voir l'art autrement – en relation avec les textes

peinture

Fouad El Etr – Si elle pense


 

Edvard Munch. Femme allongée. Crayon et aquarelle sur paier:

peinture  Edward Munch  –  femme  allongée   aquarelle

 

Si elle pense je l’entends
Si elle bouge mon cœur bat
Si elle rêve j’apparais

Si je bois elle s’enivre
Quand elle est là j’ai soif
Et faim et je suis ivre


Georges Bataille – Il n’est rien que je rêve


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peinture – Tom Wesselman:  » For Sedfre »

 

Douceur de l’eau
rage du vent

éclat de rire de l’étoile
matinée de beau soleil

il n’est rien que je ne rêve
il n’est rien que je ne crie

plus loin que les larmes la mort
plus haut que le fond du ciel

dans l’espace de tes seins


Le tout orchestré, dans quelques centimètres carrés – ( RC )


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peinture :  détail de peinture  1992    RC

 

 

Un peu de peinture frottée,
quelques touches posées,
         et que sourde la lumière
inventée par la mer,
et les ors se répandent
jusque dans les lavandes :

tu as rêvé d’un soleil
traversant le sommeil
de la toile :
le chuchotement des étoiles
émergeant peu à peu
de tout ce bleu :
la grande épure
des blés mûrs :

Le grand accord
donné à leurs ors .
La mer jaune des mimosas
et des champs de colza ,
la chanson secrète
          – les couleurs de la palette –
qui, sous l’été, crépitent
         – un espace sans limite –
( le tout orchestré
dans quelques centimètres carrés )


RC – mai 2017


Claire Ceria – Ce qui est impossible à dire


 

Peinture: Achille Benouville

 

ma dernière incarnation était derrière une fenêtre, à l’heure exacte où je suis née, mais longtemps après bien entendu, et dans un lieu complètement différent…le vent du soir argenté dans les branches juste en dessous de la terrasse, les longues feuilles comme coiffées en arrière, qui bougent, et le très grand pin au fond, majesté noire
elle aussi en mouvement.
je pensais à l’incarnation précédente, quand debout dans le jardin à la même heure, j’étais séparée par un mur d’un arbre touffu, où de petits oiseaux pépiaient. Cette fois, il n’y avait pas de vent. Ce pépiement, si fin, subtil, constant, comme s’ils parlaient de l’abri qui les cachait la nuit venant, de leur plaisir à être ensemble, d’une même espèce.
l’arbre est une maison d’ombre où le temps nous pose, oiseaux parmi les oiseaux.

que nos voix entourées se perdent
dans cet abri cette ramure.
avec tous ceux auxquels je fus liée, toute parole oubliée,
seulement un rêve obscur de chant et de halo.

 

C C   2016


Imaginons les Ménines – ( RC )


Velasquez   - Las Meninas     det  gauche.jpgPeinture: D Velasquez –  las Meninas  –  partie gauche

 

C’est une salle assez obscure,
qui sert d’atelier ;
en tout cas, on n’identifie pas
la source de lumière,

ni ce que le peintre esquisse,
puisqu’il est de face.
De la toile,          juste le chassis,
de dos, posée sur lourd chevalet.

Autour de lui, gravitent ses modèles,
assemblés comme pour la parade .
L’infante Marie- Thérèse ,
en robe bouffante .

Elle est entourée de ses serviteurs
aussi en habits d’époque
dans un ballet immobile.
Le chien allongé ne semble pas concerné.

Ils nous font face,
étonnés de notre regard,
entrant             comme par effraction,
alors qu’au même moment,

une échappée se dessine,
un personnage ouvre une porte,
et franchit quelques marches,
au fond de la salle…,

Parallèlement à cette ouverture,
si on observe bien,
        un léger reflet,
renvoie , avec le miroir,

l’image du couple royal,
          comme si la vision que l’on a
          de cette scène était celle,
captée par leurs yeux.

L’artiste poursuit son travail .
Il est masqué en partie
par la peinture,
et rajoute un détail.

C’est peut-être nous,
qu’il inclut dans la scène,
traversant les siècles
pour y entrer de plein pied !

De celle-ci, on ne saura jamais rien,
              car il faudrait un autre miroir,
               pour jouer la mise en abîme…
et Vélasquez             ne l’a pas encore peint…


RC – mai 2017


Pierre Mhanna – à la lumière d’une chandelle


 

peinture : Artemisia Gentileschi:  Judith

 

 

My poem…
the light of a candle
slowly gathering
in the silence of her heart.

Mon poème …
la lumière d’une chandelle
se rassemblant doucement
dans le silence de son coeur


Patricia Fort – Dans ma valise


David Lisboa    boite en valise.jpgpeinture  David Lisboa  » boîte en valise »

 

Dans ma valise il y a…
Vos prénoms et le mien
Qui se tiennent par la main
Nos nuits de bohémiens
Des contes et fleurettes
Des rires sous couette
Des sax et des rôles
Bad pas t’es pas drôle
Des boucles bleues
Des cernes sous les yeux
Nicolaï qui s’enjaille
Et nos voix qui s’éraillent
Une écharpe de ciel
Qui me sied à merveille
Des clés de portail
Ma mémoire qui défaille
L’or des blés
La blancheur de l’été
Une corde de guitare
Mais non il n’est pas tard
Le grenier de la France
Et celui de mon enfance
Une madeleine et un marcel
Des souvenirs en dentelle
Un décapsuleur
Des biscuits et du beurre
Une espadrille orpheline
Nos doutes en sourdine
Cinq chemins au levant
Le soleil au couchant
Un sentier pour nos pas
Avec des pierres çà et là
Valentino et des abeilles
Nos bouches groseille
Nos cœurs à l’unisson
Des rimes , des chansons
Une petite fille oubliée
En jupe plissée
Queue de cheval
Des amours qui se font la malle.
Dans ma valise bien rangée
Un voyage immobile
Une parenthèse, une île
Vos vies là, devant
La mienne qui attend. »

© Patricia Fort. – Artenay 17 juillet 2013.


Esther Tellermann – Avant


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peinture: Alvar Sunol

 

Avant
nos paupières cerclées
nos narines
peintes
Etions-nous flétris
ou reposés
Brûlions-nous les signes
nos façons de tendre
bracelets jambes
taches de l’infini

*

Nous mourrons
avec la glaise du corps
lu
Dans la fane
et la précision du nom .


Le texte se soustrait au regard – ( RC )


peinture: Malevitch   : composition suprématiste ( carré blanc  sur fond blanc )  1918

peinture: K Malevitch :           composition suprématiste ( carré blanc sur fond blanc ) 1918

 

 

 

 

J’ai eu un peu de mal à lire :
Les caractères sont  trop petits,
mais  en plissant les  yeux,
j’arrive à distinguer les mots  ;
avant qu’ils ne retournent  dans le blanc.

Peut-être  que ces  écrits
se dissolvent  d’eux-même,
et n’ont pas de rapport  
avec ma vision
Reste à savoir pourquoi.

Le message  se soustrait au regard,
rentre dans le blanc  du papier,
d’abord pâlissant,
puis  carrément  blanc :
>     il se dissimule ,

jouant les  extrèmes
comme  pouvait le faire
Malevitch  avec son fameux
 » carré  » ( qui n’en est pas  tout à fait un )
posé  en oblique ,

mais qui, avec les années,
        reste  apparent.
Le texte  est sans  doute  toujours là,
en encre blanche,
celle  qu’on dit  sympathique.

Il suffirait
d’un procédé simple,
pour le faire réapparaître :
la chaleur  d’une  flamme,
comme  dans  chaque page

( que l’on croit  vierge  d’intentions )  .


RC – juin 2015

 

 


Un commentaire de Rubens – ( RC )


devant jugement  dernier  Rubens  musée  discussion.jpg

peinture : Rubens: le jugement  dernier

 

Il se passe beaucoup de choses, dans le cadre doré
Un entremêlement de gens, grandeur nature
Sont le prétexte de la peinture
accrochée, un peu au-dessus du parquet ciré.

           C’est une oeuvre de Rubens,
peuplée d’êtres qui s’entassent,
des dames toujours assez grasses,
          que lui commande un prince…

Ces personnages forment une pyramide
dans une mêlée quelque peu confuse
on distingue même,        si je ne m’abuse
au plus haut niveau,        ceux qui décident.

On a fixé l’instant le plus tragique :
celui où on fait grand tri
( ne pas surpeupler le paradis ,
                                     vous diront les nostalgiques ).

Ceux-ci n’en sont pas revenus,      mais ont évité le pire
a ce qu’il paraît ;    on nous rapporte beaucoup d’histoires
                                            que l’on voudrait nous faire croire ;
on peut prendre le parti d’en rire.

Devant le tableau, quelques visiteurs
se sont arrêtés pour parfaire leur culture  :
                 C’est toujours de bon augure
d’écouter le commentateur .

Va-t-il décrire l’étape suivante
Et sans aucun doute,
          comme pour les matches de foot,
nous faire une analyse savante ?

Nous livrer des statistiques,
                révéler des choses intraduisibles
                contenues dans la Bible
d’un point de vue artistique ?

Bien qu’il se soit écoulé pas mal d’années
depuis qu’elle a été peinte
on pense toujours entendre les plaintes
des âmes damnées .

                      C’est une oeuvre baroque :
On n’y entre pas de plain pied
sans y être convié
              ( et surtout sans habits d’époque ) .

Nos amateurs d’art voudraient peut-être
participer à la mêlée,
                  voir de plus près les êtres ailés
                  et assister à la fête…

Ils peuvent toujours tenter l’escalade
Se faire greffer des ailes,
utiliser une échelle
Ils seront empêchés par le cadre …

Le tableau a beau être immense,
il a aussi des dimensions limitées
On ne vient pas à l’intérieur sans y être invité
et pour entrer dans la danse…

                         La réalité est ingrate :
elle nous ramène toujours à son illusion ;
on ne peut sauter dans cette dimension,
….       la peinture restant obstinément plate.


RC – sept 2016


Marie-Madeleine Machet – la fête du monde


peinture :   P Bruegel le jeune

 

 

Tous les printemps aujourd’hui sont éclos
Mille ans d’espoir entr’ouvrent leurs paupières

Mille ans pour le bonheur de sèves éclatées
à la fontaine où s’épuise l’hiver,

Le jour ondoie et lustre
les vivants nouveau-nés.

La fête est commencée.

Le monde-roi danse avec la lumière
s’enivre de soleil.

Les fleurs animent leurs couleurs
les vents soufflent sur la terre
les nourritures du ciel.

Hâte-toi, c’est ton tour
pour le bonheur qui passe.

La fête est commencée pour toujours
mais toi, c’est ton instant,le seul.

 

Marie-Madeleine MACHET               « Les Fêtes du monde »(éd. Seghers)


Tous, du blues – ( RC )


Zao Wou-Ki Paintings: 1950's - 1960's - De Sarthe Gallery:

Peinture :  Zao Wou Ki

 

 

S’échappe la mer
se courbe le ciel
Et toi et moi,
entre nous …

Mer et ciel et toi et moi
Avec tous ces bleus
Toutes ces nuances
Leur ensemble de  teintes

Quelques bleus sont tristes
D’autres bleus sont heureux
Sombres et lumineux
tristes ou heureux en même temps

Nous sommes tous du blues
Nous en avons toutes les nuances
Toutes les teintes
Nous sommes tous le blues .

RC – dec 2016
Librement et directement inspiré de « All Blues »
de l’album mythique «  Kind of blue » de Miles Davis,

dont on peut retenir entre autres, les interprétations chantées  de Helen Merrill, ( difficile à trouver ) , Rachel Gould, avec Chet Baker,  Ernestine  Anderson et celle de Dee-Dee Bridgewater

 

deadpaint:  Mark Rothko, Untitled No. 15:

Mark Rothko :  untitled n°15


Yôko Ogawa – La formule préférée du professeur


Bronzino 4994435671.jpg

peinture: Bronzino

Tout le monde ne lit pas le même livre.

Les mots ont beau être les mêmes,

ils ne nous parlent pas à tous

de façon identique.


Salah Al Hamdani – Rencontre


 

peinture: P Picasso: Fernande à la mantille noire, 1905-06

 

Le corps de la lune
Bondit à cette heure
encore une fois
par-dessus la tempête des guerres passées
et scande mon regret de ne plus revoir ton châle
suspendu aux années de l’exil

Ton châle mère…
Mère… regarde-moi !

 

( extrait de « Bagdad mon amour » )


Théo Léger – Beauté des temps révolus


Portrait-de la marquise Luisa Casati (1908)

 

Peinture: Giovanni Boldini

Elles traversaient les profondeurs de l’argent des miroirs.
D’une fragrance de chevelure aux parfums érotiques,

d’une jaillissante malice de dentelles couvrant leur chair
où luisaient les globes fragiles soumis aux caresses de l’homme,
de leur murmure d’éventails, de leur secret de bagues
dont les fourmis laborieuses ont mémoire au musée
sous les racines d’un monde vert

qu’est-il resté ? Rien.           Ton seul sourire :
un papillon de cils battant contre une lèvre d’amant
la crispation de doigts malhabiles.

Sur les draps de la nuit était-ce
cris de naissance ou de mort? Cela, les horloges l’ignorent.

Théo Léger      (1960)


Laetitia Lisa – En habits d’oubli


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peinture  rupestre    grotte de  Chaturbhujnath Nala, Inde, environ  10,000 av JC

 

Je longe le champ de blés verts

hâtant le pas dans l’herbe haute

pour recevoir encore

un dernier baiser du soleil

avant qu’il ne se couche

en draps ocre et dorés

 

demain la pluie

demain le froid

 

pour l’heure la douceur du vent

le chant des grillons et les hirondelles en formation

 

avec elles je me baigne en le ciel

allongent les brasses lorsque les courants frais

effleurent mes bras nus

 

avec elles je reste immobile un instant

sous les caresses des courants tièdes

 

je plonge

dans le bleu des montagnes

jusqu’à ce que la nuit revienne parfaire l’esquisse

de ses gris colorés

 

je ne peux rien contre le froid et la grêle

tueurs  des promesses si près d’éclore dans mon verger

je ne peux rien contre le feu du soleil

tueur des promesses si près de porter fruit dans le tien

 

sur le dos de quelques mots ailés revenus nous chercher

nous dansons en habits d’oubli

ourlés de nuit  .

 

————

plus  d’écrits  de L L ?    voir  son site-blog


Socrate – ( RC )


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peinture: J L David: la mort de Socrate

 
En suspens sa phrase commencée
il peut reprendre son haleine
au bord de la falaise, avancé
il n’est pas au bout de sa peine :

personne ne voit que s’interrompt la ligne :
le discours peut reprendre
les dieux lui font signe
le temps peut se suspendre

nul n’attend son départ
quand il porte à ses lèvres le verre :
il peut savourer le nectar,
et bientôt voir à travers :

Baisse le niveau du breuvage
comme la mer se vide
découvrant la plage
une étendue livide

Passant du verre au bronze ancien
pas de vin écarlate
ni le sirop du pharmacien,
mais le poison offert à Socrate

Tu peux le voir, inclinant son calice,
les compagnons détournant la tête,
et lui, boit – comme avec délice
( on l’imaginerait bientôt « pompette »)

tout cela sans qu’il confesse
l’idée même d’une vie interrompue
dans la curieuse ivresse
donnée par la cigüe

comme quoi on ne sait pas où mène
une simple boisson :
l’accompagnant comme pour la Cène
( ce dernier repas manquait de cuisson )

C’est à mesure que tu bois,
que tu t’éloignes des bords,
>       c’est ainsi que l’on se noie,
et qu’on trinque avec la mort.

RC – oct 2016


Recomposer avec les souvenirs – ( RC )


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                           peinture: V Van Gogh:  branches  d’amandiers en fleurs  à St Rémy

 

Sous le ciel épais et gris,
Il y a les images que l’on fabrique,
En jouant sur un fil
Qui vibre de façon à repeindre
dans sa tête,
Un bleu du midi,
Et les fleurs d’amandier,
Comme celles du tableau de Van Gogh.

Loin du ressac
et des rancoeurs,
J’ai composé avec les souvenirs,
ce qu’il reste de notre amour,
J’ai oublié les larmes distillées,
pour l’eau de fleur d’oranger,
le venin de la distance,
pour une pensée , que je te dédie…

RC – janv 2016


Gratter ce que cela dissimule – ( RC )


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peinture  Simon Hantaï – 1959

 

Imagine ta vie
comme une oeuvre d’art ...
Elle serait plutôt bizarre :
–         L’enquête a établi
Qu’en tant qu’artiste
c’était une activité louche
( de brouiller les pistes
en rajoutant des couches…)

On n’y voit que du feu   :
C’est un drôle de calcul ;
On trouvera bien ( en grattant un peu ),
ce que cela dissimule… :
Les gens sont pleins de malice
et plutôt que dans l’écriture,
ils arrivent à trouver des interstices
même dans la peinture…

Si on prend bien soin,
de regarder les coups de pinceaux,
on trouvera bien ce qu’il faut
( même une aiguille dans une botte de foin ) :
Il suffit de patience
pour lire ton destin ,
savoir à quoi tu penses …
…. Tu veux qu’j’te fasse un dessin ?

Avec les meilleures intentions,
sans que ça soit ma tasse de thé,
je sais tenir un crayon,
même si c’est ta spécialité.
Il se pourrait        que j’efface
la toile pour retrouver le blanc
– il n’y a pas de place
pour les faux semblants –

Maintenant:     ce tableau est lisse,
on a raclé les épaisseurs,
selon les instructions de la police,
pour que de la couleur
plus rien n’émerge :
plus de message caché
On peut dire que la surface vierge
est devenue sans danger.

Imagine ta vie
ainsi épurée !
les marques de sympathie
d’oeuvres censurées :
Plus aucun problème
avec les choses prohibées ! .

Ce que les gens aiment
c’est être rassurés.


RC – juin 2016

 

( dans les tableaux  « neutralisés »,  je pense  à ce dessin de W De Kooning ,  confié à ,Robert Rauschenberg afin qu’il l’efface )


Colette Fournier – Je te regarde


Pierre Bonnard, 1867-1947, Coin de salle à manger au Cannet, c. 1932, Musée nat.jpg

peinture:    P Bonnard        Coin de salle à manger au Cannet,  1932  ( détail)  Musée d’Orsay

 

 

Je te  regarde, penchée à la fenêtre de ton cœur.

Ma main posée sur ton épaule, sans attente ni peur.

Ma maison à tous les vents de la déraison, demeure,

Une île haut perchée sur le toit des mondes.

Je te regarde, et collée aux battements de ta vie,

Je ne questionne rien, de rien ne te supplie.

Chacun de tes regards est le début d’un monde ;

A peine faut-il y croire, que déjà, il succombe…

Je te regarde, oublieuse de mon propre reflet,

J’écoute ton histoire qui, lentement, défait

La chronique des temps perdus à ne rien comprendre.

La vie, éternel Big-bang, de sang et de feu, se refait.

Je te regarde, et jouant à pleines notes dans le vent,

Une musique forte, inconnue et  plein chant,

Couvre de ses arpèges tes silences intimes,

Je te regarde et je t’écoute, passante de ton âme,

La solitude, au fond, n’est que le reflet des oublis…

 

 


Vanité – ( RC )


peinture: Pieter Claez - Vanité

peinture:         Pieter Claesz – Vanité

 

il est dit
que le son
ne franchira pas
tes lèvres.

Si c’est d’un miel
le temps qu’il s’écoule,
une pâte lourde,
où des miettes noires s’agitent.

Fourmis actives,
aussi nombreuses
que les secondes
courant dans une heure.

Alors, – parlons des jours,
voire, des années,
Les pensées en sont les étoiles,
tapissant la voûte céleste

d’un crâne …

 

RC –  juill 2015


Bernat Manciet – Sonets – XIV


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XIV

Toi qui m’es songe plus même que songe
lorsque te tresses en lierre dans mon sommeil
l’éclairant de grappes noires
songeur de mille songes souples

m’acheminant aux sentiers sûrs du somme
plus ils se démêlent et plus je m’y élance
plus ils s’assombrissent et plus je m’enflamme
jusqu’à l’étreinte en resplendissant rien

d’écarts de fuites tu me réconfortes
tu m’es le vent qui se meurt aux jardins
un Etranger qui fonde ma maison

car plus solide que pierre de taille
plus sûr qu’en juin le grand soleil
le mal de toi qui dort dans ma poitrine.

 

 

Bernat Manciet  est un auteur occitan, natif des Landes,  ce texte  est  extrait d’un recueil appelé « Sonets »…

d’autres infos  sur ce poète, sur poezibao


Lucie Taïeb – Nous ne reviendrons plus ici


 

 

 

peinture: Adrew Wyeth Dodges Ridge

peinture: Adrew Wyeth Dodges Ridge

nous ne reviendrons plus ici nous n’avons plus les clefs c’est aussi bien ce lieu n’était plus adapté à la fatigue croissante. rien ne me manquera sinon ce que je voyais au matin depuis mon lit par la fenêtre mansardée un fragment d’arbre conifère. les lieux nous oublient et nous hantent sans nostalgie ils sont heureux et nous errons de halte en halte à demander « où sont nos morts » à des gens qui ne les ont jamais connus. Si je savais qui de mon cœur ou de ma tête me joue ce tour de garder souvenir de ce que mon regard ne pourra plus saisir d’un coup sec et sans remords, je l’arracherais comme un organe inutile, qui trouble vainement le repos de mon âme, et autres effets indésirables.


Même le paysage s’interrompt dans ses éclats – ( RC )


peinture:                  R Magritte :                  le promenoir des amants.

Et c’est illusion, si l’espace, que l’on pensait libre de contrainte,

se voit tout à coup enfermé dans une paroi.

Ainsi l’oiseau en plein vol se précipite dans le piège des vitres,

où même le paysage s’interrompt dans ses éclats .

C’est comme si l’élan était rompu (un baillon ).

On se voyait libre, de parler, de réfléchir, et de se dire ;

mais on se heurte aux faux semblants et aux étendards de l’arrogance .

Le souffle n’avait pas besoin de ponctuation ;

et voilà qu’on ne peut pas terminer ses phrases.

Le fil de la pensée est rompu ; on en arrive à ne plus oser se dire,

puisque vivre ne peut pas se faire, sans que des barrières soient imposées.

Certains aiment en jouer , parcourir les murailles d’un labyrinthe inextricable :

ils ont de l’ambition ; ce sont souvent des bavards et souhaitent avoir réponse à tout….

D’autres préfèrent leur parcours intérieur, visible d’eux seuls, et se réfugient dans le silence.

RC – mai 2015


Question d’électricité – ( RC )


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peinture:  Andy Warhol  –  electric chairs

Question d’électri-cité
voilà qu’une nuit éructe
haut voltage
des plumes et des néons.
Ils se confondent avec obstination
avec le brouillard des âmes.
Et ce sont des encres,
les plus indélébiles,
imprimant sarabande :
la ville obtuse
fait la sourde oreille
à la moiteur des nuées.
Aussi éveillées que peuvent l’être
les avenues désertes
jusqu’à ce que la lumière artificielle
soit dissoute dans l’ aube violette.
Je vois les indociles
qui pensent que le jour
n’est qu’un détour
accrochés aux barreaux :
la prison les ronge
dans quelques mètres carrés.
Ils n’ont que les murs grisâtres,
et la peau décolorée.
La langue fourbue,
la parole féroce,
une cuvette en émail
la lueur alternative
de la publicité lumineuse,
les maillons du mensonge,
le macadam des rues
marqué d’ombres vertes
comme de fer rouge.
Le reprise du trafic,
le grondement des rames,
les sirènes de police
pour lancer des conjectures.
Le sol est en verre pilé.
Qui ose s’y risquer pieds nus ?
Tu vas deviner l’heure..
( on éxécute mieux à l’aube) –
quand on viendra te chercher
pour te conduire
selon le protocole officiel
à la chaise électrique .


RC – avr 2016