voir l'art autrement – en relation avec les textes

self creation

Galette des bois – ( RC )


Gravure: Odilon Redon

 

 

C’est sans doute la fête,
car chaque soir
surgit dans le noir
de la lune, la galette

On la distingue à travers les bois
qui s’envole comme un phylactère
au dessus de la terre
toute à sa joie

de monde solitaire
satellite dégarni
nouvelle épiphanie :
Reine des déserts

observatrice nyctalope
de nos mystères,
divine commère
à l’oeil de cyclope .

RC – avr 2017

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Etourneaux d’Uzès – ( RC )


Poézique-zique, tique et pique- mots et grammes

Les premières pluies sérieuses, ont vidé la place,

Seules les arcades, celles que l’on nomme « couverts »,

Sont encore illuminées ce soir,

Et   les visiteurs sont rares,

Dans les rues d’Uzès.

Dans la grande place aux couverts,

Les platanes sont comme candélabres,

A leur pied, les feuilles roussies,   balbutient,

Un souvenir d’été,

Sous un ciel indigo.

Le voisinage des boulevards,

Se courbe dans une voûte,

Sous la coupole des branches,

Prêts pour un futur ailleurs  .

Des milliers d’étourneaux              tissent,

De leur bruissement,

Une étoffe impalpable,

Suspendue dans les arbres,

Et     au baiser de l’automne.

RC – oct  2013

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Au coeur de la pierre – ( RC )


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Caché par le lent défilé des années
Un gemme,          comme une larme brillante
s’est dissimulé dans l’obscurité   ;
et il faut un hasard heureux
pour la retrouver.

Aussi, tu  vas demander à la pierre
comment        aller vers elle,
quel sésame te permettrait
d’ouvrir les portes  du minéral.
Comment le fossile est-il parvenu
au coeur de la roche ?

La pierre ne sait pas quoi te répondre.
Son langage s’est cristallisé ,
mais tu finis par comprendre
qu’il n’y a pas d’autre porte
que celle de la patience.

RC- nov 2016

( D’après un poème de Wislawa Szymborska : Conversation avec une pierre  )

 

Hidden by the slow passage of the years
A gem, like a bright tear
was hidden in the dark,
and must serendipity
to find her.

Also, when you’ll ask the stone
how to get to it,
what sesame could
open the doors of the mineral.
How the fossil managed to go
into the heart of the rock?

The stone does not know what  answer to you.
Its language has crystallized,
but you finally understand
there is no other door
than patience.


Hommes & étoiles – ( RC )


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Parmi l’existence,
          ce sont ces hommes,
saupoudrés aux quatre horizons,
       comme des flocons
       disséminés par le vent,
et qui essaient      de se raccrocher
       à une étoile.
>      Il y en a pour tout le monde.
Mais on ne choisit pas son astre .

C’est le sort qui décide
        à quelle époque on naît,
et s’il s’agit juste       du fantôme
d’une étoile,
morte         depuis des années-lumière,
dont la lumière   nous parvient encore ,
alors que tout s’est figé
        dans un silence imperceptible
        absorbant l’essence même du temps…

Ce serait donc une erreur
                de s’aveugler
         avec une lumière,
     dont la source n’existe plus,
ou bien,      si loin de son lieu d’origine .
Certaines se diaprent de couleurs
trompeuses,         ou encore palpitent,
mais leur scintillement
          n’est pas message.

Se fier à sa bonne étoile,
lire son destin      dans les constellations,
        n’est pas à l’épreuve du temps,
        si celui-ci se dilate,
même imperceptiblement .
Pendant une courte vie,
         il est si facile d’en perdre la trace :
         quand une trajectoire expire :
              –          personne ne la remplace .


RC – nov 2016


Harry Nilsson – Everybody’s talking


---         gallery-fd0034.jpg

image : montage perso

 

 

Tout le monde me parle
Je n’entends pas un mot de ce qu’ils disent
Ce sont seulement les échos de mon esprit

Les gens s’arrêtent, fixent
Je ne vois pas leurs visages
Seules les ombres de leurs yeux

Je vais là où le soleil continue à briller
À travers la pluie battante
Je vais où le temps va avec mes vêtements

Banques des vents du nord-est
Naviguer sur une brise d’été
Et sauter sur l’océan comme une pierre

Wah, wah wah-wah wah
Wah-wah wah-wah, wah wah-wah
Wahhh

Je vais là où le soleil continue à briller
À travers la pluie battante
Je vais là où le temps va avec mes vêtements

Virant les vents du nord-est
Navigant sur une brise d’été
Et sautant dans l’océan comme une pierre

Tout le monde me parle
Je ne peux pas entendre un mot de ce qu’ils disent
Ce sont seulement les échos de mon esprit

Je ne te laisserai pas tomber, mon amour
Non, je ne vous laisserai pas tomber
Wah, wah
Je ne te laisserai pas tomber, mon amour.

 

tentative  de traduction de la célèbre  chanson de  Harry Nilsson  ( Macadam Cowboy )


Le tout orchestré, dans quelques centimètres carrés – ( RC )


mj   A  -  05 comme Valensole  horizontal.jpg

peinture :  détail de peinture  1992    RC

 

 

Un peu de peinture frottée,
quelques touches posées,
         et que sourde la lumière
inventée par la mer,
et les ors se répandent
jusque dans les lavandes :

tu as rêvé d’un soleil
traversant le sommeil
de la toile :
le chuchotement des étoiles
émergeant peu à peu
de tout ce bleu :
la grande épure
des blés mûrs :

Le grand accord
donné à leurs ors .
La mer jaune des mimosas
et des champs de colza ,
la chanson secrète
          – les couleurs de la palette –
qui, sous l’été, crépitent
         – un espace sans limite –
( le tout orchestré
dans quelques centimètres carrés )


RC – mai 2017


Cimetière militaire – ( RC )


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On ne voit plus qu’un pré tout vert
                    où pourrait paître le bétail.
Pourtant,    c’est un champ de bataille
habillé de blanc,        comme en hiver.

On distingue des croix anonymes,
comme       autant de noms effacés :
>          c’est la plaine des trépassés :
on n’en compte plus les victimes :

Elles sont tombées au champ d’honneur,
sous les obus,             les mitrailleuses,
–             …. et la plaine argileuse
ne saurait désigner les vainqueurs

les vaincus,        tant les corps se sont mêlés
durant les assauts.
On en a retrouvé des morceaux ,
accrochés aux barbelés .

Pour les reconnaître, on renonce :
C’est un grand cimetière
qui nous parle de naguère :
              Les croix sont en quinconce ,

             régulièrement espacées :
le « champ du repos »
comme si l’ordre pouvait remplacer
de l’horreur,             son tableau .

             Suivant les directives :
             les stèles règlementaires
             émergent de la terre,
             en impeccable perspective

Ainsi,                         à perte de vue
ce sont        comme des ossements,
peuplés des silences            blancs
                              des vies perdues :

                            Ils ont obéi aux ordres.
( Laisser la terre saccagée,
le témoignage de combats enragés,
aurait plutôt fait désordre ).

Sous le feu des batteries,
affrontant le péril,
          il aurait été plus difficile,
de jouer, comme ici,     de géométrie…

On ne peut espérer de miracle:
        Aucune de ces plantations ne va fleurir :
Voyez-vous comme il est beau de mourir !
Une fois la guerre passée,   c’est un beau spectacle…

RC – dec 2016


Claire Massart – Au matin


 

 

 

am--   n6..jpgmontage perso – à partir de peintures « surréalisantes…. »

 

Au matin, on entend le chantier de tous les oiseaux,
                                                               des tutoiements aigus, des ouvriers qui s’interpellent.
                                                               Suspendus comme des lampions, des moineaux
                                                               se chamaillent en vol.

                                                              Après le bégaiement des rêves, voici le corps des mots,
                                                              dans leur muselière de poussière.
                                                              Voici les grandes herbes dodelinant.

                                                              Pendant la journée, dans une peine qui s’épaissit,
                                                              c’est toute la mémoire des cailloux qui durcit.


Deux volumes et deux bouteilles ( presque un Morandi )- ( RC )


R wie rund 5278069652.jpg

photographe non identifié

 

C’est comme un aria,
          un brin suspendu ,
avant l’extrémité du parcours de l’archet…. ,

La lumière chatoie,
comme vibre encore la corde :
l’eau reste attentive dans la carafe,

L’épaisseur du verre          soupire,
hésite à donner de l’ombre sur le mur,
– ou alors si légère –

une pâte              qui entoure le creux,
immobilisée,   – fusion de la silice –
participe           au léger grain du fond :

ainsi le ferait le bourdon,
soutenant l’envol des voix…
posées             comme les deux objets

aux rayures noires,        régulières ,
–   légèrement ironiques – .
De taille semblable,

ils sont insolemment lisses,
ronds,               mais sans rouler,
contrepoint musical

On pourrait imaginer les voir
quitter le sol,
se mettre          en mouvement

perturber le liquide ,
sautiller en désordre
dans cet accord          trop parfait

auquel seuls croient
les gris cristallins
de la photographie .


RC avr 2017


Imaginons les Ménines – ( RC )


Velasquez   - Las Meninas     det  gauche.jpgPeinture: D Velasquez –  las Meninas  –  partie gauche

 

C’est une salle assez obscure,
qui sert d’atelier ;
en tout cas, on n’identifie pas
la source de lumière,

ni ce que le peintre esquisse,
puisqu’il est de face.
De la toile,          juste le chassis,
de dos, posée sur un lourd chevalet.

Autour de lui, gravitent ses modèles,
assemblés comme pour la parade .
L’infante Marie- Thérèse ,
en robe bouffante .

Elle est entourée de ses serviteurs
aussi en habits d’époque
dans un ballet immobile.
Le chien allongé ne semble pas concerné.

Ils nous font face,
étonnés de notre regard,
entrant             comme par effraction,
alors qu’au même moment,

une échappée se dessine,
un personnage ouvre une porte,
et franchit quelques marches,
au fond de la salle…,

Parallèlement à cette ouverture,
si on observe bien,
        un léger reflet,
renvoie , avec le miroir,

l’image du couple royal,
          comme si la vision que l’on a
          de cette scène était celle,
captée par leurs yeux.

L’artiste poursuit son travail .
Il est masqué en partie
par la peinture,
et rajoute un détail.

C’est peut-être nous,
qu’il inclut dans la scène,
traversant les siècles
pour y entrer de plein pied !

De celle-ci, on ne saura jamais rien,
              car il faudrait un autre miroir,
               pour jouer la mise en abîme…
…..  et Vélasquez             ne l’a pas encore peint…

RC – mai 2017


Lié à la transparence – ( RC )


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C’était comme un cauchemar,
       car , au sortir d’un songe
je n’avais plus de visage,
comme le disait le miroir :
         j’en avais perdu l’usage,
peut-être la glace renvoyait-elle un mensonge…
derrière moi             – que du noir…
– ce qui est difficile à décrire…

c’est ainsi que l’on pense reconnaître
le plus commun des vampires
– n’arborant même pas une tête de mort…
or, j’étais vivant           – et sûr de l’être
mais par un coup du sort
         je n’avais plus d’apparence…
une vision un peu fantasque,
liée à la transparence :

j’ai dû me composer un masque,
copié sur un homologue :
          une figure de cire
trouvée dans un catalogue :
histoire d’appartenir
à l’humanité ordinaire
que l’on croise d’habitude
sous toutes latitudes,

tous se donnant des airs
d’être eux même ..
mais comme savoir
si c’est un stratagème
          donnant autre chose à voir
qu’ un vide habité:
quelqu’un définitivement effacé
        qu’il a fallu remplacer
par une autre personnalité…


RC – nov 2016


Patricia Fort – Dans ma valise


David Lisboa    boite en valise.jpgpeinture  David Lisboa  » boîte en valise »

 

Dans ma valise il y a…
Vos prénoms et le mien
Qui se tiennent par la main
Nos nuits de bohémiens
Des contes et fleurettes
Des rires sous couette
Des sax et des rôles
Bad pas t’es pas drôle
Des boucles bleues
Des cernes sous les yeux
Nicolaï qui s’enjaille
Et nos voix qui s’éraillent
Une écharpe de ciel
Qui me sied à merveille
Des clés de portail
Ma mémoire qui défaille
L’or des blés
La blancheur de l’été
Une corde de guitare
Mais non il n’est pas tard
Le grenier de la France
Et celui de mon enfance
Une madeleine et un marcel
Des souvenirs en dentelle
Un décapsuleur
Des biscuits et du beurre
Une espadrille orpheline
Nos doutes en sourdine
Cinq chemins au levant
Le soleil au couchant
Un sentier pour nos pas
Avec des pierres çà et là
Valentino et des abeilles
Nos bouches groseille
Nos cœurs à l’unisson
Des rimes , des chansons
Une petite fille oubliée
En jupe plissée
Queue de cheval
Des amours qui se font la malle.
Dans ma valise bien rangée
Un voyage immobile
Une parenthèse, une île
Vos vies là, devant
La mienne qui attend. »

© Patricia Fort. – Artenay 17 juillet 2013.


Greffées contre le mur de la nuit – ( RC )



Tu pénètres  dans une  forêt  particulière,
où les arbres  sont des mains
fichées  dans le sol,
remuant dans le crépuscule  du quotidien.

Et le fil tendu des lignes blanches,
des tracés  des avions,
que les doigts ne peuvent pas  attraper .

Ils saignent  d’une  sève incolore,
ne pouvant se refermer que sur l’air,
dont  l’atmosphère trompe sur son épaisseur,
habitée  des ombres  du soir.

Il reste le vol noir des oiseaux
qui ne renonce pas, à leur échappée,
et se joue du mouvement maladroit des mains .

Elles  se referment  de lassitude,
comme  ces fleurs lorsque la lumière  s’éteint ;
Plantes  étranges rétrécies d’un coup par la terre ,
Le corps dissimulé.

Peut-être incarné dans  un sol,
parcouru de longs filaments sanguins,
racines bien fragiles, prolongements d’un coeur lointain .

Il faut s’attendre  à ne trouver demain,
que des manches , au tissu raidi par le froid,
et des gants vidés de substance,
mous et inertes ,

Comme si la greffe
n’avait pas  réussi
à franchir le mur de la nuit.

RC  – juill  2015


Raymond Carver – pluie


PLUIE

Réveillé ce matin avec
une envie terrible de rester au lit toute la journée
et de lire. J’ai lutté quelques minutes contre cette idée.

Ai regardé la pluie à travers la fenêtre.
Et lâché prise. Me mettant entièrement
à l’abri de ce matin pluvieux.

Serais-je prêt à revivre ma vie ?
Avec les mêmes erreurs impardonnables ?
Oui, si c’était seulement possible. Oui.

(in Where Water comes Together with Other Water (1983)

RAIN

Woke up this morning with
a terrific urge to lie in bed all day
And read. Fought against it for a minute.

Then looked out the window at the rain.
And gave over. Put myself entirely
in the keep of this rainy morning.

Would I live my life over gain ?
Make the same unforgivable mistakes ?
Yes, given half a chance. Yes.


Cette dame blanche – ( RC )


photo :  Elisabeth Kalinovski

 

 

C’est cette dame blanche,

qui ne se montre qu’en robe de soir,

au milieu des étoiles.

 

Certains disent que c’est comme une bulle,

échappée de l’étang ,

que les arbres n’ont pas pu retenir,

ni les oiseaux

 

et qui n’en finit pas de grossir,

légère et qui s’envole

toute ronde,

 

pour faire le tour du monde,

emportant son secret

dans sa face cachée .

 

Elle se méfie des hommes,

et de leur indiscrétion :

ils ont débarqué un jour sans prévenir,

ayant décidé de venir

à bord d’un vaisseau métallique,

dans une étendue désertique.

 

( un endroit impersonnel :

Y avait même pas un hôtel) !

Mais la dame étant fière :

 

elle n’a donné aux hommes que de la poussière,

car malgré sa bienveillance,

elle garde ses distances .

– L’espace est immense,

et tout le temps elle danse :

et tourne sans bruit :

Elle se fait belle chaque nuit

pour se faire caresser par le soleil :

Sa lumière l’émerveille .

 

Depuis la nuit des temps,

elle rêve d’en faire son amant .

( Aujourd’hui la lune est rousse

 

regarde comme sa peau est douce ! )

Elle n’a rien d’un épouvantail,

à cause de sa petite taille :

 

mais elle grossit de jour en jour :

et compte bien jouer un bon tour

à la terre

 

qui la maintient prisonnière :

elle se réveillera en sursaut,

sans ses ruisseaux,

 

et la mangera petit à petit

avec grand appétit :

La terre sera son satellite

 

elle la prendra sous son orbite

elle deviendra planète à son tour

ne serait-ce que par amour

et concurrencer Vénus .

 

Elle a bien d’autres astuces,

car notre dame blanche

voudrait bien prendre sa revanche :

 

( avoir à ses pieds le système solaire ! )

  • ça, ce serait le monde à l’envers !

RC- nov 2016


Un escalier vers l’infini ( RC )


escalier-01

Installation  : David McCracken

  • Je ne sais combien de marches il faut

    pour gravir l’infini.

    On dira qu’il y a le temps,

    puisqu’on nous a promis

    l’accès au paradis :

                Il y a une contrepartie  :
On ne peut y accéder qu’après
avoir laissé son corps
au magasin des antiquités ,
ceci dit on est beaucoup plus léger

et on ne compte plus ses efforts
pour emprunter l’escalier
qui a necessité d’abord
je ne sais combien
de menuisiers.

Au début on est très nombreux
à vouloir accéder à l’infini
que certains appellent
le Royaume des cieux
mais certains s’impatientent

ils trouvent la progression trop lente
–       ( étant pris de doute
sur la destination de la route ,
et pourquoi cette pente ).
Bien entendu pour accéder au ciel

il faut penser à l’essentiel,
non pas au monotone :
et comme pas mal abandonnent
     – ont-ils perdu la foi ?
     – pourtant ils ne portent pas de croix !

Toujours est-il que ,   sur les inscrits
les candidats se raréfient,
c’est ce qui explique,
en toute logique
que l’escalier se rétrécit .

La progression est plus facile,
quand la population est divisée par mille,
   – où sont passés les autres encore
   – ça je l’ignore
car ils ne visent pas le haut.

  • Comme dans les jeux vidéo

    ils sont bloqués au niveau inférieur

    et pour leur plus grand malheur

    ne disposent pas de vie de rechange,

    de quelque astuce ou ficelle

         ( ni de l’aide des anges
qui ne prêtent pas leurs ailes ).
          Et puis — est-ce une vision d’optique,
correspondant aux mathématiques  :
les côtés de l’escalier

sont difficiles à mesurer   :
               la vie éternelle
               ne tient pas compte des parallèles :
ne vous inquiétez pas pour autant:
comme je l’ai dit :    vous avez tout votre temps

déjà vous avez dépassé les nuages
vous êtes sur le bon chemin
à cheval sur votre destin
       n’oubliez pas vos prières,
       ne croyez pas aux chimères

ne regardez pas en bas
–  Attention au vertige !
Progressez comme ça :
         c’est déjà un prodige
        d’avoir quitté la terre

Comment,    vous ne voyez toujours rien ?
Ah ,   mais tous les paroissiens
qui entreprennent ce voyage
                       clés en mains
ne peuvent tirer avantage

de rencontrer les saints
enfin                  pas tout de suite :
la visite,     certes,        ….est gratuite,
mais de ce belvédère
il est difficile de voir St Pierre :

Ce n’est pas un défaut de vision,
mais cela doit beaucoup aux conditions
atmosphériques  :      même avec un guide
             c’est encore Dieu qui décide,
et ses desseins son impénétrables…

Comment ça,           c’est discutable ?
Si vous avez une réclamation à faire
après votre grimpette
            adressez-vous au secrétaire
            qui examinera votre requête…


RC – janv 2017


Alda Merini – j’ai besoin de poésie


Blackmon, Julie (1966- ) - 2012 Olive & Market Street 8640621910.jpg    photo: Julie Blackmon  ( hommage à Balthus : Olive & Market street )

 

Je n’ai pas besoin d’argent.
J’ai besoin de sentiments,
de mots, de mots choisis avec soin,
de fleurs comme des pensées,
de roses comme des présences,
de rêves perchés dans les arbres,
de chansons qui fassent danser les statues,
d’étoiles qui murmurent à l’oreille des amants.

J’ai besoin de poésie,
cette magie qui allège le poids des mots,
qui réveille les émotions et donne des couleurs nouvelles.

 

Alda Merini

Balthus:  le passage  du commerce St André


Bien au-delà des yeux – ( RC )


4942337467.jpg

photographe non identifié

 

J’ai failli rencontrer

celle  qui n’a pas de voix,

autres que quelques traces

électroniques,

 –

semées sur le clavier,

toujours en majuscules

laissées en marge

d’un jeu de lettres .

 –

J’imagine la Brésilienne

campée sur de solides guibolles,

et des mèches folles

s’échappant  du chapeau.

 –

Il y a du vent

hier et aujourd’hui.

Il aurait emporté ses paroles,

et son accent chantant.

 –

C’est une inconnue

qui observe au loin,

son amie s’éloigner:

devenant un tout petit point

 –

Cette fois : elle est sans voix.

Ce n’est pas à cause du vent  :

elle ne se retourne pas,

a laissé mon image aussi, s’effacer.

 –

La plage n’est pas belle;

l’azur a déserté le ciel,

les parasols sont repliés,

peut-être l’été n’a-t-il jamais existé.

 –

Il suffirait d’aller voir

de l’autre côté.

( Par la mer,  quand elle se calme

on le peut . )

 –

C’est l’immensité qui tangue,

mais sans doute au-delà

  •  et l’imagination se perd

bien au-delà des yeux.

Et de la baie de Rio.

 

RC – fev 2017

 

 

 

 


Le cŒur dessiné me souriait , de ses larmes de sève – ( RC )


La chevelure  sauvage  des arbres
s’est couchée  sur le sol.
D’autres se consument
en fumées bleues.

Des branches sectionnées en petit tas ,
j’ai vu, au milieu de la sciure,
Les billots du grand platane,
Où nous avions gravés nos noms.

        Le cœur dessiné, me souriait,
Même avec ses larmes de sève,
de l’aubier blessé,
        en une sorte de dernier adieu.

RC – mai 2015


Un habit pour la ville – ( RC )


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peinture:  C Soutine:  Cagnes

La ville se déplie,
tel un accordéon.
Les maisons sont en carton,
et quand le jour s’enfuit
ainsi un animal craintif,
qui se terre, et se dissimule :
derrière la pellicule.
Comme , de la photo, son négatif

alors les façades se déhanchent,
passent par-dessus bord,
aussi je vois l’autre côté du décor,
fondu dans la nuit blanche.
Le pinceau de la lune
lui donne des airs d’hiver :
elle répand une petite lumière
tout à fait opportune.

La ville est ainsi repeinte,
soumise à son propre sort
éloignée soudain de son port,
et de ses empreintes :
on se sait par quel sortilège
les immeubles se confondent :
c’est un nouveau monde
recouvert par la neige .

Les traces du jour sont effacées :
sous une ouate épaisse
cachant même la forteresse ,
– une antiquité dépassée – .
Les trottoirs ont fait peau neuve
La ville dort encore :
( aux meurtrissures devenues indolores.
il n’en existe plus de preuves ).

Tous les crimes sont pardonnés :
on a tourné la page
et fait le ménage,
libéré les condamnés :
Dans un air glacial,
un nouveau chapitre est à écrire,
offert à l’avenir
sous un habit virginal .


RC – dec 2016


Le vitrail rouge – ( RC )


 

Vitrail: Marc Chagall

 

Il y a un mur, entre moi et la lumière.
Ce mur a beau être de verre,
à chaque fois, il s’obscurcit,
au sang des cœurs trahis.

C’est une fontaine vermeille.
Elle joue avec le soleil,
mais les oiseaux sont englués
à travers le vitrail ensanglanté .

C’est une lave de couleur ,
qui traduit la douleur,
contrepoint de surfaces grises ,
qui , peu à peu envahit l’église .

Un amour sans fin était promis ;
il faut croire qu’il a péri .
Il se suffira pas de quelques prières,
pour le revoir de sitôt sur la terre .


RC – nov 2016

 

( en rapport  avec le texte  de  Mokhtar El Amraoui, visible sur son blog )


Echapper à son auteur – ( RC )


Crazannes  carrières   02-.jpgphoto perso – Crazannes – 17

 

La vie m’écrit demain .
Je ne saurais pas dire si c’est d’encre violette
Ni qu’elle me choisit un destin
( je n’en fais qu’à ma tête ) ! –
             Je suis né par accident
             Parce qu’un jour mon auteur
             Qui aimait cette couleur
             Fut un peu imprudent

En voulant remplir les pages
Contre l’avis du vent
Le livre s’est fermé brusquement,
          – Et plutôt qu’en être otage
           J’ai fui sous le canapé
En emportant quelques lettres
Que je pourrais peut-être
Utiliser sans me faire attraper.

J’ai donc dû m’aplatir
Le nez dans la poussière,
Avec tous ces caractères .
            Ils m’ont aidé à grandir,
           A me rendre autonome
Ce fut une aventure
De se lancer dans l’écriture,
Nom d’un petit bonhomme !

Me glisser dans un feuille,
Une autre encore et ainsi de suite
Mon récit n’a pas de limite
             Jetez-y un œil  !  :
J’y inscris les rires
Je m’invente des personnages
Pars pour de lointains voyages
Parcours des souvenirs

Je rencontre Prévert…
             – Ah, ce qu’on a ri,
               Au rayon poésie
               En vidant des vers… !!
( Il faut être un peu ivre
Pour qu’au moindre prétexte
On caresse un texte ,
Qu’on écrive un livre ).

Je n’ai aucun programme ….
           » Est-ce grave, docteur ? « 
           D’avoir échappé à son créateur
            Et des brumes de son âme ?

RC – sept 2016


Justo Jorge Padrôn – une pluie aux syllabes bleues



la pluie tombe en syllabes bleues.
Herbe et feuillages se réveillent,
splendeur qui demeure dressée,
vivante dans la fleur, l’arbre, les parfums silencieux
qui glissent dans les lits du soir comme des fleuves.

la pluie polit de son bleu les pierres noirâtres
et les écale avec douceur depuis leurs centres durs.
Elle palpe leur chair captive, la délivre, la dénude
en corolles à la pulpe rouge.

Sève que le soleil invoque, soleil qui moissonne la pluie.
Feu cruel asséchant le vert en sa sveltesse,
prairie qui s’asphyxie en sillons désertiques,
pétale rouge qui s’achève en roche,
roche qui se replie, qui s’emprisonne
et se tait, sourde et noire, jusqu’au jour du miracle :
où toute audace, arrive le printemps
qui nous apporte une pluie de syllabes bleues.


Philippe Delaveau – alouette


L’alouette au sommet de sa tour flambe seule, veillant l’air bleu, dictant
au ciel son allégresse. Et par ses yeux le poème connaît
le verbe, illuminé de verreries, puis le beau rythme
dont les arches assoient le pont sur le fleuve silence.
Et l’habitante au fond de moi, la secrète intangible admire
les mots soudain en ordre sans comprendre. Je ne suis rien
que l’instrument que l’on accorde à la lumière.
                        ( Calendrier de la poésie francophone 2011)


Deux-bout dans le vent – ( RC )


Debout dans le vent
Tronc contre tronc,
Deux arbres —
Marient leurs branches,
Echangent sans doute,
Un dialogue que l’on n’entend  pas,
Ecorce lisse,
Contre  peau rugueuse
Deux espèces,
deux langages cohabitent,
Par leur sève
Racines imbriquées,
Les unes dans les autres.

Ou bien s’agit-il
D’une lutte silencieuse,
A longueur  de siècle,
Un seul sortira vainqueur,
Se nourrissant de sa mémoire,
Laissant ce qu’il en demeure,
Aux insectes,
Découpe  d’une  silhouette  
Libre de ses feuilles,
Sculpture éphémère,
Dans un ciel,
Ou l’orage succède à l’azur,
Le jour, à la nuit  ( comme il se doit ).

 

RC-  août 2015