voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Conte soufi – La cithare du bonheur


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C’était un homme droit et sincère
qui cherchait le chemin du bonheur,
qui cherchait le chemin de la vérité.
Il alla un jour trouver un  vénérable maître soufi
dont on lui avait assuré qu’il pourrait les lui indiquer.

Celui-ci l’accueillit aimablement devant sa tente et,

après lui avoir servi le thé à la menthe,
lui révéla l’itinéraire tant attendu :
« C’est loin d’ici, certes, mais tu ne peux te tromper :
au cœur du village que je t’ai décrit,
tu trouveras trois échoppes.
Là te sera révélé le secret du bonheur et de la vérité. »

 

La route fut longue.
Le chercheur d’absolu passa maints cols et rivières.
Jusqu’à ce qu’il arrive en vue du village dont son
cœur lui dit très fort :
« C’est là le lieu ! Oui, c’est là ! »

Hélas ! Dans chacune des trois boutiques
il ne trouva comme marchandises
que rouleaux de fils de fer dans l’une,
morceaux de bois dans l’autre et pièces éparses de métal dans le troisième.

Las et découragé,
il sortit du village pour trouver quelque repos
dans une clairière voisine.

La nuit venait de tomber.
La lune remplissait la clairière d’une douce lumière.
Lorsque tout à coup se fit entendre une mélodie
sublime.

De quel instrument provenait-elle donc ?
Il se dressa tout net et avança en direction du musicien.
Lorsque, stupéfaction,

il découvrit que l’instrument céleste
était une cithare faite de morceaux de bois, des pièces de métal
et des fils d’acier qu’il venait de
voir en vente dans les trois échoppes du village.

A cet instant, il connut l’éveil.
Et il comprit que le bonheur est fait de la synthèse
de tout ce qui nous est déjà donné,
mais que notre
tâche d’hommes intérieurs
est d’assembler tous ces éléments dans l’harmonie.

 

Conte soufi.

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Thomas Transtörmer – Les pierres


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Les pierres que nous avons jetées,
je les entends
tomber, cristallines,
à travers les années.
Les actes  incohérents de l’instant
volent dans la vallée en glapissant
d’une cime d’arbre
à une autre,
s’apaisent
dans un air plus rare
que celui du présent,
glissent,  telles des hirondelles
du sommet d’une montagne à l’autre,

jusqu’à ce qu’elles atteignent
les derniers hauts plateaux

à la frontière de l’existence.
Où nos actions ne retombent
cristallines

sur d’autres fonds
que les nôtres.
17 Poèmes 1954


Le temps est une île, le temple est sur l’île – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "printemps été automne hiver... et printemps"

 

Le temps est un île
dérivant sur le lac .
Jamais elle ne heurte les bords .
Grenouilles et serpents
fréquentent eaux et roches
sous le regard étonné de l’enfant      solitaire,
recueilli par un moine.

Le temple est sur l’île .
         La barque est le lien nécessaire
qui le rattache au monde .
         On y pénètre par une porte fictive .
Derrière laquelle se jouent passion et cruauté ,
échappée trompeuse sur la liberté,
         une pierre attachée aux pieds .

Les choses se répètent
de générations en générations ;
                        les fantômes glissent
lentement dans un rideau de brume.
Ou bien apparaissent dans un trou d’eau
quand le gel pétrifie la surface
et les branches dégarnies des arbres .

Les saisons se succèdent,
comme il se doit.
Les rides se creusent sur les visages.
Le printemps revient :
         c’est un rite immuable
inscrit dans les choses,
et dans la pierre que l’on porte,   encore .


RC – juin 2017

( en rapport avec le film printemps été automne hiver … et printemps ) de Kim Ki-duk )


Marcel Proust – dans le désert réel du silence sans fin .


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montage perso   2009

 

Après avoir entrevu ainsi une oasis imaginaire de tendresse,

il se retrouvait piétinant dans le désert réel du silence sans fin. 

 
Marcel Proust, Le Côté de Guermantes

 


Pierre Reverdy – Mémoire


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Une minute à peine
Et je suis revenu
De tout ce qui passait je n’ai rien retenu
Un point
Le ciel grandi
Et au dernier moment
La lanterne qui passe
Le pas que l’on entend
Quelqu’un s’arrête entre tout ce qui marche
On laisse aller le monde
Et ce qu’il y a dedans
Les lumières qui dansent
Et l’ombre qui s’étend
Il y a plus d’espace
En regardant devant
Une cage où bondit un animal vivant
La poitrine et les bras faisaient le même geste
Une femme riait
En renversant la tête
Et celui qui venait nous avait confondus
Nous étions tous les trois sans nous connaître
Et nous formions déjà
Un monde plein d’espoir

Pierre Reverdy

 

Les ardoises du toit,
: La plupart du temps (coll. Poésie/Gallimard, 1989)


Un dessin qui n’a peut-être même pas existé – ( RC )


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Mon dessin a suivi son chemin:
il n’avait pas le tracé sinueux
des racines, en travers du chemin,
pas l’épaisseur du trait repoussant
les obstacles,           comme mes bottes
dans l’épaisse  couche  de neige.
Je me suis  demandé  comment  il avait commencé.
Je l’ai senti avant de le voir,
avant qu’il apparaisse  sous la mine.
C’était peut-être une opération mentale.
Elle  aurait donné de résultats  semblables,
si j’avais poursuivi la ligne,
les yeux clos.
On pouvait  voir une  ressemblance  
avec quelque chose  de connu, bien que
on n’en soit pas sûr.
Le chat a marché dessus, il n’y a vu aucun sens,
rien qui ne le trompe au point qu’il s’arrête.
C’est juste une interprétation du visible,
une musique  en devenir, et l’esprit
en suit les indices,
comme  si on cherchait la solution
à une  énigme.
L’espace  a continué de se feuilleter , en pages
glacées, un coup de vent  a retourné  la feuille.
                           On ne  voit plus rien.
Peut-être même  qu’il n’a jamais  existé.


RC –  oct  2016


Erwann Rougé – L’heure la plus étrange


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L’heure la plus étrange est cinq heures
et cette insupportable odeur de marée verte

Entre deux soulèvements de sable
une femme  chancelle   en riant

Elle a les yeux cendres  elle ment
C’est plus fort  les yeux   elle ment

Elle dit  regarder un ange
On dit cela au vent   à la cruauté du vent

Dans cette absurde odeur de marée basse
Il y a toujours une poussière

une légèreté de mort
qui vous pénètre l’oeil

 

in « Paul les oiseaux »

 

in  » Paul les oiseaux »

Bernat Manciet – Braises ma peau


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Braises ma peau —mais une âme de gel

forte ma foi —-  je n’ai plus rien à croire
bon œil —             ma vue se refroidit
l’hiver me brûle et le printemps m’est fade

coffre solide —     mais ne soit plus de brise
de chêne cœur —       je suis las du certain
aimer me tient —    l’amour me reste tiède
prière suis —     mais demander me déplaît

Partir je veux —     mais je sais tous sentiers
j’ai soif de pluie —et toute pluie m’est cendres
faim de mouton —toute chair me répugne

le soir s’éteint —pouvoir n’être personne!
l’aube va naître —et je cherche l’obscur
la nuit rayonne et ta lumière est morte


Cécile Sauvage – Le vallon


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dessin perso  RC

 
Le cœur tremblant, la joue en feu, 
J’emporte dans mes cheveux 
Tes lèvres encore tièdes.
Tes baisers restent suspendus 
Sur mon front et mes bras nus 
Comme des papillons humides. 
Je garde aussi ton bras d’amant, 
Autoritaire enlacement, 
Comme une ceinture à ma taille.

Cécile Sauvage.


Pentthi Holappa – parfum de fumée


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montage perso –

 

 

Parole de ruine

 

Je veux venir près de toi.

Je ne trouve vrais ni la pierre, ni le monde ni les distances.

Le coup d’aile d’un oiseau dans le ciel de grand gel dure

aussi longtemps que la ville aux murs coulés de béton

Il m’a fallu me briser avant de perdre mes illusions.

Aujourd’hui,
je suis certain que tes cellules m’entendent
quand je parle la langue aux mille sens des ruines
en moi-même,
mais rien que pour toi en vérité.

 

Parfum de fumée (1987)


Fouad el Etr – Si elle pense


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Montage perso 2011

 

Si elle pense je l’entends
Si elle bouge mon cœur bat
Si elle rêve j’apparais

Si je bois elle s’enivre
Quand elle est là j’ai soif
Et faim et je suis ivre .


Xavier Grall – Solo


 

 

 

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photo perso  . Le Méné-Bré   2011

 

Seigneur me voici c’est moi
Je viens de petite Bretagne
Mon havresac est lourd de rimes
De chagrins et de larmes
J’ai marché
Jusqu’à votre grand pays
Ce fut ma foi un long voyage
Trouvère
J’ai marché par les villes
Et les bourgades
François Villon
Dormait dans une auberge
A Montfaucon
Dans les Ardennes des corbeaux
Et des hêtres
Rimbaud interpellait les écluses
Les canaux et les fleuves
Verlaine pleurait comme une veuve
Dans un bistrot de Lorraine
Seigneur me voici c’est moi
De Bretagne suis
Ma maison est à Botzulan
Mes enfants mon épouse y résident
Mon chien mes deux cyprès
Y ont demeurance
M’accorderez-vous leur recouvrance ?
Seigneur mettez vos doigts
Dans mes poumons pourris
J’ai froid je suis exténué
O mon corps blanc tout ex-voté
J’ai marché
Les grands chemins chantaient dans les chapelles
Les saints dansaient dans les prairies
Parmi les chênes erraient les calvaires
O les pardons populaires
O ma patrie J’ai marché
J’ai marché sur des terres bleues
Et pèlerines
J’ai croisé les albatros
Et les grives
Mais je ne saurais dire
Jusques aux cieux
L’exaltation des oiseaux
Tant mes mots dérivent
Et tant je suis malheureux
Seigneur me voici c’est moi
Je viens à vous malade et nu
J’ai fermé tout livre
Et tout poème
Afin que ne surgisse
De mon esprit …./

 

( début du long poème  « Solo »…  ed Calligrammes )


Des mains sur le fauteuil – ( RC )


sculpture: Urs Fischer  – 2015

 

Sur un fauteuil style Louis XVI
sorti de chez l’antiquaire
il y a les mains de ma mère
( qui auraient pu préférer les chaises ) ….
        Pour être plus précis dans le décor,
celui-ci n’a rien de spécial,
mais quand même, c’est pas normal…
il y a juste les mains, pas le corps .

        Il existe peut-être,
mais dans l’au-delà :
– en tout cas on ne le voit pas – :
ça a l’allure d’un spectre
qui voudrait se faire inviter
pour partager le dessert
avec mon frère
à l’heure du thé :

        C’est une sorte d’ambassadrice ,
qui ne s’encombre pas d’apparence
et joue sur la transparence ,
( sauf pour ses mains lisses )
       Elles n’ont rien de squelettiques ,
pleines de jeunesse,
elles sont d’une tendresse
bien énigmatique….

       Ces mains , d’une autre époque
se posent doucement ,
plutôt affecteusement ,
quand c’est le « five o’clock » ;
–  toujours avec exactitude  – ,
avant bientôt, de s’évanouir
comme un tendre souvenir
( un rendez-vous quotidien,       dont j’ai pris l’habitude ).


RC – juill 2017


Richard Brautigan – les choses s’incurvent


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Les choses s’incurvent lentement hors de vue
jusqu’à disparaître tout à fait.

Après ne reste plus
que la courbe.

 


Madeleine de l’Aubespine – Du miroir


un  texte  d’une  auteure de la Renaissance ( en conservant l’orthographe ancienne )

 

Résultat de recherche d'images pour "madeleine de l'aubespine miroir"

 

DU MIROUER

Aussy bien qu’en la terre basse,
Au ciel la jalousie a place,
Et saisist quelque fois les dieux
Ce mirouer en rend tesmoignage,
Rompu par la jalouse rage
D’un dieu de son aise envieux.
Ce dieu, plain d’amoureuse flame,
Portoit vos beautes dedans l’ame,
Pour vous souspiroit nuict et jour,
Et bouilloit d’ardeur immortelle.
Mais vous, desdaigneuse et rebelle,
Ne faisiez cas de son amour.
Il avoit beau faire sa plainte:
Jamais vous n’en estiez attainte,
Vous n’aimiez que vous seullement,
A tous vostre oreille estoit close.
Ha! Non, vous aimiez quelque chose:
Ce miroir estoit vostre amant.

 

Résultat de recherche d'images pour "miroir castafiore"

peinture: Roy Lichtenstein

 

et sa traduction en english

 

-ON THE MIRROR OF M.D.L.B.
Just as upon the lowly ground,
So is envy in heaven found,
And sometimes seizes the gods.
This mirror witnesses its trace,
Cracked in a fit of jealous rage
By a god envious of its joys.
That god, filled with the flame of love,
Carried your beauties in his soul,
Sighed after you all day and night,
And seethed with immortal ardor.
But you, rebellious, full of scorn,
You cared for his love not at all.
In vain did he make his complaint:
By it you never were attained,
You loved yourself, yourself alone.
Your ear was closed to everyone.
Ah! No, you loved one thing besides:
This mirror was your only love.

 

Résultat de recherche d'images pour "madeleine de l'aubespine miroir"


Jacques Borel – la trace


Résultat de recherche d'images pour "trace mur"

 

LA TRACE

 

À qui veux-tu parler ?

Les trottoirs sont déserts,

Un petit soleil mort

Ou le crachat d’hier

Se sèche sur le mur.

O veine de mica,

Tesson, mucus, paupière,

Trace d’une lueur

Absorbée par la pierre,

Ne t’éteins pas encore,

Reste d’un geste humain

Ou souvenir du jour,

Illumine ce peu

D’espace consolable

Où ma vie comme un poing

Serre ses derniers rêves  .

 

extrait de  « sur les murs du temps »


Mike Stern – la marche du danseur


spectacle de Lucinda Childs

 

 

La marche du danseur
J’adore voir un danseur marcher
sur une surface ordinaire
hors scène et hors service
Gracieux même quand il pousse un caddy
le corps spontanément
devient si détendu si léger
que la pesante loi de gravité
semble n’être qu’une rumeur
La terre tourne sous les pieds du danseur
La lune et autres satellites
ajustent leurs orbites
Tout cherche sa place de nuit
Le danseur, de retour chez lui,
coupe des tomates en tranches et fait frire des oignons
debout dans la cuisine
comme un héron faisant une pause entre le rivage
et le soleil couchant.

 


Un corps à l’épreuve – ( RC )


 

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Montage perso 2016

 

Il y a quelque chose du désert,
là où tout s’arrête,
et même la mer,
coupée en deux,
se dresse, immobilisée.

Passé par le chas des ténèbres,
le corps reste extérieur,
une paroi invisible se tend
entre les espaces ;
Je n’arrive pas à les franchir .

Est-ce un astre noir,
qui absorbe la nuit entière,
et la défait ?
Le monde s’est échoué
à portée de main .

Mais c’est encore trop loin :
mes bras ont beau s’étendre ,
ils ne touchent rien.
Comme la parole dite : elle
se fige sur place, même avec un porte-voix .


RC – juin  2017

 

incitation:  une  création d’ Anna Jouy


Anna Jouy – J’écoute le point du jour


 

 

 

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montage perso  – 2014

 

je me suis couchée dans le bleu , je me lève aux oranges. ma jupe est rayée d’avions mon corsage est nu, il y a un coeur qui s’y lave
la nuit est un sucre à la fonte, la mienne fait des gouttes d’oiseaux. il faut une fenêtre pour avancer et tu fabriques de si belles trouées
tu délivres les gens de ma sorte, tu m’affranchis
c’est l’heure de laisser couler les mites du rêve
j’écoute le point du jour comme un doigt au milieu du thorax
c’est de lui que je m’habille, comme un ongle qui saigne et me désigne.


Charles Bukowski – Oiseau bleu


oiseau  détouré.jpg

 

Il y a un oiseau bleu dans mon coeur
qui veut sortir
Mais je suis trop dur pour lui,
Je lui dis, reste là-bas, je ne vais
te laisser voir par personne .
.

Il y a un oiseau bleu dans mon coeur
qui veut sortir
Mais je verse du whisky sur lui et inspire
de la fumée de cigarette
Et les prostituées, les barmans
Et les employés de l’épicerie
Ne  sauront jamais
qu’il est
Là-dedans.
Il y a un oiseau bleu dans mon coeur
qui veut sortir
Mais je suis trop dur pour lui,
Je dis,
Reste tranquille, tu veux me gâcher la vie ?
Tu veux détruire mon travail ?
Tu veux casser mes ventes de livres
en Europe ?

Il y a un oiseau bleu dans mon coeur
qui veut sortir
Mais je suis trop malin, je ne le laisse sortir .
Que seulement la nuit
Quand tout le monde est endormi.
Je dis, je sais que tu es là,
Alors ne sois pas
triste.
Alors je l’ai rappelé,
Mais il chante un peu
Là, je ne l’ai pas tout à fait laissé
mourir
Et nous dormons ensemble comme
çà
avec notre
pacte secret
Et c’est suffisamment bien pour
faire pleurer un homme ,

mais je ne pleure pas … ,
et vous ?

 

oiseau bleu - C Biukowski.jpg

tentative  de traduction ( RC )  –  écouter  dans la langue originelle


Alain Roussel – la dérive du Verbe


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gravure: extraite du livre des  « Histoires véritables de Lucien de Samosate »
« Cela appelle, je ne sais pas d’où mais cela appelle, d’une voix sourde, lointaine, masquée, c’est peut-être une rumeur qui vient de l’océan, ramenée par les vagues sur ce rivage désert où je me tiens en alerte, sur le qui-vive et comme habité par la houle, une certaine façon de tanguer dans la langue et même un certain goût pour le naufrage, j’aime à imaginer que je dois ma survie à cette chose précaire et fragile, un morceau de bois déchiqueté, un mot brisé auquel je m’accroche dans la tempête, m’abandonnant ainsi à la dérive du Verbe comme il vient, balloté, emporté par la phrase…« 
Alain Roussel

Astrid Waliszek – clac


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visuel:  Omer Parent

tes veines, vivantes et bleues dansent une sarabande effrénée
sur le dessus de ta main. La terre tremble, dis-tu.

à bousculer les nuages à chercher la chaleur
nous avons oublié l’heure celle de l’au revoir
– non, pas adieu   et voilà, c’est ici,
c’est maintenant couvre-toi,
ne prends pas froid tu ne reviendras pas,
c’est là c’est maintenant qu’il faut partir

les nuages se disséminent un froid soleil pâle se lève,
une portière de voiture claque
c’est un adieu, nous le savons tous deux
des pas résonnent sur le pavé rien n’a changé,
rien ne change jamais des portes se ferment,
d’autres s’ouvrent s’en va,
s’en vient l’amour – la ville dort

 

12 février 2012


Le vitrail rouge – ( RC )


 

Vitrail: Marc Chagall

 

Il y a un mur, entre moi et la lumière.
Ce mur a beau être de verre,
à chaque fois, il s’obscurcit,
au sang des cœurs trahis.

C’est une fontaine vermeille.
Elle joue avec le soleil,
mais les oiseaux sont englués
à travers le vitrail ensanglanté .

C’est une lave de couleur ,
qui traduit la douleur,
contrepoint de surfaces grises ,
qui , peu à peu envahit l’église .

Un amour sans fin était promis ;
il faut croire qu’il a péri .
Il se suffira pas de quelques prières,
pour le revoir de sitôt sur la terre .


RC – nov 2016

 

( en rapport  avec le texte  de  Mokhtar El Amraoui, visible sur son blog )


Raimond Cazaux – Flipper


Brom brom iiii pog vrom
Rumeurs rumeurs rumeurs…
Game over points 10 50 100
OUAAH!
Umm un flipper
Bornp chtac
OUAAH scratch bomp chtac
outch humpf
Omaank
slapt crash bump Chlaf
hé Nacki AAAA crash pffft
Libre, seul
Vroraaa
Nous aussi, nous aussi
VROUM.

 

Raimond CAZAUX « L’Œil à facettes »


Gisela Hemau – préparatifs


https://www.elandarts.com/img/2016/04/DLM-142-Couverture.jpg

estampe: Raoul Ubac

Nous prendrons soin de tout ce qui nous manque, l’ébrieté de l’eau,
l’ensevelissement des ombres sous nos corps,
les actes de naissance et de mort piles en fond de coquillage.

Puis nous repartirons ensemble,
Ulysse en houle de premier sillage, haletant
pour que la gorge, trop longtemps coincée, redevienne sauvage.