François Corvol – le cours
Le cours
Petite mort je te vois
dans ma cage thoracique
te mouvoir former des losanges
des bulles dans l’eau
et dans ta peau
ce manteau rouge
où naissent les oiseaux
l’essor de mes pages
je suis aveugle
pour ceux qui voient
et mort cent fois
à suivre les morts
Noté dans Poésies
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Zbigniew Herbert – Un nuage rouge
Un nuage rouge de poussière
provoqua cet incendie –
le coucher de la ville
au-delà de l’horizon
il faut abattre
encore une cloison
encore un choral de brique
pour effacer la douloureuse cicatrice
entre l’œil et le souvenir
les ouvriers du matin
avec leur café au lait et leurs journaux bruissant
ont ranimé l’aube et la pluie
qui tinte dans les gouttières de l’air sans vie
avec un filin d’acier
dans un silence chargé
ils hissent le pavillon
d’un espace déblayé
le nuage de poussière rouge retombe
passage du désert
à la hauteur des étages disparus
ont surgi des fenêtres hors de leur cadre
quand s’effondrera
la dernière pente
le choral de brique tombera
rien ne ruine les rêves
de la ville qui fut
de la ville qui sera
qui n’est pas
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locataires de l’hostile ( RC )

provenance blog a coeur et à cris
Il n’y a plus d’empreintes sur le sable
Que de dessin d’un monde meilleur
L’angle de la peur, de la souffrance
Ne concerne pas les voyageurs
Mais les reptiles,
Locataires de l’hostile
Et les plantes à épines…
Les êtres tapis au creux de la terre
La bouche collée, sous le sol
Qui chuchotent leur exil,
Aux peaux craquelées, comme leur terre-mère
De boue sous un soleil impitoyable
Découpent les ombres au fer rouge
Si ombre il y a – et leurs mains tendues
Vers l’ailleurs d’un peut-être …
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RC – 11 juillet 2012

photo extraite des dragons d’Asgard
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Candice Nguyen – Dans l’antre
article disponible sur le blog de Candice Nguyen: dont il gaut aussi voir les productions photographiques...
Je suis né dans l’antre et si quelqu’un me demandait, je lui répondrais que rien ne peut se dire en dehors du susurrement.
Je suis né dans l’antre, à l’écart du bavardage des hommes, leur babil incessant qu’ils ne savent plus taire et dont ils ne se rendent plus compte, dans l’antre, et ce bruit m’est assourdissant. Geler à pierre fendre agitation brouhaha tours banques cac et ces singes décident du monde.
C’est contre la mort, la leur, qu’ils s’obstinent dans ce leurre, remplir les espaces du monde un à un, et dans les airs, les moindres interstices, ondes ombres recoins vibrations, partout leurs lumières, leurs flots de paroles sur quel réel : dis-moi, comme si, comme si cela allait faire oublier l’inconstance de toute chose et leur renouvellement, mais sans eux, et après eux.
Acquérir, acquérir et repousser au plus loin là où l’homme n’est plus, n’est plus rien qu’une rumeur lointaine qui agite ses bras désespérément et ses jambes à la recherche d’un point d’eau qu’il aurait suffi de creuser. Creuser. Les puits, les ventres, la lumière, laisse rentrer. On avait quoi à perdre à faire autrement.
Magnésium fortifiants Célestène, passent les amphétamines bêta-bloquants pharmacopée. J’attends la nuit alors pour que la rumeur se taise un peu, toujours trop peu, des voitures qui passent, le cri d’un passant à la sortie d’un bar, un téléviseur qui hurle encore quand les lumières se sont éteintes. J’attends la nuit et je n’allume pas je guette, je guette le crépuscule d’été qui s’étire sans fin dans le ciel et qui tire du bleu clair vers le orange, le jaune, le vert et s’enfonce dans le bleu noir de la nuit, le rouge sang, le violet, la nuit et son presque silence — humain;
Humains, reposez-vous, reposez-vous encore, encore un peu plus jusque demain, silence, viens, viens… Et si les hommes levaient la tête à ce moment précis où le rouge s’accapare déjà le ciel et recouvre nos têtes alors peut-être n’aurions-nous plus besoin d’allumer des cierges encore en la mémoire des morts et des désastres ici et là.

Edith Södergran – grimace d’artiste
provenance "la pierre et le sel"
Grimace d’artiste
Je n’ai rien d’autre que mon mantelet brillant,
Ma rouge hardiesse.
Ma rouge hardiesse sort à l’aventure
Dans un pays sordide.
Je n’ai rien d’autre que ma lyre sous le bras,
Les rudes accords de ma lyre ;
Ma rude lyre sonne pour bêtes et gens
sur le grand chemin.
Je n’ai rien d’autre que ma couronne altière,
Ma fierté croissante.
Ma fierté croissante prend la lyre sous son bras
Et tire sa révérence.
(1917)
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In Poèmescomplets,Lalyredeseptembre,© Pierre Jean Oswald, 1973, traduits par Régis Boyer
Pierre-Jean Jouve – Lisbe
LISBE
Des ressemblances nous ont égarés dans l’enfance
Etions-nous donc du même sang
Des merveilles se sont passées qui nous ont fait peur
Près des édredons de pleur et de sang rouge
Etions-nous du même sang quand je rencontrai ta blondeur
Avions-nous pleuré les mêmes larmes dans les cages
Et quels attentats en de secrètes chambres
Nous avaient faits aussi à nu que nos pensées ?
O mort il me revient des sons étranges
O vive et un peu rousse et la cuisse penchée
Tes yeux animaux me disent (velours rouge)
Ce qu’un génie n’ose pas même imaginer.
PJJ
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et pour faire transition avec mes "yeux fertiles du temps", ce texte de José Gorostiza
LE RIVAGE
Ni eau ni sable
n’est le rivage.
Cette eau sonore
d’écume simple,
cette eau ne peut
être rivage.
Pour reposer
en lieu moelleux,
ni eau ni sable
n’est le rivage.
Les choses aimables,
discrètes,simples,
se joignent
comme font les rivages.
Aussi les lèvres
pour le baiser.
Ni eau ni sable
n’est le rivage.
Chose de mort
je me regarde;
seul,désolé
comme au désert.
Viennent mes larmes:
je dois souffrir.
Ni eau ni sable
n’est le rivage.
José Gorostiza (traduction claude Couffon)
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Nath Bardou – Ne disons plus
Ne disons plus
Du bleu au rouge
Tournoyant sans repos
Autour des derniers bastions des orbites.
-Là, cogne la mémoire -
J’étais enduite de ton verbe et
Cimentée à ton souffle,
La poitrine crépitant
Au feu de l’ombre
- la paupière aux aguets -
Le temps que prend
La veine pour jaillir du marbre.
Chrysalide aquatique
Grignotée par un azur
Aux mille tentacules,
Et les nuits, le ventre clos
Roulaient
( le souffle parfois inquiet )
Sur les rails raides du vent,
Tout ce qui approche
Du sommeil aux canines blanches
A fait un long périple
Dans les océans de l’encre.
Echo de mannequins emmurés
Qui,
Traquant l’épi bleu,
Se sauvent dans l’interstice du silence.
Ne disons plus _
L’édifice s’écarte sous le poids du ciel
Et le sable retourne
Là où le soupir a balbutié.
-
N. B août 2012
Jean Sénac – Nicolas de Staël
peinture; Nicolas de Staêl: paysage marine 1955
NICOLAS DE STAËL
Vous êtes mort, je ne sais rien de la mort des hommes,
rien de la goutte d’eau qui renverse la figure et la dilue en Dieu.
Dieu lui-même qu’est-il, le néant ou la roche ?
la structure de l’ombre, le suprême reproche,
et peut-être à peine notre interrogation ?
Dieu n’est-ce pas la voix de ma mère qui tremble
quand le dernier arbre rassemble
ses fruits,
quand la misère souterraine
délie le dernier bout de laine
et tout de go nous sommes nus ?
Tout de go il fait nuit
et sur nos cœurs les gens dans la détresse
abandonnent leurs graffiti.
Vous êtes mort, Nicolas de Staël,
et je ne connais rien de la mort des hommes !
Sur la toile le rouge et le noir répercutent
l’armature des ténèbres
un lit où l’appétit funèbre
du jour
tourne, tourne à nous rompre les vertèbres !
Le soleil sur la peau des gisants se retire…
Nicolas de Staël, vous aimiez tant que cela la vie ?
tant que cela pour la briser
sans même un cri ?
Ceux qui se tuent se tuent dans le silence
comme un petit enfant qui fronce les paupières
et s’en va.
Les uns sont des oiseaux de roche,
les autres, oh nul ne les approche
dans le grand espace alarmés !
Nicolas de Staël, le jaune vous avait-il lâché ?
Un rien suffit, un rien quand la couleur s’insurge,
on dit «adieu, adieu Panurge »
et l’on remonte au premier signe écrit.
Mais dans le cœur, dans le cœur, qui connaît les dimensions de la Merci ?
JEAN SENAC
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Emile Nelligan – aube aux monts de sang
Un poème très "coloré" de cet auteur québécois
–

L’aube éclabousse les monts de sang
Tout drapés de fine brume,
Et l’on entend meugler frémissant
Un boeuf au naseau qui fume.
Voici l’heure de la boucherie.
Le tenant par son licol,
Les gars pour la prochaine tuerie
Ont mis le mouchoir au col.
La hache s’abat avec tel han,
Qu’ils pausent contre habitude.
Procumbit bos. Tel un éléphant
Croule en une solitude.
Le sang gicle. Il laboure des cornes
Le sol teint rouge hideux.
Et Phébus chante aux beuglements mornes
Du boeuf qu’on rupture à deux.
-
Robert Burns – Mon amour est une rose rouge, rouge
—
Mon amour est une rose rouge, rouge,
Au printemps fraîchement éclose.
Mon amour est une mélodie,
Jouée en douce harmonie.
Si belle es-tu ma douce amie,
Et je t’aime tant et tant,
Que je t’aimerai encore, ma mie,
Quand les mers seront des déserts.
Les mers seront des déserts secs, ma mie,
Les roches fondront au soleil,
Et je t’aimerai toujours, ma mie,
Tant que s’écoulera le sable de la vie.
Au revoir pour un temps m’amour,
A te revoir dans peu de temps!
Je reviendrai, mon seul amour,
Même de l’autre bout du monde.
–
My love is like a red red rose
My love is like a red red rose
That’s newly sprung in June:
My love is like the melodie
That’s sweetly play’d in tune.
So fair art thou, my bonnie lass,
So deep in love am I :
And I will love thee still, my dear,
Till a’ the seas gang dry.
Till a’ the seas gang dry, my dear,
And the rocks melt wi’ the sun :
And I will love thee still, my dear,
While the sands o’ life shall run.
And fare thee weel, my only love,
And fare thee weel awhile !
And I will come again, my love,
Tho’ it were ten thousand mile.
-
Cribas – Le carcan du poète
Le carcan du poète
Par Cribas le dimanche 31 décembre 2006,
-
Qu’on s’en aille !
Au loin
Le cœur des malfrats
De la poésie.
Je suis un voleur de mystères
Un extincteur avec des gants.
Lorsque je mets le feu aux vers
C’est que je vois rouge
Du bout de mes phalanges
Je nage heureux dans l’indécent.
Un seul instant,
Mais pour toujours.
Au diable les corneilles
Et les pies de passages.
Je délivre un message
Car je rêve ou je m’éveille,
Devant de blanches colombes
Ou des ailes de mésanges.
Un instant,
Mais pour toujours.
Que je m’en aille
Au loin !
Le cœur en petites phrases
D’hérésie soudain !
-
–
Sedna – Sanguine
J’ai apprivoisé les feux du soleil couchant
Pour les clouer sur nos deux cœurs pastel
Combinaison d’écumes chauffées à blanc
Offertes au soir comme un reflet du ciel.
Voici que dans le lac de mes yeux ouverts
Ton bâtonnet s’approprie l’eau lacrymale
Pour tenter une esquisse à ras de terre,
Caresser de sa brume, l’horizon pictural.
Sur le sable rouge des pensées bonheur
Nos corps portés par les désirs hématite
S’envolent vers le grand large sans peur
Abandonnant les ombres qui s’irritent.
Là-bas, c’est l’hiver qui roule sa bosse
Le long des sentiers où le pas s’enlise.
Ici, les heures s’habillent et endossent
Un drapé arabique aux couleurs cerise.
Sur les carnets où dégouline ton talent
Le chuchotement de nos mains bouscule
Le silence allongé sur la ramure du vent
En filigrane, nos bouches se congratulent.
Si mon regard est rempli de tes étoiles
C’est avec ton sourire qu’il se nourrit
Tout comme ma plume, qui sur la toile
Essaie avec toi, une autre chorégraphie.
Au verso des rêves, des perles d’amour
Se sont échappées d’une romance perdue
Pour envahir l’ébène de tous ces jours
Chassant les étés de coquelicots repus.
Et le fusain improvise des flous voluptueux
Installe les soupirs au bord de nos racines
Nous invite sur le rivage du merveilleux
J’aime être là, avec toi, sur la sanguine.
Joe Ferami – Mêlée.
A mêler le vent dans l’écheveau des songes
à ouvrir le bleu dans le rouge
entre le violet tremblant des douceurs abruptes
et s’aveugler de la toile que peint le soleil
sur l’horizon
comme gonfle et pousse une voile
au fond des iris entrouverts.
Vouloir. Et dans le secret. Peine perdue.
Mâcher, manger le je, le moi, le tu, le vous et vomir. N’oublie pas le oui et le non, et le malgré. Les bourgeons, les feuilles, le soleil doux. L’herbe. Plus loin. Le rafle de l’innocence. Louange. Beauté même. Et le caillot où le cœur s’adoube.
Et franchir cette mer. Comme une île vitrifiée à vivre cette vie.
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JOE FERAMI
la chaise rouge ( RC )

peinture: Mark ROTHKO : Marron et Noir sur des rouges, 1957
Dans l’image a surgi
Le grain, la palpitation
L’émotion rougie
Presque la déflagration
D’ une barre courbe
Un signe du sombre
De puissance encombre
C’est ce rouge fourbe
Il n’est ni sang ni cerise
Se détache lumière
En donnant à sa guise
Forme à la matière
Un éclair de couleur
Traverse ma page
Un éclair de douleur
De la photo, l’otage.
Aux accents de lave
Des blancs et bleutés
Opposés, ameutés
Les autres sont esclaves
dec 2011 RC

photo: national Geographic


















