Colette Fournier – Au matin
-
Longtemps, mon cœur a battu au flanc du jour.
L’aube était pure, si pure,
Un lever de mystères blancs,
Une pluie d’instants menus dessinés au fusain noir,
La rue et son appel rauque et volage,
La prairie songeuse au soleil,
Et immobile sous un ciel d’extase,
L’eau dormante d’un étang blond.
Longtemps, je suis restée suspendue aux matins,
Aux histoires de fées et de lutins,
Osant à peine, à peine, poser mes pas pointus,
Sur l’herbe mouillée de peur de l’abimer un peu,
Craignant de réveiller juste par mon souffle,
Les esprits endormis de la forêt,
Et les fleurs assoupies dans leurs corolles soumises,
Et que le vent, doucement, plie.
Je ne veux pas, donnant à mon cœur du repos,
Oublier l’odeur des départs,
La nuit couchée en coin comme un chat dispos,
Je ne veux pas refuser tes larmes,
Quand tu te penches sur la vie et que tu l’aimes encore,
Je ne veux rien effacer dans tes yeux, pas même ta mémoire,
Juste goûter encore la ferveur des matins, encore, demain….
-
( visible dans le blog de phedrienne : http://colettefournier.com/2013/02/21/au-matin/)
Thomas Pontillo – Il suffirait qu’un peu de ciel
extrait de Ce qu’ a dit la beauté
-
Il suffirait qu’un peu de ciel
appelle d’une voix d’eau ou de vent
pour que l’air ouvre des portes battantes
vers la mer nourrie de larmes,
pour que tout se révèle,
troué d’étoiles éblouies et de joie.
Mais les oiseaux se sont tus,
le ciel est noir et vide,
les décombres s’entassent près de nos murs,
plus personne n’ouvre les yeux,
car la chair nous a quittés.
à lire parmi beaucoup de très beaux textes de Thomas Pontillo, visibles ici
-
Cathy Garcia – Luciole

photo Paige de Ponte, extraite de Gaia
-
Tu es
beau
de cette beauté brute
encore un peu gauche
bougonne
farouche
tes pommettes tes yeux
me parlent d’un ailleurs
que j’ai déjà connu
comment pourquoi
résister
tendre esquisse de vol
les gestes en équilibre
étonnés d’eux-mêmes
comment pourquoi
oublier
cette lumière
au dedans
au-dehors
le vent qui berce
sur nos têtes
les arbres en partance
imaginaire
le parfum du bois
le grognement de la chienne
et la nuit soûle
d’étoiles
qui se roule à terre
comment pourquoi
s’arracher des lèvres
ce goût d’effraction ?
tu es
vois-tu
de ceux qui me voient
comme je me rêve
l’illusion
est si belle
vaut bien la blessure
que tu ne manqueras pas
de me faire
-
Adonis – la plume du corbeau
LA PLUME DU CORBEAU
1.
Je viens sans fleurs et sans champs
Je viens sans saisons
Rien ne m’appartient dans le sable
dans les vents
dans la splendeur du matin
qu’un sang jeune courant avec le ciel
La terre sur mon front prophétique
est vol d’oiseau sans fin
Je viens sans saisons
sans fleurs, sans champs
Une source de poussière jaillit dans mon sang
et je vis dans mes yeux
je me nourris de mes yeux
Je vis, menant mon existence
dans l’attente d’un navire qui enlacerait l’univers
plongerait jusqu’aux tréfonds
comme un rêve
ou dans l’incertitude
comme s’il partait pour ne jamais revenir
2.
Dans le cancer du silence, dans l’encerclement
j’écris mes poèmes sur l’argile
avec la plume du corbeau
Je le sais: pas de clarté sur mes paupières
plus rien que la sagesse de la poussière
Je m’assieds au café avec le jour
avec le bois de la chaise
et les mégots jetés
Je m’assieds dans l’attente
d’une rencontre oubliée
3.
Je veux m’agenouiller
Je veux prier le hibou aux ailes brisées
les braises, les vents
Je veux prier l’astre dérouté dans le ciel
la mort, la peste
Je veux brûler dans l’encens
mes jours blancs et mes chants
mes cahiers, l’encre et l’encrier
Je veux prier n’importe quelle chose
ignorante de la prière
4.
Beyrouth n’est pas apparue sur mon chemin
Beyrouth n’a pas fleuri – voyez mes champs
Beyrouth n’a pas donné de fruits
Et voici un printemps de sauterelles
et de sable sur mes labours
Je suis seul, sans fleurs et sans saisons
seul avec les fruits
Du coucher du soleil jusqu’à son lever
je traverse Beyrouth sans la voir
J’habite Beyrouth mais je ne la vois pas
L’amour les fruits et moi
nous partons en compagnie du jour
Nous partons pour un autre horizon
-
traduit de l’arabe ( auteur libanais ) – par Anne Wade Minkowski
Chants de Mihyar le Damascène Sindbad
La Bibliothèque arabe 1983
-
En présence de l’inconnu ( RC )

Un quart de tour de terre
Suffit à bouleverser les critères,
Mettre en présence l’inconnu
Aux enfants marchant les pieds nus,
Dans la poussière…
C’est quand même un mystère
De voir arriver par les airs
Et au-delà des mers
Tous ces gens venus d’ailleurs
Et d’un monde pensé meilleur,
Sortant de leur carrosse
Qui se reflète dans les yeux des gosses.
Ils n’en croient pas leurs yeux
Quand viennent se poser devant eux
Brillant de chromes et courbures,
De grosses voitures
Que leurs mains , osent parcourir
Les toucher du doigt, en garder souvenir
Lors d’une courte pause, regards en miroir,
Les reflets du toucher, se jouent en noir…
C’est avoir à portée de mains, le mythe
de l’occident, – que les rêves habitent…
Il y a toujours des pensées avides,
Même pour les bouteilles en plastique, vides.
-
RC - 24 décembre 2012
-
Que deviendront tes yeux ? ( RC )
Que deviendront tes yeux
Quand le regard s’effacera
Et se pointera au-delà de moi ?
Tu y seras diffférente
Tu l’es déjà, à penser te trouver
Dans un présent qui t’a échappé,
Jusqu’à présent à la merci d’un chemin
Où tu n’as pas trouvé ta voie,
….. Et tu marches illuminée
Vers une étoile brillant pour toi
Seule, et indifférente aux autres
Et qui se joue de ta transe
Au delà des vallées, des rocs
Et des plaines, vers de sombres forêts
Où, justement, tu la perdras.
RC - 12 janvier 2013
-
Zbigniew Herbert – mais eux se nouaient les bras autour du cou

Les forêts flambaient –
mais eux
se nouaient les bras autour du cou
comme bouquets de roses
les gens couraient aux abris –
il disait que dans les cheveux de sa femme
on pouvait se cacher
blottis sous une couverture
ils murmuraient des mots impudiques
litanie des amoureux
Quand cela tourna très mal
ils se jetèrent dans les yeux de l’autre
et les fermèrent fort
si fort qu’ils ne sentirent pas le feu
qui gagnait les cils
hardis jusqu’à la fin
fidèles jusqu’à la fin
pareils jusqu’à la fin
comme deux gouttes
arrêtées au bord du visage
-
Roland Dauxois – L’étrange nuit des pierres

Encre sur papier: Roland Dauxois, voir son site de reproductions
-
Soumis nous sommes
à l’étrange nuit des pierres,
à l’étrange loi des incendies
,
qui ruinent parfois nos yeux
sous nos paupières.
La nuit travaillée
Jean Mogin – Quand j’ai besoin de bleu
Quand j’ai besoin de bleu, de bleu,
De bleu de mer et d’outre-mer,
De bleu de ciel et d’outre-ciel,
De bleu marin, de bleu céleste,
Quand j’ai besoin profond,
Quand j’ai besoin altier,
Quand j’ai besoin d’envol,
Quand j’ai besoin de nage,
Et de plonger en ciel,
Et de voler sous l’eau,
Quand j’ai besoin de bleu
Pour l’âme et le visage,
Pour tout le corps laver,
Pour ondoyer le cœur,
Quand j’ai besoin de bleu
Pour mon éternité,
Pour déborder ma vie,
Pour aller au-delà
Rassurer ma terreur,
Pour savoir qu’au-delà
Tout reprend de plus belle,
Quand j’ai besoin de bleu,
L’hiver,
Quand j’ai besoin de bleu,
La nuit,
J’ai recours à tes yeux.
La belle alliance
-
, Paris, Seghers, s.d.
-
Pierre La Paix – Sublime retour
Les déserts des bonheurs oubliés,
Si larges, si veufs… si neufs !
J’ai cherché dans la nuit de l’oubli,
Des sourires tiens
Que l’absence avait emportés.
Le silence imprudent de ton départ
A balafré sur les atomes des jours
Les regrets fanés,
Les secrets profanés
Que le temps effaçait mal…
Mais à l’espoir tenace de te revoir,
Mon cœur a cru.
Et au clair des lunes sans toi,
J’ai souvent chanté le refrain
Unique qui finissait nos serments.
Fou, j’ai rédigé
«Dans le murmure de toi »
Le psaume accompli
Qui confirmait l’adieu douloureux.
Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts
Dis-tu ?
Mais celle de mes yeux réclame encore
Le frou-frou de tes joues câlines
A l’insu des muets matins,
L’aube toute affolée de toi
T’a ramenée revivre
Le printemps heureux
Qui nous manquait tous deux.
Tremblants sous l’effet du retour,
Refusant d’accepter l’impossible
Nous avons redessiné Cupidon
Avec les doigts d’Aphrodite
Et sa flèche sans douleur nous a piqués.
Reste avec moi cette nuit…
Reste avec moi cette vie…
-
Pierre La Paix
-
Profondes clameurs 2011
* vous pouvez retrouver "sublime regain" à ce lien
http://www.facebook.com/note.php?note_id=255307977835321
-
Marie Bauthias – L’ombre des leurres ( extrait 02 )
au secret de l’écorce
nos prairies mangent d’orgueil
la couleur et l’attente
le vent qui cueille le rire dans les pleurs
la courbe des mots tendres assis
à notre oreille
l’avalanche des paumes
inscrite sous nos yeux
déjà le désordre furtif d’une peau
grandement amarré
la douce prière que le désir ne nous a pas rendue -…
Marie Bauthias
-
Pierre-Jean Jouve – Lisbe
LISBE
Des ressemblances nous ont égarés dans l’enfance
Etions-nous donc du même sang
Des merveilles se sont passées qui nous ont fait peur
Près des édredons de pleur et de sang rouge
Etions-nous du même sang quand je rencontrai ta blondeur
Avions-nous pleuré les mêmes larmes dans les cages
Et quels attentats en de secrètes chambres
Nous avaient faits aussi à nu que nos pensées ?
O mort il me revient des sons étranges
O vive et un peu rousse et la cuisse penchée
Tes yeux animaux me disent (velours rouge)
Ce qu’un génie n’ose pas même imaginer.
PJJ
-
et pour faire transition avec mes "yeux fertiles du temps", ce texte de José Gorostiza
LE RIVAGE
Ni eau ni sable
n’est le rivage.
Cette eau sonore
d’écume simple,
cette eau ne peut
être rivage.
Pour reposer
en lieu moelleux,
ni eau ni sable
n’est le rivage.
Les choses aimables,
discrètes,simples,
se joignent
comme font les rivages.
Aussi les lèvres
pour le baiser.
Ni eau ni sable
n’est le rivage.
Chose de mort
je me regarde;
seul,désolé
comme au désert.
Viennent mes larmes:
je dois souffrir.
Ni eau ni sable
n’est le rivage.
José Gorostiza (traduction claude Couffon)
-
Claude Esteban – l’ombre
L’ombre, avec ses couloirs.
Le corps, accoutumé à ses tâtonnements de bête.
Où renaître sans yeux ?
Tous les chemins sont morts.
Reste le vent qui trace et
qui traverse.
D’aussi loin que je peux, je te réponds.
Je monte jusqu’à toi, jour
neuf, sous mes écailles.
Claude Esteban
in « Conjoncture du corps et du jardin »
-
Cesar Moro – Le monde illustre
-
LE MONDE ILLUSTRE
Semblable à ta fenêtre qui n’existe pas
Comme une ombre de main sur un instrument fantasme
Semblable aux veines et au parcours intense de ton sang
Avec la même similitude avec la continuité précieuse que
M’assure idéalement ton existence
A une distance
A la distance
Malgré la distance
Avec ta face et ton visage
Et toute ta présence sans fermer les yeux
Et le paysage qui bourgeonne en ta présence quand la ville
N’était pas je ne pouvais être que le reflet inutile de ta présence d’hécatombe
Pour mieux mouiller les plumes des oiseaux
Cette pluie tombe de très haut
Et m’enferme dans toi moi seulement
Dans et loin de toi
Comme un chemin qui se perd sur un autre continent
EL MUNDO ILUSTRADO
Igual que tu ventana que no existe
Como una sombra de mano en un instrumento fantasma
Igual que las venas y el recorrido intenso de tu sangre
Con la misma igualdad con la continuidad preciosa que me
asegura idealmente tu existencia
A una distancia
A la distancia
A pesar de la distancia
Con tu frente y tu rostro
Y toda tu presencia sin cerrar los ojos
Y el paisaje que brota de tu presencia cuando la ciudad no
era no podía ser sino el reflejo inútil de tu presencia de hecatombe
Para mejor mojar las plumas de las aves
Cae esta lluvia de muy alto
Y me encierra dentro de ti a mí solo
Dentro y lejos de ti
Como un camino que se pierde en otro continente
Extrait de " la tortuga ecuestre"
-
César Moro est né à Lima en 1903. Encore jeune, il décide d’immigrer (1924) en pensant vivre de ses peintures.
Il choisit la FRANCE, découvre le mouvement surréaliste et sa nouvelle vocation pour la poésie. C’est en français qu’il choisit d’écrire ses poèmes.
Après huit années passées et une participation active dans le groupe surréaliste 1928/1933, il retourne au Pérou où il se lie d’amitié avec E.A.WESTPHALEN avec lequel il partage ses idées, et font découvrir le surréalisme en Amérique Latine.
Il part au Mexique en 1938 où il retrouve ses amis parisiens. C’est la période la plus productive de sa vie et (l’exception confirmant la règle), il écrira cette fois-ci en espagnol: " La tortuga ecuestre ". De même, sous la direction d’André Breton, il organisera avec Wolfgang PAALEN, l’Exposition Internationale du Surréalisme en 1940 qui a lieu au Mexique
-
Boris Vian – la rue traversière

photo Venise de nuit
-
Dans la rue Traversière
Il y poussait des roses
Et tout un tas d’aut’ choses
Que personne ne voyait.
Dans la rue Traversière
Y avait un vieux bébé
Qui pleurait à la f’ntre
Pac’ qu’il allait tomber.
Dans la rue Traversière
Y avait un’ grand’maman
Qui montrait son derrière
Pour deux cent trente-cinq francs.
Dans la rue Traversière
Silencieux près d’une borne
Y avait un militaire
Les pieds dans son bicorne
Dans la rue Traversière
Y avait un inventeur
Qui f’sait des montgolfières
En noir et en couleurs.
Dans la rue Traversière
Y avait une guillotine
Qui coupait des cigares
Pour le papa d’Aline
Dans la rue Traversière
Y avait des amoureux
Sous les portes cochères
Qui se comptaient les yeux
Dans la rue Traversière
Y avait des lions féroces
Habillés en cosaques
Pour aller à la noce.
Dans la rue Traversière
On n’y passait jamais
C’était pas une vraie rue
Et tout l’monde était mort…
-
Miguel Veyrat – J’ouvre les yeux et meurs
-
J’ouvre les yeux et meurs,
mémoire réchappée d’un autre exil
qui parcourt la peur.
Peut-être un dieu atterré
comme l’enfant qui me regarde —vie perdue.
-
extrait du "vide du ciel " 2003
– que M Veyrat a complété avec:
–
Et d’ouvrir nos yeux qui disent :
bloquer les racines plutôt que de croiser
la bouche des élèves alors qu’ils reviennent de la plage
et de les laisser : déployer au retour entre actes prétendants et agressions ,
que nous luttons contre les ombres des scénarios : Cuacuacuacuacuá.
Grimper avec Hamlet et les compagnons de la chance, à travers la forêt et au lever du soleil -
une tempête d’appels et de questions au sujet de son avant-dernière évasion :
pour y revenir et re-penser – .
Nous descendons sans épée , en montrant des bouquets d’orties, de violettes et de motifs entre les bras d’Ophélie : l’expérience.
Point de senteur.
–
(M. V. du livre « La voix des poètes, Calima 2002 »)
—
Se traban más las raíces
que cruzan
de la boca a las pupilas
mientras vienen oscilan
y se marchan:
Regresan
aparentando escenarios
desplegados
entre actos y en asaltos
que luchamos con las sombras:
Cuacuacuacuacuá.
Yo con Hamlet y con Lucky
compañeros
hasta trepar por el bosque
y dar la cara al sol
—tormenta
de llamadas y preguntas
en su penúltima fuga:
Para-atrás-para
-vuelve-piensa.
Bajaremos sin espadas
mostrando
ramos de ortigas
de violetas y razones
entre los brazos de Ofelia:
La experiencia. Punto de aroma.
(M. V. del libro "La Voz de los Poetas, Calima 2002)
-
Alain Borne – Je pense
Je pense ( à Paul Vincensini )
Je pense que tout est fini
Je pense que tous les fils sont cassés qui retenaient la toile
Je pense que cela est amer et dur
Je pense qu’il reste dorénavant surtout à mourir
Je pense que l’obscur est difficile à supporter après
la lumière
Je pense que l’obscur n’a pas de fin
Je pense qu’il est long de vivre quand vivre n’est plus
que mourir
Je pense que le désespoir est une éponge amère
qui s’empare de tout le sang quand le cour est détruit
-
Je pense que vous allez me renvoyer à la vie qui est
immense
et à ce reste des femmes qui ont des millions de visages
Je pense qu’il n’y a qu’un visage pour mes yeux
Je pense qu’il n’y a pas de remède
Je pense qu’il n’y a qu’à poser la plume
et laisser les démons et les larves continuer le récit
et maculer la page
Je pense que se tenir la tête longtemps sous l’eau
finit par étourdir
et qu’il y a de la douceur à remplacer son cerveau
par de la boue
Je pense que tout mon espoir que tout mon bonheur
est de devenir enfin aveugle sourd et insensible
Je pense que tout est fini.
Alain Borne
Anna Akhmatova – Les fleurs du rendez-vous manqué
Autour du cou un fin rosaire,
Des mains cachées dans un manchon,
Des yeux distraits et sans colère
Qui jamais plus ne pleureront.
Un visage qui semble pâle,
A cause du satin lilas;
Jusqu’aux sourcils mêmes, s’étale
Ma frange qui ne boucle pas .
La démarche est lente, incertaine ,
Et n’a rien du vol d’un oiseau,
Comme si le parquet de chêne
Etait sous mes pieds un radeau.
La bouche entrouverte et chagrine,
Je suis tout près de suffoquer,
Et frissonnent sur ma poitrine
Les fleurs du rendez-vous manqué.
(1921)
E.E.Cummings – s’il existe des cieux ,ma mère
s’il existe des cieux, ma mère(rien que pour elle) en aura
un. Ce ne sera pas un ciel de pensées ni
un ciel fragile de muguets mais
ce sera un ciel de roses rougenoires
mon père serait (profond comme une rose
grand comme une rose)
debout près de ma
se balançant au-dessus d’elle
(en silence)
avec mes yeux qui sont en réalité qui
est une fleur et non un visage avec
des mains
qui murmurent
Voici ma bien-aimée ma
(soudain dans la lumière du soleil
il s’inclinera
et le jardin tout entier s’inclinera)
E.E.—maintenant que triglyphe est là)
——
E.E.Cummings
. Traduction inédite de Jacques Demarcq.
-
Arthémisia – elle sait

dessin: l'homme qui marche - Alberto Giacometti
Toujours plein de belles créations, sur le blog corpsetame d’Arthémisia, je republie ici un de ses posts anciens, de 2007
536 – Elle sait
Gerard de Nerval – Point noir
Le point noir
-
Quiconque a regardé le soleil fixement
Croit voir devant ses yeux voler obstinément
Autour de lui, dans l’air, une tache livide.
Ainsi tout jeune encore et plus audacieux,
Sur la gloire un instant j’osai fixer les yeux :
Un point noir est resté dans mon regard avide.
Depuis, mêlée à tout comme un signe de deuil,
Partout, sur quelque endroit que s’arrête mon oeil,
Je la vois se poser aussi, la tache noire !
Quoi, toujours? Entre moi sans cesse et le bonheur!
Oh ! c’est que l’aigle seul – malheur à nous, malheur! -
Contemple impunément le Soleil et la Gloire.
tes yeux, l’encre bleue (RC)
De tes yeux, l’encre bleue
Vient faire écho aux cieux
Ne reflètent pas le vide
D’un regard liquide
Un monde si furieux
En bosses et en creux
Révèle voiles et lumière
Colères et soufrières
Si le jeyser tout à coup crache
Des émotions qu’ils cachent
Tes yeux, quand ils se lâchent
Ne forment pas tache
Et sans obstacles la course
Des larmes prend sa source
Aux rebonds du passé
Que tu pensais cadenassé
J’irai tendre mes lèvres
Sur tes yeux en fièvre
Pour goûter avide
Ton azur liquide.
texte en rapport d’écho avec celui de JoBougon; larmes en cascade
Cesare Pavese – Tu as un sang, une haleine
Le grand écrivain italien, Cesare Pavese, auteur de "avant que le coq chante", a aussi une importante activité en tant que poète:
TU AS UN SANG, UNE HALEINE
« Tu as un sang, une haleine.
Tu es faite de chair
de cheveux de regards
toi aussi. Terre et arbres,
ciel de mars et lumière,
vibrent et te ressemblent –
ton rire et ta démarche
sont des eaux qui tressaillent –
la ride entre tes yeux
des nuages amassés –
ton tendre corps rappelle
un coteau au soleil. »

















