voir l'art autrement – en relation avec les textes

self creation

Marchant dans le néant – ( RC )


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Avec l’apprivoisement du jour,
les étoiles s’enroulent
dans leur tissu lointain.
Tout est en suspension,
et je vois bien quelques figures,
qui clignotent encore :
la grande et petite ourse,
marchant dans le néant,
piétinant les anges,
avant qu’un bleu sans nuages,
envahisse le ciel,
et dilue le temps,
qui semble avoir
arrêté son mouvement,
sur la page
du manuscrit,
avec les dessins du zodiaque
étrangement liés avec les mois
de la terre,
pourtant , vu de l’espace,
une simple poussière…


RC- sept 2019

voir  aussi la représentation du zodiaque  tel que l’a dessiné  Albert Dürer:


Prescription pour épisodes bibliques – ( RC )


 

 

Tintoretto, Esther before Ahasuerus 1547f.jpg

peinture: Le Tintoret  – Esther devant  Ahasuerus     1547

 

Le drame s’est joué
depuis si longtemps,
que l’on pense la rancune évaporée,
le sang noir
dont il ne reste aucune trace,
et si on demandait
aux personnages du tableau
pourquoi ils sont encore là .

Ils nous répondraient,
si c’était possible,
qu’ils n’y sont pour rien,
que le peintre les a placés là,
en forçant les couleurs ,
il a inventé le décor,
le plafond à caissons,
les brocarts, les plats en argent.

C’est lui qui veut nous raconter
par l’image, de vieilles histoires bibliques,
                  des épisodes,
dont il faudrait se rappeler.
                    Tant de temps s’est écoulé
                    les personnages sont morts,
on n’est même pas sûr
qu’ils aient existé.

Le peintre aussi n’existe plus.
On n’est pas sûr
qu’il ait cru lui-même à la légende .
Il a voulu jouer sur les couleurs,
            les roses et les ocres,
le chatoiement des soieries,
           et l’éclat des ors,
montrer son savoir-faire .

C’est un peintre baroque :
                 Il y a juste son nom
sur une plaque de cuivre,
et les experts se disputent
pour déterminer avec certitude
s’il s’agit d’un authentique
ou d’une copie;
cela n’a pas beaucoup d’importance.

         Comme un sujet dont on cherche
à analyser le mal dont il souffre,
      on a passé le tableau aux rayons X,
      trouvé des repentirs
et sous les modèles,
d’autres personnages,
              acteurs d’un autre drame
             dont on ne sait rien.

C’est ce qu’il faudrait faire
de temps en temps.
Recouvrir l’ensemble d’une autre couche,
et repartir sur d’autres bases :
Il serait temps de déclarer l’amnistie:
pour ces coupables ces crimes du passé,
                         Il y a prescription,
chacun peut y aller de son interprétation :

De ces épisodes dont il ne reste aucun témoin,
nous parviennent encore
les images transmises par le peintre
mais qui a sans doute
donné libre cours à ses fantasmes
et imagination,       pour occuper
                                    les murs des princes,
et aujourd’hui des musées .

J’imagine bien les ouvriers
repassant régulièrement
            une couche de gris
            sur ces oeuvres
qui font le bonheur des connaisseurs
et des historiens,
mais qui nous parlent d’un monde trop éloigné,
pour qu’on y croie.

          D’autres drames plus contemporains,
nous brûlent encore la mémoire,
et se soucient peu d’esthétique,
de clair-obscur
ou de lumière tamisée…
         Si j’étais peintre d’histoire,
je ferais parler l’actualité
et j’y poserais les pieds .


RC – sept 2019


Répandre des étoiles – ( RC )


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L’origine des temps
se perd dans le lointain,
et la nuit clignote
de myriades d’étoiles,
qui nourrissent les rêves.

Tu as arpenté les terres nues,
les chemins creux,
en recueillant dans tes bras,
comme tu le souhaitais,
les moissons du ciel.

As tu réussi à capter
l’un d’entre ces astres
lors de tes dérives buissonnières,
qui t’emportent
loin de la lourde glaise des jours ?

La bonne étoile te suit alors,
et la bonne fortune
te précède dans le parcours des dunes
même dans la nuit la plus noire
juste quand tu t’endors…

Tu confies tes espoirs
en traçant un bout de route
dans les figures de zodiaques,
qui se reflètent ( on s’en doute )
dans des flaques.

Mais le lendemain
fait pâlir les rêves,
comme si des branches,
se retirait la sève
au petit matin…

Crois-tu que c’est lui qui les a tués 
et que les étoiles s’enterrent,
de façon que la journée,
ne puisse les toucher,
ni personne les atteindre ?

En fait ils ne vivent que la nuit,
lorsque disparaît le soleil
et il n’y a rien qui les remplace
jusqu’à ce que le sommeil
arrive pour les repeindre 

mais l’étoile que tu as choisie
va te guider sur ton destin
même si on ne la voit pas,
tu répands des fleurs avec tes mains
et la glace fond sous tes doigts.


Ryan Adams – Ténèbres


darkness isn’t anything but the space in between the lightRyan Adams darkness

Les ténèbres ne sont pas autre chose que de l’espace entre la lumière

Ryan Adams


Aujourd’hui, c’est le dernier jour … – ( RC )


Greece and Schauble

Aujourd’hui c’est le dernier jour :

          Tu le sais,         je t’ai averti :
il n’y aura pas d’après,
pas la peine d’avoir des regrets,
sur ce que tu n’as pas accompli,

           il fallait y penser avant :
après, c’est trop tard,
tu aurais dû le savoir :
– qu’as-tu fait de si important.
alors que nous étions
si près de la fin ?

As-tu simplement fait un festin,
mieux disposé tes pions
sur l’échiquier des années,
sauvegardé tes arrières
( qui – à coups de prières )  ?

alors que tu te savais condamné
à redevenir sauvage,
car je suis la sorcière
                             qui sait défaire
                             tous les visages !

Je n’ai pas encore décidé
sous quel signe astral
je vais te placer,
et quel animal
tu vas incarner :

Allez,           – on va rester gentil –
je vais te transformer
                      en petite souris :
tu verras,         c’est très bien,
tu pourras te glisser partout ,

manger dans la gamelle du chien ,
et tu y prendras goût ) :
autrement…           il y a le fromage
mais il est hors d’atteinte :

          pas la peine de pousser des plaintes !
il était temps de tourner la page :
tu as passé trop de temps en humain ,
           sous une belle peau rose :
mais          tu en as fait bien peu de chose,

                      J’ai décidé de changer ton destin :
c’est une nouvelle aventure qui commence,
peut-être que le chat te reconnaîtra,
ou bien il ne te saluera même pas :
Ne t’étonnes pas s’il te donne la chasse
( il ne partage pas sa place ),

mais quand il n’est pas là, les souris dansent
– et lui-même,            quelque temps avant
ne se sentait-il pas trop seul
               habillé en ouvrier agricole,
          ou même,            en président ? –


RC


Xavier Forneret – un pauvre honteux


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modillon de l’abbatiale  Ste Foy de Conques

 

Il l’a tirée
De sa poche percée,
L’a mise sous ses yeux ;
Et l’a bien regardée
En disant : « Malheureux ! »

Il l’a soufflée
De sa bouche humectée ;
Il avait presque peur
D’une horrible pensée
Qui vint le prendre au coeur.

Il l’a mouillée
D’une larme gelée
Qui fondit au hasard ;
Sa chambre était trouée
Encor plus qu’un bazar.

Il l’a frottée,
Ne l’a pas réchauffée,
A peine il la sentait :
Car, par le froid pincée
Elle se retirait.

Il l’a pesée
Comme on pèse une idée,
En l’appuyant sur l’air.
Puis il l’a mesurée
Avec du fil de fer.

Il l’a touchée
De sa lèvre ridée.
D’un frénétique effroi
Elle s’est écriée :
Adieu, embrasse-moi !

Il l’a baisée,
Et après l’a croisée
Sur l’horloge du corps,
Qui rendait, mal montée,
De mats et lourds accords.

Il l’a palpée
D’une main décidée
A la faire mourir.
Oui, c’est une bouchée
Dont on peut se nourrir.

Il l’a pliée,
Il l’a cassée,
Il l’a placée,
Il l’a coupée,
Il l’a lavée,
Il l’a portée,
Il l’a grillée,
Il l’a mangée.

— Quand il n’était pas grand, on lui avait dit :
— Si tu as faim, mange une de tes mains.

Xavier FORNERET in « Le Livre d’Or des Poètes » (Seghers)


Il était temps, que je nettoie, cette photographie – ( RC )


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photo: JP Wilkin

 

Vieille photo, trouvée dans un tiroir,
quelques éraflures striant les noirs,
                  clic-clac           Kodak ,
ce joyeux bric-à-brac,
– celui d’un antiquaire – ,
plein d’objets sur les étagères,
          accessoires de théâtre
          bustes en plâtre,
          statues de pierre
uniforme de la grande guerre,
portraits désuets
sur un chevalet.

          Vois aussi tout ce qui sort des tiroirs,
ces paysages multipliés par les miroirs
et toi,                        juste sous la pendule
                                  le dos qui ondule,
                                  face au mur :
la plus belle sculpture
que j’aperçois
en cet endroit
à ce qu’il me semble :
                  une touche vivante à l’ensemble
si on néglige la poussière
qui depuis longtemps, adhère
aux objets de la galerie :
il était temps que je nettoie,            cette photographie…

RC – août 2019

 


Chevalet triste – ( RC )


peinture: Alice Rotival – Chinghetti 2012

 

C’est cet endroit
suspendu dans le temps
qui semble se refermer dans le sommeil ,
où la poussière se dépose
lentement
et finit par tout recouvrir .

L’atelier est désert
depuis la mort du peintre.

Il y a encore des tubes
aux couleurs incertaines .
Ils voisinent une palette éteinte,
quelques pinceaux raides,
et une ébauche qui attend depuis longtemps
sur ce chevalet triste .

Les odeurs de térébenthine
ne sont qu’un lointain soupir .

Vernis fossilisés,
essences évaporées,
tout est déserté ,
sauf les toiles d’araignées
ayant occulté complètement
les fenêtres de l’atelier .

Le deuil se pare d’un voile épais,
juste propice à l’attente .

Le silence même
est à l’image de ces insectes ,
desséché,        vide de sa substance
prisonnier de l’immobilité .
Le sommeil de la peinture
aux gestes arrêtés, voué à l’éternité .


RC- juin 2019

 

voir aussi  une parmi les nombreuses  aquarelles de David Chauvin


Sandra Lillo – où ?


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photo Juan Calderon

Où s’en vont dormir les oiseaux
Quand la nuit dans un battement d’ailes
Eteint la lumière floconneuse des fleurs
Tait la tirade enfiévrée des voix andalouses

Où s’en vont les étoiles
Quand le jour avance à petits pas d’espion
Sur le bord des rivières
Sur la couronne brique des toits

Où s’en va Paris
Quand les projecteurs du monde
Eclairent d’autres villes amoureuses
De l’écoulement oisif de leur fleuve,
De la résille de leurs rues

Où s’en vont les vertes années
Celles qui savaient nos habitudes
Qui aimaient l’ombre musquée des bois
La tiédeur dorée des levers d’autrefois

Où s’en vont les souvenirs
Quand il ne reste que le présent
Ses taches d’ombre et de vin
Sur le plat d’ une porte fermée


Quelque chose d’indéfinissable – ( RC )


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                   Il y a quelque chose d’indéfinissable,

lorsque ta voix s’empare des mots
et les projette,             haut dans le ciel,
un ciel
qui ne semble être fait    que pour toi.

Et les voilà qui redescendent doucement,
      – ainsi ces graines de pissenlit, légères,
               celles en forme de parachute –
qui s’allient avec le vent    pour se poser
                        comme des fleurs de neige.

Lorsque se forgent des lignes,
      chaque flocon trouve sa place,
      rejoignant leurs semblables
portés par une onde calme
naissant en toi.

        Il y a quelque chose d’indéfinissable,
une évidence qui s’offre
comme les notes dessinent le chant
         ravissant l’oreille de celui,
               prêt à les entendre .

       C’est un cadeau que l’on reçoit,
évident comme l’accord
entre le silence et la musique,
         émanation discrète
         du corps et de l’âme .

         Le poème est une constellation,
et les mots,  des étoiles
qu’un fil invisible relie :
     toi seule en maîtrise ces atomes,
                qui restent insaisissables .

 


RC – mai 2019


Ronny Someck – Aéroports


 

rausc_tracer

   Robert Rauschenberg – Tracer

 

 

Dommage qu’on ne puisse atterrir à Brigitte-Bardot,

voir des strings au duty-free de Marylin-Monroe

ou bien acheter maquillage et mascara à Rafah

dans un aéroport nommé Cléopâtre.

Les nuages du jour deviendraient des écharpes glissées

sur les épaules de Dieu, et les nuages de la nuit avant l’atterrissage

seraient des robes de dentelle au bal

des étoiles.

On atterrit à Charles-de-Gaulle, Kennedy

ou Yasser-Arafat,

on voit l’hélicoptère de la politique

voler toujours dans un ciel bas,

il scintille comme une couronne royale

défiant le soleil.

 

 

 

BAGDAD-JÉRUSALEM, À LA LISIÈRE DE L’INCENDIE
(Salah Al Hamdani et Ronny Someck)
Editions Bruno Doucey 

 


Une pierre informe dressée dans un jardin- ( RC )


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   Il y a une pierre informe
dressée dans un jardin
et que chaque matin entoure,
comme des stries concentriques
tracées dans le gravier .

           De la mousse s’incline
du côté où l’ombre persiste
avec l’aide de celle
de l’arbre qui s’épanche
en brouillon de branches .

C’est un monolithe griffé d’incidences,
fendillé de gel,
de lignes qui se prolongent,
et finissent par se perdre en segments
dont aucun n’est rectiligne .

           C’est un temps indéfini
qui a mordu dans ce corps,
arraché sa chevelure ,
imprimé ses tangentes,
en rides et en fragments.

           Peut-être était-ce une statue
qui a fini par perdre ses membres,
          oublier son visage
et sa première apparence :
aucun indice ne la rend lisible .

Personne ne nous dit sa légende,
son histoire et le pourquoi
       de sa présence :
elle est dans le jardin à la manière
d’un cœur entouré de ses graviers .

       C’est juste une vielle pierre dressée,
         que l’on dirait vivante ,
une vie y pulse encore ,         énigmatique ,
                pour ceux que le temps dépasse :
personne ne pénètre dans son secret .


RC – janv 2019


Ahmed Kalouaz – Hôtel du centre


Les nuits blanches 14230618332.jpg

Tu ne connais de la douleur
que l’abandon
les attentes,
le front posé contre une vitre.

Le téléphone
qui ne sonne
que dans ta tête,
la cigarette et ses réponses
définitives.

Lorsque tu marches dans la chambre
tes pas te disent
ce qu’est le silence.

extrait du recueil  » A mes oiseaux piaillant debout  »

 

voir  aussi  quelques  citations  de l’auteur…


Tubes, couleurs, palettes, tableaux – ( RC )


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On n’imagine pas
comment les familles de pâtes
prisonnières
libèrent leurs couleurs
sur les palettes :
– arcs-en-ciel bousculés ,
petits tortillons calmes,
dans l’attente de la toile
où grésillent déjà des ocres
et les rouges.

On n’imagine pas non plus,
comment ces mêmes couleurs,
extraites des tubes,
– à la manière des bernard-l’hermite
sortant la tête de leur abri – ,
vont tout à coup envahir
les zones encore vierges ,
lutter contre d’autres,
ou s’y fondre
en chatoiements discrets.

C’est que chaque peintre
a son regard,
que la lumière provoque,
et bouscule .
De palettes identiques ,
la douceur des pinceaux,
la fureur des brosses
laissent des empreintes
chaque fois différentes
organisées en accords vibrants .

Tubes alignés dans l’attente,
les flacons de vernis sont en transe,
encore immobiles,
mais constatent que le peintre
les allient à l’ivresse des songes
ourlés d’essence de térébenthine ,
en couches opaques ou translucides.
Le tableau en est l’écran
où se concrétise sa vision
( et du même coup, la nôtre ).


RC – juin 2019


Quelques traits, quelques tiges – ( RC )


Installation Shiaru Shiota

 

J’ai lancé des traits,

comme on lance un appel dans l’espace.

L’appareil photo a gardé trace de ceux-ci,

mais je n’y suis pas :

trop flou à cause du mouvement,

et de mes habits sombres.

Les traits sont devenus des tiges

avec des fleurs

qui se sont épanouies,

avant de flétrir et de tomber.

Les plantes ont continué de grandir,

et ont traversé le plafond.

Maintenant ce sont des colonnes,
qu’on ne pourrait plus déplacer ;

et c’est déjà un prodige

de pouvoir encore circuler

dans ce rétrécissement de l’espace

où je suis prisonnier.


RC – aout 2018

 

cet écrit est inspiré au départ d’une installation de Jacques Vieille, vue il y a longtemps à Lyon, mais dont je n’ai pu retrouver la trace  en images… je propose celle-ci à la place…

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Pourquoi je dors dans le couloir – (RC )


 

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Je dors à même le sol,
dans le couloir de l’hôtel.

L’air a été meurtri de couches diffuses
de tabac froid.

J’imagine qu’il y a
derrière les portes de chambres,
des lumières falotes,
et une photo défraîchie
d’une baie, quelque part,
en méditerranée.

C’est étonnant comme les choses immobiles
traversent les années.
Si le bâtiment s’écroule,
et qu’on voie comme si une tronçonneuse
était passée au travers

il y aura de chambre en chambre,
ce papier peint identique
à rayures verticales,
ces photos de la baie,
et la trace en clair,         sur le mur

des armoires hautaines,
ayant déposé leur ombre,
puis qui ont basculé
avec les étages
avec une pluie de gravats.

Je dors à même le sol,
dans le couloir de l’hôtel.

Je n’ai pas voulu entrer
dans la chambre
que j’ai réservée ,
où l’on ne dort
que d’un sommeil anonyme.

Mais j’entends tous les bruits.
Mes voisins qui ronflent,
l’armoire noire qui baille
attendant le bon moment
pour libérer les serpents.

Ils ne vivent que la nuit
et répandent leur venin
obséquieux dans les rêves
de citadins de passage
qui traversent les voyageurs .

La ville coasse encore
sous l’effet de la brume
et des lampes à iode :
une atmosphère de fête
qui plaît aux rongeurs.

Ils grouillent de partout
pénètrent dans les moindres interstices
et prennent le pouvoir:
leurs reflets dans leurs yeux,
sont comme de petites lucioles

Ils sortent même des lambris,
renversent les brosses à dents
et dévorent les tapis.

Vous devez maintenant savoir
pourquoi je dors dans le couloir.


RC – janv 2019


C’est le vent d’été … – ( RC )


 

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peinture  :    Alexander Brook

 

C’est le vent d’été
qui a couché les blés ,
un silence s’est fait parmi les bruits :
      c’est bientôt la pluie
qui va nourrir la terre,
celle qui désaltère,
                  et que l’on attend
               depuis si longtemps :
Pendant que le ciel oscille :
        l’orage plante ses faucilles
        concentre ses flèches
rebondit sur la terre sèche.

Il éparpille les jours torrides,
     remplit les poitrines vides,
gonfle les ruisseaux,
     cherche dans les rocs des échos,
qu’il trouve jusque dans ta voix :
cette soif insatiable     que rien ne combat :
       la vie est revenue d’une longue absence
Elle remercie la providence,
       envisage un nouvel avenir :
je vois tes seins s’épanouir,
       l’herbe reverdir,
       et le désert refleurir…

J’ai beaucoup appris de tes paysages,
      de l’attente et des passages,
     des courbes de tendresse
où le temps paresse
     de tes frissons secrets
     et des lits défaits
où se courbe la rivière,
où se love la lumière :
     Après l’orage et le calme revenu,
                au silence dévêtu,
                la chair embrasée,
                enfin apaisée…


RC – avr 2019


au début de la rue de la Nuit – ( RC )


Proud woman, sculpture en serpentine de Colleen Madamombe, 1964-2009 (Zimbabwe) 23556934458.jpg

sculpture: Colleen Madamombe, 1964-2009 (Zimbabwe )

 

Je me suis assis
au début de la rue de la Nuit,
le coeur sombre
ne sachant que faire de mes mains.

Je devais attendre sans le savoir
que se fende
la Montagne Noire,

ou retrouver le chemin clair
de pierres lisses
bordé du dessin des lys .

J’ai cru en apercevoir le contour,
apparu de façon brève,
au petit jour .

Les oiseaux blancs auraient pu être mon guide,
mais l’orage a été le plus rapide .

Assis au début d’un rêve nocturne,
toujours perdu dans les brumes…

RC –  aout 2018


Ceux qui habitent le ciel – ( RC )


Afficher l’image source
Ceux qui habitent le ciel ,
sont libres comme l’air,
car il n’y a pas de frontière
emprisonnant les ailes…

On a de la peine à imaginer
que les nuées soient partagées,
et,      que ,      de chaque côté
les oiseaux soient étrangers.

Aucun  morceau d’azur
à revendiquer;   pas de bleu
à découper   selon les pointillés,
rien à posséder .

Si les frontières sont sur la terre ,
rien n’enferme les courants d’air…
les langues, elles, sont dans les dictionnaires,
les oiseaux n’en ont que faire .

Bien que je ne sois ornithologue,
il semble que par leur dialogue
ils arrivent à s’entendre ,
peut -être aussi parce qu’ils n’ont rien à vendre…-


RC – janv 2019


Suivant le chemin des pierres – ( RC )


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peinture:     Isabel Bishop

      Je pense encore à hier,
suivant le chemin des pierres,
sous le soleil disert,
mon ombre me précède dans la poussière…

Marcher,       et s’éloigner des routes,
est comme mettre en soi la distance,
éloigner de l’esprit le doute ,
apprivoiser le silence .

Mon pays s’éloigne lentement,
puis disparaît tout à fait ;
         sans voix, je dialogue avec le vent ,
– Comment je vivrai demain je ne le sais – .

           J’ai quitté les horizons hostiles,
ma famille et mes frères,
en prenant le long chemin de l’exil :
              c’est une traversée du désert

             et je ne sais ce qui m’attend
             dans d’autres contrées :
c’est peut-être la guerre et le sang,
que je vais retrouver

un peuple misérable ,
qui, comme moi,       erre,
sous un soleil impitoyable
à la recherche d’une autre terre ,

à la recherche de son destin ,
suivant leur ombre dans la poussière,
marcher         et marcher encore,    sans fin ,
                    suivant le chemin des pierres…


RC – mai 2019


Zbigniew Herbert – Que serait le monde ?


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que serait le monde
s’il n’était plein
de l’incessant va-et-vient du poète
parmi les pierres et les oiseaux ?


Anachronismes – ( RC )


 

brocante - mère.jpg

image transformée – RC

 

Je reviens,
et je traverse le temps,
encore gracié de l’immobilisme .

Seuls des objets
lui ont échappé ,
rassemblés ici
un peu au hasard .

Ils se voisinent
sans se reconnaître,
sous le lustre à pendeloques :
quelques chapeaux,
et des lampes en tulipe .

Ces témoins des vies passées
sont les signatures
des années mortes
que récupèrent les brocanteurs
peu soucieux des anachronismes .

Les photos jaunies restent muettes,
le miroir se ternit
malgré les lumières électriques
trop crûes pour être éloquentes,
car la nostalgie n’exerce
plus aucune emprise ,
sous le regard de l’ancêtre,
fixé pour l’éternité.

RC – mai 2019

L’homme qui marche – ( RC )


expo  A Giacometti-  musée Maillol     l'homme qui marche    14.JPG

photo perso – Alberto Giacometti: l’homme  qui marche ( son ombre).

exposition au musée Maillol – Paris  2018

Vois cette silhouette
découpée dans la solitude.

D’un pas décidé, elle progresse
vers quelque chose qu’on ne voit pas.

On ne sait si elle avance
ou reste sur place :

Il y a ce corps projeté en avant,
ce pas tendu ,et pourtant

les pieds englués au sol,
entre futur et immobilité .

RC- mai 2019


Traces de l’or du temps – ( RC )


image 177.jpg

J’ai cherché trop souvent
les traces de l’or du temps.

Un temps en éternelle fuite,
qui se pose sur les fleurs,
–      juste une légère trace :
de la lumière,         de la couleur.

Ce sont ces pépites
qui s’effacent
quand l’hiver les rattrape:

l’or du temps est insaisissable :
comme s’envole le sable
avec le vent

– qui ,      lui aussi ,      m’échappe…

RC – avr 2019

 

voir la phrase  d’André Breton  »    « Je cherche l’or du temps »

dont MChr Grimard  a fait cette variation

 


Charlie Chaplin – Vie


 

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« J’ai pardonné des erreurs presque impardonnables, j’ai essayé de remplacer des personnes irremplaçables et oublié des personnes inoubliables.
J’ai agi par impulsion, j’ai été déçu par des gens que j’en croyais incapables, mais j’ai déçu des gens aussi.
J’ai tenu quelqu’un dans mes bras pour le protéger.
Je me suis fait des amis éternels.
J’ai ri quand il ne le fallait pas.
J’ai aimé et je l’ai été en retour, mais j’ai aussi été repoussé. 
J’ai été aimé et je n’ai pas su aimer.
J’ai crié et sauté de tant de joies, j’ai vécu d’amour et fait des promesses éternelles, mais je me suis brisé le coeur, tant de fois!
J’ai pleuré en écoutant de la musique ou en regardant des photos. 
J’ai téléphoné juste pour entendre une voix, je suis déjà tombé amoureux d’un sourire. 
J’ai déjà cru mourir par tant de nostalgie.
J’ai eu peur de perdre quelqu’un de très spécial (que j’ai fini par perdre)……… 
Mais j’ai survécu!
Et je vis encore!
Et la vie, je ne m’en lasse pas …………
Et toi non plus tu ne devrais pas t’en lasser. Vis!!! 
Ce qui est vraiment bon, c’est de se battre avec persuasion, embrasser la vie et vivre avec passion, perdre avec classe et vaincre en osant…..parce que le monde appartient à celui qui ose!
La vie est beaucoup trop belle pour être insignifiante! »