voir l'art autrement – en relation avec les textes

Lamelles immobiles ( RC )


Claude Monet Cathédrale Rouen

Claude Monet Cathédrale Rouen

Immobile  dans l’image,

Epinglé dans le ciel,

Au théâtre des objets,

L’oiseau n’est pas réel…

Dessin de son passage,

Une portion de trajet,

Le bout  d’une ligne,

Un instant de grâce,

Et peut-être le signe,

Le reflet dans une flaque

D’un ange qui passe

Et qu’à peine on remarque…

———–

Voyageurs en émotion lente

Le passager du jour

Succède à celui

D’une lourde obscurité

Et s’étonne encore

Que les choses en sommeil

Se révèlent au lendemain,

Cousines, ou bien semblables

A la même place

Et jouent à la permanence,

Même si l’atmosphère, leur peint des habits

De brume et de lumière.

Il y a des instants fugitifs

Qui modifient les  contours,

Ajoutent des touches de couleur

Et désignent autrement

– La cathédrale de Rouen – que l’on croyait connaître

Quand  s’élancent, immobiles

Les dentelles  gothiques

A travers les siècles .

Mais, même plus modestes

Les images les plus offertes,

Qu’on voit sur les présentoirs,

Se trouvent reproduites

Presque à l’identique

Sur les cartes postales.

Les vues générales,

Prises du promontoire

En couleurs ou en gris pâle,

Sont des moments d’histoire .

Le décompte des heures,

Les transformations ( et petites différences)

A identifier  – au jeu des sept erreurs-

D’un village de Provence …

En prenant la photo

Le passager du jour

Prélève, une fraction de seconde

Une infime portion du temps,

Et un peu de lumière

Comme une prise de sang

Aspirant le visible du monde,

Une piqûre  éphémère,

Où se précipite, hâtif

Le paysage, en périmètre limité

A l’intérieur de l’objectif,

… un instant d’éternité.

RC –   13 novembre 2012

– texte auquel j’ai trouvé un écho,  dans le blog  de « le vent qui souffle »

Interfaces

La photographie n’était que le reflet arbitraire d’un instant arraché à la fosse béante du temps, et ne livrerait pas d’autre secret que cette fixité étrange et ce témoignage troublant d’une vie abolie mais qui avait existé. Ce n’était qu’une trace, aussi bouleversante que les empreintes de mains retrouvées dans les grottes préhistoriques. Elle continuerait pourtant, avec déraison,

parce que cette vie retournée au néant continuait de l’émouvoir, à scruter la profondeur de ce regard, à suivre le mouvement de ces lèvres qui essaient avec peine d’esquisser un sourire, à interroger ce front trop grand sous les cheveux relevés, à examiner cette broche dorée qui rehausse le corsage sombre, à s’émerveiller devant le col de dentelle fine fabriqué par des mains délicates.

Sa mémoire avait conservé des milliers d’images plus récentes, en mouvement comme dans un film. Ces images-là, douloureuses, s’enfonçaient peu à peu dans les couches inférieures de la conscience, accompagnées d’une sorte de sentinelle chargée de les veiller, de les protéger contre l’oubli définitif, mais aussi et peut-être surtout d’empêcher la souffrance d’une remontée à l’air libre…

Une sorte de filtre magique ne laissait passer que les formes simplifiées ou mythiques du souvenir. Il n’était pas impossible de croire que ces formes pourraient revivre de la même façon que les vestiges d’une civilisation disparue, avec le recul et la passion des archéologues, la passion préservant l’émotion, le recul faisant barrage à la douleur. Il devenait possible également de croire que ces empreintes de vie laissées par une morte rétabliraient un passage avec elle, la « encore vivante ».

Et tous ces signes, il fallait désormais les déchiffrer, les décrypter, les interpréter comme des indices sur son propre destin, contenu dans la forme ronde de ce petit miroir de poche, cruellement figé et glacé côté pile, insaisissable comme l’eau courante, imprévisible, inquiétant, effrayant comme un torrent dévastateur, côté face.

Une Réponse

  1. Pingback: Le défilé des images ( RC ) | Art et tique et pique- mots et gammes

je m'exprime:haut et foooort

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