voir l'art autrement – en relation avec les textes

self creation

Vanité – ( RC )


peinture: Pieter Claez - Vanité

peinture:         Pieter Claesz – Vanité

 

il est dit
que le son
ne franchira pas
tes lèvres.

Si c’est d’un miel
le temps qu’il s’écoule,
une pâte lourde,
où des miettes noires s’agitent.

Fourmis actives,
aussi nombreuses
que les secondes
courant dans une heure.

Alors, – parlons des jours,
voire, des années,
Les pensées en sont les étoiles,
tapissant la voûte céleste

d’un crâne …

 

RC –  juill 2015

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Citation

Jean Cocteau – Fête de Montmartre


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Image retravaillée –  RC

 

Ne vous balancez pas si fort,
Le ciel est à tout le monde ;

Marin d’eau douce, la nuit profonde
Se moque de vos ancres d’or,
Et boit, debout, en silence,
Comme du papier buvard,
Votre dos bleu qui encense
Puissamment le boulevard.

Jean COCTEAU


Luis Aranha – Chine


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J’étais un disciple de Confucius.
Je brûlais pour lui des bâtons de cire parfumée
J’aidai à la construction de la grande muraille
Et vis flamber le brasier dans lequel l’empereur Huang-Ti fit brûler les livres sacrés

Il persécuta les poètes et les lettrés… Poète
Je fus contraint de fuir
Et me fis pêcheur avec corbeaux marins sur le fleuve de Canton
Puis je devins droguiste dans une rue étroite et sale
Tapis lanternes et écriteaux
Tablettes peintes en rouge et noir…
Je vendais de l’opium sans craindre la police…
Sur leurs couches
Des momies avec des pipes en bambou jouaient de la flûte
La tresse de cheveux s’enroulant sur leur corps
La fumée empestait l’atmosphère…
Heureux sans craindre la police !
Stupeur !
Le canal de la monotonie éclate !
Les Boxers me tombent dessus…
Visages dilatés par la haine
Pas d’innovations !
Ils ont dans les mains des dictionnaires de rimes et des mètres de bambou de douze syllabes Vers creux et sonores
La chinoiserie de l’immuabilité

Les nœuds du bambou marquent la césure…
Je dus fuir avec mes poèmes pour ne pas subir la torture du ling-chi
Et ouvrir une droguerie avec l’autorisation de la police…


La mer au-dessus des nuages – ( RC )


photographie : Dalibor Stach. Sans titre

Les temps ont bien changé,
la mer est au plus haut,
juste en-dessus des nuages.
La lumière peine
à se forcer un passage
dans un ressac aérien.

Je me suis allongé sur l’herbe:
un velours noir.

Il se déroule en un grand tapis,
jusque vers les montagnes.

J’ai assisté au grand vol des sirènes,
groupées comme pour une parade,
et leur chant appuyé sur le soir,
juste avant que les vagues
n’engloutissent le jour,
et moi avec…


RC juill 2016


Bernat Manciet – Sonets – XIV


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XIV

Toi qui m’es songe plus même que songe
lorsque te tresses en lierre dans mon sommeil
l’éclairant de grappes noires
songeur de mille songes souples

m’acheminant aux sentiers sûrs du somme
plus ils se démêlent et plus je m’y élance
plus ils s’assombrissent et plus je m’enflamme
jusqu’à l’étreinte en resplendissant rien

d’écarts de fuites tu me réconfortes
tu m’es le vent qui se meurt aux jardins
un Etranger qui fonde ma maison

car plus solide que pierre de taille
plus sûr qu’en juin le grand soleil
le mal de toi qui dort dans ma poitrine.

 

 

Bernat Manciet  est un auteur occitan, natif des Landes,  ce texte  est  extrait d’un recueil appelé « Sonets »…

d’autres infos  sur ce poète, sur poezibao


Un encrier versé sur le vide – ( RC )


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Il y a un ciel d’orage en été,
Mais toi-seule peut le voir,
et cet encrier versé
sur le vide et la vie
dont tu pétris
la vaste esquisse…

Des nuages aux contours noirs,
Des bêtes étranges, les dents acérées,
Se bousculent et se développent
Dans l’esprit de brume
où tu navigues seule ,
bien au-delà
– on ne peut plus te suivre –

D’ailleurs le dessin au fusain,
retourne à la poussière,
et toi, à ton destin.
Il n’y a sur la page,
que les traces de tes doigts ,
mêlées aux premières gouttes
d’un ciel qui bascule .

RC – avr 2016


Derrière les vaguelettes – ( RC )


 

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Si c’est te connaître un peu,
( ce qui remue sous les traits du visage,
ce qui s’arrondit en rythmes,
ce qui fomente les colères …)
>         ainsi naîtraient les cyclones,
aux mouvements de l’âme;

j’aurai tenté une reconnaissance,
–          en supposer les reliefs,
–          effleurer les pointes,
et les abîmes de silence,
où jamais tu ne te confierais,
comme si les mots se perdaient

avalés dès qu’ils éclosent,
–   ou plutôt déviés  -,
interprétés hors de leur contexte,
( on supposerait qu’un reflet
viendrait s’intercaler et
perturber leur sens )

Comme si j’étais au-dessus
de la surface mouvante des eaux,
et que plonger la main,
ne pourrait qu’en perturber la sérénité,
en être le mouvement perturbateur,
et ne jamais saisir

Où se situe vraiment           l’être
caché derrière le miroir déformant
de l’eau .
Trompeuse
derrière ses vaguelettes,
et le va-et-vient des algues .


RC – mars 2016


Mokhtar El Amraoui – Miroirs


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photo: Robert ParkeHarrison

 
A ces songes de la mer dont les vagues colportent la rumeur

Ô miroirs !
Engloutissez, donc, ma mémoire,
Dans vos veines de tain et de lumière.
Là-bas,
Dans le jardin des échos,
Arrosé des plaintes des vagues,
Je dévalerai la plaine de l’oubli
Où j’ai laissé fleurir un coquelicot,
Pour ma muse
Qu’un peintre agonisant a étranglée.
D’elle, me parvient
Le parfum ensanglanté
De toiles inachevées.
C’est dans le lait de ses rêves
Qu’ont fleuri le cube et la sphère.
Ô interstices du monde !
Laissez-moi donc percer
Ses inaudibles secrets !

©Mokhtar El Amraoui


Des desseins laissés inachevés – ( RC )


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Tiré de AAARG

Il y a des desseins que j’ai laissés inachevés ;        

ils me saisissent par le bras,
m’habillent de signes du zodiaque , qui se repèrent sur mes épaules, coude et genoux,
et se mettent à clignoter.
Des nuages qui se forment en un manège duveteux,
sont des licornes, des lions et des serpents. 

Tout le monde a l’air de bien s’entendre ;
ils me convient avec eux , pour partager les restes du buffet,
habiller les piétas de goudron et de plumes,
sortir les balais des sorcières des profondeurs de l’histoire

comme ceux cachés derrière les portes grises des placards des vestiaires ,
remplacer les hommes politiques par des héros bien connus de bandes dessinées:
je désigne aussi Bibi Fricotin, Felix Le Chat , Mandrake comme gagnants des épreuves olympiques
et les télés repeintes en noir mat.

Cela ne trompe pas:             c’est un clin d’oeil du destin    :
–         je vais me présenter à ma propre succession  !       ,
juste avant de me diluer dans un sommeil en deux dimensions
dont je n’apprécie même pas la superficie.
J’ai dû sortir, par inadvertance , de la case prévue à mon intention…

RC – mai 2016


Salah Al Hamdani – Centré


 

NAT031.JPG

À genoux
Oui
à genoux dans la cruauté calme du jour
et cette absurdité sans limite
Marche, marche pauvre type
jusqu’à l’extrémité de l’ombre
et rejoins tes rêves
ensevelis sous la lenteur ridicule de leurs nuits

Laisse tes souvenirs à la traîne
l’éblouissement d’un quai désert
et au-delà
emprunte la courbe de ton exil

La gloire du couchant est là
sans écho
esseulée sur le lit de l’étranger
comme un appel de la falaise  .

 

 

( extrait du recueil  –   « Rebâtir les jours «   : ed Br Doucey )


Même le paysage s’interrompt dans ses éclats – ( RC )


peinture:                  R Magritte :                  le promenoir des amants.

Et c’est illusion, si l’espace, que l’on pensait libre de contrainte,

se voit tout à coup enfermé dans une paroi.

Ainsi l’oiseau en plein vol se précipite dans le piège des vitres,

où même le paysage s’interrompt dans ses éclats .

C’est comme si l’élan était rompu (un baillon ).

On se voyait libre, de parler, de réfléchir, et de se dire ;

mais on se heurte aux faux semblants et aux étendards de l’arrogance .

Le souffle n’avait pas besoin de ponctuation ;

et voilà qu’on ne peut pas terminer ses phrases.

Le fil de la pensée est rompu ; on en arrive à ne plus oser se dire,

puisque vivre ne peut pas se faire, sans que des barrières soient imposées.

Certains aiment en jouer , parcourir les murailles d’un labyrinthe inextricable :

ils ont de l’ambition ; ce sont souvent des bavards et souhaitent avoir réponse à tout….

D’autres préfèrent leur parcours intérieur, visible d’eux seuls, et se réfugient dans le silence.

RC – mai 2015


Yannis Ritsos – Inévitable


 

 

3823559720.jpgphoto: Lydia Roberts

Ils sont partis, l’un après l’autre.
Nous avons attendu.
Ils ne sont pas revenus.
Comment peut-on s’habituer à tant d’éloignement ?
Ni montagnes, ni arbres, ni maisons,
ni gens du tout, et les noms oubliés,
et la cendre répandue jusque dans les pages vierges.
Seulement dans le champ sec aux ronces jaunes,
a poussé une rose comme par erreur. La nuit,
souviens-t’en quand tu regarderas au loin, vers le large,
les trois petits feux errants. Souviens-t’en.
O, triste, inconsolable clair de lune, garde-moi.

Karlovassi, 10. VII. 87


Azem Shkreli – Les enfants à qui nous avons manqué


 

 

 

pioneer.jpg

Ils nous interpellent et nous injurient dans la langue de ceux
Qui voulurent nous suivre dans la langue de ceux
Qui voulurent savoir quand parler et quand se taire
Et s’en aller harassés s’en aller détachés
De notre plante de la branche de notre langage
Affranchis tout à leur seule pensée, la face tournée vers l’oubli

De nous hier et aujourd’hui ignorés de leurs yeux
Eux dont nous ne fûmes pas les gentils enfants
Les enfants nôtres que nous avons asphyxiés un à un
De la pâte de nos mots qui les étouffaient
Quelque part au-delà de la mer au-delà des retours
Eux qui nous attendaient sagement tardivement
Nous attendaient longtemps non pour venir sceller la semence
du non-dit de la bible des bontés
Ou des pudeurs non non car nous sommes capables
De mourir à petit feu pour ne pas oublier
La façon dont meurent les autres et comment ils grimpent
Le long de leur plante si haut qu’ils ne nous voient plus
Que n’avons-nous désiré des nuits sournoises les laissant
Dormir entre nos pores et nous plonger sous les ruines
Vous nos braves enfants nos enfants chéris
À qui nous avons manqué qui nous aimez encore nous insultez
Dans la langue de ceux qui voulurent nous suivre
Qui voulurent voir et dire quelque chose
Taire quelque chose s’en aller vivifiés et les nôtres
Nous qui avons tâté leur ombre pour les bien savoir nôtres
Nous qui avons pressé nous-mêmes le jus des livres
Nos enfants chéris nos braves enfants
Nous savons que vous n’êtes ni malheureux ni oubliés de nous.


Rat de bibliothèque – ( RC )


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image  extrait de « Maus »

 

Comment souris-tu,
… – Ignorant
De toutes tes dents ?

En mangeant tout cru
Les encyclopédies :

et tout le travail de l’imprimeur
dont se repaissent les rongeurs
les entrailles alourdies …

Serais-tu, rat de bibliothèque
féru de l’écriture
au point d’en faire nourriture

comme tu le ferais avec
n’importe quelle page

déchiquetant les mots,
comme de l’âme, les maux,
– Il te serait offert comme un fromage :

C’est un repas parfait
à l’abri des reliures :

Çà c’est de la culture :
Cela vaut bien un autodafé !

RC – avr 2016

en écho à Norge:
http://nuageneuf.over-blog.com/article-norge-chere-souris-63855758.html


Et une pensée pour Newton … – ( RC )


Carter, Keith _1948-_ - 2000c. Spotted Apple_00001.jpg

photo:  Keith Carter,   Spotted Apple

 

 

Une pensée pour les pommes…,
( et la loi de Newton ),
Si personne ne les cueille,
Elles se tournent en deuil,

…Vivant ainsi la dégringolade,
Abandonnées dans l’herbe fade,
Les voila, généreuses,
Les lisses et les véreuses,

Attendant que le temps passe,
Elle se parent de cernes brunes,
Voisinent les prunes,
Puis, lentement trépassent.

Rongées par la moisissure,
Sans appel de détresse,
Lentement, s’affaissent,
D’une ordinaire déconfiture .

De cette petite steppe,
Légèrement en pente,
Les pommes avenantes,
Convient aussi les guèpes,

Que rien n’intimide…
Le festin qu’offrent les pommes,
S’ouvre aux arômes,
Fruités, et leurs côtés acides .

Celles qui ont la vie dure,
Peuvent rester accrochées,
Dans leurs branches , juchées,
Avant les premières gelures.

Pour éviter leurs morsures.
Il est encore temps de faire cueillette,
Placées à côté des noisettes,
( les surveiller, bien sûr).

Cette année, c’est l’abondance,
… Avant que tu ne repartes,
Je vais préparer deux tartes,
Juste un peu de patience !

Ces fruits de la nature,
Cueillis en pleine santé
Attendent de présenter,
Leur belle garniture.

Une fois ôtées les épluchures,
Et aussi épépinées,
Les voilà, par tranches, alignées
Rien , ne les dénature .

Disposées en spirales,
Elles dessinent en surface,
Des arabesques, des rosaces,
Pour le résultat final.

Bien entendu, la cuisson,
A bonne température,
Participant à l’aventure
Doit être à l’unisson.

Un petit détour au four,
Voilà une bonne chose de faite,
Tu mangeras cette galette,
Préparée avec amour.

… et une pensée pour Newton…!
Plutôt du côté gastronomique,
Que de celui de la physique …
–            Ceci dit, notre homme…

  • sous un arbre ( un p’tit somme)
    dut réfléchir ( c’est un fait)
    Quand quelque chose , soudain, chut sur sa tête
    Pense à un farceur, se retourne… il n’y avait personne –

Devant cette constatation,
Et cette nouvelle donne
( sans rancune envers les pommes )
–               En déduisit la gravitation…

Une théorie nouvelle,
D’une chute discrète,                 … beaucoup de bruit,
– celui que fit un seul fruit –
Et qu’on dit universelle

Je crois—-       que c’est avant Descartes,
Ces gens là, étaient capables,
De penser ( avant de passer à table ),
…         et ce n’était pas de la tarte…

On dit ,      qu’aucunement abondance de biens, nuit,
Aussi de cette pâtisserie,  ( s’il reste quelques miettes )
Un pt’it coup d’balayette,
                     Je pense, — donc j’essuie


RC – sept 2014

 


Veronique Joyaux – Poème à Salah


 

 

Joachim Patinir, Crossing the River Styx, 1515-24 14075791280.jpgpeinture – Joachim Patinir, Crossing the River Styx, 1515-24

Poème à Salah

 

 

J’écris aussi pour toi
prisonnier des geôles de Bagdad ou d’ailleurs
Pour toi que l’on fait taire que l’on torture
J’écris pour toi qui n’as pas de mots
Parce que tout enfant déjà tu travaillais
J’écris pour les femmes cachées
dans leurs voiles et leurs maisons
J’écris pour ceux qui n’ont pas la parole
pour leur donner existence et dignité
J’écris pour ouvrir les portes
Je m’immisce dans les interstices.

Si je devais rendre grâce ce serait à des silences
Silence entre toi et moi quand tout se tait et que les gestes parlent
Silence des amitiés ferventes des paroles suspendues
Silence des arbres dans la nuit
Des pas dans la neige un soir d’hiver très doux

Si je devais rendre grâce ce serait à l’infime
Une trace d’oiseau sur la terre ameublie
Un froissement d’aile entre les nuages étonnés
Une parole non dite un espace entre deux corps attendris
Si je devais rendre grâce ce serait à la poésie
Celle de Victor Jara dans un stade du Chili
De Nazim Hikmet dans les geôles de Turquie
De Dimitri Panine dans le Goulag de Sibérie
De Mendela dans l’Afrique meurtrie
De tous les hommes qui parlent
au nom de ceux dont la parole s’est tarie

Si je devais rende grâce j’en serais affaiblie
Mais riche de tous les infinis.

 


Question d’électricité – ( RC )


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peinture:  Andy Warhol  –   electric chairs

Question d’électri-cité
voilà qu’une nuit éructe
haut voltage
des plumes et des néons.
Ils se confondent avec obstination
avec le brouillard des âmes.
Et ce sont des encres,
les plus indélébiles,
imprimant sarabande :
la ville obtuse
fait la sourde oreille
à la moiteur des nuées.
Aussi éveillées que peuvent l’être
les avenues désertes
jusqu’à ce que la lumière artificielle
soit dissoute dans l’ aube violette.
Je vois les indociles
qui pensent que le jour
n’est qu’un détour
accrochés aux barreaux :
la prison les ronge
dans quelques mètres carrés.
Ils n’ont que les murs grisâtres,
et la peau décolorée.
La langue fourbue,
la parole féroce,
une cuvette en émail
la lueur alternative
de la publicité lumineuse,
les maillons du mensonge,
le macadam des rues
marqué d’ombres vertes
comme de fer rouge.
Le reprise du trafic,
le grondement des rames,
les sirènes de police
pour lancer des conjectures.
Le sol est en verre pilé.
Qui ose s’y risquer pieds nus ?
Tu vas deviner l’heure..
( on éxécute mieux à l’aube) –
quand on viendra te chercher
pour te conduire
selon le protocole officiel
à la chaise électrique .


RC – avr 2016


Marie-Andrée Balbastre – l’oeil ovale ( haïku )


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photo perso – puits « romain » vers Champerboux ( Lozère )  septembre 2016

 

infiniment profond
le ciel
dans l’oeil ovale du lac

 


Eugenio de Andrade – Avec la mer


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J’apporte la mer entière dans ma tête
De cette façon
Qu’ont les jeunes femmes
D’allaiter leurs enfants;
Ce ne qui ne me laisse pas dormir,
Ce n’est pas le bouillonnement de ses vagues
Ce sont ces voix
Qui, sanglantes, se lèvent de la rue
Pour tomber à nouveau,
Et en se trainant
Viennent mourir à ma porte..


Ombres sur le mur – ( RC )


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installation lumineuse  de C Boltanski

Ce qui se pose sur le mur n’a pas de poids.
Lui, qui chuchote des figures mobiles,
de celles qu’on n’attrape pas:
C’est qu’elles sont agiles
se déplacent et se confondent.
Nulle part elles ne s’accrochent.

Elles papillonnent et vagabondent,
mais jamais ne s’approchent :
C’est que les ombres restent discrètes
sur notre existence
elles se traduisent juste en silhouettes :
en un jeu de connivences.

RC – juin  2016

 

 

voir aussi cette suite de textes  de M C Grimard


Pierre Mhanna – La rue et ses passants


 

 

 

3471866108_c17754237d%2520Fairy%2520of%2520Lakes.jpgMa vie entière est une lettre écrite pour vous dans une langue que seul l’amour peut comprendre.
My whole life is a letter for you written in a language only love can understand.

~

By the candlelight
I loved to read her poems
and gaze, every now and then,
into her eyes,
at the way the flame flickered
and danced upon
the page of her face,
the poem of my life.
À la lueur des bougies
J’aimais lire ses poèmes
et le regard, à chaque instant et puis,
dans ses yeux,
à la façon dont la flamme vacillait
et dansait sur
la page de son visage,
le poème de ma vie.
~

With the patience
of the river
dissolving rocks
and carrying them to the sea
my touch will have her skin
dissolved in poetry.
~

Avec la patience
de la rivière
dissolvant les roches
et les transportant vers la mer
mon contact verra sa peau
dissoute dans la poésie.

 

traduction  RC de cette  toute récente  parution  sur le blog  de Pierre Mhanna  ( english )

 

 


Nicolas Rouzet – le cercle et la parole


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photo: Ernst Haas

 

 

Il y a le cercle et la parole
et l’heure où chaque naissance
annonce l’aube rageuse
l’attente du regard

Une main aveugle
dure à tâtons
devance le jour
dessine comme par jeu
la frontière qui sépare
le silence de la parole
le geste du murmure

De son pouce
se traverse la brèche
s’effleure le néant
d’où l’on sauve
la braise
et la brindille

Et que l’oreille
se tende
vers ce soupirail
qu’elle entende
que nos fantômes
n’ont pas changé de nom
que tous se croient encore vivants
dans l’espace ouvert
par l’éclat
le mirage
de nos âmes !

 


Tapiès – rideau fer – ( RC )


Tapies  rideau fer.jpgAssemblage: Antoni Tapiès  Porte métallique et violon-  Fondation Tapiès

 

On attendra longtemps
l’ouverture du jour.
Il y aura du sang
répandu autour .

La vie est dans la verdure ;
Derrière le rideau de fer
on pratique la torture
et on désespère.

On imagine, un délire :
faut-il une révolution,
pour que le rideau se déchire
et que le chant du violon

se détache de la croix noire
taggée sur le mur :
c’est un signe d’espoir
un premier murmure

car la clôture grise
n’emprisonne pas le chant :
Ce n’est pas une marchandise
vouée à l’enterrement.

RC  juill  2016


Charles Coutarel -Chat de nuit, charly gris


 

 

 

Youpi chz Jacques  -.jpg

photo perso – Youpi en action

chat de nuit
charly-gris
comment J’écris
comment je souris
à cette image
passage
qui se reflète
en glaces
multi-faces
où je rigole
en multl-plans
noir et blanc
je m’envole
sur une aile
cœur-couleur
tête de piaf
ébouriffée
inspiration
profonde
mon chant
s’empli

charly-blanc
chat troublant


Derrière le mur, le ciel joue un concert – ( RC )


la- thphotographe non identifié


Derrière le mur,
Le ciel joue un concert,
Avec des cuivres,
Et des ors,
Brodés sur les nuages.

L’herbe est profonde,
Le champ en pente  douce,
Jusqu’à la rivière,
Dont on perçoit,
Juste le murmure .

On dirait que  dehors t’attend,
Mais tu restes immobile,
Derrière le mur .
Les os sont fragiles,
Mais tu peux risquer quelques pas,

Et ouvrir la porte.
Le crépuscule n’est pas la nuit,
Et du soleil couchant,
C’est sa lumière encore,
Qui donne le relief à la vie.


RC – mai  2015