voir l'art autrement – en relation avec les textes

self creation

Renaître et revenir à son point de départ – ( RC )


S’il faut jouer à pile ou face
je n’ai rien décidé de mon destin…
je vais me prendre en main
( impair ou passe )
pour décider de mon voyage,
mais la terre est-elle ronde ou plate ?
Je commence à la parcourir sans hâte
avec très peu de bagages.
S’il faut débuter par son lieu de naissance
chaque foulée m’en éloigne au fur et à mesure
gagnant en envergure
pour retrouver mon innocence ;
je sème au passage quelques pierres
histoire de retrouver mon chemin
en suivant les méridiens :
on se demande à quoi ça sert:
peut-être à retrouver la mémoire
quand on égraine les kilomètres
est-ce ainsi renaître
que revenir à son point de départ ?


Métaphore d’un confinement – ( RC )


projet « Forest City » Malaisie

Le temps languit, étiré
en toute liberté,
croit-on…

Il n’y a pas de barreaux à nos fenêtres,
le cœur profane de la ville
est encore vide
et la pensée ne s’encombre plus
d’une pluie battante

les voix du monde
se sont arrêtées
sur une muraille de verre
car même l’orage est confiné
derrière une grande barrière :

il ne reste plus qu’à compter les jours,
détacher les brins de laine
pris dans la peine et les barbelés
de nos chemins.

Eux s’en vont bien quelque part,
retrouver les sommets,
les cheveux des fougères :

( peut-être qu’ailleurs coulent les rivières,

comme se rassemblent les larmes
d’une multitude de ruisseaux
à la suite d’un crime métaphorique )
emportant avec lui l’espoir
et les désirs avec le temps.

Le temps est toujours innocent.
Il ne connaît pas l’enfermement,
les murs de l’appartement.
Puisque tu es immobilisé…

tu peux toujours sortir de ta tanière
par la voie de l’imaginaire…


Sous une couverture de feuilles – ( RC )


Au milieu d’une forêt, aux arbres centenaires,
je me serais arrêté dans une clairière.
De petits éclats mauves, clignotant de leurs pétales,
au pied du rocher, où je confierais au vent ma destinée.
Je serais le chercheur d’herbe, déplaçant les pierres
me guidant sur le fil invisible de la sueur des fleurs.
Le rocher enflammé doucement
avec le soleil couchant comme un dernier espoir
avant la couverture du soir.

Je me coucherais là, sous une couverture de feuilles
pendant que les plus sèches s’échappent,
avec le souffle le plus léger, qui les agite.
Je laisserais, posé à mes côtés,
le bouquet d’orchidées, immobile dans la nuit.
Car, à qui puis-je offrir des fleurs que je n’aurai pas cueillies ?
Celle à qui je pense est loin sur la route
quand moi, je m’éloigne de la vie.

( basé sur un écrit de Ph Jaccottet  » A travers le verger « ,
et ce texte d’une auteure chinoise anonyme…( dont le texte suit )


Dans la forêt nouvelle a fleuri l’orchidée,
Qui, çà et là, s’emmêle à la vigne,
J’en ai cueilli les fleurs toute la matinée;
Le soir venu, je n’ai pas fini ma brassée.
À qui donc présenter les fleurs que j’ai cueillies?
Celui à qui je pense est au loin sur la route…
Les parfums délicats vite s’évanouiront;
Soudain, toutes les fleurs se trouveront fanées.
Quel espoir luit pour moi que je puisse évoquer?
Au vent qui vole, je confierai ma brassée.

                      Auteure chinoise anonyme, 200 ans av. J.-C. --

Georges Jean – Scène


Aux griffes du jour
S’ouvre le théâtre
Aux personnages noirs
Que la nuit forge encore
Dans la vaste demeure
Où s’apaise la mer
Le premier rôle est triste
Le sang suinte des murs
Dans le décor obscur
Au bord des marécages
Aux limites du sens
S’érige une aventure
Et le temps recommence
À planter ses couteaux
Dans la poitrine nue
Des héros
Le rideau tremble un peu
Les personnages passent
Et nous laissent de glace
Défaits.


Rouge théâtre Scène vide
Des yeux allument le décor
De tendres paupières humides
Et la mort.

Se glisse entre mes deux épaules
L’épée glacée et ce destin
Elle ouvre de nouveaux chemins
À mes rôles.

Le soleil traverse les cintres
De doux inconnus me regardent
Des mains amies prennent leur vol
Et j’entends que bruissent soudain
Des paroles.

La table enfin mise on commence
Le jeu emplit l’espace noir
La blessure avec l’espérance
Dialoguent au bord du soir
Et lorsque tombe le rideau
Les personnages sans me voir
Regagnent livres et tombeaux.


Je me rappelle des brumes du nord – ( RC )


Je me rappelle des vents du Nord,
de la sueur des hommes,
des landes de Bretagne
de la brume
cernant les arbres de partout ,
des légendes
au pays de Brocéliande
du cri des hiboux
et des bateaux fantômes
échoués sur la grève
parmi les méduses.

Je me rappelle des cartes postales
couleur sépia,
et de ces dames
à haute coiffe
des temps anciens
qui gardaient aux creux de leurs mains
quelques brins de genêts
ou de bruyère,
pour des marins revenus
le regard un peu
noyé d’embruns….


Nature morte au verre, à l’orange et aux citrons – ( RC )


peinture  Marsden Hartley – nature morte aux citrons – 1928

Grande joie de lumière
dans la toile rectangulaire
dès qu’on ouvre la porte :
une nappe plissée,
quelques fruits disposés,
un verre , et la musique du silence
en couleurs complémentaires :
c’est ce qu’on pense
être une nature morte…

Trois citrons aux ombres vertes,
attendent sur une assiette.
Aucun des fruits ne bouge,
personne ne les dérange
dans leur écrin rouge
voisin du verre à pied
où transparaît la valse des bleus
dans leur savant camaïeu.

Juste une orange isolée
dans le coin droit,
dépourvue de pesanteur
attend qu’on la mange.
Avant qu’on l’attrape
elle répercute un peu de couleur
sur le verre vide
dont la matière limpide
se dresse sur la nappe.

Le côté gauche est plus incertain:
il est probable
qu’on devine un coin de table :
– on a négligé le reste du festin
pour concentrer notre attention
sur la composition -,
les courbes qui se répondent
et les formes rondes
de la nature morte aux citrons.

RC – Août 22


le buffet des desserts de lune – ( RC )


photo perso RC

Au buffet des couleurs
un peu de sirop d’érable,
parure des heures de la nuit
sucre de pastèque,
lueurs du rêve :
c’est la pleine lune,
le dessert
qui traverse la fenêtre
et rebondit sur la Rance,
même le soleil

caché de l’autre côté de la terre
ne l’a pas avalée,
malgré un solide appétit…


Marcher vers le blanc – ( RC )


Avant le blanc,
je ne savais rien du passage
qui se fraie dans le cœur
invisible du temps :
l’émergence de la couleur
ne s’apprend que
lorsqu’on en a oublié
le langage et la signification
des phrases apprises par cœur,
mais qui nous masquent
les bords du silence.
Ainsi rien ne nous indique
le chemin, car nous suivons
celui qu’on nous a appris,
à la place de l’inventer
avec patience
en sortant des voies
où les formes
luttent contre les ombres.

Mais la couleur ne se saisit pas.
Elle traverse juste le regard :
on ne la décrit pas,
car elle ne se livre
qu’avec discrétion,
et avec des variations infinies,
sans contours précis.
On sait juste que la lumière
lui donne naissance,
et que chacun la perçoit
en ajoutant la nuance
de sa vision .
Jusqu’à ce que les teintes
prennent leur indépendance,
se superposent
entament une danse
qui n’a d’autre fin
que l’assouvissement.
C’est alors
qu’on peut marcher vers le blanc.


L’eau et le corps des âmes vives – ( RC )


Le corps des âmes vives
s’écoule sans discontinuer,
de la source , des cascades
jusqu’aux rivières,
pour atteindre le grand fleuve étale.

Tu y entendras
le bruissement de soie
des eaux qui parlent
de leur voyage tracé
au flanc des collines ,
des rochers , des courants
et des galets qu’elles ont porté.

Jusqu’à l’océan, elles accompagnent les vents changeants,
qui dialoguent avec les nuages
et parfois les bousculent .

Ne cherche pas à les comprendre :
leur direction est fantasque,
on ne sait jamais à quoi s’attendre ;
mais les âmes arrivent toujours
un jour ou un autre
à revenir à leur point de départ
pour continuer à chuchoter
dans le cycle de la vie
recommencée.


rêves anodins , amours chavirés ,impossibles à détacher – ( RC )


peinture Mario Schifano – I was born here

Un peu trop de souvenirs agglomérés,
rêves anodins , amours chavirés ,
impossibles à détacher :
de ceux qu’on ne raconte pas,
et qu’il est impossible
de rassembler en tas.
Ce sont des fils de mémoire,
qui tiennent tout ça
ficelé ensemble:
je n’ai pas encore trouvé moyen
de m’en détacher,
même avec les saisons nouvelles :
Encombré de leur présence,
comment ouvrir grand mes ailes ?


J’apprivoise les cailloux – ( RC )


photo Anne Cécile Lecuiller

A force de marcher sur l’eau,
j’apprivoise les cailloux,
qui se font plus légers
dans l’éclat des reflets
et de l’eau pure :
maintenant elle a baissé,
je peux traverser la rivière
en équilibre sur le gué.
Ce galet plat,
je l’ai conservé :
c’est une semelle qui me va
adaptée à ma pointure,
je n’aurai plus qu’à y adapter
des sangles de cuir :
m’en faire une chaussure neuve
naviguer sur le fleuve,
que la rivière ira grossir.
Pour faire la paire
il faudra que je déniche
un autre caillou lisse
pour m’emporter dans les airs :
que les écrevisses me pardonnent
elles trouveront d’autres abris
et d’autres pierres…


La chance de l’avoir rencontré – ( RC )


photo RC – jardins de l’abbaye de Daoulas

On ne dérange pas
l’éclosion des fleurs.

Elles éclatent en silence
et se jouent des vieux bois
gémissant sous le vent.

On ne dérange pas
les lèvres du jour

Tu sais que la couleur
joue avec l’éphémère,
lutte contre le vent.

Tu ne couperas les les fleurs
dans leur élan

Elles ont moins de temps à vivre,
mais se répandent par milliers
à travers les champs.

On ne dérange pas
le printemps qui triomphe de l’hiver

Sa vulnérabilité n’est qu’apparence ;
tu as déjà beaucoup de chance
de l’avoir rencontré !


Aucune théorie sur le déplacement – ( RC )


photo RC plage et dunes Sainte Marguerite ( 29 )

Là, tout est au beau fixe.
Quelques nuages volages
sont à leur place.
Personne n’imaginerait
à part l’ingénu Magritte,
que les rochers se détachent
et s’envolent, oublieux de leur masse
avant de retomber au petit bonheur
pour la plus grande joie des autochtones,
voyant pleuvoir les menhirs.

C’est une image peu réaliste,
….je le concède,
qui pèse très peu
comparée à ces tonnes
qui ont été déplacées …
mais comment expliquer
que des pierres usées
par des millénaires de marées,
se retrouvent en équilibre
sur ces rochers dentelés ?

L’océan, dans sa grande générosité
aurait-il, inversé le cours des choses,
glissé ses bras sous les écueils,
bousculé les centres de gravité,
ignoré les lois de la physique,
pour leur rendre une légèreté
« métaphysique « 
comme ces nuages que l’on voit passer
lors de ces après-midi d’été,
où règne calme et volupté ?

Je n’ai là-dessus aucune théorie,
pas interrogé le sable sage
sous le soleil de juillet,
de toute façon,
il ne m’aurait pas répondu :
je me suis contenté de chercher l’ombrage
sous les blocs de granite
dont la longue vie
contient plus de secrets et de chansons
que je n’en pourrais inventer…


Le baiser de la femme araignée – ( RC )


peinture  » woman » W De Kooning

C’est une femme aux mille ressources,
qui vit au sein de la peinture,
sous les couches de couleur…
Nous prend-elle dans sa toile,
nous enrobant de caresses drues,
où virevoltent les pinceaux ?
De la plage, la sérénité
des jours d’été semble s’éloigner.
Nous serons à notre tour
ce corps fragmenté
se débattant sous les vernis
et les baisers
de la femme araignée…

( réponse à un écrit de Louba Astoria sur Wilhem DeKooning )


Paul Celan – un œil ouvert


Heures, couleur mai, fraîches.
Ce qui n’est plus à nommer, brûlant,
audible dans la bouche.

Voix de personne, à nouveau.

Profondeur douloureuse de la prunelle :
la paupière
ne barre pas la route, le cil
ne compte pas ce qui entre.

Une larme, à demi,
lentille plus aiguë, mobile,
capte pour toi les images.

Paul Celan in Grille de parole (Sprachgitter, 1959)


Caroline Dufour – Saturation


peinture RC

et l’arbre se tient béant
devant tant d’yeux
sur le vide
et tant de vide
à vendre

d’autant béant
qu’autour de lui,
la blanche tombe cristalline
comme une grande
chanson d’amour

des milliards de
diamants cosmiques
projetés
d’une bouche céleste
sur un monde

gorgé

mais que
sais-je, se dit-il,
de l’instable
peut-être, dans
sa parfaite élégance, sa
courbure patiente

· du site de Caroline D  » Si j’étais un arbre »


à skis vers Helsinki – ( RC )


photo Kulkijain

Celui qui se rend
dans la banlieue d’Helsinki
peut chausser ses skis.


Nous allons suivre notre homme
progressant lentement
de porte en porte.


Choisira-t-il la ligne droite
ou le slalom,
la voie la plus pratique
dans son esprit l’emporte
car franchir les portiques
reste une opération délicate :


même s’ils restent ouverts
à tous les vents
et aux étoiles

– ce qui libère les courants d’airs –
et comme par enchantement
— apparaît la cathédrale
sertie d’une brume matinale
à la sortie du labyrinthe :


il reste à prendre une photographie,
pouvant faire office de carte postale,
remplaçant la toile déjà peinte
au dos on trouvera inscrit


bons baisers d’Helsinki !

RC

voir le site de photos


Un temps d’ivoire – ( RC )


Lewis chessmen – British museum

C’est un temps d’ivoire,
en noir et blanc,
la partie est en cours,
on se dispute certains emplacements
plus favorables aux grandes lignes,
tu distingues des fortifications
dans le lointain,
mais des obstacles
ralentissent considérablement
la progression.

Ce n’est pas un voyage initiatique,
on court des risques
en allant à découvert,
aussi faut-il marcher avec prudence,.
Quelques aller-retours sont nécessaires
pour contourner les foyers d’incendie:
les cavaliers le savent bien,
ils évitent les obliques où les fous
tirent sur tout
ce qui traverse leurs diagonales .

La diplomatie reprend cours,
pendant une fausse accalmie,
le dialogue se rétablit.
….On tergiverse.
On est même prêt à échanger
quelques présents
ou des prisonniers
pour que la parole porte plus loin.
En fait, c’est un nettoyage par le vide
qui parfois s’impose;

car la stratégie ne s’exerce, de fait
que sur soixante quatre cases
et qu’il est nécessaire d’y voir plus clair
pour aller de l’avant
espérant peut-être empiéter
sur le territoire adverse.
C’est un temps d’ivoire,
où l’incertitude demeure….
la partie est loin d’être achevée…


Glissements du cœur en marche – ( RC )


photo et montage RC

Attention , surtout , aux glissements
du cœur en marche:
il pourrait se détacher
dans la vitrine transparente
de mon corps translucide,
et offrir ses pulsations
au tout venant.
Je suis le carrosse fixe
placé juste devant,
emporté par la course circulaire
du manège enchanté.
Je reste à distance égale
de ton petit cheval,
alors que tout se brouile
autour de moi:
la place où les arbres
défilent autour de nous,
les visages flous,
les réverbères aux éclats dorés.
C’est un cinéma permanent
que rien ne semble arrêter,
les murs se courbent,
– mais bien loin
de l’étoile que je suis,
celle de ton regard
quand tu te tournes vers moi,
effrayée encore
par le mouvement des astres,
et le sang bleu
de mon corps transparent…


escargots de cimetière -( RC )


On ne pourra jamais dire
si les morts se souviennent
de leur existence .
Maintenant, à l’ombre des cyprès
ils peuvent simplement
parier sur les escargots
qui se promènent sur leur tombe,
savoir qui franchira le premier
l’enclos, dès la première pluie
pour longer le mur de l’église,
mais il est peu probable
qu’ils pénètrent à l’intérieur :
l’odeur d’encens ne les attire pas;
l’eau bénite a le goût des cierges.
Ils préfèrent les morts aux vivants,
ceux-là ne risquent pas
de les écraser
avec leurs gros sabots….


Une minuscule église de pierre – ( RC )


C’est quelque part,      en avant
sur une pointe de terre
juste avant de plonger dans la mer,
que les pierres affrontent le vent.

Au milieu d’elles
des hommes ont construit
cet abri contre la pluie
une toute petite chapelle

coincée entre des rochers,
infiniment solitaire,
minuscule église de pierre,
        qui semble s’être échouée

        un jour de grande marée .
Des saints que l’on a vénérés
s’y sont peut-être réfugiés
après avoir débarqué .

Ils connaissent des langues mythiques
                           surtout en Bretagne,
( elle qui fut très ancienne montagne
où abondent mégalithes ) .

Il se peut que les pierres pensent par elles-mêmes,
gardant la mémoire de contrées anciennes
et des fêtes païennes
où les dieux n’étaient pas les mêmes .

S’accommodant  d’autres coutumes,
épousant les mousses et les lierres,
ce n’est pas seulement pour les prières
mais pour combattre la brume

évoquer les diables et les sirènes
et toutes les légendes des siècles passés :
ces pierres,                         nous les avons caressées ,
et des âmes déposées, recueilli les joies et les peines .

RC – 2019


De la lumière, là où il n’y en avait pas – ( RC )


Puisque nos paroles repoussent l’obscurité,
nous avons fait de la lumière,
là où il n’y en avait pas,
en décrivant les songes
qui nous font voyager.

Peut-être ne suffit il pas de parler,
mais de mettre nos rêves sur le papier,
les mots d’encre rendus visibles
se mettront ensemble à danser:
petits soleils dans notre nuit partagée…

voir parallèlement l’écrit de Candice N’Guyen dans « traverses 8 »:

Tout au fond de la nuit
nos rêves comme banc de lucioles
éclairant l’obscurité des jours
déchirant leur désastre


L’infini ne reconnaît pas les créatures de l’esprit – ( RC )


volume Guillermo Rodriguez

Tout glisse entre leurs mains ouvertes,
et peut-être les transperce,
Ils sont sans doute
des créatures de l’esprit,
qui ne connaissent pas le poids des choses,
et peuvent marcher sur l’eau
sans qu’elle ne s’en aperçoive…


J’en ai vu qui ont traversé les façades,
ignorant les habitants,
mais chargés de la couleur des murs.


Les plus audacieux se sont risqués
à escalader le ciel
sur une échelle
allant vers l’infini,
mais ils ont présumé de leur force,
car l’infini ne reconnaît pas
les créatures de l’esprit.


Ils ont chuté
comme Icare en son temps,
pour se dissoudre
comme un songe, au réveil,
dès qu’arrive le soleil…


à la table du ciel – ( RC )


montage RC juillet 22

Quand je mange à la table du ciel,
je ne mendie pas les nuages,
et dans mon assiette,
il y a des quartiers de lune
que j’arrose de voix lactée.
Si je parle trop fort
après avoir bu du sirop d’étoiles,
elle s’éclipse
le temps que j’aligne
quelques planètes
au bout de ma fourchette
avant quelque comète de sucre glace
me servant de dessert.
Repu, je plonge dans un sommeil opaque,
où je bouscule tout le zodiaque
dans un rêve des plus ordinaires,
revenu brusquement sur terre…

RC – juillet 22


Abdallah Zrika – ivresse de l’effacement 3


montage RC

L’amertume ne vient
qu’après la soie d’une blancheur
et l’or d’une main

La lamentation quand elle s’élève
ne se guérit pas par l’ivresse
d’un œil et la bougie d’un front

Tu montes les échelles d’un visage
et tu tombes dans le fond
d’un poème

Tu montes l’arbre de l’énoncé
et tu dors sous l’orange
d’une poitrine

Mais que doit-il rester de toi
pour que quelque chose reste de toi ?

Les conteurs eux-mêmes fuient
ta tombe

Les oiseaux emportent les cheveux
des filles de tes mots

Même la terre
n’est pas attirée
par la pâleur de ton visage

Quand le bois de ton nom
se tord
sous le froid d’un automne.

reblog du site « terre de femmes »


la saveur des fruits – ( RC )


peinture – Julio-Vila-y-Prades j femme aux fruits

De quel endroit viens-tu,
toi qui me regardes à travers le tableau,
à côté d’une coupe pleine de fruits ?
La peinture n’est pas encore sèche.
Elle joue sur les nuances et la lumière,
presque à ton insu, se pose sur leur galbe.
Bientôt tu pourras m’en décrire la saveur…


Marcello Comitini – la fenêtre



photo RC – Brest Penfeld

Regarde. Dans l’immeuble d’en face
plusieurs fenêtres sombres
grande ouvertes sur le vide des pièces.
Une seule reflète le ciel
traversé par la fuite des nuages blancs
et des vols d’oiseaux qui remplissent le bleu
comme des cerfs-volants échappés de main:
le vent les pousse vers l’espace infini.


Elle seule résiste
au vide qui envahit ces pièces désertes,
où avant ils coulaient
la vie des hommes
les cris des enfants, les éclats de rire des mères.
Elle convertit la fuite des nuages en danse
rend immobile l’heure qui fuit
la fait revenir avec un nouveau visage
même quand elle s’enflamme
du soleil couchant.
Et à l’aube, elle s’allume de tendresse.
Regarde la. Ressens-tu
grandir cette grâce autour de toi
venir te rencontrer, donner un sens
au vide de nos pièces ?

Guarda. Nel palazzo di fronte
tante finestre buie
spalancate sul vuoto delle stanze.
Una soltanto riflette il cielo
attraversato dalla fuga di nuvole bianche
e voli d’uccelli che riempiono l’azzurro
come aquiloni sfuggiti di mano:
il vento li sospinge verso lo spazio infinito.
Lei da sola resiste
al vuoto che invade queste stanze deserte,
dove prima scorrevano
la vita degli uomini
i gridi dei fanciulli, le risate delle madri.
Converte in danza la fuga delle nuvole
rende immobile l’ora che fugge
la fa ritornare con un volto nuovo
anche quando s’infiamma
del sole al tramonto.
E nell’alba s’accende di tenerezza.
Guardala. Senti
crescere intorno a te questa sua grazia
venirti incontro dare un senso
al vuoto delle nostre stanze?

du site de Marcello Comitini