voir l'art autrement – en relation avec les textes

fine arts

Lucie Taïeb – s’éveiller


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Edward Munch – nuit à St Cloud

 

en Normandie s’éveiller la nuit ne pas être éveillé ne pas savoir se réveiller
seul, dans un lit différent dans une configuration différente des ombres et du noir et
d’une voix qu’on ne se connaît pas dire dans la nuit au corps qui devrait être là
« j’ai peur » puis frôler du dos de la main non ce corps ami mais le mur et
reconnaître le crépi savoir, alors, quel est ce lit et pourquoi seul
se rendormir.


Alda Merini – née le vingt-et-un au printemps


 

 

peinture  D Rossetti –   détail – Proserpine

 

Je suis née le vingt-et-un au printemps
mais je ne savais pas que naître folle,
ouvrir les mottes
pouvait déchaîner la tempête.

Ainsi Proserpine légère
voit pleuvoir sur les herbes,
sur les gros épis gentils
et pleure toujours le soir.

C’est peut-être sa prière.

 

 

 (de Vuoto d’amore, Il volume del canto)


Alain Paire – le miroir de l’absente


 

… J’ai souvent regardé La Mort de la Vierge,
les grandes palmes sombres de l’Ange de Mantegna,
l’écume d’un chemin nacré parmi les eaux de la lagune.

Peut-être n’était-ce pas ce tableau que je contemplais.
Mais plutôt, dissipant lentement les ombres du labyrinthe,
sans envers ni lointains, sans même l’espace d’une voix ,
le miroir de l’absente qui appelle encore, [
qui revient près de nous.

 

extrait du recueil   » la maison silencieuse « 


Ahmed Kalouaz – sur le livre de la mer


peinture  Richard Diebenkorn  – Ocean Park  1984

 

 

Sur le livre de la mer
il y a des surprises
sorties de la beauté des verbes.

Il y a
l’écriture du toucher,
la consonne de langue,
l’encrier de salive
où les plumes sont d’oie.

Il y a
l’écriture des corps
faite de mots nouveaux,
des langues de voyelle
pour des lettres
qui ne partent jamais.


Shakespeare – chaque saison


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la neige nouvelle     Edward Munch   1906

 

A Noël,  je n’ai plus envie de rose

que je ne voudrais de neige

au printemps .

J’aime chaque saison pour ce qu’elle m’apporte .


une forme douce et un sourire – ( RC )


peinture: Jeremy Annear

 

 

J’ai commencé
par une forme douce et indéfinie,
un peu ovale, mais sans bords,
que j’ai remplie d’un sourire
que je ne peux décrire.

Un sourire,
dont tu es l’ombre portée ,
qui s’étend lentement,
sans avoir de centre.

La couleur est apparue,
lente et dense
mais semblant sourdre de l’intérieur.

Il est difficile de l’expliquer
et encore d’en transmettre une image,
que l’oeil pourrait saisir.

Il suffit de se laisser envahir par sa présence,
s’en laisser traverser,
( enfin s’éprendre de ce désir,
qu’on ne peut même pas qualifier ) .


Julio Ramon Ribeyro – premier mai gris


 

Premier mai gris, triste.               Ville morte.
Des rues et des rues parcourues     parcourue  avant de trouver une boutique ouverte où acheter une douzaine d’œufs.

Quelques habitants du quartier reviennent avec leur baguette de pain,
trouvée on Dieu sait où.

Place Falguière, je vois un escargot qui traverse péniblement la chaussée.

Il est au beau milieu, et ne s’est pas encore fait écraser par une auto.
La circulation est presque nulle, mais de temps en temps passe un véhicule.

Est-ce que l’escargot le sait?
L’escargot ne sait même pas que c’est aujourd’hui le premier mai.

C’est pourquoi      –   pas avec la main, car ce qui est visqueux me répugne   –
je le prends dans mon mouchoir     et le porte jusqu’au trottoir.
il est certain que là, il ne se fera pas écraser  par une auto,
mais peut-être bien par un prolétaire.

 

De toute façon, ses minutes sont comptées.

Où donc voulait-il aller, le pauvre? Qui l’attendait? 
Que tramait-il dans sa petite cervelle ?

Petit animal désemparé, comme toi, comme moi, comme tout le monde.


Herberto Helder – De Mundo 02


Evert Lundquist - 5 STILL LIFE II 1950.jpg

peinture: Evert Lundquist   – nat morte     1950

 

Une cuillère débordante d’huile d’olive
une main tremble à passer
le fil qui partage le monde :
cuillères de feu :
leur reflet calcine paupières et pupilles
– cuillères rasant les braises en équilibre
sous les abîmes d’atomes
des jours.

Parce qu’il doit mourir
dans le sommeil tombe l’eau froide, et elle bout,
dans le sommeil l’eau devient calcaire et froide
ah cette brusque montée de fièvre,
les images insensées.
Le pelage noir des mères suinte sur ce visage d’enfant
qui se détourne.
Seul lui peut ainsi se détourner si longtemps
en dormant,
enfant qui s’étire
Cherchez-moi un nom pour la mémoire
une harmonie sonore
que l’on puisse écrire sans se dévoiler
un nom pour mourir.
Parce que l’enfant traverse tout
et va se heurter au centre même
de lui-même.

…et puis plus aucun n’ose parler, et
chaque chose devient acte

au-dessus de chaque chose, et tout ce
qui est visible bouscule un territoire invisible.
Rendu à la vie – et par cette parole minimale
apparaît alors un presque rien
qui arraché de la feuille et à
l’écriture maladroite semble
la surface imposante de Dieu, c’est ainsi
que tu es rendu à la vie, toi
qui juste un moment avant étais mort.

 


un pont entre tes paroles – ( RC )


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détail d’une peinture de Botticielli (Vénus et Mars )

 

 

J’ai entendu la mer
dans la conque marine.

Et dans le ressac,
m’est parvenue ta voix,
dans le silence qui se retire,
suivant la marée basse.

Il y a du silence en toute chose,
et c’est un pont entre tes paroles.
Elles se poursuivent dans le temps,
et l’émotion tinte de leur écho.

C’est une voix sereine
qui rend sa grâce
au sourire d’un enfant,
auquel tu redonnes le souffle.

Je t’ai écoutée,
comme le ressac,
dans la conque marine.


Leon Felipe – Don Quichotte est un poète prométhéen – 2


 

peinture  Serge Plagnol    La verte et rouge 2002 - Huile et pigments sur toile.JPG

 

 

Le Poète Prométhéen apparaît toujours dans l’Histoire comme un personnage imaginaire… mais l’imaginaire prométhéen gagne du réel… et la réalité domestique… se perd dans les ombres de l’Histoire.
Les rêves des hommes fabriquent l’Histoire… Les rêves sont la semence de la réalité de demain et ils fleurissent quand le sang les arrose et les féconde…
L’Histoire… est sang et rêves.
Et il arrive que le rêve se fait chair et la chair rêve.
Le Poète prométhéen s’échappe des ombres de la Mythologie… de l’imagination infantile des hommes, des livres sacrés… et de la maison même de Dieu… Et le Verbe… se fait chair…
Chair et symbole…


Pentthi Holappa – les navires naufragés


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peinture: Katheryn Holt   naufrage

 

LES NAVIRES NAUFRAGÉS

 

 

Il n’y a pas d’abri contre la douleur, ni sous une cuirasse
ni dans le ventre de la mère. Y en aurait-il dans une
urne funéraire?

Prends garde aux nuits de pleine lune, quand la mer
reflète
les lumières de la ville !
Le ciel pourrait s’effondrer sur tes épaules.

 

Ta foi fragile dans les anges du ciel pourrait
se briser, si tu les voyais cueillir sur les récifs
les brassées d’or
des navires naufragés.

Tu te mettrais à pleurer, après l’esquisse d’un sourire.

 

L’homme est un enfant, qui même sous les coups n’apprend pas
que les miracles s’effacent dès qu’on les
contemple.
Ceci
n’est pas le pire malheur, mais plutôt de rester
au port
quand les anges déroutent les bateaux vers les hauts-
fonds.

 


Joan Margarit – je ne referme pas la porte


66.jpg

peinture: Philip Guston

 

 

J’entends frapper à la porte et je vais ouvrir,
mais il n’y a personne.
Je pense à ceux que j’aime et qui ne reviendront pas.
Je ne referme pas. Je souhaite la bienvenue.
La main sur le cadre, j’attends.
La vie s’est appuyée sur la douleur
comme les maisons sur leurs fondations.
Et je sais pour qui je m’attarde,
pour qui je laisse une lumière accueillante
dans la rue déserte.


Je ne sais exactement où mon corps penche – ( RC )


Jitka Válová  01.jpg

dessin:  Jitka Válová

 

Je ne sais pas exactement où mon corps penche :
et c’est sur des rives
aussi lointaines que je fréquente,        solitaire,
que va ma préférence
les pieds décollés de la terre .

C’est un univers fantastique,
où je doute fort qu’on me suive :
il y a les démons qu’on dérange ,
des corps aux formes étranges ,
– quelque peu fantomatiques

des arbres comme des mains larges
surgis d’une autre atmosphère ,
que l’on devine bien plus légère ;
j’en parcours la marge,
mais je suis incapable de la décrire,

ou bien,            si j’essayais de le faire,
vous auriez du mal à le comprendre :
il faudrait faire le parcours à l’envers
et tout désapprendre
pour traverser la glace du sommeil,

…un voyage au long cours,
offrant de singuliers détours
entre des nuits de soleils
qu’on ne peut même pas imaginer
avant de les avoir traversées.

RC – oct 2018


Din Mehmeti – Naissance


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peinture: étude de nuages – John Constable

 
Les nuages se donnent la charge,
tels une armée d’enragés.
D’en haut et d’en bas
descendent ou montent des monstres
de tous âges.
Les cloches se brisent quand divorcent les idéaux.
Mais cette cité que vous trouverez
toujours en état de veille
et l’ombre des arbres monte la garde
sur les ponts jetés par-dessus le sang des veines.

Je suis vivant,
debout sur mes jambes.

Quelque chose aspire l’âme
une chose est en train de naître.
Nos yeux sauront la voir.

Passent et repassent mes nostalgies.

 


Din Mehmeti  est un auteur d’origine albanaise. Il vit au Kosovo. voir son ouvrage   » il est temps « 


Michel Hubert – captif d’un homme – 8


Nicolas  Ge   Judas.jpg

peinture :  Nicolas  Ge

 

 


Paysages de chutes
paysages extrêmes à suivre
du doigt d’un torrent/jet
la pliure rétinienne
Alarme

-hors ce bruit de fondation
qu’on coule dans sa gorge
béante-alarme

du plus profond de l’être
rompant soudain l’intime indifférence
(sans excuse

à quoi tiendrait encore
sur le triangle

de houle
l’assiette blanche du bassin ?
déjà ne fait-elle pas la roue
de ses dix doigts
comme pour relever
jusqu’au dernier créneau
la brume froufroutante
de ses mousselines ?)
ah ! quelles marées d’équinoxe
aux aines de la mer
ne cédèrent pas à ce violent divorce
du bonheur

en limite du désirable
des algues
dans un dernier mouvement de l’aube ?
Mais elle
l’affileuse d’ombre

s
oumise aux neiges
dans son corps

-abstraction
progressive et diffuse
d’une inguérissable pâleur
que je croyais voir fluer
de la nuit du sexe dans mes mains

plutôt que de condescendre
à sa métamorphose
en telle image multiforme
de l’Arche fabuleuse
préférera briser sa lame fine
d’arme blanche
sur la couleur trop faste de mon sang
la délivrance ne porte plus seulement
sur l’infini
qui infuse la montagne des douleurs
au-delà de tout lieu signifiant
demain
et si jamais l’inconnu dans son corps
se cherche au jour des liens du sang
-comme ces forêts que traverse
en d’impulsifs mouvements
de leurs branches
la mystérieuse matière d’ombre
-tout faire pour que ses mains déjà refermées
sur leur vrac de cendres
s’embrasent encore une fois
-ô prodige des légendes-
dans la bouche
-même d’intouchables cracheurs de feu
Plus au sud du rêve
ah pas qu’un soleil plus au sud du rêve :

certes
rien n’est si simple
aussi simple

que la géométrie bleue
d’un ciel andalou
c’est d’Arcos a Ronda pourtant
dans la Serrania
que l’homme sculpté
dans les troncs d’oliviers
se tord en ombre des mille scolioses du sud

.


Nayim Smida – une solitude


 

 

 

 

Tadeusz Kantor - Abstract [1967] 27275555579.jpg

 

peinture:  Tadeusz Kantor  1967

 

Puis je m’attends à ce que tu t’en ailles
Je ne veux plus t’écouter
Je ne veux plus te parler
J’ai vieilli de toi
Et même ton odeur autrefois mêlée d’amour
Est devenue aujourd’hui monotone
Comme le paysage d’un village familier où la muse a fait taire sa poésie
Comme le paysage d’un village familier où aucun élément hors l’écho
N’impressionne

Amour ô toi quel sens auras-tu si le chemin vers la douceur
Qu’elle portait en son reflet
S’évapore
J’adore sans savoir pourquoi son absence
Et je suis certain que sa compagnie dans l’espace est vitale
Je l’ai toujours aimée car elle peut résister à l’amour
Comme peut résister l’art à la touche parfaite de l’homme
Amour ô toi j’en suis las tu es triste

Je connais tes joies elles sont courtes et perfides
Je connais ta folie je connais tes peines je vis ton vide
Pourquoi ce mirage à chaque voyage vers ses nuages discrets
Pourquoi la brume
Pourquoi tu ne parviens pas à saisir les rimes
qui peuvent raconter son histoire inutile
Pourquoi
La solitude


Francis Ponge – la main


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main –  sculpture antique

 

 

 
La main est l’un des animaux de l’homme ; souvent le dernier qui remue.
Blessée parfois, traînant sur le papier comme un membre raidi quelque stylo bagué
qui y laisse sa trace.
A bout de forces, elle s’arrête.
Fronçant alors le drap ou froissant le papier, comme un oiseau
qui meurt crispé dans la poussière, — et s’y relâche enfin.

Francis PONGE « Pièces » (Gallimard)


Jean Tardieu – Le cow-boy et les voleurs


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action picture : Andy Warhol

Ces huit voleurs de chevaux
Sont surpris un peu trop tôt
Par le cow-boy Hippolyte ,
Huit fois un huit.
Ils s’enfuient, et chacun d’eux
Tire sur lui deux coups de feu .
Quel vacarme !      Quelle fournaise !
Huit fois deux, seize.
.Mais ils ne peuvent l’abattre,
Huit fois trois, vingt-quatre .
Alors, il lance sur eux,
Huit fois quatre, trente-deux,
Son lasso, de corde puissante,
Huit fois cinq, quarante.
Et les entraîne à sa suite
Huit fois six, quarante-huit.
Sur son passage, on applaudit,
Huit fois sept, cinquante-six .
On entend les tambours battre,
Huit fois huit soixante-quatre .
Tous les enfants sont à ses trousses,
Huit fois neuf, soixante-douze,
En triomphateur il revient,
Huit fois dix, quatre-vingt  .

 

 

J Tardieu


Alda Merini – vide d’amour


 

Francisco de Zurbarán, 1598-1664, Sainte Ursule, c. 1650, musée des Beaux-Arts de Strasbourg  extr.jpg

détail de peinture    Sainte Ursule, c. 1650                Zurbaran

 

 

de Vuoto d’amore,

J’ai aimé tendrement de très doux amants
sans que jamais ils n’en sachent rien.
Et sur eux j’ai tissé des toiles d’araignée
et je fus la proie de ma propre matière.
Il y avait en moi l’âme de la catin
de la sainte de la sanguinaire et de l’hypocrite.
Beaucoup ont donné un nom à ma façon de vivre
et je fus seulement une hystérique.


Miguel Veyrat – la clé de ma langue


 

Isabel Quintanilla , 1998-99         nocturne.jpg

 

peinture  Isabel Quintanilla , 1998-99                nocturne

 

—-

 

LA CLÉ de ma langue
a profané ta demeure:
seule une voix résonnait
entre le couchant et l’aurore.
J’ignore même qui vit
en cette nuit,
qui chante,
et même qui est mort.
Il faudra tout renommer
à la lumière indécise de cette vie:
toi, tu vas droit à la source,
malgré la nuit  .


Francis VILLAIN – son grand couteau de nuit


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sculpture  – bronze  nuragique  ( Sardaigne ) musée de Sassari

 

Il s’est approché lentement
Avec son grand poignard en peau de nuit
Il a pris, il a pris tout son temps
Avec son grand poignard en peau d’ennui
Il a reniflé dans le vent
Avec son grand sourire de trop de nuit
Il a souri de toutes ses dents
Pour laisser t’approcher lentement
Il a pris tout, tout son temps
De son flanc a délogé une lame de fer
Avec son grand couteau en peau de fer
Il s’est mis à tuer le temps
Il avait froid dans ses grands vents
Il avait de la poule à chair
Il était nu, nu comme un ver
Avec sa lame en peau de fer
Avec son grand couteau de nuit
Il ne savait vraiment pas quoi faire
Il faisait froid,       il est parti.


Samira Negrouche – courir sans regarder derrière soi


 

 

- -Michael Borremans 8453309289.jpg

peinture Michael Borremans

 

Avant que l’aube n’apparaisse, courir sans regarder derrière soi

les fleuves évaporés et les paroles effritées des sages de légendes.

Avant plus avant le soleil est d’une douceur clémente

m’apprend d’autres caresses et je deviens un poteau électrique

dans une plaine humide et je passe aussi vite qu’eux

sur le parcours d’un TGV pressé de rejoindre

ses rendez-vous parisiens à huit heures tapantes

Et je disparais.


Une esquisse sur une feuille vierge – ( RC )


peinture: Edvard Munch  » nuit blanche »

 

Bien qu’il n’y ait plus un bruit,
tout autour des murs,
ce n’est pas pour autant une nature morte,
          mais seulement une ouate
à peine différente de celle du ciel,
et d’où part le silence.

Il s’est posé, tout en blanc
de partout.
Les arbres sont dans l’attente  ;
ils cherchent leur équilibre,
sous une masse inhabituelle, et résistent
de leur hampe sombre.

Car seuls, ils se détachent
de l’austère étendue,
        où toutes les différences
ont été gommées,
enfouies sur une couche épaisse ,
           tendant vers l’égalité.

Leurs silhouettes sont géométrie
et s’ornent d’ombres violettes,
comme dans les tableaux de Munch :
une peinture pour de vrai,
débordant sur les chemins,
presque effacés, aussi .

L’atmosphère est fraîche,
comme en attente.
Des hommes , au loin, progressent  : 
de signes noirs qui se détachent,
comme leurs paroles,
          sur un fond mat .

On est dans un instant précaire,
que l’on sait fragile .
L’arrivée des chasse-neige
va rayer l’immobile,
comme si on lançait les premiers traits
– une esquisse – sur une feuille vierge .


RC – oct 2017

 


Alberto Giacometti – une question continuelle à l’univers


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peinture: Alberto Giacometti – détail de portrait de Peter Watson

« Notre activité n’est qu’une question continuelle à l’univers, qui est aussi nous-même.

Pour chacun de nous, le monde est bien un sphinx devant lequel nous nous tenons continuellement, un sphinx qui se tient continuellement devant nous et que nous interrogeons.

Nous ne pouvons le faire que dans une attention soutenue, même physique de tout notre être, au guet, et dans une disponibilité aussi grande que possible sur tous les plans… Et nous enregistrons ce que nous entendons ou même ce que nous croyons entendre. »

—  Alberto Giacometti, Écrits, Éditions Hermann, 2007


Toi qui vins de bien loin – ( RC )


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Toi qui vins de bien loin,
le vent derrière ton dos,
et les gestes d’écume,
as-tu marché sur l’eau,
les pas aussitôt effacés par les vagues

ou es-tu née d’une conque,
comme la Vénus de Sandro,
célébrant la venue du printemps ?
Enveloppée de ciel,
les nuées en robe vaporeuse

en as-tu repoussé les limites,
replié les courbes de l’espace ,
fait de la mer ton berceau ?
Toi qui vient de si loin
et qu’on n’attendait plus…

RC – juill 2018