voir l'art autrement – en relation avec les textes

photography

Entre mes doigts, un peu de poussière d’argent – ( RC )


Il y a ce berceau gris
de photographies à moitié développées,
de celles qui emballent
les premiers jours de ma vie :
ce sont dans ces profondeurs du sommeil
où nous nous serions rencontrés,
partageant un rêve inachevé.

Faut-il que j’en sorte,
maintenant un peu plus sombre,
avec le regard qui s’égare ?
Le rêve se serait terminé
sans qu’on s’en aperçoive
et je tiens entre mes doigts
un peu de poussière d’argent.

Le réveil est évanescent :
on me voit adolescent,
accoudé au buffet noir ,
mais la photo ne capte qu’un instant,
pas l’éternité,
et encore moins le futur
où nous pourrions à nouveau, nous rencontrer.


Robert Juarroz – un morceau de rêve entre les mains


Je me suis réveillé,
un morceau de rêve entre les mains,
et n’ai su que faire de lui.
J’ai cherché alors un morceau de veille
pour habiller le morceau de rêve,
mais il n’était plus là.
J’ai maintenant
un morceau de veille entre les mains
et ne sais que faire de lui.
À moins de trouver d’autres mains
qui puissent entrer avec lui dans le rêve.

in Roberto Juarroz/ Poésie verticale


Marie-Hélène Lafon – Herbe


photo perso 2021

L’herbe est l’apanage de ce pays, sa première peau.
Elle s’immisce, elle confond par sa virulence.
L’herbe en terre verte ne se sème pas, elle se donne.
A la fin de mars, aux détours du changeant avril, elle pointe, timide, têtue.


En mai, en juin, elle devient insensée, elle ne connaît pas sa force, elle n’a plus de limites,

elle regorge, elle pavoise, elle frôle l’invraisemblable, elle se marquette de troupeaux repus et de pissenlits sémillants.


C’est la saison majuscule, le temps d’insolente jeunesse.
Le vent la brasse, l’étreint, l’éreinte, la pluie la couche, elle se redresse, elle récidive, elle vient à bout de tout.
Elle sent fort le neuf. Enfin elle s’émaille de fleurs vives et penchées, c’est son chant du cygne, elle sera fauchée pour excès de zèle, prolifique munificence.

Elle a été fauchée. Elle jonche, et encore, avant d’être enfournée dans la gueule chaude des machines qui tonitruent, avant la touffeur des granges et des hangars, avant les gaines de plastique drapé, encore, l’herbe se donne. Elle emplit l’air, les soirs, les nuits s’arrondissent d’elle, elle poursuit, elle happe, elle prend, se fait capiteuse, entête comme une chanson ancienne.

Ramassée, compressée, engrangée dûment, elle persiste, elle repousse, elle revient, elle recommence, elle est là, plus légère et non moins crue, à peine émaciée, en regain convoité, une ou deux fois par saison sur les terres les plus généreuses.
Son royaume serait les montagnes d’été où les machines ne l’atteindront pas.

Sur les plateaux de pleine lune, Limon, Cézallier, Aubrac et autres steppes, juin, juillet, août sont le grand temps de l’herbe en gloire, sertie de fleurs aux prénoms précieux.
Les bêtes lentes, répandues sous le ciel énorme, la paissent.
Plus tard, au large des automnes, le fastueux navire cargue les voiles pour le voyage d’hiver, on le déserte;

tout est rare, troupeaux et gens, ce qui reste de l’herbe se tasse, tenace, indéfectible, jauni, mâchuré, roux et rêche à l’œil, souple cependant sous le pied.
Les insectes crépitants n’y courent plus.
L’herbe se fait pelisse, toison de la bête, tendue au ras des jours et des nuits, craquetante et enchantée de givre dans les aubes de décembre.
Sous la neige l’herbe recommence.

extrait de l’ouvrage  » album  » éd Buchet-Chastel


André Fromont – le silence n’existe pas


document extrait d’un des nombreux albums « d’images » de André Fromont  » vous me suivez »


Le platane dans la cour – ( RC )


Feuilles mortes : composter ou pas ?

 

_
Je me souviens de l’arbre
dans la cour de récréation ;
c’était un de ces platanes
dont on rognait les grosses branches.

Au roulement des nuages d’automne,
le platane abandonnait ses feuilles
avec des nuances , où il restait
du vert et du jaune , parmi la rouille .

A sa base, une rondelle de béton
comportait un multitude de stries en creux
où les enfants se groupaient
pour jouer aux billes
avec le but d’en faire le tour
le plus rapidement,
tout en évitant les creux.

Je me souviens y avoir joué aussi,
       les doigts tachés d’encre violette.
C’était celle qu’on utilisait encore
dans ces récipients en porcelaine blanche
incrustés à droite dans le trou du bureau .

Je me souviens…
( comme dirait Pérec )
aussi ,      de l’odeur âcre des feuilles,
que l’agent d’entretien faisait brûler,
    odeur qui marquait définitivement
        la fin de l’été.


Jean-Claude Pirotte – la mer ne dort pas


photo perso – Lanildut – Finistère

Vous avez remarqué dit-il
que la mer ne dort pas
elle est depuis toujours sujette
à l’insomnie c’est le vieil
Hésiode qui l’observe
la mer et moi nous ne cessons
de nous défier sous le ciel noir
quelquefois je joue à l’aveugle
au paralytique je joue au mort
elle en profite pour répandre
du sable et du temps sur mon corps


Wladyslaw Slzengel – loin ( conversation avec un enfant )


Afficher l’image source


Conversation avec un enfant

Mille neuf cent quarante deux.
La mère et l’enfant.
Un atelier, un bloc…
L’enfant au visage de lys
La mère aux cheveux de lait
Dis moi mère, demande le petit,
que signifie : loin…


Loin, c’est au-delà des montagnes,
des forêts et des rivières…
Loin c’est les rails…
Loin, c’est un voyage en mer,
des bateaux et de grands espaces livides,
et des montagnes au soleil pourpre…
Loin, c’est des îles dorées
et le souffle des brises parfumées,
une verdure éclatante
et le sable doux et sec.


Mais comment expliquer à l’enfant
le sens du mot : loin…
quand il ignore ce qu’est une montagne,
ou à quoi ressemble une rivière…
et n’a pas comme sa mère… et n’a pas comme moi
ces images plein les yeux,
alors comment expliquer à l’enfant
le sens du mot : loin …
Loin, mon enfant chéri
(une larme frémit sur les cils)
loin, c’est comme de notre bloc

jusqu’au bloc Toebbens…

Et dis-moi maman chérie
que signifie : autrefois…
Autrefois, c’est une soirée en ville,
des lampes qui brillent, des néons…

C’est le calme d’un appartement tranquille et un poêle bien chaud
Autrefois, c’est des gâteaux de Ziemianska
autrefois, c’est un déjeuner avec la radio autrefois,
c’est chaque matin Notre Revue »’
et le soir le cinéma Palladium.

Autrefois, c’est un mois à la mer, autrefois,
c’est…des photos d’une excursion
et une photo d’un mariage sous le voile
et du pain blanc sans paille…

Mais comment expliquer à l’enfant
ce passé clair et glorieux
quand il n’en sait rien… absolument rien…
comment expliquer : autrefois …

Tu vois, mon enfant chéri, déjà triste et vieux,
autrefois, ça signifie quand autrefois…
ils ne nous rationnaient pas le miel

et dis-moi, maman, dis-moi
C’est quoi, ce que j’entends la nuit…
ces longs sifflements… au loin…
qu’est-ce qui siffle, et pour quoi faire….

Comment expliquer à l’enfant,
quel exemple quel motif prendre,
pour expliquer le sifflement nocturne
et lointain des locomotives…
comment expliquer les rails
et la longue route vers l’infini
la joie de filer en sleeping
dans des express fous.

Gares, signaux, aiguillages,
nouvelles villes, rues,
billets, correspondances, bagages,
journal, buffet et porteur.

Le miroitement de petites lumières la nuit
les trainées lilas des fumées.

Comment expliquer… et pour quoi faire,
qu’il y a encore un monde quelque part au loin ça,
veut dire, mon petit garçon,
toi qui tords tes doigts de chagrin,
que ça peut s’étendre plus loin que Toebbens…
et encore plus loin que le miel…

notice biographique sur l’auteur ( poète du ghetto de Varsovie )


Un peu de soleil à l’intérieur – ( RC )


extrait de Vincent et Théo – image montée

Le soleil a disparu
à force de tourner sur lui-même.
On ne le voit plus.
Le peintre s’est tu.

Juste une poudre de lumière
atteint encore la terre :
une brume de misère
qui la hante.

Beaucoup de plantes
ne savent plus ce qu’il faut faire.
Elles se crispent dans le sol
et se souviennent des jours
où la terre tournait encore autour.

Pourtant des tournesols ont fleuri,
comme des marguerites jaunes,
en tout petit,
qui, dans leur douleur
ne montreraient plus leur coeur.

Entre les doigts de la brise,
elles dialoguent
et refusent de flétrir :
la nouvelle s’est répandue
de la mort de Van Gogh

c’est qu’elles ont encore
assez de soleil et d’or ,
pour qu’à l’intérieur ,
son souvenir
soit leur propre lueur.


Agusti Pons – Quand il m’embrasse, des baisers de sa bouche


et son souffle confond le mien
et son bras dur rejoint nos corps
et son désir se propage lentement.
Ah, qui pourrait alors arrêter les heures!
Arrêter le monde et sa rotation lente:
capturer l’Éternel comme si un secret inutile
nous transformait en lumière de l’univers.

Quand il vient à moi
mon parfum le réclame
et mes cheveux parfumés, impatients,
et mon sourire trahit mon amour
comme si amoureux , l’amant était piégé!

Je suis en colère contre le vent quand je suis son refuge
et le protège de tout malheur:
je me donne à lui – et je le deviens –
et avec lui je soutiens notre seul mirage:
le royaume des dieux et le sable du désert.


Haïku d’un crépuscule – ( RC )


Sun,sunset,dark,clouds,orange - free image from needpix.com

au soleil qu’engloutissent les vagues ,
sombrent des couleurs du monde ,
lourds doigts de ténèbres


Dans le mystère des bois – ( RC )


photo perso – Lozère octobre 2020

Il y a encore quelques hommes,
pour recueillir des dons d’un ciel
de novembre, étrangement clément .

Ceux qui arpentent les forêts,
se guident sur les chemins
presque complètement enfouis

sous l’ocre des feuilles.
La terre aimable a caché l’été ,
sous les jaunes et les oranges.

La sève se retire des arbres,
se préparant à l’hiver,
le petit peuple des champignons en profite .

Ce sont peut-être de petits gnomes
qui montrent leur visage,
en dansant en cercles serrés.

Dans le mystère des bois,
commencent à roder les brumes
entre les roches de Huelgoat .

Certains y verraient les fées
qui font leur cueillette d’herbes
de cèpes et d’amanites.

C’est de leur cuisine
que les brumes
s’enroulent dans la futaie .

Si les doigts du vent font silence,
c’est peut-être leurs pas sur les feuilles sèches
que tu entendras,

mais ne t’attends pas à les surprendre,
car leurs robes les cachent
et nos yeux ne peuvent les apercevoir.

Forêt de Huelgoat - Automne 2017 - Lit de rochers
photo lecocon : forêt d’Huelgoat

Le couple de pierre a perdu son ombrelle – ( RC )


 
photo perso – Gorges du Tarn,  vers le hameau de la  Croze
 

       

Je ne sais depuis combien de temps
         patientent ces gens
au sommet de la colline .
Ont-ils perdu leurs habits d’hermine
ainsi que leur ombrelle ?


Les voila changés en statues de sel,
        ces deux amants
            exposés au vent,
mais toujours aussi proches.


         Leur visage de roche
par un sculpteur,      immortalisé
         en prolongeant leur baiser
     en aplomb du précipice.


On pense à Philémon et Baucis
     dont l’existence réelle
      ne s’embarrasse pas d’ailes :
leurs branches enlacées , 
un face à face rapproché ,


où l’amour peut affronter
le passage des années,      pour l’éternité.


Dans le silence d’une fin d’été – ( RC )


photo auteur non identifié – lac Baïkal

Je ne sais plus où s’éteint
la voix du vent,
dans un soupir peut-être,
comme ne se ride plus
la surface du lac.

Les pierres en profitent
pour se sentir légères,
et s’envoler d’espoir,
contre les nuages
à l’avancée du soir.

Le jour sur sa fin, s’étire, las.
Il abandonne ses couleurs…
Il n’y a plus ni haut ni bas,
ni pesanteur
dans ces dernières heures.

Les barques sont posées
sur elles-mêmes, noires,
le reflet des eaux est un miroir
baignant les étoiles;

Deux notes d’un crapaud solitaire
quelque part sur la terre,
la voix lactée , s’étire , pâle
dans le silence d’une fin d’été.


Maria Geovani Silva Pires – aubes profondes


tentative de traduction de cette auteure brésilienne

Maria Geovani Silva Pires

Dans les aubes profondes
Je suis rempli d’amour pour l’infini
et c’est seulement maintenant que je comprends …
que mes mains ont été modelées pour te contenir,
apportant deux bols pleins et moelleux …
qu’ils tiennent tremblants,
et se soulèvent mes lèvres assoiffées …
Ils servent mon anxiété
et mes espérances,
comme un vin de douceur ,
délices aux saveurs indescriptibles,
que mes lèvres sirotent
entre baisers et caresses d’amour.
Dans la matinée tranquille qui se blottit,
la rosée est déjà présente
sur herbe molle.
Dans la douce paix d’un nid parfumé,
Je te veux à côté de ma poitrine d’amant qui …
dit qu’un rêve ne s’effondre pas du jour au lendemain
et tous les rêves n’ont pas été faits
pour être défaits.

Nas madrugadas profundas
me encho de amor pelo infinito
e só agora compreendo…
que minhas mäos foram modeladas para conter-te,
trazer duas taças cheias e macias…
que elas sustentam trêmulas,
e erguem aos meus lábios sedentos…
Elas te servem a minha ansiedade
e aos meus desejos,
como um vinho de doçura
e delícias de indescritível sabor,
que meus lábios väo sorvendo
entre beijos e carícias de amor.
Na serena manhä que aconchega,
o orvalho já se faz presente
na relva macia.
Na doce paz de um ninho perfumado,
quero-te junto ao meu peito amante que…
Diz que näo se desfaz um sonho da noite para o dia
e nem todos os sonhos foram feitos
para serem desfeitos.


Un chat, un oiseau, sur la photo – ( RC )


Balloon Juice | Respite Open Thread: Meet Max

Le chat ignore l’oiseau,
qui figure sur la photo,
juste à côté de lui.
C’est que l’image
ne le rencontre pas.
Cela sent l’encre
et non le duvet .

Le côté plat ne fait pas illusion:
le monde n’est pas amputé
d’une partie de sa réalité,
c’est juste la lumière
qui s’est posée sur l’oiseau,
et dont on a prélevé
une trace fugace,
mais aucune plume,
aucune chaleur.
Le chat ne s’y est pas trompé.

( sur les  rapports  entre l’image  et la  réalité, se rapporter  à l’essai de Jean-Christophe Bailly   » l’imagement » ( que  l’on pourrait décomposer  en deux  mots:  l’image – ment)..

et  dont voila  un extrait:


Renée Vivien – Chanson


photo Annick Levesque

Le soir verse les demi-teintes
Et favorise les hymens
Des véroniques, des jacinthes,
Des iris et des cyclamens.

Charmant mes gravités meurtries
De tes baisers légers et froids,
Tu mêles à mes rêveries
L’effleurement blanc de tes doigts.

____________(Études et préludes, 1901)


Barbara Auzou – Où ?


voir le site de B Auzou « lire, dit-elle »

Où sont-ils maintenant
Sinon sous les paupières piétinées du vent
Ceux qui fabriquaient la nuit de l’âge
Sous des pavés dissous d’ombres vaines
Et qui tentaient de déchiffrer
Les humeurs sévères de la mer inconsolée?

Ont-ils cru que tout se tient
Et qu’on se choisit l’angle du visage
propre à fabriquer des matins

Dans une poche d’air entre deux murs?
L’oiseau de la tempe depuis si longtemps
Brosse l’azur
À la recherche d’une vérité un peu respirable
Où s’érigeraient la fleur respectable
Et les chambres efficaces où coucher les os du temps.


François Corvol – comme la pluie


Falling Rain Drop On Floor Stock Footage Video (100% Royalty-free) 910252 |  Shutterstock

Mon rêve était comme la pluie
Et je l’entendais
Dans la cour et sur la pierre
Éparpiller les petites taches
Îlot de rêves
tombe


Abedlkhebir Khatibi – l’habitude du soleil intime


la-geria-lanzarote_27689501905_o

photo: Olivier  Rocq

 

C’est l’habitude du soleil intime
De retenir son éclat,
De l’accompagner
D’une saison parallèle à l’autre
Sur ce calendrier d’énigmes :
Chapelet gradué de rayons,
Pour quelle procession
Gardez-vous la formule de l’Anneau ?
Son cachet stellaire ?
Pour sacrer mon anniversaire
Et il l’est à ma naissance
A l’aube d’une légende,
Puissé-je t’accorder
Au-delà de l’Etrenne
Le chiffre du Partage ?
Nul ange ainsi dénommé
N’assiste à cette alliance
Nul dragon sous l’aile
De quelque dieu perdu
Il a le don
— Le Passeur de l’autre rive —
De me confier à mes mains
Et dès le premier pas.
C’est lui qui m’oriente
— Corps et pensée —
Selon ce voyage initiatique.
Il a le don, regarde !
De me porter jusqu’à ton apparition


Une vie au ralenti – ( RC )


Colorful Fall Leaves on Wooden Park Benches

Du troisième étage,

on voit le kiosque  à journaux

devant le parc aux platanes ,

          qui s’ennuient.

 

Ils s’ennuient des enfants 

qui sont maintenant

à l’école,   et des mamans

ne sortant plus les  landaus .

 

          La vie est au ralenti,

      ce vendredi après-midi.

L’automne recouvre le carrefour

de feuilles brunes  et or .

 

Tout le quartier se dissimule

sous les parures des arbres

        désormais au sol

masquant le goudron.

 

Les rues,    semblables

    à une  étoile de mer ,

ne mènent plus  désormais

nulle part .

 

       Les feux de circulation

       n’ont rien compris.

Ils changent de couleur

obstinément, en  cadence .

 

        La ville s’est  endormie

( une pause avant la pluie ).

Les voitures alignées

    ont l’air  de scarabées gris.

RC- nov 2019

Quine Chevalier – Au bord du feu


  Et si les incendies en Australie étaient une conséquence de la ...

            I

Au bord du feu, au ban des ronces
entre les plaines délétères,

corps de naissance
en rien vêtu

les hardes ouvertes de lumière,
tu jettes un corps sur tes épaules.

Lequel des deux infanticide ?
Le vent rafle les chevaux sans territoire.

Nuit sacrificielle
sur les cerceaux hantés

du grand portique :
danse.

 

                II

Par la vraie nuit
à ses textures de silence

au bord du feu
au ban des ronces

porter un corps
et son vertige

un corps jeté
hors la nuit

sur les épaules


Mokhtar El Amraoui – sans valises


Les Pigeons voyageurs

Sans valises
Quand les ailes se déploient,
Je me tais
Et écoute mon maître le pigeon.
Sans valises,
Sans mémoire,
Il décide de la portée de son clavier
Et ouvre, seul,
Les veines de la ville
Et ses cieux.


Sonnet pour un piano abandonné – ( RC )


photo Romain Thiery: Requiem pour pianos 30, Pologne

Quelques décennies,
et la mélodie s’est effacée
parmi les miroirs voilés
et fenêtres obturées.

Qui nous jouera encore
les valses et mazurkas
dans le salon
de grand apparat ?

Le piano n’a pu s’envoler:
trop lourd de son aile noire
en retombant, un de ses pieds s’est cassé

comme ses rêves de liberté
se conjuguant au passé :
le grand piano aux dents brisées.

 

RC juin 2020


Sigmund Freud – partout où je suis allé


Panavera 02

montage perso RC

 

Partout où je suis allé, un poète  était allé  avant moi…


Discrète à ses côtés – ( RC )


Fig. 18. L’Ombre, Loïe Fuller 1921.

 

photo  Loïe Fuller  –  1921

 

C’est elle qui suit notre personnage.

Elle en a les gestes, mais pas la consistance,
elle est attachée aux pas,
fidèle et obstinée
s’adapte aux circonstances, se déforme à loisir.

Rien ne peut la soumettre, si ce n’est
l’extinction des lumières.
Elle demeure anonyme, et n’a pas d’autre nom
qu’ombre.
Discrète elle demeure à ses côtés,
jamais elle ne prend  d’initiatives.
Est-ce un personnage secondaire,
qui s’en détachera,         lorsque la vie
                         brusquement, le quittera ,

comme on mouche une chandelle… ?


Du blues, et une nuit toute blanche – ( RC )


 

 

 

192523-- blue light.jpg

Je traverse une nuit toute blanche
qui a l’allure d’un vieux blues
où dansent quelques idées
à côté des poubelles.

C’est-il de me réveiller sur le pavé,
en côtoyant des bouteilles vides
et les flaques où se reflètent
les néons des boîtes à strip-tease ?

Des mots me viennent
et apprivoisent des blessures anciennes
quand je me redresse d’un pas mal assuré
en faisant quelques mètres,      plutôt syncopés.

Ce sont des vieux rythmes
qui me bandent la tête,
alors que je m’efforce de traverser
cette nuit de blues,              toute blanche.

 

RC-  avr  2020


Colombine en cygne – RC -(écho à SD )


Lac cygn   02

 

Te souviens-tu de la place,

un jour de décembre,

avec la musique

et la lumière dansante

alors que les arbres

surpris,

se penchent pour mieux voir ?

La piste n’était pas de glace,

pourtant il faisait très froid,

sur l’air final du « lac des cygnes »…

Colombine d’apparat

tu portais le tutu blanc,

les bras ondoyants

et le chignon bas .

Des pointes à petits pas ,

suivant la musique de Tchaikovsky ,

( quelques entrechats ,

que tu voulais maladroits

juste au moment où la lumière décline ) :

c’était la mort du cygne ,

et je t’ai prise dans mes bras…

( on se demande pourquoi

les spectateurs applaudissent… )

voulaient-ils aussi

applaudir à ton supplice ?

 un texte  crée à la suite  de celui de Susanne Derève  (  qui suit )

—-

Un entre-deux

un entrechat

Avec des pointes à petits pas

et un tutu de ballerine

bras ondoyants et chignon bas

quand on dansait la mort

du cygne

je n’y étais que colombine

d’apparat

(mais la musique était divine)

SD