Son regard rusé
Qu’on voit au musée
N’a rien d’aiguisé..
Au jeu des horreurs
On y voit la mort
Venir rôder par ici
Et suivre les prophéties
…
Mais la peinture fascine
La foule jubile et assassine
Pâmoison, sensations, et adoration
En grandes files,pour voir l’exposition.
—
RC 2 avril 2012
-
le travers d’paradis Ophélie (RC)
Aux vérités de travers,
Il faut les remettre en place
Et au tain de la glace
Passer à travers
Sur les étendues gelées
C’est bien ce qui se passe
Lorsque la glace casse
Et se voit soulevée

Qui voit le paradis
Et nous en fait récit
Est dans doute rétréci
Parce que refroidi
C’est du plus bel effet
Même - traitement sévère
De passer derrière
L’image de ton reflet
Image concassée, brisures
Mais d’éclats boussures
En faire peinture,pâture,
C’est contre- nature
Et le calme revenu
J’nirai pas aboyer
Porter face de noyé
Mais – — Qu’est-il devenu ?
J’le trouve un peu pâli
D’avoir séjourné dans l’eau
Et s’être renversé ( çà c’est pas d’pot)
Avoir conversé (avec Ophélie)

La d’moiselle est belle
Elle a une quinte de toux
Ses cheveux sont roux
Et d’mes jambes se mêlent
Ophélie -pâlie-a- dit
Tu r’viendras demain
Mais là est mon jardin
C’est pas l ‘paradis
C’est pas ton domaine
Toi, et tes mystères
Ils sont bien sur terre
– Quel bon vent t’amène ?
Mais tu vas (céans) partir
Et sans plus discuter
Rejoindre l’autre côté
Où tu vas revenir !
Là n’est pas ta place
Chez les trépassés
Il te faut r’passer
D’laut’côté dla glace
C’est ainsi Madame
Qu’ainsi m’ revoilà
Dans votre belle villa
Juste après le drame
Chaqu’chose à sa place
Aux vérités d’travers
J’ai brisé du vers
Ce qui toujours agace
Ophélie flottante
Qu’a peint Waterhouse
C’est pas Mickey Mouse
Aux eaux miroitantes
D’mes yeux figés, jvois encore
Son beau miroir d’eaux
Qu’était plus qu’un seau
Où flottait en fleur de corps
Belle au milieu des plantes
Et les assiettes nénufars
Son visage, si blafard
Qui souvent me hante.
RC 2 fev 2012
—
et que je complète avec ce texte de Claude Ber:
—
Flaire le risque
s’est fourvoyée à pas de loup
rebrousse chemin d’un seul coup.
Ne récolte plus son blé
n’a plus rien à rire.
Fait volte-face et s’esquive
Est sortie du champ de mines
peut s’allonger sans risques dans ses cheveux
tisser ses nerfs
déplier son corps
desserrer ses lèvres
et ouvrir sa vie.
Un temps…
Claude Minière – volume et profondeur de la peinture
volume et profondeur de la peinture
cette invention
architecture de vent
invocation
immobile comme le rêve
où nous entrons sans mal
passant les plans de lumière, légers
que nous portons sur le dos
(itinéraire)
qui nous portent
comme l’air
avançant vers le rêve d’une cité heureuse
couleurs dans la douceur
violence qui brûle en pigments
comme une douleur assouplie
plis déployés allégés des figures et des corps
ne seraient plus déments
(les gens ne seraient plus démentis)
XI, comment être heureux - E X T R A I T S de L u c r è c e,
voir Les Carnets d’eucharis N°12 – septembre 2009
tes yeux, l’encre bleue (RC)
De tes yeux, l’encre bleue
Vient faire écho aux cieux
Ne reflètent pas le vide
D’un regard liquide
Un monde si furieux
En bosses et en creux
Révèle voiles et lumière
Colères et soufrières
Si le jeyser tout à coup crache
Des émotions qu’ils cachent
Tes yeux, quand ils se lâchent
Ne forment pas tache
Et sans obstacles la course
Des larmes prend sa source
Aux rebonds du passé
Que tu pensais cadenassé
J’irai tendre mes lèvres
Sur tes yeux en fièvre
Pour goûter avide
Ton azur liquide.
texte en rapport d’écho avec celui de JoBougon; larmes en cascade
Les gourmandises de Wayne Thiebaud ( RC)
Les écrits qui me touchent s’accompagnent volontiers de parcours en art. Je suis très attaché à l’expressionisme abstrait, mais aussi à certaines figures du pop américain ( Oldenburg, Larry Rivers….)
j’ai choisi aujourd’hui de composer "en direct", par rapport à des oeuvres de l’artiste peu connu -pour nous, européens -, mais aux délicieuses idées: Wayne Thiebaud
—
Les vitrines des boutiques
Sont toujours prolifiques
En notre période d’abondance
Se préparent fêtes et bombances
Dindes et marrons glacés
Sucreries malaxées
Des gâteaux, la pente
Suivent, dégoulinantes
Confitures et glaces
Appâts de la face
Beurres et crèmes
Parcours d’érythèmes
Cependant que famine
Résidus et vermine
Sont ce qui reste
De la fête indigeste
A ceux du désespoir
Dont vitrines font miroir
Du visage en creux
Des plus miséreux
Les couleurs bien tentantes
Des pâtisseries fondantes
Où le ventre se vautre
Seront pour les autres.
–
17 dec 2011
- peinture : Wayne Thiebaud – les pots peints 1990












