voir l'art autrement – en relation avec les textes

peinture

Des grands serpents au jardin étoilé – ( RC )


Van Gogh – la nuit  étoilée

 

 

Du jardin étoilé
c’était un toit
pesant son poids
de ciel d’été
de plusieurs atmosphères :
            un vide abyssal
parcouru de mistral
qu’une fausse lune éclaire,
les nuées se déroulant furieuses ,
loin du village immobile ,
– et les fers du campanile – 
vallée ténébreuse
à la tranquilité factice
pourtant inquiète et raide
comme Le Greco peignant Tolède
au bord du précipice .
Des cyprès sont des flammes noires,
que l’on entendrait crépiter
défiant la réalité
d’un paysage expiatoire.
             Celui-ci n’est pas décrit
             avec exactitude ,
car la solitude
de Vincent            est un cri
emportant tout sur son passage :
         une nuit profanatrice
jetant ses feux d’artifice
juste avant l’orage
et qu’elle ne vrille
de ses grands serpents
un ciel devenu dément
au-dessus des Alpilles .


RC – juill 2017

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Jean Cuttat – amour de l’art


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image John Nolan – hommage à Matisse et Lichtenstein

 

 

Amour de l’art

Je n’aime pas les épinards.
J’aime les nectars, les pinards,
mais j’adore ton épine, Art,
ton fard, ton nard, ton coup de barre.

Jean CUTTAT « A quatre épingles »


Adeline Baldacchino – Déjetée


Image 609.jpg

peinture: John Sloane

 

 

extrait  d’un titre de son blog poétique, sur tumblr

Ainsi donc la douceur aussi n’était qu’un mirage, juste avant ce bruit de collision contre le beau mur étroit du silence, ajointé dans la nuit dans l’aube au soleil par tous les temps. Je cherchais l’aigle encore et le serpent, Zarathoustra qui détourne le regard. Ainsi donc indifférente elle était mais vivante la mer. Et ce n’était rien pourtant qu’un peu de murmure à la surface du temps, les cuisses déjetées du monde ouvertes sur la matière des chants qui ne transmutent plus rien. Le vent répétait des caresses d’ombre sans chair, défaisait les faux miracles de la parole recommencée. Ne plus dormir, juste regarder glisser dans l’éternel instant, dur et lumineux, l’écart insistant du désir au monde. Le cœur y loge tout entier souverain fragile et nu, puissant qui ne sait plus
                                                                                    rien.


Le bestiaire – ( RC )


P1310617.jpg

Tu ne les as jamais vus
mais tu t’en fais une idée
à ce qu’on t’a colporté :
        Ils ont tendance, à leur insu
à se cristalliser
pour prendre consistance,
se construire une existence,
et se matérialiser.

Ce sont des récits épiques
avec des animaux hors norme
aux curieuses formes :
          des bêtes fantastiques…
que l’on dessine
et dont aucun dictionnaire
ne comporte d’exemplaire ,
               car tu l’imagines

aussi bien que je te vois :
un griffon sanguinaire ,
un aigle t’emportant dans ses serres,
des reptiles à trente doigts …
             Ils sèment l’inquiétude
dans les récits bibliques ,
( sans précision anatomique
ni grande exactitude ) .

Autun Cathedral Choir Capital - The First Temptation of Christ 12265096776.jpg

 

 

Cela remonte au plus profond des âges :
ce dragon a une mauvaise haleine   :
          compter neuf têtes à l’hydre de Lerne :
les légendes demeurent et voyagent .
Et si on parle d’animal,
on voit dans les fresques comme à travers le temps :
               ainsi ces figures d’éléphants
de l’armée d’Hannibal .

Ils nous semblent bien bizarres,
eux qu’on trouve sculptés dans les chapiteaux ,
par rapport à ceux qu’on voit en photo :
                l’imaginaire nourrissant l’art.
La comparaison n’est pas de mise :
Si on les reconnait pourtant
c’est bien que des éléments
rappelent leur présence grise…

Ce n’est pas un corps de libellule ,
et de grands yeux étonnés
côtoient une trompe ressemblant davantage à un nez
avec des oreilles minuscules .
               Les hommes les représentant
ne l’ont fait           que par ouï-dire
un vague récit pour les décrire ;
un souvenir persistant

de légendes terribles :
de ces récits rapportés,
                il a suffi de les interpréter
et de les rendre plus visibles
( et donc plus concrets
dans leur apparence ):
de quoi nourrir les croyances,
les faisant passer pour des faits .

Toutes les variations étant permises ,
il n’est pas étonnant que l’imaginaire
abonde dans le bestiaire ,
et qu’on l’utilise
souvent dans la religion :
               la bête,          opposée à l’humain
( et à plus forte raison aux saints )
est objet de suspiscions

et de hantise
pour l’inconscient collectif ,
             voila donc le motif
qui les place en dehors de l’église
souvent agressifs
et symboles de terreur ,
beaucoup plus rares à l’intérieur.
Des moutons, et autres inoffensifs

accompagnent les humains .
Ce sont des animaux domestiques
beaucoup plus pacifiques
qui occupent le terrain
            Pas de vautours
ni oiseaux de proie
autour de la croix
ce serait plutôt basse-cour.

On voit bien , avec les rois mages
             l’âne et le boeuf,
avec un petit Jésus ( tout neuf ),
réunis pour une belle image
             comme une photo de groupe
par contre pas de loup , ni de renard :
ce n’est pas pas hasard
qu’ils ne sont pas dans la troupe !

Il fallait bien faire une sélection :
on ne pouvait pas rassembler tout le monde
à des kilomètres à la ronde :
            ne sont venus à la réunion
que les animaux familiers
qui accompagnent
les paysans de nos campagnes
( pas les fourmiliers

ni les dromadaires
pourtant sympathiques ):
          les exotiques
du bout de la terre
pouvant rester chez eux ,
car ceux des tropiques
ne correspondent pas à la symbolique
décidée par les dieux

et puis de toute façon
on a beau faire des prouesses,
on ne peut y mettre toutes les espèces :
        —- il y en a à foison  !
– on a choisi les plus communs
>          les résultats de cette élection
mènent bien à une discrimination:
on en prend       quelques uns

que chacun peut identifier :
               entre les allégoriques
            les fantastiques,
        les carnassiers
    et herbivores,
il y a abondance
et même concurrence :
          une vision multicolore

A l’instar des papillons ,
on pourrait en dresser un catalogue ;
           ce ne sont pas nos homologues
– il y en a des millions –
les bêtes des antipodes
ou des profondeurs
ont aussi leurs admirateurs
( comme les scarabées et gastéropodes ) .

RC – juin 2017

 

Elephant and Castle (Fresco in San Baudelio, Spain) - Art mozarabe — Wikipédia

 

 

 

 

 


Marina Tsvetaiëva – combien de tristesse noire gronde sous mes cheveux clairs


Résultat de recherche d'images pour "tsvetaeva"

 

Si vous saviez, passants, attirés
Par d’autres regards charmants
Que le mien, que de feu j’ai brûlé,
Que de vie j’ai vécu pour rien,

Que d’ardeur, que de fougue donnée
Pour une ombre soudaine ou un bruit…
Et mon cœur, vainement enflammé,
Dépeuplé, retombant en cendres.

ô, les trains s’envolant dans la nuit
Qui emportent nos rêves de gare…
Sauriez-vous tout cela, même alors,
Je le sais, vous ne pourriez savoir

Pourquoi ma parole est si brusque
Dans l’éternelle fumée de cigarette
Et combien de tristesse noire
Gronde sous mes cheveux clairs.
Koktebel, 17 mai 1913


Guy Goffette – Famine


Certains dimanches d’été, le ciel descend sur terre et tire au cordeau des routes pour les familles sans auto, les chevaux sans maître, les filles gommées des calepins.Sans bouger, chacun voyage à son rythme dans un pays rendu d’avance, jusqu’à ce que, le soir tombant, il faille se lever, rentrer le banc qui fraîchit, passer la barrière, le seuil, le jeu des ombres, son propre corps et retrouver enfin son visage dans la glace comme cette toile depuis des siècles dans la chambre du peintre.
Le comptable a fermé le dernier guichet tiré la grille et peut-être un instant pensé à devenir voleur,  à céder au poids de la clé brûlante dans la poche tandis que le soleil aux plis de sa nuque verse la rouille des jours perdus à supputer la chance d’une fenêtre dans ces visages minés  à contre-jour par la pioche infatigable du temps

Les villages de schiste sombre et froid laissent courir aussi des filles aux lèvres peintes et souvent le poing des vieux laboureurs s’écrase sur la table de l’unique bistrot élargissant d’un coup l’espace de l’attente où la lumière se rassemble, frileuse et comme prise au piège d’une lampe

mais il est midi à peine et dans la rue un chat guette une proie que personne ne voit

Derrière la haie le poste à transistors susurre le cauchemar de l’Histoire tandis que l’homme au bras huileux fend à la hache un bois récalcitrant dont le sang atteint le ciel au menton comme s’il voulait porter à notre place la croix alourdie du présent

La maison à veilleuse rouge dans l’impasse tu attendais de grandir, le cœur et les doigts tachés d’encre pour y chercher des roses

A présent qu’une route à quatre bandes la traverse tu es entré toi aussi sans savoir dans la file qui fait reculer l’horizon où cet enfant t’appelle qui n’a pas pu grandir portant jour après jour en ses mains sombres le bouquet rouge au fond du ciel que tu n’as pas cueilli

Comme le visage à vif du boxeur aveugle après la troisième chute tu n’entends plus les coups mais ton cœur entre ciel et terre qui répète sans se tromper le nombre exact

Le soir qui tombe sur tes épaules enfonce les clous un peu plus bas

Minée par quelle mer la ville puisque les taupes n’y harcèlent pas le printemps sans racines

Peut-être est-il venu le temps de croire que Jonas est vraiment sorti de la baleine et que c’est lui ce vide au carrefour que tous rejettent en accélérant
Les yeux jaunes des voitures le soir tu les voyais déjà, enfant détourer le pied des immeubles et tu faisais pareil à table avec la mer et les ciseaux dorés ajustant patiemment sous la lampe l’image à sa légende obscure.

A présent tu sais lire et tiens ferme la barre de ta fenêtre sur le monde où les immeubles s’écroulent l’un après l’autre dans l’incendie découvrant peu à peu la ligne sous laquelle il te faudra descendre descendre encore, paupières closes, pour joindre les bords extrêmes de ta vie.

Hopper Circle Theatre 1936, Private collection.jpg

peinture  edw Hopper

Lui qui avance les mains nues les paupières scellées sur la scène déserte et sous les projecteurs le temps ne l’arrête pas ni le vide, il marche depuis des siècles vers un mur connu de lui seul comme l’arbre qu’un ciel obstiné tire vers l’horizon et s’il s’écarte parfois c’est pour laisser à sa place une fenêtre ouverte où quelqu’un appelle invisible et chacun croit l’entendre dans sa langue
La nuit peut bien fermer la mer dans les miroirs : les fêtes sont finies le sang seul continue de mûrir dans l’ombre qui arrondit la terre comme ce grain de raisin noir oublié dans la chambre de l’œil qu’un aigle déchirant la toile enfonce dans la gorge du temps
La nuit a volé son unique lampe à la cuisine piégé dans la vitre celui qui se tait debout dans la tourbe des mots

Il brûle à feu très doux l’obscure enveloppe du silence (comme ces collines sous la cendre réchauffent l’aube de leur mufle) et pour la première fois peut-être son visage d’ombre est toute la lumière et parle pour lui seul.
Un peu du plâtras des murs rien qu’un peu et rendre à la jeune putain son sourire de vierge

(Aimer ô l’infinitif amer dans la nuit des statues et dans le jour qu’écorchent les bouchers)

Visage impossible à saisir avec ce ciel collé au bout des doigts quand la femme unique sur toutes les fenêtres aveugles de la terre roule des hanches et passe .

Ce peu de mots ajustés aux choses de toujours ce questionnement sans fin des gosses dans la journée ces silences plus longs maintenant, à l’approche du soir comme le soleil traversant la chambre vide sur des patins,

tout cela qui se perd entre les lames du parquet, les pas, les rides a fini par tisser la toile inaccessible qui drape chacun des gestes du vieux couple lui donne cet air absent des statues prenant le frais dans la cour du musée

et nul ne voit leurs ombres se confondre enjamber le haut mur du temps mais seulement l’échelle aux pieds de la nuit l’échelle sans barreaux ni montants d’une vie petite arrivée à son terme.


Isabelle Debiève – Dis-moi mon coeur…pourquoi bats-tu?


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peinture: Jim Dine

 

Dis-moi mon coeur…

pourquoi bats-tu?

 

Aurais-je à ce point tort 

de t’entendre battre

pleurer

rire

te tordre

et battre encore

Vivant tu es!

 

En toi un mot écrit

En toi une parole se dit 

En toi le geste se languit

En Toi

Je suis

 

fr       (« Mascarades »)


Vous ne vous imaginiez pas modèle – ( RC )


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peinture : D Velasquez

 

Bien sûr, c’est un mystère
qui se construit petit à petit,
sous mes yeux ébahis.
Je vois la peinture se faire

L’ange poser ses ailes :
Vous êtes ainsi alanguie
Sommeillant sur le lit
Vous êtes celle

qui lentement se révèle
à la caresse des pinceaux :
suivent la courbe de votre dos
(vous ne vous imaginiez pas modèle )…

Du voyage au long cours,
le vent dans les voiles,
vous apparaissez sur la toile,
peinte avec amour.

Négligemment déposés,
vos habits en tas,
à côté de votre bras …
Dans une lumière bien dosée

vous apparaissez, rêveuse,
les mains sur vos hanches,
votre poitrine est blanche,
et comme lumineuse….

Vous êtes la lumière du soir .
Surgie dans le décor
( et l’or de votre corps
se reflète aussi dans un miroir ).

On ne vous imagine pas blonde ,
car la seule ombre au tableau
porte le flambeau
de l’origine du monde .

Il n’y a pas besoin d’être Courbet,
pour que le monde vous contemple :
la première entrée du temple
est sur la toile, posée sur le chevalet.


RC

– juill 2017


Pierre Mhanna – Mère de toutes les bombes


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P Picasso – extrait de Guernica –        main à l’épée brisée, fleur

 

 

Mother of all bombs…
I believe in the strength
of a small flower

Mère de toutes les bombes …
Je crois dans la force
d’une petite fleur .


Erwann Rougé – L’heure la plus étrange


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L’heure la plus étrange est cinq heures
et cette insupportable odeur de marée verte

Entre deux soulèvements de sable
une femme  chancelle   en riant

Elle a les yeux cendres  elle ment
C’est plus fort  les yeux   elle ment

Elle dit  regarder un ange
On dit cela au vent   à la cruauté du vent

Dans cette absurde odeur de marée basse
Il y a toujours une poussière

une légèreté de mort
qui vous pénètre l’oeil

 

in « Paul les oiseaux »

 

in  » Paul les oiseaux »

Marine Laurent – Femme de papier


Image associée

peinture: Egon Schiele


Suis une femme de papier
De celui dont on fait les arbres
Et j’ai puisé à leur aubier
Et mangé leurs feuilles vivantes
Arraché l’écorce du fût
Pour tenir debout à ma table

L’hiver sur du papier glacé
Je laisse mes traces effaçables
La sève qui coule des doigts
Trace des mots sans importance
Je flotte au vent car mes racines
Courent à peine sous le sable

Suis une femme de papier
Qui se froisse à moindre risée
Qui brûle à petite flambe
Dans un foyer désaffecté

Mais si l’oiseau à ma fenêtre
Vient poser une plume blanche
Je sens mes folioles renaître
Et la plante à mon encrier

Je partirai sur une branche
Emportée par nuit sans étoile
Et vous dirai dans mon absence
Ce que j’ai laissé sur la toile.


Trouver sa propre entrée – ( R C )


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peinture: Raoul Ubac

 

 

Il doit bien y avoir quelque part,
une entrée gardée secrète,
qui mène vers un ailleurs
qu’empruntent  des explorateurs,
et  –  dont ils n’ont jamais parlé :

C’est une parole mutique
dont chacun connaît la clef,
le sésame, pour  y accéder…
se guidant peut-être à tâtons,
sur les parois de la conscience .

C’est difficile à expliquer…
Malgré  toute la bonne volonté,
dont je pourrais  faire  preuve,
je ne peux rien dire …
Il faudrait que je trouve ma propre entrée…

Je suis  dans un espace clos,
où nulle lumière ne pénètre,
juste guidé par le murmure familier,
du bruissement du sang
dans mon corps .

Peut-être verrais-tu dans le noir,
si tu étais à ma place,
quelque luciole voleter,
ou une étoile qui clignote…
( si c’est un signe  …)

Mais ceux-ci sont trompeurs,
et finissent  par s’effacer
aussi soudainement  qu’ils sont apparus,
à la façon d’une  cigarette
indiquant une présence,

et qui a fini de se consumer.

RC – avr 2016


Dilution – ( RC )


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peinture: Helen Frankenthaler

 

Ici l’ailleurs peut se diluer  .
Les couleurs sont pâles   :
Les idées ont pris de l’embonpoint .
On les cherche,
comme on le ferait pour la direction du vent ;

Il faut mouiller son doigt pour le savoir.
Ceux qui écrivent préfèreront l’encre :
mais le plongeant dans l’encrier ,
ils le sortiront sec .
La pâleur atteint même l’écriture .


RC – juill 2017


Jackson Pollock – ( RC )


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Ce sera comme une ivresse,
la tête vidée, informe,
et l’univers à soi,
qui tourbillonne.

La toile est déroulée sur le sol,
tu peux te permettre de la fouler aux pieds,
d’y lancer des éclats,

qui finissent en nébuleuses,
le noir combattant le blanc
à la manière d’un furieux yin et yang..

La main a le prolongement de peinture,
celle-ci goutte, jaillit,
à mesure que tu danses.

Tu perds la notion d’équilibre :
le haut et le bas peuvent s’inverser .
L’espace est un univers
d’une douzaine de mètres carrés,

et tu flottes au milieu
les gestes te répondent à peine,
tout ce qui arrive,
t’échappe des doigts .

Un vide à l’intérieur , et personne
ne comprend pourquoi tu tombes,
sans pourtant chuter

pourquoi les figures se dissolvent ,
pourquoi les lignes se nouent et se recouvrent,
presque à ton insu.

Et si c’est un excès, une fatigue
elle dépasse le ciel par sa transe,
dans une myriade d’éclaboussures.
Une fois jetées, violemment extraites du pot,

elles s’éparpillent comme des étoiles, :
un big bang renouvelé ,
des éclats figés sur la toile,
que personne ne peut rattraper.


RC – nov 2016

 

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Anise Kolz – sur moi


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peinture P Picasso

 

J’aime te sentir
sur moi
comme un pont écroulé

ma rivière
polira tes pierres

 


Madeleine de l’Aubespine – Du miroir


un  texte  d’une  auteure de la Renaissance ( en conservant l’orthographe ancienne )

 

Résultat de recherche d'images pour "madeleine de l'aubespine miroir"

 

DU MIROUER

Aussy bien qu’en la terre basse,
Au ciel la jalousie a place,
Et saisist quelque fois les dieux
Ce mirouer en rend tesmoignage,
Rompu par la jalouse rage
D’un dieu de son aise envieux.
Ce dieu, plain d’amoureuse flame,
Portoit vos beautes dedans l’ame,
Pour vous souspiroit nuict et jour,
Et bouilloit d’ardeur immortelle.
Mais vous, desdaigneuse et rebelle,
Ne faisiez cas de son amour.
Il avoit beau faire sa plainte:
Jamais vous n’en estiez attainte,
Vous n’aimiez que vous seullement,
A tous vostre oreille estoit close.
Ha! Non, vous aimiez quelque chose:
Ce miroir estoit vostre amant.

 

Résultat de recherche d'images pour "miroir castafiore"

peinture: Roy Lichtenstein

 

et sa traduction en english

 

-ON THE MIRROR OF M.D.L.B.
Just as upon the lowly ground,
So is envy in heaven found,
And sometimes seizes the gods.
This mirror witnesses its trace,
Cracked in a fit of jealous rage
By a god envious of its joys.
That god, filled with the flame of love,
Carried your beauties in his soul,
Sighed after you all day and night,
And seethed with immortal ardor.
But you, rebellious, full of scorn,
You cared for his love not at all.
In vain did he make his complaint:
By it you never were attained,
You loved yourself, yourself alone.
Your ear was closed to everyone.
Ah! No, you loved one thing besides:
This mirror was your only love.

 

Résultat de recherche d'images pour "madeleine de l'aubespine miroir"


Joseph Brodsky – Mon cher Télémaque


 

Résultat de recherche d'images pour "derain ulysse"

peinture: André Derain   le repas d’ Ulysse

 

 

Mon cher Télémaque,
La guerre de Troie
Est terminée maintenant;
Je ne me rappelle pas qui l’a gagnée.
Les Grecs, sans doute, car ils ne laisseraient pas
Tant de morts si loin de leur patrie.
Mais encore, le chemin de mon retour s’est avéré trop long.
Alors que nous étions en train de perdre du temps,
le vieux Poséidon, semble presque étendu et l’espace s’est agrandi.

Je ne sais pas où je suis ni ce que cet endroit peut être.
Il semblerait que ce soit une île sale,
Avec des buissons, des bâtiments et de grands porcs qui grognent.
Un jardin étouffé de mauvaises herbes; quelque reine ou une autre.
De l’herbe et d’ énormes pierres …
Telémaque, mon fils!
Le visage de toutes les îles ressemble à chaque autre, pour un vagabond
Et l’esprit du voyage, le décompte des vagues;
rend les yeux douloureux à scruter les horizons de la mer,
Et la chair de l’eau enveloppe les oreilles.
Je ne me souviens pas comment la guerre s’est finie;
Même quel est ton âge,            je ne m’en souviens pas.

Grandis, alors,         mon Télémaque ,        grandis.
Seuls les dieux savent si nous nous reverrons encore.
Tu as depuis longtemps cessé d’être ce bébé
avant que je me sois arraché aux labours des boeufs.
Si ce n’était pour la trahison de Palamède
Nous deux devrions vivre sous un même toit.
Mais peut-être qu’il avait raison   :  loin de moi
Vous êtes tout à fait à l’abri de toutes les passions œdipiennes,
Et tes rêves, mon Télémaque, sont irréprochables.

 

My dear Telemachus,
The Trojan War
is over now; I don’t recall who won it.
The Greeks, no doubt, for only they would leave
so many dead so far from their own homeland.
But still, my homeward way has proved too long.
While we were wasting time there, old Poseidon,
it almost seems, stretched and extended space.

I don’t know where I am or what this place
can be. It would appear some filthy island,
with bushes, buildings, and great grunting pigs.
A garden choked with weeds; some queen or other.
Grass and huge stones … Telemachus, my son!
To a wanderer the faces of all islands
resemble one another. And the mind
trips, numbering waves; eyes, sore from sea horizons,
run; and the flesh of water stuffs the ears.
I can’t remember how the war came out;
even how old you are–I can’t remember.

Grow up, then, my Telemachus, grow strong.
Only the gods know if we’ll see each other
again. You’ve long since ceased to be that babe
before whom I reined in the plowing bullocks.
Had it not been for Palamedes’ trick
we two would still be living in one household.
But maybe he was right; away from me
you are quite safe from all Oedipal passions,
and your dreams, my Telemachus, are blameless.

la traduction de Georges Nivat diffère quelque peu…

mais le sens en reste le même…

 

Télémaque, mon fils, la guerre de Troie a pris fin.
Qui l’a gagnée, je n’en sais rien.
Les Grecs, sans doute : pour jeter à la rue tant et tant de morts,
il n’y a que les Grecs!
Elle a pris fin; mais le chemin du retour
si tu savais combien il me paraît long!
Comme si Poséidon, pendant que là-bas nous perdions le temps, avait brouillé l’espace.
Je ne sais diantre pas où j’ai échoué, ni ce qui est devant moi :
îlot crasseux, buissons, murets pierreux et cochons qui grognent;
tout à l’abandon; une femme qui règne; de l’herbe et du caillou…
Mon cher Télémaque, ce que les îles peuvent se ressembler pour qui voyage trop!
comme le cerveau s’égare à compter les vagues qui l’assaillent!
Et l’œil, où l’horizon s’est coincé, larmoie;
l’oreille est assourdie par l’aqueuse masse.
Je ne sais plus comment la guerre a fini,
et j’ai perdu le compte de tes années.
Deviens grand, mon Télémaque, deviens homme!
Les dieux seuls savent si nous nous reverrons.
Déjà tu n’es plus le petit nourrisson devant qui je dus arrêter les taureaux.
Palamède a tout fait pour nous séparer.
Mais il n’avait peut-être pas tort : sans moi
tu es affranchi du tourment œdipien,
et tes songes, mon Télémaque, sont sans péché.

 

(Traduit par Georges Nivat.)


Fouad El Etr – Si elle pense


 

Edvard Munch. Femme allongée. Crayon et aquarelle sur paier:

peinture  Edward Munch  –  femme  allongée   aquarelle

 

Si elle pense je l’entends
Si elle bouge mon cœur bat
Si elle rêve j’apparais

Si je bois elle s’enivre
Quand elle est là j’ai soif
Et faim et je suis ivre


Georges Bataille – Il n’est rien que je rêve


Résultat de recherche d'images pour "wesselmann breasts"

peinture – Tom Wesselman:  » For Sedfre »

 

Douceur de l’eau
rage du vent

éclat de rire de l’étoile
matinée de beau soleil

il n’est rien que je ne rêve
il n’est rien que je ne crie

plus loin que les larmes la mort
plus haut que le fond du ciel

dans l’espace de tes seins


Le tout orchestré, dans quelques centimètres carrés – ( RC )


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peinture :  détail de peinture  1992    RC

 

 

Un peu de peinture frottée,
quelques touches posées,
         et que sourde la lumière
inventée par la mer,
et les ors se répandent
jusque dans les lavandes :

tu as rêvé d’un soleil
traversant le sommeil
de la toile :
le chuchotement des étoiles
émergeant peu à peu
de tout ce bleu :
la grande épure
des blés mûrs :

Le grand accord
donné à leurs ors .
La mer jaune des mimosas
et des champs de colza ,
la chanson secrète
          – les couleurs de la palette –
qui, sous l’été, crépitent
         – un espace sans limite –
( le tout orchestré
dans quelques centimètres carrés )


RC – mai 2017


Claire Ceria – Ce qui est impossible à dire


 

Peinture: Achille Benouville

 

ma dernière incarnation était derrière une fenêtre, à l’heure exacte où je suis née, mais longtemps après bien entendu, et dans un lieu complètement différent…le vent du soir argenté dans les branches juste en dessous de la terrasse, les longues feuilles comme coiffées en arrière, qui bougent, et le très grand pin au fond, majesté noire
elle aussi en mouvement.
je pensais à l’incarnation précédente, quand debout dans le jardin à la même heure, j’étais séparée par un mur d’un arbre touffu, où de petits oiseaux pépiaient. Cette fois, il n’y avait pas de vent. Ce pépiement, si fin, subtil, constant, comme s’ils parlaient de l’abri qui les cachait la nuit venant, de leur plaisir à être ensemble, d’une même espèce.
l’arbre est une maison d’ombre où le temps nous pose, oiseaux parmi les oiseaux.

que nos voix entourées se perdent
dans cet abri cette ramure.
avec tous ceux auxquels je fus liée, toute parole oubliée,
seulement un rêve obscur de chant et de halo.

 

C C   2016


Imaginons les Ménines – ( RC )


Velasquez   - Las Meninas     det  gauche.jpgPeinture: D Velasquez –  las Meninas  –  partie gauche

 

C’est une salle assez obscure,
qui sert d’atelier ;
en tout cas, on n’identifie pas
la source de lumière,

ni ce que le peintre esquisse,
puisqu’il est de face.
De la toile,          juste le chassis,
de dos, posée sur un lourd chevalet.

Autour de lui, gravitent ses modèles,
assemblés comme pour la parade .
L’infante Marie- Thérèse ,
en robe bouffante .

Elle est entourée de ses serviteurs
aussi en habits d’époque
dans un ballet immobile.
Le chien allongé ne semble pas concerné.

Ils nous font face,
étonnés de notre regard,
entrant             comme par effraction,
alors qu’au même moment,

une échappée se dessine,
un personnage ouvre une porte,
et franchit quelques marches,
au fond de la salle…,

Parallèlement à cette ouverture,
si on observe bien,
        un léger reflet,
renvoie , avec le miroir,

l’image du couple royal,
          comme si la vision que l’on a
          de cette scène était celle,
captée par leurs yeux.

L’artiste poursuit son travail .
Il est masqué en partie
par la peinture,
et rajoute un détail.

C’est peut-être nous,
qu’il inclut dans la scène,
traversant les siècles
pour y entrer de plein pied !

De celle-ci, on ne saura jamais rien,
              car il faudrait un autre miroir,
               pour jouer la mise en abîme…
…..  et Vélasquez             ne l’a pas encore peint…

RC – mai 2017


Pierre Mhanna – à la lumière d’une chandelle


 

peinture : Artemisia Gentileschi:  Judith

 

 

My poem…
the light of a candle
slowly gathering
in the silence of her heart.

Mon poème …
la lumière d’une chandelle
se rassemblant doucement
dans le silence de son coeur


Patricia Fort – Dans ma valise


David Lisboa    boite en valise.jpgpeinture  David Lisboa  » boîte en valise »

 

Dans ma valise il y a…
Vos prénoms et le mien
Qui se tiennent par la main
Nos nuits de bohémiens
Des contes et fleurettes
Des rires sous couette
Des sax et des rôles
Bad pas t’es pas drôle
Des boucles bleues
Des cernes sous les yeux
Nicolaï qui s’enjaille
Et nos voix qui s’éraillent
Une écharpe de ciel
Qui me sied à merveille
Des clés de portail
Ma mémoire qui défaille
L’or des blés
La blancheur de l’été
Une corde de guitare
Mais non il n’est pas tard
Le grenier de la France
Et celui de mon enfance
Une madeleine et un marcel
Des souvenirs en dentelle
Un décapsuleur
Des biscuits et du beurre
Une espadrille orpheline
Nos doutes en sourdine
Cinq chemins au levant
Le soleil au couchant
Un sentier pour nos pas
Avec des pierres çà et là
Valentino et des abeilles
Nos bouches groseille
Nos cœurs à l’unisson
Des rimes , des chansons
Une petite fille oubliée
En jupe plissée
Queue de cheval
Des amours qui se font la malle.
Dans ma valise bien rangée
Un voyage immobile
Une parenthèse, une île
Vos vies là, devant
La mienne qui attend. »

© Patricia Fort. – Artenay 17 juillet 2013.


Esther Tellermann – Avant


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peinture: Alvar Sunol

 

Avant
nos paupières cerclées
nos narines
peintes
Etions-nous flétris
ou reposés
Brûlions-nous les signes
nos façons de tendre
bracelets jambes
taches de l’infini

*

Nous mourrons
avec la glaise du corps
lu
Dans la fane
et la précision du nom .