voir l'art autrement – en relation avec les textes

Joseph PONTHUS – Feuillets d’usine (extrait)


Fernand Leger – Usine jaune

 

Après le sommeil de plomb

Les clopes et le café du réveil avalés

À l’usine

L’attaque est directe

C’est comme s’il n’y avait pas de transition avec

Le monde de la nuit

Tu re-rentres dans un rêve

Ou un cauchemar

La lumière des néons

Les gestes automatiques

Les pensées qui vagabondent

Dans un demi-sommeil de réveil

Tirer  tracter  trier  porter  soulever  peser  ranger

Comme lorsque l’on s’endort

Ne même pas chercher à savoir pourquoi

ces gestes et ces pensées s’entremêlent

 

À la ligne

C’est toujours s’étonner qu’il fasse jour

à l’heure de la pause quand on peut sortir

fumer et boire un café

Je ne connais que quelques types de lieux

qui me fassent ce genre d’effet

 

Absolu    existentiel     radical

 

Les sanctuaires grecs

La prison

Les îles

Et l’usine

 

Quand tu en sors

Tu ne sais pas si tu rejoins le vrai monde

ou si tu le quittes

Même si nous savons qu’il n’y a pas de vrai monde

Mais peu importe

 

Apollon a choisi Delphes comme centre du monde

et ce n’est pas un hasard

Athènes a choisi l’Agora comme naissance

d’une idée du monde et c’est une nécessité

La prison a choisi la prison que Foucault a choisie

La lumière la pluie et le vent ont choisi les îles

 

Marx et les prolétaires ont choisi l’usine

 

Des mondes clos

Où l’on ne va que par choix

Délibéré

Et d’où l’on ne sort

 

Comment dire

 

On ne quitte pas un sanctuaire indemne

On ne quitte jamais vraiment la taule

On ne quitte pas une île sans un soupir

On ne quitte pas l’usine sans regarder le ciel

 

La débauche

 

Quel joli mot

Qu’on n’utilise plus trop sinon au sens figuré

Mais comprendre

Dans son corps

Viscéralement

Ce qu’est la débauche

 

Et ce besoin de se lâcher se vider se doucher

pour se laver des écailles de poissons mais l’effort

que ça coûte de se lever pour aller à la douche

quand tu es enfin assis dans le jardin

après huit heures de ligne

 

Demain

En tant qu’intérimaire

L’embauche n’est jamais sûre

Les contrats courent sur deux jours une semaine

tout au plus

 

Ce n’est pas du Zola mais on pourrait y croire

On aimerait l’écrire le XIXe

et l’époque des ouvriers héroïques

 

On est au XXIe siècle

J’espère l’embauche

J’attends la débauche

J’attends l’embauche

J’espère

 

Attendre et espérer

 

Je me rends compte qu’il s’agit des derniers mots

de Monte-Cristo

Mon bon Dumas

 

« Mon ami, le comte ne vient-il pas de nous dire que l’humaine sagesse était tout entière dans ces deux mots : Attendre et espérer ! »

 

 

 

A LA LIGNE 

Feuillets d’usine (extrait du Chapitre I)

Ed La Table Ronde 

 

je m'exprime:haut et foooort

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