voir l'art autrement – en relation avec les textes

self creation

le spectre visible de la lumière – ( RC )


https://i1.wp.com/www.willtenneyphotos.com/Sundry/Resources/StairShadow.jpg

 

photo: Will Tenney

 

Bien sûr, nous respirons le jour
comme nous buvons l’eau .
La lumière s’est extraite de la nuit,
( ainsi         une fleur éclose ) .
             Le noir n’en est plus un,
et garde simplement    une présence,
             ramassé derrière les objets:
            prêt à tout envahir
lorsque le soleil clignote,
ou s’étouffe sous le tissu des nuées.

          Notre astre est seul et sans pensées,
sans concurrence immédiate,
il peut en prendre à ses aises
et nous faire transpirer,
s’il est suffisamment haut
        d’autant plus proche
de la verticale de l’horizon,
fait se tourner les ombres
qui semblent le fuir,
– comme si elles le craignaient…

        Les cadrans peuvent donner l’heure,
car on sait, ( sauf persistance des brumes ),
que les rendez-vous avec lui sont ponctuels:
sa trajectoire varie peu.
Les ombres vont donc dans le même sens.
        Elles ne réfléchissent pas,
– contrairement aux eaux –
elles concentrent un peu d’obscur,
déportent ailleurs la forme des objets
auxquels elles sont attachées.

        Il y en a même qui ont appris,
– dans leur fuite –
à descendre les escaliers,
mais il est rare quelles aillent très loin :
       C’est qu’elles ont peur de se perdre
et de se dissoudre dans d’autres formes,
ou dans l’indéfini.
      Elles restent légères,
encore davantage que la cendre ;
malgré leur opacité, et à jamais insaisissables.

C’est comme l’envers d’un décor :
le spectre visible de la lumière,
qu’on ne peut pas annuler .

 

RC-  sept 2017

 

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Suzanne Derève – Monsieur


Résultat de recherche d'images pour "homme cuisine"
Monsieur savez-vous que la prose
Que sur ces pages je dépose
Est née d’un hasard ce matin
En effeuillant le romarin
Sur une volaille de Bresse
Que j’ai vidée comme à confesse
Engrossée d’ail et de thym
En rêvant d’un alexandrin
Et que ce soir dans ma cuisine
Me sont venues ces quelques rimes
En bardant un rôti de porc
Et puis ce fut un oxymore
Cette innocente Pénélope
Devenue icône interlope
(car je fais et défais mes vers
En épluchant les pommes de terre)
Monsieur qui lorgnez mon corsage
Je vous confie le repassage
Car il me vient tout un sonnet
En mettant le linge à sécher
Je vous passerai le plumeau
Le temps d’aligner quelques mots
D’y glisser une métaphore
Je conçois bien quelque remords
De vous voir ainsi au fourneau
A la lessive et aux carreaux
Mais ainsi va la poésie
Et je vous rejoindrai au lit
Le coeur léger sous vos caresses
Je vous dirai que rien ne presse
Car cette soirée libertine
Vaut bien qu’on fasse une comptine
 —

Jean-Claude Pinson – élégie marine


Résultat de recherche d'images pour "sirène antique"

Un jour c’est sûr l’océan réchauffé
noiera la ville et ses jardins
montera jusqu’au faîte des plus hauts peupliers

le paysage est tellement plat ici
qu’il y a bien peu de chances
qu’une colline émerge encore
pour faire une île

j’imagine pourtant
( sans doute un souvenir de Pline cette élégie marine )
des dauphins qui viendraient à deux pas du rivage
et les îliens tentant de débrouiller
le sens obscur de cette venue

et me vient à l’esprit le souvenir
d’un tableau fascinant de Chirico
où l’on voit un paisible Triton
immergé à mi-torse,
écailleux par en bas dans la mer
qui est peinte comme un feuillage épais et noir

animal à demi que touche d’un bras tendre une sirène
qui fait la planche  et se noie dans le ciel
il souffle dans sa conque
on peut croire qu’il appelle un troupeau de dauphins.

 

( tiré du recueil   » j’habite ici »…  ed  Champ Vallon  1991 )


Il ne pleut plus sur Nantes – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "barbara"

photo Nouvel Obs

 

 

Il ne pleut pas sur Nantes aujourd’hui .
   La ville a encore son teint blafard,
à peine sortie de la nuit,
et j’écoute Gaspard
( de la nuit ).

Il ne pleut pas en amour,
après un lent détour.
Des pas perdus à la gare,
s’égarent et s’emmêlent ,
[— les notes d’ « Ondine » de Maurice Ravel  ].

Ta lettre a dû croiser la mienne,
Je regarde les néons à travers les persiennes,
Il y a         ces notes fluides sur le piano,
… non…      pas de pluie nous dit la météo
          ( pour demain c’est plus incertain ).

J’ai traversé la lumière blanche ,
pensé à la dame en noir,
            Barbara en robe du soir ,
Vingt-cinq rue de la Grange au Loup
les habits du dimanche,

En amour,       on ne dit plus toujours,
L’aigle noir surveillait mon retour,
mais je suis venu trop tard :
       le jardin de pierres,
m’attendait, solitaire …

Les dernières notes de Ravel,
avaient un goût de sel .
        Il ne pleut plus sur Nantes .
Je n’y étais jamais venu :
( un parfait inconnu

dans une ville étrangère ) ,
Nantes,       je ne sais qu’y faire
Avant de revenir à la gare,
Témoin de naufrage ,
——– un tout dernier rivage

Avant l’amer.


RC – sept 2017


Yannis Ritsos – le fou


 

Moholy Nage  -  ss  titre   1946.jpg

Photo: Moholy Nagy

Que de mensonges l’homme invente pour se ménager un  petit coin sur cette terre !

Le soir, les agents de la circulation se retirent, les magasins ferment
Les étoiles s’enhardissent du côté du couchant.
Et plus tard
on entend le fou du quartier avec son bonnet rouge
qui fredonne dans la rue boueuse une rengaine triste,
une rengaine  d’enfant chargée de beaucoup, beaucoup de rides

Karlovassi, 9. VII. 87


Conte soufi – La cithare du bonheur


Résultat de recherche d'images pour "cithare"

 

C’était un homme droit et sincère
qui cherchait le chemin du bonheur,
qui cherchait le chemin de la vérité.
Il alla un jour trouver un  vénérable maître soufi
dont on lui avait assuré qu’il pourrait les lui indiquer.

Celui-ci l’accueillit aimablement devant sa tente et,

après lui avoir servi le thé à la menthe,
lui révéla l’itinéraire tant attendu :
« C’est loin d’ici, certes, mais tu ne peux te tromper :
au cœur du village que je t’ai décrit,
tu trouveras trois échoppes.
Là te sera révélé le secret du bonheur et de la vérité. »

 

La route fut longue.
Le chercheur d’absolu passa maints cols et rivières.
Jusqu’à ce qu’il arrive en vue du village dont son
cœur lui dit très fort :
« C’est là le lieu ! Oui, c’est là ! »

Hélas ! Dans chacune des trois boutiques
il ne trouva comme marchandises
que rouleaux de fils de fer dans l’une,
morceaux de bois dans l’autre et pièces éparses de métal dans le troisième.

Las et découragé,
il sortit du village pour trouver quelque repos
dans une clairière voisine.

La nuit venait de tomber.
La lune remplissait la clairière d’une douce lumière.
Lorsque tout à coup se fit entendre une mélodie
sublime.

De quel instrument provenait-elle donc ?
Il se dressa tout net et avança en direction du musicien.
Lorsque, stupéfaction,

il découvrit que l’instrument céleste
était une cithare faite de morceaux de bois, des pièces de métal
et des fils d’acier qu’il venait de
voir en vente dans les trois échoppes du village.

A cet instant, il connut l’éveil.
Et il comprit que le bonheur est fait de la synthèse
de tout ce qui nous est déjà donné,
mais que notre
tâche d’hommes intérieurs
est d’assembler tous ces éléments dans l’harmonie.

 

Conte soufi.


Les bandits de la fraise – ( RC )


o1pie_eating1.jpg

 

Si tu vois une bande de voleurs
traverser la nuit,
avec des masques de Zorro,
et leurs sourires sournois,
tu les verras ramper
sous les clôtures,
à travers les buissons,
certains se traînant,
rampant jusqu’à leurs victimes,
mordant dans les baies mûres
et la couleur rouge.
On verra le jus dégoulinant du menton,
si la lumière met leur crime à jour,
des fruits encore plein la bouche,
avant de les voir s’enfuir ,     satisfaits,
une fois le carnage accompli.


libre transcription d’un écrit de         Nicholas Enloe


Thomas Transtörmer – Les pierres


Résultat de recherche d'images pour "raining stones"

Les pierres que nous avons jetées,
je les entends
tomber, cristallines,
à travers les années.
Les actes  incohérents de l’instant
volent dans la vallée en glapissant
d’une cime d’arbre
à une autre,
s’apaisent
dans un air plus rare
que celui du présent,
glissent,  telles des hirondelles
du sommet d’une montagne à l’autre,

jusqu’à ce qu’elles atteignent
les derniers hauts plateaux

à la frontière de l’existence.
Où nos actions ne retombent
cristallines

sur d’autres fonds
que les nôtres.
17 Poèmes 1954


L’oubli de la pesanteur des choses – ( RC )


photo issue du blog « rencontres improbables.blogspot.fr  »

 

 

La barque fait oublier la pesanteur des choses,
elle, et son reflet,             passante paisible ,
glissent sur le miroir de l’onde
sans la rayer ou la fendre.
>    Elle est en suspension .

Seul le passage furtif de poissons
montre que l’air est habité en-dessous .
Avec les heures,          s’échappe aussi la bulle de la lune .
Elle suit tranquillement une courbe que l’on ne voit pas .
et ne crève pas à la surface,
                                           maintenue par le poids de la nuit.

 

RC     –     juill -2017


Je perçois de nouvelles esquisses – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "dancing fire"


Je danse contre le feu,
et l’être se découpe       en contre-jour,
parfois bu de fumées .

Dans la musique, se fondent
les arpèges, le violon,
le sel et la neige.

Je suis une ombre
jetée         face à la lumière,
un tourbillon qui s’oublie

et distribue un corps en bribes .
L’oeil a du mal à en fixer
ses mouvements .

Le rythme les dissout,
ou peut-être      je redistribue
les cartes, je change le jeu

et les couleurs :
je me suspends     à l’invisible,
en modèle une autre existence .

Les traits ne se superposent
pas aux anciens,
On doute de ses traces ,

on se demande quelles sont
les vérités :               Elles s’effacent .
Je perçois de nouvelles esquisses.

 


RC


Des grands serpents au jardin étoilé – ( RC )


Van Gogh – la nuit  étoilée

 

 

Du jardin étoilé
c’était un toit
pesant son poids
de ciel d’été
de plusieurs atmosphères :
            un vide abyssal
parcouru de mistral
qu’une fausse lune éclaire,
les nuées se déroulant furieuses ,
loin du village immobile ,
– et les fers du campanile – 
vallée ténébreuse
à la tranquilité factice
pourtant inquiète et raide
comme Le Greco peignant Tolède
au bord du précipice .
Des cyprès sont des flammes noires,
que l’on entendrait crépiter
défiant la réalité
d’un paysage expiatoire.
             Celui-ci n’est pas décrit
             avec exactitude ,
car la solitude
de Vincent            est un cri
emportant tout sur son passage :
         une nuit profanatrice
jetant ses feux d’artifice
juste avant l’orage
et qu’elle ne vrille
de ses grands serpents
un ciel devenu dément
au-dessus des Alpilles .


RC – juill 2017


Le temps est une île, le temple est sur l’île – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "printemps été automne hiver... et printemps"

 

Le temps est un île
dérivant sur le lac .
Jamais elle ne heurte les bords .
Grenouilles et serpents
fréquentent eaux et roches
sous le regard étonné de l’enfant      solitaire,
recueilli par un moine.

Le temple est sur l’île .
         La barque est le lien nécessaire
qui le rattache au monde .
         On y pénètre par une porte fictive .
Derrière laquelle se jouent passion et cruauté ,
échappée trompeuse sur la liberté,
         une pierre attachée aux pieds .

Les choses se répètent
de générations en générations ;
                        les fantômes glissent
lentement dans un rideau de brume.
Ou bien apparaissent dans un trou d’eau
quand le gel pétrifie la surface
et les branches dégarnies des arbres .

Les saisons se succèdent,
comme il se doit.
Les rides se creusent sur les visages.
Le printemps revient :
         c’est un rite immuable
inscrit dans les choses,
et dans la pierre que l’on porte,   encore .


RC – juin 2017

( en rapport avec le film printemps été automne hiver … et printemps ) de Kim Ki-duk )


Esther Tellermann – Terre exacte


photo: la faille de Djobouti

 

Lieu là
tenu à la lèvre
suffoque
dans l’image
non franchie
dans l’appel

écorcé

Qui t’éprouve à l’arête
d’un point de l’incendie ?
Pour nous ne reste
dans le milieu du rayon
ou du plus léger
sur l’autre rive où
se ramifia
la suture ?

Qui déchire
qui rejoint qui
clôt la prunelle qui
engage le cercle non
rien
n’assemble
en surplomb
des chocs de la lumière
rien ni
clavier
mais précipite
le point douloureux
près des tempes

ce que nous sommes.


La course de l’ombre sur l’herbe – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "ombre sur herbe"

Avec la course du jour, sur l’herbe
l’ombre de l’arbre marche
à pas lents , sans l’écraser .

RC – juin 2017


le prunier touchera bientôt terre – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "mondrian arbre"peinture : Piet Mondrian

 

Les nuages ruent
à la façon de chevaux se cabrant
sur le soir qui s’en va
et se brodent d’or.

Si c’est l’agonie du jour
et le vent debout
          tout semble se confondre
dans des bribes d’histoire

comme des photos
virant au sépia
         les oiseaux décrochés
d’un ciel en grumeaux.

L’herbe ici;      venue en premier plan
importe plus que les murailles
de la ville et les néons
                clignotant .

C’est une question de mise au point
             le proche et le lointain
ne se mettent pas d’accord
— peut-être le photographe

a regardé au plus près
le jardin
qui se laisse aller .
Les buissons ont débordé

             sur les allées
les lourds arrosoirs
ont cessé leur ballet
à la mort du grand-père

le prunier mal taillé
s’est penché pour soupirer
sous les premières pluies d’automne ;
il touchera bientôt terre.


RC – août 2017


Un message auquel il manque des mots – ( RC )


 

8114724.jpg

image retraitée: RC – nov  2017

Avec cette atmosphère cristalline,
la nuit s’étirait, lumineuse ,
et je me suis levé,
ne trouvant pas le sommeil.

La lune brodait autour des nuages,
une dentelle claire,
le centre restant opaque et sombre ,
–            une sorte d’omission     – .

( comme si c’était une phrase ,
dont le message était interrompu ) .
Il y manquait des mots ,
et tout le paysage balbutiait.

C’était sans doute juste un oubli ,
tout retrouverait sa place dans les rêves ,
on n’aurait même pas à demander la traduction :
et demain je me souviendrai de tout .

RC – juill 2017

 

Mel Bochner - Rules of Inference.jpg

art: Mel Bochner


Marcel Proust – dans le désert réel du silence sans fin .


p d.JPG

 

montage perso   2009

 

Après avoir entrevu ainsi une oasis imaginaire de tendresse,

il se retrouvait piétinant dans le désert réel du silence sans fin. 

 
Marcel Proust, Le Côté de Guermantes

 


 Garous Abdolmalekian – Anonyme


Résultat de recherche d'images pour "schneemann"
 
Tu m’as touché à l’épaule
Pour secouer ma solitude
 
Ah! qu’est-ce qui t’amuse?
Secouer la neige
Des épaules d’un bonhomme de neige?

Mouvements figés – ( RC )


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photographe non identifié

 

Mouvements de la main
tendue,  vers toi
       contre la surface
que je ne peux franchir.

Mouvements de la lumière,
s’accrochant à moi,
        c’est ainsi
que tu me vois

Mouvements du jour,
plaqués sur l’image   :
        un mur sans fissure
s’emparant de l’espace .

Mouvement figé,
immobilisé de même ,
     ne pouvant dépasser,
le rectangle de la photo.

Mouvement du regard :
il va vers toi,    et toi vers moi,
mais il y a le mur,
infranchissable des pixels .


RC – oct 2017


Rentré dans la nuit, en négatif – ( RC )


6464859681.jpg

Je suis rentré dans la nuit
en négatif:
la lampe posée sur mon bureau
n’émet que du noir,
et absorbe un peu plus
à chaque instant
les parties saillantes;

les ombres, au contraire
vont vers une clarté trompeuse :
c’est ce qu’il reste
de la présence des choses .

Le jour s’est enfui,
absorbé par ce trou de lumière,
comme si c’était un puits
où j’allais tomber
dans l’infini
la tête la première .


RC – sept 2017


Guy Goffette – Toutes les enfances, ont un paradis.


assemblage : Pina Delvaux

Toutes les enfances, mêmes infernales, ont un paradis.
Qui peut tenir dans une poche de pantalon, comme un mouchoir.
Les uns y essuient leurs larmes, les autres y gardent des odeurs,
des parfums, y serrent comme des écureuils quelques menus trésors :
un caillou, une queue de lézard ou d’orvet, quelques brins d’herbe,
ce qui toujours pèsera plus dans la mémoire de l’homme que les livres,
les cathédrales, tous les musées du monde.

 

extrait de « Elle, par bonheur, et toujours nue »           Guy Goffette


Seulement pour la forme ( le galbe d’une pomme ) – ( RC )


pomme  feuilles.jpeg

peinture  :Euan Uglow

 

.

C’est une danse de casseroles,
d’un pichet et d’un bol
– seulement pour la forme -,
et le galbe d’une pomme,

un pot de compote,
des coupes en étain,
à côté du pain:
cela fait une nature morte:

si je regarde celles d’une autre époque,
des légumes et des fruits lisses,
un homard ou une écrevisse,
des peintures baroques,

Pour les jeunes artistes, un sujet d’étude,
la rondeur des volumes,
résonnance de la lumière,
s’accrochant à la matière…

Le rendez-vous de la fraîcheur,
si on parle de couleurs,
est plutôt chez Gauguin ;
Cézanne n’est pas très loin.

Les fleurs peuvent éclore,
le vent est printanier,
ici on mange dehors,
Manet apporte le panier .

On peut disposer comme on veut
les objets ( ou les grouper par deux ):
ne pas oublier la carafe de bistro
et la nappe à carreaux !

Le pique-nique mangé avec appétit,
on se prépare pour la sieste
(on enlèvera les restes,
ça attire les fourmis ).

 

picasso-pablo-1881-1973-spain-nature-morte-au-crane-aux-ours-2607779.jpg

Mais je découvre aussi les Picasso :
il avait à portée de main,
une demi-douzaine d’oursins,
et quelques poireaux ;

peu de couleurs à la palette
mais le regard creux du squelette
( à défaut d’être aimable ),
qui trône sur la table…

Bien qu’il n’y ait aucun fruit gâté,
ce serait plutôt une vanité,
devant une maigre pitance,
où ne règne pas l’abondance .

Ce n’est pas le repas de noces
ou même , seulement la Cène:
ici on fait Carême
en quelques coups de brosse .

Les peintures de Morandi
n’ont pas de tons acides:
Les assiettes et les pots sont vides
( même pas un radis ! ).

Et ils sont alignés,
comme pour le défilé :
Des bouteilles et un verre,
dans des tons austères…

 

Still Life of Bottles and Pitcher.jpg

Pour celui qui a faim
il faudra voir ailleurs,
prendre le train de onze heures,
pour un trophée de chasse avec lapin…

Même les romains,
sur le plan artistique,
montraient en mosaïque,
les reliefs de festins…

La traversée de ce thème,
se maintenant à travers les ages,
Aux natures mortes, plutôt qu’aux paysages,
je dédie ce poème…


RC – sept 2017


Else Lasker-Schüler – ce petit scintillement


 

Charles Burchfield

 

 

Dark as it is – you see,
that little flickering,
is the light of my soul

Comme il fait sombre- vous voyez, ce petit scintillement, c’est la lumière de mon âme


Tes mots revenus – ( RC )


 

 

10021mesange  1684_o.jpg

 

J’ai emporté les mots que tu m’as glissé à l’oreille,

je les ai confiés aux ,
afin qu’ils voyagent,
et qu’ils les racontent à leur façon…

Je suis le passeur des phrases, celles qui sont dites,
et celles qui ne le sont pas.
Un jour, comme je l’ai vu,
( ou plutôt, comme je les ai entendus,

les mésanges sont venues frapper à ma fenêtre ) :
c’est qu’elles avaient sans doute
une réponse à me donner, et le récit de ton voyage .
J’ai essayé de l’interpéter à ma façon,

et les mots pensés,
ont ainsi continué leur voyage,
dans ma tête peut-être,
en donnant naissance à d’autres écrits .

C’est que tu parles un peu en moi…


RC – avr 2017

 

(  réponse à Anna Jouy : voir les mots partis )


Sylvia Mincès – Andante de poussière


 

jonquille   2017 -    07.JPG

 

photo perso  2017

 

Un limbe de musique s’unit à ma peau ;         cette greffe sonore m’hypnotise,
le temps d’un fa bécarre éternel,      pour m’habiller en grain de sable ou de pollen.
Fécondée, je deviens fleur       et puis sentir, de toute la couleur
de mes pétales étonnés, ces sarabandes de tierces bleues
qu’éclaboussent des quintes d’or.
Sur mes feuilles, coule un torrent de notes évadées
d’une sonate en rien majeur tandis que mes racines
sourient à des accords aigus, cueillis près d’un clavier
que caressent de fantomatiques églantines.
Je me désintègre alors en atomes d’extase puis me dissous
dans un néant traîtreusement  féerique
où les larmes ne sont que sucre la haine froissement de miel.