voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Ahmed Mehaoudi – Le matin s’éveille


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photo Berenice Abbott

 

Le matin s’éveille sur un temps nuageux, les choses de la vie circulent banalement, et même dans un cadre urbain triste et monotone , la place Carnot dans son vert bouteille , son kiosque à musique,  ses terrasses bondées de consommateurs , ce tout le monde qui chuchote , les furieux klaxons angoissants , la ville s’enfonce dans le jour   chacun dans l’espoir de vivre mieux

la ville  pourtant est  dépeuplée ,il y a comme un grand vide , un manque à faire pleurer , un sentiment qui ne s’avoue pas ,un sentiment qui n’a pas de mot , peut-on l’expliquer , lui donner un nom , inutile il est abstrait et il  vous tient à la gorge , c’est beaucoup plus une envie de monter au ciel et de disparaître ,

à croire  que plus personne ne respire en ville , que personne  n’est vivant , et pourtant le bruit du monde vibre tout près comme un  être qui ronfle dans la nuit ..

 

Ce matin, il y a comme un froissement de silence, une voix tremblante sans qu’elle se discerne d’une voix qui s’est tue ; je regarde cette tentative de pluie, elle ne vient pas,

j’y entends un murmure, peut-être une complainte, un petit chant doux,

je voudrais tant écouter, mais mon cœur est si fermé ce matin que je me sens étrangement absent de moi-même …

 

Est-ce donc çà l’amitié quand l’autre part et vous quitte à jamais ? Il n’y a pas de larmes , ni cri de détresse , un rien , un néant …

 

le matin s’éveille , sans lui qu’est-ce pour moi cette ville ,

 

un étonnant terrain vague où se confond des formes inconnues que je ne reconnais plus pourtant si familiers , des formes et des formes  à l’infini jusqu’à la sortie du dernier virage …

Il me le disait , me le disait au grès de nos cafés et de nos vertiges littéraires , je m’en irai , quel  vide vous aurez à vivre ,

ici où l’on m’avait confisqué mon bonheur , et où j’avais  piteusement vécu ,

ici où je m’étais allongé dans la boue d’une insolente farce ,

comme quoi il n’y a rien de mieux que de se rendormir et de reporter ce réveil matinal à plus tard …je me recouvre de ma couverture , allons le rejoindre dans notre rêve…

 5 mars 2013

Joseph Brodsky – Dédicace à Gleb Gorbovski


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Quitter l’amour, dans le soleil de midi, sans retour,
et le chuchotement de l’herbe sur les pelouses qui s’enfuient.
Dans le nuage brûlant du jour, dans le crépuscule assoupi
l’aboiement des chiens de la nuit traverse les allées obliques.

Il faut résister à notre époque sombre et courir au-delà de ces années,
il faut oublier à chaque souffrance nouvelle l’infortune d’hier,
accepter à chaque instant la blessure et la douleur,
pour entrer paisible dans la brume des aurores vierges.

L’automne et impétueux en cette année de voyages,
les processions silencieuses du rouge et du noir longent le ciel,
près des arbres nus les feuilles s’envolent et trébuchent
contre les fenêtres et les pierres

Joseph Brodsky


Eugenio de Andrade – J’entends courir la nuit


J’entends courir la nuit par les sillons
Du visage – on dirait qu’elle m’appelle,
Que soudain elle me caresse,
Moi, qui ne sais même pas encore
Comment assembler les syllabes du silence
Et sur elles m’endormir.
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.
.
« Il n’y a pas d’autre manière d’approcher
de ta bouche : tant de soleils et de mers
brûlent pour que tu ne sois pas de neige :
corps

ancré dans l’été : les oiseaux de mer
couronnent ton visage
de leur vol : musique inachevée
que les doigts délivrent :

lumière répandue sur le dos et les hanches,
encore plus douce au creux des reins :
pour te porter à ma bouche, tant de mers
ont brûlé, tant de navires. »

 

Eugénio de Andrade, Blanc sur blanc, Gallimard, Collection Poésie


Il y avait , sur le dessin – ( RC )


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 Brooklyn Street-art

 

 

Il y avait sur le dessin

des ombres, mais aussi des couleurs

qui sont venues habiller le mur.

A travers les grilles,

je le voyais

avec ses fleurs blanches et pourpres,
mais aussi le ciel plombé

d’un proche orage,

Il faisait ce contraste au bonheur
et aussi le mettait en valeur .

Il y avait ,

—– ( car un jour de colère,
quand le cœur se déchire,

j’ai voulu effacer les clématites
avec un chiffon et de l’essence ).

Quand le regard s’y pose,
on voit que tout a dégouliné :
Ce n’était pourtant pas suite à l’averse :

tout n’est pas complètement gommé:

je ne repars pas d’une toile vierge :
on devine bien des choses,

malgré le repentir

on y voit des restes de bonheur

que je n’ai pas pu

( ou pas voulu )
complètement effacer …

 

 

RC – août 2018


James Joyce – musique de chambre – IV


photo  Chris  Wage

 

IV
L’améthyste du crépuscule mue
Et vire en un bleu toujours plus profond,
Sous la lampe les arbres de la rue

S’emplissent d’un vert et pâle rayon.
Le vieux piano compose un air,
Mélodie gaie, lente et légère ;
Courbée vers les touches jaunies,
Sa tête penche par ici.
Chastes pensées, grands yeux inquiets,
Et mains qui errent à leur gré –
Avec le sombre bleu persistent

Quelques lumières améthystes

 

 

NB  ce texte de James Joyce extrait de  « musique  de chambre »  a été publié aux  éditions « le Bousquet- la Barthe »


Sylvia Mincès – empoisonnement


Résultat de recherche d'images pour "chicorée"

 

Un peu de concentré d’amour
pour aromatiser votre vie ?
eh bien, je ne dis pas non ; la chicorée, voyez-vous,
c’est délicieux mais son usage reste limité…
cependant, je désirerais en choisir le parfum !

Rien de plus facile : consultez votre cœur
puis traduisez-m’en le vœu, car vous savez,
je ne suis que vendeur !..
…D’une part, outre-océan d’une autre :
coloré à l’angoisse (it’s my favorite flavour !)

Parfait, cela vous sera livré au début de la semaine prochaine,
accompagné d’un mode d’emploi
dont vous devrez respecter les dosages sévères
et la consigne stricte.
Je suis morte il y a deux jours.

 


ThomasPontillo – Ce qu’a dit la beauté – 01


Pentti Sammallahti : Frog by Pentti Sammallahti
photo    Pentti Sammallahti

Je veux dire, avec l’humilité d’un ciel qui se propose,
la lumière qui n’est que du présent qui pense,
l’avancée du rêve parmi les vagues discrètes d’un jour,
plus beau à mesure que l’air sur mes lèvres
délivre l’hiver qui hésite au loin dans le chant des brumes.

Dire, et avec ce qui tremble au plus profond de l’âme,
célébrer la voix mêlée de nuit claire,
intensifier le geste qui accueille un corps.
Oui, dire et célébrer – encore – le pays où les pas
sur la neige sont un testament pour la beauté.
Dire, et avec les mots, augmenter en nous
la vibration secrète de l’émoi.

Lueurs immobiles sur l’éternité des eaux,
que votre majesté soit mon identité,
que mon souffle vienne mourir dans les plis de vos soupirs.
Mais est-il vrai que déjà nous ayons goûté
le temps où l’on voit monter, de larmes en larmes,
l’espoir d’un monde retrouvé ?


Jean-Pierre Andrevon – Élie


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photo Ayashok

 

 

Élie

 

Mon ami

le petit Élie

juif

est mort à Paris

cet été

dans son lit

le petit Élie

n’était plus si petit

il avait mon âge

à peu près

je l’avais connu

en mille neuf cent quarante-quatre

nous avions trois ans

ou quatre

nous habitions

la même maison

moi au premier

lui au dernier

une seule pièce

sous les toits

une chambre de bonne

comme on disait

avec sa mère

et pas de père

sa mère qui était bonne

précisément

il m’avait dit

un jour dans la cour

où nous jouions

aux billes en terre

sans soucis

des rumeurs et des tremblements

de la ville au-dehors

il m’avait dit

tu sais je suis

juif

mais il ne faut le dire

à personne

juif je ne savais pas

ce que c’était

on n’en parlait pas

chez moi

ou alors à mots couverts

avec des drôles

de regards

mais pour faire plaisir

à mon ami Élie

je n’ai rien dit

à personne

surtout pas

à mes parents

qui sont morts

depuis longtemps

juif

j’ai appris plus tard

ce que c’était

quand j’ai grandi

quand j’ai appris

quand j’ai lu

quand on m’a dit

et Élie

comme moi a grandi

loin de cet hiver-là

loin de ce temps-là

d’Auschwitz et de

Treblinka

et puis

il a mené sa vis

jusqu’à sa mort

dans son lit

une vie ordinaire

qui ne vaut pas la peine

d’en faire une histoire

que j’écris quand même

ce soir

parce que

cet hiver-là

qui peut toujours

revenir

il ne faut pas

cesser

de s’en souvenir

 

Jean-Pierre Andrevon (né en 1937) in Obstinément des femmes des chats et des oiseaux, éditions Le pédalo ivre, collection poésie, 2016


Les flaques – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "flaque nuage"

 


Le sol semble creusé d’espaces,
        qu’occupent des flaques
        où les nuages passent ,
glissant sur ces plaques .

Elles brillent comme des yeux
penchés sur une rambarde
       ( du voile plombé des cieux :
      le monde d’en haut me regarde ) .

De légères ondes
rident la surface :
il y a dessous, un autre monde
qui,    parfois , s’efface

quand mon reflet me trahit :
la lumière rebondit sur mon dos ,
( mon ombre n’est pas l’amie
que souhaitait l’eau )

Je vois l’image de mon double ,
          qui me copie à l’envers :
si je mets le pied dans le miroir,
         celui-ci se trouble :

Je sens que je le dérange
          dans ses pensées :
la lumière attend celles des anges .
                  Ils ne sont pas pressés :

Juste quelques traces éphémères
d’oiseaux qui les frôlent :
         c’est une sorte de prière,
         qui se passe de paroles .

RC –      oct- 2018


 Sylvie Durbec – Un désir de soie blonde


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la main retient la colline

et les jambes entrouvrent le fleuve

on le distingue à peine à cause que

sa chevelure empêche de voir

si elle est faite d’oiseaux mouvants

ou de pins balancés par le vent

 

on dit de lui que son corps est de soie blonde

moi je crois que sa peau a la douceur

de ce qui s’en va doucement de soi

emporté par le temps et qui – parfois –

nous revient aux lèvres

un baiser une caresse et tout aussitôt

s’emporte au loin et chavire

la main ne retient rien

les jambes se déprennent

reste le chant

celui d’un désir de soie blonde

 

 

 

 Sylvie Durbec

 


Murièle Modely – soleil en perfusion


 

 

Résultat de recherche d'images pour "buveur  toulouse lautrec"

peinture  Toulouse-Lautrec   M Boileau au café   1893

 

 

Assise face au miroir, tu t’enfiles une kro
il est trois heures, et personne à cette heure
et dans ce café-là, ne boit autre chose
c’est l’été
tu as le soleil en perfusion dans le ventre
sous ta robe grise
le grain de peau bleu mordoré
tu ne parles à personne, tu écoutes vaguement
des hommes batifolent au bout du comptoir
tu avales ta bière, tu bois ta propre histoire

 

texte  de M M  tiré  de son recueil   » sur la table »


Ludovic Degroote – réduire la distance


Résultat de recherche d'images pour "duchamp stoppages étalon"

 

il faut du temps
pour se conserver
réduire la distance
qui vous mène à vous-même
à travers ce qui disparaît .


Histoire de rangement – ( RC )


 

 

 

 

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brookenshaden favorites  :  Homunculus Stock

 

Parfois, je ne sais plus vraiment où je suis rangé.
On me retrouve dans les endroits les plus divers

( dernièrement sur une étagère ),
…y pendait un tissu frangé .

Autrement, ce fut une fois avec les assiettes,
dans le buffet de la salle à manger :

mais ma vie devait être en danger,
car voisinaient les verres aux multiples facettes.

La bibliothèque m’accueille dans les rayonnages,
généralement c’est en été,

les portes restent fermées,
et j’ai mon lit de pages.

Mais mon corps est en plusieurs parties ,
car tout cela manque de place

( certainement pas assez d’espace
pour y installer un lit ).

Cette histoire de rangement
n’est pas le premier de mon souci ,

je me découpe, je me déplie
tout à fait naturellement .

Des fois il n’y a qu’un pied, qu’une main
qui s’égare par erreur.

Je n’ai pas essayé le congélateur :
ce n’est pas un endroit très sain

on y côtoie de la viande en sachets
des légumes et du pain durci :

je ne fréquente pas ces lieux ci ;
on dira que je ne suis pas prêt….

Il me faut un minimum d’air
pour que je subsiste quand même :

c’est ça le petit problème
de ma présence sur terre.

J’ai égaré mes poumons , mais je respire:
et même tiré en multiples exemplaires,

je sais qu’il ne faut pas trop s’en faire :
…….          comme situation, il y a pire…


RC – aout 2018


Perrine Le Querrec – les nuages


extrait de   » la Patagonie « J'ai jamais foutu les pieds en Amérique 7989688370.jpg

Les nuages

Quitter le rivage de terre et de cailloux, s’avancer vers
les nuages. D’un pied tâter la matière, y entrer d’une
jambe, d’un corps, d’un coup. Plonger dans la mer,
s’en recouvrir, crèvent les gouttes contre la peau nue,
les jambes s’alourdissent, les cheveux, la bouche pleine
déchirer les nuages. Un ciel d’eau sur les épaules,
disparaître.


Leon Felipe – Don Quichotte est un poète prométhéen – 2


 

peinture  Serge Plagnol    La verte et rouge 2002 - Huile et pigments sur toile.JPG

 

 

Le Poète Prométhéen apparaît toujours dans l’Histoire comme un personnage imaginaire… mais l’imaginaire prométhéen gagne du réel… et la réalité domestique… se perd dans les ombres de l’Histoire.
Les rêves des hommes fabriquent l’Histoire… Les rêves sont la semence de la réalité de demain et ils fleurissent quand le sang les arrose et les féconde…
L’Histoire… est sang et rêves.
Et il arrive que le rêve se fait chair et la chair rêve.
Le Poète prométhéen s’échappe des ombres de la Mythologie… de l’imagination infantile des hommes, des livres sacrés… et de la maison même de Dieu… Et le Verbe… se fait chair…
Chair et symbole…


le mouvement,même, contre l’inertie des choses – ( RC )


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photo: Andrew John

 

C’est comme une couleur intense

arrachée au mur.

Un mur brun de pierre,


posé à même le sol, rugueux,

et il y a cette forme rouge …

 

 

Souple, elle coule, légère…

elle ne s’accroche à rien,

soulevée par le vent ,


à la façon d’une flamme,

que seul le regard peut saisir … ( ! ) .

 

 


Elle se gorge d’une lumière,


que la rocaille refuse ,

et suit la silhouette d’une danseuse ;


le mouvement même ,

contre l’inertie lourde des choses…

 

 

RC – aout 2018


Cristina Alziati – mon arbre


 

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photo LPC

 


Je suis venue vers toi cette nuit.
Mais j’avais été déjà dans la pleine
lumière sur les champs où tu es endormi,

déjà j’étais le corps immense
sous ton ombre, inter ligna silvarum,
des herbes immobiles tremblées,      mon arbre …

 

 

texte tiré du site  » une autre poésie italienne »


Ezra Pound – La rose éclose pendant mon sommeil


peint  peche au lamparo Codex Skylitzès Matritensis, Bibliothèque nationale de Madrid   Fànos.jpg

peinture: pêcheurs en barque    Codex Skylitzès Matritensis

Et la rose éclose pendant mon sommeil,

Et les cordes vibrant de musique,

Capripède, les brindilles folles sous le pied ;

Nous ici sur la colline, avec les oliviers

Où un homme pourrait dresser sa rame,

Et le bateau là-bas dans l’embouchure ;

Ainsi avons-nous reposé en automne

Là sous les tentures, ou mur peint en bas comme des tentures,

Et en haut une roseraie,

Bruits montant de la rue transversale ;

Ainsi nous sommes-nous tenus là,

Observant la voie depuis la fenêtre,

Fa Han et moi à la fenêtre,

Et ses cheveux noués de cordons d’or.

Nuage sur le mont ; brume sur coteau ouvert, comme une côte.

Feuille sur feuille, branche d’aube dans le ciel

Et obscure la mer, sous le vent,

Les voiles du bateau affalées au mouillage,

Nuage comme une voile renversée,

Et les hommes lâchant du sable près du mur des flots

Ces oliviers sur la colline

Où un homme pourrait dresser sa rame.

XXXIII –


Renée Vivien – un éclair qui laisse les bras vides


 

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Ta forme est un éclair qui laisse les bras vides,
Ton sourire est l’instant que l’on ne peut saisir…
Tu fuis, lorsque l’appel de mes lèvres avides
T’implore, ô mon Désir !

Plus froide que l’Espoir, ta caresse est cruelle
Passe comme un parfum et meurt comme un reflet.
Ah ! l’éternelle faim et soif éternelle
Et l’éternel regret !

Tu frôles sans étreindre, ainsi que la Chimère
Vers qui tendent toujours les vœux inapaisés…
Rien ne vaut ce tourment ni cette extase amère
De tes rares baisers !

____________(Études et préludes, 1901)


Des bleuets et des coquelicots – ( RC )


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Je ne sais pas quel temps il faisait,

sans doute lourd et humide,

quelque part dans les Ardennes,

quand l’orage sortait de la bouche des canons ,

broyant les arbres , et les hommes .

La terre est traversée de taupinières,

de tranchées remplies de boue,

de barbelés enchevêtrés,

d’éclats d’obus et de poisons

( et les rats sont gras ) .

 

Le sol garde en son sein

des morceaux de corps

dont on ne sait plus,

à quelle nation ils appartiennent ,

et cela n’a finalement pas d’importance .

L’oubli, comme un manteau noir,

viendra recouvrir les champs de bataille

d’une guerre inutile

où l’Alsace et la Lorraine en étaient les prétextes,

et la végétation , depuis, a repris ses droits.

 

On a vu fleurir autour des trous d’obus

quantité de bleuets , et de coquelicots

ce bleu horizon marquerait le renouveau,

et le vermillon des fleurs fragiles ,

rend ainsi, – sans discours revanchards –

le plus bel hommage à ceux

qui ont versé leur sang

et traversé la fureur des temps .

Aucune célébration, aucune stèle

n’en restituera les souffrances endurées .


RC – nov 2018


Pentthi Holappa – les navires naufragés


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peinture: Katheryn Holt   naufrage

 

LES NAVIRES NAUFRAGÉS

 

 

Il n’y a pas d’abri contre la douleur, ni sous une cuirasse
ni dans le ventre de la mère. Y en aurait-il dans une
urne funéraire?

Prends garde aux nuits de pleine lune, quand la mer
reflète
les lumières de la ville !
Le ciel pourrait s’effondrer sur tes épaules.

 

Ta foi fragile dans les anges du ciel pourrait
se briser, si tu les voyais cueillir sur les récifs
les brassées d’or
des navires naufragés.

Tu te mettrais à pleurer, après l’esquisse d’un sourire.

 

L’homme est un enfant, qui même sous les coups n’apprend pas
que les miracles s’effacent dès qu’on les
contemple.
Ceci
n’est pas le pire malheur, mais plutôt de rester
au port
quand les anges déroutent les bateaux vers les hauts-
fonds.

 


Des rivières si profondes – ( RC ) – haïku


Image associée

Les rivières si profondes,
tes yeux transparents,
la lune s’y reflète .


Frédéric Clément – Deux et déjà …


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dessin – aquarelle  persos   2011

 

Dans la pénombre où l’on devineDe lents mouvements de poitrine

Aux souffles courts à peine audibles

On sent une peur indicible

 

La peur de n’être plus jamais les mêmes

La peur d’aimer sans être aimé

La peur impossible à nier…

La peur… Impossible à nier

 

Est-ce que c’est ainsi la première fois

Les perles d’eau, la peur du froid

La première peau contre sa peau

L’étrange effroi mêlé de chaud ?

 

Deux et déjà si peu de mots

Deux, et déjà seuls à nouveau        

 

Il est encore hésitant

Elle, immobile, elle attend

On dirait que le temps se froisse

Que leur corps est pris dans la glace

 

Leur corps qui n’est plus tout à fait le même

Leur corps orphelin désormais

De tous les rêves qu’ils ont faits

Leur corps et l’impasse où il est…

Leur corps… Et l’impasse où il est

 

Est-ce que c’est ainsi la première fois

Les perles d’eau, la peur du froid

La première peau contre sa peau

L’étrange effroi mêlé de chaud ?

 

Deux et déjà si peu de mots

Deux, et déjà seuls à nouveau .

 

le texte de cet auteur ( parmi d’autres) , est visible sur ce site


Joan Margarit – je ne referme pas la porte


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peinture: Philip Guston

 

 

J’entends frapper à la porte et je vais ouvrir,
mais il n’y a personne.
Je pense à ceux que j’aime et qui ne reviendront pas.
Je ne referme pas. Je souhaite la bienvenue.
La main sur le cadre, j’attends.
La vie s’est appuyée sur la douleur
comme les maisons sur leurs fondations.
Et je sais pour qui je m’attarde,
pour qui je laisse une lumière accueillante
dans la rue déserte.


Je ne sais exactement où mon corps penche – ( RC )


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dessin:  Jitka Válová

 

Je ne sais pas exactement où mon corps penche :
et c’est sur des rives
aussi lointaines que je fréquente,        solitaire,
que va ma préférence
les pieds décollés de la terre .

C’est un univers fantastique,
où je doute fort qu’on me suive :
il y a les démons qu’on dérange ,
des corps aux formes étranges ,
– quelque peu fantomatiques

des arbres comme des mains larges
surgis d’une autre atmosphère ,
que l’on devine bien plus légère ;
j’en parcours la marge,
mais je suis incapable de la décrire,

ou bien,            si j’essayais de le faire,
vous auriez du mal à le comprendre :
il faudrait faire le parcours à l’envers
et tout désapprendre
pour traverser la glace du sommeil,

…un voyage au long cours,
offrant de singuliers détours
entre des nuits de soleils
qu’on ne peut même pas imaginer
avant de les avoir traversées.

RC – oct 2018