voir l'art autrement – en relation avec les textes

Art

Alberto Giacometti – une question continuelle à l’univers


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peinture: Alberto Giacometti – détail de portrait de Peter Watson

« Notre activité n’est qu’une question continuelle à l’univers, qui est aussi nous-même.

Pour chacun de nous, le monde est bien un sphinx devant lequel nous nous tenons continuellement, un sphinx qui se tient continuellement devant nous et que nous interrogeons.

Nous ne pouvons le faire que dans une attention soutenue, même physique de tout notre être, au guet, et dans une disponibilité aussi grande que possible sur tous les plans… Et nous enregistrons ce que nous entendons ou même ce que nous croyons entendre. »

—  Alberto Giacometti, Écrits, Éditions Hermann, 2007


Yanka Diaghiléva – Seras-tu ?


Yanka Diaghiléva dont on peut  trouver  les traductions  du russe par Henri Abril, sur son siteVernissage de l'exposition Georges Guye, 200RD10 8089679230.jpg

art:         exposition Georges Guye

 

 

Seras-tu le rayon clair
            qui naît de l’ombre,
Seras-tu l’ombre engendrant le rayon ?
Seras-tu la pluie bleue
            qui tombe sur la neige,
Seras-tu l’un des nuages ?
Ne seras-tu qu’un maillon
            de la chaîne dorée,
Ou bien le marteau qui la forge ?
Seras-tu le sentier à l’horizon
            ou celui qui y marche ?
Seras-tu la plume d’une aile d’aigle
Ou seras-tu l’aigle lui-même ?
Seras-tu une goutte de vin
           ou bien le fond de la cruche ?     

1987


Toi qui vins de bien loin – ( RC )


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Toi qui vins de bien loin,
le vent derrière ton dos,
et les gestes d’écume,
as-tu marché sur l’eau,
les pas aussitôt effacés par les vagues

ou es-tu née d’une conque,
comme la Vénus de Sandro,
célébrant la venue du printemps ?
Enveloppée de ciel,
les nuées en robe vaporeuse

en as-tu repoussé les limites,
replié les courbes de l’espace ,
fait de la mer ton berceau ?
Toi qui vient de si loin
et qu’on n’attendait plus…

RC – juill 2018


Henri Bauchau – La règle


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sculpture  sumérienne – Mésopotamie ( Irak )

 
Avec mes pierres carrées

Je t’enfermerai dans une œuvre

Car tu es coureur de chagrins

Et la règle est d’apprendre à rire

Homme
Avant de mourir.


Risquer de ne pas se perdre


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photo extraite de MaryAnn Camps blog

Je viens  d’entendre  à la  radio une  belle  sentence  paraît-il d’origine indienne…

 

ne  demande  ton chemin à personne, 

tu risquerais  de ne pas te perdre…

 

 

 

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installation –  sculpture: Richard Serra   San Francisco Museum of Art


Echappée belle – I (Susanne Derève)


Image associée

   Edward Henry Potthast   Looking out to Sea

 

 

Echappée belle vers la solitude
Echappée belle  et je ferme le banc                                                                            
Entre les bras tendus du ciel
Eaux mortes traître courant des profondeurs
d’un jour sans vent

 

On ne lutte pas on ne peut que
s’abandonner et laisser dériver le temps
jusqu’à la marée basse
Rejoindre les pierres plates mêlées de vase
Mériter le silence

 

Pierres chaudes des matins d’absence
avec cette légère nausée des jours de grande chaleur
ce vertige au sortir de la vague
un vacillement

 

Noir    blanc damier      éblouissement
Le sol est-il si ferme qu’on puisse s’y abattre sans broncher
la roche usée  douce avec un grain ponctué de lichen
et de mousses  d’algues séchées

 

Il y a des feuilles des ombrages où la mer
abandonne ses cordages de sel  ses bois flottés
brindilles   ombelles grises

 

comme un au revoir d’été
Échappée belle    insoumise 
Attendre que l’estran épouse la marée
redonne vie aux vies qui sommeillaient

 

Et soi  s’endormir au soleil    voile rouge
au travers des paupières  rêver d’anciens bonheurs
d’un vallon égaré et sous le grain des cils
si rien ne les disperse  les retrouver   

 

 

 

 Résultat de recherche d'images pour "henri potthast the main coast"
   Edward Henry Potthast The Maine Coast
                          

Murièle Modely – nature morte


nature morte

 

Résultat de recherche d'images pour "nature morte hannah hoch"

peinture  Hannah Höch    » l’escalier »

 

au milieu de l’assiette un fruit et un légume gisent ratatinés
sur la droite une feuille blanche grouille de pattes de mouche 
sur la gauche une main sèche brune finit de momifier
le tout s’alanguit dans un cadre doré au milieu d’un mur
qui tombe par plaques dans un musée obscur 

James Joyce – musique de chambre V


 

Résultat de recherche d'images pour "cassiopea joseph cornell"

assemblage: Joseph Cornell   » Cassiopea »

 

 

V
Quand l’étoile s’élance au paradis,
Timide et inconsolée, chastement ;
Daigne entendre dans le soir assoupi
Celui qui à ta porte vient chantant.
Son chant est plus tendre que la rosée
Et lui est venu pour te visiter.

Ô ne te penche dans la rêverie
Quand il t’appelle à l’orée de la nuit.
Ni ne songe   «Qui est donc le chanteur
Dont tombe ce chant qui parle à mon cœur ?»
Reconnais l’amoureuse mélopée :
C’est moi qui suis venu te visiter.

 

 

V
When the shy star goes forth in heaven
All maidenly, disconsolate,
Hear you amid the drowsy even
One who is singing by your gate.
His song is softer than the dew
And he is come to visit you.

O bend no more in revery
When he at eventide is calling.
Nor muse : Who may this singer be
Whose song about my heart is falling ?
Know you by this, the lover’s chant,
’Tis I that am your visitant.


Pendant que tu dors – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "soleil huichol"

soleil et lune: tableau de fils Huitchol ( Mexique )

 

Pendant que tu dors,
le jour s’ouvre comme un éventail,
les légendes se concrétisent,
le vent remue l’or des feuilles,
déplie les fleurs sortant de leur sommeil.

Chacun s’affaire et traverse l’ordre du monde.
L’herbe même, a troué l’asphalte;
les abeilles se chargent de pollen,
les voitures suivent une destination
qui doit avoir son importance.

Mais tout cela ne compte guère :
ni le parfum des lys et des roses :
c’est bien peu de chose,
puisque tu es absente
derrière tes paupières :

tu suis , dans tes rêves
les étendards d’argent :
tu t’imagines en marbre rose
dialoguant dans le silence
avec la statue du commandeur .

Il a brisé son bouclier de bronze,
et son ombre s’étend
même sur celle des oiseaux .
Elle a même effacé le temps .
– Il semble immobile , à ta conscience .

Comme le sang ,
Il pourrait refluer , arrêter sa course ,
t’emporter vers des ailleurs
– ce seraient des jours meilleurs –
au-delà de la Grande Ourse…

pendant que tu dors…


RC   – juin 2017


Jean-Claude Pinson – Bovins statufiés


Résultat de recherche d'images pour "thomas benton  cow"

peinture  – Thomas  Hart Benton

 

Photographie saisie en passant en voiture
un jour sans doute de sombres mélodies
dans la tuyauterie cérébrale :

dans les urines noires
de l’automne en bordure de banlieue
des bovins statufiés attendent
dans le vent on ne sait quoi

dans le gras des labours
on dirait qu’ils dépriment

.


Colporteur du temps – ( RC )


peinture perso sur enveloppe – mail art – acrylique sur papier 2004

Le colporteur du temps
N’a pas sa montre à l’heure
Et a laissé se faner les fleurs
Des rendez-vous d’avant

En semant les traces à tout vent,
C’est tout un champ d’enfants
Qui grandissent en chantant
Déposés en sommeil, on les oublie souvent

Lorsque le hasard nous amène
A revenir sur nos traces
Les souvenirs reviennent,       et nous embarrassent
Le temps avait figé, – quel phénomène – !

un geste dans l’espace
La terre humide, qui fume
Le village, perdu dans la brume
Et de lointains ressentis passent

Ton sourire d’avant                           est resté le même
Dans mon souvenir;                                      il est ce défi
Que me lance encore,                         ta photographie
Les fleurs d’antan ,                                 pour ce poème

Sont encore fraîches,   et la couleur
Que n’a pas retouchée le colporteur
Du temps, qui s’est étiré,     sans toi.
Couleur du bonheur,             en papier de soie.

25-01-2012

issu de la création de Pantherspirit: le colporteur du temps


La mer a ses empâtements – ( RC )


Images intégrées 1

 

peinture:  August Strindberg –          musée d’Orsay

 

Les peintres délivrent leur âme,
en étalant le safran,
le rouge garance et l’indigo,
et ils dansent avec leurs pinceaux,
parfois avec les doigts .

Ils s’enveloppent dans le paysage
qui nait sous leur patience ,
s’enfoncent dans les infinis d’horizon,
combattent les nuées d’orage,
et le soleil         dans l’éblouissement .

Je ne me souviens plus
des couleurs de l’espoir :
>         il y avait cette peinture
           envahissant le ciel ,
où les crépuscules se bousculent .

Les reflets semblent engloutis
dans les profondeurs,
et on pense à ces créatures fantastiques
qui surgissent chez les artistes,
venues des abysses ..

Les vagues aux mille dents,
le radeau de la Méduse,
les lambeaux de voiles,
ne cueillant pas
que des lavis de roses .

La mer comme une plaque d’étain,
vue de près , a ses empâtements,
ses montagnes grises
des craquelures,        et des creux d’ombre
où on se perd,           mélangés aux nuages .

Il est difficile de dire si , quelque part,
la tempête s’apaise ;
           on repère sur un coin de la toile
une frêle embarcation,
que le peintre a sauvée du naufrage

– provisoirement .

RC – fev 2018

 

( avec la participation de Susanne Derève pour ses « lavis de rose  » )


Zbigniew Herbert – du dernier soupir à l’éternité la plus proche


 

 

Résultat de recherche d'images pour "sang buisson  épines peinture"

art: tableau de fils  huitchol ( Mexique )

 

Que la route est longue
du dernier soupir
à l’éternité la plus proche

Et lourdes sont les épines de la rose, le long du chemin tracé :

Saint Ignace
blanc et flamboyant
passant près d’une rose
se jeta sur le buisson
et meurtrit sa chair

avec la cloche de son habit noir
il voulait assourdir
la beauté du monde
jaillissant de la terre comme d’une blessure

gisant au fond
du berceau de piquants
il vit
le sang couler de son front
se figer sur ses cils
en forme de rose

et sa main aveugle
cherchant les épines
fut percée
du doux toucher des pétales

le saint dupé pleurait
au milieu des moqueries des fleurs

épines et roses
roses et épines
nous cherchons le bonheur


Gris lointains ( Susanne Derève)


 

Résultat de recherche d'images pour

Peinture : Joaquin Sorolla  (Three boats by a shore)

 

L’eau est grise

gris les lointains

de ce gris qui précède la clarté du matin

bien avant que le vent se lève

 

Au creux des grèves à marée basse

il y a la sinuosité du courant

dont la courbe épouse la rivière

long serpent paresseux

qu’accroche  çà et là  un éclat vif argent  

de lumière

 

M’en souvient     cet éclat

anguilles entre nos mains d’enfants

arrachées au ruisseau

–  autrefois  –

et rendues malgré nous aux roseaux

dans le secret des pierres humides

 

mains vides    paumes ouvertes

dans l’œil ne nous restait qu’un éblouissement

incrédule     –  un aveuglement –

dont tu te détournais trainant  les pieds

en maugréant      puis tout à coup   limpide                                                                    

ton rire ricochait

comme les pierres sèches que nous lancions

à plat  l’eau       ton rire  rebondissait

comme les pierres      de loin en loin

 

les pierres étaient légères et notre enfance

se passait

à fourrager dans les guêtres bleues des rivières

    estuaires  de vase nue                                                                                    

où s’affaissait le ventre vermoulu des barques

avec leurs fonds d’eaux stagnantes

aux relents de goudron et de sel

 

Poches percées

semant les coquillages comme des  Petits Poucets

sondant l’eau grise     en arpentant le cours

ce gris de tourterelle

nous en savions par cœur la ritournelle

le chant sur les doigts de la main

J’en ai bouclé la boucle ce matin

   


Jean-Michel Bongiraud – abeilles


Résultat de recherche d'images pour "fille cerceau de chirico"

animation Joel Remy – à partir  du détail d’une peinture de G De Chirico

 

La transfusion des spirales est aléatoire

Et les mathématiques sont un chef-d’œuvre hypnotisant.

Tout jargon contredit l’univers et les sens.

Ce qui se cristallise sur mon palais

Ces miroirs qui ne parlent pas

La face contre l’écorce nul ne règle le compas !

Je dis une histoire une source mal écoulée

Un feu qui s’éteint au fond de nous.
L’abeille a-t-elle un buste semblable au mien ?

L’aube ne sera jamais nouvelle

Et les hommes ont rempli leur brouette de machines
.
Je lance un ultime pavé.

Un cerceau au loin tombe dans le ravin.

 



Alberto Giacometti – facettes


Image associée
sculpture   –  Alberto Giacometti   –  crâne    1934
« On peut comparer le monde à un bloc de cristal aux facettes innombrables.
Selon sa structure et sa position, chacun de nous voit certaines facettes, certaines parties de facettes et son tableau poème objet etc. n’est qu’un témoignage de ce qu’il aperçoit.
C’est bien évident que toutes les facettes vues par un groupe de gens à une certaine époque doivent être très près l’une de l’autre, à peine des petites différences d’angle, d’inclinaison, et vue de loin elles ne forment qu’une seule masse claire par rapport à toutes les innombrables qui trempent dans le noir de l’espace.
La production de chacun de nous est le reflet exact de cette différence d’angle et de position. »

— Alberto Giacometti, Écrits,                                        Éditions Hermann, 2007


Juste une hypothèse sur l’existence des choses – ( RC )


Matisse  fenêtre noire      .jpgpeinture: H Matisse

 

J’ai crû que c’était le matin.
J’ai regardé ma montre.
Il est plus de 9 heures .
La météo n’en a rien dit
( on ne l’aurait pas crue ).
Ou bien ce serait un saut dans le temps .
            La nuit s’en engouffrée dans le jour
a profité d’une brèche :
J’ai ouvert la fenêtre.
L’éclipse du temps s’est étendue
pendant la nuit,
et se prolonge 
jusqu’à l’immobilité des choses.

        Je distingue à peine les murs d’en face.
Le béton,     les cheminées,       d’autres fenêtres.
Elles portent un voile de deuil.
Aucune lumière.
Les lotissements sont bien là,           obscurs.
Les immeubles ne présentent que des surfaces,
plantés au sol comme des esquisses de décor.
A peine plus noirs       que le fond d’encre.
Les rues où rien ne circule.
          Tout a été happé par le silence.
A la façon d’un Malevitch
qui aurait peint du noir sur du noir.

        C’est bien le matin,
d’après l’heure   ,
mais peut-on l’appeler encore comme ça ?
        Le jour s’est perdu quelque part,
happé par l’infini,
–       que sais-je ?
A moins que j’aie seulement rêvé:
un rêve de lumière,       caressant les choses,
                                     la pensée d’un astre,
( juste une hypothèse sur
l’existence des choses ),
que rien ne viendrait confirmer .


RC – mai 2018


Herberto Helder – Do Mundo 01


bas relief  symbolique - Inde

bas relief symbolique – Inde

Do Mundo (extraits)

Si tu te penches par les jours intelligents
regarde comment se forme la soie en eux, comme
le vêtement se forme sur le corps.
La soie et la chair fondues dans l’outre de sang.
Le nom : pulsation de la mémoire.
Et tu danses à quelques encablures des flammes
la zone ouverte, mais fermée,
spasmodique ; l’air retourné
autour des pierres en feu.

Le regard est pensée
Tout se fond en tout, et je suis l’image de ce tout
La roue du jour de dos montre ses blessures
la lumière trébuche
la beauté est menace –
– Je ne peux plus écrire plus haut
les formes se transmettent, intérieures.

 

 

 

 


André Bay – Dérives blanches


Résultat de recherche d'images pour "white louise nevelson"

assemblage-sculpture: Louise Nevelson

 


En « avant-propos »

Le Blanc m’obsède
Le Blanc me tourmente
Le Blanc me poursuit, m’aveugle
Couleur des limbes crépusculaires
Suaire des résurrections mortes
Compagnon des crépuscules du soir et du matin
Candidat de blanc vêtu
Blanc qui es-tu ?
Mort poursuivant la vie
Vie poursuivant la mort
Rideau de ma vie morte
Jour tissé de nuit
Blanc de l’amour ici
Et de la mort Là-bas
Blanc de l’absence remplie de vide
Complice du temps qui passe
Le Blanc m’envahit doucement
Et irrésistiblement m’entraîne
Devant la Grande Porte.
Tandis qu’il me pousse et m’attire
Je le distingue partout
Il apparaît là où je ne le voyais pas
Il me poursuit et je le traque…
Avec espoir de mieux le comprendre
Doux compagnon de mes vieux jours…


Quine Chevalier – Neige conçue 3


Résultat de recherche d'images pour "andrew wyeth snow blood"

peinture: Andrew Wyeth

 

Neige conçue
impudique au matin
rouge le sang des chiens livrés
sans chaîne
ni raison

Quelle bête épuisée
a pris part au festin

Tu rinces tes rêves
de nuit
dans le vif
éclat mordant de l’âpre
rigueur de chair

mais la neige de toi
en toi


Louisa Siefert – il est des pistes


Résultat de recherche d'images pour "crepuscule nolde"

peinture   Emil Nolde :mer avec ciel rouge

 

Au clair soleil de la jeunesse,
Pauvre enfant d’été, moi, j’ai cru.

– Est-il sûr qu’un jour tout renaisse,
Après que tout a disparu ?

Pauvre enfant d’été, moi, j’ai cru !
Et tout manque où ma main s’appuie.

– Après que tout a disparu

Je regarde tomber la pluie.

Et tout manque où ma main s’appuie

Hélas! les beaux jours ne sont plus.

– Je regarde tomber la pluie…
Vraiment, j’ai vingt ans révolus.

 

Louisa SIEFERT « Les rayons perdus »
(Albin Michel)


Michel Hubert – captif d’un homme


 

 

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image  : Gandy

 

10  –

Quand on sait ce qu’est la perversité

pour qui je désespère

d’une larme trop facile

sans que le corps étouffe

et se détruise dans l’horreur de mes mains

  • quand on est soi-même pervers sorcier qu’une jeunesse afflige –

quand on sait à quel rôle ultime de frontaliers seront voués ses yeux à la seconde même de glisser dans la mort on applique à chaud la lumière des givres

Je pleure ?

moi le sourcier de mon visage pour tuer l’hypnose de la lampe dans ce long souterrain

( j’ai deux petites épingles de bronze une dans chaque main pas plus grosses que le plus petit des chagrins )

je me suis approché sans trembler de mes yeux

toute affiche d’un fleuve si belle

si chromatique soit-elle finira dans la nuit de l’égout

 


Valery Larbaud – Thalassa ( fragment )


 

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peinture:  Charles Sheeler

 

Bruits du navire ; voix dans un corridor,
Craquements des boiseries, grincements des lampes oscillantes,
Rythme des machines, leur odeur fade par bouffées,
Cris mangés de vent, qui brouillent la musique
D’une mandoline égrenant : « Sobre las oias del mar… »
Et le bruit coutumier qui finit par être silence.
Oh ! sur le pont, là-haut, le vent long et féroce, le vent-pirate
Sifflant dans les cordages, et faisant claquer comme un fouet
Le drapeau de bandes et d’étoiles aux trois couleurs…

 

Valéry LARBAUD                     « Les Poésies de A.O. Barnabooth »


Nayim Snida – Alors c’est elle qui peut consoler mon âme


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sculpture :  Gertraud Möhwald

 

Alors c’est elle qui quand l’odeur austère

Du passé affaibli par l’éphémère
Où sous le pont du temps le vent efface
Machinalement toutes les traces


Des instants d’aimer qui hélas en ombres

Se sont métamorphosés comme l’état du monde
Aux yeux de l’homme rêvant de paix de tolérance
Tandis que l’on se noie dans l’indifférence


A l’égard des victimes à l’égard des misères

A l’égard des rancunes qui puisent dans les guerres
Ses armes écrasant le repos des gens
Horrifiés par des morts enterrés tout vivants


Alors c’est elle qui peut consoler mon âme

Confusément perdue un batelier qui rame
Vers un îlot sans nom pour l’évasion du cœur
Habillé d’ennui vis-à-vis des malheurs


Gabriela Mistral – complainte


Résultat de recherche d'images pour "isabelle levenez art installation"

art: Isabelle Levenez

Tout a pris dans ma bouche
une saveur persistante de larmes;
le repas quotidien, le chant
et jusqu’à la prière.

Je n’ai pas d’autre métier
après celui-ci silencieux de t’aimer,
que cet office de larmes,
que tu m’ as laissé.

Mes yeux serrés
sur de brûlantes larmes!
bouche convulsive et tourmentée
où tout me devient prière !

J’ai une de ces hontes
de vivre de cette façon lâche!
Je ne vais pas à ta recherche
et je ne parviens pas non plus à t’oublier!

Un remords me saigne
de regarder un ciel
que ne voient pas tes yeux,
de toucher des roses
nourries de la chaux de tes os!

Chair de misère,
branche honteuse, morte de fatigue,
qui ne descend pas dormir à ton côté,
et qui se presse, tremblante,
conte le téton impur de la Vie!