voir l'art autrement – en relation avec les textes

Eugène Durif – écorchures de la matière


peinture perso: Leadded (1998) huile sur toile

 

 

 

 

Ciel bas, presque gris. L’ œil, obstinément, tente de fixer. Déchirée, la blancheur feinte laisserait voir soudain l’obscène, azur.

Il ne désire rien tant que retenir ce qui s en va. Pans de ciel, croit-il discerner, à même d’improbables lignes j’erre. Si cela se relâchait complètement, ce serait un insupportable afflux de formes. Il voudrait délimiter, cadrer une surface très précise à l’ intérieur de laquelle puissent s’accomplir tous les excès: jusqu’à leur plus extrême rigueur.

…EXtirper quelque chose du vivant, fixer dans l immobilité, le calcaire même du rêve…

Dans une proximité fiévreuse, la parole se veut alors égale à la tension du regard. En vain, elle ne le sait que trop bien. Sans illusion, elle tente d entrer en résonance avec ce qui lui demeure résolument étranger, matérialité agissante qui, dans son évidence calme, n a d’autre chemin et détour qu’elle-même.

Rien d autre qu un certain jeu de la couleur ou une lumière nue portée tout à coup sur les choses. Et le sol cède ouvrant à une infinité d autres scènes. Où traces, balafres, écorchures de la matière.

 

Comme un désir de refaire sans cesse le trajet de la main et de l’oeil. Paradoxalement, un glissement progressif vers l’effacement. Le récit subtil d une impossible appréhension.

Jet in copper. Un écho, une sédimentation lente, dont ces mots seraient comme une lointaine métaphore et qui n arriverait jamais à se figer tout à fait dans la fixité de l’ image.

C’est d’une étreinte oubliée avec la matière (elle seule s’en souvient) qu’est né ce frémissement de la rigueur. Catastrophe très ancienne de laquelle plus rien n est visible à la nudité de l’oeil. A peine d imperceptibles fêlures, minuscules effondrements, restes souterrains et secrets, en témoignent-ils. Entailles douées au toucher. Aux aguets, le regard se pose sur l’apparence. Il se méfie de ce qui va de soi. A longtemps fixer, il demeure, désireux de percer quelque secret. Il fouille vers l’  intériorité supposée, la profondeur, ce dedans velouté et impensable des choses. Il voudrait déchirer l’ordonnancement des formes, lacérer lambeau par lambeau, fragment après fragment, refaire le tracé, le trajet de la main sur la plaque.

 

Images fauchées à ras, abolies. L’ oeil se scrute jusqu ‘au blanc, a la presque cécité qui se confond avec la nuit solaire. Il s’écorche un peu plus et disparaît le reflet alors que la main progresse, que l’  instrument entaille, entame l’  espace offert, jamais assez vierge de présence. Un arrière goût de sang. Son battement sous les paupières. Le visage aussi s’efface, puis l’œil. Dans la proximité de ce qui se dérobe, le regard se tend un peu plus. Il enchâsse toutes formes arrachées à la nuit, captées fugitives-fragiles, tente de recomposer ce que la lumière érode et ronge. -Mais plus rien ne lui tait signe. Aucun centre, nulle part. Dans le silence écorché de l’organique, l’imperceptible respiration des pierres, tout lui semble voué à

la corruption, l’  anéantissement. Lueurs. l’  aveuglement. La découpe. Imaginer un instant la déchirure de l’oeil et guetter ce moment très pur où l’infiniment grand rejoint, en un attouchement léger, l’infiniment petit. Le souffle court. -Mais la main jamais ne tremble.

je m'exprime:haut et foooort

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