voir l'art autrement – en relation avec les textes

Pierre Lieutaghi – la lumière close


peinture perso:       volcanologie 1984

Vous savez, la confiance est incroyablement tenace, elle s’effondre, et puis un jour, sans qu’on s’en rende compte, elle s’applique à faire l’inventaire des biens qui ont échappé à la tornade, ceux dont la banalité nous assure dans la traversée du monde. On se rend compte alors que les possessions de la paix sont bien plus vastes qu’on ne l’imaginait, qu’elles s’étendent jusque sous nos pas les plus ivres.
Peut-être bien que tout cela est inventé. Mais alors, que dire de l’amour ? Quand on le vit, on ne sait pas qu’on invente, on est dans l’illusion d’un jour à nous seul, pour nous seul, et l’on veut que l’autre, dont on attend la même illusion, y reconnaisse le sien.
Encore faut-il savoir éviter la rencontre avec un cœur de pierre, ça ne peut faire qu’une histoire aveuglante en dehors de toute métaphore, les pierres ne font pas la différence, surtout quand on leur a préparé depuis toujours cet ignoble creux où la pureté sans rire ni salive ni morsures ni cris imprime le canevas de toutes les pétrifications. Je me suis trompé sur la nature de la pureté, voilà tout.

Mais c’est fini, c’est fini, je suis seulement surexposé, les images véritables sont intactes, le ciel tellement sombre de midi, le jasmin, les bouvreuils qui sont comme des rêves de coquelicots, votre visage. Peut-être qu’un de ces matins, je me réveillerai et je verrai la nuit.
Peut-être aussi que cette tête finira par s’ouvrir entre des mains sans inquiétude et que l’excès de lumière s’en ira pour de bon, et alors il n’y aura plus de confusion entre la pierre et le cœur.
Au revoir.
Une dernière chose, quand on a ouvert ma valise, on a trouvé un morceau de géode emballé dans du papier journal, Paolo avait dû le glisser entre les vêtements à mon départ. J’ai senti des cristaux trapus, à six faces, à peu près sûrement du quartz.
J’ai demandé la couleur à Mathilde, elle m’a dit c’est noir, on dirait du jais. Même devant la lumière ? oui, même devant la lumière, il n’y a aucune transparence, en profondeur aussi c’est complètement noir.

Pierre Lieutaghi     la lumière close   –  un extrait  d’un texte publié  dans  « carnets de campagne »

 

2 Réponses

  1. Pingback: Au voyage de la pensée, la concordance des rêves ( RC ) | Art et tique et pique- mots et gammes

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je m'exprime:haut et foooort

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