voir l'art autrement – en relation avec les textes

self creation

Le sommeil des sirènes – ( RC )


 

Petrina Hicks   femme  amphores.jpg

photo: Patricia Hicks

 

 

Après avoir chanté
et disputé aux vents, leur refrain,

les voila fatiguées
quand le jour touche à sa fin

Elles étreignent les vagues,
se lovent dans les épaves ;

mais s’est-on déjà demandé
où dorment les sirènes ?

Elles se font un nid d’algues,
un oreiller de sable .

Elles boivent le vin de la terre
oublié par les siècles,

ça les rend toutes choses,
quand elles s’arrosent

et goûtent à l’ivresse
et un peu de liesse

ce qui leur change les idées
–  et de l’éternelle eau salée –  .

C’est une sorte de trève
( à s’abandonner dans leurs rêves).

Elles vont se faire un lit , parfois invitent des amants ,
bien à l’abri de ce courants .

Elles dorment en enroulant leur corps
autour des amphores .

Elles ont ainsi un sommeil très profond,
et des rêves de poissons …

( enfin on imagine, )
car comme elles sont malines

elles ont l’art du secret :
personne n’en a remonté dans les filets…

elles ne se font jamais prendre ,
ce qui contribue à la légende…

est-ce seulement l’esprit qui les rend visibles?
car leur chant est toujours audible …

les amants d’un jour
( ceux qui n’étaient pas sourds )

ne pourront plus témoigner :      ils en sont tous morts :
les sirènes sont irrésistibles ,     mais aussi carnivores…


RC – sept 2018


Nathalie Lauro – Noël noir


 

Feuillage-réaliste-du-sapin-artificiel-Balsam-Hill-Epicéa-Bleu-r------.jpg

image- montage perso

Où étaient les lumières, les étoiles?
Les valses et les satins?
Les guirlandes du sapin?
Je n’ai rien vu
Ni entendu,
Des rires et des joies de la rue,
Du repas familial de fête,
Ainsi que toutes les paillettes.
Paillettes aussi dans mes cheveux,
Mais surtout sur ma robe noire,
C’était pour faire semblant d’ croire,
Pour cacher tout autour de moi,
Ma réalité calcinée.
Où étaient les lumières, les étoiles?
Les valses et les satins?
Les guirlandes du sapin?
Tout y était, rien ne manquait,
Ni ton absence,
Ni ton indifférence…
Le silence absolu,
C’est pour ça que j’ai bu.
Une potiche scintillante,
Sophistiquée comme une reine,
Juste un peu trop inanimée.
Où étaient les lumières, les étoiles?
Les valses et les satins?
Les guirlandes du sapin?


C’est juste le hasard, qui m’a placé là – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "flaque nuage"

Je n’ai qu’à ouvrir les yeux,
après la nuit,

pour me lancer dans l’aventure,
– car j’ai tout oublié d’avant – ,
                        et chaque matin
est un nouvel apprentissage,
          une nouvelle enfance.

C’est avec elle, que je dois progresser,
apprendre à marcher .

J’essaie de reconnaître les choses,
qui se penchent sur moi,
                          je leur donne des noms,
qui semblent venir d’une autre langue,
          et ne sais qu’en faire.

C’est juste le hasard,
qui m’a placé là .


RC  –  janv  2018


Il y avait sur le dessin – ( RC )


 

                               IMAG1350 27229341200.jpg

peinture  Amie Oliver  : suite  » Arcadia Lost »

 

Il y avait sur le dessin

des ombres,          mais aussi des couleurs

qui sont venues habiller le mur.

A travers les grilles,           je le voyais

avec ses fleurs blanches et pourpres,
mais aussi le ciel plombé d’un proche orage,

                    Il faisait ce contraste au bonheur

                             et aussi le mettait en valeur .

 

Il y avait ,—–            ( car un jour de colère,

                               quand le coeur se déchire,

                    j’ai voulu effacer les clématites

                   avec un chiffon et de l’essence ).

Quand le regard s’y pose,
on voit que tout a dégouliné :

Ce n’était pourtant pas suite à l’averse :

            tout n’est pas complètement gommé:

             je ne repars pas d’une toile vierge :

                              on devine bien des choses,

                                            malgré le repentir


on y voit des restes de bonheur

                         que je n’ai pas pu

                           ( ou pas voulu )

                 complètement effacer …

 

 

RC- aout 2018


Connais-tu la fin de l’histoire ? – ( RC )


Panorama 1.JPG

 

photos perso  montage  –   musée  archéologique  de Lisbonne

 

 

Connais-tu la fin de l’histoire,

puisqu’il en manque de grands morceaux ?

On peut toujours combler les manques,
en déduire des trajectoires,
en tout ce qui s’est perdu
dans la grande fosse de l’oubli .

Pour ceux qui vivent ici,
c’est au présent,
qu’ils cultivent leur jardin.
Leur origine s’est diluée
dans les générations.

Les racines de l’arbre vont si loin,
et se ramifient tellement,
que les suivre se fait en pure perte.
Ce qu’il en émerge est la partie visible
de l’iceberg des siècles.

Pour en revenir à celui qui cultive son arpent,
le voila qui remonte au jour
des fragments de marbre.
Un voisin en a trouvé d’autres.

Ce sont des mains finement sculptées,
qui tiennent entre leurs doigts
de drôles d’objets,
mais il manque le corps
auxquel elles correspondent.

Sauras-tu me dire ce que signifient
ces lambeaux d’une mémoire
à jamais enfouie
sous une épaisseur de terre ?

Nous en avions oublié, même l’existence
dans le désastre de l’abandon des aubes .
Celles-ci ne nous ont pas vu naître.
Peut-être que le vieux faune endormi s’en souvient  .

S’il n’était pas de marbre,            >   il nous répondrait peut-être…


RC – juin 2018


Pierres de basalte, comme un mensonge – ( RC )


Deroc dessous (11).JPG

 

photo perso  :cascade  de Déroc –  Aubrac

 

C’est un peu une frontière incertaine,

où se dispute un sable noir,
proche de la vase ;
des plantes spongieuses,
et l’illusion de solide,
que des pierres symbolisent.

Aussi, si je risque quelques pas,
sur les pierres découvertes,
ce serait comme un gué,
permettant de passer
de l’autre côté.

Mais ce sont des rêves mouillés,

qui peuvent à chaque instant glisser,
sous la plante des pieds .
On imagine ces roches comme un mensonge,
venu se plaindre aux eaux .

Peut-être n’ont-elles aucune consistance,
et elles peuvent disparaître,
comme elles sont venues,
trichant , en quelque sorte,
prêtes à se dissoudre,
si besoin est .

Le petit ruisseau qui sourd,
ne les écoute pas,

juste le cri des grenouilles,
qui ne croient pas en leurs histoires.
Car des pierres, il y en a plus bas.

Elles ont chuté,
basculé du plateau,
hexagones de basalte
à la géométrie trompeuse,
entraînant une partie du ciel,
chute vertigineuse .

Là s’interrompt l’horizontale :,
tout est en suspens,
quelques instants,
avant que l’eau ne chute à son tour,
et s’évade en cascade blanche .
RC- oct 2017


Cédric Merland – Si elle y pense


 

 

 

 

Portrait of Hard Life  Aging 5921453554.jpgSi elle y pense demain

elle se lèvera de bonne heure

restera plusieurs minutes à sa fenêtre

regardera le brouillard qui se lève.

 

Si elle y pense les ombres se confondent

tard après le silence de la nuit tombée

le bleu des murmures recouvre les souvenirs

et elle aperçoit l’océan un peu plus loin .

 

Si elle y pense d’autres rires viendront

après tout le matin sera à portée de main

bien après les nuages les collines

les larmes l’océan .

 

Si elle y pense les jours finiront bien

se laisseront porter par d’autres souvenirs

d’autres promesses aussi dans les rues

et les silences du matin  .

 

 

poésie  parue  dans la  revue  « Lichen »n°16

 


Les yeux des tournesols – ( RC )


tournesols en scène  mod.jpg

montage perso à partir de mise en scène  de théâtre ou d’opéra

 

Je ne sais plus ce qu’il faut penser des plantes .
Elles semblent être dans l’attente,
pourtant elles grandissent trop vite,
                sans qu’on les y invite.
       Vois-tu ce champ de céréales
sous le soleil vertical ?
Il semble secouer des têtes heureuses,
mais peut-être sont-elles vénéneuses…

C’est sans doute par leur couleur,
que se distille le malheur,
qui se glisse en traître,
à travers la palette.
        Van Gogh ne nous en dira rien,
au partage des chemins ,
sous un ciel de tempête ,
qui résonna dans sa tête….

Quand je traverse un champ de tournesols,
d’autres oiseaux prennent leur envol :
on en voit plein à la ronde ,
et les fleurs m’observent       de leur pupille ronde.
           Toute une foule sur plus d’un hectare,
tourne vers moi son regard :
elle se concerte et m’espionne
chaque oeil dans sa corolle jaune .

Ils ont un langage que je ne peux comprendre :
j’imagine déjà leurs murmures se répandre
entre leurs têtes lourdes
comme une musique sourde :
         Je vois bien qu’ils se sont détournés de l’horizon,
du soleil et des nuages de coton
pour se pencher de façon perfide
vers moi, ( me croyant stupide ) .

         Ils ont dressé un mur végétal,
une sorte d’espace carcéral ,
leurs feuilles rugueuses, des volutes,
s’étalant de minute en minute
          resserrant leur étreinte
en formant un labyrinthe
d’où il sera difficile de m’extraire
tant j’ai perdu mes repères…

        Je ne vois plus que la poussière et le sol,
– j’aurais dû emporter une boussole,
puisqu’à l’aube d’un désastre
il ne faut plus compter sur les astres
et que l’horizon est bouché – .
      Trop de plantes que je ne peux arracher,
trop de racines qui dépassent
et envahissent l’espace.

           La foule de ces yeux qui rient
provient de la tapisserie :
et de ce cauchemar , en noir
se détache l’ombre du placard .
         Mes rêves se sont enfuis
        au plus profond de la nuit :
les tournesols devenus sages en dessins
( répétés à intervalles réguliers sur le papier peint ) .


RC – juin 2018

 

 


Qui chante là-bas ? – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "qui chante là-bas"

 

image  extraite  du film « qui chante là-bas » de Slobodan Sijan

 

 

Je me souviens de l’ex-Yougoslavie
des plaines,             de la nostalgie,
de la chanson d’un violon navigant dans le ciel,
et les airs de danse traditionnels.

–        Il y a des airs que l’on n’apprend pas,
ils traversent les saisons,
et à travers leurs chansons,
on se demande :          » qui chante là-bas ? « .

C’est une musique qui traverse les hivers,
passant outre massacres horreurs
elle triomphe de la mort
et des taches sombres de la guerre

Passant sans encombre par-dessus les frontières .
Entends-tu encore la mélodie ?
celle qui nous dit que la vie
continuera , par-delà les tombes et les cimetières .

Résultat de recherche d'images pour "qui chante là-bas"
RC – aout 2018


Est-ce un homme qui pleure ? – ( RC )


marque-page-kosha-or-bleu-livre.jpg

en « réponse »  au texte  précédent, de Susanne  Derève

 

Est-ce un témoignage d’amour,
cette plume qui est
le marque page
de notre livre ?

Est-ce que nos vies
sont liées
par ce serment écrit ,
avec cette plume, justement ?

Mais les pages se sont tournées,
avec les années :
il n’y a plus
que les miettes du passé .

Si la tendresse se conjugue maintenant
à l’imparfait,
faut-il regretter d’avoir dit,
 » je t’aimais ? « 

J’ai connu d’autres chapitres    ;
l’oiseau de l’amour
est revenu reprendre sa plume, et s’est envolé 
mais je n’ai pas de regrets .

RC

 


Aurélien Péronnet – du vent dans les tresses


Image associée

 

Un jour se lève sur moi même
Où je ne suis plus que passé
La graine et vent que ‘je sème
Aujourd’hui se met à souffler

Et dans l’humeur amie du verbe
Où la trêve fut scellée
Je ne suis plus que rumeur acerbe
Dans vos bouches filées

Ni la soie des paroles
Ou le doux tissu des non-dits
N’ont cousu l’abîme et le sol
En un même interdit

Adieu, comme on dit quand on aime
Et si la tresse fragile est blessée
Elle flétrit et pourtant c’est la même
Mais ce qui la liait un jour aujourd’hui a cessé


Ile Eniger – Hors tout


Pleiades Star Cluster_ by Robert Gendler 2004_O.jpg

Pleiades Star Cluster_         by Robert Gendler      2004

Je veux une averse d’étoiles sur les villes sales, des arbres qui dansent dans les pas fatigués des passants, le tournesol d’une robe jaune sur la grisaille des tristesses, le souffle pur d’une terre haute, l’eau glacée d »un torrent éclatant de rire, des étincelles de nuit faisant battre le cœur des mots pour nettoyer celui des hommes, un petit matin clair, irrévérencieux, insolent, confiant, où des fées en espadrilles font le ménage du jour. Les fées n’existent pas mais leurs gestes perdurent. Et quand j’écris : « Je t’aime hors approbation, hors cadre, hors limite, hors tout« , ce sont elles qui me disent de ne pas avoir peur.

 

Ile Eniger – Solaire – (à paraître)


Une esquisse sur une feuille vierge – ( RC )


peinture: Edvard Munch  » nuit blanche »

 

Bien qu’il n’y ait plus un bruit,
tout autour des murs,
ce n’est pas pour autant une nature morte,
          mais seulement une ouate
à peine différente de celle du ciel,
et d’où part le silence.

Il s’est posé, tout en blanc
de partout.
Les arbres sont dans l’attente  ;
ils cherchent leur équilibre,
sous une masse inhabituelle, et résistent
de leur hampe sombre.

Car seuls, ils se détachent
de l’austère étendue,
        où toutes les différences
ont été gommées,
enfouies sur une couche épaisse ,
           tendant vers l’égalité.

Leurs silhouettes sont géométrie
et s’ornent d’ombres violettes,
comme dans les tableaux de Munch :
une peinture pour de vrai,
débordant sur les chemins,
presque effacés, aussi .

L’atmosphère est fraîche,
comme en attente.
Des hommes , au loin, progressent  : 
de signes noirs qui se détachent,
comme leurs paroles,
          sur un fond mat .

On est dans un instant précaire,
que l’on sait fragile .
L’arrivée des chasse-neige
va rayer l’immobile,
comme si on lançait les premiers traits
– une esquisse – sur une feuille vierge .


RC – oct 2017

 


Salah Al Hamdani – Lanceur de cailloux


Résultat de recherche d'images pour "irak douilles balles"

 

À force d’espérer te revoir je vais reconquérir ton aube
Je vais ramasser les dattes gorgées de balles
et la main pleine

ne sacrifier à ta lumière

Aux nuits de l’exil
je vais jeter un pont de regrets sur le fleuve
et ensemencer les clos  .


tourner la page de la plage – ( RC )


011 Salton Sea, CA.jpg

Est-il temps de tourner la page
comme ces souvenirs
que le vent a enfouis sous la plage ?

RC – aout 2018

Yanka Diaghiléva – Seras-tu ?


Yanka Diaghiléva dont on peut  trouver  les traductions  du russe par Henri Abril, sur son siteVernissage de l'exposition Georges Guye, 200RD10 8089679230.jpg

art:         exposition Georges Guye

 

 

Seras-tu le rayon clair
            qui naît de l’ombre,
Seras-tu l’ombre engendrant le rayon ?
Seras-tu la pluie bleue
            qui tombe sur la neige,
Seras-tu l’un des nuages ?
Ne seras-tu qu’un maillon
            de la chaîne dorée,
Ou bien le marteau qui la forge ?
Seras-tu le sentier à l’horizon
            ou celui qui y marche ?
Seras-tu la plume d’une aile d’aigle
Ou seras-tu l’aigle lui-même ?
Seras-tu une goutte de vin
           ou bien le fond de la cruche ?     

1987


Toi qui vins de bien loin – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "botticelli la naissance de vénus"

Toi qui vins de bien loin,
le vent derrière ton dos,
et les gestes d’écume,
as-tu marché sur l’eau,
les pas aussitôt effacés par les vagues

ou es-tu née d’une conque,
comme la Vénus de Sandro,
célébrant la venue du printemps ?
Enveloppée de ciel,
les nuées en robe vaporeuse

en as-tu repoussé les limites,
replié les courbes de l’espace ,
fait de la mer ton berceau ?
Toi qui vient de si loin
et qu’on n’attendait plus…

RC – juill 2018


Réfractaire aux laboratoires – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "palais des glaces feu"

J’ai dû crever l’atmosphère :
des spirales m’entourent,
cristallisant l’univers    :
       il y a des miroirs tout autour,
qui bavardent tous ensemble
dans un grand palais des glaces
dont le centre flambe    :
on dirait qu’on parle à ma place .

Ici, jamais le feu de s’éteint
et au milieu,       je m’égare
      ces discours ne sont pas les miens      :
les reflets captent les regards,
>         la lumière se plie , se déforme      :
trop de gens se confient aux machines,
et portent l’uniforme
(    beaucoup plus que l’on imagine   )

c’est sans doute plus confortable
d’écouter leurs histoires ,
mais je ne suis pas programmable :
          réfractaire aux laboratoires
comme aux puits de science
nourris de méga-octets :
>         je contemple le silence
et me mets en retrait…


RC – fev 2018

 


Fleur recluse – ( RC )


Cim  Chanac      10.JPG

photo perso –   Chanac

 

 

C’est comme un coeur
qui garde sa couleur
encore quelque temps :
il parle doucement
de ses quelques printemps
vécus bien avant .
–         C’est une fleur à l’abri de l’air,
qui, par quelque mystère
        jamais ne fane,
mais ses teintes diaphanes
à defaut de mourir,
finissent toujours par pâlir .

Détachée de la terre ,
elle est prisonnière
d’une gangue en plastique,
un procédé bien pratique
pour que la fleur
donne l’illusion de fraîcheur .
–     C’est comme un coeur
qui cache sa douleur ,
et sa mémoire,
dans un bocal de laboratoire,
( une sorte de symbole
conservé dans le formol ) .

Une fleur de souvenir ,
l’évocation d’un soupir :
celui de la dépouille
devant laquelle on s’agenouille :
les larmes que l’on a versées,
au milieu des pots renversés .
        C’est comme s’il était interdit
à la fleur,       d’être flétrie :
elle,       immobilisée ,
figée, muséifiée,
( églantine sans épines,
au milieu de la résine ) .

A son tour de vieillir :
         elle va lentement dépérir :
le plastique fendille, craque
ou devient opaque :
         les vieux pétales
cachés derrière un voile
entament leur retrait :
d’un pâle reflet
où les couleurs se diffusent :
       la rose recluse
se ferait virtuelle :
–    elle en contredit l’éternel –


RC – nov 2017


L’indépendance des choses – ( RC )


Image associée

 

 

Comme en strates  .     c’est de la matière qui se dépose…
On pense généralement à de la poussière,
ou bien les flocons de fausse neige
qui retombent lentement , une fois qu’on a posé la boule
après l’avoir secouée.

On ne pense pas que les choses ont  cette indépendance,
comme il est fastidieux de  toujours grouper par famille,
par genre,         –  à la façon des entomologistes,
qui  détectent ,          parmi  les insectes,
leurs caractéristiques communes, et les classent par genre .

Il en est ainsi des papiers.
Tous les papiers administratifs qui s’accumulent,
les factures et les publicités qui s’entasseraient
dans le plus grand désordre,
si on ne venait pas relever la boîte aux lettres  .

Il faut classer par formulaire, par couleurs, par années…
mais il y en a toujours qui s’échappent,
du fait de l’inattention ,
et se retrouvent dans d’autres classeurs,
ou dans un livre fermé par inadvertance.

Aller à la ramasse, ce serait aussi comme
trier les champignons,
les comestibles, et ceux qui ne le sont pas
ceux qui se dissimulent,
et font semblant d’être bons….

J’imagine plutôt
…. quelque chose d’insaisissable   :
Les vrais objets auraient pris la file de l’air,
aspirés par on ne sait quel phénomène,
il se serait créé un vide sidéral.

Il ne resterait que leurs images ,
et celles-ci clignoteraient encore quelques jours,
à la façon d’hologrammes,
avant de se fondre dans l’obscurité.
Un néant ?

Non, pas tout à fait,
mais     >    un monde derrière,        qui existe,
ayant bu les objets
et gommé leur surabondance.
rendant l’air à nouveau respirable .

RC – oct 2017.


Pendant que tu dors – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "soleil huichol"

soleil et lune: tableau de fils Huitchol ( Mexique )

 

Pendant que tu dors,
le jour s’ouvre comme un éventail,
les légendes se concrétisent,
le vent remue l’or des feuilles,
déplie les fleurs sortant de leur sommeil.

Chacun s’affaire et traverse l’ordre du monde.
L’herbe même, a troué l’asphalte;
les abeilles se chargent de pollen,
les voitures suivent une destination
qui doit avoir son importance.

Mais tout cela ne compte guère :
ni le parfum des lys et des roses :
c’est bien peu de chose,
puisque tu es absente
derrière tes paupières :

tu suis , dans tes rêves
les étendards d’argent :
tu t’imagines en marbre rose
dialoguant dans le silence
avec la statue du commandeur .

Il a brisé son bouclier de bronze,
et son ombre s’étend
même sur celle des oiseaux .
Elle a même effacé le temps .
– Il semble immobile , à ta conscience .

Comme le sang ,
Il pourrait refluer , arrêter sa course ,
t’emporter vers des ailleurs
– ce seraient des jours meilleurs –
au-delà de la Grande Ourse…

pendant que tu dors…


RC   – juin 2017


Colporteur du temps – ( RC )


peinture perso sur enveloppe – mail art – acrylique sur papier 2004

Le colporteur du temps
N’a pas sa montre à l’heure
Et a laissé se faner les fleurs
Des rendez-vous d’avant

En semant les traces à tout vent,
C’est tout un champ d’enfants
Qui grandissent en chantant
Déposés en sommeil, on les oublie souvent

Lorsque le hasard nous amène
A revenir sur nos traces
Les souvenirs reviennent,       et nous embarrassent
Le temps avait figé, – quel phénomène – !

un geste dans l’espace
La terre humide, qui fume
Le village, perdu dans la brume
Et de lointains ressentis passent

Ton sourire d’avant                           est resté le même
Dans mon souvenir;                                      il est ce défi
Que me lance encore,                         ta photographie
Les fleurs d’antan ,                                 pour ce poème

Sont encore fraîches,   et la couleur
Que n’a pas retouchée le colporteur
Du temps, qui s’est étiré,     sans toi.
Couleur du bonheur,             en papier de soie.

25-01-2012

issu de la création de Pantherspirit: le colporteur du temps


Ames au poids – ( RC )


 

papyrus egyptien.. pesée des âmes

D’ aventures en mythologies, beaucoup les partagent

Ce sont des dits, des légendes  ( et des commérages)

Qui se colportent, en générations, dans les mémoires

Et donnent en naissance,   de belles  histoires

 

La pesée des âmes  ( d’un poids négligeable)

Devait être comme l’or  ( assez rentable)

Bataille des chiffres et ——-marchandages

Et j’organise  un p’tit voyage  !!

 

Par convois entiers,  ou bien fusées

Les âmes sont partantes pour aller  au musée…

Mais y en a qui trichent, comme le Dr Faust

Préférant livraison lente plutot que « chrono-post »

 

Ayant vendu, comme on le sait, son âme au diable

Et afficher  en retour, un sourire aimable,

Qui pourrait convenir à Marguerite    – (elle lui fait la bise) …!

Et aux échanges, y a aussi le marchand  de Venise

 

Qu’à sa p’tite affaire, et n’connaît pas la crise !

C’est encore elle ( la crise), qui étonne et défrise..

J’ai donc  reçu, y a pas si longtemps , une proposition

D’acheter l’esprit, l’âme et le talent   –  autorisation –

 

Pour une vie meilleure, un autre horizon

Ce qui, pour cette âme, était la meilleure  solution…

M’étant jamais v’nu à l’idée de posséder deux âmes

Surtout quand  l’autre est celle  d’une femme…

 

———-  mais  tout compte fait, j’vais  réfléchir…

Pas  sûr qu’ça  soit une bonne  affaire  –  pour investir

Cela risque  fort de perdre de la valeur

s’il me vient avec,  douleurs  et malheurs…!

 

A jouer malin, et passer par-dessus les lois

Même encore  légères, les âmes seraient un poids…

Je dirai plus tard, les suites  de l »aventure

Et leurs conséquences sur mon futur

 

Si je rends visite à  la voyante, Mme Soleil

Qui a de petits seins, mais  gros orteils  …!

Elle  connaît les comment  et les pourquoi …

On verra donc,  quel sera mon choix…

 

photo: Sculptures du tympan de Conques ( Aveyron) J Mossot


A cet instant précis – ( RC )


Daniel Ridge Falls Frozen

Un peu de blanc, et du noir dedans,
et des lignes qui s’étirent :
des images , un instant
figées, et c’est une cascade
qui ne tombe plus,
saisie dans son élan par le gel .

Le regard saisit les formes,
où la lumière s’est posée :
il cherche dans les ombres ,
un peu de vie cachée ,
et déjà, arriver à deviner
la couleur des choses .

A cet instant précis.


RC – nov 2017


La mer a ses empâtements – ( RC )


Images intégrées 1

 

peinture:  August Strindberg –          musée d’Orsay

 

Les peintres délivrent leur âme,
en étalant le safran,
le rouge garance et l’indigo,
et ils dansent avec leurs pinceaux,
parfois avec les doigts .

Ils s’enveloppent dans le paysage
qui nait sous leur patience ,
s’enfoncent dans les infinis d’horizon,
combattent les nuées d’orage,
et le soleil         dans l’éblouissement .

Je ne me souviens plus
des couleurs de l’espoir :
>         il y avait cette peinture
           envahissant le ciel ,
où les crépuscules se bousculent .

Les reflets semblent engloutis
dans les profondeurs,
et on pense à ces créatures fantastiques
qui surgissent chez les artistes,
venues des abysses ..

Les vagues aux mille dents,
le radeau de la Méduse,
les lambeaux de voiles,
ne cueillant pas
que des lavis de roses .

La mer comme une plaque d’étain,
vue de près , a ses empâtements,
ses montagnes grises
des craquelures,        et des creux d’ombre
où on se perd,           mélangés aux nuages .

Il est difficile de dire si , quelque part,
la tempête s’apaise ;
           on repère sur un coin de la toile
une frêle embarcation,
que le peintre a sauvée du naufrage

– provisoirement .

RC – fev 2018

 

( avec la participation de Susanne Derève pour ses « lavis de rose  » )