voir l'art autrement – en relation avec les textes

Seamus Heaney – Hélicon personnel


   
            à Michael Longley

Enfant, j’étais fou des puits,
Des vieilles pompes avec leurs seaux et leurs poulies.
J’aimais la chute noire des parois, le ciel captif, les odeurs
D’herbes aquatiques, de moisi et de mousse humide.

Il y en avait un, dans une briqueterie, au couvercle
De bois pourri. Quel délice, le claquement riche du seau
Quand il tombait droit au bout de la corde !
Si profond qu’on n’y voyait point de reflet.

Un autre, peu profond, sous un fossé de pierres sèches,
Grouillait de vie comme tout aquarium.
Quand on extirpait de longues racines de la gadoue
Un visage blanc planait sur le fond.

D’autres étaient pleins d’échos et mon appel me revenait
Chargé d’une musique nouvelle et claire. L’un encore m’effrayait.
Car là, du milieu des fougères et des hautes digitales
Un rat surgit qui gifla mon reflet.

Maintenant, fouiller dans les racines, tâter la vase,
Narcisse aux grands yeux, scruter le fond d’une source,
Ce n’est point là tâche d’adulte. Je rime
Pour me voir, pour que le noir résonne d’échos.

            (extrait du recueil de poèmes ( 1966-1984 ) paru chez Gallimard "du monde entier 1988 "


je m'exprime:haut et foooort

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