voir l'art autrement – en relation avec les textes

Oscar Wilde – La ballade de la geôle de Reading (II)


 

Martyre des saints Côme & Damien, par Fra Angelico vers 1438-1443.

Fra Angelico – Martyre des saints Côme & Damien

 

 

 

Nous l’avons vu dans la cour, six semaines,

Dans son costume gris-poussière,

Coiffé de sa casquette de cricket,

Sa démarche semblait légère,

Mais jamais homme n’avait regardé

Si passionnément la lumière.

 

Mais jamais homme n’avait regardé,

Avec ces yeux pleins de passion,

Ce petit pan de bleu que nomment ciel

Les détenus de la prison,

Et tout nuage entraînant dans sa fuite

Les brins mêlés de sa toison.

 

II ne se tordait pas les mains, ainsi

Qu’un insensé, osant vouloir

Que l’Espérance, enfant maudit, s’élève

Dans le caveau du Désespoir :

Regarder le soleil lui suffisait

Et l’air frais du matin à boire.

 

II ne se tordait pas les mains, pas plus

Qu’il n’avait larme ni chagrin,

Il buvait l’air comme s’il contenait

Quelque remède souverain ;

À pleine bouche, il buvait le soleil

Comme s’il eût été du vin !

 

Les autres âmes en peine et moi-même,

Dans l’autre préau de la cour,

Ne savions plus si nous avions commis

Faute vénielle ou crime lourd,

Nous regardions, comme accablés, cet homme

Qui serait pendu un beau jour.

 

Le voir passer nous paraissait étrange

D’une démarche si légère

Étrange aussi de le voir regarder

Si passionnément la lumière,

Étrange enfin de penser qu’il paierait

Une dette extraordinaire.

 

***

 

Six weeks the guardsman walked the yard,

In the suit of shabby gray :

His cricket cap was on his head,

And his step seemed light and gay,

But I never saw a man who looked

So wistfully at the day.

 

I never saw a man who looked

With such a wistful eye

Upon that little tent of blue

Which prisoners call the sky,

And at every wandering cloud that trailed

Its ravelled fleeces by.

 

He did not wring his hands, as do

Those witless men who dare

To try to rear the changeling Hope

In the cave of black Despair:

He only looked upon the sun,

And drank the morning air.

 

He did not wring his hands nor weep,

Nor did he peek or pine,

But he drank the air as though it held

Some healthful anodyne;

With open mouth he drank the sun

As though it had been wine!

 

And I and all the souls in pain,

Who tramped the other ring,

Forgot if we ourselves had done

A great or little thing,

And watched with gaze of dull amaze

The man who had to swing.

 

For strange it was to see him pass

With a step so light and gay,

And strange it was to see him look

So wistfully at the day,

And strange it was to think that he

Had such a debt to pay.

 

 

La ballade de la geôle de Reading ( Extrait – II)
Le livre de poche – Classiques

je m'exprime:haut et foooort

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