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Colette Fournier – Au matin


photo Andreas Feininnger

photo Andreas Feininnger

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Longtemps, mon cœur a battu au flanc du jour.

L’aube était pure, si pure,

Un lever de mystères blancs,

Une pluie d’instants menus dessinés au fusain noir,

La rue et son appel rauque et volage,

La prairie songeuse au soleil,

Et immobile sous un ciel d’extase,

L’eau dormante d’un étang blond.

Longtemps, je suis restée suspendue aux matins,

Aux histoires de fées et de lutins,

Osant à peine, à peine, poser mes pas pointus,

Sur l’herbe mouillée de peur de l’abimer un peu,

Craignant de réveiller juste par mon souffle,

Les esprits endormis de la forêt,

Et les fleurs assoupies dans leurs corolles soumises,

Et que le vent, doucement, plie.

Je ne veux pas, donnant à mon cœur du repos,

Oublier l’odeur des départs,

La nuit couchée en coin comme un chat dispos,

Je ne veux pas refuser tes larmes,

Quand tu te penches sur la vie et que tu l’aimes encore,

Je ne veux rien effacer dans tes yeux, pas même ta mémoire,

Juste goûter encore la ferveur des matins, encore, demain….

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( visible dans le blog de phedrienne : http://colettefournier.com/2013/02/21/au-matin/)


Thomas Pontillo – Il suffirait qu’un peu de ciel


gravure: Alechinsky

gravure sur bois :   P Alechinsky

 

 

 

extrait de Ce qu’ a dit la beauté

 

 

 

 

 

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Il suffirait qu’un peu de ciel
appelle d’une voix d’eau ou de vent
pour que l’air ouvre des portes battantes
vers la mer nourrie de larmes,
pour que tout se révèle,
troué d’étoiles éblouies et de joie.

 

Mais les oiseaux se sont tus,
le ciel est noir et vide,
les décombres s’entassent près de nos murs,
plus personne n’ouvre les yeux,
car la chair nous a quittés.

à lire  parmi beaucoup  de très  beaux  textes  de Thomas Pontillo, visibles ici

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Cathy Garcia – Luciole


 

 

 

photo paige de Ponte, extraite  de Gaia

photo        Paige de Ponte,        extraite de Gaia

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Tu es
beau
de cette beauté brute
encore un peu gauche
bougonne
farouche
tes pommettes tes yeux
me parlent d’un ailleurs
que j’ai déjà connu

comment pourquoi
résister
tendre esquisse de vol
les gestes en équilibre
étonnés d’eux-mêmes

comment pourquoi
oublier
cette lumière
au dedans
au-dehors
le vent qui berce
sur nos têtes
les arbres en partance
imaginaire

le parfum du bois
le grognement de la chienne
et la nuit soûle
d’étoiles
qui se roule à terre

comment pourquoi
s’arracher des lèvres
ce goût d’effraction ?

tu es
vois-tu

de ceux qui me voient
comme je me rêve

l’illusion
est si belle

vaut bien la blessure
que tu ne manqueras pas
de me faire

 

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Adonis – la plume du corbeau


Chapiteau roman: eglise d'oulchy-le-chateau-

Chapiteau roman: eglise d’oulchy-le-chateau-

LA PLUME DU CORBEAU

1.

Je viens sans fleurs et sans champs
Je viens sans saisons

Rien ne m’appartient dans le sable
dans les vents
dans la splendeur du matin
qu’un sang jeune courant avec le ciel
La terre sur mon front prophétique
est vol d’oiseau sans fin

Je viens sans saisons
sans fleurs, sans champs
Une source de poussière jaillit dans mon sang
et je vis dans mes yeux
je me nourris de mes yeux

Je vis, menant mon existence
dans l’attente d’un navire qui enlacerait l’univers
plongerait jusqu’aux tréfonds
comme un rêve
ou dans l’incertitude
comme s’il partait pour ne jamais revenir

2.

Dans le cancer du silence, dans l’encerclement
j’écris mes poèmes sur l’argile
avec la plume du corbeau

Je le sais: pas de clarté sur mes paupières
plus rien que la sagesse de la poussière

Je m’assieds au café avec le jour
avec le bois de la chaise
et les mégots jetés
Je m’assieds dans l’attente
d’une rencontre oubliée

3.

Je veux m’agenouiller
Je veux prier le hibou aux ailes brisées
les braises, les vents
Je veux prier l’astre dérouté dans le ciel
la mort, la peste
Je veux brûler dans l’encens
mes jours blancs et mes chants
mes cahiers, l’encre et l’encrier
Je veux prier n’importe quelle chose
ignorante de la prière

4.

Beyrouth n’est pas apparue sur mon chemin
Beyrouth n’a pas fleuri – voyez mes champs
Beyrouth n’a pas donné de fruits
Et voici un printemps de sauterelles
et de sable sur mes labours
Je suis seul, sans fleurs et sans saisons
seul avec les fruits
Du coucher du soleil jusqu’à son lever
je traverse Beyrouth sans la voir
J’habite Beyrouth mais je ne la vois pas

L’amour les fruits et moi
nous partons en compagnie du jour
Nous partons pour un autre horizon

 

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traduit de l’arabe ( auteur libanais ) – par Anne Wade Minkowski

Chants de Mihyar le Damascène Sindbad
La Bibliothèque arabe 1983

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En présence de l’inconnu ( RC )



Un quart de tour de terre
Suffit à bouleverser les  critères,
Mettre en présence l’inconnu
Aux enfants marchant les pieds nus,
Dans la poussière…
C’est quand même un mystère
De voir arriver par les airs
Et au-delà des mers

Tous ces gens  venus d’ailleurs
Et d’un monde pensé meilleur,
Sortant de leur carrosse
Qui se reflète dans les yeux  des gosses.

Ils n’en  croient pas leurs yeux
Quand viennent  se poser devant eux
Brillant de chromes et courbures,
De grosses voitures

Que leurs mains ,  osent parcourir
Les toucher du doigt, en garder souvenir
Lors d’une  courte pause, regards en miroir,
Les reflets du toucher, se jouent en noir…

C’est avoir  à portée  de mains,    le mythe
de l’occident,      – que les  rêves  habitent…

Il y a toujours des pensées avides,
Même pour les bouteilles en plastique,  vides.

-

RC   -  24 décembre 2012

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Que deviendront tes yeux ? ( RC )


peinture:   Max Ernst:  le XXè siècle  -  1955

peinture: Max Ernst: le XXè siècle – 1955

Que deviendront tes yeux
Quand le regard  s’effacera
Et se pointera au-delà de moi ?

Tu y seras diffférente
Tu l’es déjà, à penser te trouver
Dans un présent  qui t’a  échappé,

Jusqu’à présent à la merci d’un  chemin
Où tu n’as pas trouvé ta voie,
…..  Et tu marches illuminée

Vers une étoile brillant pour toi
Seule, et indifférente aux  autres
Et qui se joue de ta transe

Au delà des vallées, des rocs
Et des plaines, vers de sombres forêts
Où, justement,  tu la perdras.

RC  -  12 janvier 2013

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Zbigniew Herbert – mais eux se nouaient les bras autour du cou


 

Les forêts flambaient –
mais eux
se nouaient les bras autour du cou
comme bouquets de roses

les gens couraient aux abris –
il disait que dans les cheveux de sa femme
on pouvait se cacher

blottis sous une couverture
ils murmuraient des mots impudiques
litanie des amoureux

Quand cela tourna très mal
ils se jetèrent dans les yeux de l’autre
et les fermèrent fort

si fort qu’ils ne sentirent pas le feu
qui gagnait les cils

hardis jusqu’à la fin
fidèles jusqu’à la fin
pareils jusqu’à la fin
comme deux gouttes
arrêtées au bord du visage

 

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Roland Dauxois – L’étrange nuit des pierres


 

 

 

 

Encre sur papier:                         Roland Dauxois, voir son site de reproductions

 

-

 

Soumis nous sommes


à l’étrange nuit des pierres,


à l’étrange loi des
incendies

,
qui ruinent parfois nos yeux


sous nos paupières.


La nuit travaillée

 


Jean Mogin – Quand j’ai besoin de bleu


 

 

peinture: H Matisse:                la fenêtre bleue       1911

Quand j’ai besoin de bleu, de bleu,
De bleu de mer et d’outre-mer,
De bleu de ciel et d’outre-ciel,
De bleu marin, de bleu céleste,
Quand j’ai besoin profond,
Quand j’ai besoin altier,
Quand j’ai besoin d’envol,

Quand j’ai besoin de nage,
Et de plonger en ciel,
Et de voler sous l’eau,
Quand j’ai besoin de bleu
Pour l’âme et le visage,
Pour tout le corps laver,
Pour ondoyer le cœur,

Quand j’ai besoin de bleu
Pour mon éternité,
Pour déborder ma vie,
Pour aller au-delà
Rassurer ma terreur,
Pour savoir qu’au-delà
Tout reprend de plus belle,
Quand j’ai besoin de bleu,
L’hiver,
Quand j’ai besoin de bleu,
La nuit,
J’ai recours à tes yeux.
La belle alliance

-

, Paris, Seghers, s.d.

 

-

 

 


Pierre La Paix – Sublime retour


installation              : Sarah Hobbs

Sublime Retour (écho du poème "Sublime Regain")*
par Pierre La Paix Ndamè, samedi 15 octobre 2011,
-
-

Les déserts des bonheurs oubliés,

Si larges, si veufs… si neufs !

J’ai cherché dans la nuit de l’oubli,

Des sourires tiens

Que l’absence avait emportés.

Le silence imprudent de ton départ

A balafré sur les atomes des jours

Les regrets fanés,

Les secrets profanés

Que le temps effaçait mal…

 

Mais à l’espoir tenace de te revoir,

Mon cœur a cru.

Et au clair des lunes sans toi,

J’ai souvent chanté le refrain

Unique qui finissait nos serments.

Fou, j’ai rédigé

«Dans le murmure de toi »

Le psaume accompli

Qui confirmait l’adieu douloureux.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts

Dis-tu ?

Mais celle de mes yeux réclame encore

Le frou-frou de tes joues câlines

A l’insu des muets matins,

L’aube toute affolée de toi

T’a ramenée revivre

Le printemps heureux

Qui nous manquait tous deux.

Tremblants sous l’effet du retour,

Refusant d’accepter l’impossible

Nous avons redessiné Cupidon

Avec les doigts d’Aphrodite

Et sa flèche sans douleur nous a piqués.

Reste avec moi cette nuit…

Reste avec moi cette vie…

-

Pierre La Paix

 

-

Profondes clameurs 2011

* vous pouvez retrouver "sublime regain" à ce lien 

http://www.facebook.com/note.php?note_id=255307977835321

 

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Marie Bauthias – L’ombre des leurres ( extrait 02 )


 

 

 

 

 

photo          Damien Bottura

 

au secret de l’écorce
nos prairies mangent d’orgueil
la couleur et l’attente
le vent qui cueille le rire dans les pleurs
la courbe des mots tendres assis
à notre oreille
l’avalanche des paumes
inscrite sous nos yeux
déjà le désordre furtif d’une peau
grandement amarré

la douce prière que le désir ne nous a pas rendue -…

Marie Bauthias

 

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Pierre-Jean Jouve – Lisbe


peinture        Egon Schiele          couple d’amants        -1913

LISBE

Des ressemblances nous ont égarés dans l’enfance
Etions-nous donc du même sang
Des merveilles se sont passées qui nous ont fait peur
Près des édredons de pleur et de sang rouge
Etions-nous du même sang quand je rencontrai ta blondeur
Avions-nous pleuré les mêmes larmes dans les cages
Et quels attentats en de secrètes chambres
Nous avaient faits aussi à nu que nos pensées ?
O mort il me revient des sons étranges
O vive et un peu rousse et la cuisse penchée
Tes yeux animaux me disent (velours rouge)
Ce qu’un génie n’ose pas même imaginer.

PJJ

-

et pour  faire transition avec mes   "yeux  fertiles  du temps", ce texte  de José Gorostiza

 

LE RIVAGE

Ni eau ni sable
n’est le rivage.

Cette eau sonore
d’écume simple,
cette eau ne peut
être rivage.

Pour reposer
en lieu moelleux,
ni eau ni sable
n’est le rivage.

Les choses aimables,
discrètes,simples,
se joignent
comme font les rivages.

Aussi les lèvres
pour le baiser.
Ni eau ni sable
n’est le rivage.

Chose de mort
je me regarde;
seul,désolé
comme au désert.

Viennent mes larmes:
je dois souffrir.
Ni eau ni sable
n’est le rivage.

José Gorostiza (traduction claude Couffon)

 

-


Claude Esteban – l’ombre


 

 

L’ombre, avec ses couloirs.

Le corps, accoutumé à ses tâtonnements de bête.

Où renaître sans yeux ?

Tous les chemins sont morts.

Reste le vent qui trace et

qui traverse.

D’aussi loin que je peux, je te réponds.

Je monte jusqu’à toi, jour

neuf, sous mes écailles.


Claude Esteban

in « Conjoncture du corps et du jardin »

 

 

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Cesar Moro – Le monde illustre


photo – reportage auteur inconnu

-

 

 

LE MONDE ILLUSTRE

Semblable à ta fenêtre qui n’existe pas
Comme une ombre de main sur un instrument fantasme
Semblable aux veines et au parcours intense de ton sang
Avec la même similitude avec la continuité précieuse que
M’assure idéalement ton existence
A une distance
A la distance
Malgré la distance
Avec ta face et ton visage
Et toute ta présence sans fermer les yeux
Et le paysage qui bourgeonne en ta présence quand la ville
N’était pas je ne pouvais être que le reflet inutile de ta présence d’hécatombe
Pour mieux mouiller les plumes des oiseaux
Cette pluie tombe de très haut
Et m’enferme dans toi moi seulement
Dans et loin de toi
Comme un chemin qui se perd sur un autre continent

EL MUNDO ILUSTRADO

Igual que tu ventana que no existe
Como una sombra de mano en un instrumento fantasma
Igual que las venas y el recorrido intenso de tu sangre
Con la misma igualdad con la continuidad preciosa que me
asegura idealmente tu existencia
A una distancia
A la distancia
A pesar de la distancia
Con tu frente y tu rostro
Y toda tu presencia sin cerrar los ojos
Y el paisaje que brota de tu presencia cuando la ciudad no
era no podía ser sino el reflejo inútil de tu presencia de hecatombe
Para mejor mojar las plumas de las aves
Cae esta lluvia de muy alto
Y me encierra dentro de ti a mí solo
Dentro y lejos de ti
Como un camino que se pierde en otro continente

Extrait de   " la tortuga ecuestre"

photo: auteur inconnu

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César Moro est né à Lima en 1903. Encore jeune, il décide d’immigrer (1924) en pensant vivre de ses peintures.
Il choisit la FRANCE, découvre le mouvement surréaliste et sa nouvelle vocation pour la poésie. C’est en français qu’il choisit d’écrire ses poèmes.
Après huit années passées et une participation active dans le groupe surréaliste 1928/1933, il retourne au Pérou où il se lie d’amitié avec E.A.WESTPHALEN avec lequel il partage ses idées, et font découvrir le surréalisme en Amérique Latine.
Il part au Mexique en 1938 où il retrouve ses amis parisiens. C’est la période la plus productive de sa vie et (l’exception confirmant la règle), il écrira cette fois-ci en espagnol: " La tortuga ecuestre ". De même, sous la direction d’André Breton, il organisera avec Wolfgang PAALEN, l’Exposition Internationale du Surréalisme en 1940 qui a lieu au Mexique

 

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Boris Vian – la rue traversière


photo Venise de nuit

 

 

-

 

Dans la rue Traversière
Il y poussait des roses
Et tout un tas d’aut’ choses
Que personne ne voyait.

Dans la rue Traversière
Y avait un vieux bébé
Qui pleurait à la f’ntre
Pac’ qu’il allait tomber.

Dans la rue Traversière
Y avait un’ grand’maman
Qui montrait son derrière
Pour deux cent trente-cinq francs.

Dans la rue Traversière
Silencieux près d’une borne
Y avait un militaire
Les pieds dans son bicorne

Dans la rue Traversière
Y avait un inventeur
Qui f’sait des montgolfières
En noir et en couleurs.

Dans la rue Traversière
Y avait une guillotine
Qui coupait des cigares
Pour le papa d’Aline

Dans la rue Traversière
Y avait des amoureux
Sous les portes cochères
Qui se comptaient les yeux

Dans la rue Traversière
Y avait des lions féroces
Habillés en cosaques
Pour aller à la noce.

Dans la rue Traversière
On n’y passait jamais
C’était pas une vraie rue
Et tout l’monde était mort…

 

 

-


Miguel Veyrat – J’ouvre les yeux et meurs


photo: Helen Levitt

-

J’ouvre les yeux et meurs,
mémoire réchappée d’un autre exil
qui parcourt la peur.
Peut-être un dieu atterré
comme l’enfant qui me regarde —vie perdue.

-

extrait  du "vide du ciel "   2003

 

 

–  que M Veyrat a complété  avec:

 

Et d’ouvrir nos yeux qui disent :

bloquer les racines plutôt que de croiser

la bouche des élèves alors qu’ils reviennent de la plage

et de les  laisser : déployer au retour  entre actes prétendants et agressions  ,

que nous luttons contre les ombres des scénarios : Cuacuacuacuacuá.

 

Grimper avec Hamlet et les compagnons de la chance,   à travers la forêt et au lever du soleil -

une tempête d’appels et de questions au sujet de son avant-dernière évasion :

pour y revenir et re-penser  – .
Nous  descendons sans épée , en montrant des bouquets d’orties, de violettes et de motifs entre les bras d’Ophélie : l’expérience.

Point de senteur.

 

(M. V. du livre « La voix des poètes, Calima 2002 »)

 

 

Y AL ABRIR los ojos digo:
Se traban más las raíces
que cruzan
de la boca a las pupilas
mientras vienen oscilan
y se marchan:
Regresan
aparentando escenarios
desplegados
entre actos y en asaltos
que luchamos con las sombras:
Cuacuacuacuacuá.
Yo con Hamlet y con Lucky
compañeros
hasta trepar por el bosque
y dar la cara al sol
—tormenta
de llamadas y preguntas
en su penúltima fuga:
Para-atrás-para
-vuelve-piensa.
Bajaremos sin espadas
mostrando
ramos de ortigas
de violetas y razones
entre los brazos de Ofelia:
La experiencia. Punto de aroma.

(M. V. del libro "La Voz de los Poetas, Calima 2002)

-


Alain Borne – Je pense


Je pense       (  à Paul Vincensini  )

Je pense que tout est fini

Je pense que tous les fils sont cassés qui retenaient la toile

Je pense que cela est amer et dur

Je pense qu’il reste dorénavant surtout à mourir

Je pense que l’obscur est difficile à supporter après

la lumière

Je pense que l’obscur n’a pas de fin

Je pense qu’il est long de vivre quand vivre n’est plus

que mourir

Je pense que le désespoir est une éponge amère

qui s’empare de tout le sang quand le cour est détruit

 

 

 

-

Je pense que vous allez me renvoyer à la vie qui est

immense

et à ce reste des femmes qui ont des millions de visages

Je pense qu’il n’y a qu’un visage pour mes yeux

Je pense qu’il n’y a pas de remède

Je pense qu’il n’y a qu’à poser la plume

et laisser les démons et les larves continuer le récit

et maculer la page

Je pense que se tenir la tête longtemps sous l’eau

finit par étourdir

et qu’il y a de la douceur à remplacer son cerveau

par de la boue

Je pense que tout mon espoir que tout mon bonheur

est de devenir enfin aveugle sourd et insensible

Je pense que tout est fini.

Alain Borne


Anna Akhmatova – Les fleurs du rendez-vous manqué


peinture: autoportrait de Modersohn-Becker, avec une branche de camélias 1907

 
Autour  du  cou  un  fin  rosaire,
Des mains  cachées  dans un manchon,
Des yeux distraits et  sans  colère
Qui  jamais plus ne pleureront.

Un visage  qui  semble  pâle,
A cause  du  satin  lilas;
Jusqu’aux  sourcils mêmes, s’étale
Ma  frange  qui  ne boucle pas  .

La  démarche est  lente, incertaine ,
Et  n’a rien  du  vol  d’un  oiseau,
Comme  si le parquet  de chêne
Etait  sous mes pieds un radeau.

La  bouche  entrouverte  et  chagrine,
Je  suis  tout  près  de  suffoquer,
Et  frissonnent  sur ma poitrine
Les  fleurs   du  rendez-vous  manqué.

(1921)


E.E.Cummings – s’il existe des cieux ,ma mère


photo: Galen Rowell

 

s’il existe des cieux,  ma mère(rien que pour elle) en aura
un.            Ce ne sera pas un ciel de pensées ni
un ciel fragile de muguets mais
ce sera un ciel de roses rougenoires

mon père serait (profond comme une rose
grand comme une rose)

debout près de ma

se balançant au-dessus d’elle
(en silence)
avec mes yeux qui sont en réalité qui
est une fleur et non un visage avec
des mains
qui murmurent
Voici ma bien-aimée ma

(soudain dans la lumière du soleil
il s’inclinera

et le jardin tout entier s’inclinera)

E.E.—maintenant que triglyphe est là)

——

E.E.Cummings
. Traduction inédite de Jacques Demarcq.

 

 

-


Arthémisia – elle sait


dessin: l'homme qui marche - Alberto Giacometti

Toujours plein de belles  créations, sur le blog  corpsetame  d’Arthémisia,  je  republie ici un de ses posts  anciens, de 2007

536 – Elle sait

 
Son âme tremble de faim, de faim et de peur, sur sa bouche et dans ses yeux immenses.
 
A qui parle elle ?
Plus qu’aux images.
 
Elle est un témoin gênant.  Elle a trop vu. Tout peut-être.
 
L’expérience fut la même pour elle que quand, après avoir passé ses doigts dans les poils d’une bête, les avoir lissés du plat de la main, avoir pris du plaisir à la caresse, tout à coup, on exerce un geste rapide à rebours, un retour, une remontée fulgurante, un regret vers du nu, vers le nid, le glabre de la pierre vermillonne de la lèvre actinique et qu’on y découvre la cruauté.
 
Elle s’est approchée des lèvres, les a entendues, les a bues. Jusqu’à la douleur. La pire douleur.
Elle y a rencontré l’absence, ce manque pendu aux mots, lamentable.
Eux, ils ânonnaient en surface, distillant les doses homéopathiques d’une morphine sucrée, illusoire et dangereusement blanche.
Ceux qu’elle a rencontrés ne savent pas la lire. Même quand ils la renversent.
 
Elle, elle sait.
Alors, tant pis pour sa bouche. Et tant pis pour ses yeux immenses.
Ils peuvent encore attendre.
 
Elle sait qu’il viendra.
Copyright © Arthémisia – décembre 2007
-

Gerard de Nerval – Point noir


 

 

 

 

Le point noir
-
Quiconque a regardé le soleil fixement
Croit voir devant ses yeux voler obstinément
Autour de lui, dans l’air, une tache livide.
Ainsi tout jeune encore et plus audacieux,
Sur la gloire un instant j’osai fixer les yeux :
Un point noir est resté dans mon regard avide.
Depuis, mêlée à tout comme un signe de deuil,
Partout, sur quelque endroit que s’arrête mon oeil,
Je la vois se poser aussi, la tache noire !
Quoi, toujours? Entre moi sans cesse et le bonheur!
Oh !  c’est que l’aigle seul – malheur à nous, malheur! -
Contemple impunément le Soleil et la Gloire.


tes yeux, l’encre bleue (RC)


 

 

 

 

peinture perso: détail Big heart - huile sur toile

De tes yeux, l’encre bleue
Vient faire écho aux cieux
Ne reflètent pas le vide
D’un regard liquide

Un monde si furieux
En bosses et en creux
Révèle voiles et lumière
Colères et soufrières

Si le jeyser tout à coup crache
Des émotions qu’ils cachent
Tes yeux, quand ils se lâchent
Ne forment pas tache

Et sans obstacles la course
Des larmes prend sa source
Aux rebonds du passé
Que tu pensais cadenassé

J’irai tendre mes lèvres
Sur tes yeux en fièvre
Pour goûter avide
Ton azur liquide.

 

texte  en rapport d’écho avec celui de JoBougon; larmes en cascade


Cesare Pavese – Tu as un sang, une haleine


 

 

Le grand  écrivain italien, Cesare Pavese, auteur  de "avant que le coq  chante",  a aussi une importante activité  en tant que poète:

 

 

 

 

photo: la maison de la lune

 

 

 

 

TU AS UN SANG, UNE HALEINE

« Tu as un sang, une haleine.
Tu es faite de chair
de cheveux de regards
toi aussi. Terre et arbres,
ciel de mars et lumière,
vibrent et te ressemblent –
ton rire et ta démarche
sont des eaux qui tressaillent –
la ride entre tes yeux
des nuages amassés –
ton tendre corps rappelle
un coteau au soleil. »


Yves Bonnefoy,- dans le leurre du seuil 02


peinture: Arnold BÖcklin , l'île des morts

Plus avant que le chien
Dans la terre noire
Se jette en criant le Passeur

Vers l’autre rive.,
La bouche pleine de boue

Les yeux mangés,
Pousse ta barque pour nous
Dans la matière.
Quel fond trouve ta perche, ‘tu ne sais,
Quelle dérive
ni ce qu’éclaireront, saisis de noir
Les mots du livre.
Plus avant que le chien
Qu’on  recouvre rnal
On t’enveloppe, passeur’

Du manteau des signes.
On te parle, on te donne
Une ou deux clefs, la vaine
Carte d’une autre terre-
Tu écoutes, les yeux dejà, détournés
Vers l’eau obscure.
Tu écoutes, qui tombent,
Les quelques pelletées.
plus avant que le chien
Qui est mort hier
On veut planter, passeur,
Ta phosphorescence.
Les mains des jeunes filles
Ont dégagé la terre
Sous la tige qui porte
L’or des grainées futures.
Tu pourrais distinguer encore leurs bras
Aux ombres lourdes,
Le gonflement des seins
Sous la tunique.
Rire s’enflamme là-haut
Mais tu t’éloignes.

Tu fus jeté sanglant
Dans la lumière,
Tu as ouvert les yeux, criant,
Pour nommer le jour,
Mais le jour n’est pas dit
Que déjà retombe
La draperie du sang, à grand bruit sourd,
Sur la lumière.
Rire s’enflamme là-haut,
Rougeoie dans l’épaisseur