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Jean-Baptiste Tati-Loutard – Congo


peinture               Antoni Tapiès: Llencol

 

 

Congo

 

Le silence debout parmi nous atteint le ciel :

Un poète a vécu…

C’était un nègre d’Amérique : un précipité noir
Au fond d’un mélange d’azur et de Yankees.

Les soleils futurs chercheront longtemps son visage

Par les chemins du monde et les champs de bataille.
Son corps de terre cuite s’est brisé dans la lumière :
La cassure est là toute fraîche et toute franche,

Cristal d’une étoile coupée à ras d’azur ;

Et la vie gravite encore  autour de l’astre mal éteint.
C’est sûr, ô poète, l’herbe ne poussera pas
Autour de ton nom :

Ton verbe est la source qui nous fournit en eau vive,

Et les âmes de tous les braves en reverdissent.
Que celui qui l’ignore aujourd’hui en soit heurté
Par un jour de grand vent,
Car désormais, il navigue à la proue de l’orage

 

-

 


Va et vient de la terre, toujours recomposée (RC)


lave volcan d’Hawaï… photo futura sciences

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Aux côtés du lisse,

La faille qu’on n’attend pas

Il n’y a d’infini

Que le va-et-vient

 

De la terre toujours recomposée

Et du cycle des saisons,

-      Notre passage –

Entre sources et nuages.

(inspiré par François Cheng)

-

RC       3 mai 2013


Il est des paroles précieuses ( RC )


installation:               Michael Heizer

-

 

Il est                         des paroles précieuses,

De celles qui dessinent un contour inoubliable

A travers l’air, à travers l’espace d’une page.

Il est des voix, qui traversent les époques,

Marquent la peau des mots

De la couleur des choses précieuses,

Et qu’il serait inutile de taire, d’enfermer dans une boîte,

Et de                                      soustraire au monde,

Comme celui qui enfouit son or, sous la terre.

 

Celle-ci a beau garder ses secrets,

Sous l’épaisseur nourricière, parcourue de racines,

On y trouve quelquefois des bijoux, et quelques pièces,

Mais surtout des cadavres,          qu’il est plus décent

De cacher aux yeux des vivants,

Et de cacher aussi les crimes,      des mêmes vivants,

En attendant l’oubli,       – à défaut de pardon

Et le retour à la terre…

 

Sous elle, -                       beaucoup de silence,

De la glaise collante         et des pierres lourdes,,

Mais , des pensées et des voix,                point ;

- Elles ont besoin des vivants

Pour continuer leur course,

De bouche en oreilles,              d’écriture en lecture,

-    De pensées en pensées,         comme ricochant

Sans s’arrêter           sur un fleuve devenu très large,

Que chacun alimente,                           à sa façon.

 

Il est des paroles précieuses,

Marquées de la peau des mots,

Qui coulent de source

Et leur couleur importe aussi ,       peu,

Sans jamais les enfouir

Dans son corps

Ou au creux de la terre.

 

— > Il suffit de les écouter.

-

RC – 22 avril 2013

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écrit  en relation avec un texte  précédent:

"manteau de terre"

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Enrico Testa – des temps concordants


peinture  John Singer Sargent - les gros rochers  du Simplon

peinture            John Singer Sargent –      les gros rochers du Simplon     aquarelle

dans des temps concordants, l’été,
bien qu’en des lieux différents
du même Apennin,
nous avons essayé, enfants,
de remonter les torrents
pour en trouver la source.

Il y avait une obscurité de sous-bois,
des fougères, un vert à peine plus intense,
un peu de mousse
et des pierres ruisselantes
et rien d’autre :
la déception de l’origine

elle suit un mouvement fluide et vertical
cette montée de la colline
tournant après tournant
vers le soir.

Même les assassins disent
que le vent de septembre est doux :
il nous pousse
parmi les oliviers et les cyprès
et il nous défend
jusqu’à l’anse neutre du balcon
qui sous le ciel gris clair
s’ouvre face à la mer.

Mais à présent, dans le noir,
nous sommes encore en quête
de ton aide :
nous t’appelons du jardin
cachés, par jeu, derrière le mur

sur le terre-plein de la voie ferrée
longeant le bois
les troncs des acacias
sont noirs après la pluie
comme des traits d’encre qui s’écartent.

Pâques est désormais le papier d’argent,
poussiéreux et pâli,
des oeufs, suspendu
aux branches des cerisiers.
Rubans qui miroitent dans le vent
et devraient tenir à distance
le peuple envahissant des merles

. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .(Pasqua di neve, Einaudi, 2008)

-Enrico Testa, comme   un certain nombre de poètes italiens  intéressants  -  et méconnus –  peut  être retrouvé  sur le blog d’une  "autre"poésie  Italienne…

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Si l’envers était endroit ( RC )


aquatic world ou Russell Blackwood

Si l’envers était endroit

Et le sommeil liquide, le reflet du monde, et celui des plus proches, les sombres forêts moussues, en sentinelles.

Et les algues, au milieu de la matière glauque d’un en-dessus de ciel…
La mémoire porterait le souvenir d’un monde terrestre,
Quelque part, comme en réminiscences.

Plus de pesanteur terrestre pour ta chevelure, que seuls les courants mouleraient de leurs doigts.
Plus de pesanteur pour ta robe,  en cloche  comme une méduse habitée de toi.

Plus de distance de paroles, même la bouche ouverte, où viendrait parfois s’interposer, l’ombre d’une carpe.
L’ange de l’étang ne montrera pas ses larmes, puisque mêlées aux ondulations des tiges têtues des nénufars.aux parapluies étalés au regard d’un autre monde, collé à la lumière.

Seules les grenouilles  en traduiraient l’existence, et , dans leur prophétie, nous diraient les  sources, et les orages.
Silence cependant des eaux  étales, juste piquetées, en surface, de temps en temps  par des points de pluie, ces seules notes de musique d’un piano mouvant, accompagné  d’éclairs furtifs…

Et nous serions  dressés, à l’horizontale, ou tête bêche,
-peu importe – , à la pliure du monde,  la vie  traversière….

RC  -  23 juin 2012

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Zeno Bianu – danseurs de paradis


 

Art – Gilbert & George

 

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DANSEURS DE PARADIS

jusqu’à la fin des temps
et plus loin encore
dans tout ce bleu
qui n’est que toi
jusqu’à la fin des mondes
et plus loin encore
bien plus loin
sans jamais rien comprendre
dans tout ce bleu
qui n’est que toi
je remonte
vers la source
des hommes-questions
vers tous ceux
qui interrogent
la source sans source
je remonte
vers l’intérieur de tout
mille astres noirs
au fond de mes poches
je me mets lentement au jour
cette force de l’éden
de coeur en coeur
de lèvre en lèvre
de vie en vie
l’univers tout entier
suspendu
au visage d’une femme
je mets du baume
au monde
je marche l’immensité
je glisse et je reglisse
le long des désolations
je remonte
vers les cendres fertiles
au jour le jour
a la nuit la nuit
j’écoute sans relâche
cette voix qui, parle en moi
je l’écoute
aimanté par l’impossible
aimanté
par le fond des mondes
ou je dérive
vers la nuit de la nuit
je m’abandonne
aux avant-postes
de grands effondrements
je remonte
en fièvre pétrifiée
en étincelante déploration
mon âge se compte
en milliers d’étoiles
dans tout ce bleu
qui n’est que toi
j’accueille le jamais plus
comme si l’inquiétude
na pouvait plus neiger en moi
dans tout ce bleu
qui n’est que toi
comme au premier jour
et les villes basculent
et les fleuves rebroussent
chemin
dans la profondeur
des profondeurs
la sève circule
chez les danseurs de paradis;

ZENO BIANU dans "N4728 N°12


Eugenio de Andrade – Chanter


dessin: ----Agnès Sadak 1978

 

 

-

 

Le corps brûle dans l’ombre,

cherche la source.

Je sais maintenant

où commence la tendresse :

je reconnais

l’arbuste du feu.

J’ai connu le désert

de la chaux

La racine du lin

a été mon aliment

a été mon tourment.

Mais alors je chantais.

De même que la nuit remonte aux sources,

moi-même je reviens vers les eaux .


Eden en Hespérides (RC)


peinture: Hercule et le dragon des Hespérides - Casino, Villa Lante

 

 

 

Au jardin d’hiver

C’était hier

C’était donc  Avant  ;

L’histoire  d’Adam …(date du printemps)

 

Celui qui, avec les pommes

Se vit devenir homme

Pour qu’il soulève

Aussi le voile  d’Eve

 

La légende ne date pas d’aujourd’hui

Elle parcourt les siècles et dit

Qu’il vaut mieux avec les patates

Les mélanger  d’ tomates

 

Les ramasser au jardin d’Eden

Cà vaut le coup, ça  veut la peine

De se pencher un peu

Pour se régaler à deux

 

C’est un homme  plein de ressources

Mais si on regarde de près,  la source

On n’est pas à mille lieues

Des héros et des  dieux

 

Devant ces fruits de fécondité

Hercule n’eut pas la probité

De laisser moisir ses doigts

Pour  ajouter un de ses exploits

 

Au paradis clos, poussaient dehors

Des arbres bizarres, dotés de   fruits d’or…

Et notre Hercule, qui n’est pas timide

S’en fut de suite ,voir aux Hespérides

 

Remplir sans façons, aux fruits de la passion

Son panier              …                            de tentations

Et tourner en bourrique

Un gardien peu sympathique

 

Ce dragon bien féroce

Mais trop benêt pour notre colosse

Qui revient  sans  bruit

Tout chargé  de fruits

 

Des fruits défendus

Qu’étaient bien pendus

Qui disaient l’amour

Eternité,             –            toujours.

 

Les pommes d’or

Ont changé d’couleur

Les voilà vermeilles,

et pleines de soleil

 

Mais alors,moins sucrées

Que les pommes nacrées…

On fait sauce tomate

Pour savourer les pâtes

 

Ou bien concentrées

( c’est pas un secret)

- Secrets culinaires

De la cuisinière  -

 

Ortolans et grives

( et puis l’huile  d’olive)

A faire des envieux

Parmi tous ces dieux…

 

RC     31 mars 2012

 

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La plume vagabonde (1) – ( RC )


Rathava _       Musée des  Arts Premiers

Légendes peintes Rathava , Gujarat (ouest de l’Inde), créations contemporaines des Adivasi -                                                voir  à ce sujet le dossier  FlickR de Dalbera

Je ne souffre pas, à n'être qu'une plume
Dont une conscience torturée serait l' enclume

J’aime que sans effort, ma pensée vagabonde
Et que sous mes doigts cascadent et abondent

Images et strophes sans que je m’entête
A triturer des rimes laborieuses et courtettes

J’aime que la parole coule de source, limpide
et rapide, tout en fuyant l’insipide.

Que de l’intérieur je conserve le feu
Etincelles , idées et propos audacieux,

Sans m’acharner à coucher ma pensée
Aux contraintes et pas cadencés

J’aime des idées en liberté, le flux
Et ne m’accorde, que peu de refus

Mes mots leur en sont gré, en variété
Et j’aime leur dialogue, à satiété…

-

RC -   3-mars 2012

-

Et une "suite", autre  bien  que cela ne soit pas  conçu dans cet esprit, existe   avec la  "plume vagabonde 2"


Rabah Belamri – l’olivier boit son ombre – 01


à Yvonne

ni la neige

ni les planètes captives de ta voix

n’apaisent mes syllabes

j’habite dans le miroir et j’appelle

toute ombre qui bouge sous la paupière

pas à pas

le muscle à sa brûlure

j’avance

dans le silence du jour

la main sur ton épaule

une source

une croix

la prière au bord de l’abîme

Mains jutaposées --extrait du livre "si lointains, si proches"

midi au cœur

J’avance

Sur la trace du poème

extrait du livre "si lointains, si proches"

Les Fromentières, 9 janvier 1984


Dans mes bras (RC)


Mewar 1800 ( miniature indienne) gouache

Dans mes bras

 

Cachée au creux de mon ombre

Blottie sur mon épaule

 

Pleurant comme un saule

Tu es venue briser le sombre

 

Epouser de mon épaule, le creux

Piquer ton front à ma barbe naissante

 

Offrir ton dos à mes mains apaisantes

Je t’ai séchée de mon mieux

 

J’ai bu le vin clair de tes yeux

Tes sanglots étaient bleus

 

Ma langue salée, de tes soupirs

Le goût d’amers souvenirs

 

Egarée dans le labyrinthe

Tournant dans les couloirs noirs

 

A la recherche de l’espoir

Tu m’as laissé ton empreinte.

 

Le regard battant, et ses cils

Tu m’as pris par la main et dit

 

Que c’était loin le paradis

Mais je t’ai donné le fil

 

D’Ariane peut être, qui t’a permis

De retrouver le chemin de lumière

 

Sans plus regarder derrière

En me disant.(cher marquis…), mon ami…

 

Je ne sais s’il faut lier

çà à la descente

 

En trop forte pente

De vos escaliers

 

Ou s’ il fallait monter chercher

Dans la forêt sombre votre source claire

 

Par un jour d’orage, parsemé d’éclairs

Mais j’ai pris tes larmes, pour les sécher

 

Doucement est arrivée l’embellie

De tes beaux poèmes, c’était une bulle

 

Dont facilement, suis devenu l’émule

En rebondissant dans les éclaircies

 

Je sais tout ce que l’esprit recueille

Tout ce que le corps exige, et gémit

 

Aussi , tu es devenue complice à vie

Et mes bras, toujours, t’accueillent


Aux années de plomb (RC)


 

 

Entre mon sourire,

je crois percevoir,

le grain de ta peau.

Aux années  de plomb

 

A la fontaine scellée

Esprit retiré

Au baiser du crapaud

Aux contes de Perrault

 

La belle endormie

Maîtresse du temps

De plomb fera plume

Les mots jailliront

Captive libérée

 

Oppression dégelée

Pensée désentravée

Aux sources sans larmes

Fontaine je boirai de ton eau

 

Et encore boire tes pages.

ce texte est un écho à celui d’Arthémisia: voir son post:

Entre les larmes

Je crois encore voir

Les pages de ta peau.

Photo:  Imogen Cunningham