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self creation

Le repas assassiné – ( RC )


image – verso de la pochette du disque des Rolling Stones ‘ let it bleed’

Personne ne sait comment ça a commencé,
peut-être avec la sauce trop épicée,
une tache sur la nappe.
Ça arrive, tu sais…

une plaisanterie qui glisse
dans la crème au beurre,
et voila la bouteille renversée,
les verres qu’on se jette à la figure,

les têtes tournent au vinaigre,
puis le saumon qui se réveille
et ouvre sa gueule,
menaçant les convives…

Tout le monde se bouscule :

  • elle est montée sur une chaise,
    est passée à travers la paille,
    s’est blessée à la cheville.

Quand je suis arrivé,
le poisson s’était enfui,
le gâteau au chocolat
écrasé dans un coin de la pièce.

Le vin gouttait encore sur le sol,
parmi les serviettes sales
et les mégots…
Tu te souviendras longtemps du repas assassiné.


S’arracher au sol – ( RC )



photo Parc des Cevennes

La tête à l’envers,

Montée sur l’échelle,

quelque part sur la terre,

Au delà du ciel,

crevant les nuages

Après l’ascension lente,

que rien ne décourage,

Même pas les pentes,

D’abruptes avancées,

de rochers branlants

Aux horizons fermés

leurs glaciers luisants

comme des mâts de cocagne,

plantés comme un défi,

au milieu de la campagne,

– caprices de topographie…

Alors , il est bien tentant,

De s’arracher au sol

Combattre la pesanteur en la bravant

Pour prendre son envol.

Il est tombé, le soir,

Sur le Mont Aigoual,

Tu vas mieux pouvoir

observer les étoiles,

Que depuis son observatoire

croiser les satellites

Dans la nuit noire,

d’un espace sans limites

Les cheveux de couleur

des aurores boréales,

feront ton bonheur,

d’un vol sans escale

En chevauchant Pégase,

ses ailes ,sur l’air,appuyées ,

ignorant les cases,

des jeux de société.

Tu iras bercer les lunes

dans tes bras blancs

survoler les dunes,

les soleils aveuglants.

et les pays lointains,

dont tu rêvais,

Seront à portée de main,

et même si près,

que la planète te semble

bien petite , ma foi,

Même si elle tremble,

encore, et aussi de froid

pour les habitants de la terre,

Il serait aussi, passé de mode,

de se faire la guerre,

jusque aux antipodes….

Fini le temps des nations,

Des bains de sang,

de la désunion,

Tu auras bien le temps

de faire un petit tour et revenir,

Accrochée à une étincelle

le temps d’un soupir,

Et d’un coup d’aile….


De poésie et d’eau fraiche – (Susanne Derève)


René Chabrière – Encre et acylique

.

De poésie  d’eau fraiche

et d’une tache sur le mur peinte

aux couleurs du jour

–  de rouge automne –

on vivait

là où le soleil nous débusquait parfois

au coin d’une table de bois

oublieux des heures

mariant les rimes

soudain pressés  de nous frotter

à la douce chaleur de midi,

à sa  tiède  torpeur sur la peau

et de les remettre à plus tard

de se faire chantre de la nuit

car le soleil  griot du jour

se passait bien des mots

.


Tournesols et roses trémières se souviennent – ( RC )


Les nuages ont envahi le ciel
La nature enfile des perles de verre.
Ce n’est pas encore l’hiver,
les oiseaux fuient à tire d’ailes.

Des gouttes irisées,
sont suspendues aux toiles d’araignées,
j’aime l’odeur de la terre mouillée,
le cri du portail rouillé.
Ce matin, la girouette a grincé ,
sous le souffle du vent.
Persiste le mauvais temps :
l’arrosoir a débordé ,

Les escargots sont de sortie ;
se sont flétris
le tournesol et les roses trémières
qui se souviennent d’hier.
des feuilles tombées
de leur parure d’or.
Je n’aurais pas dû laisser
mes souliers dehors.

J’ai allumé le fourneau
avec de vieux journaux
brûlant , sans actualité
comme s’est déjà consumé l’été .


En passant

Le temple du jardin des rois – ( RC )


montage RC

Des torches de lumière
papillonnent , légères,
poussées par les tilleuls.

Les bancs nous attendent ,
dans un havre préservé du soleil,
à l’orée de la forêt de pierre.

Vois-tu ces colonnes ?
elles ne portent qu’elles-mêmes,
ou une part d’histoire qui ne reste jamais sur place.

Des roses vivaces
cachent leurs épines, derrière leurs feuillages,
et se tournent vers le bassin, immobiles.

Courent derrière les grilles
proches du jardin du palais Royal,
pleins d’insouciance, des enfants .

Ils franchissent d’un bond
les troncs morts des colonnes,
coupées à ras.

L’ombre grignote petit à petit
l’ordonnance des bâtiments sévères :
elle s’agrandit sur la place;

On imagine qu’un temple grec attendait
émergeant à peine du sol,
bientôt envahis de sable, ce sont ses vestiges

où planent les oiseaux de proie

au-dessus de ce que fut jadis
le jardin des rois.


Derniers jours d’été sur la Rance – ( RC )


photo perso – bord de Rance

Tu as peint sur tes mots,
comme sur des roses blanches.
Certaines se fanent
et leur tête penche…

Sur les pentes des coteaux,
les pêchers chargés de fruits
portent leur fatigue
las, des derniers jours d’été.

Un nuage lourd d’humidité
a avalé les derniers rayons du soir
Les voiliers s’effacent.
On ne distingue plus les rives.

C’est bientôt la nuit,
les sons s’assoupissent ,
le fleuve ne sait plus
vers quel côté aller.

Il attend de la mer
la brise fraîche
et la marée

Le monde respire dans le silence .
Nous en emporterons un peu
en quittant le pays de Rance…


Pierre Seghers – le phénix et les autres


L’oiseau qui chantait dans le feu, c’était le phénix,
Depuis il patronne une lessive, une compagnie d’assurances.
La bête qui vivait dans le feu, la salamandre,
D’elle on ne sait plus rien, c’est un poêle d’appartement.
Le char qui roulait dans le ciel, celui du soleil,
Il est devenu épicerie à succursales, maison de primes.
Et là-haut encore, l’astre des nuits et de l’amour,
Vénus, quoi, c’est une marque de soutiens-gorge.
Tout ceci, tout cela, des hommes, des poètes…


un poisson au-dessus des dunes – ( RC )


image : montage perso

Je me roule dans les mains de lune
glisse dans l’océan des rêves
je suis un poisson qui s’envole
au-dessus des dunes.

Ta poitrine de sirène
blanche et ta chevelure brune
sont celles d’une reine
au regard limpide.

Je vais planer, planer encore,
puis je retomberai
dans l’étendue liquide
l’instant d’une petite mort.

Ton corps d’or,
en devenir
connaît les sentiers secrets
des ressacs du désir.

Tu sais que l’on se noie
dans le plaisir,
mais je survivrai,
rien que pour toi.

RC – août 2021


Chimères – ( RC )


Nissoulogres causse 02

causses de Lozère ( Sauveterre ) – photo RC 2021

Où cours-tu si vite ?

Après ces rêves qui t’emmènent,
légère, dans le roulement des nuages ?

Es-tu l’oiseau qui s’y cache,
l’avion qui les dédaigne ?

Tu voudrais t’en approcher,
les saisir, les modeler,
être dans les bras de l’air
et l’azur frileux,
lui qui sait que la pluie
ne t’en offrira aucun abri.

Où cours-tu si vite ?

Après ces chimères suspendues,
sans attaches,
dont tu ne pourras jamais t’emparer … ?


Le regard des planches – ( RC )


C’est cet arbre qui penche
et se courbe de vieillesse:
la pluie n’est plus une caresse
pour le poids de ses branches.

Le vent le déshabille
puis le couche sur le flanc
au milieu des brindilles :
il a fait son temps…

D’une coupe franche,
on a débité son tronc
pour du bois de construction,
et des tas de planches.

As-tu vu ce que je vois ?
une empreinte indélébile:
un regard immobile
incrusté dans le bois

– et ce sont ces noeuds
au milieu des échardes
qui me regardent
comme des yeux .

L’arbre défunt ,
des jeunes pousses, se souvient ,
du sol couvert de mousse,
et des feuilles rousses ….

Encadrant mon bois de lit
il m’arrive de penser à lui
quand son regard me suit :
C’est comme cela qu’il survit.


Lancelot Hamelin – sur la route


montage Viki Olner

Après avoir descendu Gran’Ma
Ginger Red
Etait parti avec Wolff
La carabine sur la lunette arrière
En route au-delà des frontières
On en avait fini avec Gran’Ma
Le monde est à celle qui a buté Gran’Ma
Le monde est à celle qui s’est donnée au Wolff

  • Je ne peux pas tout faire pendant que je tiens le volant
    Il faut que je change de vitesse
    Se marrait Wolff
    Ginger disait toujours
    Ma Gran’ Ma’ raconte les contes
    Mieux que moi
    Wolff, farouche, la reprenait
  • Dis pas de fadaises Là où elle est la vieille
    Elle raconte plus rien
    Sinon aux asticots peut-être
    Et laisse-moi te dire qu’ils en connaissent
    Un rayon de miel question racontars
    Les asticots connaissent les bobards à la racine Ginger
    Red écoutait bouche bée Wolff parlait si bien
    Ginger Red ne savait pas quoi répondre
    Le dernier qui causait avait toujours raison
  • C’est de ton âge chérie mais avec moi
    Tu vas grandir commence par te pencher de côté
    Je ne peux pas tout faire pendant que je tiens le volant
    Il faut que je change de vitesse
    Se marrait Wolff
    Pendant que Ginger se penchait
    Par-dessus le levier de vitesse

provenance du texte:


Bruno Ruiz – pour la pensée qui cherche votre étoile


montage perso

Je n’ai de grâce que pour la pensée qui cherche votre étoile
Et mon métier n’énonce que le rêve perdu de vos raisons
Qu’ils soient reconnus ceux qui se perdent en eux–mêmes
Qu’on les inonde de lumière à la ferveur de leur corps
Pour qu’ils chantent le temps d’une vie enfouie
Ce temps joignant le geste à la parole
Ils sont mes chers passants du silence restés dans le noir pour le partage des perles
Demain je serai avec vous sur l’horizon
J’aurai laissé le temps clair se poser sur l’absence du monde
Ce temps d’éternité dans l’esprit et son apparence
L’arbitre aura disparu et personne ne cherchera sa présence


Alexandre Vialatte – Girafe


dessin: Honoré

A MOINS qu’elle ne s’élance dans une danse aérienne, rien n’est plus vaporeux que la valse des girafes, plus jeune fille et plus printanier. Elles sont couleur de papier peint, comme le guépard. Quand elles s’arrêtent, Quand elles sont immobiles, faites de triangles scalènes dans l’ensemble et dans le détail, elles ont l’air d’éléments de menuiserie en série, pour la fabrication de meubles de bureaux, de tables modernes et d’étagères dissymétriques ; ou de généraux du Canard enchaîné. Leur tête rappelle celle du chameau ; mais leurs grands cils sont des cils de demoiselle ; elles ressemblent toutes plus ou moins au professeur de piano que j’avais dans mon enfance ; en plus mondain et en plus chichiteux.


Philippe Delaveau – sur l’île Saint Louis


sur l’île saint-louis

La Seine aux longs méandres, la Seine courbe et lente,  dénie les lignes droites.

D’un paresseux élan gagne l’extrémité de son virage, butant sur les terrains marécageux où s’édifièrent ses grandeurs, puis s’en retourne d’un effort, racle les quais de vaguelettes, écarte ses deux bras pour caresser les îles. Ses vrais navires.

Tant de douleur cachée aux bords qu’elle frôle, tant de beauté, tant de douleur. Elle pourrait filer droit, connaître le bonheur de se griser de son désir, en ignorant l’image des bâtiments penchés sur son miroir fragile, toujours brisé, pour se comprendre. Et le malheur de ceux qui voient en elle leur destinée à l’image du ciel libre, inaccessible, d’un bleu parfait. Mais escortée d’un frisson gris de feuilles, longée d’arbres qui tremblent de leurs milliers d’oreilles, elle se ride à son tour, paraît trembler du désespoir de ceux qui guettent au-dedans d’elle les tourbillons d’agate comme des yeux, emporte l’eau froissée d’une voix triste à peine audible, un savoir morcelé – son abondance secrète.

Seine aux méandres longs. Courbe et lent fleuve.

La Seine alors recueille le malheur, monument d’hommes.

**


Vies minuscules ( RC )


Deux êtres se frôlent,
du regard , se caressent

  • sans doute se reconnaissent- ,
    il ont, comme de coutume
    endossé le même costume
    oh comme c’est drôle

l

les voilà qui tiennent conciliabule
au bord d’une pelle !
avec leur habit mordoré
leurs pattes grêles :
ce sont deux scarabées
qui continuent à petits pas, leur vie minuscule .


Violette Leduc – sur la neige


Le monde n’est pas étanche, et les regards peuvent se voiler.

Ce que nous voyons est fugace, et la pensée perce violemment l’inconscient conciliabule, sans tête à tête ni préambule, aussi rapide que vorace, ne s’embarrassant pas de volte face, traçant une figure au ciel bleu, qui s’efface.

Recule, je n’ai pas peur. Je vois le fil que tu empruntes.

Il est bien tendu, et il est solide.

Il s’enfonce dans cet espace que tu traces d’un doigt sur la neige.


Ariel Spiegler – pour C


Pour C

J’ai rêvé de sa noyade.
Il disparaissait dans sa démence froide.
Dans mes bras mourait ; je ne pouvais rien y faire.
Je l’avais chéri.
Son sommeil, petite barque, s’en est allée.

Je suis restée avec le jour qui se levait pluvieux.
Je voulais qu’il empêche ta poussière ;
il s’est laissé regarder dans l’accouchement de lui-même,
nu, parce qu’il fallait lui inventer des vêtements
et se construira un orgueil.

Ariel Spiegler Passage d’encres III


Nous avons vu s’enfuir l’eau – ( RC )


Aquarelle  –  E Delacroix

 

Adossés à un mur brûlant,
nous avons vus s’enfuir,
lentement,
                          l’eau.

Le sol s’est bousculé,
faisant rouler des roches instables,
comme si une poitrine
      se soulevait,
montrant des plaies noires
et des crevasses.

                  Quelques heures encore
avant que ,         d’une faille profonde
                    jaillisse le soufre et le sel,
restes jaunis laissés
par la mer infidèle.

         Quel chirurgien entreprendra
de recoudre la peau assoiffée
de la terre ?
         Les champs, autrefois verts,
portent des tiges malingres,
et il n’est pas rare de découvrir
parmi elles,          des oiseaux desséchés .

Tout le village est secoué.
               Quelques maisons isolées
sur une pente qu’elles ignoraient,
              ont perdu de leurs pierres,
prêtes à s’effondrer
en suivant des cascades de poussière.

Les ors cruels d’un crépuscule
soulignent des silhouettes d’arbres
enchevêtrés.

     L’eau ne reviendra pas,
attirée plus loin,
ou bue par des gouffres sans fond.
              Qui pourrait la retenir
              entre ses doigts ?

     Ceux qui croient aux miracles
     attendront longtemps.
Le jour, même, a détourné les yeux .
Il nous laisse exsangues, au bord du précipice.


la maison du lierre – ( RC )


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As-tu laissé le temps
conquérir les murs,
dévaster les planchers,
emporter les volets… ?

Tu es parti si loin,
que, du jardin,
les arbres se sont mis
à pousser en liberté.

Les racines ont soulevé le sol,
la façade s’est couverte de rides,
les fenêtres aveuglées
par des branches conquérantes.

Si tu reviens un jour,
tu ne trouveras plus rien de la maison
écroulée de fatigue :
seulement poutres et pierres

la voûte du lierre
s’appuyant sur la toiture absente
abrite une famille d’oiseaux
qui me parlent des pays lointains

où tu t’es installé.

RC


Petits riens – (Susanne Derève)


Mark Rothko, Underground Fantasy 

Je me demandais si la vie

recommencerait *

Je la poussais du pied

en me disant elle fane

comme flétrit la peau des femmes

et l’artifice n’y fait rien

.

Il suffira au matin

d’un peu de soleil sur la vitre

on s’y chauffe puis on rentre vite

vaquer à de petits riens ,

.

– ces petits riens qui nous encombrent

tissent un écran de fumée

ensevelissent les décombres

la flétrissure des années

nous escortent jusqu’à la tombe –

.

Eut-il fallu se saisir

d’un rayon de lune sur l’eau

d’une étincelle sous la cendre 

d’une lueur dans la pénombre ?

Je leur avais tourné le dos.

.

… Croire que la vie recommence

* Jean Claude Pirotte A joie page 132 (Poésie Gallimard)

Je me demandais si la vie
recommencerait chaque fois
que j’entends jouer perdido
au fond d’un canton désert

du pied je battais la mesure
mais la mélodie s’éloignait
pour m’abandonner au silence
bien fait pour toi me disais-je

aurait-il suffi que j’attende
le lent mouvement de la neige
au cœur de la nuit pour que naisse
la chanson de l’inexistence


Désespoir – (Susanne Derève)


Miquel Barcelo – La métamorphose –

Le désespoir

se tient au bord de ma fenêtre

il détourne la tête mais

je le reconnaitrais entre mille visages

grimaçants

Plus de nids d’oiseaux dans l’encoignure

des portes pas un lézard

la pierre est froide sur le seuil

Des cendres grises tiennent l’hiver

sous leur boisseau

Friches jachères et le fourreau glacé du gel

enserrant branches et rameaux

Les violons déchirants de la fête

les archers sombres de la nuit

et toi , passant qui t’enfuis , sans un regard

vers ma fenêtre


Tirer de l’eau du puits – ( RC )


Se pencher par dessus la margelle,
                          tirer sur la ficelle,
au milieu même du petit oeil rond
– découpe du ciel tout au fond -.

Lui,            renvoie mon reflet,
                             jamais je ne ferai
                taire cet éclat de lumière,
même en lui jetant une pierre.

                   Un reflet minuscule
tout au fond du noir
d’où je crois voir
crever quelques bulles

                  Il faut hisser le seau
du puits le plus profond.
Remonterai-je quelques poissons
voulant voir à quoi ressemble en-haut ?

               Que ce seau est donc lourd !
est-ce seulement de l’eau
ou un chargement de lingots,
qui me vient en retour ?

               une eau si précieuse
valant son pesant d’or,
comme un trésor
tapi dans l’ombre ténébreuse.

…         Se pencher par dessus la margelle,
      mais voilà qu’une main invisible
            me fait perdre l’équilibre :
                je bats des bras et chancelle ,

           chute brusquement dans l’obscur,
                                    à toute allure .
… au fond du puits
me saisissent soudain, les griffes de la nuit.


Le pont de la chanson – ( RC )


peinture: Man Ray

Il est ce pont,
ce pont fantôme
qui ne mène nulle part,
– des années folles
où l’on danse
au son du galoubet,
une étrange farandole – ,


le pont de la chanson,
qui s’élance
avec panache
                     sans filet
sur les eaux du Rhône.

Le pont St Bénezet


avec sa chapelle,
est une sentinelle
qui a perdu ses arches,
      l’or de ses pierres,
dans le courant impétueux,
des eaux boueuses.


Appelées par la mer,
luisant comme écailles de poissons,
les eaux du pont dont tu oublies le nom.
         Tes fantômes tournant en rond
         quand tes souvenirs s’enfuient,
sous le soleil du midi….


Il rêva ce cor nu – (Susanne Derève)


Photo SD – Pancarte de rue – Recouvrance – Brest

Il rêva ce cor nu
l’olifant
un cerf filant sous la ramée
une tendre biche aux abois
et leur fuite éperdue
les orgues du couchant
la mise à mort la curée

Il rêva d’un corps nu
plus pur qu’un corps d’enfant
de la douceur des draps
sur sa peau de son rire ingénu
Il rêva d’être amant

Il rêva d’un cor nu
rêve de concertiste
dans une symphonie
portée par les hautbois
si fervente et si tendre

qu’il s’éveilla tremblant
se demandant
qui de la mort
ou de l’amour
viendrait le prendre

(inspiré d’une des pancartes de rue de Recouvrance )


La porte étroite – ( RC )


 

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Tu ne regarderas plus sur mon épaule :
trop de larmes ont dévalé les pentes :
mon existence a suivi une courbe lente,
trop d’eau a coulé sous le saule.

J’ai refermé sur moi la porte étroite :
il n’y a plus de place à la lumière ;
ni aux infimes grains de poussière :
je sens déjà l’usure du temps avec ses grosses pattes.

Ma respiration se voile en suspends,
léger sursis à ma lourde peine,
au souffle ténu d’une légère haleine,
avant que se glace mon sang.

RC – août 2020


Zone portuaire – ( RC )


photos & montages perso

montage et photos RC

C’est un jour où l’hiver fait relâche,
au bas de la ville
où dansent les grues
jouant de leurs muscles orange.
Nous avons longé la zone portuaire,
les façades abruptes des entrepôts,
où l’océan pousse et respire l’iode
au pied de la jetée.

Les camions en attente,
derrière les grillages hostiles,
les bâtiments blanchâtres
où s’entassent de vieux pneus,
les containers empilés
se refusant à l’esthétique,
ainsi les odeurs de goudron et d’huile
revêches , comme les réservoirs de carburant.

Pourtant la géométrie sans fioriture des hangars,
le tracé capricieux des tuyauteries
se soumet à une linéarité
que soulignent leurs ombres portées ,
ce jour où les objets dessinent dans leur volume
leur propre contradiction, qui se révèle
au cœur même des flaques,
le bitume et ses plaques soulevées.

Il faudra attendre que le soleil se couche,
que les reflets jouent sur les métaux :
tôles et citernes désaffectées
et qu’un ciel obscurci les combatte ,
pour que la scène se change
en un théâtre flambloyant ,
rempart illusoire contre l’océan
qui patiente derrière la jetée.

Il porte le tragique d’un bûcher
dans un alambic d’angoisse
la couleur s’y déchire ,
les géants s’affrontent :
bras des grues opposés aux cargos sombres :
blondeurs de crépuscule qui font étinceler
les objets communs, des rails de la voie ferrée ,
aux cuves les plus modestes.

Ce n’est qu’un dernier cri,
où se distillent les éclats de lumière,
traversant les vitres.
Ils ricochent sur les poteaux métalliques:
mise en scène tragique
où tout ce qui s’oppose devient silhouette
avant que le faisceau des phares
ne prennent le relai.

photo perso


Détourner la douleur vers un peu de sourire – (RC )


photo Hans Proppe

Tant d’années à se dire
à se lire , à déchirer les ténèbres
de tant d’heures,
pour que la lumière vienne,
et rebondisse sur les fleurs
dont la tête penche ;
Elles n’égarent pas leurs couleurs,
car elles restent vivantes
dans le tableau.

Je suis derrière,
je ne sais si tu me reconnaîtras,
car j’ai un peu changé,
et ma voix est chargée
de mes pas égarés
dont l’immobilité rejoint
celle la pierre
Le silence serait-il
de la même nuance qu’hier ?.

Je me suis exercé
avec le jeu des pinceaux,
pourtant , je ne façonne pas les heures,
je laisse passer les oiseaux,
je me retire dans des paroles
souvent vaines,
mais j’y loge un peu de soleil
pour détourner la douleur
vers un peu de sourire.

RC