voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Laetitia Lisa – Même loin de toi


François Laxalt  -    paysage de mur.jpg

 

photo  François Laxalt

 

même loin de toi durant des lunes
je ne te quitte jamais
car pour moi tu danses sans fin
dans les bras de la nuit
ainsi tu me reçois
jour après jour
par un chant de joie
toi mon pêcheur d’étoiles

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le spectre visible de la lumière – ( RC )


https://i1.wp.com/www.willtenneyphotos.com/Sundry/Resources/StairShadow.jpg

 

photo: Will Tenney

 

Bien sûr, nous respirons le jour
comme nous buvons l’eau .
La lumière s’est extraite de la nuit,
( ainsi         une fleur éclose ) .
             Le noir n’en est plus un,
et garde simplement    une présence,
             ramassé derrière les objets:
            prêt à tout envahir
lorsque le soleil clignote,
ou s’étouffe sous le tissu des nuées.

          Notre astre est seul et sans pensées,
sans concurrence immédiate,
il peut en prendre à ses aises
et nous faire transpirer,
s’il est suffisamment haut
        d’autant plus proche
de la verticale de l’horizon,
fait se tourner les ombres
qui semblent le fuir,
– comme si elles le craignaient…

        Les cadrans peuvent donner l’heure,
car on sait, ( sauf persistance des brumes ),
que les rendez-vous avec lui sont ponctuels:
sa trajectoire varie peu.
Les ombres vont donc dans le même sens.
        Elles ne réfléchissent pas,
– contrairement aux eaux –
elles concentrent un peu d’obscur,
déportent ailleurs la forme des objets
auxquels elles sont attachées.

        Il y en a même qui ont appris,
– dans leur fuite –
à descendre les escaliers,
mais il est rare quelles aillent très loin :
       C’est qu’elles ont peur de se perdre
et de se dissoudre dans d’autres formes,
ou dans l’indéfini.
      Elles restent légères,
encore davantage que la cendre ;
malgré leur opacité, et à jamais insaisissables.

C’est comme l’envers d’un décor :
le spectre visible de la lumière,
qu’on ne peut pas annuler .

 

RC-  sept 2017

 


Il ne pleut plus sur Nantes – ( RC )


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photo Nouvel Obs

 

 

Il ne pleut pas sur Nantes aujourd’hui .
   La ville a encore son teint blafard,
à peine sortie de la nuit,
et j’écoute Gaspard
( de la nuit ).

Il ne pleut pas en amour,
après un lent détour.
Des pas perdus à la gare,
s’égarent et s’emmêlent ,
[— les notes d’ « Ondine » de Maurice Ravel  ].

Ta lettre a dû croiser la mienne,
Je regarde les néons à travers les persiennes,
Il y a         ces notes fluides sur le piano,
… non…      pas de pluie nous dit la météo
          ( pour demain c’est plus incertain ).

J’ai traversé la lumière blanche ,
pensé à la dame en noir,
            Barbara en robe du soir ,
Vingt-cinq rue de la Grange au Loup
les habits du dimanche,

En amour,       on ne dit plus toujours,
L’aigle noir surveillait mon retour,
mais je suis venu trop tard :
       le jardin de pierres,
m’attendait, solitaire …

Les dernières notes de Ravel,
avaient un goût de sel .
        Il ne pleut plus sur Nantes .
Je n’y étais jamais venu :
( un parfait inconnu

dans une ville étrangère ) ,
Nantes,       je ne sais qu’y faire
Avant de revenir à la gare,
Témoin de naufrage ,
——– un tout dernier rivage

Avant l’amer.


RC – sept 2017


Conte soufi – La cithare du bonheur


Résultat de recherche d'images pour "cithare"

 

C’était un homme droit et sincère
qui cherchait le chemin du bonheur,
qui cherchait le chemin de la vérité.
Il alla un jour trouver un  vénérable maître soufi
dont on lui avait assuré qu’il pourrait les lui indiquer.

Celui-ci l’accueillit aimablement devant sa tente et,

après lui avoir servi le thé à la menthe,
lui révéla l’itinéraire tant attendu :
« C’est loin d’ici, certes, mais tu ne peux te tromper :
au cœur du village que je t’ai décrit,
tu trouveras trois échoppes.
Là te sera révélé le secret du bonheur et de la vérité. »

 

La route fut longue.
Le chercheur d’absolu passa maints cols et rivières.
Jusqu’à ce qu’il arrive en vue du village dont son
cœur lui dit très fort :
« C’est là le lieu ! Oui, c’est là ! »

Hélas ! Dans chacune des trois boutiques
il ne trouva comme marchandises
que rouleaux de fils de fer dans l’une,
morceaux de bois dans l’autre et pièces éparses de métal dans le troisième.

Las et découragé,
il sortit du village pour trouver quelque repos
dans une clairière voisine.

La nuit venait de tomber.
La lune remplissait la clairière d’une douce lumière.
Lorsque tout à coup se fit entendre une mélodie
sublime.

De quel instrument provenait-elle donc ?
Il se dressa tout net et avança en direction du musicien.
Lorsque, stupéfaction,

il découvrit que l’instrument céleste
était une cithare faite de morceaux de bois, des pièces de métal
et des fils d’acier qu’il venait de
voir en vente dans les trois échoppes du village.

A cet instant, il connut l’éveil.
Et il comprit que le bonheur est fait de la synthèse
de tout ce qui nous est déjà donné,
mais que notre
tâche d’hommes intérieurs
est d’assembler tous ces éléments dans l’harmonie.

 

Conte soufi.


Gilles Vigneault – Paysage


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photo DL Ennis

 

La lune a posé sur la plaine
L’argent d’un verglas sans pareil
À rappeler la porcelaine
D’une mer où dort le soleil.

Ah! Que la neige était plus belle
Aux saisons dont je cherche encor
La mystérieuse escabelle
Qui manque au coeur de ce décor

Pour que le jeu se recommence
Avec le splendide attirail
Du pays à la neige immense
Où la fenêtre était vitrail.

Ah! Que la neige était plus blanche
Et plus mélancolique aussi
Sa calme et paisible avalanche
D’un ciel au jour mal obscurci…

La lune a posé sur ma peine
L’éclat de son calme glacé.
Mon enfance ne fut pas vaine.
Voici déjà demain passé…

Gilles Vigneault


L’oubli de la pesanteur des choses – ( RC )


photo issue du blog « rencontres improbables.blogspot.fr  »

 

 

La barque fait oublier la pesanteur des choses,
elle, et son reflet,             passante paisible ,
glissent sur le miroir de l’onde
sans la rayer ou la fendre.
>    Elle est en suspension .

Seul le passage furtif de poissons
montre que l’air est habité en-dessous .
Avec les heures,          s’échappe aussi la bulle de la lune .
Elle suit tranquillement une courbe que l’on ne voit pas .
et ne crève pas à la surface,
                                           maintenue par le poids de la nuit.

 

RC     –     juill -2017


Je perçois de nouvelles esquisses – ( RC )


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Je danse contre le feu,
et l’être se découpe       en contre-jour,
parfois bu de fumées .

Dans la musique, se fondent
les arpèges, le violon,
le sel et la neige.

Je suis une ombre
jetée         face à la lumière,
un tourbillon qui s’oublie

et distribue un corps en bribes .
L’oeil a du mal à en fixer
ses mouvements .

Le rythme les dissout,
ou peut-être      je redistribue
les cartes, je change le jeu

et les couleurs :
je me suspends     à l’invisible,
en modèle une autre existence .

Les traits ne se superposent
pas aux anciens,
On doute de ses traces ,

on se demande quelles sont
les vérités :               Elles s’effacent .
Je perçois de nouvelles esquisses.

 


RC


Jean-Pierre Schlunegger – Clairière des noces (extr)


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photo Lydia Roberts

 

 

Je dis: lumière,

et je vois bouger de tremblantes verdures.

Je dis: lac,

et les vagues dansent à l’unisson.

Je dis: feuille,

et je sens tes lèvres sur ma bouche.

Je dis: flamme,

et tu viens, ardente comme un buisson.

 

Je dis: rose,

et je vois la nuit qui s’ouvre à l’aube.

Je dis: terre,

un sommeil aveugle, un chant profond.

Je dis: amour,

comme on dit tendre giroflée.

Je dis: femme,

et déjà c’est l’écho de ton nom.

Jean-Pierre Schlunegger, Oeuvres

Bernat Manciet – L’écorce du cours d’eau


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La soie
efface
l’écorce
du cours d’eau

petit jour
goutte noire
la branche
bronche

aérienne
mais œuvre
de givre

la neige
prononce
les lèvres


Leon Felipe – Don Quichotte et le rêve prométhéen (extrait )


 

 

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Le Poète Prométhéen apparaît toujours dans l’Histoire comme un personnage imaginaire… mais l’imaginaire prométhéen gagne du réel… et la réalité domestique… se perd dans les ombres de l’Histoire.
Les rêves des hommes fabriquent l’Histoire… Les rêves sont la semence de la réalité de demain et ils fleurissent quand le sang les arrose et les féconde…
L’Histoire… est sang et rêves.
Et il arrive que le rêve se fait chair et la chair rêve.
Le Poète prométhéen s’échappe des ombres de la Mythologie… de l’imagination infantile des hommes, des livres sacrés… et de la maison même de Dieu… Et le Verbe… se fait chair…
Chair et symbole…


Salah Al Hamdani – Sagesse sur le coeur


 

 

 

BUS051.JPG

 

 

Premier pas .
lorsque les souvenirs se dissipent dans l’absurdité de l’éloignement,
et que les saisons d’autrefois n’ont rien dire…     pas d’affolement
c’est le cœur qui prendra en charge de souffler l’âme
de la vie du passé le plus reculé.

Deuxième pas
Quand on ne trouve plus l’amour en imagination
il faut laisser le cœur imposer à l’esprit sa conduite.


La course de l’ombre sur l’herbe – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "ombre sur herbe"

Avec la course du jour, sur l’herbe
l’ombre de l’arbre marche
à pas lents , sans l’écraser .

RC – juin 2017


Saint-Pol Roux – Des flammes


Résultat de recherche d'images pour "fire"

Des langues !

Une fois la semaine, une douzaine de fantoches
(et ce citron de perspective qu’ils seront
pions  de province demain) envahissent ma table.

 

Après qu’avec les tisonniers
jaillis de leurs yeux ils se sont réciproquement
écarté leurs cendres   de moustache,
une flamme avivée rampe, se tord,
pétille, gicle en chacune des douze bouches
aux joues réfractaires,

et ces flammes tant s’expriment
qu’on ne distingue plus qu’elles bientôt
et que leur somme parvient
à symboliser un bûcher de sectaires ridicules,
martyrisant la pureté, la vaillance,
la gloire vraie, la merveille absolue,
et les femmes et les amis absents…

 

0 ces opiniâtres aspics !

Ce jour-là, le Supplice du Feu m’est familier
dans son intégrale épouvante.

Aussi passer devant un rôtisseur me rappelle que,
chez moi, l’on rôtit hebdomadairement,

et que ma patience (ô ma pauvre, ta lassitude ?)
m’y transforme en oie (suis-je modeste !)
de première grandeur.

 

D’écœurement mon front se dore,
de dépit mon foie se racornit,
de stupeur mes os craquètent…

A se jeter par la fenêtre dans la faim des mendiants qui rôdent !
Mais le devoir d’hôte me rive à la broche.

Des langues !

 

Paris, 1888 SAINT-POL-ROUX « Les Reposoirs de la Procession » (II)


Mouvements figés – ( RC )


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photographe non identifié

 

Mouvements de la main
tendue,  vers toi
       contre la surface
que je ne peux franchir.

Mouvements de la lumière,
s’accrochant à moi,
        c’est ainsi
que tu me vois

Mouvements du jour,
plaqués sur l’image   :
        un mur sans fissure
s’emparant de l’espace .

Mouvement figé,
immobilisé de même ,
     ne pouvant dépasser,
le rectangle de la photo.

Mouvement du regard :
il va vers toi,    et toi vers moi,
mais il y a le mur,
infranchissable des pixels .


RC – oct 2017


Leslie Kaplan – livre des ciels


 

Résultat de recherche d'images pour "edredon"

La chambre, notre grand lit plat. En face, l’armoire avec le miroir rigide.
Reflet.
Je suis avec lui, sous l’édredon. L’édredon est épais, à plumes, il ne pèse rien.
Carreaux multicolores, on est dessous, vivants.

Il est à côté de moi. Je vois la peau élastique, les yeux qui cherchent.
Il est là, allongé.

Par la fenêtre, le ciel humide, ses trous et ses volumes.
L’édredon est léger, envahissant comme une déchirure.


Hersz K – Une jeune ouvrière


-trouvé  dans une publication  en polonais,  dont  j’ai  traduit  la version proposée en anglais dans « la petite revue »  de 1931

 

 

BE042688 Copie.jpgEt je dois me dépêcher comme ça pour ne pas tomber ou gaspiller le matériel.
Le travail est ennuyeux et fatigant.
Et autour de moi il y a le rugissement et le bruissement des machines, la poussière grise qui obscurcit les chiffres  des gens qui travaillent et il y a une semi-obscurité régnant à l’intérieur.
Ce n’est que lorsque les machines ralentissent que l’on peut entendre les voix des travailleurs et les  cris du contre-maître
« Plus vite!         Arrête de t’amuser! »

C’est comme si l’on voulait dépasser l’autre. Les travailleurs ne se regardent pas, ils semblent faire partie de la machine.
Il y a un garçon qui travaille à côté de moi et dont je n’ai pas encore entendu la voix.
Son visage est maigre, indifférent à tout et ses yeux ont une expression terne.
Il s’est tellement habitué à effectuer ses mouvements d’une manière uniforme que lorsque  la machine s’arrête, ses mains tremblent et il donne l’impression d’une personne qui perdant l’ équilibre.
De l’autre côté, il y a une fille juive pâle qui enroule sans fin des fils de laine sur des bobines à rotation rapide.
Son teint blanc est couvert de poussière, ses mains se maintiennent avec la bobine .
Il y a une pause à midi. J’essuie la sueur de mon front, je sors mon pain et je le mange.
Nous nous rassemblons tous dans le couloir.

Un des travailleurs déplie un journal. Ils lui demandent s’il y a des nouvelles brûlantes.
Ceux qui sont plus bavards commencent à bavarder. Blagues et intimidation des plus jeunes.
Une fois, un garçon est allé sur le toit pour faire une blague.
Les travailleurs plus âgés ont emporté l’échelle, et bien que le garçon ait pleuré et supplié, ils se sont seulement moqués de lui.

Ce garçon a perdu une heure de travail, donc il a été licencié de l’usine. Personne ne se soucie des autres,  ici.
Quand une machine a coupé la main d’un ouvrier, personne n’a même regardé en arrière;     vous ne pouvez pas arrêter le travail.
Tout le monde sait que derrière leur dos il y en  a une centaine d’autres, sans emploi, avides de trouver un emploi .
« Il n’y a pas de pénurie de personnes », nous entendons souvent.
Le travail se termine à 17 heures Je rentre chez moi fatigué, je dîne et je commence à lire un journal que je ne finis jamais.
À 18 heures. Je me jette sur le lit et je m’endors.
Le 18 mai, je suis arrivé à la conclusion que je vis comme un animal.

And I have to hurry like that in order not to fall behind or waste the material. The work is boring and weary.

And around me there is the roar and whir of machines, grey dust obscures the figures of people who are working and there is a semidark- ness reigning inside. Only when the machines are slow-ing down, one can hear voices of the worker s and the
over seer shouting:
“Faster! Stop lolling about!”
Everything is as if one wanted to surpass the other. Workers don’t look at each other, they seem to be parts of the machine.
There is a boy working next to me whose voice I haven’t heard yet. His face is scrawny, indiffèrent to everything and his eyes have a dull expression. He has gotten so used to performing his movements in a uniform manner that when the machine stops, his hands shake and he gives the impression of a person who is losing his balance.
On the other side, there is a pale Jewish girl who winds endless threads of wool on fast-turning spools. Her white complexion is covered with dust, her hands canbarely keep up with the spinning wheel.
There is a break at noon. I wipe the sweat off my forehead, I take out my bread and eat it. We ail gather in the hallway.
One of the workers unfolds a newspaper. They ask him if there is any hot news. Those who are more talkative start to chatter. Jokes and bullying of the younger ones. One time a boy went on the roof for a prank.

Older workers took awaythe ladder, and although the boy was crying and pleading, they only laughed at him. This boy lost one hour of work, so he was laid off from the factory. Nobody cares about anyone else here. When a machine cut a worker’s hand, nobody
even looked back; you can’t stop the work. Everybody knows that behind their back there are a hundred others, unemployed, hungry for work.
“There is no shortage of people,” we often hear.
Work ends at 5 p.m. I go home tired, I eat dinner and I start to read a newspaper that I never finish. At 6 p.m. I throw myself on the bed and I fall asleep.
May 18th -1 came to the conclusion that I live like an animal.

 

 


Thierry Metz – Je n’emporte rien


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Je n’emporte rien puisque tout tient dans l’intime et immense espace du regard.
Des instants de ciel sous les pas.

*
Tout ce que je pense n’a peut-être plus d’importance.

On dirait qu’il ne reste plus que les outils – que l’instrument.
Un instrument pour chercher.
Un instrument pour construire.
Mais je suis en direction de ce qu’il n’y a plus à comprendre, pour ainsi le comprendre, y laisser de l’écriture.

 

Extraits de Carnet d’Orphée, éd. Les Deux-Siciles, 2012


Tes mots revenus – ( RC )


 

 

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J’ai emporté les mots que tu m’as glissé à l’oreille,

je les ai confiés aux ,
afin qu’ils voyagent,
et qu’ils les racontent à leur façon…

Je suis le passeur des phrases, celles qui sont dites,
et celles qui ne le sont pas.
Un jour, comme je l’ai vu,
( ou plutôt, comme je les ai entendus,

les mésanges sont venues frapper à ma fenêtre ) :
c’est qu’elles avaient sans doute
une réponse à me donner, et le récit de ton voyage .
J’ai essayé de l’interpéter à ma façon,

et les mots pensés,
ont ainsi continué leur voyage,
dans ma tête peut-être,
en donnant naissance à d’autres écrits .

C’est que tu parles un peu en moi…


RC – avr 2017

 

(  réponse à Anna Jouy : voir les mots partis )


Sylvia Mincès – Andante de poussière


 

jonquille   2017 -    07.JPG

 

photo perso  2017

 

Un limbe de musique s’unit à ma peau ;         cette greffe sonore m’hypnotise,
le temps d’un fa bécarre éternel,      pour m’habiller en grain de sable ou de pollen.
Fécondée, je deviens fleur       et puis sentir, de toute la couleur
de mes pétales étonnés, ces sarabandes de tierces bleues
qu’éclaboussent des quintes d’or.
Sur mes feuilles, coule un torrent de notes évadées
d’une sonate en rien majeur tandis que mes racines
sourient à des accords aigus, cueillis près d’un clavier
que caressent de fantomatiques églantines.
Je me désintègre alors en atomes d’extase puis me dissous
dans un néant traîtreusement  féerique
où les larmes ne sont que sucre la haine froissement de miel.


Blés des causses – ( RC )


balade   - causse Mejean vers Drigas   -   16.JPG

photos perso :causses  Méjean & Sauveterre

Les petites sorcières de la nuit,
se cachent entre les pierres,
présentes et toujours immobiles ,
même dans la brume du jour.

En silhouettes inanimées ,
elles activent leurs ombres ,
endossant leur poids de silence.
          Leur échappant , des vagues vert-jaune
ondulent au sol ,          caressées par le vent.

Les blés contredisent les gris austères .

Le causse a son discours
       empreint de mystère
qu’on ne peut traduire,
avec des mots .

Mêmes les images
ne parlent que d’instants .
son étendue ne se cerne pas .
Comme l’ancienne mer qu’elle recouvre ,

il a quelque chose           d’une houle
qui se prolonge aux horizons ,
avant de chuter brutalement
au plus profond des gorges.

RC – juin 2017IMGP0958.JPG


Albert Aygueparse – les plaies de l’âme


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photographe non identifié

 

 

Tu m’accompagnes partout dans ce monde mal fait
Ton poids est plus léger que la buée du premier jour
Je te respire par tous les pores de ma peau triste
Et ton sang reconnaît sans effort le dédale brûlant de mes veines
Dans cette saison de fer je ne me sens plus seul
Car tu me donnes la force d’être ce que je suis
Je mêle l’espoir et la peine, la joie et la souffrance
Je peins la peur et le courage des mêmes couleurs
Je donne à l’ortie et au blé la pluie et le soleil
Je mets la graine et l’épi dans la seule balance
J’accepte sans choisir les larmes et l’amour
J’abandonne le ciel pour cette terre amère
Mais je ferme les yeux pour retenir ton ombre
Immobile et debout dans mon sang ébloui.
Je ne parle qu’à toi de la vie,         de la mort.

 

ALBERT AYGUESPARSE                ( « Les plaies de l’âme » in Poèmes )


Jean-Pierre Paulhac – Une voix


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Une voix
Comme un sourire
Une voix
Comme un soleil
D’océan indien
Une voix
Comme un horizon bleuté
Vers lequel voguent mes mots
Aspirés d’espoir
J’entends
Des rires de palmiers qui se tordent de musique
Des pas de danse qu’invente une plage espiègle
Des chants qui montent sur des braseros ivres
Des crustacés qui crépitent leur saveur pimentée
Ici
C’est le silence gris des bétons déprimés
C’est la glace qui saisit tous les masques
C’est un jadis souriant embrumé d’ombre
C’est l’ennui qui ne sait que recommencer
J’entends
Des guitares rastas aux cris de parfum hâlé
Des bras nus de désir qui dégrafent la lune
Des hanches insatiables que dessoudent la salsa
Des nuits secrètes aux folles sueurs de soufre
Ici
C’est le mutisme morne des grimaces polies
C’est la morgue soyeuse des cravates policées
C’est la cadrature étroite des cercles vicieux
Qui soumet à ses ordres la horde quadrillée
J’entends
Mes souvenirs marins d’aurores océanes
Mes remords nomades de dunes vives
Ma mémoire exilée qui déborde en vain
De tant d’hivers que la chaleur a bafoués
Ici
Le temps se tait s’étire et se désespère
Le temps n’est plus une chimère bleue
Le temps se meurt de mourir de rien
Et chaque ride compte un bonheur perdu
J’entends
Un rêve qui papillonne son corail osé
Un rêve qui murmure un refrain salé
Un rêve qui soupire son souffle de sable
Sur l’éternel instant d’un été sans fin
Une voix
Comme un sourire
Une voix
Comme un soleil
D’océan indien
Une voix
Comme un horizon bleuté
Vers lequel voguent mes mots
Aspirés d’espoir

 


Quand nous nous séparions… (chanson populaire chinoise )


photo:

Lee Jeffries

 
Quand nous nous séparions, les feuilles étaient vertes,
Maintenant tu reviens dans les neiges d’hiver.
Je songe malgré moi que la vieillesse approche
Et que dans tes cheveux paraissent des fils blancs.

 
Chanson populaire chinoise in « Mesures »  n° 1     15 janvier 1936


Susanne Dereve – Offrande


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nécropole rupestre – Abbaye de St Roman – Gard

 

De charogne ou de cendre le jour où Elle viendra

choisissez un bon bois de chêne, lisse au toucher, robuste et clair, 

gardez-moi des vaines offrandes,

ces urnes que les us épandent en sombres paraboles abandonnées au vent,

aux rumeurs infécondes et sourdes du levant

et qu’un bras malhabile se devrait de répandre au-delà du silence

comme on boit le calice âcre de la souffrance     

 

De charogne ou de cendre le jour où Elle viendra

choisissez un carré de terre,

de ce terreau qu’égrainera la pelle d’un ton clair  

il faut du temps il faut des fleurs pour oublier

il faut ce marbre uni où poser des œillets     

l’herme aux lueurs du soir est plus doux au malheur que ces brumes d’errance le vent a-t-il jamais  séché les larmes de douleur

 

De cendre ou de poussière lorsque le temps viendra

choisissez un bon bois de chêne lisse au toucher, robuste et clair

et dans ce vieux pays de Rance enterrez-moi près de mon père.

 

 

suivi de ma  « réponse »

 

Quel que soit le carré de terre,
que des pelles viendront blesser
la pierre ou le marbre,
l’ombre des cyprès,
les noeuds de leurs racines,
auprès de toi,

Quel que soit le vent,
qui répandra les cendres,
comme autant de paroles vaines,
et aussi les fleurs
qui meurent, de même,
dans leur vase,

Il y aura un temps pour oublier,
lorsque les mousses
auront reconquis la pierre gravée,
les pluies effacé les lettres :
              – même la douleur 
ne peut prétendre à l’éternité .

Que l’on enterre une princesse
avec ses bijoux,
et toutes ses parures,
ne la fait pas voyager plus vite
sur le bateau
de l’au-delà…

Ce qu’il en reste
après quelques siècles :
>          quelques offrandes,
et des os blanchis
ne nous rendent pas sa parole
et le ton de sa voix.

A se dissoudre complètement
dans l’infini,
                         c’est encore modestie :
– On pourra dire « elle a été » -,
mais le temps du souvenir,
se porte seulement dans le coeur des vivants .


RC

 

:

 


Des étoiles miniatures – ( RC )


Et la nuit s’étend partout,
sur les collines, les rivières,
les forêts et les déserts.

Je m’étends sur le sol.
Les herbes devant moi
oscillent dans la fraîcheur du matin,
à peine visibles dans le ciel de velours noir.
Il y a toujours des astres qui scintillent
et dansent dans leur feu d’artifice.

Elles semblent soudain si proches,
qu’on pourrait les croire à portée de main.
D’ailleurs en voila qui zigzaguent,

dans une trajectoire imprévue
et clignotent en dansant .
Ce sont des lucioles,
comme des étoiles miniatures,
dont la lumière se dissout peu à peu
avec l’arrivée de l’aube.


RC – mai 2017