voir l'art autrement – en relation avec les textes

Archives d’Auteur

Orhan Veli – En mal de mer


photo transfo RC

Des bateaux traversent mes rêves
Par-dessus les toits, bateaux pavoisés ;
Moi le malheureux,
Moi en mal de mer depuis des années,
Je regarde, regarde et pleure.

Je me souviens de mon premier regard sur le monde
A travers la coquille d’une moule :
Le vert de l’eau, le bleu du ciel,
Le plus moucheté des éperlans…
De la blessure ouverte sur une huître
S’écoule mon sang encore salé
.
Nous étions partis comme des fous,
Au large, vers l’écume toute blanche !
L’écume n’a pas le cœur méchant,
L’écume ressemble aux lèvres ;
Faire l’amour avec l’écume
N’est pas un péché pour l’homme.

Des bateaux traversent mes rêves
Par-dessus les toits, bateaux pavoisés ;
Moi le malheureux,
Moi en mal de mer depuis des années.

d’autres écrits de ce poète turc sont visibles ici entre autres


Côtoyer ta solitude – ( RC )


image Fiorenza Menini Gina 2 ( hommage à Gina Pane )

Tu prends des chemins
des plus incertains,

  • un pas risqué dans l’irréel,
  • une photographie qui te révèle
    où je n’ai pas l’habitude
    de cotoyer ta solitude.

C’est celle d’un jardin d’épines
aussi sec , comme je l’imagine
où tu te transportes
auprès des amours mortes.
C’est ainsi que tu t’isoles
parmi ronces et herbes folles.

Dans la fuite du bonheur,
il n’y a aucune fleur
qui provoque une brèche,
juste des plantes sèches
privées de vie
que personne n’a cueillies…

RC – juin 2022


Ludwig Wittgenstein – caisse à outils, ciseaux et colle


J’ai souvent comparé le langage à une caisse à outils contenant marteau, ciseau, allumettes, clous, vis et colle. Ce n’est pas par hasard que toutes ces choses ont été mises ensemble — mais il y a des différences importantes entre les différents outils; leurs divers emplois ont un air de famille — bien que rien ne puisse être plus différent qu’un ciseau et de la colle. Les tours nouveaux que nous joue le langage chaque fois que nous abordons un nouveau domaine sont une surprise perpétuelle.

extrait des « leçons d’Esthétique » dans Leçons et conversations


Enrico Testa – tenir à distance le peuple envahissant des merles


image transfo RC

sur le terre-plein de la voie ferrée
longeant le bois
les troncs des acacias
sont noirs après la pluie
comme des traits d’encre qui s’écartent.

Pâques est désormais le papier d’argent,
poussiéreux et pâli,
des œufs, suspendus
aux branches des cerisiers.
Rubans qui miroitent dans le vent
et devraient tenir à distance
le peuple envahissant des merles

. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .(Pasqua di neve, Einaudi, 2008)

source « une autre poésie italienne »


De gros traits noirs au feutre gras – ( RC )


cf parution de L Suel

Voyage au bord de l’écriture,
barre ce qui ne convient pas
au déroulement de l’histoire
de gros traits noirs
au feutre gras !

Exerce ton droit à la censure
tu répandras d’autres taches
héritées d’un autre âge
( quand la parole fâche ) :

C’est juste du maquillage,
une action anodine
qui s’exerce sans recours :
tu changes le discours
en paroles anonymes

( personne ne t’accusera d’un crime,
ne te traînera devant les tribunaux,
pour avoir coupé tant de mots )….!


à partir de « panique » ( poème express n°842 de Lucien Suel )


Jean Métellus – dans la nuit


Dans la nuit,
Couleur de ma peau, ciment des mystères,
Silence du soleil, démence des despotes
Un rêve instable murmure les hauts faits de l’histoire
Déplisse les cicatrices habitées par le temps

Dans la nuit,
Royaume des maudits, forteresse à jeun,
Forêt de peurs et de pleurs
Le goût de la lumière allumera-t-il la colère
Brisera-t-il la tutelle de l’ignorance et de l’impudence ?

Dans la nuit,
Baptistère et suaire des prières,
Terreau et tombeau des songes,
L’étreinte de la douleur vient froisser une tapisserie défaite
Elle effrite une mosaïque déjà en miettes

Dans la nuit,
Abri et prison du désir et des promesses
Mon pays affamé, craquelé, se réveillera-t-il ?
Mes frères bâillonnés, malmenés, se lèveront-ils ?
Malgré la misère, malgré les chimères
Malgré les convulsions des illusions
Libéreront-ils des mots d’aurore et d’ambre ?
Ils chanteront l’espoir,
Sanctuaire de l’audace et de la foi,
Demeure de la sagesse qui domine les hasards.

Jean Métellus est un poète haïtien


Jeux symboliques – ( RC )


Heureusement de mon temps,
les marchands de jouets
ne pratiquaient pas simultanément
le commerce des armes.
Certains de mes camarades
s’échangeaient des images
avec des soldats casqués,
des chars et des fusées .

Pour se mettre de plein pied
avec la réalité
quelques décennies plus tôt,
il aurait été plus facile
de se procurer des osselets,
ou des médailles militaires
portant la croix gammée .
Mais je dois me faire des idées….


Jean-Claude Deluchat – ma barque


illustration 33domy ( centerblog)

Je n’aurai pas grand-chose et ce sera beaucoup
J’aurai dedans ma barque des gibiers et des fleurs
Des agapanthes bleues des baisers dans le cou
Une veine battante pour l’artère des chœurs
Des chants à perdre haleine dans la laine bergère
Qu’un souffle de printemps vient renaître par l’eau

Pour une aire de soleil et un sourire de frère
Qui sait me recueillir au chagrin du sanglot
Venez ici le jour est une aube fertile
Les nuages du ciel sont des cygnes si blancs
Qu’on dirait que les mois s’appellent tous avril
Et qu’un baiser de braise s’est assis sur un banc

Un banc de fruits vermeils et de levers charmés
Par un bruit de marées et de sables venus
Pour le marin perdu et le port arrimé
Jusqu’aux jetées gagnées et le phare des nues
Je n’aurai pas grand-chose et ce sera beaucoup

Un air de noces claires par la source des vents
Une graine posée dans le terreau par où
Ma nuit s’est maquillée et desserre les dents
Sa candeur vermillon a des lèvres de fruits
Et ses seins contre moi sont un tissu de cœur
Qui serrent à mourir comme on sert à minuit
Aux cuivres des saxos des goulées de clameurs

Quelques mots que je sais hors les dictionnaires
Sans besoin de version pour perdre le latin
La toile rouge et noire et l’absinthe ouvrière
Et les tournées gratuites que servent des quatrains
Des dimanches de soie et d’oiselles moqueuses

Des demoiselles folles aux guêpières ouvertes
Quand le temps est à rire sur des berges heureuses
Pour se coucher sans gêne à même l’herbe verte
Je n’aurai pas grand-chose et ce sera beaucoup
Pour les enfants malades et leurs plumes égarées
Je veux qu’ils dorment au chaud en leur toile cachou
Que leurs souliers de cuir leur soient dûment ferrés
Qu’ils jouent à perdre haleine aux hochets rigolos
Et que le soir venu je relève leurs draps
Pour la dernière goulée d’un verre de vin chaud
Dans un tendre soupir aux caresses de chat
Que les faveurs des flots nous portent des voyages

Au plus loin de l’ivresse et des danses de feux
Pour ces gamins heureux jusqu’au bout de leur âge
Dans des pays nouveaux sans la larme des yeux
Bien loin sont les faïences aux halos scialytiques
Bien loin restent les fièvres et les terreurs passées

Je veux ma barque douce pour unique viatique
Chargée d’éclats de rires et d’énormes baisers …

—-

Jean-Claude Deluchat


Futaie profonde, et solitaire – ( RC )


Chemin forestier vers Saint Côme d’Olt ( Aveyron )

Parcourant la forêt, les troncs courbés
font comme une harpe
jouant une musique de lumière
que personne n’entend.
La futaie est profonde, et solitaire ,
personne ne m’entend chanter.
J’écris sur la terre humide
un poème,
que personne ne lira,
à part la lune
qui se penche vers moi
.

inspiré par les textes de Wang Wei, voir « sous les pins »- calligraphie chinoise –


Le ruban noir – ( RC )


J’ai vu cette main en gros plan,

posée sur un membre,

ou un corps  souple .

Peut-être  était-ce celui d’un autre

plutôt que celui de  la personne  

à qui appartient la main.

Rien ne l’indique .

Ou peut-être  une  petite  différence 

de pigmentation de la peau  :

Les doigts sont face à nous .

La main repose, légère,

abandonnée.

Lassitude,  tendresse ?

Elle s’enfonce apparemment 

dans la peau, souple, accueillante.

Mais les ombres sont  pourtant assez marquées :

elles tirent sur le mauve.

Ce qui surprend , 

c’est  aussi l’ombre portée du bras

sur l’arrière plan,

placé précisément sur l’axe diagonal du tableau ;

comme si  celui-ci était plaqué

sur la surface  d’un mur, 

donc n’ayant pas l’espace nécessaire

pour qu’il puisse se poser

sans faire une  contorsion.

C’est une main féminine, 

et le torse,  horizontal,

si ç’en est un, 

montre un petit grain de beauté  

au niveau du pouce :

cela fait un ensemble empreint de douceur, 

mais l’arrangement de l’ensemble

ne semble pas tout à fait naturel :

la position rappelle un peu

celle de la main de l’Olympia,   de Manet.

Le titre attire notre attention

sur un ruban noir étroit,

noué au niveau du poignet.

C’est un détail, 

qui réhausse le côté un peu blafard de la chair;

et on se demande s’il y a un sens particulier,

donné par sa présence:

s’il était placé plus haut, 

ou ailleurs, 

plus  épais, d’une teinte différente.

Si le nœud  n’était pas si  apparent…,

et s’il n’y avait rien du tout,

seulement  son empreinte  ?

Comme un ruban du même type 

est aussi présent dans l’Olympia,

mais autour du cou, et noir également

c’est une similitude,

comme l’oblique  du bras,

qui n’est peut-être pas  fortuite ,

et on s’attendrait sur d’autres  toiles,

à des rapprochements similaires…


Yannis Ritsos – Au balcon


photo Alspix

Après la représentation
il demeura caché au balcon
dans l’obscurité.
Le rideau est grand ouvert.
Régisseurs du théâtre,
accessoiristes, éclairagistes
démontent les décors ;
ils ont ramené au sous-sol
une grande lune de verre,
ont éteint les lumières,
s’en sont allés,
en fermant les portes à clef.

À ton tour maintenant,
sans lumières,
sans décors et sans spectateurs,
de jouer ton propre rôle.

Athènes, 4.III.85

texte extrait du recueil  » Balcon » ed B Doucey 2017


Carnets de dessins de Provence – ( RC )


dessin RC , environs de La Tour d’Aigues

A chausser les sandales de l’enfance,
te rappelles-tu des champs de Provence ?
Tu n’avais pas à ouvrir ton herbier,
le vent poussait ses vagues dans le blé,
comme dans la farandole
de la voix du mistral
soufflant par rafales
sur le plateau de Valensole.

Tu l’as parcouru à pied,
en sortant ton carnet à dessins.
De jeunes lavandes
déroulaient leurs points
avec de curieuses perspectives,
où le feuillage argenté
des oliviers, voisine celui, plus léger
de la promesse des amandes.

Contre les montagnes lointaines,
je me souviens de la teinte rousse
tirant sur le brun de Sienne,
opposée aux vertes pousses
des rangées de vignes
étagées sur les pentes ,
offertes à la cuisson du soleil.

Tu en parcours les lignes,
un soleil de miel
sous tes sandales de silence.
Les ceps crient
dans l’impatience
d’une lumière de braise
aux senteurs de la garrigue.

Bousculés dans les croquis
d’encre et de fusain,
sont-ils l’essence
de la morsure du midi
que rien n’apaise ,
calmés seulement
par la douceur de lait des figues…?


Christophe Condello – Terres calcinées


image source  » the Independant »

Un volcan
en nous
un jour ou l’autre
brûle le coeur
de nos extrêmes

métamorphose

nos terres premières

voir le blog poétique de C Condello


Wang Wei – vague de saules


en rangées distinctes

    se succèdent les arbres

            magnifiques

leurs ombres inversées

         traversent 

les ondes cristallines

pas comme dans les canaux du Palais impérial

où le vent du printemps

      attriste toutes les séparations

Wang Wei est un poète chinois du 8è siècle


Thierry Roquet – plus de mystère


photographie Dieter Appelt

tu te regardes dans la glace
tu grimaces
tu n’aimes pas ton reflet
moi je l’aime bien
tu penses que c’est le reflet de quelqu’un d’autre
qui appartiendrait au passé
d’une autre vie
et dont tu souhaiterais effacer
le souvenir
-ce n’est pas possible
alors tu penses que c’est le reflet de quelqu’un
qui vieillit trop vite sans
prendre vraiment part à la vie
-de quelle vie tu parles ?
alors tu éteins la lumière de la salle de bain
et comme la nuit est particulièrement sombre
tu distingues à peine à présent
ton reflet et le mien
et tu m’embrasses
-je nous trouve beaucoup plus mystérieux comme ça

du blog de l’auteur


Nicolas Granier – Brèves de poésie ( sur textes de RC )


Nicolas Granier, dans ses émissions régulières « brèves de poésie », vient de faire lecture de trois de mes écrits qui ne sont pas encore publiés ici… c’est l’occasion d’écouter une belle interprétation orale , puisque la plupart des textes sont conçus de façon à porter la musique des mots, comme s’il s’agissait d’une partition….

( qu’il en soit remercié )

Voir le lien Youtube me concernant

comme celui sur les textes de Susanne

« ainsi se jouent les jours » peinture acrylique R Chabrière

Zao-Wou-ki – Peindre, toujours


Peindre, peindre, toujours peindre, encore peindre le mieux possible,

le vide et le plein, le léger et le dense, le vivant et le souffle


Exercice préparatoire ( calligraphie paysagère ) – ( RC )


Zhu Da – oiseau sur branche desséchée – peinture calligraphique

Pour commencer
je vais ouvrir la page
avec une belle journée,
je l’étale, comme un nuage :
– Cette feuille de papier
parlera peut-être
à ma place
quand j’aurai trempé
le pinceau dans l’encrier,
et laissé une trace
grise et noire -:
C’est l’exercice préparatoire
pour que les eaux
s’écoulent des collines,
s’envolent des oiseaux
d’encre de chine:
petite calligraphie modeste
pour peintre amateur :
un paysage en quelques gestes
en ajoutant de jeunes fleurs :
elles s’échappent des mains
comme de celles d’un semeur,
s’éparpillent sur le terrain
en touches de couleur:
J’irai me promener dans mon dessin
laisserai le papier s’envoler
son encre sécher
par le soleil du matin…


Julian Tuwin – pensif dans une ville étrangère


photo: Vivian Maier

Dans ce petit café du coin,

Contre le mur frais et intime,

Très étranger, très anonyme,

Je fredonne des airs anciens.

Privé de paroles, de sons,

Du seul regard, dans le jour gris,

Un homme solitaire prie

Pour d’éternelles questions.

J’ignore demain et hier,

Là tout finit, là tout commence,

Ici et partout, tremble et danse

Une miette de l’univers.

Sortons. il n’y a pas de voie

A mon silence et à mon chant.

Pour vous, pierres, et pour toi, vent,

Je chante, homme aux abois !


Ouverture en musique ( pour Apollon musagète )- ( RC )


dessin Raphaël – Apollon

Ouverture en musique,
uniquement en sépia ;
la statue antique
donne toujours le « la »…


Nous attendrons d’ Apollon
une harmonie céleste,
en imitant son geste
avec ou sans violon.


De ce dessin très classique,
qui semble inachevé
on pourrait écouter résonner
ses harmoniques,
– découvrir sur ces entrefaites
la composition de Stravinsky
convoquant une mélodie
pour « Apollon musagète… »


Claude Roy – le rhinocéros


sculpture Dali d’après Dürer

Le rhinocéros est morne et il louche vers sa corne.
Que veut le rhinocéros ?
Il veut une boule en os.
Ce n’est pas qu’il soit coquet : c’est pour jouer au bilboquet.
Car l’ennui le rend féroce, le pauvre rhinocéros.


P.P.Pasolini – De poésie, une vie était close


peinture – Geneviève Asse

« J’avais vingt ans, même pas –dix-huit,

dix-neuf…et déjà un siècle était passé

depuis que je vivais une vie entière

consumée à la douleur de penser

que je ne pourrais jamais donner mon amour,

sinon à ma main, ou à l’herbe des fossés,

au terreau d’une tombe sans surveillance…

Vingt ans et, avec son histoire humaine, avec son cycle

De poésie, une vie était close. »


Denis Samson – Pistes effacées


Pistes effacées
des incarnations de l’errance
la nuit un gant de satin
refermé sur nous
qui dérivions à l’éphémère

grammaire d’odeurs

miroir reflétant
l’indolence des eaux
enchaînées à des roses

mains échevelées oreiller qui baille.

texte de l’auteur D Samson ( Québec )… tiré du riche blog CLS Poésie


Pluie passagère au fort de Bertheaume – ( RC )


photo RC nord de Bertheaume ( 29 )

Tiens, nous voilà transportés
dans l’horizon différé
des reflets au passé composé,
comme l’arc-en ciel
jailli d’une pluie passagère
près du fort de Bertheaume :
un arc de couleurs irréelles
prenant source dans mon souvenir,
où se bousculent atomes de lumière
et nuages fantômes
d’une image en devenir
faisant corps à corps avec la grève :
la piste sableuse de mes rêves….


Tristan Tzara – vide matelas


montage RC

Vide matelas
pour ne pas dormir
ni rire ni rêver
le froid aux entrailles
le fer dans la neige
brûlant dans la gorge

qu’avez-vous fait qu’avez-vous fait
des mains chaudes de tendresse
avez-vous perdu le ciel
dans la tête par le monde
dans la pierre dans le vent
l’amitié et le sourire
comme les chiens à l’abandon
comme des chiens


Jean-Claude Goiri – la forme qu’il faut


montage et photo RC

Prends la forme qu’il faut pour aller partout, juste partout, à chaque
endroit qui grince, qui frotte comme il ne faut pas, juste dans la non
zone, dans le palais du naître, juste où ta langue va claquer pour dire le
mot juste, juste où il ne faut pas mettre un pied devant l’autre, où les
vers ne sont libres que de se taire, à l’endroit exact d’où le giclé se
reforme, d’où le fusé repart pour de nouvelles aventures, juste là où ça
craque quand ta chaise s’alourdit, prends juste la forme qu’il faut pour
aller partout, juste cet endroit où les couleurs remplacent toute autre
forme de vie, cette vie dont tu rassembles les éclats, juste un moment
pour voir ce que ça donne dans le blanc, et pour voir aussi comment
ça marche le blanc, et pour ça tu prends juste la forme et le temps qu’il
faut pour aller nulle part, et ton œil qui cherche à poser son regard, ce
regard qui devient multiple, comme ces herbes folles qui poussent
parmi celles qui ne le sont pas, prends juste le temps d’aller beaucoup
partout

Jean-Claude Goiri est actif au sein de FPM ( le festival permanent des mots ).: éditions Tarmac

Ce texte est issu d’un pdf disponible sur le site « les cosaques des frontières »


Pierre Cressant – Incendies


la mémoire a incendié le passé ; table rase de ses terres sans lendemain ;

à découvert, sous les cendres, un présent pur et clair, horizon sans fin où brillent une à une mille et une joies anciennes ;

l’image de notre amour qui tremble encore.

voir d’autres textes de Pierre Cressant sur tumblr