voir l'art autrement – en relation avec les textes

Archives d’Auteur

Louis Aragon – Les roses de Noël


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photo perso – Chanac

 

 

LES ROSES DE NOËL (extrait)

Quand nous étions le verre qu’on renverse
Dans l’averse un cerisier défleuri
Le pain rompu la terre sous la herse
Ou les noyés qui traversent Paris

Quand nous étions l’herbe ]aune qu’on foule
Le blé qu’on pille et le volet qui bat
Le chant tari le sanglot dans la foule
Quand nous étions le cheval qui tomba

Quand nous étions des étrangers en France
Des mendiants sur nos propres chemins
Quand nous tendions aux spectres d’espérance
La nudité honteuse de nos mains

Alors alors ceux-là qui se levèrent
Fût-ce un instant fût-ce aussitôt frappés
En plein hiver furent nos primevères
Et leur regard eut l’éclair d’une épée

Noël Noël ces aurores furtives
Vous ont rendu hommes de peu de foi
Le grand amour qui vaut qu’on meure et vive
À l’avenir qui rénove autrefois

Oserez-vous ce que leur Décembre ose
Mes beaux printemps d’au-delà du danger
Rappelez-vous ce lourd parfum des roses
Quand luit l’étoile au-dessus des bergers

Louis ARAGON          « La Diane française »(éd. Seghers)


Rien ne blesse le ciel – ( RC )


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Prolonger l’élan,
s’appuyer sur le sol
pour monter à l’assaut du vent
que cela soit la plus puissante des pyramides,
l’ascension obstinée de l’Everest,
ou bien ces oiseaux métalliques :

il y a toujours un moment où la pesanteur
vainc l’orgueil de la démesure ,
et on revient sur la terre,
érodée par les millénaires …

Rien ne blesse le ciel,
toujours renaissant .
L’air se laisse traverser si aisément ,
aimablement offert ,
qu’on en ignore toujours
la puissance et l’indifférence .


RC – nov 2016


Jacques Ancet – dire la beauté


*

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sculpture  H Matisse

 

Mais dire la beauté ,c’est dire un mot
qu’on écoute pour voir ce qui brûle
les yeux ou simplement les caresse
entre la transparence du ciel
et le regard s’étend le mystère
de l’apparence on cherche à franchir
cet infranchissable en remuant
les doigts et les lèvres il en résulte
ni chant ni mot un petit bruit.


Benjamin Fondane – là nous voyageons ensemble .


Je ne suis pas le pilote

de ce bateau que les aubes ont lavé à grande eau –

et les soirs. Je n’ai pas

le droit de commander aux houles

ni mettre de côté

un peu d’écume pour mes vieux jours. Toutes ces autres

écumes, les mouettes,

obéissent à d’autres regards. Je n’ai pas,

voyageur toléré sur le pont, en partage

avec vous, que le droit d’être jeté dessus

le bord, à l’achevé du cycle. De ce droit

ce n’est pas mon dessein d’user. Je vous respecte

marins et vous pilote,

je vous serre la main, commandant. Sur ce pont

vous êtes tous chez vous. Oui, mais moi-même

je ne suis pas d’ici

et me laisse laver par les aubes. Je triche.

Je ne partage pas votre vie. Ma sueur

ne se joint pas à votre travail. Mon visage

est loin. Oui, mais le soir

sous la lampe j’exprime le jus de la journée

sous mon pressoir. Le temps est fini. On commence

un autre voyage. Mais là

nous voyageons ensemble

dans un poème dont je suis le pilote

en un temps, en un temps où il n’y a pas de temps.


Personnages de la balustrade – ( RC )


fresque : San Antonio de la Florida :    F Goya

Fresco à San Antonio de la Florida - Tableau 2924


Tout autour de la balustrade ,
sont rassemblés des personnages
comme dans un tribunal:

Ils semblent être dans l’attente
d’un évènement peu banal
qui ne saurait tarder.

Au-dessus, passent des nuages,
et quelques anges ,     très sages..
dans un paradis de stuc et de rocs .

On ne sait d’où ils s’échappent,
ni ce qui les dérangent
ou les provoquent .

Tout ce monde se déhanche,
en étoffes et effets de manches…-
mais leur attitude se fige :

Eveillés par le moindre bruit,
leurs têtes, d’un même mouvement,
se penchent brusquement …

Leur regard me suit, mécanique ,
de manière insistante et maléfique ,
dès que je me déplace…

Descendus du monde céleste ,
ce sont comme des rapaces ,
épiant chacun de mes gestes…

Un regard de glace ,
qui vous figerait le sang :
immobilisés sur place …

ce qui me ramène pourtant
des siècles en arrière,
quand les trompettes altières

résonnent dans l’arène :
– Voila donc l’aubaine
semblent-ils se dire :

une occasion rarissime
pour convoquer les vampires
et désigner la victime ….

L’imagination accompagne presque
le mouvement des ailes
se détachant de la fresque .

Ils vont trouver un motif
pour aiguiser leurs griffes,
et basculer dans le réel…

Déjà, brillent des yeux noirs,
que j’avais entr-aperçus …
acérés et cruels…

Oui, je n’aurais jamais dû
entrer dans cette chapelle:
une sorte de purgatoire

En ce lieu,
où l’on chercherait vainement Dieu
la porte s’est définitivement close .

– …. c’est ainsi que fanent les roses …

RC mai 2017

 


Anise Kolz – Somnambule du jour


 

 

Motherwell     wanderers    1986.jpg

Peinture  Robert Motherwell

 

Et Dieu demanda au poète :
« Qu’as-tu fait de mes paroles
plus fertiles que les semences ? »

Le poète répondit :
« J’en ai fait des poèmes
ils ont explosé

Comme l’astrologue
je contemple les trous noirs »

 

 


Cécile A Holdban – à mesure que j’avance


pastel: Aleksandra Laske

 

A mesure que j’avance et m’éloigne de la source
_____et que je bois ma vie, le fardeau s’allège ou s’alourdit
_____et dans mes paumes je garde
_____un peu d’eau et quelques étoiles.

 

 

extrait de  « l’été »


Parfois les choses durent – ( RC )


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Parfois les choses durent
autant qu’elles le peuvent :
– C’est comme la preuve
de ce qu’elles endurent .

Il y avait quelques traits,
ceux de ton écriture,
posés dans le carnet,
avec désinvolture :

Comme ils m’étaient dédiés
ils sont restés,
au coeur même du papier :
on les dirait incrustés

unissant les paroles d’hier,
comme celles du temps qui passe
et se dépose sur la matière
avec une légère trace .

  •   C’était un échantillon
    de la brillance de l’été :
    – Souviens-toi du papillon
    qui s’était frotté

sur la page :
avant qu’il ne s’en aille
pour un autre voyage :
– Il a laissé quelques écailles

qui brillent encore :
des pensées oubliées
– Comme un trésor
au fond de l’être aimé .


RC – avr 2017

( à partir des « cahiers du déluge »  « constat #17 ) de Marlen Sauvage


Leon Felipe – Le poète promethéen


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Dessin  Max Ernst

 

Biographie, poésie, destin

Le poète raconte sa vie d’abord aux hommes ; puis,
quand les hommes s’endorment, aux oiseaux ;
après, quand les oiseaux s’en vont, ils la racontent
aux arbres…
Ensuite le Vent passe et il y a un murmure de frondes.
Ce qui peut aussi se traduire de la manière suivante :
Ce que je conte aux hommes est plein d’orgueil ;
ce que je conte aux oiseaux plein de musique ;
ce que je conte aux arbres, de pleurs.
Et tout forme une chanson composée pour le Vent,
dont, plus tard, ce spectateur unique et oublieux
ne pourra retenir que quelques mots.
Mais ces mots dont il se souvient sont ceux que
les pierres n’oublieront jamais.
Ce que le poète raconte aux pierres est
rempli d’éternité.
Cette chanson-là, c’est la chanson du Destin que les
étoiles, non plus, n’oublieront pas.

 

(Extrait de TU GAGNERAS LA LUMIERE )       MEXICO  1942

 


Georges Drano – talus


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Autre talus
Autre chemin que la terre creuse
Buissons de l’autre
Sentiers d’ici
Prairie. Prairie. Prairie.
et encore…
Talus
Quel mot d’absence.

 
Georges DRANO.


Une sculpture fragile ,une chemise de nuit, et un nuage de dentelles – ( RC )


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peinture:  Anselm Kiefer

 

Sur le socle, une sculpture fragile ,
une chemise de nuit, et un nuage de dentelles.
Elle protège ton corps, hautement inflammable .
Ceci a à voir avec la magie :
tu repousses la pénombre,
celle des fumées, qui ont fini – autodafés –
par fermer le monde d’un couvercle.

Le bitume se fendille, la terre ouvre des crevasses.
Elle a soif.
Les gens ont des robes de béton,
et des voiles noirs
qui pèsent autant que s’effacent les couleurs.
Ils essaient de sauver quelques objets,
ce qu’ils ont pu emporter
sur une charette.

Ils m’ont pris pour l’un des leurs,
car j’avais sous le bras
ton portrait inventé,
dans une chemise de nuit,
et un nuage de dentelles.

RC – mai 2017


Bernat Manciet – Je tiens dans les doigts ces quelques grains encore


Red-figured lekythos  depicting Paris and Helen attributed to the Painter of the Frankfort acorn  Gr 481973724.jpgvase grec lekythos Pâris & Hélène

 

XVIII
Je tiens dans les doigts ces quelques grains encore

et de mon pouce naît ce psaume
rare éclaircie de ma journée
mon été tient dans cette paume

je les regarde sans étonnement
et sans plaisir et sans raisonnement
sans nul regret :

ils sont ce qu’ils sont la nuit arrive sérieuse et calme

pourtant je te les donne
pour l’amour du jeune malade
qui m’a guéri d’être un homme accompli

et qui ressemble tellement à ton sommeil
pour le dédain qu’au soir tombant je porte
et pour la honte aussi d’avoir aimé


Mokhtar El Amraoui – miroirs


Image associée

 

sculpture Gloria Freedman

Miroirs
A ces songes de la mer dont les vagues colportent la rumeur

Ô miroirs !
Engloutissez, donc, ma mémoire,
Dans vos veines de tain et de lumière.
Là-bas,
Dans le jardin des échos,
Arrosé des plaintes des vagues,
Je dévalerai la plaine de l’oubli
Où j’ai laissé fleurir un coquelicot,
Pour ma muse
Qu’un peintre agonisant a étranglée.
D’elle, me parvient
Le parfum ensanglanté
De toiles inachevées.
C’est dans le lait de ses rêves
Qu’ont fleuri le cube et la sphère.
Ô interstices du monde !
Laissez-moi donc percer
Ses inaudibles secrets !

©Mokhtar El Amraoui


Ta silhouette habite l’invisible – ( RC )


Source : Ta silhouette habite l’invisible – ( RC )


Nouveaux parcs d’attraction ( sur une peinture de Dirk Bouts ) – ( RC )


Source : Nouveaux parcs d’attraction ( sur une peinture de Dirk Bouts ) – ( RC )


Paul Vincensini – le dormeur


 

Eggleston, William (1939- ) - 1970c. Self-Portrait 8530661830.jpg

photo: William Eggleston

 

Le dormeur atteint par son silence
La clarté la douceur et la durée
Des racines heureuses
Qui ne voyagent qu’en elles
Loin des feuillages infidèles
Des oiseaux criards
Et des couleurs du ciel

« D’herbe noire », 1965.


Francis Ponge – Le feu


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(…) LE FEU n’est que la singerie ici-bas du soleil.
Sa représentation, accrue en intensité
et en grimaces,
réduite quant à l’espace et au temps.  
 

Le feu, comme le singe, est un virtuose.
Il s’accroche et gesticule dans les branches.

Mais le spectacle en est rapide. Et l’acteur ne survit pas longtemps
à son théâtre,
qui s’écroule brusquement en cendres
un instant seulement avant le dernier geste,
le dernier cri. (…)

 

 

 

F P :Le soleil toupie à fouetter, III » in « Pièces

 


Les pierres du Mont Lozère – ( RC )


Mt Lozere rochers rayon--.JPG

photo perso  2005 : Mont Lozère et « clapas »

 

On a semé sur le mont Lozère,
quantité de pierres,
de gros calibre,
parfois en équilibre .

Elles sommeillent,
la face contre le ciel,
portent le monde à l’envers,
le nez en l’air…

Elles se disputent souvent
avec l’âpre vent,
la tempête et le froid
où les arbres peinent à tenir droit.

Entens-tu leur chanson
qui accompagne les saisons ?
Sur leur peau douce
ne s’aggrippent pas les mousses

Ne crains pas leur fuite :
ce sont des masses de granite,
lentement accumulées
qui ne risquent pas de s’envoler.

Ce sont des sentinelles
dépourvues d’ailes ,
qui veillent sur la plaine,
et le décor de la scène  ,

où les millénaires peuvent s’écouler:
leur muette consistance
parle de leur patience :
ce n’est pas demain qu’elles vont s’écrouler…


RC – avr 2017


Murièle Modely – le bouquet


vue  bord fra  arch -0625.JPG

j’ai mis le bouquet dans le vase
le vase sur la table, j’ai ouvert la fenêtre
j’ai regardé dehors, le jardin en désordre
notre fouillis d’herbes et d’orties

j’ai coupé les tiges des roses
j’ai mis une cuillère à café
de bicarbonate de soude
pour que les fleurs tiennent
puis j’ai posé le vase
sur la table, bien au milieu

face à la fenêtre, je me suis assise
je t’ai regardé
j’ai posé le vase il y a des années
devant la fenêtre, notre nature folle
tes yeux fatigués, ma bouche fripée
l’odeur de charogne du bouquet fané


Emily Bronte – Dis-moi , souriante enfant


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Dis-moi, dis, souriante enfant,
Qu’est-ce, pour toi, que le passé?
« Un soir d’automne, doux et clément,
Où le vent soupire, endeuillé. »

Qu’est-ce, pour toi, que le présent?
« Un rameau vert chargé de fleurs
Où l’oiselet bande ses forces
Pour s’envoler dans les hauteurs. »

Et l’avenir, enfant bénie?
« La mer sous un soleil sans voiles,
La mer puissante, éblouissante
Qui, là-bas, rejoint l’infini. »

 
Juillet 1836


Cheminement contradictoire – ( RC )


Sorry Giotto is a new LED lighting collection by Italian brand Catellani & Smith. The name refers to the legendary perfect freehand circle drawn by Italian painter Giotto di Bondone in the 14th century. The modern circular objects in question are made from hand painted copper and LED, projecting relaxing warm light on the vertical surface. The collection includes a wall and a floor versions, the latter of which has already scored the ‘Best Floor Light’ award at the Wallpaper Design Awards ...:

 C’est devenu une habitude :
Je supporte mon corps
Apparemment sans effort .
Ses poumons  s’ouvrent  à l’air  extérieur,
Le cœur  est  toujours en lieu sûr,
Et se manifeste par une pulsation,
d’ une évidence, portant à l’oublier.

Le chemin est tout tracé pour le sang :
Il suit son cycle, sans qu’on ait à ouvrir la mécanique,
Ni qu’on la remonte  avec un ressort .
Les muscles  sont  en place,
se contactent  quand  on le leur  demande,

Mais il y a toujours un fossé,
où le corps, dans  sa familiarité ;
voisine l’esprit,
sans intention de lui nuire :
Un décalage au monde,
comme  si la langue  que je pratique,
n’était pas celle des autres .

Un cercle invisible  difficile à franchir,
occupé par les gestes  quotidiens,
âme prisonnière de son destin,
côtoyant les démons intérieurs
qu’elle  souhaite pourtant combattre.

Et où en trouver  l’énergie,
si tous se nourrissent du même  sang,
de l’air que je respire et des mêmes pensées ?
De leur bavardage  continuel,
ils conduisent mes pas :
d’une démarche  qui se veut  assurée,  
dans des intentions contradictoires .

Je connais leur  dialecte,
mais je n’ai pas, pour les comprendre,
la version complète,
chacun empiétant sur l’autre
en une oscillation perpétuelle  .


RC –  sept 2015


Béatrice Douvre – Le vin , le soir


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Ton sein me maintient dans le jour
Incandescente et claire
Tes grands reflets s’éloignent

Je m’attarde aux prairies fondantes
Dans le lierre noir
Près des maisons
Dans le vin froid

Le vin filé des fêtes idéales
Qui touche à l’écume, aux cordes
De la mer

J’attends le pas qui te portait
Jusqu’à l’étoile des marines

Moi j’ai porté le pas jusqu’aux semences .


Anna Jouy – J’écoute le point du jour


 

 

 

2 uf       evil --.jpg

montage perso  – 2014

 

je me suis couchée dans le bleu , je me lève aux oranges. ma jupe est rayée d’avions mon corsage est nu, il y a un coeur qui s’y lave
la nuit est un sucre à la fonte, la mienne fait des gouttes d’oiseaux. il faut une fenêtre pour avancer et tu fabriques de si belles trouées
tu délivres les gens de ma sorte, tu m’affranchis
c’est l’heure de laisser couler les mites du rêve
j’écoute le point du jour comme un doigt au milieu du thorax
c’est de lui que je m’habille, comme un ongle qui saigne et me désigne.


Décapiter les fleurs du jardin – ( RC )


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Tu as tenu dans tes bras le bouquet de l’été,
Que le vent tiède a fleuri ,
et lentement ,     coupées de leurs racines,
         les têtes ont fléchi.

Tu as tenu dans tes bras ton ventre arrondi,
que l’amour a fleuri ,
mais éloigné de ses racines ,
        ton corps s’est flétri .

Il n’y a eu que sécheresse
et le froid, l’hiver
et la détresse
et la bouche amère.

Il y a un mot pour décrire
celui qui n’a plus de parents
mais il n’y en a pas pour dire
une mère perdant son enfant.

Comment interroger le destin,
quand , fleur après fleur
se perd dans le lointain
       la plus petite lueur ?

La mort était-elle dans ton sein
pour qu’ainsi, elle vienne
décapiter les fleurs du jardin
et les priver d’oxygène … ?


RC – août 2016


en liaison avec « poème à l’orphelin » de M Tsvetaieva


René de Obaldia – J’ai trempé mon doigt dans la confiture


 

 

 

 

DSC00126.jpgpeinture: Qamar Siddiqui

 

J’ai trempé mon doigt dans la confiture
J’ai trempé mon doigt dans la confiture Turelure.
Ça sentait les abeilles
Ça sentait les groseilles
Ça sentait le soleil.
J’ai trempé mon doigt dans la confiture
Puis je l’ai sucé,
Comme on suce les joues de bonne grand-maman
Qui n’a plus mal aux dents
Et qui parle de fées…
Puis je l’ai sucé Sucé
Mais tellement sucé
Que je l’ai avalé I

René de OBALDIA « Innocentines »