voir l'art autrement – en relation avec les textes

self creation

Guy Goffette – dans ce petit creux d’ombre et d’oubli


Et tu finis par ranger le livre, là-haut,
à sa place exacte, ce petit creux d’ombre et d’oubli
comme le coin de terre qui te revient.
Tu reviens toi aussi

à ta place, devant la fenêtre, la table,
ce carré de neige que nul encore n’a forcé
et qui va dans tous les sens comme ta vie
parmi les mots, les morts.

Tu sais bien qu’aucun signe ne guérit de l’absence,
pas plus que le merle en tombant ne renverse
l’axe de la terre, mais tu persiste, ô scribe,
à soudoyer les anges :

un peu d’or dans la boue, dites, que la nuit reste ouverte.

extrait de « La Vie Promise, »  1991


Sans noms – ( RC ) – d’après Paul Celan


dessin: Zoran Music

Ils veulent effacer nos noms
comme nos corps,
anonymes et juste identifiables
grâce à un matricule,
              en apposant des scellés
dans le non-dit,
sur les lèvres éteintes
de l’histoire,             la rendant muette,
aussi innommable que nous .

Or ce n’est pas notre fin,
qui s’écrit,       taciturne
         mais le commencement
         d’une écriture,
même si nos noms
ne nous sont rendus,
qu’avec des caractères
inscrits par milliers
dans des plaques de mémoire.

RC –  mars  2020

Claude Lanzmann à propos du "Mur des noms" : "La nomination est la  sépulture même"

d’après le texte de Paul Celan, évoquant la Shoah ( dans Zeigehöft, )
Das Nichts, um unsrer
Namen willen
—-sie sammeln uns ein—-,
siegelt,

das Ende glaubt uns
den Anfang,

vor den uns
umschweigenden
Meistern,
im Ungescheidnen, bezeugt sich
die klamme
Helle.


dans son allocution de réception du prix de la ville de Brême, en 1958, Paul Celan déclare :

Accessible, proche et non perdue, au milieu de tant de pertes, il ne restait qu’une chose : la langue. Elle, la langue, restait non perdue. Oui, malgré tout. Mais il lui fallut alors traverser ses propres absences de réponse, traverser l’horreur des voix qui se sont tues, traverser les mille ténèbres du discours porteur de mort. Elle traversa et ne trouva pas de mots pour ce qui était arrivé. Mais elle traversa cet événement et put remonter au jour “enrichie” de tout cela. C’est dans cette langue que, au cours de ces années-là et de celles qui suivirent, j’ai essayé d’écrire des poèmes afin de parler, de m’orienter, afin de savoir où j’étais et où cela m’entraînait, afin de me donner un projet de réalité


Le couple de pierre a perdu son ombrelle – ( RC )


 
photo perso – Gorges du Tarn,  vers le hameau de la  Croze
 

       

Je ne sais depuis combien de temps
         patientent ces gens
au sommet de la colline .
Ont-ils perdu leurs habits d’hermine
ainsi que leur ombrelle ?


Les voila changés en statues de sel,
        ces deux amants
            exposés au vent,
mais toujours aussi proches.


         Leur visage de roche
par un sculpteur,      immortalisé
         en prolongeant leur baiser
     en aplomb du précipice.


On pense à Philémon et Baucis
     dont l’existence réelle
      ne s’embarrasse pas d’ailes :
leurs branches enlacées , 
un face à face rapproché ,


où l’amour peut affronter
le passage des années,      pour l’éternité.


Dans le silence d’une fin d’été – ( RC )


photo auteur non identifié – lac Baïkal

Je ne sais plus où s’éteint
la voix du vent,
dans un soupir peut-être,
comme ne se ride plus
la surface du lac.

Les pierres en profitent
pour se sentir légères,
et s’envoler d’espoir,
contre les nuages
à l’avancée du soir.

Le jour sur sa fin, s’étire, las.
Il abandonne ses couleurs…
Il n’y a plus ni haut ni bas,
ni pesanteur
dans ces dernières heures.

Les barques sont posées
sur elles-mêmes, noires,
le reflet des eaux est un miroir
baignant les étoiles;

Deux notes d’un crapaud solitaire
quelque part sur la terre,
la voix lactée , s’étire , pâle
dans le silence d’une fin d’été.


Robert Vigneau – l’asperge



montage perso d’après « asperges de la une  » de Max Ernst

Dans le printemps en prière,
L’asperge prend son élan.

Dieu du Ciel, Dieu fait lumière
Qui brille au dessus des champs
Et dessous, autre prodige :
L’asperge dans son terreau
Sort ses griffes, ses rémiges,
Sort des instances d’oiseau,
Des espérances de plumes
Frisant au bec du turion.
La colombe du légume,
Notre asperge en dévotion !
Dans le sable elle voltige,
Tirée verticalement
Vers le ciel, vers ce vertige :
La lumière du printemps.
Fuis l’asperge en couleur d’ange
Sort des envols souterrains.
La clarté lui tend la main.
Alors qui se fait phalange?
Qui choisit Dieu pour arôme?
Qui se glisse dans la paume
Lumineuse du divin ?
Notre asperge du jardin.


Ces champs devenus gris – ( RC )


Exposition Geneviève Asse | Musée des Beaux Arts

Image –  Geneviève  Asse

Les champs qui bordent le jour
sont devenus gris
il est impossible d’en saisir le contour;
la joie nous a été ravie,

une menace , lentement, plane :
–     les champs n’ont plus fleuri;
tu verras dans une autre vie
que la lumière s’éloigne …

(variation  sur  un texte  de Jean-Claude Pirotte: Parce que  le dessein des vies...)


Fin de partie – ( RC )


Levy_Ernst_Tanning

1944- front Max Ernst and Dorothea Tanning play with Max Ernst Chess Set; back Muriel Streeter and Julien Levy play with a Bauhaus Chess Set

Sur le  trottoir  de l’avenue

le vent fouettait les  oriflammes.

Je suivais la diagonale,

et le cavalier  m’indiquait la voie,

sans  que  le soleil ne  se montre…

J’ai  emprunté dans une  vitrine

le reflet de la boulangère  anachronique,

habillée  à l’ancienne d’un hénné

et d’un vieux  tablier.

Fixé sur place par une pesante  cotte  de mailles,

je n’ai pu empêcher  la  tour  de s’avancer.

Elle  m’a barré la  route

pendant que,  du beffroi

la  cloche  la plus  grave

marquait la fin de la partie.

RC –  août  2020


Rabih El-Atat – plage


Praia Da Batata

sur la plage
tout semble lumineux
même le chagrin


Armand Rapoport – l’hiver des astronomes – A


Comme si l’Astronome perplexe au Pic du Midi au Grand Sasso
Orientait ses miroirs lointains hors de toute constellation
Haineuse suivant la course d’autres soleils comme si la voix
De Nadejda Mandelstam revenait souvent le visiter quand par
Excès de lumière ou trop grande fatigue ses yeux se plissaient
Contre la Lunette optique-Nord que la poursuite trop lointaine
D’étoiles le ramena dans les récits d’ici où d’équivoques buées
Voilaient la clarté des lentilles comme si évasion hors-de-terre
Le portât aussi à ne pas mépriser cheminement de toute créature,
Que d’élitaires catalogues métamorphosaient en fourmis dociles
Comme si des fabulistes improvisés dressaient encore bestiaires
Jungles silencieuses où chacun avait déjà eu sa part d’avance…


Alda Merini – l’hystérique


Montage perso

J’ai aimé tendrement de très doux amants
sans que jamais ils n’en sachent rien.
Et sur eux j’ai tissé des toiles d’araignée
et je fus la proie de ma propre matière.
Il y avait en moi l’âme de la catin
de la sainte, de la sanguinaire et de l’hypocrite.
Beaucoup ont donné un nom
à ma façon de vivre
et je fus seulement une hystérique.


Pierre Albert-Birot – La panthère noire


James Ensor – mascaras ante la muerte

 

  Et ceux qui n’ont pas su danser

  Quand ils avaient de beaux yeux

  Dansent-ils encore au Grand Bal des Os

  Tous ces fémurs tous ces tibias

  Choquant des polkas choquant des tangos

 

  Mais d’abord il faut sauter le mur …

 

 

Poésie  1938-1939

     La Panthère Noire

         Miniatures  

        ROUGERIE 


Un chat, un oiseau, sur la photo – ( RC )


Balloon Juice | Respite Open Thread: Meet Max

Le chat ignore l’oiseau,
qui figure sur la photo,
juste à côté de lui.
C’est que l’image
ne le rencontre pas.
Cela sent l’encre
et non le duvet .

Le côté plat ne fait pas illusion:
le monde n’est pas amputé
d’une partie de sa réalité,
c’est juste la lumière
qui s’est posée sur l’oiseau,
et dont on a prélevé
une trace fugace,
mais aucune plume,
aucune chaleur.
Le chat ne s’y est pas trompé.

( sur les  rapports  entre l’image  et la  réalité, se rapporter  à l’essai de Jean-Christophe Bailly   » l’imagement » ( que  l’on pourrait décomposer  en deux  mots:  l’image – ment)..

et  dont voila  un extrait:


Poèmes du Gevaudan -III (Susanne Dereve)


Photo-montage RC

 

Le rideau d’ombre et de lumière des feuillages

Vent

le vent sur la peau nue


Herbe

l’herbe sur la peau nue

sèche brûlée

ployant sous le poids d’un insecte égaré

 

Mains

glissant sur la peau nue

Jeu des mains égarées


de mon visage contre le tien

enfoui   niché  dans l’obscure tendresse

de l’étreinte

 


N’efface pas les bruits

celui de nos respirations mêlées  

entremêlées


celui des pas dans l’herbe sèche

brûlée

celui dans les feuillages du vent léger

 


N’efface rien

 

 

 


Dans la république des oiseaux – ( RC )


Coltrane bye bye & blackbird

montage   RC

Il n’y a pas besoin de clé,
pour passer dans un autre monde:
Juste tourner la poignée de la fenêtre
pour marcher de plein pied dans l’espace.

Des traits se côtoient,
mais jamais ne s’enchevêtrent.
        Les pépiements que j’écoute, 
        aussi ,         se superposent.

Je suis rentré dans la république des oiseaux,
      ( en fait dans un monde sonore
         où se croisent les langages
             de la nature ).

Quels que soient les plumages,
de bois, de cuivre
ou de simple roseaux
que le souffle entraîne.

Je voisine en musique un merle rieur,
une bécasse, et d’autres espèces
aux couleurs changeantes,
comme dans le catalogue de  Messiaen.

Ces oiseaux sont de minuscules étoiles
qui animent le ciel tendu
à mes oreilles :
drap vivant de l’azur perpétué.

Il n’y a pas besoin de clé,
pour passer dans un autre monde:
il suffit , par exemple, d’écouter
Naïma , de Coltrane …

C’est comme une partition de liberté
où les notes filent à toute allure
comme ces hirondelles
dansant leur mélodie.

Qui la leur a apprise ?
Comment se fait-il qu’à chaque fois s’échappe
l’harmonie sans qu’on la rattrape,
quand le musicien improvise ?


Alain Paire – mémoire intense et dépouillée


photo perso St Savin sur Gartempe ( Vienne )

Avec tous ces liens,
leur mort très prochaine,

passant à l’entour
de fresque disparue,

cherchant leçon de ténèbres,
mémoire intense
et dépouillée :


Ce que n’ont pas vu les oiseaux …SD+RC


Entre tilleul et cerisier,
J’ouvre une parenthèse:
mains, peau, émois, éveil, ….

Quelques éclats de soleil
nous caressent à notre insu.

Ce que les oiseaux ont vu,
je ne le dirai pas…

Dirai-je ce qu’ils n’ont pas vu :
la valse tendre de nos doigts
dans l’ombre du feuillage,
les étoffes froissées,

dansant,
ton corps léger , flottant dans l’air,
sous la lumière complice,
baignant le couvert de petites parcelles d’or
que tu n’as pas saisies.

C’est qu’ils n’ont pas surpris
la douce chanson du désir…

L’été s’est installé
dans un soupir…

SD-RC août 2020


Jean-Pierre Balpe – A


Commence par regarder s’arrête puis ferme les yeux imagine se dit que ce n’est pas possible que ce soit ainsi qu’il a vu ce qu’il a vu préfère croire le monde que le voir rouvre les yeux regarde à nouveau n’y croit pas ça va pas comme ça ça va pas question de patience d’apprivoisement de surprise de peur ne sait pas ne sait pas n’a jamais su rester les yeux ouverts commence par regarder mais ça ne dure pas ne peut pas durer ses regards le blessent le monde est trop différent fait un pas s’arrête ouvre un œil le ferme ne veut pas voir ce qu’il ne peut pas ne pas voir ne veut pas voir ça et le reste se dit qu’il rêve ou cauchemarde que tous ces mouvements browniens ce chaos ces fatras de choses et d’autres de regards perdus sourires niais papiers gras visages usés ça ne peut pas être le monde que ça ne peut être qu’une erreur une supercherie rien ou tout c’est selon ferme les yeux met de la couleur des parfums dans sa tête respire s’arrête s’arrête ferme les yeux les ouvre les ouvre les ouvre et ça suffit comme ça ça suffit comme ça ça lui suffit comme ça comme ça


Un mur, selon Tapiès – ( RC )


Antoni Tàpies, poète de la matière

peinture « matière »   Antoni Tapiès

Si tu dresses un mur de silence,
que tu tentes d’effacer le langage,
celui-ci resurgit un jour
malgré les cicatrices.

Certains ont gravé leur nom
sur les murs des cellules.
Il y a des lettres de sang
et parfois des croix
– autant de baillons
sur des bouches qui hurlent encore –

C’est un ensemble de métaphores,
qui parle dans la matière:
une matière crucifiée.
Un autre Guernica,
une autre façon
de traduire l’oppression,
dans les oeuvres de Tapiès .

RC-  avr  2020


Lutte avec l’ange – ( RC )


peinture: E Delacroix:  lutte  de Jacob avec l’Ange

j’ai oublié ce qui m’a poussé

à franchir les frontières :

juste le défilé des années

pour avancer de quelques pas

hésitants , sur les sentiers ombrageux :

(   on dit qu’un ange veille sur moi 

me construit peu à peu ,

me défie,  vocifère  )

          comme il  me provoque en duel ,

me confisque parfois la lumière :

>  ma conscience  alors se rebelle ;

ce que  j’écris

est un chemin tracé

à l’encre de la nuit,

       –   je m’y suis  engagé ;

 

Il y a le poème,

et puis il y a l’image :

       je trouverai la même

       sous un autre  éclairage.

C’est je  crois

d’une pareille nature

que l’ombre de la croix

sur l’écriture.

Je ne sais pas qui a gagné :

….  peut-être  qu’habilement

le cimetière des idées,

est un sol jonché  d’ossements:

où elles s’amoncellent …

–        mais je suis  toujours en vie,

         bien que  dépourvu d’ailes, 

et chassé du paradis :

 

je n’avais pas le choix

avec , toujours cette lutte  avec l’ange

tel que l’a peint  Delacroix.

RC- août 2020


S’échapper de la nuit – ( RC )


Terre brûlée - Tête dans les nuages et dans les arbres - Voyage au bout de la nuit ......

peinture: Anselm Kiefer


De vivants ici,
juste des corbeaux
au-dessus de fossés brûlants.

Des temps effacés,
s’entrouvrent des labours inutiles.

Comment se prolonge le monde
après la guerre ?

Des champs abandonnés,
aux tiges brisées,
faut-il reconstruire
et laisser les paroles se poser ?

la poésie est-elle possible,
pour s’échapper de la nuit,
et renaître quelque part ?

RC – mars 2020


Jacques Guigou – Augure du Grau


Paul SIGNAC (Paris 1863 - 1935) Vannes,...

 

dessin- aquarelle: Paul Signac

 

Parti
le port assombri
il frémit
le marcheur de la nuit
grâce à la persévérance des vagues
son pas s’efface
sur la page du rivage
passé la prise d’eau de Salins
il rallie
la course de l’étoile de l’Ourse
elle qui deviendra noire
mais qui pour l’instant
l’irradie »

Jacques Guigou    2012


A qui l’on prête son âme … – ( RC )


Cours et stages de sculpture modelage

Il a prêté son âme à son corps,
et d’une masse inerte,
a favorisé son essor..

De la fraîcheur de la courbe des jambes
à celle de la poitrine,
il n’y a qu’un cercle qui les rejoint,
presque clos.

Il a enfoncé ses doigts
dans la lumière,
et la tension des muscles,
dociles comme le sont
ses épaules et sa cambrure.

Il appuie sur la bouche,
et la modèle avec une spatule,
et la voila qui sourit
de son visage de glaise !

Il faudra bien la lester
d’un lourd socle aux pieds,
pour qu’elle reste à sa place.

Elle ne s’en plaindra pas .


Pour combattre les mauvaises odeurs – ( RC )


broken-jesus --

Ventile les mauvaises odeurs  ! ,
        l’orgue est enrhumé,
la brume a envahi l’église
par le vitrail brisé
un jour, par une pierre.

On ne sait d’où vient cette colère…
un saint de plâtre
a perdu un bras
et rejoint les deux charognes
sur les allées.

               Dieu a refusé
d’accepter les infidèles,
( ils n’avaient pas cotisé assez
pour une place au ciel ) .

Alors , ceux qui prient
contournent les cadavres,
que la lumière accable,
ventilent les mauvaises odeurs:

  • A-t-on prévu assez de cierges parfumés ?

RC


Béatrice Douvre – Feu qui ose


Yves Klein, ‘Peinture de feu sans titre (F 80)’, 1961

 

peinture au feu : Yves Klein

Feu qui ose
Achève
Ce peu de bois mouillé
Par l’orage et délivre
Précède-moi, qui ose, précède-moi ,espère
Mars et les affections même sans souvenir
Vois c’est déjà la splendeur
Bleue des trèfles, des pensées
Demeure
Pour celle enfin dont les seuls auront tremblé les yeux
Une dernière fois le dernier passager
Ose
Flamme soudain la sueur
Debout qui saigne
Et la grande odeur du froid
La haute arche de neige
Est-ce enfin le vrai cœur au-delà d’âme et corps
L’ébauche d’un soleil beau d’hiver ascendant ?


Montreur de l’ombre – ( RC )


peinture: A Böcklin  :  l’île des morts

                Montreur de l’ombre,
un soleil bleu s’éteint ,
mes rêves se sont repliés
        dans le soir …
Imagines-tu une île solitaire,
léchée de vaguelettes sombres,

y verrais-tu des peupliers
palpitant dans le grand air ,
semblables à ceux que l’artiste a peints,
frémissant de toutes leurs feuilles d’or,
contre un ciel moribond
et la couronne de cyprès noirs… ?

Seule présence, sur la gauche , cette embarcation,
qui se dirige vers l’île des morts.
Le passeur a un spectre pour compagnon;
               Par son entremise
il le mène à sa dernière demeure,
               Là où le temps s’immobilise.

Les peupliers ont cessé de frémir,
cernés par les cyprès.
On entendrait presque leurs murmures
            alors que la lumière disparaît :
Tout est figé ,         comme dans cette peinture
              où tout semble s’endormir…


Eric Cuissard – Au jardin botanique


 

 

Fille aux cheveux verts ?
Déesse des fonds océaniques ?
Belle aux bois dormant
Dans une cage de verre
Sous un sapin bleu
Au pouvoir maléfique ?
Si tu la vois quand tu erres
Au jardin botanique
Méfie-toi de ses faux airs
De plante exotique.


Une vie au ralenti – ( RC )


Colorful Fall Leaves on Wooden Park Benches

Du troisième étage,

on voit le kiosque  à journaux

devant le parc aux platanes ,

          qui s’ennuient.

 

Ils s’ennuient des enfants 

qui sont maintenant

à l’école,   et des mamans

ne sortant plus les  landaus .

 

          La vie est au ralenti,

      ce vendredi après-midi.

L’automne recouvre le carrefour

de feuilles brunes  et or .

 

Tout le quartier se dissimule

sous les parures des arbres

        désormais au sol

masquant le goudron.

 

Les rues,    semblables

    à une  étoile de mer ,

ne mènent plus  désormais

nulle part .

 

       Les feux de circulation

       n’ont rien compris.

Ils changent de couleur

obstinément, en  cadence .

 

        La ville s’est  endormie

( une pause avant la pluie ).

Les voitures alignées

    ont l’air  de scarabées gris.

RC- nov 2019