Guy Goffette – Maintenant c’est le noir

peinture: Franck Stella
Les mots c’était hier
dans le front de la pluie
à la risée des écoliers qui
traversent l’automne et la
littérature
comme l’enfer et le paradis
des marelles
Tu prêchais la conversion pénible
des mesures agraires
à des souliers vernis
des sabreuses de douze ans
qui pincent le nez des rues
et giflent la pudeur
des campagnes étroites
Tu prêchais dans les flammes
du bouleau du tilleul
à des glaciers qui n’ont
pas vu la mer encore
et qui la veulent tout de suite
et qui la veulent maintenant
Maintenant c’est le noir tu
changes un livre de place
comme s’il allait dépendre
de ce geste risible en soi
que le chant hyperbole de la poésie
–› "maintenant c’est le noir"
–› impuissance créatrice,
d’où l’hésitation
entre poésie et prose te revienne
et détourne enfin
avec la poigne de la nuit
le cours forcé
de ta biographie
-
Dylan Thomas – Et la mort n’aura pas d’empire
-

peinture: Mark Rothko
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- Les morts nus feront foule
- Avec l’homme dans le vent et la lune rousse ;
- Quand leurs os blanchiront et leurs os blancs partiront,
- Ils auront des étoiles au coude et au pied ;
- Même s’ils sont fous, ils seront sains d’esprit,
- Même s’ils sont perdus en mer, ils reviendront ;
- Les amoureux seront égarés mais l’amour restera;
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- Sous les rouleaux de la mer
- Ils demeureront à l’abri de la tourmente ;
- Torturés pour que lâchent leurs nerfs,
- Attachés à une roue, ils ne cèderont pas ;
- La foi en leurs mains éclatera,
- Et les diables cornus les piétineront ;
- Écartelés de toute éternité, ils ne céderont pas ;
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- Plus aucun cri de mouette à leurs oreilles
- Ou le déferlement des vagues sur les rivages ;
- Où la fleur s’épanouit peut-être qu’aucune fleur
- Ne lèvera son front aux coups de la pluie ;
- Bien qu’ils soient fous et raides comme des clous,
- Leurs têtes laboureront les champs de marguerites ;
- Brisés par le soleil jusqu’à ce que le soleil se brise,
- Et la mort n’aura pas d’empire.
- -
Ce voyage trop long ( RC )
-
Ce voyage trop long,
S’évente dans la pluie
Des rayons de suie,
Que nous emportons
A chacun sa vérité
Des cœurs rayés,
- Les rues balayées
Tracées de sévérité.
Vivant chacun son temps,
– Le souvenir du bonheur,
Loin des yeux, loin du port
Mais qu’occupent d’important,
Les mains écartées,
Au-delà de l’acceptable,
Et qui laissent filer le sable
Du temps décompté.
Les trop-pleins des larmes,
Souvenirs et misère
D’amour, pauvre salaire,
Et l’adieu aux armes
Sous le soleil qui fuit
Aux lointains inhumés
— Telle que je t’ai aimée…
Où es-tu aujourd’hui ?
-
RC - 6 avril 2013
-

dessin: mécanisme des ailes du coq ( horloge astronomique ,Cathédrale de Strasbourg) Dessin A. et T. Ungerer
Je ne te vois pluie ( RC )

photo Electroluminescence [Cee]
Contre le mur, tu as tourné la tête
Une lourdeur tropicale,
Et les nuages s’écrasent
Aux éclats des ardoises
De la ville
On dirait qu’aux assauts du temps
Elle jouerait -rebelle-
Opposant la pierre et le bitume
Aux rideaux d’argent,
Le fluide.
Rebondit, aux fleurs noires
Les parapluies qui se hâtent,
Et la rue qui tangue
Sous un ciel plomb
Et l’horizon qui s’échappe.
Même les bruits courants,
Sont bus en cascade,
Et les paroles se sont tues
Derrière un rideau translucide
—-C’est l’eau me dis-tu.
Sans les paroles, enfin, ce que je lis
De la forme de tes lèvres.
-
Oui l’eau —-( bien sûr, quand il pleut )
Mais aucun son ne me vient
Tu me parles, et je n’entends rien.
Et même, tu rétrécis
Et te fonds dans le mur gris
Les vêtements humides
Et sous le parapluie.
Tu as tourné la tête….
—
Je ne t’entends plus
Je ne te vois pluie…
-
RC – 27 février 2013
Zbigniew Herbert – Un nuage rouge
Un nuage rouge de poussière
provoqua cet incendie –
le coucher de la ville
au-delà de l’horizon
il faut abattre
encore une cloison
encore un choral de brique
pour effacer la douloureuse cicatrice
entre l’œil et le souvenir
les ouvriers du matin
avec leur café au lait et leurs journaux bruissant
ont ranimé l’aube et la pluie
qui tinte dans les gouttières de l’air sans vie
avec un filin d’acier
dans un silence chargé
ils hissent le pavillon
d’un espace déblayé
le nuage de poussière rouge retombe
passage du désert
à la hauteur des étages disparus
ont surgi des fenêtres hors de leur cadre
quand s’effondrera
la dernière pente
le choral de brique tombera
rien ne ruine les rêves
de la ville qui fut
de la ville qui sera
qui n’est pas
-
Astrid Waliszek – Tu dors ?
-
Tu dors ?
Astrid Waliszek ©
Cathy Garcia – Serre-gorge
La pluie laisse des copeaux
au creux des abreuvoirs
Les yeux des oiseaux le disent
le ciel devient trop noir
Octobre enragé déchire les arbres
cochés de rouge les crapauds pleurent
sur la vieille margelle
tu le sais
jamais tu ne retourneras
sur tes pas
ou ceux d’un autre
et ta main lasse
s’entrouvre
pour laisser couler
la miellée
les regrets se laissent compter
un par un
à ton serre-gorge
tu sais
le sang
l’aube
la fêlure du regard
où s’engouffre
la lumière
et sur le trou sur le
manque
tu poses la première syllabe
d’un nouveau cycle
de sable
tu sais
tu sais la roue qui
éparpille
dissout
tu sais l’alternance
la vanité
puis tu oublies
et courbée sur l’enclume
commences à forger
ton prochain
serre-gorge
————
-
Seyhmus Dagtekin – Le versant obscur des corbeaux
–
LE VERSANT OBSCUR DES CORBEAUX
Ton beau tombeau
Et le regard déchiffré de cette vierge qui coule dans mes rêves
Comme si j’étais revenu de mes morts et de mes naissances
Comme si je sortais de tes bouches charnues vers ma pupille grisée dans la vue
de mes semblables
Avec cette soudaine déchirure de ma vessie jugulaire
Et ce bonheur qui transpercera mes larmes avec un orage de fin d’été
Ma voix sautille dans l’espace ténu des jours
bondit sur les joues de cette beauté éphémère qui m’hallucine
et retombe creuser le tombeau de ma chair
Je prends la vie de cet ange, je piétine, je me piétine
Mais je reste à la porte de la vie de cet ange
Son regard dans mon regard, sa bouche entrouverte à la pluie
qui traverse le ciel en lambeaux de ces enfances hachurées
Je me brûle la langue au seuil de ton cœur
Dans la douceur de l’ange sous une pluie sans ciel
Comme une profondeur de lumière dans la profondeur de ton cœur;
-
illustration Carole Collaudin
–
Seyhmus Dagtekin auteur kurde a obtenu le prix Mallarmé 2007 pour son dernier livre,
"Juste un pont sans feu", paru au Castor Astral.
-
Ghost Pig – Tes yeux planaient
Tes yeux planaient sur des nefs de pluie grise,
Peuple d’ouragan et d’océan sans églises.
Tes yeux à la semblance d’un goéland,
Libres et mobiles, blancs.
Beaucoup plus bas, contre l’île, ressacs, marées.
Le capitaine fracasse a déserté le cerisier,
Les crabes rouges, et le cidre doux.
Bien au-delà les papous adorent leur idole,
Pylone de basalte crachant du feu sur le sol.
Au matin dans la clairière,
L’Enfant joue dans la lumière.
-
Lambert Savigneux – l’autre jour
l’autre jour
(publié dans les regards d’Orion)
la pluie de l’autre jour à fait briller les tiges
je t’ai vu sous les nuées d’eau
tout à l’heure la douceur remuait la terre
le vert boit les gouttes
sous les arbrisseaux les feuilles font un toit pour l’oiseau
le vent rafraichit la peau
mais aujourd’hui la chaleur flatte le ventre
de la pluie il ne reste rien
du ciel obscurci je ne vois que le bleu
et l’avion qui va à Tokio
Miquel Marti i Pol – Vingt-sept poèmes en trois temps

photo: troupes franquistes arrivant à Barcelone – février 1939
Rimes de murs ( RC )

Il y a sur les murs , tant de portraits,
Tout en sourires, sûrs d’eux, rieurs
Ils nous promettent, les jours les meilleurs
Notre choix sera le bon, et au plus-que-parfait
A voir, ce que prédisent les partis, en futur
De l’aujourd’hui , demain sera toujours mieux,
La politique parle au peuple, en ces lieux
…. ainsi les murs … murmurent
Souhaitez vous une vie moins étroite ?
Mettez le cap à droite
Construire le pays, en dessiner l’ébauche ?
Tournez donc à gauche …
Puis les années passent, on retrouve de vieilles affiches
Dont il reste des lambeaux, délavés par la pluie
Les discours se sont tus, emportés par le bruit
Après les élections, … restent les champs en friche
RC – 4 octobre 2012
-
Anna Niarakis – Atterrissage

peinture: aquarelle 22, de Annik Reymond, voir son site:
Atterrissage
Moi. Que la pluie.
Restée à tordre cigarettes
la solitude sous une
lampe de la municipalité.
Brisée.
Goutte à goutte à passer
de l’inexistence
A la lumière de dôme
puis à nouveau dans le néant.
Chaque fois que les nuages sont pressés
secrètement dans le poussage de la nuit
je recherche anxieusement d’une lampe brisée.
Avec l’espoir de me revois
briller faible, dissoute
dans un passage éphémère
avant l’atterrissage.
-
-
José Emilo Pacheco – Les éléments de la nuit
Les éléments de la nuit
.
Sous le plus petit empire que l’été a rongé
s’écroulent les jours, la foi, les prévisions.
Dans la derniére vallée
la destruction s’assouvit
dans des villes vaincues que la cendre affronte.
La pluie éteint la forêt illuminée par l’éclait.
La nuit laisse son venin.
Les mots se brisent contre l’air.
.
Rien ne se restitue,
Rien n’accorde
La verdeur aux champs calcinés.
.
Ni l’eau dans son exil
Ne retournera à la fontaine
Ni les os de l’aigle
Ne retourneront â ses ailes.
-
.
On n’invente plus la pluie (a) – (RC)
On n’invente plus la pluie
Au seuil d’une progression lente
Ne donnant de notre passage
Que l’assentiment des fleurs
Marquant l’aujourd’hui,
D’une fin de journée en descente,
Des soleils rebondissent encore aux étages
Posés en équilibre de hauteur
La journée s’est faite poussière
A mesure qu’elle décline,
Aux portes de la ville
Derrière les panneaux de la route
Les publicités vantant la bière
Aux couleurs alcalines
Quand les ombres s’effilent
Et filent, vers le troupeau qui broute
RC – 18 août 2012
Patrick Laupin – La rumeur libre
La rumeur libre
Salué par les armes de la pluie
et de la peur
on ne peut pas défaire la folie
meurtrière du monde
si j’aime encore quelque chose
c’est tout juste
les pierres et la lumière
des visages inconsolés d’univers
des sols errants en mal de preuve
étymologique
le cri du milan pilleur d’épreuve
l’illuminante pitié pétrifiée
des oiseaux de l’orage
leur détresse leur désarroi
dans l’aube
le malheur donné pour personne
la foule incarnée du mensonge
tout ce qui n’existe pas
celle qui se jeta de si haut
et détruisit en une seule fois
le lien unique qui la liait
au soleil
tes yeux ravin d’averse
le péril d’or cru dans la lumière
une sainte pitié dans les églises
de pierre
le manège machinal des arbres
sous les remparts
le mal d’aurore ébloui dans l’aube
unique délivrance
des noms de ville très loin
très seul dans leur sainte
sévérité lasse
Valparaiso Vancouver
un coeur couvert et muet
qui ne s’explique pas
des cimes à mi-chemin
la terre et la lumière
dont je ne dis rien
des roseaux sans geste
le grand ciel lavé des eaux
dans la pâleur usée d’octobre
des linges esseulés dans la magie
blanche du matin
le grésil des syllabes
reposoir ému de mes pas
le brûleur qui passe d’un trait
c’est rapide impitoyable au coeur
déchire collines au temps rompu
et l’once friable des ciels de marne
ce mal infini fermé terrestre
vingt mille mineurs en grève descendant
à pied le bassin houiller des Cévennes
des livres de métaphysique sacrés
dans le désordre de mon esprit
Jacob Boehme Vico Giordano Bruno
le cimetière où tu reposes
l’immense peine et la fatigue de ceux
qui désirent encore vivre
le roc inamovible de l’été
le prieuré rose sur le chemin
du val d’Aoste
cette route départementale bordée
d’arbres où je reste
la craie murée qui pense
et le bruit d’eau claire précipitée
dans la rivière froide
ton visage à la lumière du torrent
quelque règles d’or équanimité parfaite
Rimbaud obstiné et tendre définitivement
enragé « écrire maintenant jamais
je suis en grève »
on massacre à Satory
Louise Michel est déportée à Cayenne
Saint-Just immobile et silencieux deux heures
durant le discours du neuf Thermidor
« je voudrais vous parler mais quelqu’un
cette nuit a flétri mon coeur »
il sera guillotiné le lendemain
les grands poètes espagnols qui ont donné
leur écriture et n’ont pas eu peur
Miguel Hernandez Antonio Machado Gabriel Celaya
« La poésie est une arme chargée de futur »
Blas de Otero unique douleur de parler clair
« Je demande la paix et la parole
j’ai dit justice Océan Pacifique etc. »
Germain Nouveau devenu mendiant sur les routes
du Sud sa doctrine de l’amour
le vieux Cézanne lui fera l’aumône longtemps
sur le parvis de l’église d’Aix-en-Provence
et le visage de mon frère que j’aime encore
par les larmes
la brûlure de chaux vive aux portes de l’usine
la douleur physique de ce qui a péri
avec le rythme.
In La rumeur libre, Éditions de l’Aube
.
.
A. Bonois – Ta voix cueillie ce soir
Le calme à l’entour frise le parfait
Investit
Mon espace d’antinomies
Je renonce
À écouter haleter la nuit
Où est-ce toi
Qui murmure et se tait
Cette aubade de la pluie
Comment séparer le silence
De ta voix
Qui se mue en fleuve d’absence
Folie ma folie
En vain
Ton regard aux lointains
Scrute sa nostalgie
Ce temps est à la gravité
Quand l’allègre déraison
Se situe ailleurs
Où valsent les saisons
Et les lascives fleurs
Au milieu du passé…
Et voici que ta voix
Au bord de la mémoire
Rappelle à l’âme sa cicatrice
Ta voix migratrice
Qui se pose sur ma paupière
Venue d’un hier
Où dévale le présent
Dans l’étonnement
Un éternel prétexte de joie
Ta voix cueillie ce soir…
® A. Bonois.
La Fare-les-Oliviers,
le 16 juin 2012.
-
José Emilio Pacheco – Les éléments de la nuit

art – BD d’origine et version Roy Lichtenstein
Les éléments de la nuit
.
Sous le plus petit empire que l’été a rongé
s’écroulent les jours, la foi, les prévisions.
Dans la derniére vallée
la destruction s’assouvit
dans des villes vaincues que la cendre affronte.
La pluie éteint la forêt illuminée par l’éclair.
La nuit laisse son venin.
Les mots se brisent contre l’air.
.
Rien ne se restitue,
Rien n’accorde
La verdeur aux champs calcinés.
.
Ni l’eau dans son exil
Ne retournera à la fontaine
Ni les os de l’aigle
Ne retourneront â ses ailes.
J E PAcheco
-
Tu ne me vois plus … ( RC )
-
Si c’est une feuille d’automne,
Ou alors leur pluie,
Qui font cette nuit
Portée par des soubresauts du vent
Caprices d’un temps brouillé,
Les yeux ouverts dessous
Où tout se confond,
La forme avec le fond
Le sable et la terre avec tes membres
Et les voix profondes
D’un hiver d’intérieur
La petite bête en toi
Tourne dans sa cage
Elle cherche son issue
A travers son nuage sombre
Pour de futures saisons .
L’or à tes paupières
Dira le récit
Sauvage à ton regard
Renaissance, en demains
Tu ne me vois plus …
Mais tu es là… toujours,
S’il faut chercher ton regard,
Qui se dit absence
C’est toujours lui
Que je porte en moi .
RC – 4 juillet 2012
-
La route tracée de pluie ( RC )
La route tracée de pluie
Ta route est tracée de pluie et de soleil
Les ombres s’y allongent et s’y diluent
Dans une perspective incertaine
Les allers et retours, et croisées de chemin
Offrent en raccourcis leurs ornières et leurs dos d’âne
Les reflets des orages dans les flaques
Et celui de ta vie, qui mène comme elle l’entend
Son petit bonhomme de chemin
Et croise souvent le mien.
C’est à croire que la carte est écrite,
Qu’il est des rencontres fortuites,
Ou presque, qui nous retrouveront à l’abri
Aux petits bars de la côte, les odeurs de soupe
de chou-fleur et les fish ‘n chips,
Alors que la mer s’est suspendue,
Un instant de repos en paysage
Et la lumière au fond de toi
Qui me guide souvent, d’entre les nuages…
-
18 juin 2012
-
auquel de nouveau Lutin fait écho avec
C’est douloureux et tendre à la fois
la route tracée de pluie
le silence des corps interdits
pliant leur ombre en désespoir
Comme il est doux de traverser les lieux solitaires
dans le dos des marches
descendre le long fil de l’oubli
refusant de dormir
le soir tendu comme l’orage
Il manque la longévité des heures
cogne le cœur
un jour le ciel s’arrêtera de pleurer
creusant la mer de sel
aux couleurs d’un champ de neige
Entre-temps les cheveux poussent
fleurs aquatiques dans les flaques d’eau
la mort n’éteint pas les lumières
glissent nos yeux dedans
les mains retenues
lutine – 19-06-2012
-
Meng Hao-ran – Matinée de printemps
Meng Hao-ran poète chinois, dont j’ai tenté la traduction à partir d’une traduction en esperanto
Endormi à la surprise matinale
Les chants des oiseaux fait partout écho à l’oreille.
Mais combien de fleurs sur le sol, au cours de la nuit
Peuvent être couchées par le vent et la pluie?
—
Je viens de recevoir cette autre traduction ( meilleure, à mon avis)
voilà que la clarté du matin surprends le dormeur
des chants d’oiseau résonnent partout à l’oreille
mais avec la pluie et le vent de cette nuit
combien de fleurs couchent maintenant à terre ?

peinture: Hokusaï campanules chinoises et libellule
l’auteur du poème célèbre, que voici
en chinois: naturellement , toute interprétation autre ( et meilleure) sera la bienvenue…
| 花 落 知 多 少 |
夜 來 風 雨 聲 |
處 處 聞 啼 鳥 |
春 眠 不 覺 曉 |
春 曉 |
Georg Heym – Les Démons des villes

peinture: Gorge Grosz la grande ville – 1917
-
Georg Heym – Les Démons des villes (Die Dämonen der Stadt, 1911)
À travers la nuit ils parcourent les villes
Qui se tapissent, noires, sous leur pied.
Comme des barbes de marin, à leurs mentons
Se pressent les nuages, charbonneux de fumée et de suie.
Leur ombre longue tangue sur l’océan des toits
Et étouffe les lumières en enfilade dans les rues.
Elle rampe comme un brouillard pesant sur le pavé
Et, léchant maison après maison, lentement progresse.
Plantés d’une jambe sur une place
De l’autre agenouillés sur une tour,
Ils se dressent là où la pluie tombe noire, soufflent,
Sous la tourmente des nuages, dans leur flûte de Pan.
À leurs pieds tournoie la rengaine
De l’océan des villes à la musique triste,
Vaste chant de mort. Tantôt sourde, tantôt perçante
La tonalité change, s’élève dans le ciel obscur.
Ils progressent sur le courant qui noir et large
Comme un reptile au dos tacheté de jaune
Par les réverbères, dans l’obscurité de noir
Couvrant le ciel se faufile tristement.
Ils s’appuient lourdement au mur d’un pont
Et ils plongent leurs mains dans la chaleur
Aux hommes puisée, comme les faunes sur la rive
Des marais enfouissent le bras dans la vase.
L’un se lève. À la lune blanche il accroche
De noires mandibules. La nuit
Qui comme du plomb tombe du ciel ténébreux
Enfonce les maisons dans le puits de l’obscurité.
Les épaules des villes craquent. Et un toit
Éclate, un feu rouge en fait son lit.
Ils sont assis à califourchon sur sa cime
Et hurlent comme des chats au firmament.
Dans une chambre emplie de ténèbres
Hurle une femme grosse, dans les douleurs.
Son corps puissant se dresse haut hors des coussins,
Autour de lui se tiennent les grands diables.
Elle s’agrippe tremblante à son lit de douleur.
La pièce autour d’elle tangue sous son cri,
Voici son rejeton. Son giron se déchire, rouge et béant,
Sanglant il s’ouvre et livre passage au rejeton.
Les cous des démons s’allongent comme ceux de girafes.
L’enfant n’a pas de tête. Sa mère le tient
Devant elle. Son dos est déchiré sous la terreur
Aux doigts de crapauds, quand elle retombe étendue.
Or les démons grandissent, monstrueux.
Leur corne déchire le ciel rougi.
Le tonnerre d’un séisme parcourt le giron des villes
Sous leur sabot d’où jaillit l’étincelle.
***
Georg Heym (1887-1912) – Le Jour éternel (Der ewige Tag, 1911)
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Ombres -Contrevents – Lueur noire
Encore ( ombres et contrevents)… le blog d’Adelline
Tu marches les yeux baissés
pour protéger
la lumière
emprisonnée dans la cage des rêves
elle s’insinue jusqu’en ta bouche
jusqu’en tes doigts
barrière de pluie teintée
du sang séché de ta mémoire
dis aux yeux ignorants
aveuglés
qu’ils te ressemblent
Je sais c’est parce que
tu la secoues ta vie
que les signes
tombent
aussi noirs
mais
devront réveiller demain une aurore ensoleillée
-
Inconstance, jongleuse de lune (RC)

peinture: Abraham Janssens:
Allégorie de l’inconstance vers 1617. – Madeleine renonçant aux richesses de ce monde, Palais des Beaux-Arts de Lille
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L’art, dans l’imaginaire, nous transporte toujours
Et même crée devant nos yeux l’image de la pensée
C’est un paradis, un enfer, ou , des âmes , la pesée
Les dieux en combat, les allégories et amours
Au pays de muses, j’aime voyager, en bonne fortune
Dans les peintures, d’espaces translucides
A sortir de son mouchoir, lapin, ou bien lune
Jouer avec les symboles, homard et autres arachnides
D’un espace noir, et peut-être sans atmosphère
Mais agité de courants, fréquenté par les bêtes de la nuit
Et mouvements, tordant les voilages, , qui prolifèrent
Tandis qu’en bas, sous l’oeil des déesses, les hommes s’enfuient.
C’est le caprice de ces dames, la fantaisie des dieux
Qui fait le pluie et le beau temps, et notre destin
Notre sort , notre vie se joue, pour ici, en d’autres lieux
La conduite de ces affaires, n’est pas pour nous, à portée de main.
RC 12 mai 2012
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