voir l'art autrement – en relation avec les textes

auteurs à découvrir

Jacques Lovichi – Piazzale Michelangelo


Résultat de recherche d'images pour "pluie de cendres"

 

 

Piazzale Michelangelo
les ombres courent sur la ville
océan des cloches
soudain
Dire juste le tremblement
cette fêlure dans la vitre
la pluie de cendres sans oubli
Un autre jour meurt.

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Thomas Duranteau – puits


Résultat de recherche d'images pour "puits oeil"

 

Le puits ne connaît pas
le sens du vent
ni le temps que met le soir
pour nourrir par bouchées
les pierres gisantes
sur son lit

*

Puits
bouche à nourrir
oreille où chuchoter
œil où refléter
nos entrailles ouvertes .

 

 


Florence Noël – d’écorce


Résultat de recherche d'images pour "tronc écorce"

on avait dit au revoir aux arbres 
à chaque feuille 
et de tomber avec elles 
nos mains s’enflammaient 
puis murmuraient des choses lentes 
apprises dans l’humus 

le manteau de leur torse
était trop vaste
pour contenir le souffle des oiseaux
et tous ces souvenirs
délestés de bruissements

ces troncs buvaient nos bouches
adoubement de sèves
de part et d’autre
d’un baiser de tanin

on avait confié à leur chair
le soin de graver
l’étendue d’une vie 


Norbert Paganelli – Quien eres


Quien eres                                                ( qui es-tu ? )


nicolas Cotton norbert Paganelli

peinture:   

Nicolas Cotton

 

Moi je n’aurai jamais voulu cela :
cette profusion de chaleur et ces éclats de guerre.
Les affres de la bataille que se livrent les éléments
n’ont jamais acquis ma sympathie profonde.

Je connais, certes, les bruits rapportés des combats
et les plumes recouvrant les casques ciselés.
Ainsi que les armes dont les couleurs de feu m’avaient jadis envouté
mais jamais je n’ai succombé à l’or des trophées

On m’avait dit que le miel était ailleurs et j’ai  fait comme si,
comme si cela devait durer
dans l’éclat sobre d’une grande quiétude.

Il m’est arrivé de ne pas suivre ma propre trace,
ce n’est pas une raison suffisante
pour m’exiler loin de mon serment.

 

 


Nathalie Lauro – Et sur la mer


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Regarder au hublot
Et ne rien y voir naître,
Ni le laid,
Ni le beau,
Et non plus rien paraître.

Regarder sur la mer,
Tout est noir, tout est gris,
Tout est pluie et minuit,
Tout est nuit et ennuie.

Regarder le salon,
Les gens dorment et rêvassent,
Regarder le salon,
J’ai sommeil tout s’efface.

Mais de là, tu es beau, tu es fort
Et tu m’aimes…
Mais pourquoi les hautbois, les violons me malmènent?
Je perçois des attaques et étranges menaces,
Qui me rappellent alors et mon nom et ma place .


Véronique Olmi – l’impossibilité de l’amnésie


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sculpture : idole cycladique

C’est pareil pour un amour. Un jour on ne connaît pas un homme. Et le lendemain, subitement, on le connaît.

Subitement, en une seconde on le voit et on apprend son prénom, on découvre son visage et après il est trop tard pour oublier cela que l’on nomme « faire connaissance » de quelqu’un.

« Défaire la connaissance » est impossible.

Et c’est là qu’elle prend toute sa place.                 La douleur.

Elle s’installe sans qu’on s’en doute, au premier regard, et simplement elle attend son tour, elle a l’habitude. Elle est toujours l’invitée de la dernière heure. La souffrance liée à l’impossibilité de l’amnésie, la souffrance, main géante qui vous tient et hésite. Vous asphyxier lentement ou vous broyer d’un seul geste.

 

ce passage  est extrait  du roman de Véronique Olmi :  » C’était mieux  quand  c’était toi « 


Yves Heurté – Magdala 1


Résultat de recherche d'images pour "marie madeleine peinture"

peinture:     Eugène Delacroix:       Marie-Madeleine au pied de la croix

 

1

Je n’ai pas su garder ma vigne
pour le profane.
A tes mains j’ai donné
le nœud de ma ceinture
et dans tes yeux se dénouait
toute écriture de ma chair.

Vérité nue comme la femme
il faut qu’amour t’incarne
avant le chant grégorien .

 

 


Sophie G.Lucas – toute l’épaisseur de ce monde


Résultat de recherche d'images pour "snow impressionist painting"

peinture:        A Sisley 1874

on n’en fait rien de
la neige
( toute l’épaisseur de
ce monde dans une fenêtre )
tout juste se demande-t-on
comment ce sera une fois
que tout aura fondu
si la vie sera la
même
et si c’est bien la neige
qui bloque les siens
dans le
silence

#

 

en rapport :« épaisseur  d’une musique blanche « 


Roger Wallet – ça ressemble à une vie


Résultat de recherche d'images pour "sagan eyes"

photo: Willy Rizzo

 

Ca ressemble à une vie

bonjour tristesse
le titre qui lui a plu il ne connaît
pas l’auteur mis à part du passé
il ne connaît
pas d’auteur Saint-Ex bien sûr comme tout le  monde
et puis l’aîné l’a offert à son frère…

il l’a dans un coin de l’atelier adieu tristesse  /   bonjour tristesse /
tu es inscrite dans les lignes du plafond /   tu es inscrite dans les yeux que j’aime…

ému les yeux que j’aime cette voix…
c’est comme si c’était elle qui lui parlait
et il le relit le sait vite par cœur le poème de P.Eluard        au début

je vous le rapporte je il se sent gauche.      je l’ai lu.
un silence. c’est très…
il se tait
elle est debout elle le regarde
aurait pas dû venir c’est trop… compliqué ?

prenez-en un autre elle sourit. lui : le cœur qui
bat comme un fou là-dedans
la main tremble  elle doit le voir [il pense]. s’approche de la  bibliothèque
la dévisage les yeux le nez la bouche
– le mot rien que le mot le fait frissonner

vous…
rien d’autre.
tourne le dos s’excuse
il sent sa main sur sa nuque       ses yeux sa bouche….

 

(  extrait du site  des  éditions  des Vanneaux )


Maria Gheorghe – Regard d’hiver


Résultat de recherche d'images pour "neige bleue peinture "

il neige 
il neige comme dans les contes de fées
tends tes mains et accueille les rêves des étoiles
sirote-les du creux de tes paumes où le miracle
se fond en source de renaissance au printemps .


Sandra Lillo – Le ciel gris se colle aux fenêtres


water, nature, outdoor, drop, dew, liquid

 

Le ciel gris se colle aux fenêtres
comme un papillon de nuit

ou est-ce toi qui le vois comme un
insecte qui sait à peine voler

lourd des promesses qu’ il n’a pas tenues

et c’est pour ça la mer

la nuit nos larmes le traversent .

——

voir d‘autres  textes  de S Lillo 

et sa parution le ciel coule sous les branches


Susanne Derève – l’alphabet du regard


Résultat de recherche d'images pour "segantini"

peinture: Giovanni Segantini

 

Il me semble voir ta main

Attirer doucement l’objet dans la lumière 

Le tenir à portée

Dans le reflet tamisé de la lampe   

                                                                                                                

Faire pivoter l’objet lentement

Afin que la lumière l’épouse

Et le révèle

 

Dans l’alphabet du regard                                   

Prendre une à une les images                                                           

Et les toucher comme on ferait

Du front des yeux et de la bouche

D’un visage aimé

 

Et puis les reposer dans le cadre                                                              

A leur place

Et reculer de quelques pas

Pour juger de l’effet produit

Sur celui qui n’a pas les clés

 

Et qui découvre médusé

Comme on tire un rideau de théâtre

Le don que tu lui fais

De la beauté .


Quine Chevalier – Neige conçue 4


Image associée

 

Neige conçue
dans la trace dévoilée

l’arbre l’air l’ardent
trois prières
un feu vers lequel
tendre les mains

et l’oiseau me tire
d’un rêve
je blottis ma joue
sous le ventre des nuits

Au hasard du chemin
la prairie démêle
oublié sous la glace
le tison chantant

d’un fruit venu


Jean-Michel Sananès – As-tu reçu ma carte ?


 

Résultat de recherche d'images pour "pont marquet"

photo-gravure:  A Marquet

 

Vois-tu mes pieds ont de la mémoire

ils m’ont porté, tiré, trainé rue des Petits Champs.

Désespérés, ils ont retrouvé notre troquetet une odeur de nous agrippée à la pluie

mais tu n’étais pas là mon amour.

La Seine gisait nue sous une robe d’ardoise

où cafardaient les bonheurs perdus

partout la grisaille

empierrait les anges et les moineaux

jusqu’aux confins du jour.

Le monde sans toi semble si petit

que chacun de mes pas me rapproche de l’absence

Quand les mots sont infirmes

les non-dits restent muets.

As-tu reçu ma carte ?

As-tu pensé à regarder

les trois lignes d’encre blanche

que j’ai glissées dans l’enveloppe

Juste sous le dernier silence ?

N’y as-tu pas trouvé un je t’aime qui traînait par là ?

Qu’en as-tu fait ?

L’as-tu jeté, oublié, égaré, ignoré, perdu, reconnu ?

L’as-tu agité, secoué, pour voir qui dormait dessous ?

M’auras-tu aperçu ?

Oublié, reconnu, ignoré, perdu,

écrasé, noyé sous le silence ?

M’auras-tu laissé repartir dos courbé,

Cœur serré dans ces heures

Où le vent se voûte dans le naufrage des mauvais rêves ?

Vois-tu mes pieds m’ont trainé rue des Petits Champs

mais tu n’étais pas là mon amour.

 

 

Jean-Michel Sananès


Fouad El Etr – Dans le sens du sommeil


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Je m’approche d’elle pendant qu’elle dort
Pour mieux me regarder
Je la caresse dans le sens du sommeil
Entre l’âme et le corps
Ses rêves sont tissés des lignes de mes mains


Patrick Cintas – tic-tac somnambule


Image associée

 

Dans leurs molles longueurs

Encerclées de minutes

Les cadrans de nos cœurs

Sont des montres hirsutes

Les aiguilles en escrime

Se défendent pas mal

Et piquent de leurs rimes

Identiques notre mal

Mal d’amour malhonnête

Maltraité mal pensé

Malaxé sans arrêt

Dans des moules à galettes

 

Le tic-tac somnambule

La chanson trop chantée

Le tempo sans recul

Sur l’impuissant passé

Fixent toutes nos chances

Dans un mouchoir trempé

D’indifférence vraie

D’intolérance rance

 

Il n’est point de médaille

Pour ce combat injuste

Le sort est qu’il se traille

La meilleure part du buste

Le tricorne de la gloire

Empereur éternel

Sur la nature dont l’art

Est de mourir sénile

Militants acharnés

Durant toute une vie

Du bonheur échappé

Par mélange de l’esprit

 

Le tic-tac somnambule

La chanson trop chantée

Le tempo sans recul

Sur l’impuissant passé

Fixent toutes nos chances

Dans un mouchoir trempé

D’indifférence vraie

D’intolérance rance

 

Et le cœur trop petit

Au cadran bien trop grand

Se déchire p’tit à p’tit

Aux aiguilles contretemps

Si l’amour propre et pur

Peut y mettre son trône

L’éternité s’ra sûre

D’être notre personne

Sur les rives désertées

Dans les ports asséchés

Renaîtront les amants

Et la barque du temps

 

Le tic-tac somnambule

La chanson trop chantée

Le tempo sans recul

Sur l’impuissant passé

Fixera nos limites

À savoir que l’on est

À savoir qu’on mérite

Puisqu’éveillé d’aimer

 

 

 


Jacques Borel – la plaie


Image associée

 

Pourquoi es-tu mort, père,

Après m’avoir craché,

Inutile noyau,

Dans cette longue plaie

Qui ne se ferme plus ?

J’ai grandi, arbre d’os,

Dans une combe humide,

Arrachant une à une

A leurs lèvres de soif

Mes ingrates racines,

Mais quel hoquet là-bas,

Quel caillot, quel appel,

Quel cri toujours ouvert !

De ce versant d’adieu,

Je l’entends, agonie

Jalouse sous la terre.


Armand Robin – vieille communiste


Résultat de recherche d'images pour "doigt blessure"

XII

Une femme pas vieille, Mais vieille communiste,
Étendit les bras, cria :
—    Arrachez-moi du corps les haillons du dogme!

Revêtez-moi d’un manteau tout simple !
Elle s’est réveillée, couverte de plaies
Et comme stigmatisée :
Le sang que dans les geôles versent
Ceux qu’assassinent les messieurs des bureaux
Perlait sur ses tempes.
XIII
Ils sont accourus, ils ont braillé :
—    Le communiste ne meurt pas !
Mais il n’est pas encore arrivé qu’un homme ne meure pas

Et plus l’homme a de la valeur,

Plus grande est pour lui la douleur.

Ils sont accourus, ils ont braillé :
—    Dans le socialisme.
Un doigt blessé ne fait pas mal.
Ils se sont blessé un doigt, Ils ont eu mal, Ils ont douté…


Philippe Delaveau – Instants d’éternité faillible


 

Résultat de recherche d'images pour "hache noeud cordes"

Ignorant que tes hautes étoiles
avaient tremblé leur dû.
Pas un autre sanglot. Pas une brise
pour effleurer les branches,
susciter la présence des prés et des collines.
Avec courage tes lampes dans la tempête
auront lutté comme là-bas hublots et feux
du vaisseau qui oscille, se couche et sombre
fort de sa morgue et de ses cheminées.
Maintenant si je me tourne vers l’arrière
c’est pour te voir périr dans le brouillard
avec ma vie, sans un reproche.
J’aimais ces maisons qui m’ont quitté
et ces vignes qui tordaient les poignets
maigres de la douleur. La hache
qui tout à coup tranche le nœud de cordes
est plus aiguë que le croc du lion.
Aussi intraitable fut à l’entrée du désert Alexandre,
qui ignorait doute et détresse. Mais mon empire,
je le construis en soustrayant, en dispersant
les ombres et les morts.
Bientôt j’ausculterai les lignes
gravées sur la cire des paumes
pour réfuter l’arrêt sévère des destins.
Rivières et forêts, vitraux et pierres,
écoles et maisons, les sons ancrés aux souvenirs
avaient donné très tôt l’exemple.

Les oiseaux libres nous quittent dès l’automne
pour de lointains soleils que rien ne saurait abolir.
Seuls les visages sont restés dans le cadre des noms
– des cadres propres, certes, mais sans dorure.
(Infinis brefs avec leurs ombres).


Jean-Claude Pirotte – la dame et le dentiste (extrait )


 

Résultat de recherche d'images pour "tooth in a box "

 

en revanche il est vrai

que les poèmes philosophiques

ont bonne mine et que

le poète couronné

par une calvitie précoce

est nourri de soupe à l’oignon

de fromage de tête et de

cervelle d’agneau (mystique)

c’est un auteur qui ne répond jamais

au téléphone et qui dort

d’un œil de chat jusqu’à midi

or le poète va chez le dentiste il montre sa dent au dentiste elle est joliment emballée dans du papier de soie

le dentiste dit : je vois ce n’est rien mais tout de même deux précautions valent mieux qu’une nous allons procéder à la petite radiographie de contrôle est-ce douloureux ? non ce n’est pas douloureux posez-vous là tenez la dent bien droite et serrez fort voilà c’est fait, merci dit le poète de rien dit le dentiste combien je vous dois ? revenez la semaine prochaine avec votre dent on verra


Béatrice Douvre – Gravitation


Résultat de recherche d'images pour "gevaudan croix"

croix de chemin en Gévaudan  ( Besseyre )

 

Sous le grand âge du printemps
L’eau sourd en gouttes de regret
Des bouquets sonores exultent
Poudroyant
Mais la demeure saigne
Et sa fissure
Nous avions construit ici notre logis
Sur un escarpement de pierres heureuses
La campagne est mouillée de sevrage
La voix nuptiale empruntée aux pierres
Heure boisée qu’excède l’amour
Tu innocentes ta trouvaille d’enfant
Tu gis sur le chemin trempé
Et de pluie tu défailles
Maintenant brillent d’obscures larmes
Tu acceptes la peur immaculée de vivre
L’aube étincelle dans l’herbe des vigueurs
Souffle mûr mêlé du sang des hommes
Tu marchais réinventant le pas du sol comme une soif
Dans le vent neuf Je te regarde tu courais
Geste habité du vœu de naître
Auprès des croix
Qui font parfois les pierres profondes
Moment cendré de l’étendue
Chancelant
Et notre pauvreté nous vient d’un même exil
Dans le temps
Grandir a dissipé le seul voyage
Entre l’arbre et le seuil
Entre nos mains
Désormais c’est l’herbe qui nous dure
Sa cécité très douce à nos pas retranchés


Christian Hubin – Personne


 

Résultat de recherche d'images pour "nobody knows"

Montant vers l’absence aspirée,
qu’est-ce qui retourne

— les cimes comme des impacts de chutes,
ellipses acérées à gravir.

Silhouettes en file que la lumière pointillé
— le vent, le soir.

Surgit un lieu qu’on n’a jamais vu, et
connaît.

Touchant la corde la plus grave,
le millième de seconde où la présence finit,
le son retranché hors
du son.

Ceux qui écoutent tombent d’âme en âme,
dans l’antérieur répercuté.

Sur l’herbe le pied nu des ombres,
les volutes de la petite éternité.
C’est ici qu’on venait prédire
— une autre voix, un autre temps.

Qui veut se recueillir se perd.
Sa face première est celle des fées,
de  la lune blanche en plein jour.


Jean Grosjean – Elégie


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Quelle épée me partage l’âme, m’ouvre au milieu du cœur ce gouffre d’être séparé de toi
et que tu meures de deuil et que je meure ?

Les roses ont la chair qui se décompose et l’eau pourrit dans les mares mais je crois
que je connais la haine.

Les uhlans, les famines et les trépas foulent ce chemin où tu pleuras doucement notre
jour dont déjà penchait la tête sur les collines à sépulcres.

N’étais-tu pas ma longue lumière d’été au soir de qui, accablé par l’amour, je
sombrais dans un rêve obsédé d’astres ?

Quand le frémissement de ton approche me réveillait avant le chant du coq, n’aurai-je
donc descellé mes paupières que pour me rendormir sur ma naissance ?

La destruction nous profane et son prince nous marche sur les yeux mais c’est en vain
que ses démons me raclent la mémoire sous le crâne où ton nom ne cesse guère.

De quel puits sont sortis sur le monde tant de dieux souterrains avec leur face de
houille et leurs tenailles sans empêcher tes os phosphorescents de traverser ma nuit ?

Certes je me tais mais les phrases en débris murmurent encore à la cime des
trembles ton âme qu’elles cachaient.

 

Jean Grosjean, Élégies [1967]


Suzanne Derève – Monsieur


Résultat de recherche d'images pour "homme cuisine"
Monsieur savez-vous que la prose
Que sur ces pages je dépose
Est née d’un hasard ce matin
En effeuillant le romarin
Sur une volaille de Bresse
Que j’ai vidée comme à confesse
Engrossée d’ail et de thym
En rêvant d’un alexandrin
Et que ce soir dans ma cuisine
Me sont venues ces quelques rimes
En bardant un rôti de porc
Et puis ce fut un oxymore
Cette innocente Pénélope
Devenue icône interlope
(car je fais et défais mes vers
En épluchant les pommes de terre)
Monsieur qui lorgnez mon corsage
Je vous confie le repassage
Car il me vient tout un sonnet
En mettant le linge à sécher
Je vous passerai le plumeau
Le temps d’aligner quelques mots
D’y glisser une métaphore
Je conçois bien quelque remords
De vous voir ainsi au fourneau
A la lessive et aux carreaux
Mais ainsi va la poésie
Et je vous rejoindrai au lit
Le coeur léger sous vos caresses
Je vous dirai que rien ne presse
Car cette soirée libertine
Vaut bien qu’on fasse une comptine
 —

Gilles Vigneault – Paysage


Résultat de recherche d'images pour "moon snow"

 

photo DL Ennis

 

La lune a posé sur la plaine
L’argent d’un verglas sans pareil
À rappeler la porcelaine
D’une mer où dort le soleil.

Ah! Que la neige était plus belle
Aux saisons dont je cherche encor
La mystérieuse escabelle
Qui manque au coeur de ce décor

Pour que le jeu se recommence
Avec le splendide attirail
Du pays à la neige immense
Où la fenêtre était vitrail.

Ah! Que la neige était plus blanche
Et plus mélancolique aussi
Sa calme et paisible avalanche
D’un ciel au jour mal obscurci…

La lune a posé sur ma peine
L’éclat de son calme glacé.
Mon enfance ne fut pas vaine.
Voici déjà demain passé…

Gilles Vigneault