voir l'art autrement – en relation avec les textes

self creation

Ronny Someck – Aéroports


 

rausc_tracer

   Robert Rauschenberg – Tracer

 

 

Dommage qu’on ne puisse atterrir à Brigitte-Bardot,

voir des strings au duty-free de Marylin-Monroe

ou bien acheter maquillage et mascara à Rafah

dans un aéroport nommé Cléopâtre.

Les nuages du jour deviendraient des écharpes glissées

sur les épaules de Dieu, et les nuages de la nuit avant l’atterrissage

seraient des robes de dentelle au bal

des étoiles.

On atterrit à Charles-de-Gaulle, Kennedy

ou Yasser-Arafat,

on voit l’hélicoptère de la politique

voler toujours dans un ciel bas,

il scintille comme une couronne royale

défiant le soleil.

 

 

 

BAGDAD-JÉRUSALEM, À LA LISIÈRE DE L’INCENDIE
(Salah Al Hamdani et Ronny Someck)
Editions Bruno Doucey 

 


Une pierre informe dressée dans un jardin- ( RC )


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   Il y a une pierre informe
dressée dans un jardin
et que chaque matin entoure,
comme des stries concentriques
tracées dans le gravier .

           De la mousse s’incline
du côté où l’ombre persiste
avec l’aide de celle
de l’arbre qui s’épanche
en brouillon de branches .

C’est un monolithe griffé d’incidences,
fendillé de gel,
de lignes qui se prolongent,
et finissent par se perdre en segments
dont aucun n’est rectiligne .

           C’est un temps indéfini
qui a mordu dans ce corps,
arraché sa chevelure ,
imprimé ses tangentes,
en rides et en fragments.

           Peut-être était-ce une statue
qui a fini par perdre ses membres,
          oublier son visage
et sa première apparence :
aucun indice ne la rend lisible .

Personne ne nous dit sa légende,
son histoire et le pourquoi
       de sa présence :
elle est dans le jardin à la manière
d’un cœur entouré de ses graviers .

       C’est juste une vielle pierre dressée,
         que l’on dirait vivante ,
une vie y pulse encore ,         énigmatique ,
                pour ceux que le temps dépasse :
personne ne pénètre dans son secret .


RC – janv 2019


Ahmed Kalouaz – Hôtel du centre


Les nuits blanches 14230618332.jpg

Tu ne connais de la douleur
que l’abandon
les attentes,
le front posé contre une vitre.

Le téléphone
qui ne sonne
que dans ta tête,
la cigarette et ses réponses
définitives.

Lorsque tu marches dans la chambre
tes pas te disent
ce qu’est le silence.

extrait du recueil  » A mes oiseaux piaillant debout  »

 

voir  aussi  quelques  citations  de l’auteur…


Tubes, couleurs, palettes, tableaux – ( RC )


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On n’imagine pas
comment les familles de pâtes
prisonnières
libèrent leurs couleurs
sur les palettes :
– arcs-en-ciel bousculés ,
petits tortillons calmes,
dans l’attente de la toile
où grésillent déjà des ocres
et les rouges.

On n’imagine pas non plus,
comment ces mêmes couleurs,
extraites des tubes,
– à la manière des bernard-l’hermite
sortant la tête de leur abri – ,
vont tout à coup envahir
les zones encore vierges ,
lutter contre d’autres,
ou s’y fondre
en chatoiements discrets.

C’est que chaque peintre
a son regard,
que la lumière provoque,
et bouscule .
De palettes identiques ,
la douceur des pinceaux,
la fureur des brosses
laissent des empreintes
chaque fois différentes
organisées en accords vibrants .

Tubes alignés dans l’attente,
les flacons de vernis sont en transe,
encore immobiles,
mais constatent que le peintre
les allient à l’ivresse des songes
ourlés d’essence de térébenthine ,
en couches opaques ou translucides.
Le tableau en est l’écran
où se concrétise sa vision
( et du même coup, la nôtre ).


RC – juin 2019


Quelques traits, quelques tiges – ( RC )


Installation Shiaru Shiota

 

J’ai lancé des traits,

comme on lance un appel dans l’espace.

L’appareil photo a gardé trace de ceux-ci,

mais je n’y suis pas :

trop flou à cause du mouvement,

et de mes habits sombres.

Les traits sont devenus des tiges

avec des fleurs

qui se sont épanouies,

avant de flétrir et de tomber.

Les plantes ont continué de grandir,

et ont traversé le plafond.

Maintenant ce sont des colonnes,
qu’on ne pourrait plus déplacer ;

et c’est déjà un prodige

de pouvoir encore circuler

dans ce rétrécissement de l’espace

où je suis prisonnier.


RC – aout 2018

 

cet écrit est inspiré au départ d’une installation de Jacques Vieille, vue il y a longtemps à Lyon, mais dont je n’ai pu retrouver la trace  en images… je propose celle-ci à la place…

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Pourquoi je dors dans le couloir – (RC )


 

19524540594392b23ad21d1.jpg

Je dors à même le sol,
dans le couloir de l’hôtel.

L’air a été meurtri de couches diffuses
de tabac froid.

J’imagine qu’il y a
derrière les portes de chambres,
des lumières falotes,
et une photo défraîchie
d’une baie, quelque part,
en méditerranée.

C’est étonnant comme les choses immobiles
traversent les années.
Si le bâtiment s’écroule,
et qu’on voie comme si une tronçonneuse
était passée au travers

il y aura de chambre en chambre,
ce papier peint identique
à rayures verticales,
ces photos de la baie,
et la trace en clair,         sur le mur

des armoires hautaines,
ayant déposé leur ombre,
puis qui ont basculé
avec les étages
avec une pluie de gravats.

Je dors à même le sol,
dans le couloir de l’hôtel.

Je n’ai pas voulu entrer
dans la chambre
que j’ai réservée ,
où l’on ne dort
que d’un sommeil anonyme.

Mais j’entends tous les bruits.
Mes voisins qui ronflent,
l’armoire noire qui baille
attendant le bon moment
pour libérer les serpents.

Ils ne vivent que la nuit
et répandent leur venin
obséquieux dans les rêves
de citadins de passage
qui traversent les voyageurs .

La ville coasse encore
sous l’effet de la brume
et des lampes à iode :
une atmosphère de fête
qui plaît aux rongeurs.

Ils grouillent de partout
pénètrent dans les moindres interstices
et prennent le pouvoir:
leurs reflets dans leurs yeux,
sont comme de petites lucioles

Ils sortent même des lambris,
renversent les brosses à dents
et dévorent les tapis.

Vous devez maintenant savoir
pourquoi je dors dans le couloir.


RC – janv 2019


C’est le vent d’été … – ( RC )


 

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peinture  :    Alexander Brook

 

C’est le vent d’été
qui a couché les blés ,
un silence s’est fait parmi les bruits :
      c’est bientôt la pluie
qui va nourrir la terre,
celle qui désaltère,
                  et que l’on attend
               depuis si longtemps :
Pendant que le ciel oscille :
        l’orage plante ses faucilles
        concentre ses flèches
rebondit sur la terre sèche.

Il éparpille les jours torrides,
     remplit les poitrines vides,
gonfle les ruisseaux,
     cherche dans les rocs des échos,
qu’il trouve jusque dans ta voix :
cette soif insatiable     que rien ne combat :
       la vie est revenue d’une longue absence
Elle remercie la providence,
       envisage un nouvel avenir :
je vois tes seins s’épanouir,
       l’herbe reverdir,
       et le désert refleurir…

J’ai beaucoup appris de tes paysages,
      de l’attente et des passages,
     des courbes de tendresse
où le temps paresse
     de tes frissons secrets
     et des lits défaits
où se courbe la rivière,
où se love la lumière :
     Après l’orage et le calme revenu,
                au silence dévêtu,
                la chair embrasée,
                enfin apaisée…


RC – avr 2019


au début de la rue de la Nuit – ( RC )


Proud woman, sculpture en serpentine de Colleen Madamombe, 1964-2009 (Zimbabwe) 23556934458.jpg

sculpture: Colleen Madamombe, 1964-2009 (Zimbabwe )

 

Je me suis assis
au début de la rue de la Nuit,
le coeur sombre
ne sachant que faire de mes mains.

Je devais attendre sans le savoir
que se fende
la Montagne Noire,

ou retrouver le chemin clair
de pierres lisses
bordé du dessin des lys .

J’ai cru en apercevoir le contour,
apparu de façon brève,
au petit jour .

Les oiseaux blancs auraient pu être mon guide,
mais l’orage a été le plus rapide .

Assis au début d’un rêve nocturne,
toujours perdu dans les brumes…

RC –  aout 2018


Ceux qui habitent le ciel – ( RC )


Afficher l’image source
Ceux qui habitent le ciel ,
sont libres comme l’air,
car il n’y a pas de frontière
emprisonnant les ailes…

On a de la peine à imaginer
que les nuées soient partagées,
et,      que ,      de chaque côté
les oiseaux soient étrangers.

Aucun  morceau d’azur
à revendiquer;   pas de bleu
à découper   selon les pointillés,
rien à posséder .

Si les frontières sont sur la terre ,
rien n’enferme les courants d’air…
les langues, elles, sont dans les dictionnaires,
les oiseaux n’en ont que faire .

Bien que je ne sois ornithologue,
il semble que par leur dialogue
ils arrivent à s’entendre ,
peut -être aussi parce qu’ils n’ont rien à vendre…-


RC – janv 2019


Suivant le chemin des pierres – ( RC )


      art 167.jpg

 

peinture:     Isabel Bishop

      Je pense encore à hier,
suivant le chemin des pierres,
sous le soleil disert,
mon ombre me précède dans la poussière…

Marcher,       et s’éloigner des routes,
est comme mettre en soi la distance,
éloigner de l’esprit le doute ,
apprivoiser le silence .

Mon pays s’éloigne lentement,
puis disparaît tout à fait ;
         sans voix, je dialogue avec le vent ,
– Comment je vivrai demain je ne le sais – .

           J’ai quitté les horizons hostiles,
ma famille et mes frères,
en prenant le long chemin de l’exil :
              c’est une traversée du désert

             et je ne sais ce qui m’attend
             dans d’autres contrées :
c’est peut-être la guerre et le sang,
que je vais retrouver

un peuple misérable ,
qui, comme moi,       erre,
sous un soleil impitoyable
à la recherche d’une autre terre ,

à la recherche de son destin ,
suivant leur ombre dans la poussière,
marcher         et marcher encore,    sans fin ,
                    suivant le chemin des pierres…


RC – mai 2019


Zbigniew Herbert – Que serait le monde ?


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que serait le monde
s’il n’était plein
de l’incessant va-et-vient du poète
parmi les pierres et les oiseaux ?


Anachronismes – ( RC )


 

brocante - mère.jpg

image transformée – RC

 

Je reviens,
et je traverse le temps,
encore gracié de l’immobilisme .

Seuls des objets
lui ont échappé ,
rassemblés ici
un peu au hasard .

Ils se voisinent
sans se reconnaître,
sous le lustre à pendeloques :
quelques chapeaux,
et des lampes en tulipe .

Ces témoins des vies passées
sont les signatures
des années mortes
que récupèrent les brocanteurs
peu soucieux des anachronismes .

Les photos jaunies restent muettes,
le miroir se ternit
malgré les lumières électriques
trop crûes pour être éloquentes,
car la nostalgie n’exerce
plus aucune emprise ,
sous le regard de l’ancêtre,
fixé pour l’éternité.

RC – mai 2019

L’homme qui marche – ( RC )


expo  A Giacometti-  musée Maillol     l'homme qui marche    14.JPG

photo perso – Alberto Giacometti: l’homme  qui marche ( son ombre).

exposition au musée Maillol – Paris  2018

Vois cette silhouette
découpée dans la solitude.

D’un pas décidé, elle progresse
vers quelque chose qu’on ne voit pas.

On ne sait si elle avance
ou reste sur place :

Il y a ce corps projeté en avant,
ce pas tendu ,et pourtant

les pieds englués au sol,
entre futur et immobilité .

RC- mai 2019


Traces de l’or du temps – ( RC )


image 177.jpg

J’ai cherché trop souvent
les traces de l’or du temps.

Un temps en éternelle fuite,
qui se pose sur les fleurs,
–      juste une légère trace :
de la lumière,         de la couleur.

Ce sont ces pépites
qui s’effacent
quand l’hiver les rattrape:

l’or du temps est insaisissable :
comme s’envole le sable
avec le vent

– qui ,      lui aussi ,      m’échappe…

RC – avr 2019

 

voir la phrase  d’André Breton  »    « Je cherche l’or du temps »

dont MChr Grimard  a fait cette variation

 


Charlie Chaplin – Vie


 

Résultat de recherche d'images pour "Charlie Chaplin"

« J’ai pardonné des erreurs presque impardonnables, j’ai essayé de remplacer des personnes irremplaçables et oublié des personnes inoubliables.
J’ai agi par impulsion, j’ai été déçu par des gens que j’en croyais incapables, mais j’ai déçu des gens aussi.
J’ai tenu quelqu’un dans mes bras pour le protéger.
Je me suis fait des amis éternels.
J’ai ri quand il ne le fallait pas.
J’ai aimé et je l’ai été en retour, mais j’ai aussi été repoussé. 
J’ai été aimé et je n’ai pas su aimer.
J’ai crié et sauté de tant de joies, j’ai vécu d’amour et fait des promesses éternelles, mais je me suis brisé le coeur, tant de fois!
J’ai pleuré en écoutant de la musique ou en regardant des photos. 
J’ai téléphoné juste pour entendre une voix, je suis déjà tombé amoureux d’un sourire. 
J’ai déjà cru mourir par tant de nostalgie.
J’ai eu peur de perdre quelqu’un de très spécial (que j’ai fini par perdre)……… 
Mais j’ai survécu!
Et je vis encore!
Et la vie, je ne m’en lasse pas …………
Et toi non plus tu ne devrais pas t’en lasser. Vis!!! 
Ce qui est vraiment bon, c’est de se battre avec persuasion, embrasser la vie et vivre avec passion, perdre avec classe et vaincre en osant…..parce que le monde appartient à celui qui ose!
La vie est beaucoup trop belle pour être insignifiante! »

Chassés de l’humanité – ( RC )


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sculpture : ancienne  statue  sumérienne

 

Il n’y a plus aucune place

laissée à ce que l’on connaît,

mais seulement une nature plane  .

Si c’est de l’eau,          aucune île ne sert de repère,

 

                   Nous avons été chassés de l’humanité,

et l’océan est encore sanglant

de toutes les peines :

une patrie           sans porte ni horizon ,

 

esclaves des frontières effacées ,

avec quelques glaces flottantes:

celles d’une géométrie funéraire,

ne marquant même pas l’emplacement des tombes…

 

les tempêtes peuvent se déchaîner :

rien n’est prévisible dans le feu blanc :

la terre a sombré corps et âmes

sous les bombes et ouragans ,

 

et il n’y aura personne pour décrire encore

les paysages spectraux,

immobiles            comme les yeux fixes,

                             des dieux aux regards gelés.

 

RC – dec 2018


Petit astre – ( RC )


 

 

 

J Pierre Nadeau   villa Tamaris.jpg

dessin J Pierre Nadeau

 

Je joue à cache-cache avec la nuit,
je disparais quand elle arrive,
car elle étend des draps noirs,
pour que la terre se repose.
Moi, je continue de l’autre côté
sans jamais me lasser,

Vénus et les autres voudraient s’approcher,
et se dorer à mes rayons,
mais comme on le sait les planètes
attendent qu’on les invite,
et patientent sur leur orbite ,
à chacun leur tour .

Ça fait partie du protocole,
que chacun reste à sa place
car jamais je ne m’ennuie
ni ne me lasse
car mes voisins de galaxie,
m’envoient des messages codés.

Je ne sais jamais trop où ils sont
car l’espace se distend :
quelques années-lumière,
le temps que leur message arrive,
il faudrait que j’étudie leur trajectoire,
en tenant compte des trous noirs.

C’est beaucoup trop me demander,
Je me contente de rayonner,
et de plaire à ces dames:
je joue de toutes mes flammes,
tire des traits entre les étoiles
( c’est déjà pas mal ) !

Pas trop loin il y a la terre ;
– je ne fais pas mystère
de mes préférences – ,
alors je lui fais quelques avances,
bien qu’une lune soit sa voisine,
mais à part quelques collines

elle est plutôt déserte,
aussi c’est en pure perte
qu’elle étale des cratères,
qui franchement manquent de caractère:
( une sorte de boule de poussière
qui ne devrait pas beaucoup lui plaire ).

Par contre sur ma planète, je vois et des prairies,
des fleuves, des fleurs et des forêts,
dès que je suis levé, je fais des galipettes,
je dors quand j’en ai envie,
et tire une couverture
en ouates de nuages .

Mon voyage est silencieux,
il illumine tout ce qui se trouve
sur son passage ,
et je prends un certain plaisir
à lancer des rayons
vers ce qui semble être vide .

Rien ne se perd pourtant,
car j’en reçois d’autres
qui me parviennent .
Le temps n’a pas d’importance.,
il se recourbe, ainsi , à chaque fois
je renais à l’infini…


RC – avr 2019


Pare-brise (SD/RC)


 

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                                                         Photo – montages RC

 

 

 

Pare-brise

Telle poésie si on occulte la simple réalité du mot

Brise que j’habillerais de parfums

un souffle tiède sur la peau un pas un élan

un refrain

 

Et d’éloigner la bise

dont le baiser froid du matin glisse

sous le linteau des portes

et couche les fleurs au jardin…

 

 

Il me faut ta main

pour que chante le printemps,

la caresse de l’amant

pour qu’aucune fleur ne meure :

que mes mots prolongent  ces instants…

 

 

 

Avril 2019

 


une épaisse nuit à l’intérieur de la terre ( RC )


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mains négatives: grotte  de Roucadour

 

Sous nos pieds,
à l’intérieur de la terre,
de l’épaisse nuit
ce sont peut-être des regrets teintés de noir,
où ,       dans les profondeurs souterraines
les cavernes se font,
creusant le silence d’une paix de ténèbres .

Et la roche suinte
d’un goutte à goutte lent, régulier,
marquant l’éternité du temps,
qui finit par la dissoudre,
en faire des cathédrales
aux statues pétrifiées,
ignorant celles des saints .

Personne n’y prie
et appelle de soupirs .
Pas d’âmes affligées
pleurant d’anciens amours,
et pourtant jaillissent
des larmes en cristaux
durcies par l’attente.

Il est loin aussi,      le temps
où les hommes se rassemblaient
à l’abri des grottes,
autour de braises fumantes,
espérant survivre aux lendemains,
en peignant sur les parois
l’espoir des trophées de chasse .

Ils ont prolongé leur présence,
traversé des millénaires,
et toujours en silence,
leurs mains négatives
tâtonnent ,      inscrites sur la roche
à l’obscurité sans écho
qui se prolonge jusqu’à nous .

 

RC –  juin  2018


René Char – nous n’appartenons à personne


unordinary sunset.jpg

 

Nous n’appartenons à personne sinon au point d’or de cette langue inconnue de nous, inaccessible à nous qui tient éveillés le courage et le silence.

 

René CHAR,           Feuillets d’Hypnos – Fragment III


Côté ombre – ( échos de textes SD – RC )


( ces textes sont visibles  dans  la partie   » ping-pong )

art 126.jpg

photo Jerry Uelsman

COTE OMBRE

J’ai fait  les cent pas sur le parvis

côté ombre

À même le pavé

la gitane a suivi les lignes de ma main

mais elles étaient brouillées

De l’autre côté des pierres

Notre-Dame de la Mer

écrasée de soleil, déserte,

s’endormait

Dans le silence

d’un plein après-midi d’été

Non, tu ne viendras plus

mais j’attendrai  le soir

J’attendrai les chanteurs,

le timbre des guitares                                                         

le son rauque et cassé de ces mélopées lentes  

qui disent le départ

et le prix de l’errance

– la gitane dénoue les pans d’un fichu vert

un enfant fait la manche –

Demain j’irai revoir la mer

la mer et les étangs

la robe claire des chevaux

et l’éclat de corail des flamants

comme des perles ébouriffées

qu’aurait éparpillées le vent

sur l’eau

J’irai dire un adieu à Arles la romaine                                     

Fouler aux pieds les Alyscamps    

Comme Toulet au bord des tombes

Eprouver le poids du passé

Avant que le jour ne s’effondre  

Et  oublier                                 

SD

C’est la faute des pierres .
Elles ont attendu si longtemps,
alignées au bord des allées,
que même les inscriptions,
se sont effacées 
assistant, immobiles, à la fusion des jours:

peut-être n’avaient-elles
plus rien à dire et ont suivi
le chemin des montagnes altières,
un souvenir des Alpes lointaines .
Ses rochers se sont écartés 
pour laisser passer le mistral .

Le vent est toujours là, où tu l’a laissé,
les flamants roses sont comme des fleurs
posées sur les étangs,
mais on ne sait pas si ce sont les mêmes,
ou d’autres générations venues
sur les étangs de Camargue .

Tu trouves toujours aux Saintes-Maries,
une gitane prête à te dire ton destin, 
dans les lignes de la main .
Mais tu ne sais pas la reconnaître.
Et d’ailleurs, si tu lui confiais ta paume ,
elle trouverait ces lignes effacées.

Et ce seraient comme ces pierres,
qui ont attendu si longtemps,
qu’elles ont fini par s’éroder,
se dissoudre :
dans le liquide du temps,
et le poids du passé .


RC

Étaient-ce des perles ou des fleurs

déposées par le vent

Je restais les observer des heures

Ils quittaient l’eau parfois

abandonnant leur fragile élégance

pour prendre leur envol

 

Et lorsqu’ils déployaient leurs ailes

ce n’était pas tant la fulgurance

du corail que ces rémiges noires

qui signifiaient tout à coup leur puissance

 

Arles déchue Arles des pierres dissoutes

de langueur et d’oubli

les arènes sont vides

la roche friable sous mes doigts

 – j’en garde

un peu de la poussière au creux des ongles-

sur les gradins il n’y aura pas d’ombre

 

Mais au-delà des murs, échappée du regard,

j’aperçois la douce respiration de la ville

le soleil fléchit contre les toits de tuiles

Le temps devient cet or liquide

sans passé ni présent

le temps a la lourdeur des pierres

immobiles

SD Février 2018   

J’ai fait les cent pas sur le parvis
côté ombre,
et tu n’es pas venue.

J’ai pourtant attendu longtemps.
Peut-être je n’aurais pas dû
acheter des fleurs ce matin.

Elles courbent déjà la tête,
et désespèrent de te voir,
à mesure 

que le soleil
grignote un peu plus de la place .
Mais je suis resté,

assis sur un banc, désoeuvré,
et du square me parviennent les cris des enfants.
Je me suis occupé à compter les pavés.

Il y en avait beaucoup sur la place
autour des maigres platanes
que l’on y avait plantés.

Beaucoup, mais pas tant, 
que ces minutes qui n’en finissent pas.
Elles s’étirent en un long soupir.

L’après-midi s’est prolongé,
c’était l’été et la lumière s’est attardée
jusqu’à la fermeture des boutiques.

Non, tu ne viendras plus.
Je le sais maintenant, 
et les fleurs sont fanées.

Mais je reviendrai demain.
Il y aura des musiciens
qui accompagneront mes pensées.

Celles qui disent les exils volontaires,
l’incertitude de l’errance ,
et les lueurs de l’espoir.

Demain, quand tu seras là
je te tiendrai par le bras,
et nous irons revoir la mer

La robe claire des chevaux ,
et ton regard aura l’éclat
de la nuit , où le jour commence à poindre…

Nous éviterons les paroles inutiles, 
que le vent aurait éparpillées ;
tu te contenteras d’être là.

Et ce sera la joie,
quand tu reviendras
.. mettre un terme à l’incertitude…

RC

Tu étais là, sur le parvis

côté ombre

et je t’ai reconnu même avant de te voir

Tu attendais sur le vieux banc de pierre

avec cet air d’éternel enfant

– celui sans doute qui m’avait fait revenir       

sur mes pas une dernière fois

en te cherchant-

– Notre Dame de la mer –

Qu’attendais-tu, indifférent

a ce qui t’entourait

au timbre des guitares

aux gamins qui mendiaient à même le pavé  

Il m’a semblé qu’une gitane  en robe noire

lisait les lignes de ta main

T’a-t-elle parlé de moi ?

Je sais que j’ai couru vers toi que j’ai crié

que  tu m’as serrée dans tes bras

et  je suis si légère, t’en souviens-tu,

que tu m’as fait tourner, tourner sans fin

jusqu’au vertige

Si haut qu’au-delà du fronton de l’église

j’ai vu le soleil basculer   ricocher

dans tes yeux

La place en est soudain devenue trop étroite …

Il me fallait le ciel entier  côté lumière,

Il me fallait la mer au-delà de ces digues

qui ferment l’horizon sous le pas des chevaux,

au-delà des étangs, au-delà des roseaux

lequel entrainait l’autre, le sais-tu ?

Il me semble que tu m’as portée jusqu’à la mer

en chuchotant à mon oreille des mots

que le vent étouffait

Ou bien était-ce le vent lui-même qui murmurait 

Qu’importe          je te retrouvais

SD


Sommeil de la déraison – ( RC )


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Du sommeil de la déraison,
des rêves chavirent ,
fruits de la passion …

                           Faut-il s’appesantir ,
                           sur l’aube du réveil
ou laisser le miroir décider à sa place ?

Prolonge indéfiniment le sommeil      ,
si ton image s’extrait de la glace ,
sans que tu t’en rendes compte ,
et qu’avec ton corps ,
                                       tu affrontes
         d’autres volutes, et un décor ,
        qui partage celui de mes rêves .

Ils sont toujours en partance ,
et parfois la brume se soulève
assez pour qu’ils s’élancent
                             à travers le miroir,
        ( il suffit, pour cela, d’y croire )

RC – sept  2018


Erri de Luca – la brebis brune


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photo denvedarvro  ( écomusée  du musée de Rennes )

 

 

La brebis brune

Est la première agressée par l’éclair et le loup,
le tour de mauvaise chance qui gâte la couleur uniforme
du blanc troupeau.
Le jour la chasse, la nuit l’accueille
dans le noir térébenthine qui dissout couleurs et contours
et fait qu’elle ressemble aux autres.
La nuit est plus juste que le jour.
Face au danger le cri le plus limpide est le sien,
sur la glace de l’aube c’est elle qui marque la trace.
Où passent les confins, elle seule longe la haie de mures
Qui fait frontière à la vie frénétique, féroce, qui ne donne répit.

La pecora bruna

È la prima aggredita dal lampo e dal lupo,
lo scherzo di mala fortuna che guasta il colore uniforme
del bianco di gregge.
Il giorno la scaccia, la notte l’accoglie
nel buio d’acqua ragia che scioglie colore e contorno
e fa che assomigli alle altre.
La notte è più giusta del giorno.
In faccia al pericolo il grido più limpido è il suo,
sul ghiaccio dell’ alba la traccia è battuta da lei.
Dove corre il confine, lei sola rasenta la siepe di more,
e chi si è smarrito si tiene al di qua della pecora bruna,
che fa da frontiera alla vita veloce, feroce, che tregua non dà.

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traduction par Antonio Silvestrone : voir son site 


Gabrielle Althen – le sourire antérieur


 

 

------130 Tabebuia chrysotricha.jpg

photo-montage  RC

 
Je voudrais le mot blanc d’un ciel absent
qui laissât trace de demeure.
Un mot qui fût le lit du jour et parvînt
à la fête unanime du vent.

Croisement de chances et de campagne,
bourdonnement des boucles de ta tête, rosaces,
rosaces en partance et applaudissement
sous le pic impavide du gris de l’horizon,
des mains battraient dans l’herbe
parmi les arbres et la faux des grands jours,
et la vertu émancipée roulerait jusques aux franges du moment.

Foules prolixes et ciselées, royaume retourné,
jeunesse sous l’or gris et pivot d’une aisance somptueuse,
— aucun diamant n’est autre
que la possession nue de l’esprit sur le langage.


Pas de motif suffisant, pour inventer une carte postale – ( RC )


 

Panorama 3.JPG

Je me souviens assez peu
de ces paysages de Hollande,
à part ce qu’on voit
des photos des touristes,
ou des ruelles de briques,
comme Vermeer en a peint…

Les souvenirs se tordent,
comme une hélice,
mais elle est à l’arrêt,
ruisselant d’eau
d’une pluie fine
qui ne cesse pas.

Il y a des boulevards rectilignes,
et les maisons hautes
dont les pignons font,
aux bords des canaux,
une succession de façades,
aux toits en dents de scie .

La campagne est plate,
l’herbe y est spongieuse,
et, toi qui est venue
quand c’était l’époque, il y avait sans doute
ces bandes de couleurs vives,
des champs de tulipes.

En fait je me rappelle davantage du port,
des grues géantes, et du cri des mouettes .
Je m’attendais à entendre la voix d’une sirène,
mais celle que l’on connaît est restée figée
dans le bronze à Copenhague ;
ce n’est pas la même chose.

Quand la lumière s’enfuit ,
j’y marche à reculons.
Que sont donc devenus ces passages,
où nous nous tenions par la main ?
les quais luisent sous la pluie,
les arbres se confondant les uns avec les autres,

et l’ensemble ne serait pas
un motif suffisant
pour inventer une carte postale
même si j’y ajoutais quelques moulins ,
un drapeau claquant au vent ;
le ciel aurait quand même mangé
une partie de colline .


RC – mars 2019