voir l'art autrement – en relation avec les textes

ping-pong ( = deux auteurs en dialogue)

Est-ce un homme qui pleure ? – ( RC )


marque-page-kosha-or-bleu-livre.jpg

en « réponse »  au texte  précédent, de Susanne  Derève

 

Est-ce un témoignage d’amour,
cette plume qui est
le marque page
de notre livre ?

Est-ce que nos vies
sont liées
par ce serment écrit ,
avec cette plume, justement ?

Mais les pages se sont tournées,
avec les années :
il n’y a plus
que les miettes du passé .

Si la tendresse se conjugue maintenant
à l’imparfait,
faut-il regretter d’avoir dit,
 » je t’aimais ? « 

J’ai connu d’autres chapitres    ;
l’oiseau de l’amour
est revenu reprendre sa plume, et s’est envolé 
mais je n’ai pas de regrets .

RC

 


Susanne Dereve – Offrande


Les-tombes-rupestres--640x480-.JPG

nécropole rupestre – Abbaye de St Roman – Gard

 

De charogne ou de cendre le jour où Elle viendra

choisissez un bon bois de chêne, lisse au toucher, robuste et clair, 

gardez-moi des vaines offrandes,

ces urnes que les us épandent en sombres paraboles abandonnées au vent,

aux rumeurs infécondes et sourdes du levant

et qu’un bras malhabile se devrait de répandre au-delà du silence

comme on boit le calice âcre de la souffrance     

 

De charogne ou de cendre le jour où Elle viendra

choisissez un carré de terre,

de ce terreau qu’égrainera la pelle d’un ton clair  

il faut du temps il faut des fleurs pour oublier

il faut ce marbre uni où poser des œillets     

l’herme aux lueurs du soir est plus doux au malheur que ces brumes d’errance le vent a-t-il jamais  séché les larmes de douleur

 

De cendre ou de poussière lorsque le temps viendra

choisissez un bon bois de chêne lisse au toucher, robuste et clair

et dans ce vieux pays de Rance enterrez-moi près de mon père.

 

 

suivi de ma  « réponse »

 

Quel que soit le carré de terre,
que des pelles viendront blesser
la pierre ou le marbre,
l’ombre des cyprès,
les noeuds de leurs racines,
auprès de toi,

Quel que soit le vent,
qui répandra les cendres,
comme autant de paroles vaines,
et aussi les fleurs
qui meurent, de même,
dans leur vase,

Il y aura un temps pour oublier,
lorsque les mousses
auront reconquis la pierre gravée,
les pluies effacé les lettres :
              – même la douleur 
ne peut prétendre à l’éternité .

Que l’on enterre une princesse
avec ses bijoux,
et toutes ses parures,
ne la fait pas voyager plus vite
sur le bateau
de l’au-delà…

Ce qu’il en reste
après quelques siècles :
>          quelques offrandes,
et des os blanchis
ne nous rendent pas sa parole
et le ton de sa voix.

A se dissoudre complètement
dans l’infini,
                         c’est encore modestie :
– On pourra dire « elle a été » -,
mais le temps du souvenir,
se porte seulement dans le coeur des vivants .


RC

 

:

 


Jacques Ancet – N’importe où


 

Chorus / Work / United Visual Artists:

Installation : United Visual Artists

 

 

N’importe où une salle d’attente
par exemple les chaises rangées
le froissement des pages l’ennui
sur les visages ou n’importe quand
la porte s’ouvre grince se referme
celui qui entre dit messieurs-dames
bonjour les yeux se lèvent se baissent
on pense que c’est peut-être là
tout près on ne sait pas ce que c’est

*

Là aussi devant le soir qui tombe
collines bleues brume etc
les mots peu à peu deviennent sombres
on croit deviner que c’est à cause
de ce qui s’en va du noir qui vient
pourtant c’est autre chose la lampe
fait de l’ombre les murs se resserrent
on écoute le bruit de la voix
elle s’approche on la reconnaît

 

N’importe où                           – 1998


Jusqu’au silence blanc – ( RC )


 

photo: studio16mmjackinthebooks

 

 

Les pages jaunies des hiers,
Ont gardé la mémoire,
Intacte.
Les rives ont beau être  lointaines,
Elles  s’inscrivent,
Sans  frontière
Au pays où le présent
ne faisait aucun doute.

Peut-on dire  qu’il dérive ?
Qu’il sombrera dans l’oubli,
ou la brume,
qui, avec le lointain,
recouvre toute chose ?

Ce sont plutôt les hiers,
qui s’étiolent en notre mémoire,
comme les rides,
creusant un peu plus nos corps,
Jusqu’au silence blanc.


RC- dec  2014

d’après un texte  d’Isabelle  Debiève   » Présent désarticulé « 


De l’image, son retour permanent – ( RC )


sculpture:          La Dame d’ Elche, Huerto del Cura, Elche, Espagne

 

Ce texte  est une variation  » réponse »,  sur celui de Jean Malrieu  ( qui suit )

 

D’avril à  novembre,
De Novembre à avril,
Je tisse à l’endroit, à l’envers,
Des mailles pour que je contourne l’hiver .

J’écris toujours, à la lumière de tes feux  :
Et ceux-ci sont un don.
Une présence  faisant s’ouvrir      mes yeux,
Même aveuglé    par la pluie  fine des jours .

Ceux ci passent et,       même changeants,
Sont un retour permanent  .
Et si les sillons  du temps,
Laissent leur empreinte sur ma peau…

Ton image  est        un miroir,
Suspendu quelque part,
Impalpable       et lisse,

Au delà du tain  .
Chaque  chose est nouvelle,
Et toi,       vivante,   au défilé des heures.


RC – nov  2014


.
Je suis devant toi comme un enfant,
plein de pluie et de ravage,
ai cour d’un automne de silence
comme au centre d’une place assiégée
par l’herbe brûlée.

Je t’écris pour alléger le temps.
Cette page que je griffonne est un miroir.
D’elle va surgir un destin inattendu.
Car ma lutte contre le temps est ancienne.
J’écris toujours la même chose :
elle est nouvelle.
Que je lise à l’envers, à l’endroit,
l’inquiétude est éclairée

Je n’y peux rien.
Les années passent, me révèlent.
Mon visage s’affirme sous la pluie fine des jours
qui vient vers nous sur ses milliers, de pas agiles.
J’écris pour être avec toi
dans la paille douce et chaude de la vie.

Jean Malrieu


Allons retrouver les jours – (réponse à « La paupière attentive à la course lente des jours » de Nath – (RC )


photo perso - le Villaret

photo perso – le Villaret septembre 2013

Allons retrouver  les jours,

Et entr’ouvrir les volets,

Pour laisser guider nos pas,

Loin des chapelles à l’oeil de tristesse,

 

Closes sur elle-mêmes,

 

Il y a plein de voies, –

Qui sait où elles nous mènent ?

Qui sillonnent l’étendue,

Où se multiplient les possibles,

Bien sûr gardés du secret des herbes,

 

….Peut-être  qu’elles se perdent en brousse,

Ou se rétrécissent soudain,

Comme le végétal se referme lentement,

Sur les chemins oubliés,

De trajectoires mortes.

Mais la plupart persévèrent,

Et délaissent l’oubli, et l’ignorance,

Pour s’élancer, contourner blocs et falaises,

Ou,  passent, en brèches de lumière,

Malgré  clôtures et frontières de béton.

Alors, tu seras attentive,

Ne  te limitant pas à la course des jours,

Mais aux lendemains offerts,

Qui éclosent même,

A l’intérieur.

 

-Si tu gardes tes paupières  scellées.

et donc le  texte original de Nathalie Bardou

———–La paupière attentive à la course lente des jours

A retrouver la langue vivante

Des herbes,

Se déceinturent les crépuscules.

Des brèches de lumière inaudible

Tracent les chemins abondants

De l’ignorance,

Soin porté à l’égarement.

Alors que des chapelles à l’oeil ovale

Reçoivent, Dépouilles de tristesse,

Et ouvrent leurs toits de braise

Aux chants des forêts ,

Une femme marche , la paupière attentive

A la course lente des jours.

 

 


Nuit carmine ( RC ) – « réponse à Lamber Sav »


sculpture : Athar Jaber

Fleurs de sang,
Je ne vous connais ,
Sous la peau, – sous ta peau
Que lorsque s’ouvre,
Le tranchant d’une blessure…

J’entrevois le sommet d’une vague
Et parfois aussi son bruit .
Mon souffle a l’inflexion de la nuit,
Et cette nuit carmine,
Je la porte en toi.

Se suspendre aux nuages,
Est une méprise,
Les couleurs et lavis,
Ne sont intenses
Qu’au fond de toi-même,

La vie s’y propulse,
De corps à coeur,
Et si tu soupires,
Contre le corps dressé
De l’arbre,

Pense que ses veines,
Sont semblables aux tiennes,
Et avant que d’une frêle pousse,
Ne se dresse de fières colonnes,
Combien d’années de sève,

Il faut,
Pour que la colère et la tristesse,
S’apaise et se rassure,
Comme aussi, le temps s’apprivoise,
Et que je me fonde en ton feuillage.

> Aussi à y disparaître.

RC – 12 août 2013

incitation:  Lamber Sav, avec  « appréhension »

appréhension

sans métaphore écrasé par la chaleur

au bout du chemin

voyant les vaches dévaler dans le pré

assis sur une fourmilière

le moi bouillonne et se perd

la méditation

en wanderer

désasphyxie

ce serait de se fondre en feuillage

reprendre le chant  de l’oiseau

dans l’air les nuées de mouches

se suspendre au nuage

est une méprise

se délave  aux orages

tumulte

défiance

en somme

émettre les épingles des pins

en petits tas où poser la tête

aux herbes sèchent les fleurs

vice aux écorces et au sang

sans l’écrire

forcer son souffle

prévoir

aspirer

un poème

apaise et assure

le halètement du pouls contrarié

les couleurs et le lavis

les lignes foncées

la trachée de l’aorte

sont ce des tâches ces ports du rythme ?

tout et voir est affaire de respiration

mise à distance de ce qui est méprisable

la colère et la tristesse

sont dans le paysage

l’homme contre le tronc soupire

il aspire à disparaître

Getsuju

Getsuju


Le ciel s’appuie sur nos épaules ( RC )


peinture  perso:      grand  é:  huile  sur carton  1998

Réponse  au post  de Tikopia…

Si le ciel  s’appuie  sur nos épaules,
Alors, les mondes lointains, nous enveloppent
Les comètes  nous montrent  du doigt,
Et se rient  de la pesanteur qui nous confine
La poussière des étoiles  nous accorde un peu
de lumière, enfin, celles qui n’ont pas  choisi la voie
du noir.


Marie-Ange Sébasti – Redresser les Méandres — suivi de ma « réponse »


photo: Anne Heine

Souvent, je tentais de redresser les méandres, d’élargir les défilés, de faire de ce passage une belle ligne droite entre des vignes bleues.

Mais ne fallait-il pas d’abord s’entendre avec la falaise, abandonner un instant  la  vallée pour s’engouffrer dans l’étroite cheminée, escalader tous les vertiges jusqu’aux confins des gris établir bientôt un nouveau cadastre, mesurer de très haut des parcelles discrètes, de longues propriétés littorales, les audacieux aplats des champs les écarts qui n’échappent jamais au feu ?

Sans mentir, je pouvais encore évaluer le périmètre du patchwork des rêves, déceler leurs accolades et leurs brouilles,

me détourner longtemps aussi de ce territoire morcelé en remplaçant tous les murs mitoyens par des lignes de fuites.

Pourtant, malgré la faille, le bleu toujours,s’instaurait, me rattrapait.

Marie-Ange Sébasti

—-

Elevé dans  les airs, la prose du territoire distribue des lignes,des passages,
là où les failles  sur place, imposent des détours.
Escalader tous les vertiges, peut-être ,mais au grand effort de laisser derrière soi la pesanteur, celle des roches  et de son propre corps.
J’ai aimé la cartographie, comme un dessin aimable, qui s’étale, fantaisie de patchwork des bois gris, et parcelles  arables. La limite imposée par la falaise, permet de distribuer quelques accès rares, lorsqu’un affaissement  rend le chemin possible.
Oui, bien sûr, réconcilier les deux bords des espaces, en tirant droit, le fil de la rivière, et gommer les méandres.

( Si la terre était à modeler.)

Mais elle est matière, mais elle colle aux bottes, mais elle transpire les mousses, et se charge de buis et de chênes centenaires….
Mais elle est corps,lourde,brune, grise, fauve,  justement comme un animal endormi, étalé  là, entre les rocs…
Elle domine,…ravagée  d’érosion, ou portée en tectoniques,  striée  de ruisseaux, cherchant la pente la plus rapide…
Inerte, même bousculée de puissants tracteurs , mais vivante, à l’assaut du printemps.

Les hauts plateaux  sont  reliés, aux vallées par leurs différences, justement,– leurs accolades et leurs  brouilles, –, pourtant elles se réconcilient avec leurs passages,
…de toute façon, il faut vivre avec ce qui est…  les murailles à contourner  , en lieu et place de lignes  de fuite sans consistance, les parcelles  exigües, suivant si possible le parcours du soleil…
qui ne doivent rien aux lignes tracées  sur le papier,mais à l’effort des hommes , pour se marier au mieux aux pentes,  et extraire  de quoi y survivre.

En lien avec  « feuilleter le recueil des causses »

la Sure — falaises Nord du Vercors (Vercors Nord, Engins, Isère –                 photographe non précisé site http://www.sentier-nature.com/

et (rappel) cet excellent  écrit de Pierre Bergounioux, qui affirme que  « le monde  existe »…


Les pensées qui tanguent ( RC )


art: Brice Marden, montagne froide - 1991. huile sur toile

art:          Brice Marden, montagne froide – 1991.   huile sur toile

Les pensées qui tanguent s’entremêlent de rêves;
Ce que tu écris, – les échos de sève –
Portées de musique et les mots défilent
en constructions fragiles,
tendues en liens de dentelles,
comme deux plantes s’emmêlent…

Je ne sais distinguer de qui se débride,
De tes fièvres rouges ou paroles limpides,
Des mots jetés et paroles farouches…
A chaque arbre, ses racines,  sa souche…
Les plantes en symbiose sont en voisinage,
Et cohabitent sans se faire ombrage.

L’une , de l’autre ose aller plus loin
Vers la lumière, c’est donc un besoin
Toujours renouvelé
De la parole descellée,
A partager la soie et le satin,
Pour les draps étendus de beaux lendemains.

en dialogue avec Phedrienne
Le ruban de tes pensées m’obsède,
Déroulant ses volutes de neurones entêtants,
Passant, galonné de dentelles,
Ou crocheté de fièvres rouges,
Où flamboie la connectique
De tes contradictions majeures…..
J’y surnage, brassant de mes idées farouches
Ton alternatif courant,
Tanguant de satin en soie saumonée,
De coton dur en voile satiné,
Craignant de déchirer au tranchant de mes synapses
L’organza trouble de tes chimères osées…
Le ruban de tes pensées m’enlace,
Noue de ses ligatures serrées,
Un bout de mon cœur oppressé,
Liane mes caprices débridés,
Et dans cet entrelacement sauvage,
Douceur et rudesse mêlées,
Se tisse un dialogue endiablé !

voir  son   « Ruban »…

 

 


Le bruit dans mes tempes ( RC )


peinture:      Odilon Redon.       Le coquillage

 

Le bruit et le sang

Pénètrent dans mes tempes,

Et l’âme éclatée,

Tourbillonne sur elle-même,

Prisonnière de mon Je,

Tête et corps assemblés,

En bonne logique,

Et pourtant séparés.

Ce n’est pas par la distance,

Mais la terre qui parle

A travers nous,

De l’antre et de l’arche.

L’oeil du silence

Et pourtant le bruit

Des désirs qui se heurtent

Aux mémoires sensibles.

L’océan des plaines douces

Aux tensions secrètes,

Le ventre coquille,

Qui boit mes émotions.

Et comme les silex

Qui se heurtent

Les bouquets d’étincelles,

-nous engendrons nos ciels –

Dans un voyage

Aux lointains d’écume

Où il n’est pas besoin de paroles,

Pour s’entendre en échos….

RC – 4 mars 2013


Danse des lucioles ( RC )


par Re Chab,

-Il faut bien le dire,

Tu m’as  aidé à ôter la robe

Celle des nuages, recouvrant les  étoiles

 

 

Et dans la nuit  scintillante; qui m’attendait

S’échangent les avions  d’argent

Vers  les destinations lointaines

 

 

Peut-être celles des bonheurs partagés

Et la danse des points dans le sombre,

Celle des lucioles

 

 

S’appuie  sur les traits fugaces

Des comètes, dessinant à la lumière

Sans les craies,  sur la tableau d’ardoise de la nuit.

 

 

Et tu rassembles aussi les clins d’oeil,

Des lucioles,—  la danse des anges,

Avec le pont des heures  couchées

 

 

Sans les ballerines, avec la forme  de ton sourire

En équilibre, quelque part – ballon léger

Au dessus,corsage transparent,   de mon sommeil….

 

 

 

RC –  03 mars 2013

 

 

inspiré  du texte  de Colette Fournier,( Phedrienne ) ci dessous, …………..et visible  sur  http://colettefournier.com/2013/01/27/5-heures-du-matin/

 

 

J’ai parcouru la nuit à grandes enjambées

Franchi le pont des heures couchées

La nuit est amicale, elle sourit à la vie

Cachée sous les étoiles, et puis,

Elle a une allure folle dans sa robe ajustée

Son corset bleu marine et ses douces ballerines

Je l’ai suivi marchant à pas silencieux

Sur ses traces fuyantes de danseuse invisible

Et me voilà debout sur une crête noire

Un si drôle de perchoir, où je ne pense plus

Mais laisse traverser les comètes en goguette

Quelques anges déchus aux ailes harassées

Moi je suis sans fatigues, mais aussi sans idées

Une tête noctambule, ballon hydrogéné

Qui implosera peut-être en laissant dériver

Une petite luciole espiègle et inspirée !

 

 

Horatu, traduction du mot luciole en japonais, est un astre qui vole au bord de l’eau et annonce l’été aux japonais. Deux sortes de lucioles différentes par leur « style de vie » : le genji-botaru (12 à 18 mm) qui vit au bord de l’eau douce et le heike-botaru (8 à 10 mm) qui préfère les rizières et les eaux stagnantes, se nourrissent de colimaçons. Elles font partie des espèces aquatiques au stade larvaire parmi les dix répertoriées dans le monde, ce qui semble normal étant donné la géographie du Japon et des iles environnantes.


Brigitte Tosi – Et si tout disparaissait ( suivi de ma « réponse » )


 

 

 

 

 

 

photo :   auteur non identifié

 

 

 

 

Et si tout disparaissait

La sève de nos arbres

Celle de nos vies

Les traces de nos pas

Les flocons de poussière

Le trop plein du regard

Le silence du ciel

L’ombre des lumières

Prolongeant nos fenêtres

Le poids de nos enfants

Endormis sur nos joues

 

Si rien ne profilait

Notre horizon muet

Qu’adviendrait-il du mot

De la beauté du monde

Tendus haut par les mains

Du poète tremblant ?

 

B T.  19 juillet 201

 

Si rien ne profilait
A  l’ horizon muet
Les mains du poète
Modéleraient le monde
Et des flocons de poussière
Recréerait, de lumière
La beauté du monde,
Un nouveau  chemin,
Et les premiers pas
Inventés des enfants
Que nous sommes.

 

RC   – 25 novembre 2012


Aïcha Bouabaci – Visages d’ombre


peinture; Modigliani; portrait de Juan Gris

 

 

VISAGES D’OMBRE

 

Quand d’un être longtemps

Le sourire demeure

Et qu’il vous accueille

Pudique

Au seuil de sa maison

Par delà le silence

Au delà de l’absence

C’est que ni ici ni ailleurs

Par delà les saisons

Au delà du temps

Nulle part il ne meurt

 

 

AICHA BOUABACI

 


La joie ( Ile Eniger) – Pluie d’été ( RC )


A partir du beau texte  de Ile Eniger,  ( le premier), j’ai écrit le second…

 

photo:Jacques Hemery          1978 –               lavandes à Valensole  –  scan de tirage  argentique

 

La joie

 

Le pain brûlé des terres

La lumière en bras de ruisseaux

La perfusion du jour sur les heures de nuit

Les veines au cou de la montagne

Les vignes lourdes de vin vert

Le ciel marine à force de brasure

Les oursins de lavandes dans l’océan des champs

Les fenêtres ouvertes pour reprendre leur souffle

Et les rideaux fleuris

Les pas derrière la porte

La présence

La vie pleine forge

La centaine des blés pour un seul coquelicot

Le rouge du soleil en face

La joie

Légère comme une espadrille.

 

Copyright © Ile Eniger

 

 

pluie  d’été

 

Légère comme une espadrille

Le pas suspendu

Au dessus des brumes

Elle flirte avec les dunes

Et se saisit des montagnes

Pour en faire des chapeaux

Qu’elle repose,de biais

Dans l’océan des champs

Si bien peignés de blés

Et qu’elle va visiter

Lorsque le ciel caresse le sol

Encore chaud de l’hier,

Et d’une fin d’été

Aux parfums de lavande

Et de la terre mouillée.

 

RC  – 11 septembre 2012

 

en rapport avec la photographie  voir  aussi cet article

 

 

 

Copyright © R Chabriere

 


Océan – mer – terre, destin d’une embrassade ( RC )


 

Océan – mer – terre,   destin d’une embrassade

Vogue le destin d’une embrassade,
étreinte et baiser humide de l’eau au sable
la fin de quelque chose, le début d’un autre
s’évanouit la terre ferme, pour le choix du liquide,
une masse matière qui vit de ses soubresauts

l’histoire de tant de marins qui s’y sont fié, en espérant voir un jour la ligne dorée d’un continent lointain, ou, gagnant leur vie au milieu des embruns salés, pour rapporter une manne vivante dans les filets, mais toujours en équilibre, sur l’instable, à portée des caprices de l’écume et du noir des abysses,
peu se sont attardés, à convoquer la couleur bleue, comme celle d’un paradis uni et tranquille…
Et partir en croisière, pour le souvenir dans la mémoire, des ports ensoleillés.
Il y régnait surtout l’odeur tenace des huiles et
Des poissons séchés , à la musique des filins qui claquent sur les voiles, et le concert des mouettes…

L’océan, suit la lente rotondité de la terre, il la cache ,l’obture, et remplit ses failles, antre des mollusques et des mâchoires des prédateurs qui s’y sont fait leur empire…
de l’autre coté des courants l’océan a l’odeur femelle, et ne révèle ses mystères qu’en surface.

On y sait des coraux, des épaves, des algues et méduses, et peut-être des sirènes…

Mais aussi la mémoire des conflits terrestres, des navires coulés, avec leur cargaison, d’hommes et de matériel, le rêve des contrebandiers,, les galions d’or, la vaisselle fine, les amphores pleines de vin d’Italie…
Les boules tueuses des mines, guettant les cachalots métalliques…
Les supports des îles, en stratégie qu’on se dispute,  en invasions alternées : Chypre, la Crète,Hawaï et
plus récemment les Malouines…

On y soupçonne les courants obstinés, prolongation des fleuves et rivières, en fantasmant sur la dérive des continents, les migrations parallèles aux oiseaux, des bancs serrés de poissons voyageurs…

On en rêve dans sa chambre, pour voyager en romans, , dans une épaisseur liquide à vingt-mille lieues de Jules Verne, puis aux légendes grecques.

Le raffiot de la rêverie, n’a changé d’échelle que depuis la vue aérienne, avec laquelle les vagues les plus déchaînées, ne semblent qu’un vague frisottis décoratif…
Qu’en serait-il de l’effet de tsunami « pris sur le fait » ?

une onde circulaire, s’étendant comme
lorsqu’on jette un caillou dans l’eau, suivi d’une autre, puis semblant se calmer, alors que des murs d’eau viendraient,

quelques heures plus tard, rejeter violemment les chalutiers, et bateaux de plaisance au milieu des falaises et forêts…

La soupe salée, vécue du bord des côtes dévastées prenant soudain un goût de l’amer, bien éloigné
de l’aspect paisible qu’on suppose à la mer.
…..Sans l’apostrophe…

RC  –  14 juillet 2012

peinture:            William Turner


La route tracée de pluie ( RC )


La route tracée de pluie

par Re Chab,

Ta  route est tracée  de pluie  et de soleil

Les ombres s’y allongent et s’y diluent

Dans une  perspective  incertaine

Les allers et retours, et croisées de chemin

Offrent en raccourcis  leurs ornières et leurs dos d’âne

Les reflets des orages dans les flaques

Et celui de ta vie, qui mène comme elle l’entend

Son petit bonhomme  de chemin

Et croise souvent le mien.

C’est à croire que la carte  est écrite,

Qu’il est des rencontres fortuites,

Ou presque,      qui nous retrouveront à l’abri

Aux petits bars de la côte, les odeurs de soupe

de chou-fleur et les fish ‘n chips,

Alors que la mer s’est  suspendue,

Un instant de repos en paysage

Et la lumière au fond de toi

Qui me guide souvent, d’entre les nuages…

18 juin 2012

 

auquel de nouveau Lutin fait écho avec

C’est douloureux et tendre à la fois
la route tracée de pluie
le silence des corps interdits
pliant leur ombre en désespoir

Comme il est doux de traverser les lieux solitaires
dans le dos des marches
descendre le long fil de l’oubli
refusant de dormir
le soir tendu comme l’orage

Il manque la longévité des heures
cogne le cœur
un jour le ciel s’arrêtera de pleurer
creusant la mer de sel
aux couleurs d’un champ de neige

Entre-temps les cheveux poussent
fleurs aquatiques dans les flaques d’eau
la mort n’éteint pas les lumières
glissent nos yeux dedans
les mains retenues

lutine – 19-06-2012


Enigme – présence (RC)


peinture;   portrait  de Bianca Maria Visconti   par Masolino

 

 

 

Il y a des passages si doux
Qu’un sourire sur ton visage

Il y a des portes qui jamais ne grincent
A la fugue de tes silences

Il y a le parcours de ton énigme
Qui ne répond à aucune question

Il y a tes mains sur mon visage
Qui dessinent des partages

Il y a ta présence, qui, même dans l’absence
Fait oublier tous mes fardeaux.

RC   30- mai 2012

( complété par Lutin)…  aujourd’hui…

—-

Il y a tes silences
aussi longs qu’un regard
et ta bouche qui en dit long
lorsque ta langue humecte mes lèvres

Il y a tes mains
comme la vague happe le sable
tes bras qui me portent sur la grève
c’est une tempête de mots ces instants là

-Merci bien, B,  j’aime bien, comme tu le sais  le procédé ‘ping-pong »…  d’ailleurs  je l’ai classé dans cette catégorie


J’ai cherché le feu – (RC)


image: montage perso

Je cherche le feu, le voici

J’ai fouillé dans les cendres

Et senti la poudre tiède de douceur

Accompagnée des morsures des braises.

J’ai cherché dans les cendres

De la mémoire du silence

Et je t’ai trouvée,        douceur,

Avec la soif du corps en braises

J’ai cherché la douceur

Entre la demeure des instants

La patience d’un feu – soudain

De nouveau ravage mon âme.

RC  – 28 mai 2012

Avec la réponse de M, visible  sur ecriscris

 

Et celle de Manouchka, notre poétesse québécoise…

 

Braise apaisante sur mes froidures passées,
Son feu coule dans mes veines sclérosées,
Je me réchauffe à sa mâle présence,
Qui dessine sur ma peau de faïence,
Un poème tatoué à l’encre rouge,
Où les couleurs du couchant, encore bougent….

 

—-


Tapis replié, roulé ( RC )


 

 

 

 

 photo SunWorship

 

 

Tapis replié,

 roulé,

présence tempête,

 asphalte mouillée,

secousses incontrôlées,

 l’air  déguisé,

 racloirs improvisés,

 sur les toits des maisons

 

 -Avignon,

 L’ après -midi, le vent. au temps en remporte ( le Simon ), et puis le soir  et puis la nuit.

D’haut temps, volutes baroques, tentative de restitution de  ( ce que nous raconte le Claude), angelots joufflus poussant avec effort leur trompette, éclairs de chaleur dans la nuit,  silence des oiseaux  et des étoiles.

Juste le temps du vent.

 

Avril 2011

 

 

( Cet article  qui évoque le titre  du beau livre  de Claude Simon « le vent » –  et surtout  son sous-titre…  était aussi une  réponse, en écho à Arthémisia, dont  voici le texte original

)

Tu ne seras pas qu’une anecdote, un événement, une performance.

Tu ne seras pas qu’une étoile dans une nuit de goudron gras.

 

Tu seras la présence, l’adagio et l’écho, le trottoir qui luit, l’itinéraire nouveau, la progression bleue, le tapis volant, l’air aiguisé de l’après midi, le vent.

D’haut temps.


tes mots à survivre (RC)


dessin: planche  de botanique  ancienne

dessin: planche de botanique ancienne

 

 

Peut-être que tu ne survivras pas à tes mots
Si ceux ci portent une charge toxique
Et qu’ils procurent à leur auteur mille maux
En se reproduisant de famille, prolifiques

Mais on peut imaginer que l’inverse le soit
Et qu’en vin des marges, ils remplissent
Les recueils, et d’indépendance, soient
Au point qu’ils te survivent avec délices

Ces signes qui nous inventent
Vont aussi nous guider
A traverser la mort lente
Mourir pour des idées

C’est bien Georges qui le chante
Et toujours, on le fredonne
Brassens nous enchante plus que hante
Et ses paroles résonnent

A la série des pages ouvertes
On peut voir le temps qui tasse
Du jardin, à la grande fenêtre
Les écrits ne s’envolent ni s’effacent

La parole se donne, orale
Les poètes anciens ,heureux élus
Hugo, Rabelais, de Nerval
La parole écrite est encore lue.

L’étonnant cristal d’immatériel
De la parole qui touche l’âme
Traverse encore tous les ciels
Et nous joue encore ses gammes

Shakespeare, Othello et Ophélie
Au théâtre des hommes, éternel
Et la voix cassée de Billie
Si vivante, belle, très actuelle…

Se nourrissent de mots précieux
Distribués à travers l’espace
Comètes et météores audacieux
Mais nous en avons toujours la trace

 

——–

 

Réponse  à JJ Dorio  pour  son  « vin des marges »


Disposant sur ma toile, des couleurs habitées ( RC)


texte publié sur l’anthologie poétique de JJ Dorio: JJ Dorio ayant lui-même écrit qq chose sur cette peinture,

———

 

 

La fenêtre s’ouvre sur nos voyages secrets

Buées du vacarme salin des rafles sur l’espace

Ce qui nous tient éveillés, et rend sagaces

Sous cet après-midi luxueusement malaxés,

L’ajout et le reflux, matières minières

À laisser la mer nous envahir d’hier :

Le petit carré d’ocre résiste sans pensées

Mais en couleurs seulement dépensées

en revenant sur la grande bleue ( peinture perso)

————-

Sans paroles, et sans la moiteur intruse des terres d’été

En cet instant unique, à l’ombre évasive des oliviers,

Témoins millénaires de l’Italie proche de Sicile,

Du monde en regard mythologique, et en îles…

 

Immobile encore, sous les saccades du vent

Témoin de notre passage et notre instant

Sans pour autant me risquer à convier l’éternité

Disposant sur ma toile, des couleurs habitées…

la peinture jointe, bien que datant de 2000, précède ce texte qui lui fait écho, notamment aux couleurs de l’Italie du Sud, – Polignano a Mare ( Pouilles)

———

Et le texte est un écho à celui de Jean-Jacques Dorio;
sur un coin de table la grande bleue

sur l’aire des poudroiements

quand se déploie la liberté

d’interpréter le monde

tel jour telle heure en telle année

la fenêtre s’ouvre sur nos voyages secrets
ceci cela en somme qui nous tient éveillés

flux et reflux matières manières
de laisser la mer nous imaginer :

sans pensées et sans paroles
nous aurons été en cet instant unique
ce petit carré d’ocre et de bleu…

et pour l’éternité

——- que l’on trouve ici ( dans « Correspondances » )


Paul Celan, et Rose Ausländer


Esprits nomades  nous dit Rose Ausländer.. (  suite à mes  recherches  sur Else Lasker Schüler)…

voir leur site 

 

Paul Celan

 

Parle –

Mais sans séparer le non du oui.

Donne aussi le sens à ta parole

donne-lui l’ombre

Donne-lui assez d’ombre,

donne-lui autant d’ombre

que tu en sais partagée autour de toi entre

minuit et midi et minuit.

 

photo Alain G - le descendeur

 

 

À cela Rose répond :

j’ai trouvé

un mot qui ne pleure pas

les autres portent le deuil

de la perte

de la patrie.


cet hiver à venir qui se cache (RC)


En écho à Nath  (  bleupourpre)….   et ma réponse  sur L’aveu de l’hiver sera assez tôt…

Et cet hiver à venir qui se cache

Soies et cachemires sont à broder
Aux feuilles et racines par l’été érodées
La lumière jaillissante enlacée
Tables paillardes agacées

Accordéons et fêtes en cours
Aux gibiers ruisselants, chasse à courre
L’après-midi digeste de la cuisine des dieux
Porte les plateaux ocres jusque vers les cieux

En attendant des temps moins cléments
Des outrages d’orage, et vents déments
D’un engourdissement allant vers l’oubli
Sous le froid latent des montagnes et des plis.

neige au mont Lozère, photo personnelle

—–

Et la patience des pins restés debout
Encapuchonnés de blanc sur le vert, marabouts
Et l’obstination à ne pas faire deuil
Du chêne blanc, à ses feuilles

Se déroulent sur le causse les saisons
Dont on attend l’improbable horizon
Sous la marche forcée des nuages
Cachant de l’hiver, le vrai visage


Sur la croisée des chemins (RC)


Sur la croisée des chemins, en ondules et creux,

du paysage c’était sa main

des traces qui menaient quelque part,

sans doute, mais où?

je ne savais rien de l’après ,

de ce qu’ était derrière la colline du lendemain,

la boule de cristal peut-être, – c’est sûr -,

les lignes de la main, encore,

m’auraient lu mon destin,

mais j’ai préféré continuer ma route,

avec toi, la main dans la main

et la traduction en espagnol que m’a gentiment fait parvenir Josephine Coll…

En la encrucijada

En la encrucijada, en ondulaciones y oquedades

del paisaje era su mano

huellas que llevaban hacia algún rumbo,

sin lugar a dudas, pero ¿a dónde?

del después yo lo ignoraba todo

de lo existente detrás del monte del mañana,

la bola de cristal quizás, — es cierto–,

las líneas de la mano, más aún,

me hubieran desvelado mi destino,

mas preferí proseguir mi travesía

contigo, cogidos de la mano

Main de Çiva -                    2ème quart du Xème siècle - Grès- ----Art Khmer

Ce texte  est un commentaire  à partir  du thème original proposé par Juliette, et repris par JoBougon..

           http://papierlibre.over-blog.net/article-nouveau-theme-de-juliette-73744298-comments.html#comment82323128

comme elle  a fait un autre écrit dans le même  sens  que je cite ici,   je lui ai fait la réponse suivante  hier  ( plus bas)…

———

Invitation

La banquise ne sied guère

A la passion torride

Venez-donc très chère

Avec moi parcourir

Le monde et ses secrets

Et s’installer qui sait

Sur la plage du désir

Qui attend nos soupirs

Puisque c’est la chaleur

Mariée à la douceur

Qui fait vibrer mon cœur.

Jo

——–


Chère toi…


tu sais tout de mes vibrations

de mon âme en sensations

de mon âme en ascension

et de mes tensions

Nous alons patiner dans les moules

Tamiser la semoule

Découper la banquise en dés

En faire chasse gardée

Et garder les glaçons

Pour faire  à l’hameçon

De la pêche miraculeuse

Abondance merveilleuse

En plaisirs friandises

Qu’avec toi  j’autorise

A partager moments

Au bal des amants…