Claude Saguet – Belle, pour quel désert suis-je promis ?
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Belle, pour quel désert suis-je promis, pour quel autre
désert s’il faut, à chaque instant, retrouver sa solitude dans tous les yeux qui passent ?
Lorsque les routes se dédoublent et s’amoncellent les fleuves ; lorsque lentement, dans le matin, s’élève l’haleine rouge des heures, je voudrais m’ouvrir comme une parole privée d’air depuis longtemps.
La mer, de tous ces plis, m’apporte des chants sans mémoire qui vont, avec l’entêtement obscur de l’oiseau, pour retrouver un goût de terre et d’orage.
Désert, désert partout ! dans les cercles criants de la sève, dans l’arbre qui se tord pour ne plus exister
Et j’ai peine à croire à notre langage immobile sous les pierres, à ce reflet dans le miroir brisé à l’aube des cascades.
(l’œil déserté version 2 éditions dé bleu 1980)
La nuit m’apporte
un poème d’eau fraîche.
La nuit venue du fond
de ton corps mutilé
je peux la prendre dans mes bras ;
je peux l’avaler toute jusqu’au premier rayon.
La nuit venue du fond de ton corps flagellé
est-elle femme
ou rose noire ?
J’ai fermé portes et fenêtres.
Est-elle femme,
est-elle écho
la nuit venue du fond
de ton corps décharné ?
Je veux en elle
trouver un visage, de quoi me remettre à vivre.
La nuit couvre la plaine
de son lierre fantôme
et j’imagine un corps vivant.
La nuit comme une forêt morte
sur un chemin hanté de plaintives lueurs.
(l’œil déserté version 2 éditions dé bleu1980)
Nicolas Sarafian – foule et solitude

Erevan et mont Ararat : provenance
Nicolas ou Nigoghos Sarafian est un auteur arménien,
qui s’est exprimé sur le génocide perpétré en son pays, et dont on peut retrouver des extraits sur cette page pdf
ainsi que dans le blog de poésie arménienne ( quelques textes sont traduits en français)
« J’aimais la foule, quelquefois. Dans la grande ville, de rue en rue, les soirs, je me livrais au courant du fluide électrique émanant de milliers de corps. Je m’enivrais au bruit marin des innombrables pas. Mais peu à peu, au fil des ans, cette foule m’a jeté dans la solitude. J’ai reconnu la différence entre eux et moi. Et j’étais seul dans ma différence. Et une nuit, sur un trottoir visqueux de
pluie, dans les lumières diverses qui étincelaient au fond du miroir noir, je me suis soudain senti
au-dessus du vide. L’étranger.Mais également un mal plus cruel encore. La terre était seule, errante dans l’espace. Seuls et errants étaient les êtres. Et en même temps l’individu était absent.
Je songeais que l’homme avait été ainsi depuis l’époque préhistorique. Il marchait, parlait, mangeait,
copulait,riait, pleurait, se sacrifiait, poursuivant toujours un mirage, attendant toujours un avenir
qui ne vient pas. Le trottoir bouillonnait sous mes pieds, des pourritures de milliers d’années. Et
moi, seul et errant, je me demandais ce qui se préparait.Un chrême* ou une mixture infernale ? Le
trottoir mouillé du sang d’innombrables vers écrasés. Et les lumières blanches et rouges, vertes et
jaunes des boutiques de luxe qui éclairaient les teignes de la pluie par milliards et qui donnaient
aux passants un masque funèbre comme s’ils fussent tous des morts, se reflétaient dans le trottoir
mouillé, remuaient là quelques générations de méduses et de vipères visqueuses et grouillantes.
J’avais vu la civilisation, mon rêve d’adolescence…
Je l’avais vue et je m’y perdais… »
Jean Genet – Giacometti
«Il n’est pas à la beauté d’autre origine que la blessure, singulière, différente pour chacun, cachée ou visible,
que tout homme garde en soi, qu’il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde
pour une solitude temporaire mais profonde. »
(Jean Genet, L’atelier d’Alberto Giacometti)
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voir aussi mon récent post à propos du grand sculpteur…
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Dialogue de seul – ( RC )
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Une histoire avec soi-même
S’il en est ainsi et qu’on la vive
En étant son premier témoin
Son premier lecteur
Une histoire personnelle
Qui se lit en travers
Au travers des âges
Seul on se croit, seul on se vit
Partageant les élans et les peines
Trop lourdes
Se raconter des histoires
Sans témoin
Les histoires d’amour
Inaccomplies
Et les larmes
Qui finissent par déborder,
Mais toujours accompagnées
De ce qui aurait pu être,
Et,
Toujours fidèle compagne,
Sans jamais sortir de la chair *
La solitude
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RC – 19 janvier 2013
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Sans jamais sortir de la chair * est le titre d’un ouvrage récent de Joël Bastard
Philippe Delaveau – Bistrots de Paris

BISTROTS DE PARIS
On est debout devant le zinc et sous l’œil simple
et bleu du patron qui s’active il arbore
une moustache artistique en balai-brosse
tandis que l’ivresse égare un monde incertain
qu’alimente la truelle d’un monologue à son propre rythme
lent parfois pâteux de bâtisseur de mondes ce sont les vignes
venues à Paris déverser leurs vendanges vers le métal
des tubes et des sièges les glaces réfléchissent les visages blancs
la sueur au front qui perle chez ceux qui reconstruisent
patiemment mais le poème est mort et les murs s’écroulent
éclairant par gouttes les fronts rien ne visite les solitudes
ni la bière barbue ni le petit rouge qui danse sur son ballon
ni le blanc sec en renversant la tête ou le café dans son corset d’ébène
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Tahar Ben Jelloun – Quel oiseau ivre naîtra de ton absence ? — l’interrogation du soleil ( RC )
Quel oiseau ivre naîtra de ton absence
toi la main du couchant mêlée à mon rire
et la larme devenue diamant
monte sur la paupière du jour
c’est ton front que je dessine
dans le vol de la lumière
et ton regard
s’en va
sur la vague retournée
sur un soir de sable
mon corps n’est plus ce miroir qui danse
alors je me souviens
tu te rappelles
toi l’enfant née d’une gazelle
le rêve balbutiait en nous
son chant éphémère
le vent et l’automne dans une petite solitude
je te disais
laisse tes pieds nus sur la terre mouillée
une rue blanche
et un arbre
seront ma mémoire
donne tes yeux à l’horizon qui chante
ma main
suspend la chevelure de la mer
et frôle ta nuque
mais tu trembles dans le miroir de mon corps
nuage
ma voix
te porte vers le jardin d’arbres argentés
c’était un printemps ouvert sur le ciel
il m’a donné une enfant
une enfant qui pleure
une étoile scindée
et mon désir se sépare du jour
je le ramasse dans une feuille de papier
et m’en vais cacher la folie
dans un roc de solitude
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.
Tahar BEN JELLOUN
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Auquel j’ajoute mon "interrogation du soleil" - qui a été composée sans que je connaisse le texte ci-dessus,
En lissant, du dos de la main,
Un sable blond, – l’interrogation du soleil
Qui s’étale, en grains
Par millions, ni semblables, ni pareils
Et si ceux ci, recouvrent
L’haleine de mon corps
Qui fait racine, puis s’ouvre
En profondeur, de toutes ses pores
C’est un flux de la mémoire
En fouillant dans son ombre
A chercher dans le noir
Qu’aucune lumière n’encombre
Quand tu te penches, elle ressurgit soudain
Aux rayons de tes cheveux dénoués
Et qu’ au dessus de moi, planent tes mains
Porteuses du soleil, d’un désir avoué.
C’est ton regard, que le ciel achemine
Qui réchauffe le mien
Je n’en sais pas l’origine
Mais j’en connais les liens.
Vivre est une aventure,
On s’écarte des chemins tracés
Vers des sentiers peu sûrs
Mais où tu me fais me lancer
Et c’est encore un peu ivre
Encore en titubant
Que je vais te suivre
Emporté vers l’avant
Mes lèvres ont le goût des tiennes
J"ai laissé derrière, l’hiver des pensées
Un nouveau jour m’entraîne
………….. Et je n’ai plus de passé.
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RC -21 octobre 2012
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Anna Niarakis – Atterrissage

peinture: aquarelle 22, de Annik Reymond, voir son site:
Atterrissage
Moi. Que la pluie.
Restée à tordre cigarettes
la solitude sous une
lampe de la municipalité.
Brisée.
Goutte à goutte à passer
de l’inexistence
A la lumière de dôme
puis à nouveau dans le néant.
Chaque fois que les nuages sont pressés
secrètement dans le poussage de la nuit
je recherche anxieusement d’une lampe brisée.
Avec l’espoir de me revois
briller faible, dissoute
dans un passage éphémère
avant l’atterrissage.
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Hasia – Quête aveugle

Figé
ton visage marqué
un instant se retire
au creux de la solitude
exilée
à l’obscur de ton corps
parmi traces et cicatrices
intenables
Défaite des étoiles
dans la nuit immobile
l’heure livre
ses béatitudes instantanées
tandis que le fleuve du temps
sculpte notre présent
sur le versant corrodé
des survivances
Au bord du monde
nos incertitudes
enfouies dans l’absence
occupent la noirceur de la vie
seul le silence intérieur
creuse cette brèche
qui nous retient
et nous sauve un peu
en cet abri
qu’est l’amour
en nous
–Hasia
( Hasia publie ses textes dans toutelapoesie… voir ses écrits ici)
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Gil Pressnitzer – À pas d‘oiseaux sur la neige
Á pas d‘oiseaux sur la neige
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À pas d‘oiseaux sur la neige
je m’éloigne de mes visages disparus
quelques graines de paroles
posées à même le ciel
elles pousseront un jour grâce au vent
comme parfois mes mains sur ton corps
perce-neige de la lumière
Ne pas se retourner
même si on entend le papier froissé des rêves
ne pas surprendre les adieux
Un souffle d’aile et la terre se parfume
et puis se jeter en boule au pied de la solitude
et en dépit de tout laisser dormir
les chevaux dans mon ombre
Le silence avance doucement contre ta hanche
une marque douce sur la pirogue de la nuit
pas d‘oiseaux sur la neige
la vie s’évapore dans ta lumière
je l’ai appris trop tard
marée montante de l’ignorance
je n’ai su trouver
la tâche de naissance sur mon front
c’était peut-être la neige
Gil Pressnitzer
01/02//2011
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André Velter – Marche d’approche

Isenfluh
Marche d’approche.
Bien sur j’irai seul
Affamé volontaire
J’irai pour te plaire
Serré dans ton linceul
Le sommet t’appartient
Au-dessus des alpages
J’atteindrai le nuage
Qui ne recouvre rien
Il n’y aura plus d’ombre sur la terre
le soleil sera peut-être entre mes mains
Ravivé
Avec moins de violence
Souverain
Sans impatience
Par l’altitude reconquis
par la solitude rappelé au désir
Comme le silence à perte de vue dans le bleu dans le blanc..
je lutte à armes inégales
Si peu familier des harnais et des clous
Des bivouacs en pleine paroi
Des réflexes d’insomniaque contre froid
la nuit l’horizon reste en coulisse
le ciel n’est pas le manteau espéré
Je joue à contre-emploi
Une pièce qui s’écrit avec les pieds
Mais sans renoncer à porter les mystères
Sans abandonner le souffle à la pesanteur
Sans craindre de déboucher hors d’atteinte
Un pas plus haut
Un pas toujours plus haut
Dans cette approche impossible
Qui passe de l’effroi à l’extase
Comme d’un réel à l’autre
D’un univers à l’autre
Et pour le même amour..
André Velter. "Une autre altitude"
extrait.." l’ascension du Mont A n a l o g u e"
Fernand Verhesen – Altéré d’herbe

peinture: Nicolas de Staël
Altéré d’herbe
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Altéré d’herbe aux épargnes du large, je renais voilier sur les bords d’aucun monde.
Solitude dans le matin dortoir des immensités.
Espace où se fonde l’errance, et de quelques îles rêvées se lève un vain désir d’ambre. Lourde patience de l’eau qu’effleure une étoile de sel.
Route des eaux due aux origines, retour de ce qui fut un jour
. Toute l’ombre de la terre n’est que léger envol d’écume.
L’oreille veille solidaire d’un écho.
Seul, le silence à haute voix de la mer se mêle au passage du vent.
La nudité sans rives.
De lointains regards parcourent en moi la plus longue lumière.
Fernand VERHESEN « Franchir la nuit »
(Le Cormier)
Paul Eluard – Tu es venue
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TU ES VENUE
Tu es venue le feu s’est alors ranimé
L’ombre a cédé le froid d’en bas s’est étoile
Et la terre s’est recouverte
De ta chair claire et je me suis senti léger
Tu es venue la solitude était vaincue
J’avais un guide sur la terre je savais
Me diriger je me savais démesuré
J’avançais je gagnais de l’espace et du temps
J’allais vers toi j’allais sans fin vers la lumière
Là vie avait un corps l’espoir tendait sa voile
Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit
Promettait à l’aurore des regards confiants
Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard
Ta bouche était mouillée des premières rosées
Le repos ébloui remplaçait la fatigue
Et j’adorais l’amour comme à mes premiers jours.
Paul Eluard
La mort, l’amour, la vie
(1951)
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Jules Supervielle -Le forçat innocent
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Solitude au grand coeur encombré par des glaces,
Comment me pourrais-tu donner cette chaleur
Qui te manque et dont le regret nous embarrasse
Et vient nous faire peur?
Va-t’en, nous ne saurions rien faire l’un de l’autre,
Nous pourrions tout au plus échanger nos glaçons
Et rester un moment à les regarder fondre
Sous la sombre chaleur qui consume nos fronts.
Jules Supervielle
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Armando Valladeres – cavernes de silence
Faisant suite à ma publication: "à l’ombre",
j’ai trouvé un nouveau texte du poète cubain Armando Valladares, qui va dans ce sens, et qu’on peut lire ici…
- j’ai fait une légère modification ( à la fin) sur la traduction proposée.. voir
Armando Valladares.Poeta cubano. « Cavernas del silencio »1983

Tu dis être libre
-je ne sais pas si tu y crois
mais au moins le dis-tu.-
La liberté n’est pas espace
où l’on peut marcher
pas même un lit
où coucher à deux.
Tu dis être libre
et tu n’as pas de mots
car tu ne fais que répéter
-bouche fermée-
ceux qui te sont donnés.
La liberté n’est pas un pain
-parfois sur la table-
ni un peu de bière
ou de quoi fumer un peu.
La liberté c’est faire ceci :
écrire ce que tu penses
hurler ce que tu détestes
même si tu dois le payer
par des années de torture
même si tu meurs de l’enfermement
dans cette solitude.
James Sacré – solitude printemps mécanique

peinture: Arshyle Gorky - Estate
–
Rien pas de silence et pas de solitude la maison
dans le printemps quotidien la pelouse
une herbe pas cultivée ce que je veux dire
c’est pas grand chose un peu l’ennui à cause
d’un travail à faire et pour aller où pourquoi?
ça finit dans un poème pas trop construit
comme un peu d’herbe dure
dans le bruit qui s’en va poignée de foin sec
le vent l’emporte ou pas ça peut rester là
tout le reste aussi la maison pas même
dans la solitude printemps mécanique pelouse
faut la tailler demain c’est toujours pas du silence qui vient.
·
Est-ce que c’est tous ces poèmes comme de la répétition?
je sais pas au moment qu’en voilà un encore
avec pourtant comme du vert
dans soudain les buissons en mars un désordre
avec des feuilles pourries dans
à cause du vent avec le vert maintenant
·a fait une drôle de saison neuve et vieille
est-ce que c’était pareil l’année dernière? j’en ai rien dit
pourtant j’en ai écrit des poèmes ça a servi à
je me demande bien quoi ça a disparu
des mots qu’on a dit j’ai mal entendu
–
et du blog de Roland Dauxois, je complète avec ce texte, de Nicolas Vasse, visible ici
pardon les bleuets voix et champs jaunes
pardon les rires bruits des roseaux
pardon le vent soudain de la bouche
et les cris joie dans la lumière
pardon pour l’enfance dévorée
presque il ne sera pas ce cadavre
NicolasVasse
Hubert Haddad – une rumeur d’immortalité 01
I
vie lointaine, jour d’avant Ulysse agonise au bord du murmure
je me souviens d’une lutte légendaire et du long sacrilège des statues
mainte source rêve le grand large seule odyssée dans la cécité pure du diamant
âme errante à peine émue d’un mouvement d’algues au fond des mers
nuque rase et poignets tendus j’attends l’heure perdue d’aimer
mais nul n’approche la solitude je suis l’absence et le tombeau
rien ne s’élève à moi que les mouches d’un cadavre
l’oubli mélodieux berce l’antique mémoire corps que la mort baigne aux îles infortunées
je meurs je meurs, ami du temps paroles d’élytres entre les dents
que m’efface la musique la neige m’enseignera doucement le sommeil
—
texte paru dans "propos de campagne", revue poétique
Robert Piccamiglio – Midlands – 02
Mais je n’aime pas les adieux. Et nous avions si peu de choses à nous dire.-
— Dis-moi ! ‘ Est-ce si loin? Combien de temps déjà?
Combien de temps pour oublier? Combien de naissances à venir qui font tinter ces écorces et ces sirènes attachées à la vie ?
Nu d’abord. Puis habillé.
Puis nu à nouveau.
Comme jamais nous l’avons été.
Alors que me reste-t-il à regarder ?
A surprendre dans cette cruelle litanie "
sans fin qu’est l’oubli.
—— Combien de temps dis-moi ! —
Qui pourrait répondre à l’oubli ? Les murs ? Le plafond ? Le lavabo ? Cette eau qui a tant lavé ?
L’oubli !
Et moi-même n’ai-je pas tant oublié ?
L’ombre des arbres qui tendent leurs bras vers le soleil.
Les maigreurs du printemps. La pluie tiède de l’été.
Le ciel raisonnable au bord de l’hiver anatomique.
L’oubli !
Mais quelle-porte a été ouverte franchie puis refermée ?
Avec ce cœur solitaire qui nous donne à penser
que l’on pourra encore aimer et être aimé à nouveau d’espérance
.
Triomphant ainsi de l’absurde
et de cette solitude insolente que nous portons sur nous
comme un habit de cérémonie.
L’oubli !
Avant que la terre dont nous venons ne reprenne ce qu’elle a donné.
——
une bibliographie ? celle de Robert Piccamiglio.. voir cette page...
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Flottements – (ombrecontrevents)
Adeline, dans son blog , nous fait partager ses publications et écrits, que je découvre de façon très récente, et qui m’autorise à republier qq uns de ses posts, en voila un..
Flottements
Tu t’insistes
Décalques pour rester ne pas t’oublier
tu aimes tes assuétudes tes désuétudes tes solitudes
papillonnes à travers des paysages toujours les mêmes
tu as si peur de t’égarer
Tes berceaux flottent en souvenirs d’inconsistance
je crois que tu aimais ces barreaux bleus en rais de ciel
Tu t’envolais
cachais sous ton oreiller des fleurs de rêve
pour assurance
Tu t’éveillais
te grisais de la lumière en traits rayés
qui dansait à travers le vert des volets
Parfois encore tu te berces de droite à gauche
te perds un peu
Tu t’es rapprochée des soleils des vents d’été
tu le sais enfin ce pays où tu es bien
Il s’est fixé sous tes paupières
Alors pourquoi flotter encore…
Sans doute parce que tu as lu la dernière page
Depuis si longtemps
Tu sais…
Else Lasker Schüler – MÉLODIE – (1902)
MÉLODIE
Tes yeux se posent dans mes yeux
Jamais ma vie n’a eu si forte attache
Jamais n’a-t-elle été autant ancrée en toi
Éperdument ancrée.
À l’ombre de tes rêves, la nuit venue,
Mon cœur d’anémone s’abreuve de vent,
Et je traverse, florissante, les jardins
De ta paisible solitude.
—–
MELODIE
Deine Augen legen sich in meine Augen
Und nie war mein Leben so in Banden Nie hat es so tief in dir gestanden, So wehrlos tief.
Und unter deinen schattigen Träumen
Trinkt mein Anemonenherz den Wind zur Nachtzeit, Und ich wandle blühend durch die Gärten Deiner stillen Einsamkeit.
1902
Mabel Moreno – Rivages
Rivages :
Chanson du bord de l’eau
si elle était assise au bord du ruisseau dans la lumière
– si je lui donnais le mot ruisseau en échange
– mais elle avance seule dans n’importe quelle rue.
La solitude est le lit de sa rivière -
dans ses yeux elle garde la lumière noire.
Mais elle avance pourtant
- Aveugle et lumineuse dans le soir.
Elle me dit quelques mots que je ne comprends pas -
Pourtant je la suis, je me perds dans ces mots
- Je me perds dans la voix de ses pas
- Je pourrais m’arrêter ici, sur ce trottoir
- Mais elle me conduit vers de vives syllabes.
Elle me demande si je la suivrai quand elle traversera la mer
- je regarde sa bouche
- sa langue dessine un autre mot quand elle parle de moi, quand elle parle avec moi.
Le Piano sur la gauche, le Blanc en aplats
- Elle dessine l’ondulation des jours sur une plage
- La vague sur mon visage à l’ombre de ses doigts
- Et le son liquide de son corps au bord du mien-
Phrases en écho de Rémi Froger et Mabel Moreno
Charles Dhuits– symbiose spirituelle
Le sentiment de la solitude est l’un des traits fondamentaux de la conscience occidentale.
Il nous semble naturel de croire que chaque individu enfermé dans sa subjectivité comme dans une prison
par suite isolé de ses semblables.
Je ne peux «voir» ce qui se passe dans le cerveau de mon prochain; et mon prochain de son côté ne peut voir ce qui se passe dans le mien : personne ne songe à mettre en doute ces évidences.
Pour cette raison, la conscience moderne (ou occidentale) regarde la communication comme une affaire difficile, douteuse et douloureuse, complexe.
Comment si je suis enfermé dans ma subjectivité comprendre l’autre et me faire comprendre de lui? Je
suis obligé de me servir de signes: gestes, expressions du visage, regards et surtout mots. Ainsi, le langage est pour l’occidental le seul véhicule réel de l’échange. Je comprends l’autre parce que je comprends ses paroles. C’est grâce aux mots que je sais que je ne suis pas seul et que les êtres qui m’entourent sont mes semblables, c’est-à-dire possèdent une conscience analogue à la mienne.
On ne peut jamais savoir de science certaine,
« comme on sait que l’eau est froide », que les mots ont pour l’autre le même sens que pour nous.
En fin de compte il faut toujours croire aux signes, à ce qui sort de la bouche, à ces bruits que l’on a peut-être seulement l’illusion de comprendre.
Comme on le voit, l’importance que nous attribuons en Occident au langage explique celle que nous attribuons à la foi.
C’est aussi pourquoi, comme le montre l’histoire de notre philosophie, l’Occident ne surmonte jamais vraiment le solipsisme.
Nous admettons, il le faut bien, que les autres hommes ont une conscience analogue à la nôtre. Mais
nous l’admettons uniquement parce que nous pouvons parler avec eux et parce que nous ne supportons pas la
solitude.
Pour traverser un fleuve, on doit se fier à une embarcation ; de même, pour communiquer, on doit se fier
aux paroles. Or, comme l’ont de tout temps montré les
menteurs et les sophistes, les paroles sont traîtresses.
Pour des hommes qui ne regardent comme réelle que
la communication indirecte, c’est-à-dire verbale, une
seule question est fondamentale : qui croire ? quel est,
parmi les innombrables signes, celui de la vérité ?
Le problème de la communication se dissipe si l’or admet la possibilité de la communication directe, c’est-à- dire non-verbale.
Est-il vrai que la chair soit opaque et que je ne «voie» pas la pensée du prochain? Cela ne peut l’être que dans un contexte dualiste.
Sans nier l’importance de la parole, l’Orient a toujours tenu la communication directe pour un fait, ainsi
que le montre la relation traditionnelle du maître et du disciple.
Le maître parle, sans doute. Mais l’enseignement essentiel est transmis dans le silence. Il est le fruit de ce
qu’on pourrait appeler une symbiose spirituelle.
Pour l’Occidental, cette symbiose est nécessairement illusoire.
Il lui paraît naturel de penser que les êtres avec qui l’échange verbal est impossible sont animaux ou chimères. On ne peut avoir, dit l’imperturbable philosophe,
que l’illusion de sentir ce que sent un chien. Et le silence de l’Ange est la preuve irréfragable de son inexistence.
La différence qui est entre le rapport que noue avec son Dieu l’homme de foi (Pascal, Kierkegaard) et celui
que noue avec le sien l’homme qui tient pour un fait la communication directe est la suivante : l’un veut enjamber un gouffre; l’autre tient ce gouffre pour illusoire.
Selon l’Oriental nous ne sommes nullement séparés du Brahman (ou de la Tathata, ou du Tao). Nous pensons seulement que nous le sommes. Et cette erreur est l’une des ruses de Maya.






















