voir l'art autrement – en relation avec les textes

self creation

Coeur, vie prolongés – (RC )


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 provenance image:         Dailymail

Se réveillent les eaux sourdes, en profondeur,

Du sang qui pulse en moi,

Sa cadence lente, –

et mon sort suspendu,

A une pièce rapportée,

Profondément enfouie,

Dans le corps rapiécé   …

Ce coeur qu’on m’a greffé

De façon autoritaire,

Change de propriétaire,

Il faut que me fasse,

A ses pulsations,

…     Deux décennies de moins,

Cachées dans ma poitrine .

Un air de jeunesse,

Soudain se précipite,

Dans les chemins de mes veines,

Cascade , le sang tiède  …

Un printemps qui souffle,

Mais   prélevé,

Dans la poitrine d’un autre.

Il va falloir que je m’habitue ,

Que je repeigne de couleurs vives,

Le tableau des années mortes,

D’une peur de l’existence.

Je peux goûter la vie à plein poumons ;

J’abrite le coeur d’un autre,

Qui n’en a plus besoin.

Il a égaré la sienne,

Au bord de son chemin.

–  Je ne le connais pas,

Il pourrait être mon fils … –

Il a confié son sort,

En d’autres mains .

Ses organes habitent d’autres corps.

C’est ainsi qu’il existe encore,

S’associe à d’autres esprits .

Un miracle de chirurgie ,

D’habiles sutures, et de fines coutures,

Le maintiennent, quelque part,

 

En vie.

 

RC – oct 2014              ( inspiré d’un texte  de Pascal Braconnier )


Ne rien saisir – ( RC )


photo: Jens Schott Knudsen.

 

Chercher et ne rien saisir…
Suivre un chemin, qui se déroule.
N’étant pas une voie tracée.
Bordée de signes semblent nous être destinés.

En fait c’est un langage qui ne s’adresse pas à soi.
Pas à soi en tant que personne…
Un bavardage qui prolifère, et dans les néons, et dans les annonces.
Une voix chuchotante, qui dissimule sa violence
sous l’amabilité, le jovial.
On peut toujours saisir ce qui nous est tendu, offert.
C’est d’abondance,
mais c’est courir le risque du leurre renouvelé.

Il n’y a de vraisemblance qu’à fermer ses yeux ( et donc n’en rien saisir),
la lumière ne s’accrochant aux choses
que pour mieux en cacher l’ombre .
Ainsi Ulysse continue son voyage
en restant sourd au chant des sirènes.

L’éclat des jeux des lumières, les fanfares pour toute occasion
peuvent poursuivre.

Je ne les écoute pas.

 

RC


Kenneth White – que personne n’aille dire que tu as eu peur du silence


Nourris le feu allume ta lampe

Sans te soucier du froid ni du noir qui s’en vient
Prends tes bouquins continue tes études

Et que personne n’aille dire que tu as eu peur du silence
Ou qu’à t’apitoyer sur toi-même tu t’es pourri

Les bêtes hurlent à la lune elle les fascine

Mais toi prends-lui sa force et tourne-lui le dos
Et puis écris dans ta propre blancheur

Trace ton propre parcours

Toutes les mues cachées de l’hiver

Laisse la vieille buse jeter sa morve et faire des siennes
De la neige tisse-toi une chemise de flanelle

Avec un pan épais pour te couvrir les fesses

Fais usage de la pluie pour fabriquer ton grog

Et du vent pour tourner les pages de ton livre

La force personnelle peut faire des prodiges
Sans elle le talent n’est rien

Augmente ta vie

Trempe-toi le caractère

Et tire profit à plein de cet hiver

In « En toute candeur »


Cela vaut le coup d’essayer ( un jeu qui en vaut la chandelle ) – ( RC )


 

Il faut miser sur des cases,.
C’est la  règle du jeu,
Un peu comme à la marelle.
On se déplace,
puisque  c’est le hasard  qui décide,
D’un jet de dés.

Le voyage  se fait,
de façon instantanée:
On peut passer de la passion,
à la prison  –  sans transition.

Si c’est un jeu…
qui donc  en édicte les  règles  ?
Le jeu en vaut-il la chandelle ?
mais  tout  au long  de l’existence,

A passer  d’une  case  à l’autre  ;
On ne sait quelles  sont les  chances
de finir  sur la  case « ciel ».
Les  prêtres  ont à ce sujet leur idée,
mais il se pourrait, vu ce qu’on connait,
qu’elles soient  orientées…

Le mathématicien parlerait de probabilités,
mais tout le monde ne termine pas  en même temps,
ni dans la même case…
>               » un jeu qui en vaut la chandelle »…

mais celle-ci se consume
inexorablement.     La flamme  s’abaisse.
Au final, la dernière case se remplit
de cire fondue,
avant que la mèche  tombe,
et ne s’éteigne pour  de bon…

mais où,  précisément ?
je ne peux  vous  répondre.


RC-  juin 2015

photo: affiche d’Amnesty international contre la torture


Mots surgis d’un brouillard épais – ( RC )


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                                Peinture:              P Bonnard

J’ai prélevé dans le vocabulaire
que je connaissais,
quelques mots .
Ils se sont disposés, dociles,
sur la page blanche,     comme surgis
d’un brouillard épais,
où la conscience s’est perdue,
et le décor endormi .

Oh ! Rien de bien extraordinaire…
… presque rien…
Quelques essais jetés sur le papier :
une ou deux expressions
qui sonnent ,
accompagnées  du silence   ,
me déportant vers
le jour, qu’ils dissimulaient.

Il faut croire que les phrases
banales,
ne sont que des fenêtres grises,
occultant les pensées.
Tant de gris où tout se brouille,
et les étoiles
quelque part,
au-delà,

qui répondent
seulement si un chant
parvient à s’extraire
d’entre les lignes,
pour donner assez d’élan
à ma plume,
( et que cela soit aussi
un peu de moi. )


RC – janv 2016


Armand Robin – XII


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XII

Une femme pas vieille,           Mais vieille communiste,
Étendit les bras,              cria :
—    Arrachez-moi du corps les haillons du dogme!

Revêtez-moi d’un manteau tout simple !

Elle s’est réveillée, couverte de plaies
Et comme stigmatisée :

Le sang que dans les geôles versent
Ceux qu’assassinent les messieurs des bureaux
Perlait sur ses tempes.

 

( tiré des « poèmes pour adultes » )

voir aussi  «  l’homme  qui fit  tous les  tours »

 


Katica Kulavkova – troisième soleil


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photo:  enggul

 

 

Troisième soleil : Leo
– rising sun –

A qui confies-tu les cadenas, père ?
A qui les symboles ?
Remémore-toi :

Il est mauvais le destin du Suprême
et le lever est nocturne.
L’étranger profitera
de la générosité du ciel
entrera par des portes souterraines
et nous aspergera de venin
Scorpius-Ophiucus.
Mort prolongée.

Fais une offrande
antidote
accorde-nous une parole vive.
Venge le trône de la liberté
apaise la passion de Vénus.
Que le pécher nous réchauffe.

Mouille avec ta langue le fossé
entre l’index et le pouce
ce monde-pour-soi
cette force invisible
l’amour-pour-l’amour
rien d’autre.

 


Digérer le désert – ( RC )


 

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Comme ces animaux, dont l’apparence se coule dans le fond,

Tu habites le désert, et t’y confonds.

Femme des sables, tu n’espères que les courants,

Les vagues d’un océan de dunes, qui, lentement, se déplacent.

Tu te couches dans le sable, tu t’étends sur l’horizon,

dont rien n’arrête la fuite.

 

Tu regardes passer les caravanes, mesurant le temps,

dans leur progression lente.

Tes désirs sont une piste, aspirée dans un mirage .

Et cette piste, s’efface avec le vent .

Ainsi la vie s’étire, blanche, sous la lumière brûlante,

écrasant tout de son feu.

 

Et comme l’ombre est rare, juste celle de  buissons épineux,

tu attends que le jour bascule, ne souhaitant rien .

Le violet de la nuit           s’orne d’une lune interrogative .

Si tu jette des cailloux vers les étoiles,  elles te les renvoient .

 

Tu peux les maudire, elles restent indifférentes à ton sort.

Elles contemplent d’autres pays.

Ceux dont tu n’as pas l’idée, enchaînée par la distance .

 

Il ne reste que les pierres, où se concentre ta colère .

Juste le temps que tu digères le désert.

 

RC – oct 2015


Découpages, tourments de l’image ( sur Hannah Höch …) – ( RC )


Hannah Höch:
Collage: Hannah  Höch  ( artiste  représentative  du mouvement  Dada  en Allemagne)

Faire de la rencontre ambigüe,
Où rien n’est d’une vérité nue :
Cela ne dépend pas de toi ,
D’aller chercher au fond des bois
Où des tourments de l’image,
Suivront, selon l’usage,
Le parcours des pointillés…
– ça sent un peu le grillé –

Le boucher prépare son tablier
Le papier, sera déplié
On se perd un peu,
Dans des cercles de feu,
L’envahissement du lierre,
Les saintes prières…
Les coins un peu abîmés,
L’ombre des croix gammées.

Est-ce que des larmes de pluie
Répandues sur l’oubli,
Sont un meilleur témoignage,
Que d’une époque, ces découpages
Se bousculant sur la page,
Assemblés en collage .
Logique écartée pour un rêve dément,
Ombre de nuages déliquescents.

RC- nov 2015

Collage  Hanna  Höch « The Eternal Folk Dancers » 1933Afficher l'image d'origine


Vagues de laine – ( RC )


suite broutante - photo perso : le Beyrac  Lozère 10/2015

suite broutante – photo perso : le Beyrac Lozère 10/2015

 

 

 

 

C’est un troupeau dans un enclos en pente ;
Il se gorge de l’herbe grasse,
– un corps solidaire à têtes multiples –
dont la masse dissimule
ce qui reste  de sol.

A les voir moutonner, se presser en vagues
de laine      à palper du  regard,
à défaut des doigts,
dans la tiédeur confuse
ondulée par le soleil .

Lui,  rebondirait sur ces îles.
Elles se séparent et gravissent ensemble la pente ;
elles se suivent,    et dessinent  en beige clair
le tracé du chemin ,       laissant sur place
les têtes de rochers, nues .

Brebis et bêlements se déplaçant aussi.
( J’aurais voulu plonger dans leur manteau blanc,
les boucles autour des doigts,
connaître de mes paumes
le museau fébrile de l’agneau ).

Mais du troupeau, maintenant hors de vue,
stationné, peureux,  sur une autre pente.
Il n’est resté, quelques instants plus tard,
qu’un enclos désert,
derrière les mailles de son grillage  .

RC – nov 2015


Luis Cernuda – Des oiseaux dans la nuit ( Rimbaud et Verlaine )


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Le gouvernement français ou bien le gouvernement Anglais ?, ont placé une plaque

Sur cette maison, au 8 Great College Street, Camden Town, à Londres,

Alors qu’au même endroit,  Rimbaud et Verlaine, formèrent un couple bizarre,

Ils y ont vécu, bu, travaillé, et forniqué

Pendant quelques brèves semaines orageuses.

Sans doute l’ambassadeur et le maire ont assisté à l’inauguration,

Ces mêmes personnes qui étaient les ennemis de Rimbaud et Verlaine quand ils vivaient.

 

La maison est triste et pauvre, comme le voisinage,

Avec la tristesse sordide qui va avec la pauvreté,

Pas la tristesse funèbre de la richesse sans âme.

Quand la nuit descend, comme en leur temps,

Au cours de ce trottoir, avec son air humide et grisâtre, un orgue de barbarie joue

Pendant que les voisins, sont sur leur chemin du travail,

Les jeunes dansent, les autres allant au pub.

 

L’amitié singulière de Verlaine l’ivrogne

Et Rimbaud le vagabond, fut courte,  se querellant sans cesse.

Mais on peut penser que peut-être ce fut

Un  moment heureux  pour les deux,  au moins si chacun se souvenait

Qu’ils ont laissé derrière eux une mère et une épouse insupportablement ennuyeuses.

Mais la liberté n’est pas de ce monde, et la liberté,

De rompre avec tout,     doit se payer au prix fort.

 

Oui,       ils étaient là, la plaque le dit, derrière le mur,

Prisonniers de leur sort:  une amitié impossible, l’amertume

De la séparation, puis le scandale; et ce pour l’un

Le procès, et deux ans de prison, à cause de ses habitudes

Condamné par la société et le droit, au moins jusqu’à maintenant; pour celui-là , de lui-même

A errer d’un coin de la terre à l’autre,

Échapper à notre monde et son célèbre progrès.

Le silence de l’un et la banalité bavarde de l’autre

Faisant une sorte d’équilibre. Rimbaud a rejeté la main qui l’oppressait.

Sa vie; Verlaine l’embrasse, acceptant sa peine.

Traînant dans sa ceinture l’or qu’il a gagné; L’autre

la gaspillant en absinthe et putains. Mais les deux

hors la loi toujours, au-delà des gens respectables

Dont le sens de travail les rend riches et prospères.

 

Alors, même la prostituée noire avait le droit de les insulter;

Aujourd’hui, avec le temps qui est passé, comme il le fait à travers  le monde,

Leurs vies étant en limite de tout, la sodomie, l’ivrognerie, les vers vicieux,

Cela n’a plus d’importance, et la France fait usage de leurs deux noms et leurs œuvres

Pour la plus grande gloire de la France et de son art logique.

Leurs actes et leurs allées -venues sont étudiés, donnant au public

Des éclairages intimes sur leur vie. Personne n’est choqué maintenant, ni ne proteste..

 

« Verlaine? Allez, mon ami, un satyre, un fornicateur

Quand s’adresse aux femmes; un garçon tout à fait normal,

Comme vous et moi Rimbaud? Un fervent catholique, comme il a été prouvé.  »

Et ils récitent des morceaux du « Bateau ivre» et le Sonnet aux «Voyelles».

Mais de Verlaine ils ne récitent rien, parce qu’il est pas à la mode.

Comme les autres, dont ils éditent des textes bidons dans les éditions de fantaisie;

Les jeunes poètes, dans tous les pays, parlent de lui sans arrêt dans leurs provinces.

Est-ce que les morts peuvent entendre ce que les vivants disent à leur sujet?

Espérons que non: ce silence sans fin doit être un soulagement

Pour ceux qui ont vécu et sont morts par la parole,

Comme Rimbaud et Verlaine. Mais avec le silence ,il n’y a pas d’échappatoire

De cette farce élogieuse répugnante. Il fut un temps où l’un d’eux a souhaité

Que l’humanité ait une seule tête, afin qu’elle puisse être coupée.

Peut-être qu’il exagérait : si elle était juste un cafard, pour y être écrasée.

 

 

 

tentative  de traduction  ( à partir  d’une version anglaise  du texte  de L Cernuda) RC

 


Fromage de tête – ( RC )


peinture: Wosene Worke Kosrof

peinture:       Wosene Worke Kosrof

 

L’espace  tangue  dans ma tête.
S’il pleut encore des pierres …

J’hésite        entre la vie     et la survie.
La parole se découpe en une meule compacte.
Il me faut, pour l’ouvrir plutôt un scalpel,

Que le fil tranchant du fromager.
Extraire ce qu’il faut, juste pour avancer,
Encore quelques années .

Une fois que j’aurai tout consommé,
Tu pourras        me coudre la bouche,
Vendre le temps des étés, au plus offrant.

Je resterai quelque temps  tapi dans mon corps,
A cheval sur un souffle d’air,
Avant de l’offrir à la science.

On pourra  toujours graver mon nom quelque part,
Je serai déjà trop loin,            pour le déchiffrer.

RC –  oct  2014


un furtif passage – ( RC )


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Quelle  est cette  lumière  étrange
Qui  ici, soudain,  règne ?
Est-ce  la parole de l’ange,
qui , tout – à – coup,  saigne,
Dans  cette pièce austère
Où rien ne bouge,
Au fond du verre
aux reflets  rouges ?

J’y vois un mur transpercé,
L’éclair fendant les nuages  ;
Ton image inversée,
Celle de ton visage.
L’arrondi des sourcils…
Le reste se fond dans l’obscur,
Une vision, du reste ,          bien fragile,
Qui se dissout lentement dans le mur.

C’est  peut-être un vestige  de la pensée,
Certains y verraient un mirage,
Un fantôme tentant la traversée
des apparences, – comme en furtif passage…

RC – oct 2015


Alessandra Frison – Les dernières maisons


 


Les dernières maisons ont disparu
et les barrières pressées par les minutes
rongent l’âme.
Je ne peux l’écrire
ce cœur qui s’enfonce sous terre
colore une dernière écaille de moi
dans les cheveux ou sous
la poussière du plâtre
qui est toujours écran de vie,
complète distance de qui te fleurit
de qui à la fin disparaît comme le pli
dans le livre la page blanche
ton nom.

*
Sono sparite le ultime case
e i cancelli coi minuti addosso
si mangiano l’anima.
Non lo posso scrivere
questo cuore che si interra
colora un’estrema scaglia di me
tra i capelli o sotto
la limatura del gesso
che ancora è schermo di vita,
completa distanza da chi ti infiora
da chi si perde alla fine come la piega
sul libro la pagina bianca
il tuo nome.


Teintes d’apocalype – ( RC )


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Tant d’eau rassemblée,
n’attend pas le jour
pour se teindre d’oranges.
Le soleil n’y est pour rien,
Ayant sombré bien avant
Il était quelque peu ivre,
ayant dépassé les bornes,
perdu derrière l’horizon.
Ce n’est pourtant pas une éclipse,
mais l’accomplissement du présage
où le paysage
bascule dans l’apocalypse.

Le reptile se déploie,
dénoue ses collines,
délègue des îles
derrière un rideau de fumée.
Et c’est d’un ciel chargé
de cendres et de gris,
que surgit la girafe enflammée,
espérant, de son grand cou
dépasser les nuées,
déplacer la solitude,
renverser les ruines,
boire les étoiles.

Le réveil des volcans
secoue le continent,
illumine l’océan,
transforme les îles en montagnes
s’échancrant de couleurs factices,
rumeur de colère de la terre,
soudain prête à l’effusion des pierres,
le rideau des feux d’artifice,
des entailles profondes,
à la surface du monde,
où la mer s’engouffre,
sous l’acre odeur de souffre…

 

RC

 

 

Afficher l'image d'originedessin  :Salvador Dali   dîner dans le  désert  avec girafes  en feu  1937


Le sablier – ( RC )


Afficher l'image d'origine

Se réveillent les eaux sourdes, en profondeur,

Devant chaque feuille morte et chaque crépuscule.

Il y a une tempête,

mais l’espace est clair, tout autour…

 

c’est juste qu’elle est en toi

et vrille une partie de conscience,

sous la mélodie grinçante

d’un vent de sable,

dont les grains s’infiltrent

jusque dans les jardins calmes,

pour envahir l’espace.

 

Au coeur de cette tempête,

il n’y a pas de soleil, il n’y a pas de lune.

Il te faut affronter

le chemin des abîmes,

jusqu’à inventer la lumière.

 

C’est bien après que la rage du vent

soit retombée,

qu’on retrouve ses repères,

et qu’on peut rouvrir les yeux.

 

Le temps se cristallise,

comme s’est écoulé

celui qui est décompté.

De l’intérieur du sablier.

 

RC  dec 2015


la soif du Niger – ( RC )


photo Françoise Hughier

 


Aucune poussière  suivant la marche de l’animal.
Un long fleuve prolonge ses rives,
Paresse dans la plaine écrasée de soleil;
Une pirogue en silence  se dirige vers l’aval.
L’eau n’a pas de rides,  lourde,
semblant coller aux mouvements
lents      de la pagaie.

Un homme à la peau très sombre est à bord,
Contraste  marqué au gris figeant le ciel,
celui, légèrement différent des sables  et de l’eau,
répercutent ces teintes monotones.

Le temps est stoppé,  écrasé par la chaleur,
au bord du fleuve Niger.
Le chameau n’a pas progressé.
Sa tête est baissée.
Le reflet immobile boit son image.
Soif impossible à désaltérer:

Qui s’attendrait à voir en cet endroit,
Une statue de bronze  ?

RC –  juin 2015

 


Giuseppe Penone – Déchiffrant la culture du toucher


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Sur le bout de la langue, sur le bout des doigts, qui, rassemblés sont les pattes de la bête qui m’entraîne dans l’univers de l’alphabet, en déchiffrant la culture du toucher contenue dans la forêt des images, présente dans la réalité des arbres qui jalonnent le temps de l’histoire dans l’espoir de mettre de l’ordre dans la vie des hommes.

 

Giuseppe Penone, est l’artiste italien connu pour  ses installations,  souvent  prenant l’arbre  comme « motif »  réel, dans lequel il sculpte et révèle  le départ des branches  anciennes…


Un mois de des cendres – ( RC )


photo Fabrizio Musacchio

photo :          Fabrizio Musacchio

 

D’une  grande étendue,
Un pays  tout entier,
Recouvert de gris.

De minuscules  détails ,
Si l’on maintient l’oeil immobile,
Refluent,      sous toutes les mues,
Du bruit et du silence, et son poids d’ écailles .

Il y a des morts.
Des petites      et des grandes,
Charriées par les matins .

Une sueur de sang,
Se décolore et va rejoindre
les fleuves.           S’écoulent
Lentement.

C’est  le corps desséché de l’astre,
Qui ne peut imposer le jour  ,
Pesant sur le gris  des draps .

L’indifférence des dieux,
Qui se détournent des champs de bataille …
Les lignes  de  la nuit
Se perdent dans les cendres.

RC – oct 2014

 

art minimal: Roman Opalka : ‘Detail 1965 / 1-∞’, 1965


La plage était déserte et dormait sous juillet – ( RC )


       peinture:               Nicolas de Stael –        paysage au bord de la mer – 1954

C’est une journée qui s’étire

Et un temps d’été qui colle à la peau.

Le soleil cuisant va presque jusqu’à épaissir

le sillage lointain des bateaux.

Bien sûr, la mer proche, et ses vaguelettes .

Peu de vent, et elle,         quasi étale,

Mille petits reflets nous guettent ,

Perlés sur l’écume, et le littoral.


En attendant que la journée bascule

Nous l’avons ressentie presque     palpable

Avec la fatigue, que les heures accumulent,

Et avons écrit nos noms sur le sable .

Le ciel resté  incolore a chaviré,

Comme sous l’effet d’un mauvais présage.

Une nuée d’oiseaux a tout déchiré ,

Ou était-ce une bourrasque qui a emporté les pages ?

Tu es partie te baigner nue,

Suivre le chemin secret de l’eau,

                  … mais tu n’es pas revenue…

Le son de mes appels, seulement, en échos ….

La marée , dans son avancée,

                S’est faite complice,

Nos noms,          ont été effacés,

Maintenant,      la plage est lisse …

Je suis resté       l’âme vide et endeuillée,

La nuit de la perte , s’est étalée,     lourde ,    inerte.

Je me suis remémoré la Fanette …

>         La plage était déserte et dormait sous juillet *

RC  – juin 2015

* ( il est fait référence  évidemment à la chanson de J Brel   » La Fanette  « )


L’en-faille – ( RC )


peinture: Andrew Wyeth - Black Water 1978

peinture: Andrew Wyeth – Black Water 1978

 

Pourquoi taire l’amour,
pour que l’amour se terre?
Tant, se soulève,         mystère,
Cette  terre que je laboure…

En dessous,         un feu qui gronde
On perçoit les braises de la faille ,
Terre nourricière,          une entaille,
Prête à donner naissance au monde  …

RC –  sept  2015

 


Quelques indices de notre cécité – ( RC )


C’est  être  debout sur le sol,
Regarder l’herbe ployer sous le vent,
Ecouter le bruit froissé
Des feuilles du marronnier,
Fatiguées de l’été,
Et dont la rouille
Sous les pas, roule….

Ainsi, le cours des choses,
Lié aux saisons …
Mais s’arrêtent-elles,
Là où se porte  le regard  ?
Le chant de la sève est silencieux,
Qu’elle  se recroqueville dans le froid,
Ou au printemps, éclate de joie…

Sous le sol tout existe autrement.
Les rongeurs creusent leur univers,
Les graines  attendent le bon moment
Pour bondir à l’air libre,
Et des racines traîtresses
Etendent leur complot de trame,
Comme si elles avaient le pouvoir
D’étendre leurs yeux  ,
Au plus obscur de l’espace,

Perçant la densité de terre,
Jusque  sous nos pieds,
– Et nous n’en savons rien  – ,
Comme si une  vie souterraine,
Se poursuivait à l’abri de l’air,
Une lutte infinitésimale,
Conjugaison de bactéries,
Radicelles, et alchimie de bois :
Quelques indices de notre cécité.

RC  août 2015


Quelqu’un regarde par mes yeux – ( RC )


peinture: Francis Picabia

peinture: Francis Picabia  » Barcelone »


Quelqu’un me regarde  avec mes yeux.
Et ces yeux voient      une pièce presque nue,
où la présence  d’ombres se font       et défont.

Des sons ne la franchissent pas,
et se répercutent  d’un mur  à l’autre,
indépendants.

Il se peut  que  ce  soient          mes propres  phrases,  
repoussées par les lueurs changeantes des lampes  à pétrole.

Ainsi, quelqu’un parlerait        par ma bouche,
et ce ne serait plus moi,
mais une mémoire de la nuit,        enfermée ici  ,

alors que  de l’extérieur,     le silence la compresse ,
comme  sont compressés les jours.

Je ne les compte plus.
La nuit , aussi ,    ne compte pas les fleurs fanées .
 
Elles forment un tableau étrange,
celui d’un temps  arrêté,        nul,
saignant de ne pouvoir sortir,  clos  sur lui-même…

d’après « Présence d’ombre »     d’Alejandra  Pizarnik

RC-  nov  2015

un texte-photo  de Duane Michals,  partage un peu ce thème:

Il rêva une  nuit  qu’elle vint et   l’embrassa, et avec ce baiser entra dans son corps.

Elle  regardait à travers ses yeux, et écoutait avec ses oreilles.  Au matin, rien n’avait changé.


Saveurs de la terre – ( RC )


Quelle  danse  en bouche
Celle  du vent,
Sur les orges ,les blés
Les amandiers dont l’amer,

Se perd dans la souche.
L’arôme puissant,
La caresse dansée,
Passant au travers.

C’est peut-être, éphémère
La part des anges
Celle qui s’évapore,
Approchant l’oubli

Balade traversière,
Une frange,
Une bordure  d’or,
dissimulée dans un pli…

RC – octobre 2015


Thomas Vinau – Fais un voeu


Afficher l'image d'origine–  photo  novaplanet

 

 

Elles n’apparaissent

jamais

au bon moment

ces étoiles là.

 

Tu étais triste

sans trop savoir

pourquoi.

 

Je t’ai serrré

dans mes bras

j’ai levé la tête,

et je l’ai vu

 

balafrer le ciel

et venir  s’éteindre

au milieu de tes larmes

 

en faisant le bruit

d’une  cigarette

dans un évier

 

Elles n’apparaissent

jamais

au bon moment

ces étoiles là .