voir l'art autrement – en relation avec les textes

self creation

Si Talmont devient une île – ( RC )


Talmont église- cf laboutiquede Royan

 


C’était un soir frisant,
Sur ses eaux calmes …
Et le sanctuaire se dresse,
Juste au bord de l’estuaire,
Presque en équilibre sur un fil..

La lumière  bondit sur l’eau  .
Ses vieilles pierres amassées, comme
Une sentinelle  attentive
Qui patiente,    toutes voiles dehors,
De ses arcades romanes.

Le temps  est ralenti,
Poussé entre deux  rives,
Mémoires d’or
Brins de fièvre sous la caresse,
Des  derniers rayons du soleil.

Peut-être son vaisseau immobile,
Un jour , se décidera,
A traverser l’Atlantique,
Belle  endormie,pour tenter l’aventure,
Comme un bouchon sur les flots.

Si Talmont devient une île .

 

 

RC- mars  2015

 

Talmont de

photo  auteur  non ident

 

montage  et photos persos...  panoramique  des modillons de l'église de Talmont --  .......   cliquer  sur l'image pour  l'agrandir...

montage et photos persos… panoramique des modillons de l’église de Talmont — ……. cliquer sur l’image pour l’agrandir…

ifié


De l’image, son retour permanent – ( RC )


sculpture:          La Dame d’ Elche, Huerto del Cura, Elche, Espagne

 

Ce texte  est une variation  » réponse »,  sur celui de Jean Malrieu  ( qui suit )

 

D’avril à  novembre,
De Novembre à avril,
Je tisse à l’endroit, à l’envers,
Des mailles pour que je contourne l’hiver .

J’écris toujours, à la lumière de tes feux  :
Et ceux-ci sont un don.
Une présence  faisant s’ouvrir      mes yeux,
Même aveuglé    par la pluie  fine des jours .

Ceux ci passent et,       même changeants,
Sont un retour permanent  .
Et si les sillons  du temps,
Laissent leur empreinte sur ma peau…

Ton image  est        un miroir,
Suspendu quelque part,
Impalpable       et lisse,

Au delà du tain  .
Chaque  chose est nouvelle,
Et toi,       vivante,   au défilé des heures.


RC – nov  2014


.
Je suis devant toi comme un enfant,
plein de pluie et de ravage,
ai cour d’un automne de silence
comme au centre d’une place assiégée
par l’herbe brûlée.

Je t’écris pour alléger le temps.
Cette page que je griffonne est un miroir.
D’elle va surgir un destin inattendu.
Car ma lutte contre le temps est ancienne.
J’écris toujours la même chose :
elle est nouvelle.
Que je lise à l’envers, à l’endroit,
l’inquiétude est éclairée

Je n’y peux rien.
Les années passent, me révèlent.
Mon visage s’affirme sous la pluie fine des jours
qui vient vers nous sur ses milliers, de pas agiles.
J’écris pour être avec toi
dans la paille douce et chaude de la vie.

Jean Malrieu


Peindre l’intérieur de sa tête en blanc, ou noir ( selon ) – (RC )


peinture: Cy Twombly

peinture:          Cy Twombly

Il y a des secrets enfouis        sous la glace,

Elle conserve au frais les souvenirs des étés,

Au plus profond des crevasses .

Elles se sont refermées           sur ce qui a été.

Un fleuve de blancheur     à la coulée lente,

Qui dévale les années,

Accroché aux pentes,

Des plus hautes vallées           .

Les secrets ont leur gardien,

Il en reste toujours            une trace.

On a beau les taire,  un jour,  cela ne sert à rien…

Il y a toujours quelque chose qui dépasse .

C’est comme si tu repeignais de blanc,

L’intérieur de ta tête,        pour effacer,

Toute trace du passé,

Gravé en lettres de sang  .

Choisis plutôt              le noir

Personne n’y verra    goutte …

Une bonne solution , sans doute,

Pour perdre la mémoire ,

Te refaire une santé ,

>        Effacer les preuves…

— Mais crois tu qu’avec une peau neuve,

Tu peux prétendre à la virginité  ?

RC – déc 2014


Jorge-Luis Borgès – Insomnie


f--- Arcades_O

 

photo:    montage  perso

 

Légendairement petit et lointain est désormais ce moment où les horloges versèrent un minuit absolu.
Ces six murs étroits emplis d’une éternité étroite me suffoquent.
Et dans mon crâne vibre encore cette pitoyable flamme d’alcool qui ne veut pas s’éteindre.
Qui ne peut pas s’éteindre.
Réduction à l’absurde du problème de l’immortalité de l’âme.
Trop de couchants m’ont rendu exsangue.
La fenêtre synthétise le geste solitaire de la lanterne.
Film cinématique plausible et parcheminé.
La fenêtre aimante toutes les oeillades inquiètes.
Combien m’étranglent les cordes de l’horizon.
Pleut-il? Quelle morphine ces aiguilles injecteront-elles aux rues?
Non.
Ce sont de vagues lambeaux de siècles qui gouttent, isochrones, du plafond.
C’est la lente litanie du sang.
Ce sont les dents de l’obscurité qui rongent les murs.
Sous les paupières ondoient et s’éteignent à nouveau les tempêtes brisées.
Les jours sont tous de papier bleu, minutieusement découpés par les mêmes ciseaux sur le trou inexistant du Cosmos.
Le souvenir allume une lampe:
Une fois de plus nous traînons avec nous cette rue si joyeusement pavoisée de linge tendu.
Le piano luxuriant du Tupi s’est évanoui au loin.
Le soleil, ventilateur vertigineux, élague les demeures décaties.
En nous voyant tanguer en tant de spirales les portes rient aux éclats.
Pedro-Luis me confie: – Je suis un homme bon, Jorge.
Tu es un homme bon, Jorge… ça nous passera avec une petite tasse de café.
Les yeux éclatent quand les frappent les pales du soleil.
Quel hangar abritera à jamais les émotions?
Il existe à n’en pas douter une dimension ultra-spatiale où toutes sont des formes d’une force disponible et soumise.
Comme l’eau et l’électricité dans notre dimension.
Colère. Anarchisme. Faim sexuelle.
Artifice pour nous faire vibrer sous la magie.
Aucune pierre ne brise la nuit.
Aucune main n’avive les cendres du bûcher de tous les étendards.

 


.


Je verse un peu d’huile pimentée sur le jour – ( RC )


image: montage perso 2012

image:        montage perso        2012

Bien,—-  je verse  un peu d’huile pimentée sur le jour.
Peut-être  surgira-t-il des odeurs, au soleil gris ?

J’ai ouvert  toute  grande  la porte, pour que les visiteurs
Sortent  de leurs  sentiers tracés, déposent leur casque.

Ils ont l’air  d’avoir des oeillères, placées  sur leurs  oreilles.
Ils peuvent  s’autoriser un détour,

Chercher des raccourcis sur leurs  cartes,
Oser franchir les barbelés du quotidien.

La géographie de la platitude,
Semble avoir remisé les épices

Parmi les cabinets de curiosité,
derrière  d’épais pots en verre,

La montagne même, ne semble qu’un décor
aux étiquettes vieillottes et fanées.

Je verse un peu d’huile pimentée, sur les jours fades.
Même les pizzas – pâles -, semblent avoir  peur de la couleur.


RC  oct 2014


Vue du pays de dedans – ( RC )


 

Il se balance,

comme s’il chutait immobile,

cloué dans l’espace,

accroché au silence.

 

Les grands buildings sont une forêt

plantée sur ses reflets de verre.

 

A leurs pieds se faufilent péniblement

des files d’autos sous des fumées grises

répondant aux paraboles lumineuses

de nuages en chou-fleur.

 

C’est un entre-deux

 

où circulent des courants d’air,

et peut-être le fil de la mémoire,

traçant ses courbes

jusqu’à l’horizon des rêves.

 

Je remonte en biais

les heures perdues,

me nourrissant du temps,

photographie passagère,

 

s’effaçant peu à peu

avec le jour naissant,

au pays du dedans .

 

RC  – janv  2015


L’intérieur du galet – ( RC )


 

Lorsque le flot  s’épuise,
Et qu’on peut franchir de la rivière,
Son lit clair,            sans crainte d’être emporté,
Je pensais qu’il était possible, en brisant un de ces galets,

Que leur peau recouvre des entrailles,  un gemme
où se cachent cavités  et cristaux,
à la façon d’un oeuf , ou de ces  améthystes,
refermées sur leur carapace.

Une circulation mystérieuse,
un secret,         un « être abstrait ».
Doué  d’autonomie,       clos sur lui-même,
comme de ces cloportes,  et leur armure.

Mais le galet,       ne livre que le semblable.
Habité par l’inertie.
Sa nudité lisse  et ronde,   portée  sur l’extérieur,
N’est  qu’un  intérieur qui s’expose.

Un pur contenu, sans  contenant,
sinon la forme,
Celle, modelée des usures,
de sables, de glaces et  de pierres

Enfanté d’autres  roches, dévalées de l’amont,
vers de  liquides couloirs .
Des nuits épaisses,              habitées de truites
ablettes et gardons,           aux furtifs passages.

Les herbes       ne fissurent pas le jour.
Le galet prend l’apparence            de ton sein.
Il lui manque quelque part le battement du pouls.
C’est ce que trahit           son poids de matière .

J’ai cherché                au-delà du lit,
Et du brancard de boue,
Sous les joncs pensifs
De quoi  reconstituer une paire.

Mais nulle part,
Je n’ai trouvé le semblable,
Les mêmes  cristaux,          et encore moins,
–                         Le grain de ta peau.


RC  – nov 2014


Images d’un paysage prolongé – ( RC )


 

 

Une maison  apparaît comme un décor,
Une toile dressée sur un châssis .
Quelque chose  d’inhabituel dans la nature,
Poursuivant la verdure,           et les voix du vent,
Aussi loin que le décalage des ombres …
Les murs en  changent leurs angles  .

Il y a même celles des branches,
Posées sur la façade, qui ne semblent
Pas à leur place ici,         comme celle des habitants,
Curieusement étrangers à l’existence,     à l’inverse
Des mésanges qui           se heurtent aux images
Des fenêtres  d’un paysage      prolongé .

RC –   oct 2014

 


L’alphabet des métaphores – ( RC )


photo: D Erard

photo: D Erard

 
Ecoute le tressage des abeilles
Le bourdonnement  de la ruche,
L’alphabet des métaphores…
Je dois contempler la lumière ,
M’agenouiller  pour regarder
Les gouttes  d’étoiles prisonnières d’une toile d’araignée,

Après  avoir suivi des cours d’eau
Leur course étalée comme les doigts
Ou les nervures d’une feuille sur le sol,
La palette du ciel abrite toutes les nuances du vent

C’est un haut clocher,
On ne peut pas l’atteindre  sans  s’arracher au sol
Et les strates empilées des terres  et rochers

Une colline est une voix à l’intérieur ,
Les arbres essaient  d’en saisir les mystères,
En creusant plus profond encore,
Et dialoguent  avec l’appel des saisons.
Peut-être  y a-t-il beaucoup à lire,
Sous l’écorce de la matière,
Les nuances de l’écriture qui y est cachée,
Passent  de l’anthracite à l’ivoire,
En ne négligeant aucune  couleur de l’arc-en-ciel.

RC- mars 2015


Tanguer – ( RC )


doc photo sixtariis

doc photo           sixtariis

 

 

Cà commence par tanguer, je fonce  
à travers la pièce, tu portes
des jeans  délavés,  et une veste bleu électrique.

L’horizon bascule  et pénètre  dans la pièce.
Le mur  du fond s’allume  en orange,
Ton ombre  se décalque quelque part,
 
un peu partout, sur l’évier,
le lave-vaisselle,
la table, encore encombrée des restes  du déjeûner.

Mais ce n’est que ton ombre.
Elle  est demeurée –
-et toi, tu as fermé la porte -.

Je suis  seul à voir la scène.

Il se passe, un film à toute allure ,
où les images  se chevauchent
Comme une télé qui s’affole.

Il y a plein de types  qui me regardent.
Ils ont des costumes gris, leurs yeux
ont des éclats métalliques, interrogateurs.

Comme si je devais passer un examen.
Dérouler devant eux  l’intérieur  de ma tête,
expliquer ma part de rêves et de folie .

Je suis  quelque part,
maintenant sur le  balcon.
En équilibre  sur la  rambarde.

A l’extérieur,  les  câbles  du téléphone
se frottent à l’air  épaissi .
Une portière  de voiture claque.

L’auto démarre.
Elle  disparaît au premier  tournant.  
Tu es dedans.


Il n’y a plus personne  à aimer.

 
RC- dec 2014


W.H. Auden – Le plus aimant


 

P0303309

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Le Plus Aimant  »                          ( tentative  de trad: RC )

Levant les yeux vers les étoiles, je sais très bien
Que, pour tout ce dont ils se soucient, je peux aller en enfer,
Mais sur la terre l’ indifférence est le minimum
Que nous ayons à redouter de l’homme ou bête.

Comment devrions-nous les aimer si les étoiles brûlant
D’une passion pour nous, nous ne pouvions pas en revenir?
Si une affection équivalente ne peut pas exister,
Que la plus aimante d’elles soit moi-même.

Je pense que je suis, un admirateur
Des étoiles qui ne s’en fichent pas
Je ne peux pas, maintenant que je les ai vues, dire
Que j’ ai absolument loupé ma journée.

Si toutes les étoiles disparaissaient ou mouraient,
Je devrais apprendre à regarder un ciel vide
Et ressentir sa sublime et totale obscurité,
Bien que cela puisse me prendre un peu de temps « .

 


Politique d’un confinement – ( RC )


illustration: Olga Kazakova

illustration: Olga Kazakova

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Ces murs me retiennent  dans mes  élans  et se colorent
des années  passées à leur  côté .
Ils sont une  clôture,            à bonne  distance ,
et me protègent  des agissements  changeants de la lumière.
….  celle qui a fini par  défraîchir les parois,
A  souligner  l’emplacement des tableaux, en clair, ou celui des calendriers,
que l’on a fini par changer .

Les meubles taiseux  se sont contentés de recoins ;  
ceux  qui sont de petite taille, recouverts  de choses  déposées  ça  et là,
la plupart attendent  leur  tour.
Il faut la grande patience.
Des  lézardes  ont  fini par se montrer .
Elles  se jouent  de mon agitation, et ne craignent plus
les changements radicaux.

Ces murs m’ont tant regardé, soupesé ,
qu’ils  sont comme  des bras
Un jour,     il se peut  qu’ils se resserrent  sur moi,    se rétrécissent,
à la manière  d’habits profitant des lavages.
Le plafond se rapprochera  doucement  du sol,
et il ne restera aucun espace, aucune preuve de mon existence .

Un confinement hermétique .

 

Seul ce texte  s’en échappe.

 

RC –  janv 2015


Chercher la source blanche – ( RC )


photo Nunavut

Tu cherches  la source;
La source blanche,
En creusant plus  avant,
Toujours plus  profond,

Comme  au sein de ta propre vie.
Mais  peux-tu atteindre
l’Origine,
Et remonter  à celle  du monde ?

Cette quête pourrait bien
se prolonger  sans  fin,
Si, quelque part la terre,
était une  gigantesque  boule  de glace ;

Une banquise unique,
Contenant en son centre,
A supposer  qu’il existe –  au sommeil de ta vie
le soleil glacé des inuits .

 


RC-  fev  2015


Roland Dauxois – Hors la ruche du monde


 

Photo Tim Walker--drive boat - cinema   mort aux  trousses

Photo Tim Walker–drive boat – cinema mort aux trousses

 

 

 


Hors la ruche du monde
nous habitons les ossuaires du verbe,
notre métier : tisser en haute lumière
la lice où nos paroles s’affrontent.
Hors la ruche du monde
nos fronts sont brûlants de fièvre,
en nos cœurs
flux précipité
du sang de notre langue,
fleuve noir emportant les arbres,
les racines de ces arbres.

Nous avons soif d’oracles et de signes,
soif d’ ombres mêlées de terres et de vents,
soif de marches sur les sommets du monde,
soif de réponses,
de visions magiques.





Extrait de « Hors de » 2003    RD

 


Aquarium – ( RC )


photo aquarium de Barcelone

 

Tu entends  des sons
Comme  à travers une  paroi de verre :
Ecoute bien …             on dirait la mer .
Les branchies ouvertes  des poissons,

Semblables  à la conscience : palpitantes
A la surface glisse la lumière,
Là où l’eau s’appuie  sur  l’air.
Entre les nuées,       un soleil dilettante…

Prisonnier  de ta  condition,
Regarde un peu plus haut, que ton univers,
Et même si c’est le monde à l’envers,
Attrape au passage, un rayon,

Porte  les mains à tes oreilles,
Courbées  comme des  coquilles  de noix.
Tu entendras peut-être ma voix ,
A nulle  autre pareille .

On peut les boucher, à la cire
Et laisser  s’échapper      bien des paroles,
Qui poursuivent  ailleurs,      leur  envol ,
Ou faire le choix            de les  saisir…

Ecoute bien…         on dirait la mer .
Son ressac incessant  sur la plage,
Cet aquarium est comme une  cage,
Transparente,  mais  amère…

 

RC – dec 2014


Bernard Mazo – Comme si


dessin: Mikhail Zlatkovsky

dessin: Mikhail Zlatkovsky

 

« Comme si »


Comme si des milliers de paroles
résonnaient à travers moi
depuis la nuit des temps
pour chanter l’éphémère beauté du monde ….

————————-

Tout ce qui fut

Tout ce qui fut dit
crié, répété, dénoncé…
Tout ce qui fut emporté,
Tout ce qui fut oublié, effacé …

Tout cela qui pourtant persiste
et brûle encore dans le regard
de ceux qui nous survivrons ….

——–

 


Un volcan au Havre – ( RC )


photo Elainev -   architecture: Oscar Niemeyer

photo Elainev – architecture: Oscar Niemeyer

 

 

 

 

 

 

 

 

L’esplanade aurait pu continuer,
Indéfiniment.
Il suffisait d’aligner  les plaques  de béton.

Tant que l’espace  le permet ,
Entre les barres  d’immeubles ,
Sans  accroc.

Propice aux courses  folles,
Où viennent voleter
des  sacs  en plastique .

 

Il y a encore les traces de peinture  renversée,
Puis les  arcs  sombres
laissés par les pneus des voitures.

C’est un espace  sec, infertile,
De plaques  préfabriquées,
Où la ville  a  chassé  ses  arbres.

On s’étonne de voir une  frêle  silhouette le traverser.
Incongrue.
Comme un scarabée  sur une  plaque  de cuisson.

Et encore davantage
lorsque le gris uniforme,
Est stoppé  net,

Par les pentes  blanches, abruptes,
D’un Fuji-Yama,
Surgi, là où on l’attendait pas.

Une  envolée de l’esprit,
Prenant ses racines  au sein même  du banal,

Décisive.


RC  –  dec 2014


Dans l’armoire secrète de nos corps – ( RC )


photo: Désirée  Dolron

photo:            Désirée Dolron

 

 

 

 

 

 

 

L’harmonie de nos matières, nous fait intégrer dans l’armoire secrète de nos corps, toutes nos fragilités, et certitudes.

Parfois sous forme d’une pierre rugueuse, parfois, la corolle fragile d’une fleur rebelle, parfois le coffret étanche d’une boîte où rien ne semble pénétrer .

C’est un paysage intérieur, qui se heurte à des parois,

Mais qu’on ne peut pas voir, percevoir clairement.

Peut-être parce que j’en ai perdu les origines, l’explication propre à ma présence en ce monde .

De l’extérieur me parviennent les cris d’amour des vivants,

les mines profondes, les pays ravagés par la guerre,

les chemins hésitants ou les rails brillants à travers la nuit .

 

Il est difficile de saisir où tout cela mène , car cela s’est construit sans moi ;

et beaucoup de langages se croisent

sans que j’en connaisse le langage et les intentions .

 

D’autres ont leurs certitudes, leur passé, et poursuivent leur aventure, se confrontent à la souffrance, à la joie  :

Ils se côtoient, dans un temps commun,

sans forcément disposer librement de leurs destinées .

Celles-ci se croisent, se confrontent, se combattent, sous des auspices contradictoires.

Eux non plus n’ont pas d’explication de leur présence en ce monde .

Ils essaient de l’exploiter à leur bénéfice, de façon détournée, comme des contrebandiers .

Mais, malgré les apparences, sont toujours dans l’armoire secrète de leur corps, de leurs croyances, et de limites invisibles ;

Celles-ci se déplacent avec eux, car ils les portent en eux, , comme une ligne d’horizon,

avec le mystère prolongé de leur origine, qu’ils ne peuvent pas atteindre .

RC – nov 2014

 


Le terrain vague – ( RC )


 

Entre les façades tristes, et mutiques
des rangées d’immeubles,
gît une  zone indéfinie,
et personne ne revendique
les marges floues d’un territoire  ;

ce lieu de passage, où rien ne semble certain,
comme l’oeil étrange d’un étang,
habité d’une  vie secrète, à quelque  distance,
sous la vase.
Les formes, même  celles  des plus banales,
semblent  dériver à force d’abandon,
sans  se heurter  aux  certitudes du ciment
et du goudron.

Des  sentiers hésitants contournent des bosses,
évitent des flaques, où courent  des nuages  gris.
Je les empruntais comme des raccourcis,
ou bien avec les copains, les jours  de désœuvrement.

Des bois morts  sont des trophées anciens,
où s’accrochent d’anciens  pneus de cycles.
Des graminées amères se disputent des tas  de gravats .
Surgissent  parfois des pierres taillées,
des morceaux de murs bousculés,
où se lisent  encore  des slogans  rageurs,
et graffiti à moitié  effacés .

Ce espace  échappe  à la  géométrie,
se rebelle avec le présent, et régurgite  de son ventre ,
des objets, qui y étaient  enfouis,
lestés de batailles  secrètes .

Des objets métalliques dont on ne saurait plus expliquer  l’usage,
des tesselles  de mosaïque  aux couleurs vives,
et même  je me souviens, du crâne d’une  vache,  
aux  cornes envahies  de mousse .

Ces voyages  imprécis, aux  abords  de la ville,
tenaient  d’un purgatoire .
D’une  rumeur  entre deux rives :
elle  confessait la parole d’un passé, pas encore  normalisé .

Les parcours  capricieux, avaient  quelque  chose à voir ,
sans doute,   avec l’adolescence.
 
Comme elle, quelques  années suffiraient à en interdire l’accès,
à le cerner  de murs, avant de le transformer,
en parking  de supermarché.

RC  – janv  2015


Les couleurs se cachent, par-devers moi – ( RC )


peinture perso -  In a sentimental Mood  (  détail ) - 2001

peinture perso – In a sentimental Mood ( détail ) – 2001

 

Les couleurs se cachent, par-devers moi…

Il faut que je les révèle, que je plaide en leur faveur.

Elles ont besoin de se déposer, d’un peu de temps,

Et d’une volonté qui trace à ma place,

Sur la toile, les plus grands desseins.

 

Il n’ a que les yeux d’aveugle,       pour ne pas voir ;

Les images y seraient         présages,

Et le silence une cage où se recueillent,

Les idées qui m’emportent ailleurs ,

(        sont-elles encore les miennes  ?      )

 

Une torture douce,  délivrée de blessures,

Où j’y murmure seul,   les cris,

Et l’amour des vivants,  un pinceau à la main,

Là ,     où se confrontent les recoins d’ombre,

Et révélations de lumière .

 

 

Je les absorbe et les restitue.

RC – nov  2014


Elle chante, la bouche muette – ( RC )


photo : Corey                           photo :         Corey Goldberg
Elle chante,
La bouche muette,
Mais  elle  chante .
Il y a , bien au-delà des morts,
La continuité  du temps,

Il se poursuit en silence,
Comme se fendille la pierre,
…  et n’avoir plus d’yeux pour pleurer,
Ne dit pas,           pour autant,
Fermer son regard sur l’avenir.

RC

– janv 2015

 

she sings,
The dumb mouth,
But she sings.
There is,    beyond the deads,
The time’s continuity,

It continues in silence,
As crazes the stone
… And have no  more eyes to cry,
Does not means,  so far,
Close his eyes on the future.


Camille Loty Malebranche – Le café


photo: Tom Arndt

Il boit, frissonne au fantasme fumant, matinier,
Sable la source d’aube en sa tasse-rosée
Voyage sur la vague d’un nectar
Et se fout du foutre des ivresses de sang de la terre violée, soleil scalpé où hiberne le ciel,
Se moque des hommes-fauves et chapeaux de fer !
Il vide sa tasse ! Le café est son coin, sa boisson !
Et il en offre à tout venant ; si vous avez le cœur dans la lumière du chant,
La grande tasse de café torréfié, liquéfié, est offerte à vos lèvres !
Il boit et offre le pur café noir du percolateur,
Sirote l’amour, se désaltère d’amitié
Le café est son coin favori, sa boisson favorite !
Et avec ses amis, il se tonifie du café du matin qui réveille pour le jour et pour l’action,
Il vide, vide des tasses d’entrain, laissant aux sans cœur, le marc du superflu,
Mésalliances des vices et des vertus ! Car sur la chair vive, personne sans personnages,
De l’amitié rouge dans le vrai, belle à la vie, perçante dans la vigie, blanche en la pureté, emmétrope en ses diaprures d’Argos et d’âme
Il s’excite du philtre, au filtre du coeur en ses azurs, et par le pur café tonique qui garde éveillé le veilleur,
Puisqu’il aime le fort et le pur,
Il dédaigne les cafés crème !


L’irrésistible avancée des couleurs – ( RC )


F Kupka   -  cercles  orphiques

F Kupka – cercles orphiques

Quand un bleu-gris

Affronte l’outre-mer ,

Bascule sur la rive sauvage

Un plafond fragmenté.

Il fleurit de baies pourpres,

Menace de s’effondrer

En hexagones irréguliers,

Disposés selon une dynamique

Echappant à celle des saisons.

 

On dirait presque la chaussée de géants

Dont les colonnes donneraient leurs sceptres

A l’irrésistible avancée des couleurs ;

D’abord imperceptibles,

Puis se nourrissant  d’elles-mêmes ,

Occupant toute la surface…

 

Juste quelques interstices

Laissent supposer comment

Respire le fond  : un ciel

Avant que les nuances de rouge

N’explosent et retombent

Comme feux  d’artifices,

Sur la toile.

 

RC


Papiers-pleins , pensées plates – ( RC )


 

 

 

 

Il y avait sur le mur,
Plein d’ailes portées par le papier.
Oiseaux  et papillons se multipliant
Identiques …  – papiers pleins
–  Conséquence d’anciennes générations,
Jungle de           gestations d’encre.

Ils ont même voulu,
De l’épaisseur plate de leurs pensées
Sauter le pas,       jusqu’au plafond
–        ( ce ciel leur tendait l’espace )
Et camoufler innocemment,
Tout ce qui faisait obstacle .

Mais il est difficile  d’aller
Jusque dans les  recoins.
L’ombre ne souhaitant pas trahir ses meubles .
L’idéal aurait été que tout fut       plat,
Et même notre corps ,
Notre cerveau, se mettant à penser plat :

( optimisation d’espace ) .
L’illusion serait parfaite
Nous allons peupler un décor,
Et l’être   aussi .
Voilà donc ,              cette pensée plate :

Livrée , prête à encoller…
….  Lés alignés  ,   de  décors des corps  .

 

RC – nov 2014

 


Hommes ingénus – ( RC )


a

Aquarelle  –  Andrew  Wyeth  de la  « suite  Helga  »

 

Si le ciel t’est tombé sur la tête
Cela a dû faire dégoulinade
Il a joué les trouble fêtes
Avec tes cheveux libres , en cascade

Et comment de même, les condamnés
D’une errance passée, trépassée
Peuvent laisser passer l’orage d’années
Et utiliser, de ce qui leur reste amassée

Du sentiment de liberté retrouvée , comme
Aux portes ouvertes sur l’espace inconnu
D’un temps qui a coulé    sans eux,   hommes
Mis entre parenthèses,   quelque part ingénus

6 nov 2011