voir l'art autrement – en relation avec les textes

Art

Dyane Léger – faire danser le cœur du monde


Homer, Huntsman & dog.jpg

peinture  Winslow Homer

 

 

Dis-moi,        toi qui sais tenir le monde dans ta main
sans lui faire mal,             sans le faire pleurer,
pourrais-tu m’expliquer, à moi qui suis
à peine capable de transplanter un rosier
sans déchirer ses racines,       à moi qui peux
à peine raconter une histoire sans la déformer,
à moi qui ne peux sourire à un vieillard
et à son chien sans les faire fuir,
          pourrais-tu me dire comment,
si l’on me le demandait,
comment pourrais-je arriver
à faire danser le cœur du monde
sans lui marcher sur les pieds?


Bernat Manciet – Sonet – Le matin croît en toute chose


 

TR00331B.JPG

aquarelle  W M Turner

 

 

Le matin croît en toute chose

toute chose déclenche un matin
Toi : un matin aux cris de neige
des mouettes pures sur Ambès

je te reconnus à ton rire
piaffé de ciel et de sel
je te reconnais car c’est notre rire
depuis les talons jusqu’au front net

lorsque blanchirent les rives
jusque dans mes paumes ouvertes
je sus que c’était ton jour

jour de mille paupières
blanches tu m’as trouvé à tâtons
tous lendemains ne sont que ce matin


Pas d’épaisseur, de celle des pierres – ( RC )


peop care  10-.jpg

image  – montage perso

 

Je te verrai,
Image présente,
A travers les murs,
Tournant mon regard
Vers où je te sais.

Il n’y a pas d’épaisseur,
De celles des pierres,
A jouer la distance
Avaler les espaces,
Les collines et les villes,

Redessinant tes gestes,
Comme si la barque des songes,
Ouvrait aux portes du jour,
Ta silhouette indécise
Se découpant dans la brume.

RC – juin 2014


un pont entre tes paroles – ( RC )


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détail d’une peinture de Botticielli (Vénus et Mars )

 

 

J’ai entendu la mer
dans la conque marine.

Et dans le ressac,
m’est parvenue ta voix,
dans le silence qui se retire,
suivant la marée basse.

Il y a du silence en toute chose,
et c’est un pont entre tes paroles.
Elles se poursuivent dans le temps,
et l’émotion tinte de leur écho.

C’est une voix sereine
qui rend sa grâce
au sourire d’un enfant,
auquel tu redonnes le souffle.

Je t’ai écoutée,
comme le ressac,
dans la conque marine.


Miguel Veyrat – derrière ta voix


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peinture : Don Van Vliet

 

—raison qui s’embrase
parmi les rires et les jeux,
dans l’espace
de lumière noire je cherche
À renaître
—ou bien à naître sans mourir,
comme au moment
fragile de ton esprit
où tu me conçus
Et que devint
soudainement chant
la nuit infinie
—ta propre peur, ma propre
crainte de prononcer ton nom.


la musique a été transportée ailleurs – ( RC )


peinture: Paul Delvaux

J’entends le silence,
comme un souffle en négatif,
.. et c’est la nuit.
Evidemment la musique est toujours là.
Mais elle a été prélevée, et se trouve ailleurs

en-dehors de la ville,
dans une petite pièce
où deux femmes en miroir lisent un petit livre,
accompagnées dans leur pensée
par la mélodie du chalumeau.

( vous savez, cette toute petit flûte
qui a accompagné
la traversée de l’eau
dans l’histoire du musicien d’Hamelin
entraînant avec lui rongeurs, et enfants ) .

Ici c’est un homme
en grand manteau rouge
comme sorti
d’une peinture allemande.
Une étrange lueur nimbe les lectrices .

Une fausse perspective,
au sol en damiers rigides
curieusement ouverte
permet pourtant aux roses
de s’épanouir,        malgré l’obscur .

RC – oct 2017

 

( d’après une peinture de Paul Delvaux )


Guy Goffette – le jardin d’enfance


 

 

 

IMGP2700  Christophe Manguet.jpg

 

dessin – association du clos du Nid, Lozère

 

 

Peuplé de voix et de couleurs,

le jardin d’enfance persiste en nous,

royal malgré la chute et l’exil du roi ;

il rafraîchit les déserts traversés de l’âge,

rattrape l’aveugle dans la musique,

le sourd dans la contemplation.

Toujours ce qui manque à nos vies,

cet innommable vide tout à coup derrière la nuque,

qui nous remplit de regrets, de remords,

de nostalgie, toujours a la forme d’un jardin.


Il y avait , sur le dessin – ( RC )


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 Brooklyn Street-art

 

 

Il y avait sur le dessin

des ombres, mais aussi des couleurs

qui sont venues habiller le mur.

A travers les grilles,

je le voyais

avec ses fleurs blanches et pourpres,
mais aussi le ciel plombé

d’un proche orage,

Il faisait ce contraste au bonheur
et aussi le mettait en valeur .

Il y avait ,

—– ( car un jour de colère,
quand le cœur se déchire,

j’ai voulu effacer les clématites
avec un chiffon et de l’essence ).

Quand le regard s’y pose,
on voit que tout a dégouliné :
Ce n’était pourtant pas suite à l’averse :

tout n’est pas complètement gommé:

je ne repars pas d’une toile vierge :
on devine bien des choses,

malgré le repentir

on y voit des restes de bonheur

que je n’ai pas pu

( ou pas voulu )
complètement effacer …

 

 

RC – août 2018


Histoire de rangement – ( RC )


 

 

 

 

020 Homunculus Stock.jpg

brookenshaden favorites  :  Homunculus Stock

 

Parfois, je ne sais plus vraiment où je suis rangé.
On me retrouve dans les endroits les plus divers

( dernièrement sur une étagère ),
…y pendait un tissu frangé .

Autrement, ce fut une fois avec les assiettes,
dans le buffet de la salle à manger :

mais ma vie devait être en danger,
car voisinaient les verres aux multiples facettes.

La bibliothèque m’accueille dans les rayonnages,
généralement c’est en été,

les portes restent fermées,
et j’ai mon lit de pages.

Mais mon corps est en plusieurs parties ,
car tout cela manque de place

( certainement pas assez d’espace
pour y installer un lit ).

Cette histoire de rangement
n’est pas le premier de mon souci ,

je me découpe, je me déplie
tout à fait naturellement .

Des fois il n’y a qu’un pied, qu’une main
qui s’égare par erreur.

Je n’ai pas essayé le congélateur :
ce n’est pas un endroit très sain

on y côtoie de la viande en sachets
des légumes et du pain durci :

je ne fréquente pas ces lieux ci ;
on dira que je ne suis pas prêt….

Il me faut un minimum d’air
pour que je subsiste quand même :

c’est ça le petit problème
de ma présence sur terre.

J’ai égaré mes poumons , mais je respire:
et même tiré en multiples exemplaires,

je sais qu’il ne faut pas trop s’en faire :
…….          comme situation, il y a pire…


RC – aout 2018


Leon Felipe – Don Quichotte est un poète prométhéen – 2


 

peinture  Serge Plagnol    La verte et rouge 2002 - Huile et pigments sur toile.JPG

 

 

Le Poète Prométhéen apparaît toujours dans l’Histoire comme un personnage imaginaire… mais l’imaginaire prométhéen gagne du réel… et la réalité domestique… se perd dans les ombres de l’Histoire.
Les rêves des hommes fabriquent l’Histoire… Les rêves sont la semence de la réalité de demain et ils fleurissent quand le sang les arrose et les féconde…
L’Histoire… est sang et rêves.
Et il arrive que le rêve se fait chair et la chair rêve.
Le Poète prométhéen s’échappe des ombres de la Mythologie… de l’imagination infantile des hommes, des livres sacrés… et de la maison même de Dieu… Et le Verbe… se fait chair…
Chair et symbole…


Pentthi Holappa – les navires naufragés


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peinture: Katheryn Holt   naufrage

 

LES NAVIRES NAUFRAGÉS

 

 

Il n’y a pas d’abri contre la douleur, ni sous une cuirasse
ni dans le ventre de la mère. Y en aurait-il dans une
urne funéraire?

Prends garde aux nuits de pleine lune, quand la mer
reflète
les lumières de la ville !
Le ciel pourrait s’effondrer sur tes épaules.

 

Ta foi fragile dans les anges du ciel pourrait
se briser, si tu les voyais cueillir sur les récifs
les brassées d’or
des navires naufragés.

Tu te mettrais à pleurer, après l’esquisse d’un sourire.

 

L’homme est un enfant, qui même sous les coups n’apprend pas
que les miracles s’effacent dès qu’on les
contemple.
Ceci
n’est pas le pire malheur, mais plutôt de rester
au port
quand les anges déroutent les bateaux vers les hauts-
fonds.

 


Joan Margarit – je ne referme pas la porte


66.jpg

peinture: Philip Guston

 

 

J’entends frapper à la porte et je vais ouvrir,
mais il n’y a personne.
Je pense à ceux que j’aime et qui ne reviendront pas.
Je ne referme pas. Je souhaite la bienvenue.
La main sur le cadre, j’attends.
La vie s’est appuyée sur la douleur
comme les maisons sur leurs fondations.
Et je sais pour qui je m’attarde,
pour qui je laisse une lumière accueillante
dans la rue déserte.


Je ne sais exactement où mon corps penche – ( RC )


Jitka Válová  01.jpg

dessin:  Jitka Válová

 

Je ne sais pas exactement où mon corps penche :
et c’est sur des rives
aussi lointaines que je fréquente,        solitaire,
que va ma préférence
les pieds décollés de la terre .

C’est un univers fantastique,
où je doute fort qu’on me suive :
il y a les démons qu’on dérange ,
des corps aux formes étranges ,
– quelque peu fantomatiques

des arbres comme des mains larges
surgis d’une autre atmosphère ,
que l’on devine bien plus légère ;
j’en parcours la marge,
mais je suis incapable de la décrire,

ou bien,            si j’essayais de le faire,
vous auriez du mal à le comprendre :
il faudrait faire le parcours à l’envers
et tout désapprendre
pour traverser la glace du sommeil,

…un voyage au long cours,
offrant de singuliers détours
entre des nuits de soleils
qu’on ne peut même pas imaginer
avant de les avoir traversées.

RC – oct 2018


Din Mehmeti – Naissance


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peinture: étude de nuages – John Constable

 
Les nuages se donnent la charge,
tels une armée d’enragés.
D’en haut et d’en bas
descendent ou montent des monstres
de tous âges.
Les cloches se brisent quand divorcent les idéaux.
Mais cette cité que vous trouverez
toujours en état de veille
et l’ombre des arbres monte la garde
sur les ponts jetés par-dessus le sang des veines.

Je suis vivant,
debout sur mes jambes.

Quelque chose aspire l’âme
une chose est en train de naître.
Nos yeux sauront la voir.

Passent et repassent mes nostalgies.

 


Din Mehmeti  est un auteur d’origine albanaise. Il vit au Kosovo. voir son ouvrage   » il est temps « 


Michel Hubert – captif d’un homme – 8


Nicolas  Ge   Judas.jpg

peinture :  Nicolas  Ge

 

 


Paysages de chutes
paysages extrêmes à suivre
du doigt d’un torrent/jet
la pliure rétinienne
Alarme

-hors ce bruit de fondation
qu’on coule dans sa gorge
béante-alarme

du plus profond de l’être
rompant soudain l’intime indifférence
(sans excuse

à quoi tiendrait encore
sur le triangle

de houle
l’assiette blanche du bassin ?
déjà ne fait-elle pas la roue
de ses dix doigts
comme pour relever
jusqu’au dernier créneau
la brume froufroutante
de ses mousselines ?)
ah ! quelles marées d’équinoxe
aux aines de la mer
ne cédèrent pas à ce violent divorce
du bonheur

en limite du désirable
des algues
dans un dernier mouvement de l’aube ?
Mais elle
l’affileuse d’ombre

s
oumise aux neiges
dans son corps

-abstraction
progressive et diffuse
d’une inguérissable pâleur
que je croyais voir fluer
de la nuit du sexe dans mes mains

plutôt que de condescendre
à sa métamorphose
en telle image multiforme
de l’Arche fabuleuse
préférera briser sa lame fine
d’arme blanche
sur la couleur trop faste de mon sang
la délivrance ne porte plus seulement
sur l’infini
qui infuse la montagne des douleurs
au-delà de tout lieu signifiant
demain
et si jamais l’inconnu dans son corps
se cherche au jour des liens du sang
-comme ces forêts que traverse
en d’impulsifs mouvements
de leurs branches
la mystérieuse matière d’ombre
-tout faire pour que ses mains déjà refermées
sur leur vrac de cendres
s’embrasent encore une fois
-ô prodige des légendes-
dans la bouche
-même d’intouchables cracheurs de feu
Plus au sud du rêve
ah pas qu’un soleil plus au sud du rêve :

certes
rien n’est si simple
aussi simple

que la géométrie bleue
d’un ciel andalou
c’est d’Arcos a Ronda pourtant
dans la Serrania
que l’homme sculpté
dans les troncs d’oliviers
se tord en ombre des mille scolioses du sud

.


Nayim Smida – une solitude


 

 

 

 

Tadeusz Kantor - Abstract [1967] 27275555579.jpg

 

peinture:  Tadeusz Kantor  1967

 

Puis je m’attends à ce que tu t’en ailles
Je ne veux plus t’écouter
Je ne veux plus te parler
J’ai vieilli de toi
Et même ton odeur autrefois mêlée d’amour
Est devenue aujourd’hui monotone
Comme le paysage d’un village familier où la muse a fait taire sa poésie
Comme le paysage d’un village familier où aucun élément hors l’écho
N’impressionne

Amour ô toi quel sens auras-tu si le chemin vers la douceur
Qu’elle portait en son reflet
S’évapore
J’adore sans savoir pourquoi son absence
Et je suis certain que sa compagnie dans l’espace est vitale
Je l’ai toujours aimée car elle peut résister à l’amour
Comme peut résister l’art à la touche parfaite de l’homme
Amour ô toi j’en suis las tu es triste

Je connais tes joies elles sont courtes et perfides
Je connais ta folie je connais tes peines je vis ton vide
Pourquoi ce mirage à chaque voyage vers ses nuages discrets
Pourquoi la brume
Pourquoi tu ne parviens pas à saisir les rimes
qui peuvent raconter son histoire inutile
Pourquoi
La solitude


Francis Ponge – la main


Résultat de recherche d'images pour "hand sculpture"

main –  sculpture antique

 

 

 
La main est l’un des animaux de l’homme ; souvent le dernier qui remue.
Blessée parfois, traînant sur le papier comme un membre raidi quelque stylo bagué
qui y laisse sa trace.
A bout de forces, elle s’arrête.
Fronçant alors le drap ou froissant le papier, comme un oiseau
qui meurt crispé dans la poussière, — et s’y relâche enfin.

Francis PONGE « Pièces » (Gallimard)


Connais-tu la fin de l’histoire ? – ( RC )


Panorama 1.JPG

 

photos perso  montage  –   musée  archéologique  de Lisbonne

 

 

Connais-tu la fin de l’histoire,

puisqu’il en manque de grands morceaux ?

On peut toujours combler les manques,
en déduire des trajectoires,
en tout ce qui s’est perdu
dans la grande fosse de l’oubli .

Pour ceux qui vivent ici,
c’est au présent,
qu’ils cultivent leur jardin.
Leur origine s’est diluée
dans les générations.

Les racines de l’arbre vont si loin,
et se ramifient tellement,
que les suivre se fait en pure perte.
Ce qu’il en émerge est la partie visible
de l’iceberg des siècles.

Pour en revenir à celui qui cultive son arpent,
le voila qui remonte au jour
des fragments de marbre.
Un voisin en a trouvé d’autres.

Ce sont des mains finement sculptées,
qui tiennent entre leurs doigts
de drôles d’objets,
mais il manque le corps
auxquel elles correspondent.

Sauras-tu me dire ce que signifient
ces lambeaux d’une mémoire
à jamais enfouie
sous une épaisseur de terre ?

Nous en avions oublié, même l’existence
dans le désastre de l’abandon des aubes .
Celles-ci ne nous ont pas vu naître.
Peut-être que le vieux faune endormi s’en souvient  .

S’il n’était pas de marbre,            >   il nous répondrait peut-être…


RC – juin 2018


Jean Tardieu – Le cow-boy et les voleurs


Résultat de recherche d'images pour "cow boy warhol"

action picture : Andy Warhol

Ces huit voleurs de chevaux
Sont surpris un peu trop tôt
Par le cow-boy Hippolyte ,
Huit fois un huit.
Ils s’enfuient, et chacun d’eux
Tire sur lui deux coups de feu .
Quel vacarme !      Quelle fournaise !
Huit fois deux, seize.
.Mais ils ne peuvent l’abattre,
Huit fois trois, vingt-quatre .
Alors, il lance sur eux,
Huit fois quatre, trente-deux,
Son lasso, de corde puissante,
Huit fois cinq, quarante.
Et les entraîne à sa suite
Huit fois six, quarante-huit.
Sur son passage, on applaudit,
Huit fois sept, cinquante-six .
On entend les tambours battre,
Huit fois huit soixante-quatre .
Tous les enfants sont à ses trousses,
Huit fois neuf, soixante-douze,
En triomphateur il revient,
Huit fois dix, quatre-vingt  .

 

 

J Tardieu


Alda Merini – vide d’amour


 

Francisco de Zurbarán, 1598-1664, Sainte Ursule, c. 1650, musée des Beaux-Arts de Strasbourg  extr.jpg

détail de peinture    Sainte Ursule, c. 1650                Zurbaran

 

 

de Vuoto d’amore,

J’ai aimé tendrement de très doux amants
sans que jamais ils n’en sachent rien.
Et sur eux j’ai tissé des toiles d’araignée
et je fus la proie de ma propre matière.
Il y avait en moi l’âme de la catin
de la sainte de la sanguinaire et de l’hypocrite.
Beaucoup ont donné un nom à ma façon de vivre
et je fus seulement une hystérique.


Miguel Veyrat – la clé de ma langue


 

Isabel Quintanilla , 1998-99         nocturne.jpg

 

peinture  Isabel Quintanilla , 1998-99                nocturne

 

—-

 

LA CLÉ de ma langue
a profané ta demeure:
seule une voix résonnait
entre le couchant et l’aurore.
J’ignore même qui vit
en cette nuit,
qui chante,
et même qui est mort.
Il faudra tout renommer
à la lumière indécise de cette vie:
toi, tu vas droit à la source,
malgré la nuit  .


Francis VILLAIN – son grand couteau de nuit


Résultat de recherche d'images pour "sculpture primitive bronze nuragique"

 

sculpture  – bronze  nuragique  ( Sardaigne ) musée de Sassari

 

Il s’est approché lentement
Avec son grand poignard en peau de nuit
Il a pris, il a pris tout son temps
Avec son grand poignard en peau d’ennui
Il a reniflé dans le vent
Avec son grand sourire de trop de nuit
Il a souri de toutes ses dents
Pour laisser t’approcher lentement
Il a pris tout, tout son temps
De son flanc a délogé une lame de fer
Avec son grand couteau en peau de fer
Il s’est mis à tuer le temps
Il avait froid dans ses grands vents
Il avait de la poule à chair
Il était nu, nu comme un ver
Avec sa lame en peau de fer
Avec son grand couteau de nuit
Il ne savait vraiment pas quoi faire
Il faisait froid,       il est parti.


Samira Negrouche – courir sans regarder derrière soi


 

 

- -Michael Borremans 8453309289.jpg

peinture Michael Borremans

 

Avant que l’aube n’apparaisse, courir sans regarder derrière soi

les fleuves évaporés et les paroles effritées des sages de légendes.

Avant plus avant le soleil est d’une douceur clémente

m’apprend d’autres caresses et je deviens un poteau électrique

dans une plaine humide et je passe aussi vite qu’eux

sur le parcours d’un TGV pressé de rejoindre

ses rendez-vous parisiens à huit heures tapantes

Et je disparais.


Alberto Giacometti – une question continuelle à l’univers


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peinture: Alberto Giacometti – détail de portrait de Peter Watson

« Notre activité n’est qu’une question continuelle à l’univers, qui est aussi nous-même.

Pour chacun de nous, le monde est bien un sphinx devant lequel nous nous tenons continuellement, un sphinx qui se tient continuellement devant nous et que nous interrogeons.

Nous ne pouvons le faire que dans une attention soutenue, même physique de tout notre être, au guet, et dans une disponibilité aussi grande que possible sur tous les plans… Et nous enregistrons ce que nous entendons ou même ce que nous croyons entendre. »

—  Alberto Giacometti, Écrits, Éditions Hermann, 2007


Yanka Diaghiléva – Seras-tu ?


Yanka Diaghiléva dont on peut  trouver  les traductions  du russe par Henri Abril, sur son siteVernissage de l'exposition Georges Guye, 200RD10 8089679230.jpg

art:         exposition Georges Guye

 

 

Seras-tu le rayon clair
            qui naît de l’ombre,
Seras-tu l’ombre engendrant le rayon ?
Seras-tu la pluie bleue
            qui tombe sur la neige,
Seras-tu l’un des nuages ?
Ne seras-tu qu’un maillon
            de la chaîne dorée,
Ou bien le marteau qui la forge ?
Seras-tu le sentier à l’horizon
            ou celui qui y marche ?
Seras-tu la plume d’une aile d’aigle
Ou seras-tu l’aigle lui-même ?
Seras-tu une goutte de vin
           ou bien le fond de la cruche ?     

1987