voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Jean-Pierre Paulhac – Une voix


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Une voix
Comme un sourire
Une voix
Comme un soleil
D’océan indien
Une voix
Comme un horizon bleuté
Vers lequel voguent mes mots
Aspirés d’espoir
J’entends
Des rires de palmiers qui se tordent de musique
Des pas de danse qu’invente une plage espiègle
Des chants qui montent sur des braseros ivres
Des crustacés qui crépitent leur saveur pimentée
Ici
C’est le silence gris des bétons déprimés
C’est la glace qui saisit tous les masques
C’est un jadis souriant embrumé d’ombre
C’est l’ennui qui ne sait que recommencer
J’entends
Des guitares rastas aux cris de parfum hâlé
Des bras nus de désir qui dégrafent la lune
Des hanches insatiables que dessoudent la salsa
Des nuits secrètes aux folles sueurs de soufre
Ici
C’est le mutisme morne des grimaces polies
C’est la morgue soyeuse des cravates policées
C’est la cadrature étroite des cercles vicieux
Qui soumet à ses ordres la horde quadrillée
J’entends
Mes souvenirs marins d’aurores océanes
Mes remords nomades de dunes vives
Ma mémoire exilée qui déborde en vain
De tant d’hivers que la chaleur a bafoués
Ici
Le temps se tait s’étire et se désespère
Le temps n’est plus une chimère bleue
Le temps se meurt de mourir de rien
Et chaque ride compte un bonheur perdu
J’entends
Un rêve qui papillonne son corail osé
Un rêve qui murmure un refrain salé
Un rêve qui soupire son souffle de sable
Sur l’éternel instant d’un été sans fin
Une voix
Comme un sourire
Une voix
Comme un soleil
D’océan indien
Une voix
Comme un horizon bleuté
Vers lequel voguent mes mots
Aspirés d’espoir

 

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Quand nous nous séparions… (chanson populaire chinoise )


photo:

Lee Jeffries

 
Quand nous nous séparions, les feuilles étaient vertes,
Maintenant tu reviens dans les neiges d’hiver.
Je songe malgré moi que la vieillesse approche
Et que dans tes cheveux paraissent des fils blancs.

 
Chanson populaire chinoise in « Mesures »  n° 1     15 janvier 1936


Susanne Dereve – Offrande


Les-tombes-rupestres--640x480-.JPG

nécropole rupestre – Abbaye de St Roman – Gard

 

De charogne ou de cendre le jour où Elle viendra

choisissez un bon bois de chêne, lisse au toucher, robuste et clair, 

gardez-moi des vaines offrandes,

ces urnes que les us épandent en sombres paraboles abandonnées au vent,

aux rumeurs infécondes et sourdes du levant

et qu’un bras malhabile se devrait de répandre au-delà du silence

comme on boit le calice âcre de la souffrance     

 

De charogne ou de cendre le jour où Elle viendra

choisissez un carré de terre,

de ce terreau qu’égrainera la pelle d’un ton clair  

il faut du temps il faut des fleurs pour oublier

il faut ce marbre uni où poser des œillets     

l’herme aux lueurs du soir est plus doux au malheur que ces brumes d’errance le vent a-t-il jamais  séché les larmes de douleur

 

De cendre ou de poussière lorsque le temps viendra

choisissez un bon bois de chêne lisse au toucher, robuste et clair

et dans ce vieux pays de Rance enterrez-moi près de mon père.

 

 

suivi de ma  « réponse »

 

Quel que soit le carré de terre,
que des pelles viendront blesser
la pierre ou le marbre,
l’ombre des cyprès,
les noeuds de leurs racines,
auprès de toi,

Quel que soit le vent,
qui répandra les cendres,
comme autant de paroles vaines,
et aussi les fleurs
qui meurent, de même,
dans leur vase,

Il y aura un temps pour oublier,
lorsque les mousses
auront reconquis la pierre gravée,
les pluies effacé les lettres :
              – même la douleur 
ne peut prétendre à l’éternité .

Que l’on enterre une princesse
avec ses bijoux,
et toutes ses parures,
ne la fait pas voyager plus vite
sur le bateau
de l’au-delà…

Ce qu’il en reste
après quelques siècles :
>          quelques offrandes,
et des os blanchis
ne nous rendent pas sa parole
et le ton de sa voix.

A se dissoudre complètement
dans l’infini,
                         c’est encore modestie :
– On pourra dire « elle a été » -,
mais le temps du souvenir,
se porte seulement dans le coeur des vivants .


RC

 

:

 


Des étoiles miniatures – ( RC )


Et la nuit s’étend partout,
sur les collines, les rivières,
les forêts et les déserts.

Je m’étends sur le sol.
Les herbes devant moi
oscillent dans la fraîcheur du matin,
à peine visibles dans le ciel de velours noir.
Il y a toujours des astres qui scintillent
et dansent dans leur feu d’artifice.

Elles semblent soudain si proches,
qu’on pourrait les croire à portée de main.
D’ailleurs en voila qui zigzaguent,

dans une trajectoire imprévue
et clignotent en dansant .
Ce sont des lucioles,
comme des étoiles miniatures,
dont la lumière se dissout peu à peu
avec l’arrivée de l’aube.


RC – mai 2017


Henry Bauchau – le voyage


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Le voyage

Tu pars, tu vas quitter la durée de la neige
Pour un autre temps plus actif, on dit là-bas que l’Histoire s’accélère.
Pourra-t-elle produire une raison paisible, une femme née de la terre
Éclairée de pensée vivante par la voyance, la claire audience de son corps.
Tu es dans la saison de la simplicité, quand la vue baisse on ne voit que les plus simples lignes.
(…)
Tu pars, tu vas longer la pente des rivières, tu passes des villages grèges
Rien n’est beau que la vigne nue, sous le vert des phosphates,
rien n’est plus éclairé que le mur manuel.
Tu es dans le cimetière des vignerons, tu cherches entre les tombes une trace perdue
Le lac dans la brume, il est couleur de perle, au milieu du nuage on voit deux larmes, on voit
deux barques suspendues.
À l’ombre du muret, il reste un peu de neige et tu lis sur la pierre :
Ma grâce te suffit. C’est ce que j’avais oublié.


L’abandon des cuirasses – ( RC )


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Des décombres et poutres fumantes,
les restes des samouraïs
que l’on voit après la bataille
et, contre toute attente

perdus au milieu de champs magnétiques .
Le masque de quelqu’un a occupé la place,
et se cache derrière leur face
– un sourire énigmatique – .

De quelle espèce, de quelle famille … ?
une trace que l’existence imprime,
le regard indécis de l’anonyme,
comme dans la roche, un fossile .

Ainsi, des tenues de protection
les mineurs au corps absent …
Il en reste l’habit pesant,
devenu, au musée, pièce à conviction .

L’activité est suspendue ,
faute de rentabilité ;
les mines ont périclité,
des fantômes d’ouvriers, semblables à des pendus .

Des êtres vidés de leur substance
ont abandonné leurs cuirasses :
le passé est voué à la casse ,
à mesure que l’on avance….


RC – juin 2017

 


Rainer Maria Rilke – Automne


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Les feuilles tombent, tombent comme si au loin
se fanaient dans le ciel de lointains jardins ;
elles tombent avec des gestes qui se refusent.

Et dans les nuits la lourde terre tombe
de toutes les étoiles, dans la solitude.

Nous tombons tous. Cette main tombe.
Et vois, cette chute est dans toutes les autres mains.

Et pourtant il y en a  Un qui retient dans sa main,
cette chute délicatement, éternellement.

*

Herbst

Die Blätter fallen, fallen wie von weit,
als welkten in den Himmeln ferne Gärten;
sie fallen mit verneinender Gebärde.

Und in den Nächten fällt die schwere Erde
aus allen Sternen in die Einsamkeit.

Wir alle fallen. Diese Hand da fällt.
Und sieh dir andre an: es ist in allen.

Und doch ist Einer, welcher dieses Fallen
unendlich sanft in seinen Händen hält.

*

The leaves are falling, falling as if from far up,
as if orchards were dying high in space.
Each leaf falls as if it were motioning « no. »

And tonight the heavy earth is falling
away from all other stars in the loneliness.

We’re all falling. This hand here is falling.
And look at the other one. It’s in them all.

And yet there is Someone, whose hands
infinitely calm, holding up all this falling.

Rainer Maria Rilke  –       Le livre d’images        (Das Buch der Bilder)


Virginia Woolf – les femmes ne doivent pas avoir peur de l’obscurité


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Les femmes doivent toujours se souvenir ce qu’elles sont
et de ce dont elles sont capables.
Elles ne doivent pas avoir peur de traverser les champs vaincus de l’irrationalité,
ni de rester suspendues sur les étoiles de la nuit,
posées sur le balcon du ciel.
Elles ne doivent pas avoir peur de l’obscurité qui abuse les choses,
parce que cette obscurité libère une multitude de trésors,
les ténèbres qui,    libres,    déshabillées et ferventes,
savent que personne ne les connaîtra jamais.


Julio Ramon Ribeyro – cendrier


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L’habitude de jeter mes mégots par le balcon,
en pleine place Falguière, lorsque je m’appuie au rebord

et qu’il n’y a personne sur le trottoir.

C’est pourquoi cela m’irrite d’y voir quelqu’un  lorsque je vais faire ce geste.

“Que diable fait ce type dans mon cendrier?”        me dis-je.

 

Julio Ramon Ribeyro


Salah Al Hamdani – Le jour se lève sur Bagdad


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Avant l’Euphrate    il y avait un horizon
qui guidait le nomade
une larme au-dessus d’une dune
une averse sur les falaises
une grêle d’enfance
une lumière qui inondait l’argile

L’Euphrate est ma mère
et je le reconnais comme on enjambe son matin
pour un tatouage de soleil
sur un palmier
dans une vieille cour.


Désintégration – un chant dans les hautes terres de Mongolie – ( RC )


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Le soir devient un fait établi,
et s’étale,          presque fluide,
sur les hautes plaines de Mongolie.

On perçoit dans la langueur des ombres,
un chant étrange,       comme si les pierres,
en tapis, étaient le fruit de paroles sèches,

une métaphore du désert chantant  :
le reste de l’explosion des roches,
répandu dans le désert de Gobi,

l’esprit des dunes,
une désintégration,
à échelle minuscule,

un fractionnement ( en tous petit morceaux ) ,
qui s’assemblent au gré du vent,
avec                 une fluidité lente .

>    On n’en cerne pas les formes,
car les dunes se déplacent
et ondulent,            dans le silence,

( ou presque, )
puisque ce chant ténu,
serait celui ,

produit par la friction
de quantités de grains de sable,
auquel l’horizon         répond,

en un bourdonnement continu
qui semble de loin,
horizontal,       justement,

mais recule,
de même     que les distances
alors que l’on s’avance .

Les ondes s’étirant,
tant dans l’espace aérien , qu’au sol,
arrivant à  fusionner.


RC – juill 2017

 

basé  sur la musique  de Tristan Murail  » désintégration »,

composée précisément par rapport au désert de Gobi .


Pierre de la Faille – Mort tuée


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Vient le bull géant de Silicon Valley.

Il jette bas la plus haute cime de la sierra
où trône, nu-crâne, l’épouvantail
— les tibias croisés, une faux sur l’épaule.

Ici se scelle l’alliance du soleil de minuit :
lumière non-stop.
S’évaporent les relents du roussi et de cierge.
Passe le corbillard.

Où sont les clairons des remparts ?
L’électron quitte l’atome

IL se tient droit.             ELLE sait.

On entend des mots sourds comme un orage lointain.
La fleur rouge de l’hibiscus ne fane plus.


Véronique Janzyk – un chien dans les sables


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Un chien pris dans les sables
Embourbé
Dans les sables d’une mer
Je rêve de moi aussi
Qui m’embourbe
Enlacée au chien
Mais de nous embourber à deux
Nous nous dégageons
Nous nous tortillons
Nous roulons vers le sec
Au sortir de la nuit
Au sortir de chez moi
Je vois venir
Une femme
Un chien en laisse
Couleur abricot
Comme le chien des sables
Elle me propose de lire
L’avenir dans ma main
La diseuse d’aventures

 

Véronique Janzyk


Sur les murs d’Hiroshima – ( RC )


Je relie les choses à leur absence:

Pas même  d’épitaphe sur le mur,
Juste une ombre incrustée dessus.

Aucun tracé à la craie
Comme on le voit autour du corps,
Les policiers en faisant le contour,
préservant la disposition des membres,
avant qu’on ne l’enlève.

 

Aucun effet autre
que le témoignage de l’éclair
gommant la présence des hommes

sur les murs d’Hiroshima.


RC – avr 2017


Joseph Brodsky – le cadeau béni, pour l’athée


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Dans les villages,
Dieu ne vit pas dans les coins
comme pensent les sceptiques.
Il est partout.
Il bénit le toit,     il bénit les plats,
il tient ouvertes à moitié les doubles portes . 

Il est surabondant. 

Dans le pot de fer ,  là.
Cuisinant les lentilles le samedi.
Il se dandine doucement et fait des craquements dans le feu,
il me fait un clin d’oeil, son témoin.
Il assemble une clôture, il marie la douceur du coeur au bûcheron.
Ensuite, pour faire une blague, il fait tomber le garde-champêtre juste à côté de chaque tireur ciblant un canard qui passe.
La chance de regarder tout cela de près,
tandis que l’automne siffle dans la brume,    c’est, pour l’athée,
le seul cadeau béni qu’il y ait dans les villages .

 

tentative de traduction  ( RC )

 

In villages God does not live in corners as skeptics think.

He’s everywhere.

He blesses the roof, he blesses the dishes,

he holds his half of the double doors.

He’s plentiful.

 

In the iron pot there.

Cooking the lentils on Saturday.

He sleepily jigs and bops in the fire,

he winks at me, his witness.

He assembles a fence,

he marries some sweetheart off to the woodsman.

Then for a joke he makes the warden’s every potshot

fall just short of a passing duck.

The chance to watch all this up close,

while autumn’s whistling in the mist,

is the only blessed gift there is in villages,    for the atheist.


Jacques Borel – le loup


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Le loup n’a que la peau, les os,

Mais il enterre sous la neige

Le plus précieux de ses fardeaux,

La victime veuve et dorée

Qui pourrait seule le nourrir

Il la préserve de mourir

Dans la glaciale profondeur

Où la raniment ses désirs

Puis, les yeux clos sur une image,

Brûlant d’un feu de pierreries,

Il file seul entre les pièges

Et c’est sa faim qui le nourrit.


Henry Bauchau – Matines


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Matines

Que l’homme dans le temps utile
Soit l’impatience d’exister

Et l’âme dans les eaux nubiles
Ouverte à l’immobilité
Peu de précèptes, la clarté
Peu de paroles de prière
Et cette sobre ébriété
Dans l’abondance de lumière.

 


Je ne sais rien du jour qui vient – ( RC )


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Hier devait aussi être incertain pour nos pères .
Pour ne pas se perdre,     comme le petit Poucet,
ils ont laissé des temples aux marches de pierre,
avant d’entrer dans la courbure de la terre.

Des forêts ont pris leur essor,
leur foisonnement s’est épris du vent,
leurs racines ont fouillé le temps,
jusque aux ossements de ceux qui ont vécu .

Mille vies ne changeraient rien :
ni aux soleils et à leurs éclipses,
ni à la rosée du matin,
déposée sur les herbes

Je ne sais rien du jour qui vient.

RC – avr 2017


Catherine Pozzi – Escopolamine


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Le vin qui coule dans ma veine
A noyé mon cœur et l’entraîne
Et je naviguerai le ciel
À bord d’un cœur sans capitaine
Où l’oubli fond comme du miel.

Mon cœur est un astre apparu
Qui nage au divin nonpareil.
Dérive, étrange devenu !
Ô voyage vers le soleil —
Un son nouvel et continu
Est la trame de ton sommeil.

Mon cœur a quitté mon histoire
Adieu Forme je ne sens plus
Je suis sauvé je suis perdu
Je me cherche dans l’inconnu
Un nom libre de la mémoire.
Escopolamina

El vino que por mis venas fluye
Ahogó mi corazón y se lo lleva
Y por el cielo yo navegaré
En un corazón sin capitán
Donde el olvido es blanda miel.

Mi corazón es astro aparecido,
Que nada en el divino sinigual.
¡Deriva, extraño acontecido!
Oh viaje, largo viaje hacia la luz—
Sonido nuevo y nunca interrumpido
Es la tejida trama de tu sueño.

Mi corazón abandonó mi historia
Adiós Forma ya no siento más
Estoy a salvo al fin estoy perdido
Me voy buscando en lo desconocido
Un nombre libre de la memoria.

Versión de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

 

Catherine Pozzi (1882-1934)

 


Jacques Ancet – Diptyque  avec une ombre


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Tu passes toujours et tu reviens.
D’autres t’ont donné un nom. Pourtant
tu n’en as aucun, tu les as tous.
Je dis cendrier, purée, pollen,
je dis visage, herbe, bol, silex.
Tu sors de l’un pour entrer dans l’autre.
Tu tisses des fils qu’on ne voit pas
mais qu’on sent partout. J’ouvre la porte,
je suis sur le seuil: tu me regardes.

 

Diptyque  avec une  ombre    2005

 


Une ville dont je connais les artères – ( RC )


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C’est une ville dont je connais les artères,
je les ai parcourues, en tout sens,
il y a longtemps,
et je trouvais mes repères ,
devenus familiers,
à la façon d’un jeu de pistes.

Je suis retourné,
dans ma ville natale,
les places ont bien le même nom,
mais les immeubles n’ont plus le même aspect,
leur aspect est devenu froid,
débordant de béton et de verre.

Les rues ont le même tracé,
mais je ne les reconnais plus .
Elles ont perdu leur familiarité,
leur intimité.
Elles sont des lieux de passage,
et pourraient être ailleurs.

L’ailleurs s’est importé,
décalqué, en quelque sorte
sur les quartiers, que je traversais à pied.
La ville que je connaissais
s’est dissoute peu à peu, comme un souvenir
auquel je n’accède plus.

Elle n’a de nom que géographique .
La ville de mon enfance
avait son charme désuet,
ses rues encombrées,
mais je pouvais lui parler.
Mais si je le fais aujourd’hui, personne ne répond.


RC  – janv 2017


Eugenio de Andrade – le poids de l’ombre III


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photo  Raphael Milani

 

.

Le poids de l’ombre III.
.
.
.
C’était septembre
ou bien tout autre mois
propice à de petites cruautés :
Que veux-tu encore ?
Le souffle des dunes sur la bouche ?
La lumière presque nue ?
Faire du corps entier
un lieu en marge de l’hiver ?

 

Estonie 2013
.


Mai n’en prendra pas ombrage – ( RC )


photo Emilio Jimenez

 

 

En avril ,
ne te découvre pas d’un fil,
mais en mai offre toi au ciel,
à la caresse du soleil,
dorée comme le pain chaud,
étendue sur ta peau.

Très chère dame,
on voit bien l’ombre de la palme
qui se dessine
sur tes collines,
à la façon d’un coeur
posé tout en douceur

Une feuille dont les doigts
oscillent et s’emploient
à laisser leur trace claire
– un dessin sur la chair
du paysage .
Mai n’en prendra pas ombrage.


RC – mai 2017


Garous Abdolmalekian – Esquisse 1


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Esquisse  1
 
Même l’envol 
N’était plus le rêve de cet oiseau
 
Une à une il a arraché ses plumes
Pour que sur cet oreiller
Il puisse faire un autre rêve

extrait de « Nos poings sous la table »


Basculés derrière l’horizon- ( RC )


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photo Phil F-

 

Sous nos yeux étonnés,
se déroule un grand film .
Panoramique,

il occupe tout l’espace ,
mais change     à vive allure,
comme si les champs
poussaient les montagnes,
les montagnes,        le lac,
le lac,                        la ville,
la ville,                   les forêts…
basculés derrière l’horizon .

Tout s’en va,
tout s’efface ,
derrière l’écran de la fenêtre .

>   Sans certitude
sur le bon endroit,
celui    où les choses s’attachent ,
où l’arbre demeure,
des siècles durant.

Le mouvement du train
zappe l’éternité
pour un temps éphémère,
un temps compressé ,
qui demeure curieusement
étranger
à la lente caresse du vent
dans l’ondulation des blés .


RC – juill 2017