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Grand accord ( RC )


untitled1-05Peinture : John Haro  ( qui,  dans ses toiles  évoque  souvent la musique)

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Si tu joues la peinture,

Où la musique a son poids de corps

Et le cor, son poids de mots

Stridence des trompettes

Soutenu par le cuivre

Qu’enlace d’ombre

Le velouté de l’orchestre

Alors l’ocre, en crépuscule des bois

Flûtes et clarinettes

S’entoure de notes grises

Bientôt bues par le pourpre

Envahi de carmin

S’étendant aux confins du rouge

Sur le corps peint de la toile,

En grand accord majeur.

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RC – 7 avril 2013

( une  série  des peintures de John Haro, sont visibles  avec ce lien)

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If you play the painting,

Where the music has its own body weight

And the horn, its own weight of words

Shrillness of trumpets

Sustained by the copper

Embraced by shadows

The velvet of the orchestra

Then ocher, in twilight woods

Flutes and clarinets

Surrounded by gray marks

Soon consumed by the purple

Invaded with carmine

Extending the borders of the red

On the canvas’ painted body ,

In great major chord.

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James Sacré – Un mur s’est éboulé


135 fear_less

photo : dou_ble_you

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Un mur s’est éboulé
C’est comme des mots (mais tombés d’où ?)
La douceur du ciel continue son bleu
On dirait qu’on peut rêver
À travers les choses défaites, les trous du poème.

Quelquefois la campagne pense à la ville
à  cause de ses hangars chavirés)
Elle se sent le coeur tout contre
Un atelier (brique et verrière)
Au fond d’une impasse, les murs sont sales
Avec des traces de pisse et de peinture, une vieille
herbe.
Qu’est-ce qui s’effrite vraiment ?
Ni paysage ni poème, plutôt
(C’est difficile à dire) quelque chose
Comme une musique, à la ville dans la campagne,
Une musique, faut pas pousser !
Est-ce que c’est même un sourire ?
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James  Sacré   extrait  de  "Affaires  d’écritures"

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Claude Minière – Anne Slacik


Claude Minière   Dignité de la peinture (elle contient les lettres de la nuit)

Si je me représente cet univers sans l’homme, où le regard de l’animal est seul à s’ouvrir devant les choses, un animal n’est ni la chose ni l’homme, et la représentation que je suscite est aussi une absence de représentation. »

G. Bataille « Le pur bonheur »

 

L a peinture a parfois la beauté du rêve, où rien n’est encore séparé de la nuit. Mais elle est un rêve plus long que la nuit. Qui se place à l’endroit ( à l’endroit et à l’envers) d’une séparation. Le rideau sans s’ouvrir sur un spectacle s’ouvre, sans se déchirer se déchire .Et la peinture veille. Elle veille même lorsqu’elle dit que la nuit tombe. Sur quoi ? Que se passe-t-il à la frontière qu’elle tend ? Entre écran et traversée.

 

La peinture n’est pas une image. La peinture évidemment et au fond n’est pas qu’une image. Une flamme surgit ou glisse. Non un accroc, un signe, mais un « évènement » : comme le frétillement d’un poisson à la surface, une allumette dans la nuit, une fleur qui affleure … Quelque chose qui s’abstrait puis est réabsorbée dans l’œuvre. Mais cette « flamme » ne fait pas signe : il s’agit alors d’une peinture hors de l’utilité.

 

D’une peinture hors de l’utilité notre époque peut-elle, peut-elle encore faire l’expérience ? L’ « inutilité » fondamentale de la peinture est forcément redoublée dans la situation d’aujourd’hui puisque, dans un tableau aujourd’hui,privée de classicisme la peinture est toujours en puissance plutôt qu’apaisée. Cependant, sur une toile, dans une lente recherche tendue, dans une œuvre qui à la fois pense et oublie le sol et le ciel trop haut, la terre redevient la Terre et le Ciel, la terre exaltée s’ouvre à la Terre exhalée, un nuage passe devant la lune et le peintre (la peintre) s’avance vers es images qui ne sont pas seulement des images mais qui posent l’écran de leur traversée. C’est ici , c’est ici l’expérience intérieure, sombre, lumineuse et rieuse.

 

L’aporie – ou du moins la difficulté de penser la peinture – consiste en ce qu’elle se pratique et se donne aussi comme objet , image, un intérieur et une

 ex-tase. Comme site et poème. Quand nous faisons l’expérience de sa présence nous touchons aussi à son passé et à son avenir – qui nous échappent -, à son récit. Quand nous « l’entendons » nous devons à la fois accompagner ce qu’elle dit et garder son silence (Peignant, je « dis » l’être humain qui refuse la fusion, qui maintient la séparation). De la peinture il faut donc parler comme d’un objet,d’un faire, d’un travail et d’une réalisation ( il faut en parler en « matérialiste », en optimiste) et pourtant, autant qu’il s’agit d’une recherche et de l’esprit, d’une quête (et non d’un artisanat), elle a le côté tragique de tout engagement spirituel [1] .

 

Eclaircissements. La langue, d’une certaine manière la langue nous conduit vers la peinture et en prend le relais. Elle conduit la pensée vers la peinture du simple fait qu’elle propose les mots d’ « éclaircie » et d’ « éclaircissement » (de clairière et d’épiphanie). L’approche que pratique Anne Slacik cherche au fond sa tache et son éclaircie, qui ne pourraient être que musicalement une résolution[2]. Transfiguration de la figure, transsubstantiation  de la terre. Après quoi, le silence …La langue prend le relais de la peinture dans le temps où le regard avance et prend du recul (du retard).

 

Terre/toile. Anne Slacik peint terre sur toile. Qu’est-ce que cela veut dire cette longue transformation des matières naturelles, des pigments –qu’est ce que cela veut dire depuis l’origine ? Elle dit « ce n’est pas un rituel ». Ce n’est pas un rituel, mais les sables ocres sont puisés à la carrière (« près de chez moi », dit-elle) puis broyés, passés, tamisés, huilés, dispersés, adoucis en souci –le sable se désagrège et retrouve son intégrité (sa dignité). La « cuisine » propre à la peinture fait peur (c’est l’horreur !) mais il faut bien passer par elle quand on avance la question de la peinture, précisément, et non applique les procédés de la signalétique ou de la fabrication des images. Il est aujourd’hui des artistes qui pratiquent une répétition de la marque : une fois le dispositif bien en place, l’art pour le coup devient effectivement sans secret une affaire publique (je souligne). Ce dispositif, jusqu’à la dénégation évite la nuit et son éclaircie, évite l’angoisse, évite le risque de ce que dans la terre et son élaboration on pourrait y rester si cela ne se produisait pas (sortilège de la peinture) cette sortie, cette avancée-recul, ce drame qui porte l’accès à un je qui dans le même temps s’efface.

 

Incantation/incarnation. Cela « veut dire » une limite où le chant qui se diffuse est retenu dans son incarnation. A une torsion, un nœud où le dénouement (la diffusion) est à retarder. Union et discrétion. Ce qui vient est à retarder, ou à précipiter. La peinture ne connaît pas alors d’épargne, de réserve (elle n’est pas estampe) et ne circonscrit pas de figures. Il s’agit même de « dés-inscription ».

 

Couché/vertical/lavé. Cela veut dire probablement la possibilité de figurer. Mais aussi, dans une abstraction, la possibilité d’exalter la terre, la terre qui recueille les morts[3]. La terre poudreuse jetée retient, agrippe la fluidité du temps. Elle fait « passage » et son aspérité fixe et superpose les couleurs changeantes, les plans. Les passages sont l’espace de croisement (comme l’on dit croiser quelqu’un), de nouvelle texture et la terre est lavée. La Terre s’exalte et s’exhale sur une toile de lin, la toile qui enveloppait les corps et maintenant tendue.

 

Couleurs. Comme là où les bêtes vont boire dans nos rêves, où placer la frontière entre les morts et les vivants ? Et à quel moment, à quel moment de la lumière ? Ici les couleurs ne sont pas innocentes : « selon la tradition juive, et premier homme et le premier mot, c’est « Adam » – adama adom , qui veut dire à la fois rouge et vivant. On ne peut pas faire non plus que la tonalité bleu/vert ne soit liée inversement à l’idée d’ombre et de mort. Le rouge dit la substance, cette autre tonalité introduit le doute, la corruption de la pensée claire et distincte [4] ». Mais le doute parle d’une quête, d’un espace et d’un « film », du film des évènements[5] – Alors le regard « part » mais dans le même temps est gardé. Le temps ici fait image.

 

Dimension. Chaque peintre choisit soigneusement les dimensions de son cadre. Ce n’est pas une attitude « formelle ». C’est qu’il s’agit de peser au mieux, au point crucial de présence/absence, les dimensions de l’écran qui rendent la peinture à sa vérité directe, à son illimité, là où « le regard s’ouvre devant les choses ». Là où se troue la nuit, là où le tableau dépasse ses dimensions, il faut cet écran. Le diable, lui, est transparent ; il ne respecte pas la frontière entre les morts et les vivants.

 

« Forme=manifestation de la forme » écrivait un jour Arnold Schönberg dans une lettre à Kandinsky. Les figures ont leur expression, mais comme la musique la peinture a sa manifestation , sa manifestation sensuelle, sa présence physique. La forme est son contenu manifeste. La peinture d’Anne Slacik est alors moins l’art des contrastes que celui de la fluidité, de la fluidité retenue. Les dimensions de ses tableaux contiennent leurs propres débordements.

 

Titres. Les tableaux ne sont pas sans titre (ainsi marquent-ils leur indépendance, mais aussi le lieu et l’heure). Si les tableaux portent un titre, ils résistent à leur utilisation selon la mode actuelle de la « contextualisation », cette mode pleine de préciosité sociologique, où les œuvres d’art ne sont considérées qu’en tant que meubles pour les commodités de l’exposition.

 

Que se passe-t-il dans un tableau ?

La modernité nous a invités à apprécier l’œuvre d’art non plus seulement comme « de la belle ouvrage » mais comme risque. Comme « conflit avec les forces nocturnes , comme affrontement avec le chaos invisible ». C’est en ces termes par exemple que Dominique Païni a pu définir la conception esthétique du cinéaste Jean Renoir[6]. L’œuvre parfois est alors simultanément macule et éclaircissement, allègement et densité, dévoilement et obscurcissement.

 

Ce qui se passe dans un tableau (et qui se passe comme on passe la terre) joue à une frontière paradoxale. Si la « frontière » frontale que suspend le tableau constitue une séparation, elle est aussi une zone de rencontre. C’est une frontière poreuse (ici « féminine » et non lieu de transgression « virile ») . La peinture a en propre cette capacité de porosité interne.

 

Les Annonciations du XIVeme siècle italien mettaient cela en scène admirablement, dans l’espace latéral du cadre : sacré/profane, extérieur/intérieur, clarté/mystère (du message et du destin, de l’évidence et de l’expectative). Dans tels paysages, de Gainsborough ou de Claude Le Lorrain, ce sont infiniment les premiers plans et arrières plans qui s’échangent et s’interpénètrent réciproquement. Ou bien ce sont les moments atmosphériques qui se « corrompent » : le jour est poreux à la nuit dans le crépuscule, la nuit poreuse au jour dans l’aurore. Certains monochromes des modernes ont une étrange profondeur intime qui semble prolonger l’effet optique et moral de la fraîcheur des fresques. Il n’y a guère que les croûtes trop vernies ou les aplats volontairement plats pour faire vraiment écran opaque et ne point se laisser intérieurement traverser.

 

Dans les tableaux d’Anne Slacik, la porosité que j’évoque tient aux couleurs (« la tonalité bleu/vert ») et à la légère granulation de l’ouvrage. Ce n’est pas un dispositif iconographique, mais une nature d’instabilité de la matière même, et une dérive des continents de couleur qui animent de temps la toile, de passage du temps. C’est ce que permet la recherche « abstraite » : le premier plan de l’artiste se trouve imprégné de passage du temps.

La peinture, la peinture en secret et de manière unique résister à la reproductibilité technique. Elle le fait encore aujourd’hui, au sein du XXIeme siècle, au moment où la reproduction technique des individus, sans doute bientôt ouverte, effectuée au grand jour, en masse, nous promet d’autres horreurs, hors de toute contemplation, quand l’action laborantine ne connaîtra plus de « temps morts ».

 

« Les lumières brûlent bleu »

Shakespeare, Richard III (acte V, 3)

 

Malraux répétait que les oeuvres d’art nous font échapper à la mort [7], et il disait : « La seule puissance égale aux puissances de la nuit, c’est la puissance inconnue et mystérieuse de l’immortalité ». De l’immortalité, nous ne sommes pas sûrs, mais par la peinture, du dialogue de la terre et des vivants. Dans une interview récente (« L’Evènement du Jeudi », 16 juin 1996), Jean Clair posait cette question : « que peut faire la peinture, sur quoi l’œil se repose, face à l’horrible que le regard évite ? ». J’avance une réponse, que je sais fragile, voire comique : justement la peinture appelle l’œil à se reposer là où elle contient l’horreur. Et c’est sa dignité, sa brûlure. Au moment où la pensée me quitte, je sens ma dépouille. Je ne sauve pas ma peau, mais au moment où ma pensée « intérieure » glisse dans l’inconscience, qu’elle m’échappe et me vide, je sens mon enveloppe dont, en une dernière lueur, je prends conscience. Une prière coranique dit aussi « quand les lumières s’obscurciront chacun saura ce que vaut son âme ».

Un peintre telle Anne Slacik ne peut avoir l’assurance du mystique[8],mais elle aussi pourtant connaît une « source inépuisable », inépuisable comme, près de chez elle, la carrière de terres colorées. Et si le temps fait dans son art image, il ne peut s’agir d’une de ces sèches images, trop visibles, dont la publicité télévisuelle soi-disant nous « abreuve ». Car dans le visible trop visible il n’y a rien à voir.

1997

 

 


[1] Georges Bataille disait cela du philosophe Hegel (in Deucalion, 1955) : « pour exprimer comme il convient la situation dans laquelle Hegel se fourra, sans doute involontairement, il faudrait le ton, ou du moins, sous une forme contenue, l’horreur de la tragédie. Mais les choses auraient bientôt une allure comique ».

[2] Mais que l’on considère seulement l’œuvre de Schönberg, La nuit transfigurée,et l’on se rappellera que cette résolution ne dure que le temps de l’ouvrage, et par la suite de ses motifs. Le titre, dans sa langue originale, dit d’ailleurs ver-klärte (processus d’éclaircie).

[3] V. Jean Clair, Eloge du Visible, Gallimard 1996 , p 133 sq.

[4] Jean Clair, op. cit., p 173

[5] Sur la quête la recherche d’un être à travers un paysage, Alain Bonfand a pu développer une analogie entre peinture et cinéma, entre certains tableaux de Clyfford Still et le western « The Searchers » (conférence à la cinémathèque du Palais de Chaillot, janvier 1996).

[6] Cf. Le cinéma, un art moderne, Cahiers du Cinéma 1997, p 109-121

[7] Elles ont, disait-il, ce caractère « à la fois simple et stupéfiant ». Comme si l’image avait quelque chose d’inimaginable.

[8] Saint Jean de la Croix : « car je sais bien, moi, la fontaine qui sourd et coule malgré la nuit ».


Dessein de modèle ( RC )


dessin perso – nu Mu ( d’après dessin d’Arthémisia)         mai 2011

Quelques petites feuilles,       je dois bien en avoir
Y a pas à chercher très loin…..        je crois savoir
Que le ramage- vieil hibou – rime avec   plumage
Que déjà mes mains t’entourent —- en douce cage

Aussi, si le mistral,                   en chantant sa chanson
t’a effeuillée  , ce n’est pas grave ,  – revoilà les bourgeons
Que je peux faire en peinture suggérer, plante arrosée
D’aquarelle, couleurs rafraîchies, couperosée

Magicienne aux chouettes, cigognes et autres oiseaux
Voila une autre création, qui sort de mon chapeau
Contre moi, viendras te blottir, si tu frissonnes
A ma chaleur, —-    ce n’est que début d’automne…

A te faire sortir des pages,   tes textes
Sans frisson aucun dans un autre contexte
Allongée, déhanchée, toute la courbe de tes seins
Fleurira l’abricotier de   vie; je te créerai en dessins.

RC  -  Avril 2012


Orhan Pamuk – peinture, vision, souvenirs


 

peinture:                           Georges de La Tour:                   Marie Madeleine à la veilleuse, vers 1640

 

 

 

« La peinture n’est que la recherche des souvenirs de Dieu

Dans le but de voir l’univers tel qu’il le voit »

 

 

                               Orhan Pamuk

 

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Bleu Klein – (RC)


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Insensible vêtement de notre vie,

Sensible apparence  de notre vide

Un poids de bleu infinitésimal

D’un léger inter-sidéral

Et les modèles de Klein  s’étalent

Des bleus frottés qui s’emballent

Moulages  du firmament

Drapés – sans  vêtement

La couleur n’est  froide, que si on plonge dedans

Ou si ,  – féroce  – à mordre à pleines dents…

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RC  16 avril 2012

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En écho à J Michel Maulpoix:

« L’air que nous respirons, l’apparence du vide sur laquelle remuent nos figures, l’espace que nous traversons n’est rien d’autre que ce bleu terrestre, invisible tant il est proche et fait corps avec nous, habillant nos gestes et nos voix. Présent jusque dans la chambre, tous volets tirés et toutes lampes éteintes, insensible vêtement de notre vie. »

 

 

Préparer le "tampon encreur"

 

Yves Klein, l’artiste, qui disait ‘ les tableaux ne sont que les  cendres de mon art "

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et je complète avec la première partie du texte de JM Maulpoix, qui dit;

"Le bleu ne fait pas de bruit.

C’est une couleur timide, sans arrière-pensée, présage, ni projet, qui ne se jette pas brusquement sur le regard comme le jaune ou le rouge, mais qui l’attire à soi, l’apprivoise peu à peu, le laisse venir sans le presser, de sorte qu’en elle il s’enfonce et se noie sans se rendre compte de rien.

Le bleu est une couleur propice à la disparition.

Une couleur où mourir, une couleur qui délivre, la couleur même de l’âme après qu’elle s’est déshabillée du corps, après qu’a giclé tout le sang et que se sont vidées les viscères, les poches de toutes sortes, déménageant une fois pour toutes le mobilier de ses pensées.

Indéfiniment, le bleu s’évade.

Ce n’est pas, à vrai dire, une couleur. Plutôt une tonalité, un climat, une résonance spéciale de l’air. Un empilement de clarté, une teinte qui naît du vide ajouté au vide, aussi changeante et transparente dans la tête de l’homme que dans les cieux."


Salomé aux mains douces (RC)


peinture: Lukas Cranach : Salomé & la tête de St Jean Baptiste

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Salomé aux mains  douces

En chevelure rousse

Joue peut-être les vautours

En habits de velours

 

Son visage est bien rose

Le tout, sans ecchymoses

Rose sans pétales

Et St Jean est pâle

 

Enfin, juste  sa tête…

C’est après la fête

On s’est rempli la panse

Et la Salomé danse

 

Presque en transes, danse

Et…… mérite récompense

Afin que rien ne prive

Du spectacle , les convives

 

Et contribue        à la fête

On amène    le prophète…

Elle obtient la tête de Jean

Sur un plateau d’argent

 

Posée  délicatement

Et presque joliment

A la manière d’un saucisson

( c’est la décollation)

 

L’opération est simple, elle consiste à séparer

Le corps de la partie supérieure, qui permet de penser

Bien sûr il y a quelques  éclaboussures ,et c’est assez

Impressionnant, mais plus propre que de scalper…

 

Le peintre nous rapporte   avec délices

Des instants inscrits en histoire– ce  supplice…

Qui sont  toujours délicats

Mais rendus en couleurs, en habits d’apparat

 

…..       Aurait-elle tué le prisonnier

S’il n’avait eu les mains liées ?

Sa veste matelassée

En aurait été froissée !!

 

Ce qui serait dommage pour l’aventure

Et aussi, pour la peinture

Cà aurait fait un couac

…Même chez Cranach

 

St Jean est une  "chose"

De celles  qu’on dépose

Avec les gâteaux

Le tout sur un plateau…

 

Salomé en tailleur

A le regard  ailleurs

Et semble bien encombrée

Par la lourde épée

 

Comme marteau et enclume

(avec son chapeau à plumes)

Calée dans  son cadre

Comme à la parade

 

Un peu dégrisée

Son regard rusé

Qu’on voit au musée

N’a rien d’aiguisé..

 

Au jeu des horreurs

On y voit la mort

Venir rôder par ici

Et suivre les prophéties

Mais la peinture fascine

La foule jubile et assassine

Pâmoison, sensations, et  adoration

En grandes files,pour voir l’exposition.

RC   2 avril 2012

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le travers d’paradis Ophélie (RC)


Aux vérités  de travers,
Il faut les remettre en place
Et au tain  de la glace
Passer à travers

Sur les  étendues gelées
C’est bien ce qui se passe
Lorsque la glace casse
Et se voit soulevée


Qui voit le paradis
Et nous en fait récit
Est dans  doute rétréci
Parce que refroidi

C’est du plus bel effet
Même -  traitement sévère
De passer derrière
L’image de ton reflet
Image concassée, brisures
Mais d’éclats boussures
En faire peinture,pâture,
C’est contre- nature

Et le calme  revenu
J’nirai pas aboyer
Porter face de noyé
Mais  –                    — Qu’est-il devenu ?

J’le trouve un peu                         pâli
D’avoir séjourné                 dans l’eau
Et s’être renversé ( çà c’est pas d’pot)
Avoir conversé            (avec Ophélie)

La d’moiselle est belle
Elle a une quinte de toux
Ses cheveux sont roux
Et d’mes jambes se mêlent

Ophélie            -pâlie-a- dit
Tu r’viendras demain
Mais là est         mon jardin
C’est pas l                ‘paradis

C’est pas ton domaine
Toi, et tes mystères
Ils sont bien sur terre
–           Quel bon vent t’amène ?

Mais tu vas  (céans) partir
Et            sans plus discuter
Rejoindre         l’autre côté
Où tu vas revenir !

Là n’est pas ta place
Chez les trépassés
Il te faut r’passer
D’laut’côté dla glace

C’est ainsi Madame
Qu’ainsi  m’ revoilà
Dans votre belle villa
Juste après le drame

Chaqu’chose à sa place
Aux vérités  d’travers
J’ai brisé du vers
Ce qui toujours agace

Ophélie flottante
Qu’a peint Waterhouse
C’est pas Mickey Mouse
Aux eaux miroitantes

D’mes yeux figés, jvois encore
Son beau miroir d’eaux
Qu’était plus qu’un seau
Où flottait en fleur de corps
Belle au milieu des plantes
Et les assiettes nénufars
Son visage, si blafard

Qui souvent me hante.

RC  2 fev 2012

et  que je complète  avec ce texte  de Claude Ber:

Flaire le risque

s’est fourvoyée à pas de loup

rebrousse chemin d’un seul coup.

Ne récolte plus son blé

n’a plus rien à rire.

Fait volte-face et s’esquive

Est sortie du champ de mines

peut s’allonger sans risques dans ses cheveux

tisser ses nerfs

déplier son corps

desserrer ses lèvres

et ouvrir sa vie.

Un temps…


Claude Minière – volume et profondeur de la peinture


 

peinture; Richard Diebenkorn: ciseaux

 

 

 

 

 

 

 

volume et profondeur de la peinture

cette invention

            architecture de vent

                                   invocation

 

immobile comme le rêve

            où nous entrons sans mal

passant les plans de lumière, légers

            que nous portons sur le dos

                                   (itinéraire)

qui nous portent

            comme l’air

avançant vers le rêve d’une cité heureuse

couleurs dans la douceur

            violence qui brûle en pigments

comme une douleur assouplie

            plis déployés allégés des figures et des corps

ne seraient plus déments

            (les gens ne seraient plus démentis)

 

XI, comment être heureux  -  E X T R A I T S de L u c r è c e,

voir  Les Carnets d’eucharis N°12 – septembre 2009


tes yeux, l’encre bleue (RC)


 

 

 

 

peinture perso: détail Big heart - huile sur toile

De tes yeux, l’encre bleue
Vient faire écho aux cieux
Ne reflètent pas le vide
D’un regard liquide

Un monde si furieux
En bosses et en creux
Révèle voiles et lumière
Colères et soufrières

Si le jeyser tout à coup crache
Des émotions qu’ils cachent
Tes yeux, quand ils se lâchent
Ne forment pas tache

Et sans obstacles la course
Des larmes prend sa source
Aux rebonds du passé
Que tu pensais cadenassé

J’irai tendre mes lèvres
Sur tes yeux en fièvre
Pour goûter avide
Ton azur liquide.

 

texte  en rapport d’écho avec celui de JoBougon; larmes en cascade


Les gourmandises de Wayne Thiebaud ( RC)


Les  écrits  qui me touchent  s’accompagnent volontiers  de parcours  en art.   Je  suis très attaché  à l’expressionisme abstrait, mais aussi  à certaines figures  du pop américain  ( Oldenburg, Larry Rivers….)

j’ai choisi  aujourd’hui  de composer  "en direct",  par  rapport  à des  oeuvres  de l’artiste  peu connu -pour nous, européens -, mais  aux  délicieuses  idées:  Wayne Thiebaud

Les  vitrines des boutiques

Sont  toujours prolifiques

En notre période d’abondance

Se préparent fêtes  et bombances

 

Dindes et marrons glacés

Sucreries malaxées

Des gâteaux, la pente

Suivent, dégoulinantes

 

Confitures et glaces

Appâts de la face

Beurres et crèmes

Parcours d’érythèmes

 

Cependant que famine

Résidus et vermine

Sont ce qui reste

De la fête indigeste

 

A ceux du désespoir

Dont vitrines font miroir

Du visage  en creux

Des plus miséreux

 

Les couleurs bien tentantes

Des pâtisseries fondantes

Où le ventre se vautre

Seront pour les autres.

 

17 dec 2011

peinture :           Wayne Thiebaud –       les pots peints  1990

Lascaux, un lieu de conte et de magies ( RC)


art préhistorique : Vénus d'abondance

 

En réponse  à l’article  récent  d’Arthémisia

 

 

 

C’est un lieu retiré

Il est au coeur d’une falaise

C’est un lieu obscur

Au silence de coquille

C’est un lieu secret

Que les hommes envoûtent

C’est un lieu voûté

Aux piliers incertains

C’est un lieu obscur

Que les hommes ont peint

C’est un lieu sacré

Pour croire en l’avenir

C’est un  lieu enfumé

Par des morceaux de lumière

Qui tremblotent de leur suif

Au moindre courant d’air

C’est un lieu magique

Habité par la chasse

Les entrelacs des bois de rennes

Les chevaux superposés

C’est un lieu d’espoir

Abritant les croyances

Et qui s’offre à nos yeux

De très lointains descendants

 

peinture préhistorique: grotte de Niaux Ariège

 

 

montage perso - 2001

 


Installé sur ton arbre (RC)


En réponse à  "cette nuit…",  le poème d’Adeline  que l’on peut  lire ici…

 

 

art: Pierre Alechinsky

 

 

Comme  je  voletais  de ci de là
J’ai trouvé l’espace libre et je m’y suis mis
Installé  sur ton arbre, la branche amie
Elle  était douce, moelleuse comme matelas

L’automne  avait déserté le deuil
Les couleurs  étaient en tapis de peinture
Autour de ton tronc, belle garniture
Le vieux  chêne  gardant quand même quelques feuilles

La baie  s’appelera aurore
Au mystère  d’écriture je te lirai
Et d’un grand orage je m’ennivrerai
Aux pages feuilletées, il sera décor.


Jean-Jacques Dorio et son hommage à Mirò – 2 – LE CREPUSCULE AUX DOIGTS DE ROSE


Miro, Constellation 21
Le crépuscule rose caresse les femmes et les oiseaux

LE CREPUSCULE AUX DOIGTS DE ROSE

LE CRÉPUSCULE ROSE CARESSE LES FEMMES ET LES OISEAUX
Les oiseaux sont des flammes qui raniment le printemps
Le printemps en hiver sous l’amandier sans fleurs
Cent fleurs et mille épines qui déchirent nos vies
Nos vies à l’eau de rose à l’eau de purin à l’eau de vie
L’eau de vie où la part des anges n’est pas faite pour les chiens
Les chiens qui lèchent nos arpèges et nos mains que caressent le concert des Constellations
quand le crépuscule est rose
et caresse d’un geste auroral
les femmes et les oiseaux

du blog poétique  et inspiré d’art  de Jean-Jacques: 


que le soleil éclaire mes nuits – Rahma ZERAÏ


Toujours de Rahma  ZERAÏ          ( ouvrage -recueil, anthologique    "Dans tous les sens" )

J’aimerais  que le soleil éclaire mes nuits pour voir les couleurs  de l’obscurité, et que la lune cesse d’être lunatique, que les fous raisonnent les sages, que le discours des animaux fasse taire les humains, que les racines voient le jour, que le silence résonne.

oeuvre de la tate gallery london ---------- Grant Duncan

Je suis le silence qui parle
l’orage qui ne mouille pas
j’attends ceux qui ne reviennent  jamais
mes racines sont  hors de terre
je suis le pont entre deux rives
je suis la colère qui ne gronde pas
je suis l’hiver en plein été
je suis le volcan du fond  de l’océan


nuits de coton — un presque haiku (RC)


Nuit de coton, Lit, mon ami
Ecrits du noir, mes yeux clos
Papier d’âme  au  repos

Avec  "basse continue"   acrylique  sur papier 1989


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