voir l'art autrement – en relation avec les textes

Italie

Maria Grazia CALANDRONE – Chanson


vangoghmuseum-p0877N1996-3840

                Odilon Redon ( Tête d’enfant avec fleurs)

 

Je chante pour que tu reviennes

quand je chante

je chante pour que tu traverses tous les jours

des milliers de solitudes

pour essuyer mes larmes.

 

Mais j’ai honte de te demander tant

et je cesse mon chant.

 

Je chante et je suis léger

comme une fleur de tilleul

je chante et je m’assieds vraiment

là où je m’étonne :

 

au début du monde

 

il y a l’ombre blanche des premières roses

qui ne sont plus amères

parce que je chante et je te vois revenir

comme reviennent les choses sur le rivage :

sans passé,

avec la poitrine lavée

par la mer.

 

Voilà !,

 

tu montes les escaliers comme un petit garçon

qui fait tomber de ses cils une couronne de sel,

donne deux coups d’index

à la porte, s’agenouille

à la hâte, en hâte

dit : « Viens !,

je t’emmène à la mer » et me sourit, de sa stature

de grésil et de roses, de sa gaze d’âme sauvée

des petites choses.

 

Par sa bouche blanche le monde rit

et rient les choses

transparentes du ciel

si, en se tournant à peine

par pudeur, il dit : « Tu vois, je n’ai plus peur »

 

comme en parlant à une ombre évaporée

dans l’innocence

 

calme des genêts, à un souffle de roses

envolé par les fenêtres

ouvertes

jusqu’aux fondations.

 

Ainsi tu me laisses à découvert privé

de poids. Et alors je chante

d’être assis

dans le vif, tout l’amour privé,

pour que ne s’arrête pas

 

la présence parfaite

de qui n’a pas de poids

 

mais c’est sans volonté, sans décombres, sans l’avènement

de la matière

la poussière seule tend à la lumière.

 

 

       Canzone 

 

Canto perché ritorni

quando canto

canto perché attraversi tutti i giorni

miglia di solitudine

per asciugarmi il pianto.

 

Ma ho vergogna di chiederti tanto

e smetto il canto.

 

Canto e sono leggero

come un fiore di tiglio

canto e siedo davvero

dove mi meraviglio:

 

all’inizio del mondo

 

c’è l’ombra bianca delle prime rose

che non sono più amare

perché canto e ti vedo tornare

come tornano a riva le cose:

 senza passato,

con il petto lavato

dal mare.

 

Ecco !,

 

sali le scale come un ragazzino

che scrolla dalle ciglia una corona di sale,

dà due beccate d’indice

alla porta, s’inginocchia

in fretta, in fretta

dice: “Vieni !,

ti porto al mare” e mi sorride, dalla sua statura

di nevischio e di rose, dalla sua garza d’anima salvata

dalle piccole cose.

 

Dalla sua bocca bianca ride il mondo

e ridono le cose

trasparenti del cielo

se, girandosi appena

per pudore, dice: “Lo vedi, non ho più paura”

 

come parlando a un’ombra evaporata

 nell’innocenza

calma delle ginestre, a un fiatare di rose

andato via per le finestre

aperte

fino alle fondamenta.

 

Cosi mi lasci nell’aperto privo

di peso. E allora canto

lo stare seduti

nel vivo, tutto l’amore privo,

che non smetta

 

la presenza perfetta

di chi non pesa

ma è senza volontà, senza maceria, senza l’avvenimento

della materia

è solo polvere che tende alla luce.

 

Rome, 30 septembre 2010

Poème extrait de Le Bien moral, 2012.

Traduits par Claire Pellissier


Maria Luisa VEZZALI- yeux (occhi)


LBD064-yeux-2006-peinture-803x600

LE BA DANG, « Yeux », 2006 

 

 

                  Yeux

 

qui ont papillonné

en moi comme des ailes sous-marines

 

qui ont vu le rouge pour la première fois

sans mot pour pouvoir le décrire

 

qui sont passés de la cécité à la vue

 non l’inverse comme c’est inévitable

 

qui m’ont distinguée parmi les ombres

comme une fenêtre

 

qui cristallisent la lumière

dans le sérieux du jeu

 

qui savent se faire pierre, de tourbillon

de miroir

 

fermés dans le sommeil comme une friandise

à sucer

 

ouverts au jour

comme une main

 

qui chaque jour semblent s’enrichir d’années

pour ensuite redevenir rosée

 

et bien que j’essaie  –  et dieu sait

que j’essaie  –  je ne peux imaginer

 

pourtant j’ai imaginé juste assez

pour les évoquer à l’argile humide

 

du monde

 

 

 

               Occhi

 

che hanno sbattuto

come ali sottomarine dentro di me

 

che hanno visto il rosso per la prima volta

senza parole per poterlo descrivere

 

che hanno avanzato dalla cecità alla visone

non viceversa come inevitabile

 

che tra le ombre mi hanno distinta

come una finestra

 

che cristallizzano la luce

nella serietà del gioco

 

che sanno farsi pietra, di vortice

di specchio

 

chiusi nel sonno come un dolce

da succhiare

 

aperti al giorno

come una mano

 

che ogni giorno paiono crescere anni

per poi tornare rugiada

 

che per quanto provi  –  e dio sa

come provo  –  non posso immaginare

 

pure ho immaginato quanto bastava

per evocarli all’ argilla umida

 

del mondo

 

 

 

Maria Luisa VEZZALI

Matrices du soleil ébranlées
Extrait de la mini-série Explosions
Poèmes extraits de ligne mère
Traduits par Claire Pellissier


Alda Merini – vide d’amour


 

Francisco de Zurbarán, 1598-1664, Sainte Ursule, c. 1650, musée des Beaux-Arts de Strasbourg  extr.jpg

détail de peinture    Sainte Ursule, c. 1650                Zurbaran

 

 

de Vuoto d’amore,

J’ai aimé tendrement de très doux amants
sans que jamais ils n’en sachent rien.
Et sur eux j’ai tissé des toiles d’araignée
et je fus la proie de ma propre matière.
Il y avait en moi l’âme de la catin
de la sainte de la sanguinaire et de l’hypocrite.
Beaucoup ont donné un nom à ma façon de vivre
et je fus seulement une hystérique.


Mario Luzi – Que de vie !



Afficher l'image d'origine

détail d’une peinture de Frida Kahlo
.

« Que de vie ! »
une voix aiguë d’enfant s’élève
là où une foule d’oiseaux
arrachés à leur gazouillement
de branche en branche
s’enfuit dans l’effeuillement du bois
sous le froid contre jour,
trace un sillage de plumes et de cris,
abandonne les phrases brisées
d’un discours qui achoppe, fête
et fuite, tandis que des hommes à l’affût
en préparent le massacre ;
“que de vie !” répètent des derniers,
ces plus lumineux battements d’ailes
sur toute la broussaille entre mer et marais […]

car on ne perçoit jamais la vie
si fort qu’au moment de sa perte.

Mario Luzi, « Du fond des campagnes », L’Incessante Origine, Flammarion, 1985, pp. 112-115.
.

.


Patrizia Valduga – Cette neige


photo Luis Fernandez – Toronto

 

XVI.

Sur le blanc du givre en lents flocons

se perd un peu de neige silencieuse,

tu avais une ombre noire au front,    

chaque jour t’enlevait quelque chose…

Il fait si froid, je couvre tes jambes

tu suis ton ombre mystérieuse,

ce papillon noir vif t’afflige

tu ne l’as même pas vue, cette neige.

 

 

Cet écrit est issu  du beau site   » une  autre poésie  Italienne »


Giuseppe Penone – Déchiffrant la culture du toucher


Continental-stereoscopic-3d-font-b-lettmized-b-fon--er.jpg

Sur le bout de la langue, sur le bout des doigts, qui, rassemblés sont les pattes de la bête qui m’entraîne dans l’univers de l’alphabet, en déchiffrant la culture du toucher contenue dans la forêt des images, présente dans la réalité des arbres qui jalonnent le temps de l’histoire dans l’espoir de mettre de l’ordre dans la vie des hommes.

 

Giuseppe Penone, est l’artiste italien connu pour  ses installations,  souvent  prenant l’arbre  comme « motif »  réel, dans lequel il sculpte et révèle  le départ des branches  anciennes…


Jean Soldini – Locus Solus


Afficher l'image d'origine

Je me tenais immobile
dans un minuscule pré ovale
locus solus bordé de fleurs.
Les abeilles vibraient
tout près de mon corps,
comme si je n’existais pas,
enveloppé du parfum chaud de l’herbe et des fleurs
du bourdonnement qui les couvrait,
les découvrait puis les recouvrait.
Je me tenais
ostensiblement introuvable :
les yeux fermés
le dos collé au sol
les jambes croisant des trajectoires champêtres.

  •  de   » Tenere il passo, LietoColle 2014″

( » Locus solus » peut être  trouvé, avec d’autres  du même  auteur,  sur  le site  d’  une  autre poésie italienne » )


Matera – Basilicate – ( RC )


vue partielle     ( bas de la ville de Matera, province de Basilicate, Italie du sud )

 

Une ville subsiste,
en équilibre  sur le bord  de la falaise.
Elle  s’est agrippée à son passé,
en continuant nonchalamment

à arborer sa présence
de ses dalles posées là,
et qui demeurent.

La nécropole creusée dans le roc,
– une plateforme  toujours nue –
et dont on a rempli les creux,

( conservant la forme humaine ),
avec du ciment ,
– pour des raisons pratiques  –

Les herbes  sèches, secouées par le vent,
se défendent  du pittoresque
et de l’admiration vulgaire

d’un décorum importé,
comme pourrait l’être
l’alignement  de bacs à fleurs.

Elles, ne pouvant subsister
que grâce à un terreau,
ou un sol, qu’on ne trouve pas ici.

Certes les visiteurs  sont les bienvenus,
mais la vie continue,
sans sacrifier  aux  dieux  du tourisme .

Le cirque  de pierres en équilibre,
Creusé  d’alvéoles,
s’ouvre à un ciel  d’éternité .

Plus haut, c’est  toujours l’animation:
les klaxons,  le bourdon des scooters,
particulièrement les jours de marché .

A heures  régulières,
les cloches des églises, s’emballent
se faisant  écho les unes aux  autres.


RC –  juin 2015

 


Aria – ( Comme un air d’Italie ) – ( RC )


peinture: B Gozzoli – détail-

 

 

 

C’est en franchissant les portes  des jardins,
que la vue se porte, sur les collines.
Elles se dandinent, dans une  robe chamarrée  d’ors.

On y trouve  des villages  à mi-pente
Où les maisons  s’épaulent  de leurs lignes.
Les cyprès forment une  couronne, sur les lignes  de crète.
Ce serait une  lumière, comme  celle que peint Botticielli ;

La transparence diaphane  de l’air, et le vent léger soulève les voiles de la Vénus,
La caresse du regard enchante même les parterres  de fleurs .
Les mains  se tendent  et les  bras  s’arquent en chorégraphie.

Les cloches  se répondent  de vallée en vallée .
La terre ne serait pas  comme on la voit ailleurs : blonde ou brune,
Nourrie à la tiédeur  solaire,

Presque  nourriture  à son tour ,
Elle en a le parfum, et son pesant de couleur
Qu’on retrouve  dans la robe des vins ,
Alignées dans les trattoria.

Les linges sont oriflammes en travers des rues ;
On a l’impression d’entrer de plain pied dans un tableau …
La langue italienne  est une porte ouverte  sur  sa  chanson.

Napoli ,Italy

photo Robert Schrader

photo:              Edmondo Senatore – atmosphère toscane

RC –  mai 2015

 


Astrid Waliszek – bois, bois cette coupe


Peinture : H Daumier
bois, bois cette coupe de vin d’Italie
mange, mange ce trésor odorant, douceur des collines de Fiesole
modèle l’argile de cette bouche de tes lèvres, regarde sur la joue
l’ombre de ces cils embrasse cette crevasse si rouge ouverte
sur la peau de ton âme encore une fois, encore un instant,
avant que la vie te quitte, avant avant que l’illusion t’oublie
avant que cette lune te broie avant que le sang de tes mots te noie
– 2012

Mario Luzi – Nature


peinture: J Dubuffet

peinture: J Dubuffet

 

La terre et à elle accordée la mer
et partout au-dessus, une mer plus joyeuse
à cause de la rapide flamme des moineaux
et du trajet
de la lune reposante, et du sommeil
des doux corps entrouverts à la vie
et à la mort dans un champ ;
à cause aussi de ces voix qui descendent
s’échappant de mystérieuses portes, et bondissent
au-dessus de nous comme des oiseaux fous de revenir
en chantant au-dessus des îles originelles :
ici, se préparent
un grabat de pourpre et un chant qui berce
pour celui qui n’a pu dormir,
si dure était la pierre,
et si tranchant l’amour.

Mario Luzi, La Barque in Prémices du désert, Gallimard, Collection Poésie, 2005, p. 69.


Antonella Anedda – octobre, nuit


octobre, nuit

Accepte ce silence : le mot tassé dans le noir de la gorge comme une bête raidie,

comme le sanglier empaillé qui lors des orages d’octobre resplendissait dans le sous-sol.

Livide et tressé de paille, le cœur sec, sans fumée, et
pourtant contre l’éclair qui clouait la porte, chaque fois à l’endroit exact où la mort avait débuté : le vain recul, le corps ardent, le coup de pied du chasseur sur son flanc.

Ferme les yeux. Pense : lièvre, et renard et loup, appelle les bêtes qui chassées courent en rase campagne et se trouvent dans la fronde de la mort
ou du sommeil épuisées dans la tanière où seul celui qui est poursuivi connaît véritablement la nuit, véritablement le souffle.

Traduit par Francis Catalano et Antonella D’Agostino
—–

ottobre, notte

Accetta questo silenzio: la parola stretta nel buio della gola come una bestia irrigidita, come il cinghiale imbalsamato che nei temporali di ottobre scintillava in cantina.
Livido e intrecciato di paglia, il cuore secco, senza fumo, eppure contro il fulmine che inchiodava la porta, ogni volta nel punto esatto in cui era iniziato la morte: l’inutile indietreggiare, il corpo ardente, il calcio del cacciatore sul suo fianco.

Chiudi gli occhi. Pensa: lepre, e volpe e lupo, chiama le bestie che cacciate corrono sulla terra rasa e sono nella fionda del morire o dell’addormentarsi sfinite nella tana dove solo chi è inseguito conosce davvero la notte, davvero il respiro.

Extrait de: Notti di pace occidentale [Notturni]
Roma: Donzelli, 1999

Paul Vincensini – Moi j’ai toujours peur du vent


 

 

photo J M P Salles

 

Moi j’ai toujours peur du vent

Me voici
Mes poches
Bourrées de cailloux
Pour rester avec vous et
Ne pas m’envoler dans les arbres.

Èiu t’aghju sempri a paùra di u ventu

Èccumi
I mè stacchi
Pieni à cutichja
Par stàmini cù vὸ è
Micca bullamini nantu à l’àrburi


Alessandra Frison – La pluie vide chaque soupçon de vie


 

*

La pluie vide chaque soupçon de vie
des draps tirés jusqu’à la limite
elle ne te fait pas voir
la charge des heures le matin
tôt tous sont réveillés
déjà à leur corde
et tu devrais t’efforcer jusqu’à ce point
jusqu’à assécher le sommeil
alangui et réfractaire terme de
qui existe l’indispensable
à temps tout juste pour s’évacuer de chez soi
c’est ce que je me dis,
après une journée qui mesure
les centimes de chaque dignité,
après la vague déchargée
mécanique déçue des feux rouges à la gare
parmi le moyen âge des rues, je suis
la plus incertaine fenêtre du monde.

***

Alessandra Frison

auteur Yves Lecoq

photo: Lux Coacta

est une (très) jeune poétesse milanaise – née à Zevio -,

Elle a publié dans l’Almanacco dello Specchio (Mondadori) 2008; elle présente régulièrement son travail grâce aux pages http://alessandrafrison-blog.myblog.it/ , où l’on pourra trouver d’autres poèmes.

Inediti:

La pioggia svuota ogni sospetto di vita
dalle lenzuola tirate fino al limite
non ti fa vedere
il carico delle ore la mattina
presto tutti sono svegli
già alla loro corda
e ti dovresti impegnare fino a quel punto
fino ad asciugare il sonno
molle e refrattario termine di
chi esiste l’indispensabile
in tempo appena per sfollarsi di casa
così mi dico
dopo una giornata che squadra
i centesimi di ogni dignità,
dopo l’onda scarica
meccanica disillusa dei semafori alla stazione
tra il medioevo delle strade, sono
la più incerta finestra del mondo.

 


Catherine Pozzi – Le don du figuier


photo Annabella

 

 

Si tu veux
Nous irons ensemble
Tous les deux
Vers le vieux figuier.
Il aura
Des fruits noirs qui tremblent
Sous le vent
Qui vient d’Orvillers.

Tu iras
L’âme renversée
Sur ta vie
Et je te suivrai.
Le ciel bas
Tiendra nos pensées
Par la lie
D’un malheur secret.

Tu prendras
L’un des fruits de l’arbre
Et soudain
Le feras saigner
Et ta main
Morte comme marbre
Jettera
Le don du figuier.

Le vent vert
Plein du bruit des hêtres
Ouvrira
La geôle du ciel
Je crierai
Comme un chien sans maître
Tu fuiras
Dans le grand soleil.

 


Allegra Sérendipité – Vesper


Vesper

 

Publié par

 

Comme des milliers de bougies allumées

Le ciel du soir est étoilé

Parmi tous ces points dorés

Il n’est qu’une flamme à aimer.

Dès cinq heures elle est là

Suivie par d’autres, qui pas à pas,

Jalouses  comme des sirènes

S’agglutinent  aux  voilées siciliennes

N’est-il pas vrai qu’elle laisse un gout amer

Cette étoile que l’on nomme Vesper

Un certain James pense tout autre

Une fois goûtée on ne veut rien d’autre

Ma vie à cette heure cardinale

Irradie  comme ce chant vespéral

Hymne  enchaîné d’un verset mystique

Salué d’un Magnificat Liturgique

Mais la lecture de leurs filantes capitules

Me laissent telle un rameau d’Aspérules

Alanguie dans mon  lit de plumes

Insomnies et  chevauchées de runes

Ô  nuit illuminée, pose magnifique

Sur mes lèvres ce sourire chimérique

Car au matin  de ce moment magique

J’ouvre des yeux d’amnésique.

 


Alda Merini – rêves


 

peinture: Lord Leighton

                                      peinture:       Lord Leighton

 

 

 

 

Le rêve se lève souvent et marche sur ma tête comme un elfe,

un tout petit elfe qui me dérange mais m’amuse aussi.

Combien de rêves ai-je faits ! J’y ai vu quelquefois une lueur magique, il s’agissait parfois de rêves lourds comme des pierres posées dans le centre du cœur.

Moi ces rêves je les ai tous acceptés : les formes me plaisent, qu’elles viennent ou non de l’inconscient.

Si elles venaient de l’inconscient, j’en recherchais l’origine.

Il s’agissait de toute façon de rêves magnifiques, pleins de couleurs, de rêves qui disaient “allez lève-toi ! la vie est belle ; elle est comme nous l’enseigne la nature, elle est toujours au-delà de l’angoisse”.

Et alors je m’asseyais sur mon lit et les rêves disparaissaient et l’air pur du matin entrait et mon corps devenait une merveilleuse statue, la statue d’un guerrier prêt à combattre et à se battre pour sa propre journée.

extrait de  « D é l i r e  a m o u r e u x »


Alda Merini – Les plus beaux poèmes s’écrivent sur les pierres


photo perso - région d'Essaouira- Maroc

                               photo perso            – région d’Essaouira          – Maroc

Les plus beaux poèmes

s’écrivent sur les pierres

genoux écorchés,

esprit aiguisé par le mystère.

Les plus beaux poèmes s’écrivent

devant un autel vide,

encerclés par des agents

de la divine folie.

Ainsi, fou criminel que tu es

tu dictes des vers à l’humanité,

vers de la rescousse

et prophéties bibliques

tu es frère de Jonas.

Mais dans la Terre Promise

où germent les pommes d’or

et l’arbre de la connaissance

Dieu n’est jamais descendu ni ne t’a jamais maudit.

Toi si, tu maudis

heure par heure ton chant

car te voilà descendu dans les limbes

où tu respires l’absinthe

d’une survie refusée.


Le più belle poesie

si scrivono sopra le pietre

coi ginocchi piagati

e le menti aguzzate dal mistero.

Le più belle poesie si scrivono

davanti a un altare vuoto,

accerchiati da agenti

della divina follia.

Così, pazzo criminale qual sei

tu detti versi all’umanità,

i versi della riscossa

e le bibliche profezie

e sei fratello a Giona.

Ma nella Terra Promessa

dove germinano i pomi d’oro

e l’albero della conoscenza

Dio non è mai disceso né ti ha mai maledetto.

Ma tu sì, maledici

ora per ora il tuo canto

perché sei sceso nel limbo,

dove aspiri l’assenzio

di una sopravvivenza negata.


Camillo Sbarbaro – Tais-toi, âme lasse d’être heureuse


montage perso

      montage perso,       août 2013

 

Tais-toi, âme lasse d’être heureuse
et de souffrir –vers l’un et vers l’autre tu vas résignée-
J’écoute et m’arrive une voix tienne.
Pas celle des regrets pour la misérable
jeunesse, pas celle de colère ou de révolte
Pas même celle de l’ennui

Muette

Tu gis, le corps dans indifférence
Désespérée.

Nous ne serions pas surpris,
N’est-ce pas, mon âme, si maintenant
Le cœur s’arrêtait, si notre souffle
était coupé.

Au contraire nous marchons.
Et les arbres sont des arbres, les maisons
sont des maisons, et les femmes
qui passent sont des femmes, et tout est
ce qu’il est.

L’alternance de joie et de douleur
Ne nous touche pas. Elle a perdu la voix
La sirène du monde, et le monde est un grand
désert.

Dans le désert
avec des yeux secs je me regarde.

Camillo Sbarbaro


Alessandra Frison – On ne peut savoir…


Photo  Bruce Davidson - Chicago  1963

Photo Bruce Davidson – Chicago 1963

On ne peut savoir
si la course est donnée comme part
à partager
jusqu’au fond de l’enseigne
– là au fond à droite –
pour me laisser en oublier la voix
qui compense des wagons de figures
le défoulement d’une journée,
la chambre du monde à l’engorgement
de la gare Centrale
ici est l’embouchure du silence
et à la crue des heures fait suite
un exorde d’images
Milan
qui secoue la fatigue de rester
à regarder et éteindre l’ombre
pour chaque coup infligé
y vivre dedans
c’est le moindre mal.

**

Non si può sapere
se la corsa è data come parte
da spartire
fino al fondo dell’insegna
– là in fondo a destra –
per lasciarmi smemorare la voce
che compensa vagoni di facce,
lo sfogo di una giornata,
la camera del mondo all’ingorgo
della Stazione Centrale,
qui è la foce del silenzio
e segue alla piena delle ore
un esordio di immagine
Milano
che scuote la fatica dello stare
a guardare e spegnere l’ombra
per ogni colpo inferto
il viverci dentro
è il male minore.

*

*


Sotìris Pastàkas- Moi qui n’ai pas chanté


photo Gwen Coyne:  kite flying

photo Gwen Coyne: kite flying

MOI QUI N’AI PAS CHANTÉ, PAR SOTÌRIS PASTÀKAS.

texte visible, avec beaucoup d’autres  sur le site « dormira jamais »

Moi qui n’ai pas chanté
le rouge profond de la rose,
qui n’ai pas chanté
le sanglot qui a
la profondeur d’un sourire
le profil de trois-quart,
le coin caché
dans mon esprit,
les taches rouges
sur le drap de la mer
quand un vent bref soulève
une à une les rides
de mon cerveau
une à une mes propres
pertes – rideau
qui rougit
juste avant de prendre feu.
La lumière visible.
Les sens, cinq.
Les cent-cinq
habitants d’Iraklia.
Les onze mètres de la coque.
Les bières non comptées.
Les campari comptés
dans leurs reflets.
Une valise, un chapeau
et un divorce.
Encore un campari, s’il vous plait.
Un divorce
et des milliers de parapluies.
Portez-moi d’autres campari.
Je veux voir croître
ma part de martyre
autant que croît votre
plaisir ordonné.
Donnez-moi une grosse orange rouge.
Ne chante plus, tu as chanté
autant qu’il t’a été donné. Chante
les enfants qui chantent encore
à dix heures du soir, on entend
seulement leur voix
dans la cour de l’église,
dans la Semaine Sainte et encore au-delà
des hurlements de chiens errants.
Ils n’ont pas encore fini
de jouer, moi si
j’ai fini, mais pourquoi eux ne jouent-ils pas avec moi.
Un à un j’appelle les enfants
par leur prénom,
Ilìas, Aléxis, Kostì, Éghli
et pas un seul qui réponde
à ce cri. Noms sans réponse
de quelqu’un qui n’est pas devenu père.
Je n’ai pas chanté la paternité
feu d’artifice qui ne fait pas exploser
le contenu de mes couilles
la nuit, je suis un raté
quelqu’un sans munitions nuit sans feu de bengale,
feu d’artifice qui n’a pas explosé,
qui n’a pas enflammé l’obscurité,
simple lanterne rouge.
Je n’ai pas chanté le guide
je n’ai guidé personne en aucun lieu:
psychiatre raté alcoolique,
j’ai seulement suivi les étincelles
de feu qu’émettaient par les yeux
amies et amis – obligation
suprême, même si je ne l’ai pas chantée,
la vie, de la respecter
de la suivre,
de la dépasser,
de la laisser courir derrière moi,
de la laisser courir devant moi.
Elle n’a pas de lanternes la vie
elles tombent dans le plus profond abime
ceux qui en suivent les pas.
Je n’ai pas chanté les feux,
de la lanterne au phare
j’ai changé mes lumières
et même ainsi je ne vois pas mes amis
je ne vois personne:
anorexie, alcool, et insomnie.
Je vois seulement des cauchemars
devant moi: je prévois
et je ne voudrais pas ce don,
j’ai eu peur et j’ai essayé de l’étouffer,
je devine chacune de mes futures
pertes personnelles,
aucune marche en arrière dans la vie.
Il ne m’a pas été donné de chanter
la peur, ni la sortie
de la crise, je n’ai jamais écrit
qu’il était rouge ce bref vent
qui sculptait les rides
sur le drap de la mer.
Je n’ai jamais dit qu’elle était rouge
ma bouche insatiable
quand elle se posait sur sa bouche rouge.
Je n’ai pas dit qu’elles étaient rouges
les mains qui enlaçaient
son corps – je ne les ai jamais chantées.
Je n’ai jamais chanté
ses mains rouges, ses lèvres
rouges, les menstruations
qui lui coulaient de la chatte,
les stop qui s’allumaient
ici et là sur son corps ,
je n’ai pas chanté
son herpès puerpéral.
Je n’ai jamais chanté les interdits.
Seulement ceux que j’ai encaissés.
J’ai chanté mon sanglot
qui avait la profondeur d’un sourire.
J’ai chanté la joie inattendue
qui cache profondément en elle
une couleur rouge et sauvage,
le sang que j’ai craché
le plus loin possible
pour voir d’où souffle
le vent pour définir
la direction
ma prochaine destination.
Je n’ai pas écrit sur la joie.
À la fin, on ne m’a pas donné
le rouge profond de la rose
parce que je voulais devenir rose
et je ne vous l’ai pas confessé,
j’ai seulement colorer de rouge les oeufs
pour me foutre de vous. J’émettais
des cris rouges. Je buvais
des flammes rouges. Je m’habillais
de l’habit rouge du clown
pour m’amuser, pour enflammer
ma vie blafarde, RH
incertain comme mon groupe:
zéro avec un signe négatif.
Lignes blanches, lignes rouges
à la fin, pas même mon sang
vous ne pourrez m’offrir
en cas de besoin, sachez
que je serai expéditif pour vous souhaiter bonne nuit.
Les enfants n’ont pas fini
encore de jouer,
nuit rouge d’avril
qu’il finisse ici, pour moi
le poème.

Traduction Olivier Favier.

Poème extrait de Bafouiller la vie (2012), recueil inédit.

Auteur grec,   —————–et le même  texte, traduit en italien…

il profondo rosso della rosa,
che non ho cantato
il singhiozzo che ha
la profondità di un sorriso
il profilo di tre quarti,
l’angolo nascosto
nella mia mente,
le macchie rosse
sul lenzuolo del mare
quando un breve vento solleva
una a una le rughe
del mio cervello
una a una le mie proprie
perdite – tenda
che arrosisce
l’istante prima di prender fuoco.
La luce visibile.
I sensi, cinque.
I centocinque
abitanti di Iràklia.
Gli undici metri dello scafo.
Le birre non contate.
I campari contati
nei loro riflessi.
Una valigia, un cappello
e un divorzio.
Ancora un campari, per favore.
Un divorzio
e migliaia di ombrelli.
Portatemi altri campari.
Voglio veder crescere
la mia parte di martirio
tanto quanto cresce il vostro
ordinato piacere.
Datemi una grossa arancia rossa.
Non cantare più, hai cantato
quanto ti è stato dato. Canta
i bambini che ancora giocano
alle dieci di sera, si sente
solo la loro voce
nel cortile della chiesa,
nella Settimana Santa e ancora oltre
i latrati dei cani randagi.
Non hanno ancora finito
di giocare, io sì
ho finito, ma perché loro non giocano con me.
Uno a uno chiamo i bambini
per nome,
Ilìas, Aléxis, Kostì, Éghli
e nemmeno uno che risponda
al grido. Nomi senza risposta
di uno che non è diventato padre.
Non ho cantato la paternità
fuoco d’artificio che non fa scoppiare
il contenuto dei miei coglioni
di notte, sono un mancato
uno senza munizioni notte senza bengala,
fuoco d’artificio che non è scoppiato,
che non ha infiammato l’oscurità,
semplice fanalino rosso.
Non ho cantato la guida,
non ho guidato nessuno in nessun luogo:
psichiatra mancato alcolista,
ho solo seguito le scintille
di fuoco che emettevano dagli occhi
amiche e amici – obbligo
supremo, anche se non l’ho cantata,
la vita, di rispettarla
di seguirla,
di sorpassarla,
di lasciarla correre dietro a me,
di lasciarla correre davanti a me.
Non ne ha di fanali la vita
cadono nel più profondo abisso
quelli che ne seguono i passi.
Non ho cantato i fanali,
dal fanalino al faro
ho cambiato le mie luci
e anche così non vedo i miei amici
non vedo nessuno:
anoressia, alcol, e insonnia.
Vedo unicamente incubi
davanti a me: prevedo
e non vorrei questo dono,
ho avuto paura e ho provato a soffocarlo,
indovino di ogni mia personale
perdita futura,
nessuna marcia indietro nella vita.
Non mi è stato dato di cantare
la paura, né l’uscita
dalla crisi, non ho mai scritto
che era rosso quel breve vento
che scolpiva le rughe
sul lenzuolo del mare.
Non ho mai detto che era rossa
la mia bocca insaziabile
quando si posava sulla sua bocca rossa.
Non ho mai detto che erano rosse
le mani che abbracciavano
il suo corpo – non le ho mai cantate.
Non ho mai cantato
le sue mani rosse, le sue labbra
rosse, le mestruazioni
che le colavano dalla fica,
gli stop che s’accendevano
qua e là sul suo corpo,
non ho cantato
il suo herpes porpora.
Non ho mai cantato i divieti.
Solo quelli che ho incassato.
Ho cantato il mio singhiozzo
che aveva la profondità d’un sorriso.
Ho cantato la gioia inaspettata
che profondamente nasconde in lei
un colore rosso e selvaggio,
il sangue che ho sputato
più lontano che potevo
per vedere da dove soffia
il vento per definire
la direzione
la mia prossima destinazione.
Non ho scritto della gioia.
Alla fine, non mi è stato dato
il profondo rosso della rosa
perché volevo diventare rosa
e non ve l’ho confessato,
ho solo colorato di rosso le uova
per sfottervi. Emettevo
grida rosse. Bevevo
fiamme rosse. Mi vestivo
col vestito rosso da clown
per divertirvi, per infiammare
la mia vita scialba, RH
incerto come il mio gruppo:
zero con un segno negativo.
Righe bianche, righe rosse
alla fine, neanche il mio sangue
mi potrete offrire
in caso di bisogno, sappiate
che sarò sbrigativo nel darvi la buonanotte.
I bambini non hanno finito
ancora di giocare,
notte rossa d’aprile
che finisca qui, per me
la poesia.

Traduzione di Massimiliano Damaggio.

Da Inciampare nella gioia (2012)

 

 


Alda Merini – Ma poésie est vive comme le feu


peinture perso "jeune" - et sans doute bien aidé, à l'age de 5 ans je crois

peinture perso « jeune »  – et sans doute bien aidé,         –  à l’age de 5 ans , je crois

Ma poésie est vive comme le feu,
elle glisse entre mes doigts comme un rosaire.
Je ne prie pas, car je suis un poète de la disgrâce
qui tait parfois le travail d’une naissance d’entre les heures,
je suis le poète qui crie et joue avec ses cris,
je suis le poète qui chante et ne trouve pas ses mots,
je suis la paille sèche où vient battre le son,
je suis la berceuse qui fait pleurer les enfants,
je suis la vanité qui se laisse chuter,
le manteau de métal d’une longue prière
d’un vieux deuil du passé et qui est sans lumière.

Alda Merini, La volpe e il sipario, Girardi, 1997,             Traduction de Martin Rueff


Claudia Serea – J’écris pour des fantômes


peinture: Natalia Goncharova piliers de sel

peinture: Natalia Gonchavora: piliers  de sel

 

I write for ghosts

I write for you, old women
who sit at the gates, spin yarn
and knit socks for the dead.

My every gesture is mirrored
by a thousand hands.

I carry these faces inside me,
on my back,
on my feet.

The ghosts don’t let me sleep.

They gather on windowsills and roofs,
in the moon’s breath,

and chat
with chattering teeth.

I write for my father
who still hangs on in Skype,

to reach him,
fill the gap with words.

Hang on, Daddy, hang on.
Here’s a rope ladder.

Here are the words, Daddy.

Here’s the blood,
the new heart,
the straw.

—   ( ma traduction )

————–

 

J’écris pour des fantômes

J’écris pour vous, les femmes âgées

qui sont assises aux seuils de portes,

à faire tourner le fil

et tricoter des chaussettes pour les morts.

Chaque geste est reflété

par mille mains.

Je porte ces visages à l’intérieur de moi,

sur mon dos,

sur mes pieds.

Les fantômes ne me laissaient pas dormir.

Ils se rassemblent sur les appuis de fenêtre et les toits,

dans le souffle de la lune,

et discutent

en claquant des dents.

J’écris pour mon père

qui est encore pendu à Skype,

pour l’atteindre,

combler l’écart avec les mots.

Accroche-toi, papa, accroche-toi

Voici une échelle de corde.

Voici les mots, papa.

Voici le sang,

le nouveau cœur,

la paille.

la version roumaine:

Scriu pentru stafii

Scriu pentru voi, femei batrane
ce stati la porti, toarceti
si impletiti ciorapi pentru morti.

Fiecare gest mi-e oglindit
de o mie de maini.

Port aceste fete in mine,
pe picioare,
in spate.

Stafiile nu ma lasa sa dorm.

Se strang pe pervazuri si acoperisuri,
in rasuflarea lunii,

si palavragesc
clantanind din dinti.

Scriu pentru tatal meu
ce inca asteapta pe Skype,

sa ajung la el, sa umplu
golul cu cuvinte.

Stai asa, tata, asteapta-ma,
uite scara de franghie.

Uite cuvintele, tata.

Uite sangele
si-o inima noua,

si-un pai
de care sa te agati.

—_____________________________________
Claudia Serea est une poétesse  roumaine,  qui a immigré  aux  USA  en 1995 U.S.    elle  est l’auteur  de  l’éternité de l’orthographe (Finishing Line Press, 2007)


Emanuel Carnevali – Rencontre


peinture perso  étude  de nu  1977

peinture perso           étude de nu         1977

Rencontre

Petite dame grise, dans le froid assise au bord de la route, mon feu ne veut pas te brûler, il devrait te chauffer.
Petite dame grise, bien au chaud dans ta grise maisonnette, ta chaleur devrait délier ma langue
et mes bras gelés, et non point m’assoupir.


Salvatore Quasimodo – Chevaux de la lune et des volcans


peinture: Giorgio de Chirico 1928

CHEVAUX DE LA LUNE ET DES VOLCANS
à ma fille

Îles que j’ai habitées
vertes sur des mers immobiles.

D’algues sèches et de fossiles marins
les plages où galopent fous d’amour
les chevaux de la lune et des volcans.

Au moment des secousses,
les feuilles, les grues assaillent l’air :
dans la lumière des alluvions
brillent des ciels chargés ouverts aux astres ;

les colombes s’envolent
des épaules nues des enfants.

Ici finit la terre :
avec de la sueur et du sang
je me construis une prison.

Pour toi je devrais me jeter
aux pieds des puissants,
adoucir mon cœur de brigand.

Mais traqué par les hommes
je suis encore en plein dans l’éclair,
enfant aux mains ouvertes,
aux rives des arbres et des fleuves :

ici l’anatomie féconde de l’oranger grec

pour les noces des dieux.

CAVALLI DI LUNA E DI VULCANI


al la figlia

Isole che ho abitato
verdi su mari immobili.

D’alghe arse, di fossili marini
le spiagge ove corrono in amore
cavalli di luna e di vulcani.

Nel tempo delle frane,
le foglie, le gru assalgono l’aria :
in lume d’alluvione splendono
cieli densi aperti agli stellati ;

le colombe volano
dalle spalle nude dei fanciulli.

Qui finita è la terra :
con fatica e con sangue
mi faccio una prigione.

Per te dovrò gettarmi
ai piedi dei potenti,
addolcire il mio cuore di predone.

Ma cacciato dagli uomini,
nel fulmine di luce ancora giaccio
infante a mani aperte,
a rive d’alberi e fiumi:

ivi la latomia d’arancio greco
feconda per gli imenei dei numi.