voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Marine Giangregorio – Signe


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photo: Francesca Woodman

 

Un signe, elle attendait
Un signe, une pluie
Un regard, une odeur
Le sursaut!

Elle en vint à prier
La larme
De lui offrir une caresse
Pour que la peau vive
Sente, que ses lèvres
Gouttent une présence

Mais comme le mot
La larme résiste
La peau est froide
Le signe, croyait-elle

Irriguerait
L’inspiration
La faim
Le désir
La colère
Le regret

Ses artères seraient
Semblables à de petits torrents
Où la vie s’emporte, se révolte
Il lui fallait

Que lui aurait-il fallut?
Un peu d’amour de soi
Un peu de dégoût aussi

Non de l’indifférence
« L’absence à soi
C’est le pire des sentiments »
Se dit-elle,
Attendant un signe

Un signe d’elle
Et comme rien n’arrivait
Elle se mit face au grand miroir
Scellé au mur

Regarda longuement
L’image reflétée
Y enfonça le crane
Tête baissée

 

on peut consulter  d’autres  textes  de M Giangregorio en allant sur son site


Une poignée de pétales – ( RC )


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Si je dois revenir en ces lieux,
               désertés de l’espoir
que trouverais-je ?
                 L’escalier du perron
envahi par le lierre,
la rambarde mangée de rouille,
et les souvenirs écornés .

Seul,              le rosier demeure.
Dans mes pensées,   il fleurit encore.
En cette saison,         je pense trouver
      sur les marches
     une poignée de pétales
éparpillés.

J’en garderai quelques uns,
que je t’enverrai peut-être,
avec quelques regrets ,
sans un mot,         dans cette lettre
et tu comprendras .


RC – nov 2019


Dominique Grandmont – le spectacle n’aura pas lieu ( extrait 01 )


 

 

 

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photo Josef Südek

De sorte évidemment qu’ils seraient là sans l’être sous la peau déchirée des murs où des lambeaux d’annonces dessineraient pour eux une carte inconnue peut-être
un quartier comme un autre ces cafés agrandis par la résonance construits tout en longueur pour qu’on ne puisse pas compter les silhouettes ni trouver l’entrée

Un tel silence pourtant le samedi après-midi les guêpes s’énervaient tu le lui disais un peu plus quand on entendait l’hymne national qu’on se serait cru dans un studio après quoi dans des cours envahies d’herbes folles qui atteignent la poitrine ou bien quand tu t’arrêtes en plein milieu d’une phrase la lumière est si fausse que toute la ville est vide

C’est seulement quand ils tournaient la tête qu’on s’apercevait qu’ils n’avaient
qu’un seul profil et pas de visage ou restée dans les yeux mais verts tu l’oubliais toujours comme à travers une vitre l’ombre sans vêtement une route sur la colline

 


du chapitre « L’autre côté du vide »

 

« Le spectacle n’aura pas lieu »  a été publié  chez  messidor  1986, dispo aussi en version numérique.

 


Bernat Manciet – Sonet XI


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Des voiles vont dans ton visage
vers le large sans âme et même
sans néant —se perdre
seulement et me perdre

bientôt tu ne seras plus
et que serai-je?
ta main se pose sur mes yeux
tu ne veux plus les voir

tu ne veux pas que je sache
où tu m’égares     elle ne fait que passer
comme toi et depuis longtemps

tu étais et n’étais pas menteuse
        fleur menteuse
ma mort parmi tes doigts.


Comme dans tes vers – ( RC )


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Comme une grande forêt,
les arbres se cachent les uns les autres.
Je n’en vois que quelques uns,
d’autres se développent
et ont des formes étranges,
des couleurs insolites, ,
et je me perds
dans ses obscurs sentiers.

Comme dans tes vers,
une forêt de mots
où je me fraie
dans les petits espaces
que tu laisses découverts,
et je savoure un univers
en m’y glissant doucement,
et peut-être en m’y perdant.


RC- avr 2019


Evelyne Vijaya – Infusion


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Photo : Roberto Kusterle

 

 

Laisse moi infuser 

dans la nuit qui se diffuse

laisse moi brûler

dans cette violence si confuse.

Remets moi au sommeil

dans ces draps qui s’usent

confies moi aux éternels

lorsqu’en bas le temps s’amuse.

Ne me laisse pas devenir cendre

dans cette vie qui me refuse

Ne me laisse pas descendre

plus bas que mon corps qui s’excuse. 


Je me souviens du vent dans mes feuilles – ( RC )


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Je reprends quelques paroles,
d’une chanson engloutie
par des années d’oubli,
mais moi je me souviens
du vent dans mes feuilles,
car l’arbre que je suis
a davantage de mémoire
que celle des hommes,
car celles arrachées par l’automne .
même si elles se sont ocrées,
recroquevillées, desséchées
puis tombées en poussière
me rappellent les hiers.

Mais il n’y a pas de deuil
puisque malgré l’hiver
le gel sévère
est encore teinté d’éphémère;
les feuilles, je les renouvelle,
de manière providentielle
car tu sais que mon bois
toujours verdoie
aux futurs printemps
et reste vigilant
pour ne pas laisser périr
les souvenirs.

 

  • RC – août 2019

Alain Paire – Soif inquiète


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La terre serait soif inquiète. Il n’y aurait plus
que la nuit de l’oubli, des formes sombres
à peine terrestres, le silence de la lumière.
Et parmi les fruits de la veille, comme une ressemblance,
le sourd battement d’une âme, tout au moins le pardon de l’image,
la détresse d’une main qui se blesse ou bien qui aime.
(Un rossignol accueillait chaque nuit l’eau bue par la lumière.)

 

extrait de  « la maison silencieuse »


Pierre Mhanna – dans le silence


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My poem…
the light of a candle
slowly gathering
in the silence of her heart.

Mon poème …
la lumière d’une chandelle
se rassemblant doucement
dans le silence de son coeur

 


Jean-Baptiste Tati-Loutard – le rocher sur la rive


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Celui qui l’assiste devient rocher sur la rive :
Il pleure mais la roche ne rend que sa source.
Nous avons chargé le ciel de tant de soleils
Que nous avons oublié qu’en ce monde
La nuit fut première.


James Joyce – musique de chambre – XVII


 

 

 

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photo  Francesca  Woodman

 
XVII

Ma colombe, belle et si chère,
Eveille-toi, éveille-toi
Sur mes lèvres et mes paupières,
Rosée de nuit repose là.

Le vent fleurant tisse en concert
Tous les soupirs comme des voix
Ma colombe, belle et si chère,
Eveille-toi, éveille-toi !

Près du cèdre là je t’attends,
O toi ma sœur et mon amie,
Ô colombe de ton sein blanc,
Ma poitrine sera le lit.

Pâle rosée vient se poser
Comme un voile par-dessus moi.
Ma colombe, belle et aimée,.
Eveille-toi éveille-toi.

 

 

My dove, my beautiful one,
Arise, arise !
The night-dew lies
Upon my lips and eyes.

The odorous winds are weaving
A music of sighs :
Arise, arise,
My dove, my beautiful one !

I wait by the cedar tree,
My sister, my love,
White breast of the dove,
My breast shall be your bed.

The pale dew lies
Like a veil on my head.
My fair one, my fair dove,
Arise, arise !


Eugenio de Andrade – avec le soleil


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Je suis à toi, de connivence avec le soleil
dans cet incendie du corps jusqu’à la fin :
les mains si avides à leur envol,
la bouche qui sur ta poitrine oublie
de vieillir et sait encore refuser.

 

Aqui me tens, conivente com o sol
neste incêndio do corpo até ao fim:
as mãos tão ávidas no seu voo,
a boca que se esquece no teu peito
de envelhecer e sabe ainda recusar.

Eugénio de Andrade,
Matière Solaire, XIII


Richard Brautigan – poème d’amour


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photo Andreas Kauppi

 

 

Qu’est-ce que c’est agréable
de pouvoir se lever le matin
tout seul
et de ne pas avoir à dire aux gens
que vous les aimez
quand vous ne les aimez plus.


Pentti Holappa – depuis le rivage


 

 

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Semant ses bienfaits un nuage vole
puis un aigle, messager.

Seules les îles gémissent vers le rivage à leur départ,
quand le vent sous le gel se fige, pleurant sur leur sort.
Et la mort du nuage

et la fin de l’aigle
et le dernier cri

sont une suffisante genèse.

 

Les lueurs de l’Est ne dorent pas les eaux du rivage,

et les lumières de l’Ouest
ne recouvrent pas l’homme qui
regarde.

Seul jusqu’au destin du rivage résonne le chant de ceux

qui s’en vont :

Adieu, étranger aux visages enfouis.

 

Tout près (1957)


Guillevic – Carnac


( extrait de la  « suite » Carnac )

 

See the source image

provenance photo sites historiques  d’Ecosse

Mer du pêcheur,

Mer des navigateurs,

Mer des marins de guerre,

Mer de ceux qui veulent y mourir.

Je ne suis pas un dictionnaire,
Je parle de nous deux

Et quand je dis la mer,
C’est toujours à
Carnac.

Nulle part comme à
Carnac,
Le ciel n’est à la terre,
Ne fait monde avec elle

Pour former comme un lieu

Plutôt lointain de tout

Qui s’avance au-dessous du temps.

Le vent vient de plus bas,
Des dessous du pays.

Le vent est la pensée
Du pays qui se pense
A longueur de sa verticale.

Il vient le vérifier, l’éprouver, l’exhorter,
A tenir comme il fait

Contre un néant diffus
Tapi dans l’océan
Qui demande à venir.

 


Vesna Parun – la vague


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J’écoute la rumeur basse de la mer

Qui surgit de la vague et se répercute,

Masquée par un agave antique, j’épie

Sa gorge qui se change en une mouette

Pour s’envoler avec un gémissement

Vers l’or des nuages. Et de l’airain du ventre

Somptueux s’érige sombrement le roc

En fleur qui porte un cortège de princesses

Fascinantes, de fées surgies des légendes.

 

I listen to the down rumor to the sea
That emerges from the wave and reverberates,
Masked by an ancient agave, I watch
Her throat that turns into a seagull
To fly away with a moan
To the gold of the clouds. And belly brass
Sumptuous rises darkly the rock
In bloom carrying a procession of princesses
Fascinating, fairy tales arisen from legends.
.

.


Renée Vivien – Lucidité


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L’art délicat du vice occupe tes loisirs,
Et tu sais réveiller la chaleur des désirs
Auxquels ton corps perfide et souple se dérobe.
L’odeur du lit se mêle aux parfums de ta robe.
Ton charme blond ressemble à la fadeur du miel.
Tu n’aimes que le faux et l’artificiel,
La musique des mots et des murmures mièvres.
Ton baiser se détourne et glisse sur les lèvres.
Tes yeux sont des hivers pâlement étoilés.
Les deuils suivent tes pas en mornes défilés.
Ton geste est un reflet, ta parole est une ombre.
Ton corps s’est amolli sous des baisers sans nombre,
Et ton âme est flétrie et ton corps est usé.
Languissant et lascif, ton frôlement rusé
Ignore la beauté loyale de l’étreinte.
Tu mens comme l’on aime, et, sous ta douceur feinte,
On sent le rampement du reptile attentif.
Au fond de l’ombre, elle une mer sans récif,
Les tombeaux sont encor moins impurs que ta couche…
O Femme ! Je le sais, mais j’ai soif de ta bouche !

____________(Études et préludes, 1901)

 


Alda Merini – la notte


 

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La chose la plus magnifique est la nuit

quand tombent les dernières épouvantes

et que l’âme se lance à l’aventure.

Lui se tait en ton sein

comme résorbé par le sang

qui prend enfin la couleur de Dieu

et toi tu pries pour qu’il se taise à jamais

pour ne pas l’entendre telle une plénitude fixe

jusqu’à l’intérieur des murs.

La cosa più superba è la notte

quando cadono gli ultimi spaventi

e l’anima si getta all’avventura.

Lui tace nel tuo grembo

come riassorbito dal sangue

che finalmente si colora di Dio

e tu preghi che taccia per sempre

per non sentirlo come un rigoglio fisso

fin dentro le pareti.


Quelque chose d’indéfinissable – ( RC )


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                   Il y a quelque chose d’indéfinissable,

lorsque ta voix s’empare des mots
et les projette,             haut dans le ciel,
un ciel
qui ne semble être fait    que pour toi.

Et les voilà qui redescendent doucement,
      – ainsi ces graines de pissenlit, légères,
               celles en forme de parachute –
qui s’allient avec le vent    pour se poser
                        comme des fleurs de neige.

Lorsque se forgent des lignes,
      chaque flocon trouve sa place,
      rejoignant leurs semblables
portés par une onde calme
naissant en toi.

        Il y a quelque chose d’indéfinissable,
une évidence qui s’offre
comme les notes dessinent le chant
         ravissant l’oreille de celui,
               prêt à les entendre .

       C’est un cadeau que l’on reçoit,
évident comme l’accord
entre le silence et la musique,
         émanation discrète
         du corps et de l’âme .

         Le poème est une constellation,
et les mots,  des étoiles
qu’un fil invisible relie :
     toi seule en maîtrise ces atomes,
                qui restent insaisissables .

 


RC – mai 2019


Amandine Monin – c’est pour ça aussi que la nature nous est si familière


 

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photo : John Finnan

 

Un mouvement continu brasse la terre.

Whitman écrit que l’herbe, c’est peut-être les cheveux des morts, il y a tant de monde en dessous qu’au bout d’un moment ils refluent, ils sont les arbres, le lierre, les roches, c’est pour ça aussi que la nature nous est si familière


Une pierre informe dressée dans un jardin- ( RC )


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   Il y a une pierre informe
dressée dans un jardin
et que chaque matin entoure,
comme des stries concentriques
tracées dans le gravier .

           De la mousse s’incline
du côté où l’ombre persiste
avec l’aide de celle
de l’arbre qui s’épanche
en brouillon de branches .

C’est un monolithe griffé d’incidences,
fendillé de gel,
de lignes qui se prolongent,
et finissent par se perdre en segments
dont aucun n’est rectiligne .

           C’est un temps indéfini
qui a mordu dans ce corps,
arraché sa chevelure ,
imprimé ses tangentes,
en rides et en fragments.

           Peut-être était-ce une statue
qui a fini par perdre ses membres,
          oublier son visage
et sa première apparence :
aucun indice ne la rend lisible .

Personne ne nous dit sa légende,
son histoire et le pourquoi
       de sa présence :
elle est dans le jardin à la manière
d’un cœur entouré de ses graviers .

       C’est juste une vielle pierre dressée,
         que l’on dirait vivante ,
une vie y pulse encore ,         énigmatique ,
                pour ceux que le temps dépasse :
personne ne pénètre dans son secret .


RC – janv 2019


Ahmed Kalouaz – Hôtel du centre


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Tu ne connais de la douleur
que l’abandon
les attentes,
le front posé contre une vitre.

Le téléphone
qui ne sonne
que dans ta tête,
la cigarette et ses réponses
définitives.

Lorsque tu marches dans la chambre
tes pas te disent
ce qu’est le silence.

extrait du recueil  » A mes oiseaux piaillant debout  »

 

voir  aussi  quelques  citations  de l’auteur…


Otto Tolnai – la rose de Kichinev ( extrait )


 

Anne Leroy    Je ne suis pas mort, la famille  va bien.jpg

 

photo : Anne  Leroy

 

… et elle dit espèce de petit samouraï
et elle l’envoie chercher de la chicorée
mais le garçon simplet ne va pas chercher de la chicorée
petit âne têtu qui s’amourache
attend sa mission
l’oncle béla de kichinev l’aidera
à recarrier la meule de roses de sable —
bien sûr c’est déjà le sujet d’un autre
poème et peut-être que cela encore pourrait être le sujet
d’un poème à venir
(qui croirait que la poésie pure aussi est ainsi
que la poésie pure est autant thématique)
dans cet autre poème il serait révélé
que ce serait moi le garçon simplet
que la directrice envoie chercher de la chicorée
et il apporte de la chicorée
et nous buvons de la chicorée
et l’odeur de la chicorée s’infiltre
dans le reste de l’hospice
et quelqu’un s’accoude
l’oncle béla de kichinev s’accoude lui aussi
pourtant il est perclus
et il dit qu’il sent l’odeur de la chicorée
et ça c’était la vie
parce que la rose d’inde puante est belle
tout comme l’odeur de la julienne aussi est belle
tout comme l’odeur de la bouse de vache fraîche
tout comme l’odeur salée de sperme
de l’huître aussi est belle
mais ceci est le mystère
de la belle vie
personne ne connaît le mystère de la vie
tout le monde croit que c’est plus compliqué
bien que ce soit plus simple
le mystère de la vie est plus simple
personne ne connaît le mystère de la vie
parce que c’est cela le mystère de la belle vie
elle avait une odeur de chicorée
et alors je serais vraiment le garçon simplet
comme le petit tibi vigh l’aveugle
tout comme e jonathân batta avec son basedow azur
parce qu’il y a un hospice dans l’asile psychiatrique
alors ce serait vraiment moi le garçon simplet
parce que j’ai l’habitude de faire un saut pour de la chicorée
parce que je suis le garçon simplet à la chicorée
parce que si tu n’arrives pas à kichinev
pour ouigorod avec la rose de jéricho
il reste encore petit samouraï
il reste encore une mission
petit âne qui s’amourache
j’ai toujours voulu être un poète
avec une mission lointaine
si je meurs dans l’hospice
enlève-moi mes braies

 

la « rose de Kichinev » est extrait d’une parution des éditions   » le temps des cerises »


Alexandre Rolla – Ici


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photo: Richard Ross          from                « waiting the end of the  world »

 

 

Ici à Trêlles, les choses s’allongent indéfiniment ,

il semble

que rien ne soit fini,

le rétrécissement y est inconnu

la matière vous étire malgré vous

de chaque côté de l’être

les jours et les nuits

passent des chemins

et encore d’autres

et d’autres encore .


Roberto Juarroz – La vie immobile


Les plantes en pot ont souvent cette élégante tristesse 15751918245.jpg

 

Nous restons figés parfois
au milieu d’une rue,
d’un mot
ou d’un baiser,
les yeux immobiles
comme deux longs verres d’eau solitaire,
la vie immobile
et les mains inertes entre un geste et celui qui aurait suivi,
comme si elles n’étaient nulle part.
Nos souvenirs alors sont d’un autre
dont à peine nous nous souvenons.

R Juarroz