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Articles tagués “poème

L’inspire se dévide ( RC )


 

 

 

l’inspire se dévide,          et il pense danse
-                                  des graffitis sur le mur ,
essuie, il faudrait une gomme
-       en attendant,
-                  ou un peu de toile émeri,
pour revenir au vert d’eau,
qui surmonte les carreaux.


Et     chacun,     passe ,     et y ajoute ses mots,
                                ce sont des obscènes
qu’on       ne trouve pas en poèmes.
Ou bien                             la calligraphie grasse
des feutres,       ceux  qui arrivent à dégouliner,
-    et s’obstinent,       entre la chasse,
et la cuvette ,              dont l’abattant pend.

Le bonheur des mouches, qui se mirent

dans les lignes d’eau,
jointoyure incertaine au creux des carreaux,
que le sol a recueilli,
            –          restes de rouleaux roses.

Voila de nouveaux parchemins ,   pour donner
libre-cours           -    aux talents d’écriture,
quel dommage de négliger ainsi ,  – qui cristallise
l’avancée de l’esprit  !!. -
Mais c’est faute au confort, ce papier rose
qui s’enfonce,
        sous la pointe revêche       du stylo,
ou même la mine de plomb   –    crayon.

Il semaillerait des mots,
l’inspiration du moment,
un moment bien choisi,
        au regard du bruit de la rue,


- drôle d’endroit pour régler sa montre -


derrière la porte épaisse , – bois, qui arrive à mi-tête,
                                      targette branlante,
la place ,                déserte à cette heure
pourtant, oui,                   il reste encore
les trognons des choux-fleurs
et des morceaux d’orange moisis ,   -  après le marché
et des cagettes enchevêtrées,
-             la balayeuse ne va pas tarder à passer 
dans les guenilles de la ville- ,


et les mots en cascade qui dérapent,
comme pas permis,     -          se dilapident les pensées,
les pleins et délirés ——-          que tout rentre
dans l’ordre lorsque qu’il sort   !   -se trouver
quelque chose à dire,
pour coller l’avalanche             cataplasme d’écriture,
il te faut ce beau papier,


—                   mais  où sont-ils,                           justement

ces mots qui te venaient en flammes ?

-

RC           avril 2013

-


Nicole Barrière – L’air du poème, la voix prise dans le feu


miniatures médiévales;  Exposition universelle  Seville

miniatures médiévales;        Exposition universelle   Séville

-

L’air du poème
la voix prise dans le feu
me voici sans mot

me voici trace
là – où ne demeure que la foudre -
de toi séparée avant le commencement
avons-nous partagé la lumière
quelle éclaircie tourmente nos braises ?
sommes-nous gouttes d’eau échappées de l’orage
ou poussières dans la tornade du temps ?
sur le linteau de la nuit
nous sommes cueillis d’ivresse
au bas de nos pensées
se saisissent les rêves
le soudain accompli du nuage
où se revêtent les choses sans nom
affranchies de l’enfance
seuls nous sommes seuls
et mêmes et étrangers
et tes mots sur mes lèvres
s’écorchent jusqu’au livide
le soleil s’invite à la fenêtre des nuages
et le ciel
et la berge
et la marche
et le seuil du chemin
ressemblent aux mots des poèmes

il y a les mots
les ombres des mots
les lumières
les lueurs des mots
les cris
les chuchotements
les mots tendrement ouverts
les mots envolés des lèvres
comme des ailes pliées
comme des fenêtres ouvertes
comme des rivières où naissent les âmes
les mots tombent comme des fruits mûrs
comme des feuilles
comme l’herbe rouge et bleue
plus tard
quand les feuilles noircissent
la peau des rêves
le soir descend des étoiles
une autre langue parle
les mots du chemin et de la forêt
dans toutes les langues
marchent sur l’invisible
c’est ta main dans la mienne pleine de paroles
de terres nouvelles d’eaux souterraines
et la terre te fait signe depuis la lune
fragment de ciel
et d’invisible
le poème absolu
s’ouvre du désir premier des lèvres
trouée de rêve où seules chantent les mains.

-
Nicole Barrière, 6 janvier 2005
site : "La cave à poèmes


James Sacré – Un mur s’est éboulé


135 fear_less

photo : dou_ble_you

-

Un mur s’est éboulé
C’est comme des mots (mais tombés d’où ?)
La douceur du ciel continue son bleu
On dirait qu’on peut rêver
À travers les choses défaites, les trous du poème.

Quelquefois la campagne pense à la ville
à  cause de ses hangars chavirés)
Elle se sent le coeur tout contre
Un atelier (brique et verrière)
Au fond d’une impasse, les murs sont sales
Avec des traces de pisse et de peinture, une vieille
herbe.
Qu’est-ce qui s’effrite vraiment ?
Ni paysage ni poème, plutôt
(C’est difficile à dire) quelque chose
Comme une musique, à la ville dans la campagne,
Une musique, faut pas pousser !
Est-ce que c’est même un sourire ?
-

James  Sacré   extrait  de  "Affaires  d’écritures"

-


Le regard dans ton miroir ( RC )


sculpture-trace :  Giuseppe Penone –    Soffio I, 1978.         Amsterdam 2004

-

Voilà sortie de la terre, ma silhouette ,

ou bien moulée dans un coffrage de béton,

C’est dire que le monde m’enveloppe

Et ainsi , suis l’île

Offerte à l’éternel chronophage…

-

Ile flottante, épave et barquette,

Amusette aux voisinages du plancton

Sous-marin,     périscope

A mes risques    et périls

Emerge le bout de mon visage….

-

Et s’il se trouve ainsi , que je passe

….       Hasard des trajectoires

           - s’est égarée une flèche -

Au coeur des « je t’aime »

…          Cible atteinte pour Cupidon?

-

Si j’apparais dans la nasse

Mon regard dans ton miroir,

C’est aller à la pêche,

-            Et peut-être un poème ?

Dont nous ferons chanson…

-

RC    mars  2013

-

peinture:         Lorenzo Lotto – 1480-1550 –          Venus et Cupidon –         Met mus of Art N YC


Coeur améthyste ( RC )


Coeur graffiti        pour sac à main mandelia

-

 

Le  coeur de la terre
Va  tourner en rond
Brillant comme l’enfer
On n’en connaît pas le fond.

Et le coeur des choses,
Celui du milieu,
C’est à petites doses,
Ce qu’il y a de mieux.

Le coeur à l’ouvrage,
C’est bien, travailleur,
Celui qu’on partage,
Et met en valeurs
Le coeur voyageur,
Qui joue au  touriste
Traverse sans  douleur
Des épaisseurs  de schiste.

A  coeur  et à cri,
Empruntant le train,
C’est un nouveau pari,
Ouvert sur demain.

Le coeur  d’artichaud
S’ouvre de lui-même
Dès qu’il fait un peu chaud
Au chant des "Je t’aime".

Les  coeurs  dilatés
Gravés au pied de l’arbre,
Gagnent en vitalité
Par rapport à ceux  du marbre

Le coeur des amants
Se prend dans la main
Ils ont tout le temps
D’assouvir leur faim…

Le coeur améthyste
Taillé en facettes,
Celui qui résiste
Se porte en amulettes.

Quand le coeur est triste
Ou bien mal en point,
C’est un jeu de pistes
J’en suis le seul témoin.

A résoudre les problèmes,
Je te donne ces vers,
vers le coeur du poème,
Pour repousser – je crois – les murs de l’hiver.

-

 

RC – février  2013

-


Très-haut et Très bas ( RC )


peinture- gravure: Raoul Ubac

peinture- gravure: Raoul Ubac

 

 

Le Très-Haut nous dicte ici-bas
le poème de vivre,

Comme nous sommes encore des élèves
Courbés sous la dictée

Le tout – temps limité -
Il faut obéir au poème de vivre

Et découper en paragraphes
Tranches de vie ( trancher dans le vif)

Le temps imparti qu’il nous reste à vivre
Sans fautes d’orthographe;

Si le très haut est tombé de l’escabeau
Nous sommes en quète d’idéaux

Et faisons feu de tout bois,
Toutes flèches dehors, se perdant sans remors

Dans une nuit d’incertitude,
Puisqu’il ne nous est pas possible

( un petit tour et puis s’en va )
De bénéficier – circonstances atténuantes

D’autres vies, comme celles offertes, des jeux
Vidéo, des idéaux.

Game is over..;
( Vous auriez pu mieux faire !! )

En attendant montrez donc votre bilan
Avez-vous bien appliqué le théorème ?

L’avenir est atteint, il se roule sur nous-même
Et nous voici, blessé, face à nôtre anathème..

Thème astral, ….et sous quel signe, ….quel est le problème ?
Faute de le résoudre, –                méditez donc, en poèmes…

Les constellations se fichent des coeurs et des amours,
( s’il faut croire que notre existence a de l’importance ).

-

RC       – 24 janvier 2013

-

En réponse  au  "Poème de vivre "  de Henri-Etienne Dayssol

 

-

-


Michel Camus – proverbes du silence et de l’émerveillement – la maternelle vacuité du silence


 

fresque médiévale -- Mesnard-la-Barotière, St Christophe

fresque médiévale — Mesnard-la-Barotière,    St Christophe

 

-

Absolue la maternelle vacuité du silence
Imprononçable le mot de l’énigme au cœur de la vie
Indéchiffrable le signe muet de sa présence
Abyssal le songe éternel du regard
Immortelle la part de silence au cœur de l’homme
Quel poète n’est pas écartelé par l’exil de sa langue

dans l’éden du silence

Le poème comme instrument du silence dans la musique de la langue
Le silence, dites-vous, est un concept
Et si le concept était un germe issu du silence
Loin d’être la négation de la langue le silence est son double secret, germe intime et matrice infinie
Car du corps-du-silence naît le souffle et du souffle la parole

que le sens insensé du silence ensemence
Que sait-on sans mot dire
Par le silence le poète s’efface par la poésie le silence se dépasse
Duplicité du silence, duplicité du poème nous comblent d’incertitude

 

-

Proverbes du silence et de l’émerveillement      , Éd. Lettres Vives, coll. Terre de poésie

 

-


Fabienne Verdier Calligraphe ( RC )


 

A l’apprentissage
du labeur quotidien
haiku , l’air de rien

Science – infuse ?
sur la page vierge
le geste fuse

Gestes libres
Poignet en mouvements
Effleurement de page

Le pesé, le léger
Le pinceau, la main
Le rapide, le retourné

Mes mots sont mon encre
Et mon encre mes mots
Graphie sans retour

Grains de surface
Calligraphie – l’unique
Poème d’encre

Passagère du Silence…

-

 

RC    -  2 avril 2011

 

–  voir aussi les  articles consacrés à F V  dans les  carnets  de JLK ( Jean-Louis Kuffer)

 

 

 

-


Antonin Artaud – éparpillement des poèmes


photo        Deidi von Schaewen,     placée en extérieur                rencontres photographiques Arles 2012 –             re-photo perso

Cet éparpillement de mes poèmes, ces vices de forme, ce fléchissement constant de ma pensée,

il faut l’attribuer non pas à un manque d’exercice, de possession de l’instrument que je maniais,

de développement intellectuel; mais à un effondrement central de l’âme,

à une espèce d’érosion, essentielle à la fois et fugace, de la pensée,

à la non-possession passagère des bénéfices matériels de mon développement,

à la séparation anormale des éléments de la pensée (l’impulsion à penser,

à chacune des stratifications terminales de la pensée, en passant par tous les états,

toutes les bifurcations de la pensée et de la forme)."

-

A Artaud –                                              Correspondance avec Jacques Rivière

-

 

incitation:   le  film  "regard  sur la folie",  de Mario Ruspoli,  dans lequel  Michel Bouquet   en voix off, nous  dit  ce superbe  texte  de Artaud..

 

 


Philippe Delaveau – Bistrots de Paris


 

 

 

 

 

BISTROTS DE PARIS

 

 

 

 

On est debout devant le zinc et sous l’œil simple

et bleu du patron qui s’active il arbore

une moustache artistique en balai-brosse

tandis que l’ivresse égare un monde incertain

qu’alimente la truelle d’un monologue à son propre rythme

lent parfois pâteux de bâtisseur de mondes ce sont les vignes

venues à Paris déverser leurs vendanges vers le métal

des tubes et des sièges les glaces réfléchissent les visages blancs

la sueur au front qui perle chez ceux qui reconstruisent

patiemment mais le poème est mort et les murs s’écroulent

éclairant par gouttes les fronts rien ne visite les solitudes

ni la bière barbue ni le petit rouge qui danse sur son ballon

ni le blanc sec en renversant la tête ou le café dans son corset d’ébène

 

-

 

 


Marina Tsvetaïeva – les poèmes non écrits


photo: katia chausheva

-
" Je ne regrette pas – les poèmes non écrits!
Le bruit des roues et les amandes grillées
me sont plus chers que tous les quatrains"
(Cycle de "l’Amie", 13 mars 1915)
-

Brigitte Tosi – Avant le dernier jour


 

peinture:         Jerome Bosch:         le jardin des délices ( détail )

 

 

 

 

 

Au jour d’avant le dernier jour

Il y aura toutes ces heures

Volées aux ombres du silence

Et tous ces mots étreints

À la force des mains

 

La vie sera veuve

Fauve le miel rouillé

 

Au dernier jour d’avant la nuit

Il y aura tous ces poèmes

Gravés à l’ombre des cailloux

Comme un bouquet d’adieux

Aux limites du monde

 

La vie sera seule

Pauvre le ciel oublié

 

Et l’oubli

tatoué

Aux herbes rases de nos chairs.

 


petit chaperon des poèmes ( RC )


 

 

-

Aux lectures poétiques,  si ce n’est pas un leurre
Ce plaisir  ,il ne faut pas le renier
Plutôt que le garder dans ton panier
Un p’tit recueil,  une plaquette de beurre

Et une galette de poèmes
Tout ce qu’il fait pour tenir le coup
Sans limites – je dirai "beaucoup"
Allez   " Tu peux te r’servir en crème"

Et même y mettre les  doigts
Puisqu’on parlait de beurre
On va pas renier son bonheur
Ici ce sont les mots qui font foi

On s’en échange  et on lit ( c’est la loi)
Une soupe de lettres , c’est le partage
De fin potage, personne n’en est otage
Aux faim – becs, sans prise de poids…

C’est le mot de la fin, déguster la lecture
En fin gourmet, en petites doses
Que celà croise rimes ou prose
Mère-grand peut se mettre à l’écriture

" – Que tu as de beaux yeux, mon enfant !"
‘ – C’est pour mieux dévorer ce que tu écris"
" – Que c’est beau ce que tu dis, quand tu cries!"
" – C’est pour faire danser tes oreilles, mère-grand"

" – Et quel appétit, avec cette petite bouche rose !"
" – C’est pour partager ma pensée, en prose
" – Que tu as de beaux doigts, mon enfant!"
" – C’est grand-mère, pour faire plus élégant"

 

C’est ainsi que chaperon rouge , en fil d’échanges
Le casse croûte, au bénéfice  de l’art poétique
Avec Mère grand  au demeurant fort sympathique
Se mettent à la table des lettres,   et mangent…

…  toute la bibliothèque, et de ses livres
à s’en faire ivres.

On dirait même qu’elles  dévorent
Tout le panier, et ces paroles  d’or

 

29 mai 2012
"


Ulysse – Ode à ma plume


grille          de style " art nouveau "        à Nancy

Ulysse nous fait partager  sa "plume",  c’est le cas  de le dire, avec le titre  choisi…

il participe  au forum  "En Attendant la fin du monde",  c’est là que je l’ai  "repêché"

 

 

-

Ode à ma plume

-

Je confierai ma plume à la foudre et aux vents,
Aux furieuses tempêtes, aux fauves tremblements.
Je la veux souveraine, insolente et fantasque,
Insensible à la haine, sans faiblesse, sans masque.
Je la veux intrépide, courageuse et libre
Ecrivant sans ambages mon ivresse de vivre.
Quand les vents des passions se seront apaisés
Ma plume cheminera aux sentiers irisés
Des tendresses du soir entre des bras fragiles
Quand la force est vaincue par un battement de cils.
Elle se fera pinceau aux encres de couleurs
Traçant sur le papier les signes du bonheur.
Elle glissera ses mots au milieu de silences
Quand il faudra se taire devant une souffrance.
Je la veux enjouée, folle, primesautière
Sautant dans les ruisseaux, remontant les rivières
Tirant du fond de l’ombre, des perles, des diamants
Accrochant à ses lignes de jolis cerfs volants.
Je dirai à ma plume d’écrire des poèmes
Sur tous les vagabonds et leur vie de bohème
Sur les cris des enfants à la récréation
Sur les mots des amants au feu de la passion.
Et lorsque fumera mon dernier feu de bois
Elle inscrira encore aux branches d’une croix
« Pardonnez lui, Seigneur, d’avoir pris du plaisir »
« Aux rimes polissonnes.., il aimait trop écrire !»

Ulysse 2 février 2012


Guy Goffette – Avant que la mort vienne


 -

Avant que la mort vienne,

écrire encore

un poème soigné,

avec de l’herbe

toute nue, un morceau

de ciel bleu et

des fleurs et des oiseaux

pour que ça bouge

.

Que rien ne pleure, surtout

pas de pluie grise,

mais des femmes légères

et qui agitent

leurs jambes font rouler

leurs lèvres rouges

sur des mots ronds qui fondent

car tout va s’effacer

la vie se perdre

-

Guy Goffette

-,


Ame observatrice (RC)


dessin: Pierre Alechinsky

 

-

—————L’auteur se voit lui-même

Pas plus                                    amnésique

Qu’un                        éléphant d’Afrique…

Sorti de son être…  c’est tout un poème

 

Aller se promener,  –          aller voir dehors

Parcourir l"hiver,  -          changer de saison

Ne pas prendre ses clefs,  quitter la maison

Et puis,  errer,         en dehors de son corps

 

 

peinture: Gumpp " le miroir de l'âme"

 

Quelle pensée absurde ! ,                sortie du dégel…

Elle flotte à distance, ne pèse        pas un gramme

Nul ne peut la voir…..  mais  c’est bien mon âme…

Qui est à mes côtés,  -       je ne vois pas ses ailes…

 

C’est un tableau étrange,    – une mise en abîme,

Une vue de l’esprit,                   au bout d’une tige

Elle me voit de très haut   (  et c’est un vertige)

Restant minuscule,            -  observé des cîmes

 

Traversant nuages,  et la météo,

Elle virevolte et participe,                               -d’équilibre

A une fête sereine, ————- dont  elle se voit libre,

D"aller et venir… et me voir de près, ———et de haut.

-

peinture: panneau peint oriental - Taïwan

RC – 17 avril 2012

 

-


Abdelmadjdid Kaouah – Le sel


lac de cratère de Kelimutu_ Indonésie

Le sel

Voilà j’ai atteint la rive noire

Là où le rêve n’a plus de miroir

Ni force pour traîner ses fourmis

Ses dérisoires mensonges et

Ses petites lâchetés en guise

De destin

La rive noire où il n’est plus de Mahatma

Ni de seigneur hautain

Pour répandre les épreuves

Le soleil  se lève et se couche

Et la bouche essuie la bave des jours

Le sel est amer sur la table

Et en guise de vie nous redessinons

Les cerceaux boiteux de notre enfance

Voilà la rive noire

Est atteinte par petites brassées

A la cadence d’un survivant

La rive noire

C’est avant toute une saison

La saison mentale de tes premiers poèmes

Te voici à nouveau livré aux feuilles d’automne

La couronne des défaites

Le frémissement d’une chair envoûtée

Et tu sais que rien ne sert de se lamenter

Au seuil d’un nouvel avatar

Le bruit seul s’absente

Et tu ne sais si le chemin t’attend

Pour t’accompagner ou pour effacer

Les traces de ton destin

Ainsi l’automne s’abat

Sur toi comme une proie

-

ABDELMADJID KAOUAH

c’est à cet auteur  que Rabah Belamri faisait écho dans "poésie mise à nu"

-


Nathalie Riera – Ce que j’aime entendre d’un poème


Quelques  lignes  de notre "éditrice",  celle  qui nous permet de découvrir  de belles  choses,  de superbes  écrits  avec ses carnets d’Eucharis  (chez Haut et fort )

—-

photo perso.. printemps 2011 - tulipe ouverte

Ce que j’aime entendre d’un poème : des notes d’air et de basalte; des désirs de disculpations, des virevoltes de danseurs; des déserts de cailloux; notes noires et blanches de nos joies.

N.Riera, Puisque beauté il y a, Lanskine, 2010
-
-

Cribas – (J.I 72)


installation- objet: Rebecca Horn

Cribas, encore, avec un de ses publications anciennes..  et toujours une  utilisation des mots, très particulière et attachante…

 

voir  son site

Tout ce qu’on a dit de bruyant

Même le silence retrouvé

Ne nous le pardonnera pas tant

Que nos combats seront ébruités

Se battre contre qui

Se débattre pourquoi ?

Quelle farce cette vie

Qui trace des petites croix

Dépressions au dessous

De l’art ceinturé

Les petites fleurs d’été

N’ont pas vu le jour

Il entend un cri qui vient de tout en bas. Il saute le pont. Il fait le mauvais pas. L’air vole une dernière fois, sans faire le bruit du mur.

La vie ne sait pas le bruit. Le silence est une poche d’existence.

Tout ce qu’on a rit en fuyant

Pour abrutir le clown

Lui sur sa balustrade d’argent

Trois fois rien dans les fouilles

Se combattre pour qui

S’abattre pourquoi ?

Quelle force cet ennui

Qui passe pour qui sait quoi

Des torsions de fou

Vomies des remparts

L’embolie des dessous

Les réveils sans hasard

 

Il prétend être déjà mort dix fois. De maux de tête et de mauvaise foi. Les poètes en colère et leurs pas de travers, bruyants.

Le mauvais poète sourit, et d’un coup de baguette magique fait retentir sa pauvre cloche.

Ça lui fait mal au nœud dans sa tête.

C’est l’heure du baptême

Avec du feu dans l’air

Un souffle sur ses batailles

Chuinté par ceux qui l’aiment

Dépressions au dessus

Des ceintures noires d’aubépines

L’homme s’élève à l’insu

Des coups bas de la rime

Il descend les étages

De sa tour quatre à quatre

Souriant sa victoire

Aux lucarnes des nuages

Installation-volume: Rebecca Horn "Simone de Beauvoir"

Il s’entend revivre pour une fois, le poète, juste avant de mourir comme une dernière phase. Le temps poisse et la caravane de tête se prélasse. On ne les reconnaît pas, même s’ils sont las ils se lassent en cachette, les poètes au rez de chaussée avec les clowns !

Cribas 08.10.2007

 


A l’ombre : "monologue carcéral" ( RC )


photo extraite de "elle dit lemonde" texte d'Antoine Volodine:

 

-

 

Quelques pas dans le couloir,

L’écho lointain du parloir

 

Se déplace  avec le son

Cliquetis , le trousseau du maton

 

La démarche lente,

Les chaussures traînantes…

 

Et l’ouverture du volet de la porte

Sa face grasse encadrée de la sorte

 

Et le parcours de son regard louche

Traverse l’espace comme une mouche

 

Une lumière  un peu terne

Qui s’efface  quand il ferme.

 

 

Je parcours le décor hideux

Des murs d’un vieux vert huileux

 

Par endroits graffités

La couverture sur le lit, mitée,

 

La table bancale dont j’ai hérité

Le formica de ses coins, effrité

 

Et mes poèmes qui s’empilent

Peut-être bientôt, mille…

 

- Grand bien me fasse -

Le long du temps qui passe…

 

 

Ajoutons , la vieille  chaise  en fer

Trois livres sur l’ étagère

 

Pour  décrire l’austère

De mon univers

 

–*
La fenêtre carrée du troisième étage

A pour avantage

 

D’avoir une  vue panoramique

Sur les arbres rachitiques

 

Et l’herbe pelée

Derrière les barbelés

 

Puis les miradors

S’ajoutent au décor

 

Au coin j’ai la vue

Sur une avenue

 

Un peu à l’écart

Du quartier d’la gare

 

Un quartier hostile

Du nord de la ville —

 

 

Les barreaux s’enlacent

Y a des bras qui passent

 

A travers l’acier

Du pénitencier

 

Exposées en rage

Des mains issues des cages

 

Demandent  conseil

Aux rayons  du soleil

 

S’accrochent à un ailleurs

Qu’on voudrait meilleur

 

De ceux qui appellent

De ces moignons  d’ailes

 

 

Pauvres garde-mangers

Il y a des rangées

 

De sacs  plastiques  blancs

Ballotés par le vent

 

On dirait que, des  cellules

S’échappent des bulles

 

De la monotonie, du morne

Et de l’uniforme

 

Et quelques gardiens

Promènent leurs  chiens

 

Quartier artificiel

Qui grillage le ciel

 

Quartier  d’sécurité

" Tu l’as bien mérité ! "

 

 

Pendant que les heures agacent

Se retournent et prélassent

 

Je suis  égaré

Dans quatre mètres- carrés

 

Etant dans mes chaînes

A purger ma peine

 

Le temps  s’est  entêté

Et semble s’arrêter

 

En étant à l’ombre

A broyer  du sombre

 

Bientôt trois années

Assis à ruminer

 

Elucubrations, divagations

A chaque occasion

 

" En avant toute ! "

Pendant que les  gouttes

 

De cette satanée fuite

Dessinent  et délimitent

 

Comme une sorte d’Afrique

Géographie maléfique

 

Ou bien une  Asie

Sentant le moisi

 

Un contour sordide

Tout autant humide

 

Glissant sous la cloison

En rêves  d’évasion…

RC   4- 03 -2012

 

Et je remercie  Brigitte  pour  son commentaire poétique…

Du coup je mets aussi ce poème  de Armando Valladeres ,( poète cubain ) qui passa 22 années en prison (1960-1982) pour ses convictions chrétiennes et politiques. Armando Valladeres a écrit des poèmes d’une haute portée contre la dépossession humaine. L’un de ses textes porte les couleurs de la résistance et mérite qu’on s’y arrête:     

« Ils m’ont tout enlevé , les porte-plumes
     les crayons, l’encre
     car, eux,
     ils n’aiment pas que j’écrive.
     Et ils m’ont enfoui
     dans cette cellule de châtiment
     mais même ainsi
     ils n’étoufferont pas ma révolte.
     Ils m’ont tout enlevé
     – enfin, presque tout –
     car il me reste le sourire
     l’orgueil de me sentir un homme libre (…)
     Ils m’ont tout enlevé, les porte-plumes , les crayons.
     Mais il me reste l’encre de la vie
     – mon propre sang-
     et avec lui,
     j’écris encore des vers. »

extrait de  quand  les mots  dénoncent les maux…

voir  aussi  ce nouveau post,  avec un autre  texte  de l’auteur  cubain...


James Sacré – solitude printemps mécanique


peinture: Arshyle Gorky - Estate

Rien pas de silence et pas de solitude la maison
dans le printemps quotidien la pelouse
une herbe pas cultivée ce que je veux dire
c’est pas grand chose un peu l’ennui à cause
d’un travail à faire et pour aller où pourquoi?
ça finit dans un poème pas trop construit
comme un peu d’herbe dure
dans le bruit qui s’en va poignée de foin sec
le vent l’emporte ou pas ça peut rester là
tout le reste aussi la maison pas même
dans la solitude printemps mécanique pelouse
faut la tailler demain c’est toujours pas du silence qui vient.
·
Est-ce que c’est tous ces poèmes comme de la répétition?
je sais pas au moment qu’en voilà un encore
avec pourtant comme du vert
dans soudain les buissons en mars un désordre
avec des feuilles pourries dans
à cause du vent avec le vert maintenant
·a fait une drôle de saison neuve et vieille
est-ce que c’était pareil l’année dernière? j’en ai rien dit
pourtant j’en ai écrit des poèmes ça a servi à
je me demande bien quoi ça a disparu
des mots qu’on a dit j’ai mal entendu

 

et du blog  de Roland Dauxois,  je  complète  avec ce texte, de Nicolas Vasse,  visible ici

 

 

pardon les bleuets voix et champs jaunes

pardon les rires bruits des roseaux

pardon le vent soudain de la bouche

et les cris joie dans la lumière

pardon pour l’enfance dévorée

presque il ne sera pas ce cadavre

NicolasVasse

 


Pas de poème aujourd’hui (RC)


 

Lettre enluminée C ( comme Courbe )

 

 

Pas  de poème  aujourd’hui
Rien à distribuer
Que le son du vent
Qui se fera parole
A qui veut bien l’entendre

Et ces paroles  feront lien
Et elles  teindront lieu
A celui qui marche
Dans ma neige et ma rocaille
Dans mon sable qui deshère.

Pas d’héritier  à dresser des stèles
Pas d’écrits sur lesquels s’appuyer
Ni théories intellectuelles
Pas de poème…  qu’on se le dise
Ni de discours  -  ni de bêtises

Pas de cœur gravés dans les arbres
Pas d’autres interprétations
Que le son du vent
Qui se fera parole
Dans les branches  et les feuilles

Chinois, Argentin, et Malgache
Tendant un peu l’oreille
Chacun sur son île ou continent
Dans une progression lente
Iront de concert, sans interprète

Le bâton à la main
Traduire, à travers les chemins
Buissons et bosquets
Les dits des quatre saisons
Au son de sa chanson.

Pas de poème aujourd’hui
Pas même pour la lavandière
Qui ne saurait que faire
De rimes, en pas balancé, et
D’un trésor                    inutile.

 

RC  28-01-2012

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Inspiré par "pour l’amour des petites lingères"  de JJD

 

 


Nizar Kabbani – Griffonnages d’enfant


illustration  :  Amélie Pourcher

 

 

 

 

Griffonnages d’enfant

 

 

Mon péché — et qui de nous fut sans péché —

j’ai continué de croire au bleu du ciel

de voir les arbres, les étoiles, les nuages

comme des amis

J’ai fait de mes poèmes une ville

où gouvernent les femmes

chaque bouche close dans mon royaume

dit ce qu’elle veut chaque sein

effarouché peut comme il lui plaît

s’envoler ou se poser..

Nizar Kabbani

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(plus  de renseignement  sur l’auteur ?)  voir ici

 

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Paul Celan: – le poème – une bouteille jetée à la mer


dessin perso: oiseau au long bec et fenêtre, fait sur place lors de l'expo Odilon Redon, à Montpellier (musée Fabre)été 201————

extrait de la page:  http://www.maulpoix.net/textoffert.htm

 

« Le poème, en tant qu’il est, ——-oui, une forme d’apparition du langage, , et par là, d’essence dialogique, le poème peut être une bouteille jetée à la mer, abandonnée à l’espoir -certes souvent fragile- qu’elle pourra un jour, quelque part, être recueillie sur une plage, sur la plage du coeur peut-être. Les poèmes, en ce sens également, sont en chemin : ils font route vers quelque chose. Vers quoi? Vers quelque lieu ouvert, à occuper, vers un toi invocable, vers une réalité à invoquer. » Paul Celan              “Discours de Brême”