voir l'art autrement – en relation avec les textes

auteurs à découvrir

Fouad el Etr – Si elle pense


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Montage perso 2011

 

Si elle pense je l’entends
Si elle bouge mon cœur bat
Si elle rêve j’apparais

Si je bois elle s’enivre
Quand elle est là j’ai soif
Et faim et je suis ivre .


Gérard Engelbach – Pluies


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photo  Emmanuelle Gabory

 
I
Pluies.
Sous son arche déshabitée
le fleuve roule un limon jaune
et dans les glaces opportunes
un passé possible grimace.

II
Un peu de patience
encore
un peu de
cendre sur la vitre
engluée de l’aube immédiate
Un peu de sang
au centre
de la plaque
Une longue fêlure noire
comme un grincement dans les moëlles
Voici venir
l’irrémédiable.
III
Vertèbre hérissée de prestiges
claque dans l’épaisseur du cri
Lueur
sous de la nuit soudain moins noire :
vertige irisé des ténèbres.
Dire juste le tremblement des moires
là où s’épand le verbe tu.


Sophie Lagal – Camille


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sculpture: A Rodin    – Maryhill museum of Art

 

Camille

 

Tu m’aimes, mon bel amant,

Ma fragile écorce,

                            qui t’implore.

Mon coeur orageux

                            qui te dévore.

Ma joie de t’aimer,

                            encore.

 

A la soie blanche,

je me suis endormie.

A tes caresses savantes,

je me suis abandonnée.

Voluptueuse.

Promesse d’une terre d’exil.

                             Orpheline.

 

Mon bel amant,

Reviendras-tu me lécher de tes étreintes.

Moi, douce colombe blessée

Aux ailes éperdues.

Reviendras-tu me sculpter aux nuits d’été,

déchirant le ciel de nos baisers,

                              défendus

 

 

Mon beau, mon rêve,

J’avalerai ma rage

au ventre dur.

Je t’attendrai,

au marbre, vaincue.

Je sèmerai les fleurs sur le chemin

pour que tu reviennes, brûler l’or de mes mains.

——–

Sophie Lagal, 8 Mars-13 Mars 2013

 


Gabriela Mistral – L’attente inutile


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sculpture en bronze représentant une fille tenant un cadran solaire, au jardin botanique de Brooklyn

 

J’avais oublié qu’était devenu
rendre ton pied léger,
et comme aux jours heureux
Je suis sortie à ta rencontre sur le sentier.

J’ai passé vallée, plaine, fleuve,
et mon chant se fit triste.
Le soir renversa son vase
de lumière, et tu n’es pas venu   !

Le soleil s’effilocha,
coquelicot mort consumé;
des franges de brume tremblèrent
sur la campagne.          J’étais seule!

Au vent automnal craqua
d’un arbre le bras blanchi.
J’eus peur et je t’appelai ;
Bien aimé, presse le pas!”

J’ai peur et j’ai amour,
presse le pas, bien-aimé!
Mais la nuit s’épaississait
et croissait ma folie.
La espéra inûtil.

J’avais oublié qu’on t’avait
rendu sourd à mes cris;
j’avais oublié ton silence,
ta blancheur violacée;

ta main inerte, malhabile
désormais pour chercher ma main,
tes yeux dilatés
sur la question suprême!

La nuit agrandit sa flaque
de bitume; augure maléfique,
le hibou,      de l’horrible soie de son aile,
griffa le sentier.

Je ne t’appellerai plus
car tu ne parcours plus ton étape;
mon pied nu poursuit sa route,
le tien est au repos.

C’est en vain que j ’accours au rendez-vous
par les chemins déserts.
Ton fantôme ne prendra plus corps
entre mes bras ouverts!

 

 


Anne-Marie Derèse – le sel sur la peau


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photo Inrocks- Louise Bourgoin

 

Le sel sur la peau

Je suis un personnage
de mi-carême,
le visage enfariné.

Les épices au creux du ventre,
le sel sur la peau,
le coeur poisseux
d’un sang trop riche,
je titube, halète
et m’endors dans ta mémoire.

 

© Anne-Marie Derèse

Madeleine de l’Aubespine – Du miroir


un  texte  d’une  auteure de la Renaissance ( en conservant l’orthographe ancienne )

 

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DU MIROUER

Aussy bien qu’en la terre basse,
Au ciel la jalousie a place,
Et saisist quelque fois les dieux
Ce mirouer en rend tesmoignage,
Rompu par la jalouse rage
D’un dieu de son aise envieux.
Ce dieu, plain d’amoureuse flame,
Portoit vos beautes dedans l’ame,
Pour vous souspiroit nuict et jour,
Et bouilloit d’ardeur immortelle.
Mais vous, desdaigneuse et rebelle,
Ne faisiez cas de son amour.
Il avoit beau faire sa plainte:
Jamais vous n’en estiez attainte,
Vous n’aimiez que vous seullement,
A tous vostre oreille estoit close.
Ha! Non, vous aimiez quelque chose:
Ce miroir estoit vostre amant.

 

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peinture: Roy Lichtenstein

 

et sa traduction en english

 

-ON THE MIRROR OF M.D.L.B.
Just as upon the lowly ground,
So is envy in heaven found,
And sometimes seizes the gods.
This mirror witnesses its trace,
Cracked in a fit of jealous rage
By a god envious of its joys.
That god, filled with the flame of love,
Carried your beauties in his soul,
Sighed after you all day and night,
And seethed with immortal ardor.
But you, rebellious, full of scorn,
You cared for his love not at all.
In vain did he make his complaint:
By it you never were attained,
You loved yourself, yourself alone.
Your ear was closed to everyone.
Ah! No, you loved one thing besides:
This mirror was your only love.

 

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Jacques Borel – la trace


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LA TRACE

 

À qui veux-tu parler ?

Les trottoirs sont déserts,

Un petit soleil mort

Ou le crachat d’hier

Se sèche sur le mur.

O veine de mica,

Tesson, mucus, paupière,

Trace d’une lueur

Absorbée par la pierre,

Ne t’éteins pas encore,

Reste d’un geste humain

Ou souvenir du jour,

Illumine ce peu

D’espace consolable

Où ma vie comme un poing

Serre ses derniers rêves  .

 

extrait de  « sur les murs du temps »


Thomas Pontillo – Pourquoi l’écriture, aussi, est une demeure précaire?


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photo Bertrand Môgendre

 

 

En réalité, c’est le malaise qui nous pousse à écrire.

Malaise indéterminé.

Quel désir nous brûle, nous porte au-delà de nous-même?

Pourquoi l’écriture, aussi, est une demeure précaire?

 

extrait de  »

Carnet pour habiter le jour

« 


Mike Stern – la marche du danseur


spectacle de Lucinda Childs

 

 

La marche du danseur
J’adore voir un danseur marcher
sur une surface ordinaire
hors scène et hors service
Gracieux même quand il pousse un caddy
le corps spontanément
devient si détendu si léger
que la pesante loi de gravité
semble n’être qu’une rumeur
La terre tourne sous les pieds du danseur
La lune et autres satellites
ajustent leurs orbites
Tout cherche sa place de nuit
Le danseur, de retour chez lui,
coupe des tomates en tranches et fait frire des oignons
debout dans la cuisine
comme un héron faisant une pause entre le rivage
et le soleil couchant.

 


Ile Eniger – Des jours et des nuits


 

photo: Sebastiao Salgado  » genesis »

 

J’ai déchiré des pans entiers du ciel trop bleu,   trop confiant, trop indécis.
J’ai gardé quelques livres, un vieux rêve,      deux poignées de sable,
une ou deux pommes vertes,          de l’eau entre les doigts,
de la musique sur un fil d’horizon ou de violon.

On n’entend plus mes pleurs d’animal    ni mes pas qui raclent le sol.
De loin, on me fait quelques signes.

Dessous, la rivière grande, la rivière gronde.
Des veines d’eau gonflées charrient les passés.
Dessus, le plafond trimballe ses nuées bâtardes.
Des jours et des nuits se disputent l’espace.

Il y a sans doute un accord possible.
Autour, des choses à prendre ou à laisser.
Et le souffle porté, supporté, emporté.

Loin de la mesure des hommes.
J’ai vacillé et tenu bon.

Je me suis bricolé des ailes pour faire danser mes espadrilles.
J’ai tenté d’aimer et la lumière qui va avec.


Benjamin Fondane – là nous voyageons ensemble .


Je ne suis pas le pilote

de ce bateau que les aubes ont lavé à grande eau –

et les soirs. Je n’ai pas

le droit de commander aux houles

ni mettre de côté

un peu d’écume pour mes vieux jours. Toutes ces autres

écumes, les mouettes,

obéissent à d’autres regards. Je n’ai pas,

voyageur toléré sur le pont, en partage

avec vous, que le droit d’être jeté dessus

le bord, à l’achevé du cycle. De ce droit

ce n’est pas mon dessein d’user. Je vous respecte

marins et vous pilote,

je vous serre la main, commandant. Sur ce pont

vous êtes tous chez vous. Oui, mais moi-même

je ne suis pas d’ici

et me laisse laver par les aubes. Je triche.

Je ne partage pas votre vie. Ma sueur

ne se joint pas à votre travail. Mon visage

est loin. Oui, mais le soir

sous la lampe j’exprime le jus de la journée

sous mon pressoir. Le temps est fini. On commence

un autre voyage. Mais là

nous voyageons ensemble

dans un poème dont je suis le pilote

en un temps, en un temps où il n’y a pas de temps.


Anise Kolz – Somnambule du jour


 

 

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Peinture  Robert Motherwell

 

Et Dieu demanda au poète :
« Qu’as-tu fait de mes paroles
plus fertiles que les semences ? »

Le poète répondit :
« J’en ai fait des poèmes
ils ont explosé

Comme l’astrologue
je contemple les trous noirs »

 

 


Cécile A Holdban – à mesure que j’avance


pastel: Aleksandra Laske

 

A mesure que j’avance et m’éloigne de la source
_____et que je bois ma vie, le fardeau s’allège ou s’alourdit
_____et dans mes paumes je garde
_____un peu d’eau et quelques étoiles.

 

 

extrait de  « l’été »


Georges Drano – talus


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Autre talus
Autre chemin que la terre creuse
Buissons de l’autre
Sentiers d’ici
Prairie. Prairie. Prairie.
et encore…
Talus
Quel mot d’absence.

 
Georges DRANO.


Anna Jouy – J’écoute le point du jour


 

 

 

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montage perso  – 2014

 

je me suis couchée dans le bleu , je me lève aux oranges. ma jupe est rayée d’avions mon corsage est nu, il y a un coeur qui s’y lave
la nuit est un sucre à la fonte, la mienne fait des gouttes d’oiseaux. il faut une fenêtre pour avancer et tu fabriques de si belles trouées
tu délivres les gens de ma sorte, tu m’affranchis
c’est l’heure de laisser couler les mites du rêve
j’écoute le point du jour comme un doigt au milieu du thorax
c’est de lui que je m’habille, comme un ongle qui saigne et me désigne.


Colette Fournier – Apprends-moi à danser


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Photo :  Emmanuelle  Gabory

 

 

Apprends-moi à danser
Je veux retrouver le soleil
Flirter sur un rayon de miel
Brûler la pointe de mon cœur
Sur des épines d’arc-en ciel
J’ai besoin du velours de la voix
Feutrant ses frissons de soie
J’ai besoin de la couleur du vin
Fleuve de rubis où tout chavire
J’ai besoin du nectar des abeilles
Des parfums du paradis
Des ailes de tous les anges
J’ai besoin de devenir archange
De me transmuter, de m’alchimiser
J’ai eu si mal dans mon corps
Irradié et somesthesique
Que ce soir je veux danser
Libre, nue, échevelée
Ivre comme une bacchante
Et quelque part folle à délier
Avant que ne descende sur moi
La lente douceur du soir…


Alain Roussel – la dérive du Verbe


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gravure: extraite du livre des  « Histoires véritables de Lucien de Samosate »
« Cela appelle, je ne sais pas d’où mais cela appelle, d’une voix sourde, lointaine, masquée, c’est peut-être une rumeur qui vient de l’océan, ramenée par les vagues sur ce rivage désert où je me tiens en alerte, sur le qui-vive et comme habité par la houle, une certaine façon de tanguer dans la langue et même un certain goût pour le naufrage, j’aime à imaginer que je dois ma survie à cette chose précaire et fragile, un morceau de bois déchiqueté, un mot brisé auquel je m’accroche dans la tempête, m’abandonnant ainsi à la dérive du Verbe comme il vient, balloté, emporté par la phrase…« 
Alain Roussel

Andrée Chedid – Il y a des matins


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peinture: Bela Kadar

 

 

Il y a des matins en ruine
Où les mots trébuchent
Où les clefs se dérobent
Où le chagrin voudrait s’afficher

Des jours
Où l’on se suspendrait
Au cou du premier passant
Pour le pain d’une parole
Pour le son d’un baiser

Des soirs
Où le cœur s’ensable
Où l’espoir se verrouille
Face aux barrières d’un regard

Des nuits
Où le rêve bute
Contre les murailles de l’ombre

Des heures
Où les terrasses
Sont toutes
Hors de portée.

In « Par-delà les mots »


Claire Massart – Au matin


 

 

 

am--   n6..jpgmontage perso – à partir de peintures « surréalisantes…. »

 

Au matin, on entend le chantier de tous les oiseaux,
                                                               des tutoiements aigus, des ouvriers qui s’interpellent.
                                                               Suspendus comme des lampions, des moineaux
                                                               se chamaillent en vol.

                                                              Après le bégaiement des rêves, voici le corps des mots,
                                                              dans leur muselière de poussière.
                                                              Voici les grandes herbes dodelinant.

                                                              Pendant la journée, dans une peine qui s’épaissit,
                                                              c’est toute la mémoire des cailloux qui durcit.


Claire Ceria – Ce qui est impossible à dire


 

Peinture: Achille Benouville

 

ma dernière incarnation était derrière une fenêtre, à l’heure exacte où je suis née, mais longtemps après bien entendu, et dans un lieu complètement différent…le vent du soir argenté dans les branches juste en dessous de la terrasse, les longues feuilles comme coiffées en arrière, qui bougent, et le très grand pin au fond, majesté noire
elle aussi en mouvement.
je pensais à l’incarnation précédente, quand debout dans le jardin à la même heure, j’étais séparée par un mur d’un arbre touffu, où de petits oiseaux pépiaient. Cette fois, il n’y avait pas de vent. Ce pépiement, si fin, subtil, constant, comme s’ils parlaient de l’abri qui les cachait la nuit venant, de leur plaisir à être ensemble, d’une même espèce.
l’arbre est une maison d’ombre où le temps nous pose, oiseaux parmi les oiseaux.

que nos voix entourées se perdent
dans cet abri cette ramure.
avec tous ceux auxquels je fus liée, toute parole oubliée,
seulement un rêve obscur de chant et de halo.

 

C C   2016


Christophe Sanchez – une respiration


60 draps571917.jpgOn retrouvera des lettres entre les draps, dans une armoire normande au bois vermoulu. Dans la chambre où la poussière a figé le temps, on traversera en quelques pas des années de silence. Contre le mur, calé par des livres de papier jaune, le grand bahut nous craquera sa vérité enfouie. Il faudra de la patience pour ouvrir l’armoire à la serrure grippée. On insistera. La clef en laiton fera des tours perdus à l’angoisse de la découverte. Les battants finiront par céder dans un frémissement. Sur les étagères, des piles de linge viendront sous nos yeux disperser les lunes, dévoiler des années d’intimité au jour neuf.
On retrouvera des lettres entre les draps de lin pliés au carré. Avant le brin sec de lavande, le flacon d’huile essentielle de cèdre, un reste d’odeur humaine. Des lettres oubliées dans les plis du passé, à l’abri du regard de l’autre. Cet autre à qui on a caché les mots. Sur les enveloppes, on admirera la calligraphie, les hautes jambes des lettrines, les vieux timbres et les dates évoquées feront passer le siècle pour une respiration.

Christophe Sanchez


Patricia Fort – Dans ma valise


David Lisboa    boite en valise.jpgpeinture  David Lisboa  » boîte en valise »

 

Dans ma valise il y a…
Vos prénoms et le mien
Qui se tiennent par la main
Nos nuits de bohémiens
Des contes et fleurettes
Des rires sous couette
Des sax et des rôles
Bad pas t’es pas drôle
Des boucles bleues
Des cernes sous les yeux
Nicolaï qui s’enjaille
Et nos voix qui s’éraillent
Une écharpe de ciel
Qui me sied à merveille
Des clés de portail
Ma mémoire qui défaille
L’or des blés
La blancheur de l’été
Une corde de guitare
Mais non il n’est pas tard
Le grenier de la France
Et celui de mon enfance
Une madeleine et un marcel
Des souvenirs en dentelle
Un décapsuleur
Des biscuits et du beurre
Une espadrille orpheline
Nos doutes en sourdine
Cinq chemins au levant
Le soleil au couchant
Un sentier pour nos pas
Avec des pierres çà et là
Valentino et des abeilles
Nos bouches groseille
Nos cœurs à l’unisson
Des rimes , des chansons
Une petite fille oubliée
En jupe plissée
Queue de cheval
Des amours qui se font la malle.
Dans ma valise bien rangée
Un voyage immobile
Une parenthèse, une île
Vos vies là, devant
La mienne qui attend. »

© Patricia Fort. – Artenay 17 juillet 2013.


Pierre Mhanna – le feu de son parfum


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photo: Josef  Breitenbach

Sa robe tombante
Un souffle de brouillard et de rosée
L’entre-laçage de la forêt,
Nue elle se promène alors
L’eau bleue de l’aube,
Dans le baiser de sa peau
Le lever du soleil du matin.

Dans d’innombrables corniches
Le feu de son parfum
Remplit mon encrier,
Hors de la dureté de la pierre
Persuadant ma volonté de monter
Et faire face au monde à nouveau,
Façonner le renouveau du monde
Hors de la profondeur
De mon amour et de ma passion,
La maturité de ma virilité,
La vigueur rajeunissante de sa présence
Floraison dans mon coeur,
Imprégnant mon être
À la lumière de l’éternité.

( tentative de traduction:  RC )

Her falling dress
a breath of fog and dew
lacing the forest,
naked she then wades
the blue water of dawn,
in the kiss of her skin
the morning sun rising.

In countless streamlets
the fire of her fragrance
replenishes my inkwell,
out of the hardness of stone
coaxing my will to rise
and face the world again,
shape the world anew
out of the depth
of my love and passion,
the maturity of my manhood,
the rejuvenating vigor of her presence
flowering in my heart,
pervading my being
with the light of eternity.


André Schmitz – De son bec d’acier


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De son bec d’acier, l’éclair ouvre le fruit, fracture le noyau, y découvre un arbre,
parcourt un verger, en déchire les fruits.
Et le cycle accompli, l’oiseau-feu s’éteint.
Ses ailes de cendres redeviennent fable parmi les rousseurs d’un étrange festin.

André SCHMITZ

« Bételgeuse n° 21 » in « Le Bestiaire Fantastique » (Larousse)


Philippe Delaveau – alouette


L’alouette au sommet de sa tour flambe seule, veillant l’air bleu, dictant
au ciel son allégresse. Et par ses yeux le poème connaît
le verbe, illuminé de verreries, puis le beau rythme
dont les arches assoient le pont sur le fleuve silence.
Et l’habitante au fond de moi, la secrète intangible admire
les mots soudain en ordre sans comprendre. Je ne suis rien
que l’instrument que l’on accorde à la lumière.
                        ( Calendrier de la poésie francophone 2011)