voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Marguerite Duras – le navire Night


duras  mix 2.jpg

montage perso

 

( citation )

 

Je vous ai parlé d’épouvante.

Je vous ai dit : peu à peu on se demande ce qui arrive…

cette disparition du son avec la montée du soleil…        C’est là que cette peur arrive.

Pas celle de la nuit dans la clarté…        le silence de la nuit en plein soleil…

le soleil au zénith et le silence de la nuit…               la peur…

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Maria Gheorghe – Regard d’hiver


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il neige 
il neige comme dans les contes de fées
tends tes mains et accueille les rêves des étoiles
sirote-les du creux de tes paumes où le miracle
se fond en source de renaissance au printemps .


Une géométrie modifiée – ( RC )


(c) Rodney Smith

 

photo:  Rodney Smith

 

 

Tu peux tirer le rideau sur le théâtre du jour,
>   cela coïncide avec la géométrie des lieux :
chaque chose est à sa place,
dans un repère orthogonal.

La plage est silencieuse,
la mer grise,           d’un calme sournois.
Effectivement le plancher de la maison
reste parallèle à l’horizon ,
           comme si c’était fait exprès:

C’est compter sans le ciel endormi,
qui joue avec le vent,
              une partition,
où souvent, les choses basculent
dans leur sommeil.

Bois et charpentes gémissant,
supportent les éléments,
qui parfois
pèsent plus lourd           qu’on ne pense :

le drap des nuées secoué en tous sens,
ne modifie pas la perspective,
             mais introduit des obliques ,
toutes dans le même direction,
mais sans qu’on puisse désormais
les corriger .

( sur une photo de Rodney Smith )

RC – dec 2017


Sandra Lillo – Le ciel gris se colle aux fenêtres


water, nature, outdoor, drop, dew, liquid

 

Le ciel gris se colle aux fenêtres
comme un papillon de nuit

ou est-ce toi qui le vois comme un
insecte qui sait à peine voler

lourd des promesses qu’ il n’a pas tenues

et c’est pour ça la mer

la nuit nos larmes le traversent .

——

voir d‘autres  textes  de S Lillo 

et sa parution le ciel coule sous les branches


Photo de « vue de l’esprit  » – ( RC )


photo: Lee Miller

 

     Imagine encore
un esprit sans corps,
c’est davantage qu’un fantasme,
pour entr’aperçevoir un ectoplasme…,

>         tout ce qu’on invente :
les tables tournantes ,
et la convocation des esprits,
                       ( s’ils en ont envie ),

Ils pourraient te parler
–        ou garder leur bouche scellée     – :
tout cela dépend
de quelques ingrédients,

( et juste ce qu’il faut de mystère
avec une cloche en verre )  :
                       les êtres trépassent,
                      mais le courant passe …

               La photo a surpris
cet évènement fortuit :
        c’est un instant unique ,
parcouru d’ondes magnétiques,

leur parcours aléatoire ,
avant qu’on puisse apercevoir
son image :                  ( attention
à la fragilité de la transmission ! ) :

C’est le visage d’un enfant,
apparu accidentellement :
            rien ne le rattache au sol,
     comme flottant sur le formol

retenu par des tubes blancs :
        des vaisseaux vidés de leur sang,
d’où ce visage indéfini :
c’est ce qu’on appelle fort justement        » une vue de l’esprit « .


RC – dec 2017

 


Quine Chevalier – Neige conçue 4


Image associée

 

Neige conçue
dans la trace dévoilée

l’arbre l’air l’ardent
trois prières
un feu vers lequel
tendre les mains

et l’oiseau me tire
d’un rêve
je blottis ma joue
sous le ventre des nuits

Au hasard du chemin
la prairie démêle
oublié sous la glace
le tison chantant

d’un fruit venu


Un chemin tracé entre les étoiles – ( RC )


photo Ile Vaadhoo   des Maldives:  provenance

 

Il y a une musique,
dont je ne connais pas l’origine ,
elle me vient du vent,            sans doute.
Elle m’entoure parfois     de son écume,
comme si j’étais une île,
et qu’il suffise d’avoir les yeux ouverts  ,
pour recevoir la brise
et comprendre la chanson .

Alors je suis poreux,
comme peut l’être une éponge,
          mais elle boit les mots
qui me viennent à l’esprit.

Au loin des navires passent,     indifférents ;
de toute façon
           ils ne sauraient traduire
le poème qui s’écrit par ma main ,
ni le souffle qui gonfle les voiles :
Dans un autre sens ,
          c’est peut-être trouver un chemin
tracé entre les étoiles .


RC – mai 2017


Fouad El Etr – Dans le sens du sommeil


01 chiromancie.jpg
Je m’approche d’elle pendant qu’elle dort
Pour mieux me regarder
Je la caresse dans le sens du sommeil
Entre l’âme et le corps
Ses rêves sont tissés des lignes de mes mains


Georgii Adamowich – Tous les crimes seront pardonnés


titanic13.jpg

Pour le mot dont vous vous êtes souvenu une fois
Et puis avez oublié pour toujours,
Pour tout cela dans le crépuscule brûlant
Vous avez cherché et vous n’avez jamais trouvé,
Pour le désespoir de vos rêves,
Et pour la maladie grandissant dans votre poitrine,
Pour cette mort à croissance lente
Sans aucun espoir de passer à autre chose,
Pour le « sauvetage », vêtu en blanc,
Et pour le sombre nom de l’amour
Tous les péchés seront pardonnés,
Et tous vos crimes.

Georgii Adamowich (1894 – 1972)


le marbre blanc, d’où s’est retiré mon sang – ( RC )


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Photo:  Mimmo Judice

 

 

C’est un incident malencontreux
qui fendit ma joie
de tout mon poids :
en quelque sorte ,   un désaveu.
          Je suis tombé de ma hauteur
mon socle a vacillé, par malheur:

             L’avenir est bien étroit :
il suffit d’être maladroit,
         et me voila par terre :
mon sourire en éclats,    comme du verre
qu’il faudrait qu’on recolle :

Ils sont sur le sol :
avec mes émois
        – quelque chose de froid
dans le marbre blanc
d’où s’est retiré mon sang:
                  comme par erreur…
Il faudrait retrouver le sculpteur …


RC – nov 2017


La parenthèse de la parole – ( RC )


SteEnim -- 500.jpg

La parenthèse de la parole,
après une nuit de sommeil,
et la bouche grande ouverte,
dans un baillement ;

avec elle j’attrape le vent,
( pas tout, mais une partie quand-même),
et c’est comme si en silence,
les mots venaient d’eux-même

s’offrir des histoires,
concentrés de souvenirs,
l’orage caché au fond des draps,
et des petits sourires

comme des lucioles,
une guirlande de rêves,
clignote encore,
en silences partagés…

RC –


Federico Garcia Lorca – songe – mai 1919


Image associée

Mon cœur repose auprès de la fraîche fontaine.
(Remplis-la de tes fils
Araignée de l’oubli.)

L’eau de la fontaine lui disait sa chanson.
(Remplis-la de tes fils
Araignée de l’oubli.)

Mon cœur réveillé redisait ses amours.
(Araignée du silence,
Tisse-lui ton mystère.)

L’eau de la fontaine, sombre, l’écoutait.
(Araignée du silence,
Tisse-lui ton mystère.)

Mon cœur tombe en roulant dans la fraîche fontaine.
(Mains blanches, lointaines.
Retenez les eaux !)

Et l’eau l’emporte, chantant d’allégresse.
(Mains blanches, lointaines.
Rien ne demeure dans les eaux !)

 

 

Federico GARCIA LORCA « Anthologie poétique » (Chariot)


Le corps d’un gisant – ( RC )


Mejean  Causse   -  10.JPGphoto perso – causse Méjean  Lozère  2016

 

Les collines s’offrent,
couchées en travers de l’horizon   .
Leur attitude a celle du corps
d’un gisant,                     endormi
sous le soleil comme sous la pluie ,
avec une robe d’herbes et de pins.

          – Il attend de se réveiller –
après avoir dialogué des millénaires,
       avec les aubes,
       et ombres furtives .
Celles qui survolent,       sans s’arrêter,
causses          et falaises de pierre .

Le parcours des nuages,
ne laisse de leur passage
qu’une trace effilochée ,
une sorte d’image du vent ,
de celle qu’on ne peut saisir,
ni déchiffrer le message.

On pense les pentes        immobiles : 
elles le sont en quelque sorte,
à notre échelle de temps ,
      mais ce sont des vagues,
et elles déferlent,     rebelles,
sous le ciel oublieux.

Contrairement aux gisants
soulevant les plaines,
        le ciel n’a pas de mémoire ,
et varie               au jour le jour .
Il ne fait pas mystère
de son indifférence.

Que ce soient des périodes gaies
ou attristées par des guerres ,
         des catastrophes,
il ne se souvient de rien.
Il n’est la proie ni du malheur,
ni de la joie .

Alors que la roche
se referme sur ses blessures :
le sol conservant en profondeur,
intact        – le livre de la terre    ,
peuplé de grottes souterraines,
et d’espèces fossilisées.

Souffre-t-elle
du passage du temps ?
En est-elle prisonnière,
ou conserve t-elle
       des êtres de pierre
dont la légende s’éternise ?

Il suffit de vouloir la lire,
d’aimer les vallées verticales,
de capter le pinceau de lumière
qui les sculpte, et les fait basculer
dans d’autres saisons,
           comme dans d’autres mondes .


RC – juin 2017

 

 


Miguel Veyrat – tu reviendras


digitale fatiguée  portr.JPG

montage perso  2011

Tu reviendras
novice
et illuminée,
réclamer
le miroir congelé

dans mes pupilles.
Même ma langue

ignorera où se trouve

ma conscience, formulant

à nouveau les questions:
Au-delà
de la limite, par dessus les voix.
Tu viendras. Et tu parleras ma langue.
Et je jouerai avec elle.

À l’angle droit

de mon dernier regard
—impossible
raison,
voûte obscure
des espaces
à l’ombre,
à nouveau
je te regarderai.


Les doigts marchent au ralenti sur une plage – ( RC )


Sauf si vous écrivez vraiment très bien. Dans ce cas, montrez-nous.

 

Les doigts marchent au ralenti sur une plage,
elle est déserte, et j’assemble les mots en vrac.
Ici, il n’y a pas de ressac,
mais l’univers encore vierge d’une page.

Mes doigts tiennent fermement un crayon ,
( on voit que blanchissent les phalanges,
quand je pars à la poursuite de l’ange ),
et de l’ astre j’accroche ses rayons .

Comment fixer ce qui est invisible ?
par le moyen d’une voix clandestine,
( le bout du crayon suivant la mine ) ,
cette voix , alors, me devient audible ,

il faut juste qu’elle me traverse,
portée par des ondes, en-dedans :
c’est peut-être juste le vent
ou une soudaine averse :

( je ne saurai la décrire,
ni, ce qui la déclenche ):
les pensées ne sont pas étanches,
quand je me mets à écrire.

 


RC – nov 2016


Vitrines de Noël – ( RC )


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>         Quelques jours avant,
un peu de neige souffreteuse,
en petits tas tristes et gris,
sur les trottoirs de la ville    .

On peut ouvrir les portes,
du calendrier de l’avent,
négliger le froid mordant,
pour se promener          pourtant

Mais rester au-dehors,
devant les vitrines,
au décor clinquant,
lumières et paillettes,

Pyramides de cadeaux,
soigneusement enveloppés,
se mirant,
sous les spots électriques,

Angora et soie,
des beaux quartiers,
habits coûteux ,
et mannequins radieux.

C’est une fête avant Noël,
celle du commerce,
où se pavanent
de riches clients .

On peut admirer,
les étals de foie gras ,
pâtisseries ouvragées,
et montagnes chocolatées…

Tu as le droit
de lécher les vitrines,
mais sans avoir rien, à se mettre
sous la dent ,        … que le vent.

RC – dec 2017


Christian Hubin – Personne


 

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Montant vers l’absence aspirée,
qu’est-ce qui retourne

— les cimes comme des impacts de chutes,
ellipses acérées à gravir.

Silhouettes en file que la lumière pointillé
— le vent, le soir.

Surgit un lieu qu’on n’a jamais vu, et
connaît.

Touchant la corde la plus grave,
le millième de seconde où la présence finit,
le son retranché hors
du son.

Ceux qui écoutent tombent d’âme en âme,
dans l’antérieur répercuté.

Sur l’herbe le pied nu des ombres,
les volutes de la petite éternité.
C’est ici qu’on venait prédire
— une autre voix, un autre temps.

Qui veut se recueillir se perd.
Sa face première est celle des fées,
de  la lune blanche en plein jour.


Des pierres serrées les unes contre les autres – ( RC )


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photo: nécropole  aux couvercles dressés de Civaux ( Vienne )

 

Il y a des pierres dressées,
serrées les unes contre les autres.
Elles forment       une barrière,
– peut-être pour empêcher
les vivants de passer .

C’est la traversée des voyages,
      le temps s’est inversé,
les sarcophages se sont ouverts,
des corps en sont sortis,
                             illuminés.

C’est bien d’ici qu’un peuple
s’est souvenu de son histoire,
s’est reformé,     a reconquis un bout de terre,
               a confronté son sang
au retour de lumière.

C’est pourquoi ils n’avaient plus besoin,
      de leur boîte en pierre .
Ils ont dressé les lourds couvercles
à la verticale
pour en interdire l’accès.

On ne sait ce qu’ils sont devenus.
Ils se sont mélangés aux vivants,
sans doute pour leur conter des choses,
–    des histoires de métempsychose..
>          on a perdu leur trace .

C’est qu’ils se sont fondus dans la masse,
portant un masque d’homme .
Pour ne pas nous effrayer,
ils sont entrés dans la danse ;
( chacun croit que c’est notre descendance ) .

Mais ceux-ci sont éternels :
ayant trouvé moyen de remonter le temps,
ils ont signé notre acte      de naissance
répandu un tout petit peu de sang
sur le sol et la poussière.

Plus personne ne les pleure
– ou ne leur apporte des fleurs –
        Quelqu’un aurait oublié une auréole
dans un tombeau de la nécropole
où elle luit faiblement.

Personne ne l’a réclamée :
        le cimetière est désaffecté .
Si il y a parmi nous des anges,
ils restent très discrets,
ne voulant pas qu’on les dérange….


RC – oct 2017

 

Résultat de recherche d'images pour "necropole civaux"nécropole de Civaux ( Vienne )


Jean Grosjean – Elégie


KBLstill.jpg

 

Quelle épée me partage l’âme, m’ouvre au milieu du cœur ce gouffre d’être séparé de toi
et que tu meures de deuil et que je meure ?

Les roses ont la chair qui se décompose et l’eau pourrit dans les mares mais je crois
que je connais la haine.

Les uhlans, les famines et les trépas foulent ce chemin où tu pleuras doucement notre
jour dont déjà penchait la tête sur les collines à sépulcres.

N’étais-tu pas ma longue lumière d’été au soir de qui, accablé par l’amour, je
sombrais dans un rêve obsédé d’astres ?

Quand le frémissement de ton approche me réveillait avant le chant du coq, n’aurai-je
donc descellé mes paupières que pour me rendormir sur ma naissance ?

La destruction nous profane et son prince nous marche sur les yeux mais c’est en vain
que ses démons me raclent la mémoire sous le crâne où ton nom ne cesse guère.

De quel puits sont sortis sur le monde tant de dieux souterrains avec leur face de
houille et leurs tenailles sans empêcher tes os phosphorescents de traverser ma nuit ?

Certes je me tais mais les phrases en débris murmurent encore à la cime des
trembles ton âme qu’elles cachaient.

 

Jean Grosjean, Élégies [1967]


Laetitia Lisa – Même loin de toi


François Laxalt  -    paysage de mur.jpg

 

photo  François Laxalt

 

même loin de toi durant des lunes
je ne te quitte jamais
car pour moi tu danses sans fin
dans les bras de la nuit
ainsi tu me reçois
jour après jour
par un chant de joie
toi mon pêcheur d’étoiles


le spectre visible de la lumière – ( RC )


https://i1.wp.com/www.willtenneyphotos.com/Sundry/Resources/StairShadow.jpg

 

photo: Will Tenney

 

Bien sûr, nous respirons le jour
comme nous buvons l’eau .
La lumière s’est extraite de la nuit,
( ainsi         une fleur éclose ) .
             Le noir n’en est plus un,
et garde simplement    une présence,
             ramassé derrière les objets:
            prêt à tout envahir
lorsque le soleil clignote,
ou s’étouffe sous le tissu des nuées.

          Notre astre est seul et sans pensées,
sans concurrence immédiate,
il peut en prendre à ses aises
et nous faire transpirer,
s’il est suffisamment haut
        d’autant plus proche
de la verticale de l’horizon,
fait se tourner les ombres
qui semblent le fuir,
– comme si elles le craignaient…

        Les cadrans peuvent donner l’heure,
car on sait, ( sauf persistance des brumes ),
que les rendez-vous avec lui sont ponctuels:
sa trajectoire varie peu.
Les ombres vont donc dans le même sens.
        Elles ne réfléchissent pas,
– contrairement aux eaux –
elles concentrent un peu d’obscur,
déportent ailleurs la forme des objets
auxquels elles sont attachées.

        Il y en a même qui ont appris,
– dans leur fuite –
à descendre les escaliers,
mais il est rare quelles aillent très loin :
       C’est qu’elles ont peur de se perdre
et de se dissoudre dans d’autres formes,
ou dans l’indéfini.
      Elles restent légères,
encore davantage que la cendre ;
malgré leur opacité, et à jamais insaisissables.

C’est comme l’envers d’un décor :
le spectre visible de la lumière,
qu’on ne peut pas annuler .

 

RC-  sept 2017

 


Il ne pleut plus sur Nantes – ( RC )


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photo Nouvel Obs

 

 

Il ne pleut pas sur Nantes aujourd’hui .
   La ville a encore son teint blafard,
à peine sortie de la nuit,
et j’écoute Gaspard
( de la nuit ).

Il ne pleut pas en amour,
après un lent détour.
Des pas perdus à la gare,
s’égarent et s’emmêlent ,
[— les notes d’ « Ondine » de Maurice Ravel  ].

Ta lettre a dû croiser la mienne,
Je regarde les néons à travers les persiennes,
Il y a         ces notes fluides sur le piano,
… non…      pas de pluie nous dit la météo
          ( pour demain c’est plus incertain ).

J’ai traversé la lumière blanche ,
pensé à la dame en noir,
            Barbara en robe du soir ,
Vingt-cinq rue de la Grange au Loup
les habits du dimanche,

En amour,       on ne dit plus toujours,
L’aigle noir surveillait mon retour,
mais je suis venu trop tard :
       le jardin de pierres,
m’attendait, solitaire …

Les dernières notes de Ravel,
avaient un goût de sel .
        Il ne pleut plus sur Nantes .
Je n’y étais jamais venu :
( un parfait inconnu

dans une ville étrangère ) ,
Nantes,       je ne sais qu’y faire
Avant de revenir à la gare,
Témoin de naufrage ,
——– un tout dernier rivage

Avant l’amer.


RC – sept 2017


Conte soufi – La cithare du bonheur


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C’était un homme droit et sincère
qui cherchait le chemin du bonheur,
qui cherchait le chemin de la vérité.
Il alla un jour trouver un  vénérable maître soufi
dont on lui avait assuré qu’il pourrait les lui indiquer.

Celui-ci l’accueillit aimablement devant sa tente et,

après lui avoir servi le thé à la menthe,
lui révéla l’itinéraire tant attendu :
« C’est loin d’ici, certes, mais tu ne peux te tromper :
au cœur du village que je t’ai décrit,
tu trouveras trois échoppes.
Là te sera révélé le secret du bonheur et de la vérité. »

 

La route fut longue.
Le chercheur d’absolu passa maints cols et rivières.
Jusqu’à ce qu’il arrive en vue du village dont son
cœur lui dit très fort :
« C’est là le lieu ! Oui, c’est là ! »

Hélas ! Dans chacune des trois boutiques
il ne trouva comme marchandises
que rouleaux de fils de fer dans l’une,
morceaux de bois dans l’autre et pièces éparses de métal dans le troisième.

Las et découragé,
il sortit du village pour trouver quelque repos
dans une clairière voisine.

La nuit venait de tomber.
La lune remplissait la clairière d’une douce lumière.
Lorsque tout à coup se fit entendre une mélodie
sublime.

De quel instrument provenait-elle donc ?
Il se dressa tout net et avança en direction du musicien.
Lorsque, stupéfaction,

il découvrit que l’instrument céleste
était une cithare faite de morceaux de bois, des pièces de métal
et des fils d’acier qu’il venait de
voir en vente dans les trois échoppes du village.

A cet instant, il connut l’éveil.
Et il comprit que le bonheur est fait de la synthèse
de tout ce qui nous est déjà donné,
mais que notre
tâche d’hommes intérieurs
est d’assembler tous ces éléments dans l’harmonie.

 

Conte soufi.


Gilles Vigneault – Paysage


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photo DL Ennis

 

La lune a posé sur la plaine
L’argent d’un verglas sans pareil
À rappeler la porcelaine
D’une mer où dort le soleil.

Ah! Que la neige était plus belle
Aux saisons dont je cherche encor
La mystérieuse escabelle
Qui manque au coeur de ce décor

Pour que le jeu se recommence
Avec le splendide attirail
Du pays à la neige immense
Où la fenêtre était vitrail.

Ah! Que la neige était plus blanche
Et plus mélancolique aussi
Sa calme et paisible avalanche
D’un ciel au jour mal obscurci…

La lune a posé sur ma peine
L’éclat de son calme glacé.
Mon enfance ne fut pas vaine.
Voici déjà demain passé…

Gilles Vigneault


L’oubli de la pesanteur des choses – ( RC )


photo issue du blog « rencontres improbables.blogspot.fr  »

 

 

La barque fait oublier la pesanteur des choses,
elle, et son reflet,             passante paisible ,
glissent sur le miroir de l’onde
sans la rayer ou la fendre.
>    Elle est en suspension .

Seul le passage furtif de poissons
montre que l’air est habité en-dessous .
Avec les heures,          s’échappe aussi la bulle de la lune .
Elle suit tranquillement une courbe que l’on ne voit pas .
et ne crève pas à la surface,
                                           maintenue par le poids de la nuit.

 

RC     –     juill -2017