voir l'art autrement – en relation avec les textes

self creation

Octavio Paz – Pierre de Soleil


aquarelle perso -  d'après  une peinture de plus grand format

aquarelle perso – d’après une peinture de plus grand format

Pierre de 

Soleil

un saule de cristal, un peuplier d’eau sombre,
un haut jet d’eau que le vent arque,
un arbre bien planté mais dansant,
un cheminement de rivière qui s’incurve,
avance, recule, fait un détour
et arrive toujours:
un cheminement calme
d’étoile ou de printemps sans hâte,
une eau aux paupières fermées
qui jaillit toute la nuit en prophéties,
unanime présence en houle,
vague après vague jusqu’à tout recouvrir,
verte souveraineté sans crépuscule
comme l’éblouissement des ailes
quand elles s’ouvrent dans le milieu du ciel,

un cheminement entre les épaisseurs
des jours futurs et du funeste
éclat du malheur comme un oiseau
pétrifiant la forêt par son chant
et les félicités imminentes
entre les branches qui s’évanouissent,
heures de lumière que grignotent déjà les oiseaux,
présages qui s’échappent de la main,

une présence comme un chant soudain,
comme le vent chantant dans l’incendie,
un regard qui retient en suspend
le monde avec ses mers et ses montagnes,
corps de lumière filtré par une agate,
jambes de lumière, ventre de lumière, baies,
roche solaire, corps couleur de nuage,
couleur du jour rapide qui bondit,
l’heure scintille et prend corps,
le monde, oui, il est visible par ton corps,
il est transparent grâce à ta transparence,

je vais entre des galeries de sons,
je flue entre les présences résonnantes,
je vais au travers les transparences comme un aveugle,
un reflet m’efface, je nais dans un autre,
ô forêt de piliers enchantés,
sous les arcs de la lumière je pénètre
les couloirs d’un automne diaphane,

je vais au travers ton corps comme par le monde,
ton ventre est une place ensoleillée,
tes seins sont deux églises où l’on célèbre
le sang et ses mystères parallèles,
mes regards te couvrent comme du lierre,
tu es une ville que la mer assiège,
une muraille que la lumière divise
en deux moitiés de couleur pêche,
un lieu de sel, de roches et d’oiseaux
sous la loi du midi ébahi,

vêtue par la couleur de mes désirs
comme ma pensée tu vas nue,
je vais au travers tes yeux comme par l’eau,
les tigres boivent le rêve de ces yeux,
le colibri se brûle dans ces flammes,
je vais au travers ton front comme par la lune,
comme le nuage au travers ta pensée,
je vais au travers ton ventre comme par tes rêves,

ta jupe de maïs ondule et chante,
ta jupe de cristal, ta jupe d’eau,
tes lèvres, tes cheveux, tes yeux,
toute la nuit tu es pluie, tout le jour
tu ouvres ma poitrine avec tes doigts d’eau,
tu fermes mes yeux avec ta bouche d’eau,
sur mes os tu es pluie, dans ma poitrine
un arbre liquide creuse des racines d’eau,

je vais au travers tes formes comme par un fleuve,
je vais au travers ton corps comme par une forêt,
comme par un sentier dans la montagne
qui se termine en un abîme abrupt
je vais au travers tes pensées effilées
et à la sortie de ton front blanc
mon ombre précipitée se brise,
je recueille mes fragments un à un
et je poursuis sans corps, je cherche à tâtons,

couloirs sans fin de la mémoire,
portes ouvertes vers un salon vide
où pourrissent tous les étés,
les bijoux de la soif brillent tout au fond,
visage évanoui dès que je me le remémore,
main qui s’effrite si je la touche,
cheveux d’araignées en tulmute
sur des sourires d’il y a tant d’années,

à la sortie de mon front je cherche,
je cherche sans trouver, je cherche un instant,
un visage d’éclair et d’orage
courant entre les arbres nocturnes,
visage de pluie dans un jardin d’obscurités,
eau tenace qui flue à mon côté,

je cherche sans trouver, j’écris en tête à tête
il n’y a personne, tombe le jour, tombe l’année,
je tombe dans l’instant, je tombe au fond,
invisible chemin sur des miroirs
qui répètent mon image brisée,
je marche depuis des jours, instants cheminés,
je marche sur les pensées de mon ombre,
je marche sur mon ombre en quête d’un instant,

je cherche une date vive comme l’oiseau,
je cherche le soleil dès cinq heures du soir
tempéré par les murs de brique rouge:
l’heure mûrissait ses grappes
quand elle s’ouvrait sortaient les jeunes filles
de son entraille rosée et elles s’éparpillaient
parmi les cours dallées du collège,
haute comme l’automne elle cheminait
enveloppée par la lumière sous l’arcade
et l’espace en l’entourant l’habillait
d’une peau plus dorée et transparente,

tigre couleur de lumière, cerf brun
dans les environs de la nuit,
j’ai entrevu une jeune fille penchée
sur les balcons verts de la pluie,
adolescent visage innombrable,
j’ai oublié ton nom, Mélusine,
Laure, Isabelle, Perséphone, Marie,
tu as tous les visages et aucun,
tu es toutes les heures et aucune,
tu ressembles à l’arbre et au nuage,
tu es tous les oiseaux et un astre,
tu ressembles au tranchant de l’épée
et à la coupe de sang du bourreau,
lierre qui avance, enveloppe et déracine
l’âme et la divise d’elle-même,

écriture de feu sur le jade,
crevasse dans la roche, reine des serpents,
colonne de vapeur, source dans le roc,
cirque lunaire, pic des aigles,
grain d’anis, épine minuscule
et mortelle qui donne des peines immortelles,
bergère des vallées sous-marines
et gardienne de la vallée des morts,
liane qui pend au bord du précipice,
plante grimpante, plante vénéneuse,
fleur de résurrection, raisin de vie,
dame de la flûte et de l’éclair,
terrasse du jasmin, sel dans la plaie,
bouquet de roses pour le fusillé,
neige en août, lune de l’échafaud,
écriture de la mer sur le basalte,
écriture du vent dans le désert,
testament du soleil, grenade, épi,

visage en flammes, visage dévoré,
adolescent visage persécuté
années fantômes, jours circulaires
qui donnent dans la même cour, sur le même mur,
l’instant brûle et ils sont un seul visage
les successifs visages de la flamme,
tous les noms sont un seul nom,
tous les visages sont un seul visage,
tous les siècles sont un seul instant
et pour des siècles et des siècles
une paire d’yeux ferme le passage au futur,

il n’y a rien face à moi, rien qu’un instant
racheté cette nuit, contre un rêve
d’union d’images rêvées,
durement sculpté contre le rêve,
arraché au rien de cette nuit,
à bout de bras, soulevé lettre à lettre,
tandis que le temps se jette dehors
et il cogne aux portes de mon âme
ce monde avec son horaire sanguinaire,

un instant, un instant seulement tandis que les villes,
les noms, les saveurs, le vécu,
s’effritent sur mon front aveugle,
tandis que la pesanteur de la nuit
humilie ma pensée et mon squelette,
et mon sang circule plus lentement
et mes dents se gâtent et mes yeux
s’embrument et les jours et les ans
accumulent leurs horreurs vides,

tandis que le temps ferme son éventail
et qu’il n’y a rien derrière ses images
l’instant s’abîme et surnage,
entouré de mort, menacé
par la nuit et son lugubre bâillement,
menacé par le brouhaha
de la mort vivace et masquée
l’instant s’abîme et se pénètre,
comme un poing qui se serre, comme un fruit
qui mûrit vers l’intérieur de lui-même
et lui-même se boit et se répand
l’instant translucide se ferme
et mûrit vers l’intérieur, pousse en racines,
croit à l’intérieur de moi, m’occupe entièrement,
son feuillage délirant m’expulse,
mes pensées seulement sont ses oiseaux,
son mercure circule par mes veines,
arbre mental, fruits saveur de temps,

ô vie à vivre et déjà vécue,
temps qui revient en une marée
et se retire sans tourner le visage,
ce qui s’est passé n’est pas mais commence à être
et silencieusement se jette
en un autre instant qui s’évanouit:

face au soir de salpêtre et de pierre
armée de couteaux invisibles
d’une rouge écriture indéchiffrable
tu écris sur ma peau et ces plaies
comme un vêtement de flammes me recouvrent,
je brûle sans me consumer, je cherche l’eau
et dans tes yeux il n’y a pas d’eau, ils sont de pierre,
et tes seins, ton ventre, tes hanches
sont de pierre, ta bouche a un goût de poussière,
ta bouche a un goût de temps empoisonné,
ton corps a un goût de puits condamné,
passage de miroirs que répètent
les yeux de l’assoiffé, passage
qui revient toujours à son point de départ,
et tu me conduis, aveugle, par la main
à travers ces galeries obstinées
jusqu’au centre du cercle et tu surgis
comme un éclat qui se fige en hache,
comme une lumière écorchée, fascinante
comme l’échafaud du condamné,
flexible comme le fouet et svelte
comme l’arme soeur de la lune,
et tes paroles tranchantes creusent
ma poitrine et me dépeuplent et me vident,
un à un, tu arraches mes souvenirs,
j’ai oublié mon nom, mes amis
grondent parmi les porcs ou pourrissent
mangés par le soleil dans un fossé,

il n’y a rien en moi qu’une large plaie,
un creux que jamais personne ne fouille,
présent sans fenêtres, pensée
qui revient, se répète, se reflète
et se perd dans sa propre transparence,
conscience transpercée par un oeil
qui se regarde se regarder jusqu’à se noyer
de clarté:
moi j’ai vu ton atroce écaille,
Mélusine, briller, verdâtre, à l’aube,
tu dormais enroulée dans les draps
et au réveil tu as crié comme un oiseau
et tu es tombée sans fin, cassée et blanche,
rien n’est resté de toi, rien que ton cri
et à la fin des siècles je me découvre
avec de la toux et une mauvaise vue, mélangeant
de vieilles photos:
il n’y a personne, tu n’es personne,
une montagne de cendres et un balai,
un couteau ébréché et un plumeau,
une peau pendue à quelques os,
une grappe déjà sèche, un trou noir
et dans le fond du trou les deux yeux
d’une enfant noyée d’il y a mille ans,

regards enterrés dans un puits,
regards qui nous voient depuis le début des temps,
regard enfant de la mère vieille
qui voit dans le fils grand un père jeune,
regard mère de la fille solitaire
qui voit dans le père grand un fils enfant,
regards qui nous regardent depuis le fond
de la vie et sont les pièges de la mort
– où est l’envers: tomber dans ces yeux
est-ce revenir à la vie véritable?

tomber, revenir, me rêver et que me rêvent
d’autres yeux futurs, une autre vie,
d’autres nuages, mourir d’une autre mort!
– cette nuit me suffit, et cet instant
qui n’en finit pas de s’ouvrir et de me révéler
où j’étais, qui je fus, comment tu t’appelles,
comment moi je m’appelle:
pouvais-je bâtir des plans
pour l’été -et tous les étés-
à Christopher Street, il y a dix ans,
avec Phyllis qui avait deux fossettes,
où les moineaux buvaient la lumière?,
sur la place de la Réforme Carmen me disait-elle
« l’air ne pèse rien, ici c’est toujours octobre »
ou l’aurait-elle dit à l’autre que j’ai perdu
ou l’aurais-je inventé et personne ne me l’a dit?,
aurais-je marché dans la nuit d’Oaxaca,
immense et vert foncé comme un arbre,
parlant seul comme le vent fou
et en arrivant à ma chambre -toujours une chambre-
les miroirs ne m’auraient-ils pas reconnu?
depuis l’hôtel Vernet nous avons vu l’aube
danser avec les châtaigners -« il est déjà très tard »
disais-tu en te peignant et moi, aurais-je vu
des taches sur le mur sans rien dire?,
sommes-nous montés ensemble à la tour, avons-nous vu
tomber le soir depuis le récif?,
avons-nous mangé des raisins à Bidart?, avons-nous acheté
des gardénias à Perote?,
noms, places,
rues après rues, visages, marchés, rues,
gares, un parc de stationnement, chambres seules,
taches sur le mur, quelqu’un qui se peigne,
quelqu’un qui chante à mes côtés, quelqu’un qui s’habille,
chambres, endroits, rues, noms, chambres,

Madrid, 1937,


After the gold rush ( RC )


photo jrs de son site

 

 

Au survol du printemps
Finalement, l’aile ouverte,
S’appuyant sur l’atmosphère,
Endolorie,
Ira se fondre
Et saigner dans d’été,

Une halte et un autre virage
peut être conduit au repos
Une ville abandonnée
Aux insignes blanchis ,
Le bois torturé
Au soleil ardent,

Les voitures,aux modèles lourds,
Fantômes rouillés,
immobilisés,
Dans les herbes hautes,
Elles vont à la reconquête
des prairies vides.

Peut-être pour l’oiseau migrateur,
L’occasion de se poser,
Quand le vent agite
Et secoue de vieilles tôles,
De vieilles enseignes,
– grincements –

Et ce qu’il reste de rues,
Poussiéreuses,
Menant plus loin à l’Ouest.
Suivre ainsi ,très loin,
Les routes rectilignes,
sous la course des nuages.

L’or du Far-West,
A filé entre les doigts,
De migrants de tout ordre,
Repartis d’ici, comme ils sont venus,
Incongrus
Poursuivant une richesse improbable,

Toujours ailleurs.

________________________
Flyover spring
Finally, the wing open
Relying on the atmosphere,
sore,
Will go blend
And bleed into summer

A stop and another turn
may be conducted for a relaxing break
An abandoned city
To the bleached insignias
The tortured wood
Under burning sun,

Cars, heavy models
Rusty ghosts
immobilized
In the tall grasses,
They go to the reconquest
Of empty grasslands.

Perhaps for migratory birds,
The opportunity to arise,
When the wind moves
And shakes oldmetal sheets ,
Old signs,
– Grinding –

And what remains of streets,
Dusty,
Leading further to the west.
Follow thus them far,
The straight roads
Under the course of the clouds.

The gold of the Far West
Passing between the fingers,
Of all kinds of migrants,
Left from here, as they came,
Incongruous
Continuing with an unlikely wealth

Elsewhere ,Always .

RC – 3 septembre 2013


Je repars chaque matin, d’une étendue blanche ( RC )


 

 

 

Il faut que je ferme l’enclos des couleurs,

Que je reparte vers un ailleurs,

N’ayant pas connu le dessin du cœur,

……    Chaque page a son heure,

 

Et je repars chaque matin,

D’une étendue blanche,

Que chaque jour déclenche,

–  toujours plus incertain.

 

Ou bien j’ai sans doute oublié,

Derrière une glace        sans tain,

Comment prendre le monde dans ses mains,

Les miennes, que j’ai liées.

 

Ou alors,         je les ai vides.

   Le miroir ne reflète rien

       Des jours lointains

            Et saisons humides.

 

Je sais que  sous  ses taches,

Et les plis de ses draps,

L’hiver reviendra.

Pour l’instant il se cache.

 

J’invente pourtant ce que je ne vois pas,

J’avance en vertiges,

Comme sur un fil,    en voltiges,

Il y a un grand vide, sous mes pas.

 

Si je retourne la mémoire

Il se peut que je n’aie plus de passé,

Et que, de traces effacées,

Je ne voie que du noir.

 

Peut-être qu’en peinture,

J’invente,   hors d’atteinte,

De nouvelles  teintes,

Au fur et à mesure.

 

En tout cas c’est vers l’inconnu,

Que j’ouvre mes pages,

Me risquant  au voyage,

Comme un enfant,          nu.

 

Une page vierge à écrire,

Des traits, que je lance

Un pinceau, toujours en danse,

Dont j’ignore le devenir,

 

Comme si,      à la couleur des rêves,

On pouvait      donner un titre,

Décider de clore le chapître

Et dire          que la toile s’achève…

 

RC – 30 septembre  2013

 


Mangés par la nuit ( RC )


 

photographe non identifié

 

 

 

Soixante-neuf nuits au moins à l’étage,

Au-dessus du night-club,

Le rouge des néons,

Perforant les persiennes…

Comment pouvoir dormir,

Quand se jouent les abysses de la peau,

Le trafic d’une faune interlope

Juste en bas de la rue ?

S’agglomèrent comme des mouches,

Pour de petits sachets blancs

Des hommes furtifs, achetant des rêves

Avec l’odeur de l’argent.

On en trouve, certains matins,

Mangés par la nuit,

Derrière les poubelles,

Une seringue à la main.

RC- 6 octobre 2013

 

 


Anémone – fleur des sables ( RC )


photo perso - Maroc  2013

photo perso – Maroc 2013

Une anémone attend.
Elle est sous la terre,
Laissant passer les caravanes,
Et les tempêtes de sable,
Dans un écrin de couleur,
Lorsque le soleil parcourt,
La courbe de la promesse des jours.

L’anémone attend son heure,
Voisine de déserts austères
Des montagnes berbères…
… Se cristallise alors le temps,
La fleur s’immobilise,
Et ignore l’heure exacte…

Les ombres s’allongent,
Sur la Kasbah
De Ouarzazate…
Où que portent les yeux,
Les îles d’oasis,
Cèdent la place aux étendues de pierres…

Au pas balancé des dromadaires,
La nuit pose ses étoiles,
Et parle à la terre…
L’anémone lui répond,
En offrant ses pétales d’éternité,
>  Elle fleurit comme rose des sables.

RC        – 27 octobre 2013           Marrakech

 

photo perso  architecture de terre    - Ouarzazate - Maroc  2013

photo perso architecture de terre – Ouarzazate – Maroc 2013


A l’affut du tain ( RC )


photo: Megan McIsaac - Bianca and Myself- 2010

photo:              Megan McIsaac –      Bianca and Myself-      2010

Un pinceau lumière,
Ainsi renvoyé,
Zig-Zague au verre biseauté,

Une surface dressée,
Un obstacle , dit la profondeur,
Et pointe l’illusion,

.. ce que je ne connaîtrais pas,
Sans artifice,
Mon visage…

Une surface dressée,
Mais cachant peut-être
Un regard derrière,

Qui n’est pas le mien,
A l’affut du tain
Derrière mon reflet,

Le pinceau d’un décor
Se construit, à l’arrière
– Du présent.

Une surface dressée,
– peut-on lui faire confiance ?-
( Déjà portant nom de « trompe l’oeil »).

Par fausse profondeur,
En masquant l’avant,
Pour dire tout autre chose.

A rassembler ses esprits
En plusieurs pièces
Echappées du lisse,

Miroir aux alouettes,
Dans une découpe de ciel
Les oiseaux s’y trompent.

Et du bec,
Se cognent,dans l’image
Des nuages

L’appel de l’espace,
Part dans tous les sens,
Si la glace se morcelle,

L’illusion se dissipe,
Avec le verre partant
Dans tous ses éclats.

Parlent dans les débris,
Plusieurs langages,
Ne se comprenant plus.

RC – 24 septembre 2013

-sur ce thème du miroir brisé

on peut aussi voir une autre option, celle de Jeno Eugene Detvay


Vois comme le soir s’éteint – ( RC )


photo: Michael~Ashley Carver                                   photo:          Michael~Ashley Carver

Regarde, la lumière orange,

Se coucher sur le lac,

Que les rides d’une brise, dérangent,

Ou cette feuille tombée sur la flaque…

Regarde comme les pierres s’envolent,

Détachées du filet

Elles ne sont plus attachées au sol,

Que par leur reflet.

Regarde, comme il rebondit,

Le petit soleil tenace

Bientôt englouti

Dans les eaux lasses

Regarde, comme les nuages filent,

Et moussent une écume d’or,

Au dessus des îles,

En géantes fleurs.

Vois comme le soir s’éteint,

Il se dissout sans bruit,

Pour préparer demain.

De l’autre côté ,  c’est bientôt la nuit.

RC – 26 septembre 2013


Vahagn Davtian – Pierre sculptée avec croix


photo perso-          Croix sculptée,     Vallée du Lot,        Lozère

photo perso- Croix sculptée, Vallée du Lot, Lozère

Pierre sculptée avec croix



 

Dans les épines,
dans les rochers,
dans le vent,
dans les tempêtes,
à travers les neiges
à travers le grillage
inamovible
têtu
l’effritement
droit
indéchiffrable
simple,
seul et modeste
contre le ciel
contre le soleil
un pilier de la douleur
une colonne de conscience
contre le temps
, comme la beauté
crucifiée.

 

Stone Carved with Crosses
Vahagn Davtian

In the thorns,
in the rocks,
in the wind,
in the storms,
through the snows
through the scorch
unmovable
stubborn
crumbling
straight
undeciphered
simple,
alone and modest
against the sky
against the sun
a pillar of grief
a column of conscience
against time
like beauty
crucified.


Histoire, as tu encore un royaume ? – ( RC )


Louis Philippe en poire –     caricature de Daumier

Histoire, as tu encore un royaume ?

Je ne me souviens plus des dates,

Des héros des gravures des manuels,

Clovis, Courtisanes en crinoline, Louis-Philippe en poire…

…   Est-ce grave ?

L’oubli tricote l’effacage de la mémoire,

On ne retient souvent que les mariages princiers,

Les heures de prestige – trompettes sonnantes,

Fêtes somptueuses et feux d’artifices,

Galerie des glaces et parquets cirés, – au château,

Les enfilades de pièces,

Inhabitées, ne sont plus que décor,

Un vernis où une peau d’apparence,

Ne soutient que l’absence,

Comme ces bois dévorés de termites.

Tout est brouillé,

Offert à la béance des jours.

Et le vide,

D’un bleu , aspirant la distance,

M’observe dans l’obscurité.

Pendant que les eaux lasses,

Continuent leur course sous les ponts.

…. Il passa ainsi dans la Seine,

pourtant si familière aux touristes

Tant de cadavres…

Et l’histoire se répète ,

De la Saint-Barthélémy

A l’octobre noir des Algériens…

Comme justement l’eau se renouvelle,

Et passe                      en silence,

> La vertu des faits d’armes,

Porte , incrustée,        son revers de doutes,

De lâchetés,

Passées                   sous le filtre du silence.

Histoire, as tu encore un royaume ?

RC- 4 octobre 2013


Impromptus ( RC )


oeuvre graphique, auteur non identifié

oeuvre graphique, auteur non identifié

Ton arrivée inopinée, me prend en train de poncer le vernis d’une chaise , que je voudrais réparer. Et de cette journée , s’amassent des évènements personnels,              certes sans importance,
que capte un oeil distrait,

cela passe, en flux,                 le long des heures, et ils s’enchaînent,

comme,              je me souviens,                       tu portais une robe bleue, et le soleil entrant par l’ouverture de la porte faisait un rectangle étroit, se contorsionnant sur les courbes de ton corps,
Le sol en carreaux de terre cuite, et les vases posés à même le sol,
tu vois, je me souviens,
mais aussi des nouvelles des magazines, c’était dans les années soixante-dix, le portrait de la reine mère ( la mère d’Elizabeth II ), on aurait dit qu’elle était habituée à porter des bigoudis, bien protégés sous des chapeaux ayant la texture et la couleur des chamallows ( marshmallows, dit-on là-bas).
Je n’écrivais pas encore  de poèmes, je lisais beaucoup, – la bibliothèque est proche, et je choisissais les auteurs au nom commençant par W – et les annonces des journaux,

je collectionnais les cartes postales, celles des oiseaux bien sûr, des métiers artisanaux, le menuisier, l’ouvrier des marais salants – comment l’appelle-t-on déjà ? – et j’avais hérité de ma mère les images des dentellières d’Auvergne.

Il y en avait partout d’ accrochées, sur la porte du petit meuble blanc, où nous rangions le pain, et celle de la salle de bains, la baignoire était verte, et en contrebas ( par rapport au niveau du terrain)… des plantes vertes essayaient de s’accrocher au lisse de la vitre, mais avaient renoncé, pour l’instant.
Dans la grande salle, peu de choses à part la cheminée sévère, et quelques fauteuils aux tissus à bandes rouges et blanches, défraîchis.

La petite table avec l’échiquier, et les pièces toujours en place, deux d’entre elles avaient été perdues et remplacées par des morceaux de bois grossièrement taillés au couteau ( je les avais colorées en noir- puisqu’il manquait un pion et la tour de cette teinte).

Tes cheveux bruns, et ton regard clair, aux fins sourcils arqués.

La vue sur la station service,enfin ce qu’on devinait à travers les rideaux, les voitures allant et venant, ( leurs couleurs surtout), et puis les insectes derrière les rideaux, justement, n’arrivant pas à s’échapper, et dehors, les buissons d’hortensias de la maison voisine, avec leurs boules roses et violettes.

J’oublie facilement les anniversaires, celui de Jérôme, par exemple, le concierge de l’immeuble à St Denis, mais j’ai pensé à celui d’Emilie, notre fille, qui n’a pas voulu venir avec toi….

On dit  qu’il va pleuvoir demain.

RC –  3 octobre 2013


Quand on n’a plus le sentiment, de l’heure et des choses ( RC )


 

 

 

Ce qu’il était d’un bleu,
Sous la touffeur commune,
Et les blés secs, étalés ;
Champs juste entaillés,
De chemins de poussière pâle,

L’après-midi tarde,
Au silence têtu,
Quand on n’a plus le sentiment,
De l’heure et des choses,
Et qu’on recherche l’ombre.

Il n’y a plus,
De l’horizon indécis,
Que les toits du village,
Lointain,
Dans la brume de chaleur    .

S’étire le ruban de la route,
Même , suinte son goudron,
Dans le temps         immobile …
L’espace se prolonge,
En de molles collines,

Adossées au ciel, à peine différent
Et les vrilles sonores,
Des mouches de l’été…
>   Les déchirures tardives des avions.
En longs tracés blancs…

RC  –  25 septembre 2013

 

 


Promesses des couleurs ( RC)


                                                       Peinture            Fr Kupka –         étude pour une fugue à deux couleurs ( disques de Newton )   1911 –

Promesse de la profondeur des cieux,

J’ai dans les mains un bleu profond,

Qui, au parcours des étoiles, serait plafond

Ou bien , dans le soir du désert, …. un feu

Aux alentours, pas une âme qui vive,

Juste sur les pierres, des lézards,

Statues à l’oeil qui brille, sous le bleu Hoggar,

Un point de lumière entre deux rives…

Promesse de la profondeur des eaux,

–       Couleurs des antipodes,

J’ai dans les mains un vert émeraude,

Balancé,        roulis des bateaux.

Aux alentours, bercé de vagues légères,

Evoluant vers un milieu plus stable,

Les tortues, se dirigent vers le sable,

Quand émergent au loin, les terres.

Promesses de l’agriculture,

Dans les plaines immenses,

Le printemps, est tout en nuances,

Et prépare l’été des blés mûrs

Aux alentours, la floraison des fruitiers

Cache presque entièrement les terres brunes,

Il y aura cette année beaucoup de prunes,

Pour les piller, les oiseaux ne se feront pas prier…

Promesse de la caresse de l’été,

Le jaune de Naples, s’étend sur les plages,

En quittant la chaise longue, je nage,

Aussi dans la lumière,         reflétée.

Aux alentours, l’horizon s’effile,

Les bateaux des pêcheurs, sont peints en rouge,

On les voit au loin lentement, qui bougent,

Carmins, et vermillons.  – ils passent, entre les îles.

Promesse d’un jour limpide,

Je traverse une place des odeurs,

C’est le marché aux fleurs,

Ignorant les teintes insipides,

Aux alentours, des légumes candides,

Ajustés en grand nombre,

Célèbrent les verts des concombres,

Et les citrons aux jaunes acides.

Promesse du parcours des anges,

Les crayons des vitraux se dégrisent,

Au sol dallé, ou sur les piliers de l’église,

En associant bleus outremers, et oranges.

Aux alentours, dorures et peintures blanches,

Baroque et rococo, multiplient les ors,

Où papillonnent moulures et décors,

Pour la messe des couleurs, c’est aussi dimanche.

Anges ou démons si la lumière s’éteint

( …..on ne parlera pas du noir,

C’est , à ce qu’on dit, pour le purgatoire, )

– Méfions nous des « on dit », sur la toile il n’y aurait plus rien…

J’ignore ces êtres pourvus d’ailettes,

Porteurs d’auréoles ou de maléfice,

Jouant des feux d’enfer ou d’artifice

Comme je préfère sortir et peintures et palette .

– RC   – 19 septembre 2013

photo perso:    Hyeres,  Collegiale St Paul, couleurs de vitrail au sol + ombre

photo perso: Hyeres,       Collegiale St Paul,        couleurs de vitrail au sol + ombre  d’ Arthémisia  –  2011

texte  auquel je pourrais  adjoindre  celui-ci  ( d’abord dans sa langue originale, le corse):

François Viangalli : Densité brève

U culore nasce incù u lume :

ch’ellu si cambii u lume,

s’alteranu i culori.

Postu chì ùn ci sὸ paesi

chì t’abbianu listesa polvera.

Ùn si pὸ parte da qualsiasi locu

senza mutà se stessu,

corpu è anima :

facenu l’ochji l’esiliu primu.

La couleur naît de la lumière :

que la lumière change,

les couleurs s’altèrent.

Comme il n’est de pays

qui soient jumeaux,

qui portent la même poussière.

On ne peut quitter un lieu,

sans se changer soi-même,

corps et âme :

c’est le regard qui crée

le premier exil.

 

 

 

 


L’assaut du lierre ( RC )


la légende de Nabuchodonosor

 

– Le corps construit,

Sous le noeud des racines,

Abandonné sur pied, scrute les yeux vides,

L’horizon gelé, Les bras de long du corps,

Une épée à la main.

 

Aux rosées des matins,

De petites flaques s’endorment dans les creux,

Et peu à peu les mousses s’enhardissent,

Les lichens dessinent leur géographie orange,

Sur une bonne portion du buste et du visage,

 

 

Tentaculaires.

L’attente se prolonge, aux rires des oiseaux,

Si le nez se fendille,

Et que les racines se glissent

Sous les membres de pierre,

Etendant leur emprise,

 

….Profitant du dégel,

Dans les fissures,

Au point qu’un jour,

Une main se détache,

Et avec elle,  suit,

L’épée qui se brise.

 

Les morceaux parsèment le sol,

Ou roulent dans le lierre,

Reparti à l’assaut,

De la statue guerrière…

Relatant des combats

Dont on ne se souvient pas.

 

La sculpture du parc parlait de victoire,

Et au sang qui fut versé,

Celui du corps de pierre,

L’a depuis longtemps, déserté.

Triomphe du végétal,

Sur l’immobilité.

 

A l’assaut du lierre,…  forteresse de pierre,

Même la légende du socle s’est effacée.

 

– RC – 9 octobre  2013 – ——

 

 

j’ai trouvé  en rapport  ce poème de J M de Heredia:

La mousse fut pieuse en fermant ses yeux mornes ; car, dans ce bois inculte,……   –

photo         Melissa Sandoval –     Bomarzo, Italie


Fleurs d’air et d’eau. Brisures passagères ( RC )




Et la masse                         lentement glisse,
Retenue par la terre,
Canalisée                  par le creux des roches,
La coulée tranquille du fleuve,
              Reflétant les moustiques, 
Coléoptères haineux,
Hélicoptères, brisant le ciel
De leurs pales,                      momentanément,

La fleur de l'air              se referme immédiatement,
Dès qu'ils s'éloignent,

Comme l'eau du fleuve,         justement, 
Le lancer d'une  pierre ,
         Après le choc,                                l'avalant
                    Inexorablement,
Brisure momentanée d'une quiétude
-    Qui prend tout son temps.
>         De son éternité liquide,            et renouvelée.

-

RC -2 octobre 2013

*  l’expression « fleur de l’air » est de René Char ( de la « parole en archipel » ):

René Char

L’homme n’est qu’une fleur de l’air tenue par la terre, maudite par les astres, respirée par la mort ; le souffle et l’ombre de cette coalition, certaines fois, le surélèvent.

 

 


Sous les spots électriques ( RC)


photo :       Andreas Gursky

Sous les spots électriques,

Trône, quelque part, invisible,

Le gardien des lieux,

Veillant au parcours fléché,

Du trajet sans surprise,

Des consommateurs,

Où les seules idoles,

Parées de pancartes voyantes,

Indiquent les arrivages massifs,

Les nouveaux produits,

Bonnes affaires et promotions,

En tête de gondoles.

De ces gondoles aux flots tristes,

En allées rectilignes,

Rien de rappelle Venise,

Ses fastes et ses misères,

Ni les eaux des canaux,

Se mirant dans les cristaux.

On trouve bien parfois , reconstituées,

Des images, qui parlent voyages,

Et autre rivages,

Des colonnes en béton,

Et quelques statues copiées,

Evoquant l’antique.

Mais c’est pour le décor…

Créer une ambiance sympa,

Mettant au second plan,

Les cliquetis des caisses enregistreuses,

( D’ailleurs,  on va le changer bientôt,

On s’approche des fêtes de fin d’année ) .

C’est juste à côté d’un espace

Où un vendeur, micro à la main,

Vante les mérites d’une auto,

La voiture est blanche ,

Et montée sur une estrade,

Elle tourne lentement, sous des banderoles jaunes.

Des palmiers dans leurs pots,

Sous la coupole en verre,

De la galerie marchande,

Voisinent la succursale d’une banque,

Une enseigne de chaussures,

Et une pharmacie.

Sur le sol de marbre,

Et aux allées larges,

Des personnes pressées,

Poussent leurs emplettes

Dans des chariots identiques,

Vers le grand parking.

Les gens doivent trouver bizarre,

Que je sois assis là,

Sur un banc en plastique,

Le stylo qui bave, à écrire tout ça,

Au moins je suis à l’abri,

Dans l’hypermarché.

Je n’ai pas assez d’argent sur moi,

Pour m’acheter, un papapluie.

A la cérémonie du temps perdu
Il y a si peu de nuages à vivre
Et désormais le soleil

Est dans l’instant *

 

* ces 4 lignes extraites de L’exigence du feu, d’Antoine Carrot, 

RC- septembre 2013


Comme le tissu se relâche ( RC )


 

photo Emmanuelle Gabory

 

Pressentiment de rupture,
Comme le tissu se relâche,
Les liens s’effilochent,
Le sol n’est plus stable,

Notre trame a sa déchirure,
Des non-dits qui cachent,
Petite histoire moche,
J’avais construit sur le sable….

Changement de cap, ….tu pars à l’aventure,
Du beau regard, l’horizon lisse, a maintenant des taches
…. Ta photo oubliée dans ma poche
Prise, éprise, – comme je le fus – d’appareil> jetable

Notre livre, au dernier chapitre, d’écriture,
Paroles et rancoeur, je remâche,
Je m’doutais bien que quelque chose cloche…
Au passé   devenu soudain     insupportable.

RC  – 20 septembre 2013


Vision nocturne – ( RC )


peinture Heinrich Füssli          – voir aussi le célèbre « cauchemar « 

Le sommeil a ses reflets,
Le miroir en effet,
De l’armoire à glace,
Située en face
Me regarde dormir,
Et si je ne peux  décrire,

La traversée des secrets,
Et les rêves de craie,
Se dessinent à grands traits,
Racines -pièges, sorties des forêts
Et l’invasion des limaces,
Ne tenant plus en place.

C’est à mon réveil,
Seulement, que le soleil,
Repousse les ombres,
–  Que la nuit encombre…

 

… Quand  elle  revient ,        elle  se penche,
Et au-dessus de moi,   de ses formes blanches,
Sitôt la lumière éteinte,
Je retrouve  l’étreinte
Des femmes sorties des nénufars,
Aux longs membres blafards…

Les pensées tanguent, parallèles,
Eléphants aux pattes grêles,
Aux parcours du dormeur,
Sous les draps, sa tiédeur…
Ou, au contraire, prisonniers de la glace
Les yeux ternis des rapaces

Le balancier régulateur,
Défiant la pesée des heures,
Où se joue le complot,
Extrait du tableau.
>   Il n’y a plus de trêve,
Si l’absence s’empare du rêve.

RC  – 13 septembre  2013


Un état poétique – ( RC )… écho à Cesare Pavese


photo:           extraite des   « temps Modernes  »   C Chaplin

Dès l’instant où l’auteur tourne sa tête,

Diverge le quotidien, dans ce qu’il a de commun,

Et répétitif,

Des occupations « terrestres »….

Le regard change de place.

La pensée ricoche sur d’autres,

( celles des autres aussi )

Et remplace la normalité, par une envolée

–  Plus belle – je ne saurai le dire-

Mais davantage libérée,

( si libérée est le terme),

des occupations de la vie,

Pour laisser place

Aux émotions,            dites

En métaphores,

Enracinées à la fois

Dans la vie et le rêve,

Une manière d’être.

( un état poétique),

Comme on dirait « un état fébrile »

Qu’il lui faut traverser.

De sa plume – seule ? –

En tout cas par l’esprit,

Ouvert à des éclairages,

Qui lui sont encore , inconnus.

 

RC- septembre 2013

—-

en écho à ce qu’écrivait C Pavese:

16 avril 1940

Il doit être important qu’un jeune homme toujours occupé à étudier, à tourner des pages, à se tirer les yeux, ait fait sa grande poésie sur les moments où il allait sur le balcon, sous le bosquet, sur la colline ou dans un champ tout vert. (Silvia latini, Vie solitaire, Souvenirs) La poésie naît non de l’our life’s work, de la normalité de nos occupations mais des instants où nous levons la tête et où nous découvrons avec stupeur la vie. (La normalité, elle aussi, devient poésie quand elle se fait contemplation, c’est-à-dire quand elle cesse d’être normalité et devient prodige.)

On comprend par là pourquoi l’adolescence est grande matière à poésie. Elle nous apparaît à nous — hommes — comme un instant où nous n’avions pas encore baissé la tête sur nos occupations.

20 février

La poésie est non un sens mais un état, non une compréhension mais un être.

extrait du « Métier de vivre « 

 


Silhouette élégante ( en forme de haïku) – ( RC )


        Sculpture: Germaine Richier – Musée Grimaldi ( Antibes 06 )

Sous le regard étonné des nuages
Mer et tant d’azur,   pas de Bouddha,
Ta silhouette élégante vient vers moi.

 

 


Mémoire de grandes ailes blanches – ( RC )


 

A ne pas  gagner l’ombre,
Et les étés enfuis,
Sur la longue plage du temps,
Je te suis,
Et te vois                       de loin,
Marcher toute seule,  sous la pluie,

Il y a les îles,
Fouettées par les embruns,
Les perles  d’eau salée        sur ton visage,
Les galets luisants ,  glissant sous mes pas,
Et le vent qui t’accompagne,
Avec les odeurs du large.

De grands oiseaux blancs planent   en tournant,
Et se rappellent                    des instants soleils,
Du sable épousant les courbes   de ton corps,
Les coques des voiliers     aux couleurs vives,
L’air vif,                      faisant claquer les voiles
Et empli du parfum des orangers.

Bien sûr la Normandie,   au pied des falaises,
Est loin de l’Italie,
La lumière se dissimule derrière les nuages,
Comme le bonheur approché,
Mais reste à portée d’ailes,
Si j’étais porté moi-même,

Par ces grandes ailes  blanches.

 

RC –  12 septembre  2013

 

 


Grande sonate ( RC )


photo perso - les Boissets  1er juin 2013

photo perso – les Boissets 1er juin 2013

Au secret, imprimé de signes, sur la partition,

S’arrangent triolets, triples-croches et soupirs,

Complotant sur les portées…

Pour jaillir,

Sous les doigts du pianiste,

L’haleine des accords sauvages,

Martelés de la gauche

Tempérant la dentelle d’un thème

L’épopée fraîche,

Scintillante cascade,

Passant, fluide, d’une main à l’autre,

Se poursuivent sans relâche,

Semblant inventer l’instant d’après,

Comme aussi, à l’intérieur,

Les ondes visibles, les petits marteaux

de feutre qui ondulent,

Ainsi le vent dans les blés

Devient palpable,

La musique ici,          on la voit

Elle s’échappe,

D’un grand piano noir,

A l’arrondi d’une oreille,

Son couvercle est ouvert

L’intérieur est de feu,

Vers la flamme,

Ses cordes frémissent.

Se succèdent les mesures,

Les tempos se détendent ,

puis accélèrent,

Comme s’ouvrent les bras  du pianiste,

Et survolent le clavier.

 – Deux ailes d’un oiseau de proie -,

Puis se referment sur les touches d’ivoire,

Les notes s’envolent, se pressent et se cabrent,

Les cheveux saccadés au même rythme,

Balayant presque le pupitre…

Crescendo, lumières croisées sur nos folies,

Puis ombres de détente et retour du thème,

Indiquant , ré majeur,

La fin du premier mouvement.

La caresse dansée, au royaume sonore     *

De la sonate.

*   » Vers la Flamme », et  « Caresse dansée », sont le nom de pièces pour piano d’ Alexandre Scriabine

RC  – 9 septembre 2013


Paroles en déni, glacées d’incendies ( RC )


peinture: Baziotes

      peinture:            Baziotes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des dits, des non dits,

Et des paroles en déni

Autant glacées qu’elles  brûlent,

Ainsi sur mes doigts crispés,la neige…

Voguant la passion,

Avant que retombe le murmure  du silence,

Poignards des incendies,

Effaçant la nuit,

Orange, la ville  s’allume,

Comme elle illumine sa tragédie,

En quelque sorte, le bouquet final,

Juste avant le retour du glacial,

Lorsque tout sera partie  en fumée,

Et notre histoire,  consumée.

RC – 5 septembre 2013

 

 

 


Parfum & image – (RC )


photographe non identifié

photographe non identifié

Virevolte au travers de la chambre,

Une senteur, habillant ta présence,

Qui n’est plus qu’un petit creux,

Sur l’oreiller, et parmi les draps

-Un peu froissés., il y a un ou deux,

Fils d’or – tes cheveux…

Tu n’es plus là, et même,

Si lentement, le parfum, se dissipe…

De l’absence il n’est plus distance-

Quand les nuits persistent,

A remplir d’ivresse, ton image.

Elle envahit tout l’espace,

Sans rumeur ni tapage,

Et revient , équilibriste

Sur la pointe des pieds,

En attendant, ton retour.

RC –  17 septembre 2013


Ce qu’emporte le vent d’automne ( RC )


peinture  et collage  -  Alberto Burri  1959

peinture et collage –           Alberto Burri           1959

Au sein de l’espace mouvant, tangue le tourbillon

Des points de lumière, agités par la rose des temps,

                Vent d’automne chassant les certitudes,

Sur mes pieds ,     à ton corps allongé ,      ces rayons

 

Comme renvoyés par un kaléidoscope,

Et les troncs, de la forêt   dense

Scintillant de milliers de petits miroirs,

Lueurs dispersées selon des accords de harpe,

 

Nous avons été des enfants,

Portés aux bras de l’amour,

Savourant         sans les connaître,

La forme   et le parfum des choses,

 

L’espace qui nous entourait , si vaste,

Les champs ployant sous le soleil,

Et tu étais donnée, par ta simple présence,

Comme une évidence.

 

L’espace a basculé,

Sans qu’on le remarque,

Les nuages insouciants,

Délimités de contours blancs et nets,

 

Se sont ligués en une masse indistincte et terne,

Les tourments du monde ont fini

Par installer doutes et rancoeurs,

Et l’insouciance s’est dissoute.

 

Un éclairage faux    a fini par nous happer,

En dispersant feuilles , oiseaux,

Et même le goût du bonheur,

>    Nous souvenons-nous de l’avoir goûté ?

RC-   10 septembre  2013


La lumière a ton regard ( RC )


-

– photo auteur non identifié –            » Paradise »             expo Carroussel du Louvre  2009

À quoi ressembleront tes yeux ,

S’ils reflètent les flaques du ciel,

A travers vents et colère,

Traversant l’amer… ?

Se précipite la déchirure du ciel,

Le roulis des nuées grises,

Le plomb du poids des vagues,

S’écrasant sur la coque.

Sillage de solitude,

Je suis l’oiseau des îles,

Aux ailes immobiles,

Parcours, inattendu,

Sérénité repoussant l’orage,

Dépliant ses pages,

Hors du chaos du monde,

Guidant le voilier à bon port.

Si la mer, s’ouvre soudain,

Comme dans la légende,

Et laisse ses murs de verre,

Comme en suspension,

Et si tes yeux ainsi,

Retrouvent leur lumière,

Alors, je pourrai peut-être

Croiser à nouveau ton regard.

RC – 17 septembre 2013


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