voir l'art autrement – en relation avec les textes

self creation

Mémoire de grandes ailes blanches – ( RC )


 

A ne pas  gagner l’ombre,
Et les étés enfuis,
Sur la longue plage du temps,
Je te suis,
Et te vois                       de loin,
Marcher toute seule,  sous la pluie,

Il y a les îles,
Fouettées par les embruns,
Les perles  d’eau salée        sur ton visage,
Les galets luisants ,  glissant sous mes pas,
Et le vent qui t’accompagne,
Avec les odeurs du large.

De grands oiseaux blancs planent   en tournant,
Et se rappellent                    des instants soleils,
Du sable épousant les courbes   de ton corps,
Les coques des voiliers     aux couleurs vives,
L’air vif,                      faisant claquer les voiles
Et empli du parfum des orangers.

Bien sûr la Normandie,   au pied des falaises,
Est loin de l’Italie,
La lumière se dissimule derrière les nuages,
Comme le bonheur approché,
Mais reste à portée d’ailes,
Si j’étais porté moi-même,

Par ces grandes ailes  blanches.

 

RC –  12 septembre  2013

 

 

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Grande sonate ( RC )


photo perso - les Boissets  1er juin 2013

photo perso – les Boissets 1er juin 2013

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Au secret, imprimé de signes, sur la partition,

S’arrangent triolets, triples-croches et soupirs,

Complotant sur les portées…

Pour jaillir,

Sous les doigts du pianiste,

L’haleine des accords sauvages,

Martelés de la gauche

Tempérant la dentelle d’un thème

-

L’épopée fraîche,

Scintillante cascade,

Passant, fluide, d’une main à l’autre,

Se poursuivent sans relâche,

Semblant inventer l’instant d’après,

Comme aussi, à l’intérieur,

Les ondes visibles, les petits marteaux

de feutre qui ondulent,

-

Ainsi le vent dans les blés

Devient palpable,

La musique ici,          on la voit

Elle s’échappe,

D’un grand piano noir,

A l’arrondi d’une oreille,

Son couvercle est ouvert

L’intérieur est de feu,

Vers la flamme,

Ses cordes frémissent.

Se succèdent les mesures,

Les tempos se détendent ,

puis accélèrent,

Comme s’ouvrent les bras  du pianiste,

Et survolent le clavier.

 – Deux ailes d’un oiseau de proie -,

Puis se referment sur les touches d’ivoire,

Les notes s’envolent, se pressent et se cabrent,

Les cheveux saccadés au même rythme,

Balayant presque le pupitre…

Crescendo, lumières croisées sur nos folies,

Puis ombres de détente et retour du thème,

Indiquant , ré majeur,

La fin du premier mouvement.

La caresse dansée, au royaume sonore     *

De la sonate.

*   » Vers la Flamme », et  « Caresse dansée », sont le nom de pièces pour piano d’ Alexandre Scriabine

RC  – 9 septembre 2013

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Paroles en déni, glacées d’incendies ( RC )


peinture: Baziotes

      peinture:            Baziotes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des dits, des non dits,

Et des paroles en déni

Autant glacées qu’elles  brûlent,

Ainsi sur mes doigts crispés,la neige…

Voguant la passion,

Avant que retombe le murmure  du silence,

Poignards des incendies,

Effaçant la nuit,

Orange, la ville  s’allume,

Comme elle illumine sa tragédie,

En quelque sorte, le bouquet final,

Juste avant le retour du glacial,

Lorsque tout sera partie  en fumée,

Et notre histoire,  consumée.

RC – 5 septembre 2013

 

 

 

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Parfum & image – (RC )


photographe non identifié

photographe non identifié

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Virevolte au travers de la chambre,

Une senteur, habillant ta présence,

Qui n’est plus qu’un petit creux,

Sur l’oreiller, et parmi les draps

-

-Un peu froissés., il y a un ou deux,

Fils d’or – tes cheveux…

Tu n’es plus là, et même,

Si lentement, le parfum, se dissipe…

-

De l’absence il n’est plus distance-

Quand les nuits persistent,

A remplir d’ivresse, ton image.

Elle envahit tout l’espace,

-

Sans rumeur ni tapage,

Et revient , équilibriste

Sur la pointe des pieds,

En attendant, ton retour.

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RC –  17 septembre 2013

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Ce qu’emporte le vent d’automne ( RC )


peinture  et collage  -  Alberto Burri  1959

peinture et collage –           Alberto Burri           1959

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Au sein de l’espace mouvant, tangue le tourbillon

Des points de lumière, agités par la rose des temps,

                Vent d’automne chassant les certitudes,

Sur mes pieds ,     à ton corps allongé ,      ces rayons

 

Comme renvoyés par un kaléidoscope,

Et les troncs, de la forêt   dense

Scintillant de milliers de petits miroirs,

Lueurs dispersées selon des accords de harpe,

 

Nous avons été des enfants,

Portés aux bras de l’amour,

Savourant         sans les connaître,

La forme   et le parfum des choses,

 

L’espace qui nous entourait , si vaste,

Les champs ployant sous le soleil,

Et tu étais donnée, par ta simple présence,

Comme une évidence.

-

 

L’espace a basculé,

Sans qu’on le remarque,

Les nuages insouciants,

Délimités de contours blancs et nets,

 

Se sont ligués en une masse indistincte et terne,

Les tourments du monde ont fini

Par installer doutes et rancoeurs,

Et l’insouciance s’est dissoute.

 

Un éclairage faux    a fini par nous happer,

En dispersant feuilles , oiseaux,

Et même le goût du bonheur,

>    Nous souvenons-nous de l’avoir goûté ?

-

RC-   10 septembre  2013


La lumière a ton regard ( RC )


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– photo auteur non identifié –            » Paradise »             expo Carroussel du Louvre  2009

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À quoi ressembleront tes yeux ,

S’ils reflètent les flaques du ciel,

A travers vents et colère,

Traversant l’amer… ?

-

Se précipite la déchirure du ciel,

Le roulis des nuées grises,

Le plomb du poids des vagues,

S’écrasant sur la coque.

-

Sillage de solitude,

Je suis l’oiseau des îles,

Aux ailes immobiles,

Parcours, inattendu,

-

Sérénité repoussant l’orage,

Dépliant ses pages,

Hors du chaos du monde,

Guidant le voilier à bon port.

-

Si la mer, s’ouvre soudain,

Comme dans la légende,

Et laisse ses murs de verre,

Comme en suspension,

-

Et si tes yeux ainsi,

Retrouvent leur lumière,

Alors, je pourrai peut-être

Croiser à nouveau ton regard.

-

RC – 17 septembre 2013

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Allons retrouver les jours – (réponse à « La paupière attentive à la course lente des jours » de Nath – (RC )


photo perso - le Villaret

photo perso – le Villaret septembre 2013

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Allons retrouver  les jours,

Et entr’ouvrir les volets,

Pour laisser guider nos pas,

Loin des chapelles à l’oeil de tristesse,

 

Closes sur elle-mêmes,

 

Il y a plein de voies, –

Qui sait où elles nous mènent ?

Qui sillonnent l’étendue,

Où se multiplient les possibles,

Bien sûr gardés du secret des herbes,

 

….Peut-être  qu’elles se perdent en brousse,

Ou se rétrécissent soudain,

Comme le végétal se referme lentement,

Sur les chemins oubliés,

De trajectoires mortes.

Mais la plupart persévèrent,

Et délaissent l’oubli, et l’ignorance,

Pour s’élancer, contourner blocs et falaises,

Ou,  passent, en brèches de lumière,

Malgré  clôtures et frontières de béton.

Alors, tu seras attentive,

Ne  te limitant pas à la course des jours,

Mais aux lendemains offerts,

Qui éclosent même,

A l’intérieur.

 

-Si tu gardes tes paupières  scellées.

et donc le  texte original de Nathalie Bardou

———–La paupière attentive à la course lente des jours

A retrouver la langue vivante

Des herbes,

Se déceinturent les crépuscules.

Des brèches de lumière inaudible

Tracent les chemins abondants

De l’ignorance,

Soin porté à l’égarement.

Alors que des chapelles à l’oeil ovale

Reçoivent, Dépouilles de tristesse,

Et ouvrent leurs toits de braise

Aux chants des forêts ,

Une femme marche , la paupière attentive

A la course lente des jours.

 

 

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Opéra de silence ( RC )


photo:             François Berthon –         Macbeth              Opéra de Tours

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Comme une scène désertée,

Où résonne encore ,

Sang du silence retombé,

Une voix cantatrice,

Chute un ruban rouge,

Depuis l’espace insondé des cintres,

Le sable blanc se dépose,

Sur le plancher gris,

Lentes strates,

Poussées de vaguelettes,

L’opéra s’achève face à la mer,

Les voiles écarlates,

Disparues derrière l’horizon,

La lune est l’unique projecteur,

Elle flirte sur l’écume,

Et le lourd rideau de velours,

Fermant le décor,

- Côté jardin.

-

RC – 10 septembre 2013

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Sourd une lumière noire ( RC )


peinture: Adolph Gottlieb:       Ascension        1958

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D’un tout petit point,

Encore lointain,

Sourd une lumière noire,

Elle aspire,

Dans la démesure,

De l’immensité à parcourir,

-

Ce qu’il y a,

Qui remplit nos yeux,

Nous dilate.

Dans ce que nous voyons,

La vie se poursuit,

( Un monde où j’habite ).

-

Je ne pose pas de questions,

Les vagues succèdent aux vagues,

Et les jours entre eux.

Et le corps transpire les années,

Comme en rides insensibles,

L’espace a rétréci            – un peu…

Puis, sans qu’on y prête trop attention,

Ses murs se sont rapprochés,

Et teintés de couleurs lasses…

Comme une bouche d’ombre,

Le soleil noir est visible,

« Clairement »   dirait-on,         cynique,

Et s’il boit peu à peu les choses,

  • Comme la gorge de la nuit.

S’il faut se tenir aux bords,

>      Un seul faux pas,

Et nous voilà de l’autre côté,

Chutant dans l’infini…

RC – 16 septembre 2013

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Deux femmes en chapeau et leur enfant – (RC )


peinture:     Claude Monet,        les coquelicots d’Argenteuil –       1873,       Musée d’Orsay  Paris

–         Deux femmes en chapeau et leur enfant,

Dans une peinture de Monet

D’une musique légère et virevoltante,

Chasse aux papillons,   parmi les hautes herbes,

Une fenêtre ouverte          sur le beau temps,

Mais rétrécie                      par le cadre lourd,

Des dorures inutiles,

Il fait chaud dans ce musée,

Les gens se pressent,      dans l’exposition,

Les pas résonnent,        sur le parquet verni,

Et sous la verrière,   on voit des nuages gris,

Qui parlent de la ville,

Des immeubles qui se pressent,

Et des rues revêches, et des passants en imperméables.

La fenêtre de l’insouciance,

Ouvre sur la campagne.

Elle est riante, et       tourne le dos,

Aux nouvelles des journaux,

A l’ère industrielle, qui s’étend,

Aux fumées des usines,

Envahissant bientôt l’horizon.

La campagne est riante,

C’est bien sûr le printemps,

Elle sonne ,       comme nostalgie,

D’un paradis perdu,

Oubliant les songes noirs,

Les anges qui blasphèment,

Et les grondements des avions.

Deux femmes en chapeau et leur enfant,

Dans une pente douce….

Il y a une musique légère,           en robes longues

Des pianistes aux jambes fines et doigts d’araignées,

… C’est juste avant la ville,

( Enfin, quand je sors du musée,

Pour reprendre le métro  ).

RC – 7 septembre 2013

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Nacer Khelouz – Voici du temps


De la revue RAL,M                           : Side effects

-

Il y a longtemps.

Il y a longtemps de cela.

Il y eut des étés,

Des hivers,

De mortelles chutes,

Des fuites écourtées

Des gens,

Des pauvres types,

Des curieux

Puis des vautours.

Il y a des sourires moqueurs.

Le tien, peut-être est-il de pierre ?

Cette irrésistible envie de plaire,

De se plaire par les autres,

Histoire de plaire.

Je te rencontrai

Quelque jour de mai

Tu t’assieds et…

Tu versas des larmes

Comme d’autres des rires.

J’ignorai une fois

Ton air boudeur

Et ton regard en supplique.

Au milieu pour nous départager : 

NOTRE-DAME

Te regarde.

Ses ouailles aux prières

En bandoulière.

Ces touristes maudits

En baskets

Ils t’enlevèrent tes peaux

Plongèrent vers celle que tu caches.

Tu fus pourtant légère ;

Telle une danse de fête foraine 

Toi qui eus juste un soupçon

De pudeur

Toi qui laissas tes genoux

Effleurer mes sens.

Je te regardai

À la dérobée

À mon tour

D’y voir

M’aveugler aux généreux rayons

D’un soleil impatient.

Les remparts,

Ni les foules avachies

N’eurent raison

De son obstination à t’atteindre.

 Toi.

Tu souriais toujours,

Sans raison,

Avec désir.

Faire l’amour à cette clarté

Qui te déshabille ;

Accrocher un baiser

À ta langue humectée déjà,

De moi, de mes renoncements 

Au son de l’Orgue du monde.

Il passe du pays par ici

Et toi et ton murmure

Pour faire taire leur argent,

Leurs langues ;

Étrangler leur Babel

Tout te revient.

Tu viens de si loin 

Je voulus t’aimer

Quelque matin

Sous la rosée grelottant

Du métro la rame liminaire.

Ses nuiteux

Du temps ont inversé le cours.

Je croisai leur fatigue bâtarde,

Fatigue libre

L’arrogance de Lafcadio

Sans passeport

Qui refuse de porter des noms

D’état civil

Moi cheminant vers ton

Empreinte digitale

Plaintif ; doux état.

À train d’Enfer

Je t’effleurai la lèvre

Dressée tel un affront !

Des frissons

Des courbes de ton corps

J’en fis un aveu.

Moi je voulus t’aimer

Dans la douleur

Des accouchements 

Tes peaux anciennes

Brûlées au feu de juillet.

Je jurerais que ce fut

Bien mai quelle importance ?

Puisqu’on a su un jour.

On finit par tout décevoir.

Mais quel était le sujet ?

Tout autour le mirage solaire

À s’étrangler :

Assassiner l’oisiveté

De mes jours ; même de mon alcool

Ça reprend

Inlassablement

 « D’où viens-tu ?

Qui es-tu ? 

Que fais-tu ? »

Des mots.

Des postures.

Des civilités.

 Des tirs à vue.

Il y a ceux

Qui ne sont jamais partis

Pour se racheter.

Du touriste

Drame il y eut Toujours il y a 

Par catalogues Entiers

Celui-là te démasque

Celui-ci te pourfend ;

Palimpseste…

Des saignées le long de mon fleuve

En contrebas,

Presque bleuies par l’attente

Des soins à venir.

Diable guéris-moi de toi !

Se guérir de tes plaies faites

De mai

Et de si

Je possédais ton âme

À moi seul aux soins dépourvu

Qui ne viennent jamais

Je l’accrochai à mon paletot

Assez tôt.

Je fis se prolonger ma bosse

Hideuse Merveilleux Hugo

Au Danjon s’absout le Crime

D’aimer,

…_

Jusqu’à ta pitié

Voici qu’une brise nous traverse ;

De part on part

De nos lignes territoriales.

Je demeure silencieux.

Tu écoutes mon silence,

Contre lui te dresses-tu

Par esprit

De contradiction.

Voici donc du temps !

J’ouvris mes paupières

Et j’eus mes vingt ans d’un coup

Ma langue affamée

Ses syllabes raréfiées

Qui se glissaient sous

Ton sein

Maternel

Mon amie, mon infamie

Ton fleuve d’encre et de lait

Blanc comme ma-neige

Tourbillonnant

Un jour que je m’en fus

Te regarder par l’interstice

De ma vie close,

Je m’exhalai de tes senteurs

Celles des magasins

Grands boulevards

Elles ont eu peine à effacer

Sur ta peau

Le goût de ton odeur d’origine

Du Monde

Qu’on n’achète pas encore

Cette ville qui faillit

Tromper ton insouciance !

Ta chevelure qui s’ouvrit

Sur mes monologues intérieurs ;

Enlacement fait

De toute langue

Puis la mienne

Qui les enveloppa

De sa forêt de songes

Je fumai tes sillons

Un à un.

À la nausée

Du drogué

Alors je me souvins

De toi

Avant de t’avoir

Jamais connue.

Nos corps

L’un contre l’autre

Portant la Mémoire

De ce temps-là ;

Émois de tes berbérismes

Volés à la grand-mère finissante

Amants Éperdus. 

Te cueillir telle une tawizi de village

Mêler tes sons aux gorges

Noueuses de Saïd et d’Amar

Nos accès de soleil

Celui-là qui assèche nos mots

Pourtant,

Je dus t’attendre

Jusqu’au cri du coq

Puis, je fis semblant

De t’attendre.

Comme toujours

On attend…

Vient toujours

L’aurore.

Pittsburgh, Février 2007, jour et nuit……………..Nacer Khelouz


Alda Merini – Ma poésie est vive comme le feu


peinture perso "jeune" - et sans doute bien aidé, à l'age de 5 ans je crois

peinture perso « jeune »  – et sans doute bien aidé,         –  à l’age de 5 ans , je crois

Ma poésie est vive comme le feu,
elle glisse entre mes doigts comme un rosaire.
Je ne prie pas, car je suis un poète de la disgrâce
qui tait parfois le travail d’une naissance d’entre les heures,
je suis le poète qui crie et joue avec ses cris,
je suis le poète qui chante et ne trouve pas ses mots,
je suis la paille sèche où vient battre le son,
je suis la berceuse qui fait pleurer les enfants,
je suis la vanité qui se laisse chuter,
le manteau de métal d’une longue prière
d’un vieux deuil du passé et qui est sans lumière.

Alda Merini, La volpe e il sipario, Girardi, 1997,             Traduction de Martin Rueff

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Lost ( RC )


Il n’ y avait plus de train,
Pour aller plus loin,
alors, je suis  resté,
Parachuté ici,
Où tout y est miséreux,
Usé par le temps, crasseux,
écrasé des indifférences,

C’est  comme enfiler des vêtements,
Qui ne sont pas siens,
Avec  des plis irréversibles,
Des taches incrustées,
Et des mailles qui se lâchent…
Et emprunter une voie qu’on a jamais remarquée,
Une voie de garage, au sens propre.

Des odeurs tenaces de vieilles huiles,
Des odeurs  étrangères,
Insérées  dans les tôles bariolées du port,
Menant vers  le plus inconnu encore,
A la lumière éteinte  et des plages noires,
Au delà d’un horizon ourlé de gris,
Scandé d’échardes de grues rouillées.

Il y avait cet attroupement,
Et à voix basse, ce cercle de gens,
Aux bleus délavés,
Comme leurs yeux, noyés,
Dans les vapeurs de vodka,
Autour du corps défait d’un marin,
–   Le sel faisait des cristaux sur sa peau.

RC – 4 septembre  2013

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Ciels amnésiques – ( RC )


photo nb provenance flickR auteur inconnu

Quel regard oubliera
les ciels amnésiques
oublieux des brillances
Et du partage  de la lumière ?

Quel cœur ne regretterait pas l’émotion  de la  palette délaissée
D’ un peintre au baroque monochrome
Qui n’aurait de symphonie
Qu’un gris  ayant éteint toutes les couleurs

En dehors des saisons,
En dehors d’un avenir de lumière et fulgurance
Si aujourd’hui est semblable à demain…?
Comment  continuer, à clore les yeux  et l’âme

Sans l’exhaltation des possibles
Qui portent ce pas et le suivant  *
La nuit juste avant la clairière
Vers de meilleurs lendemains?

RC    8 juin 2012

*  ( ce pas  et le suivant, est la titre d’un ouvrage  de Pierre Bergounioux).

–  sur l’incitation  du  regard  sur l’automne,  de H Soris-

Marie Hurtrel, dont je viens de visiter  les  écrits,  , nous communique un de ses textes, qui présente quelques affintés…

L’ivre livre

par Marie Hurtrel, lundi 12 mars 2012,

Il y avait trois mots qui voulaient se perdre

entre un ciel inutile

et la terre roulant ses étreintes

 

Comme revient une hirondelle

quand le vent se lève sur l’horizon

c’est parce que j’ai vu tes sommets sous les nuages

que son vol couche la saison

 

Et dans le lit des doutes se relie la route

près de là-bas

par ce sol qui m’enterre à m’attendre

la route au désert

et la source entre ses pages

c’est un livre qui attend

 

D’une terre un ancrage

il y a demain de là

une ode rouge entre les veines

et mon sang sans arrimage

au silence recompose la voie

 

© Marie Hurtrel

 

Une Réponse

  1. Emma /Mj

    Très beau poème pour cette symphonie en gris .

    -

Quatre ans déjà – ( RC )



 

Et toi, saupoudrée d’encre,         ta page,     celle qui m’est destinée,
suivant des parallèles,          avec ces boucles calligraphiées,
parfois un peu tremblantes…..     je pensais aussi aux temps,
où il fallait nourrir la plume métallique,
d’encre violette – (        elle y laissait aussi des reflets mordorés) .

Le fil des récits de ta vie là bas, accompagné de minuscules  éclaboussures
– la résistance du fil du papier –
sous la lumière vacillante du chandelier, arabesques  s’envolant,
se liant en fantaisie.                   Tu y joins un pétale de rose.

L’écriture appliquée,          court ainsi sur  plusieurs feuillets, régulière,
et les mots sur la page, posés sans effort,
….ce qu’il faut en quelque temps pour te dire,        fluide et posée.

Et si la place vient à manquer, resserrer les lettres,
introduire une remarque entre les lignes,
qui parfois s’échappe en travers, ou bien donne dans l’angle droit,
sur la marge.

Ces paroles, à défaut de les entendre,    nourries du geste souple de ta main,
conservées telles  quelles,   dans ta missive,
pliée en trois dans une enveloppe,       couleur saumon,
ouverte par sécurité,                                                              dit-on.

Et les premiers mots de notre fils, les boucles hésitantes des mots gravitant
entre la rigidité des lignes grises , accompagnant le dessin d’un bonhomme  tétard,…
çà doit être moi…
il y a écrit  « Papa »…    premiers mots à franchir les murs de la prison.

Quatre ans  déjà.

 

RC- 12 septembre 2013

 

 

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Entre pluie et olives ( RC )


photo: vernissage au CAPC ( Bordeaux)

Oui, j’étais  ce jour là dans les rencontres de circonstances,
J’aurais mieux fait d’errer au rayon parfums du supermarché,
ou de feuilleter  les magazines  chez le papetier, en face de la gare,

mais me voila coincé entre une pluie insistante et fine,
et les olives de l’apéro du vernissage du samedi soir.
Il ne fallait pas rater ça – parait-il -, enfin, c’est  ce que pense tout le monde,
qui se congratule, et se presse autour du buffet,

De toute façon on ne peut , faute d’espace,
admirer les « pièces »,            car on dit pièces maintenant,
pour des assemblages, dont on ne peut  définir
leur statut, leur présence ici;

si ce sont des sculptures, ou bricolages habiles,
qui s’étendent volontiers  sur le sol et le mur en même temps.
Mais ce n’est pas le plus important.

L’important est d’être  –   « là où ça se passe »  – , et d’évoquer l’art
…  ( Ah, l’Art !!!),       ne pas oublier la majuscule…

il est partout nous dit-on,
tellement qu’il arrive à être minuscule.

Mais il doit être là ce soir,            particulièrement,
dans un ambiance de champagne,     et de robes de soirée,
En plus des flashes du photographe,          qui rapportera dans la presse,
que l’expo a remporté un vif succès.

Ca fera déjà plus de lignes, …..    que sur M, qui ne vendait plus rien ces dernières années,
–                                 et qui s’est suicidé il y a deux semaines.
Faut dire aussi,     qu’il ne fréquentait pas les vernissages…

Tiens  voila qu’une demoiselle bien mise,                           et en colliers,

Elle me présente de merveilleux petits canapés  au saumon…

–       »   Merci bien  vous êtes très aimable  !  » –

J’en prends deux,         et puis me rapproche discrètement de la sortie.

___

Il a cessé de pleuvoir.

RC

 

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Papiers de bouleaux ( RC )


Photo:  site maerchenbilder

Paroles et murmures,

S’inscrivent à l’encre sympathique,

Au dos des feuilles,

–         Papier de soie,

 

Ecorces des bouleaux,

Soumis aux secrets,

De la croissance,

Et même s’enracinant,

 

Dans un terreau lourd,

Où gisent les morts,

qui murmurent peut-être,

A ces écritures debout,

 

Blanches,

 

Gardant aussi,

Jalousement les confidences,

Données aux sentinelles de la plaine.

RC – 3 septembre 2013

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Compte à rebours, en émois ( RC )


Je  compte  jusqu’à trois,
Je ne sais plus combien de fois,
Peut être que, petite fille,
A cloche-pied, tu t’égosilles,
Sautant de case en case,
Et la jupe s’envole, un peu grivoise
Si tu es prête à l’envol
Dans  ton parasol

Je  compte à rebours,
Au visage  de  l’amour,
Un deux, trois,
Et si nous sommes à l’étroit,
Je vise le ciel,
Il y a plein de soleils,
Avec tes  cheveux  de soie,
Au-dessus de moi.

Je compte sur toi,
Au bout de mes doigts,
Et parcours monts et vallées,
Aux courbes avalées,
Quand la musique  de chambre
Ôte les dernières feuilles de novembre,
Je voyage à pas menus ,dans l’inconnue
Si l’automne laisse ton  parc à nu.

Je compte  en émois,
Aux mois succèdent les tois,
Les vents portent la bise,
Remettons la chemise,
Contre les courants  d’airs,
Je te couvre pour l’hiver,
Tandis que fuient les hirondelles…
>   Te souviens-tu de ta marelle ?

Tu y comptais tes pas,
En moulinant des bras…
Suivant les cheveux libres,
Le corps en équilibre,
Je te regarde,      je t’attends !
Regarde, c’est déjà le printemps,
Maintenant, comme je vascille,
A tes bas en résille,

Viens vite dessiner le bonheur   !
Le dessin de tes mains a la forme d’un coeur…

RC – 27 août 2013

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Enzo Corman – précipitation

dessin perso: encre de chine

dessin perso: encre de chine

dessin perso: encre de chine

-

précipitation

il pleut je sais
de quoi ça parle flots de bile discours
fleuve il pleut des chiens des pierres des
discordes parole de flaque nom d’un chat
la pluie se noie dans un verre d’eau
à quand l’étincelle qui mettra le feu au lac
au temps des vinyles ne pleut qu’en face b
tout de façade notre accord sonne majeur franc et massif
élection de l’alter ego au suffrage unilatéral
il pleut des bouts de tout pour rien

mettons qu’il pleuve c’est à pleurer
pas si tu lis entre les lignes
voyons nous deux c’est pas seulement
le titre du torchon que lit ta mère en cachette de ton vieux
ça pleut dans l’hlm à verse et quand tu veux tu peux — la preuve par la vie
rongée par tous les bouts — ça fuit de partout mais tu es à l’âge
où on s’en fout pas vrai

tu t’la coules douce bébé la pluie fait des claquettes moi je suis
claqué la vie pleurniche qu’elle a pas l’temps
qu’elle a pas l’choix qu’elle a pas eu ce qu’y fallait pour en particulier comme
en général
le mode d’emploi est tombé dans le puits notre idylle est à l’eau
un et un font deux verres sales et une bouteille vide
un robinet qui goutte un roman qui renifle
d’amour et d’eau sale de l’eau dans le gaz
sombrons corps et biens dans le lac d’indifférence

l’immense majorité de l’humanité se baigne tous les jours dans le même fleuve
la coupe pleine de toute éternité
sommes liquidés dès l’amniotique trempés essorés
la vie est un torrent poissons dans les deux sens le saumon croise la truite
ne cherchez plus il n’y a ni début ni fin
je pleus tu pleus nous pleuvons ils pleurent
haut bas fragile mais c’est égal
éclats d’éclaboussures tout n’est qu’éclaboussure
la lune dans la flaque la flaque dans
la nuit le ciel le cimetière l’arrosoir abandonné
il pleut de la lune du glas des regrets éternels
cordes pleuvant et nœuds coulants
coupe pleine depuis toujours déjà
précipitations désamoureuses sur lit atmosphérique
cataracte tempête

liquidation


Reflet du toi à moi ( RC )


Il y a bien encore, une ombre furtive ,

Puis cet homme, vu à contrejour,

Au quai voisin passait alors la rame de métro,

Il ne l’a pas prise, et reste debout

Devant les sièges vides

Aux couleurs acides.

-    A sa tenue, je me suis dit

  • je pourrais être lui -

Et dans le même temps,

Il a hoché la tête,

Et s’est sans doute dit

  • qu’il pourrait être moi .

Nous aurions pu échanger quelques mots,

Chacun sur son quai,

Les rails au milieu,

Et même intervertir

Ce qui se voit :

Habits , chaussures, lunettes,

Mais aussi ce que nous portons en nous,

La part la plus secrète

Notre identité,

Ne se limitant pas aux papiers.

 

Il aurait pu être moi,

Peut-être l’a-t-il été,

Quelques instants.

Mais sur chacun des quais,

La rame s’est arrêtée,

En un lent chuintement,

Nous sommes rentrés dans les wagons,

Dans un même mouvement,

Sans nous quitter des yeux.

-

Avant que les rames ne s’ébranlent,

Chacune,

Dans une direction opposée,

Et cet autre moi-même,

- Peut-être était-ce,

Seulement mon reflet ?

 

>          Il y a des chances,

…Qu’il se pose la même question.

RC-  23 août 2013

 

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Soleil rouge ( RC )


photo perso - RC

photo perso – 2011

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Tulipe ou pavot,

C’est une robe,

 

Ouverte sans défense,

Aux regards, sans décence…

Variante déposée, prière osée,

Si je me mets à genoux.

Source du photographe,

Et, – – -toujours soif

Je bois aux couleurs, vives

De têtes végétales, sensitives

 

Etoiles d’étamines,

Points noirs sur manteau d’hermine

C’est de feu qu’ensanglante,

La chevelure pétale

 

Poussée contre le crépuscule

En un radieux soleil rouge.

 

RC- 27 août 2013

photo perso  - 2011

photo perso – 2011


Vers où pèse ta lumière ( RC )


dessin:         extrait de dessin personnel  1986 - encre de chine, & lavis

dessin: extrait de dessin personnel                        1986 –                 encre de chine, & lavis

Si tu remontes, les mains ouvertes,

–                    Poussée d’Archimède,

Vers où pèse la lumière,

Et les roches posées,

Toujours prêtes à s’envoler,

Sans scaphandrier…

Si tu déménages,

Dans un coin de ciel,

Tu croiseras peut-être

Le char d’Apollon ,

Déplaçant des colis ,

Pour repousser la nuit.

Et tu m’écriras

.      De longues lettres,

Enfermant un tout petit peu ,

>                De l’air de ta vie,

…  Tu aurais collé un timbre,

.                        Avec ton sourire.

 

 


RC – 22 août 2013

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C’est dire, comme les fleurs fanent ( RC )


image 143

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C’est dire, comme les fleurs fanent,

Elles jettent leur éclat d’or et de pourpre,

Abandonnent de suaves parfums,

Au vent et aux insectes,

> Mais qui se souvient d’elles,

Une fois leurs pétales flétris,

Et leurs vives couleurs, ternies ,

Si ce n’est la photographie ?

Laisse vivre les fleurs par myriades,

Comme elles peignent les champs,

En teintes insolentes,

Sous la tendresse grise

D’ondées de passage,

Et l’amitié traversière,

Des plus gros nuages,


Il y en a pour peu de temps.

Quelques semaines,

Ou quelques jours,

Et les corolles fines,

Perdent leurs couleurs vives….

Les souvenirs des coquelicots,

Sont feuilles bien légères,

Aux pieds des jeunes blés,

Il suffit d’un courant d’air.

Laisse vivre aussi la chenille,

En souvenir de sa métamorphose,

Et quelques jours vécus,

En pétales fantasques,

Papillonnant dans les champs,

Ou au-dessus des chemins,

Donnant le change aux feuilles

Tremblantes des peupliers.


Quelques jours de grâce accordée,

Somptueux motifs éparpillés….

> Te souviendras-tu de moi,

De mon front dans les brumes

Et de mes herbes folles,

Tremblant, juste avant le sol,

Et mes mains dans l’amour,

Quelques jours ou toujours… ?

RC – 8 septembre 2013

25695.tif

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Les messages des oiseaux , à l’autre bout du monde ( RC )


photo perso: cigogne en vol  - août 2013   Ensisheim

photo perso: cigogne en vol – août 2013 Ensisheim

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En gravissant les degrés,

D’une pyramide,

Celle que j’imagine,

J’oublie les immeubles sales

Et la crainte du ciel,

En voisinant la grâce des oiseaux,

Qui ne m’ont pas remarqué,

Ils ont autre chose à faire,

Que s’occuper de moi,

Et transmettent des messages,

A l’autre bout du monde,

Enfin j’imagine,

Très loin,

Après l’horizon.

Là, où il y a encore la nuit,

Et où on saute,

Des siècles, à pied-joint

  • On ne sait pas trop,
  • Ce qui se passe au loin

A part la météo, on nous raconte bien

Ce qu’on veut, à la radio.

Les satellites, épinglés sur la nuit ,

Restent fixes, au dessus du pays,

Et s’endorment doucement,

Dans la rouille,     sûrement,

Il faut      qu’on se débrouille,

Avec ce qu’il reste d’années,

>     Et la terre,       justement,

Qu’on dit condamnée…

RC

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Ta voix, cristalline, dévalant les collines – ( RC )


 


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Il y a le bruissement des feuilles dans ma tête, 
d'accords sur ocres.
Harpe d'herbes qu'accompagne la poussée du vent, 
      ce n'est pas encore  l'automne...

Les oiseaux  alignés sur les fils, 
traits de flûte tirés de biais entre les arbres clarinettes,
Les blés mûrs des violoncelles, 
agacés de l'ombre sonore du piano,

La montagne de l'orchestre, 
qui disait tour à tour le sombre et l'éclat,

Et puis ta voix, cristalline, dévalant les collines, 
Percée soudaine du soleil entre les nuées.
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RC – 9 août 2013

( l'expression « ombre sonore » est de Max Jacob dans  "vie et marées")

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