voir l'art autrement – en relation avec les textes

self creation

j’ai traduit tes paroles en formant des cercles concentriques – ( RC )


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Sans savoir que ton pied
marche sur l’eau sans s’y enfoncer,
c’était l’image du vent
agitant les saules
et les bras de la nuit
qui repoussent le jour.

Les pierres flottaient sur leur reflet
et c’était l’oeil de la lune,
soudain sorti du lac,
qui décrit ton contour,
sans pour autant
se répandre en mots.

Du récit du silence,
et des feuilles portées
par le mouvement :
un doux clapotis de vagues,
j’ai traduit tes paroles en
formant des cercles concentriques.

 » On m’a dit que les mots
se déposent en cercle
autour des pierres  » .

RC  – janv  2016

158725566


Yannis Ritsos – Sortie de prison ?


Rainbow Fairies, from Monique's Kindergarten, 1996

photo: Michael Kenna

 

Sortie de prison ?

Tout entier livré, abandonné à la plénitude du vide indifférent,
il dépouille ses ailes |
( celles qui l’ont porté jadis au zénith) il les plume une à une
Comme s’il effeuillait une grande marguerite étrangère
devant les petits marchands de chaussons au fromage
aux chaises crasseuses
et les papiers huileux tombent en même temps que les plumes sur la chaussée,
et ils s’emmêlent parfois dans les roues d’un vélo.
Le gardien m’a ouvert la porte. Je suis sorti,
Dans la cour, une cruche, un cerceau, un oiseau.

Karlovassi, 9. VII 87


Absorber l’idée même de la nuit – ( RC )


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Les bois se taisent
quand les noces des vents    s’apaisent,
et c’est la nuit
qui emporte tous les bruits …
( mais pas une nuit rêvée,
celle que l’on peut trouver,
quand une partie de la terre,
effacée de la sphère
plonge dans le sommeil,
en absence de soleil ).

Les criquets et les cloches des villages
cessent leurs commérages
à partir du moment où l’obscurité
étend son royaume indompté
dont la noirceur
occupe l’intérieur,
et celui des gouffres
à l’odeur de soufre,
et les grottes cathédrales,
dont le noir total
est un monde à part entière,
se tenant éloigné de la terre.

C’est comme si l’extérieur,
ses joies et ses peurs,
n’avaient jamais existé,
jamais vécu, jamais été,
>    juste une existence
remplie par le silence ,
elle ,  pourtant si proche,
cachée derrière une paroi de roches,
jusqu’à en devenir      une idée d’infini,
absorbant               l’idée même de la nuit .

.

RC –  janv 2016


Nouveaux parcs d’attraction ( sur une peinture de Dirk Bouts ) – ( RC )


                             Peinture:  D  Bouts:  le  chute  des damnés

 

Voila le choeur des réjouissances,
où tout bascule, d’une autre planète.
– Elle frôlerait celle-ci,
et c’est un échange des mondes,
celle où l’attraction aurait raison
du poids des péchés.

Les hommes attirés comme des mouches,
engluées sur leur spirale collante.
Et de petits monstres
– un rien préhistoriques –
comme nés d’entre les roches,
enfantés par
l’imaginaire débridé,
s’en donnent à coeur joie,
échangent les corps blafards,
dans une folle farandole.

C’est sans doute la ration quotidienne,
les sortant de l’ennui,
– la grande roue, que l’on aperçoit,
ne suffirait-elle pas ?  –
de quoi aiguiser l’appétit,
et quelques canines,
– mais jamais rassasiés –
leurs petits yeux stupides,
tout à leur tâche,
éternellement recommencée :
( quelles nouveautés nous sont donc données,
avec les derniers damnés ? )

C’est un parc d’attractions .
On viendrait presque, muni d’un ticket,
y réserver une place, pour se faire une frayeur,
comme en empruntant le train fantôme,
se faire balayer le visage,
avec des toiles d’araignées :
–    Il y en a bien qui réservent des places,
pour fréquenter sans risque,
les geôles communistes…
bientôt quelque camp de concentration,
pour le touriste de l’histoire ,
spécialement aménagé.

Indispensables : uniforme et matraque,
pour  » consommer  » quelques émotions fortes .
On demanderait presque,
si c’était possible : – « aux vrais « 
à ceux qui n’en sont pas revenus ,
de participer à une reconstitution,
Télé-réalité oblige :
la cote de l’angoisse et du frisson
monte avec l’audimat .


RC – mars 2016

 

voir aussi ce qu’a  écrit Michel Butor,  par rapport à cette peinture  de Bouts…


Citadelle de D – ( RC )


Int  sinistre  2854.JPGToutes  photos  perso  :  citadelle  désaffectée  de Daugavpils, Lettonie  oreintale

 

grille  symoles.JPG

Point de cloche ici qu’un
aujourd’hui saccagé
Pourtant la lumière s’accroche
Aux lambeaux de sinistres blocs

Qu’ailleurs on dirait bâtiments
D’ oiseaux téméraires, oublieux d’un passé
empoisonné,           pourtant s’approchent
Et les autres s’en vont.

Et viennent tisser des fils incertains
D’entre les arbres, qui lentement
Reconquièrent la place d’Armes
Etouffant soigneusement, des heures abrasives

Des symboles d’oppression
Aux réverbères géants
Jusqu’au kiosque moisi
Aux péremptoires sonneries militaires

J’écoute venir toutes les voix
Mais la musique du silence
L’extension insensible des branches
L’herbe folle          d’entre fissures

Dessine, la fragilité des choses
Et l’arrogance géométrique
Du lourd,        du laid,        des pouvoirs ,
des voix claironnantes      de l’arrogance .

Dans la Citadelle, l’ordre du cordeau
Se transforme, en « presque joyeux désordre »
Les rues défoncées, sont un chapelet
De sable et flaques réfléchissantes.

Poutrelles,       et amoncellements divers
Gravats et encadrements pourris
Occupent indécemment les lieux
Marqués par la dictature du prolétariat .

Et triste est la rue ,     où , malgré tout
La vie s’insinue , confinée
Tout près de moi
Malgré le suint des lieux

Aux rumeurs vénéneuses d’un
Passé encore proche. Et le lierre s’accroche
Aux symboles de fer ,          des canons :
On en voit plus d’un , glisser avec l’ombre

En portant la nuit, sur ses épaules
Avant, encore,         qu’on nettoie la mémoire
Comme on le ferait            du sang répandu
Sur un carrelage           – facile d’entretien.

En cours, une rénovation proprette, et des rues nettes
>            Aux sordides carcasses,         plus de traces…
Est-ce que le monde s’efface ?
Aux ensevelis,        peut-être même plus de place

Faute d’avoir les leurs, ils ont          – peut-être
Confié leur chant ,           aux oiseaux
Qui voient s’éloigner du trottoir
Les barbelés rouillés du désespoir.

ext -05 place --.jpg

la place d’armes  et ses canons dressés.


Paul Bergèse – Au gré des galets


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Au repos de la plage
les galets apaisés
tendent leurs joues
à la caresse de la vague.

Couleurs soleil ,
les galets du Verdon,
portent encor des odeurs
des goûts et des musiques.
Souvenirs d’enfance.

Neige, vent, pluie, soleil ,
torrent , rivière et plage.
Combien de souvenirs
dans la vie du galet ?
Mais son visage lisse
est toujours impassible.

Une aventure vibre
au profond du galet.
Musique de fontaine
où s’abreuve un poème.

 

et avec un lien sur ce texte  écrit  en,  2014


Une toute petite étoile, à leur portée – ( RC )


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Photo: Etsy

 

 

S’il se développe, et se ramifie,
On dirait, qu’il se divise à l’infini,
Jusqu’à ce qu’il se fasse
Le support des étoiles.

Les feuilles cachent bien ce secret,
Elles portent même de l’ombre,
Que l’azur ne traverse
Que les jours de pluie.

Et puis la naissance des branches,
Se fait en silence.
Rien ne se laisse deviner
De leur élan.

Là aussi c’est un secret,
Dissimulé dans l’aubier.
C’est une puissance qui veille
Et travaille en siècles.

A l’envers,          c’est la même chose.
Non :    les arbres ne s’agrippent pas au sol,
Ce sont eux     qui supportent le monde :
comme une toute petite étoile

A leur portée.


Restes d’une langue électrique ( RC )


image extraite d’un film « noir » américain

 

 

 


Au sommet  d’immeubles,
Les lettres  s’échappent, s’agitent.
Certaines se précipitent, se mêlent
finissent par retrouver  leur ordre.
En néons verts se disputant aux  rouges.

Ce sont les façades voisines qui assistent à leur  course.
Balbutiant leur clignotement.
Deux lettres, presque au milieu  du mot,
lassées , vibrent  d’une lumière  déteinte,
maladive,     à leur base.

Personne ne songe  à les  remplacer.
Leur message  n’est sans doute pas indispensable,
c’est sans  doute un reste de langue électrique,
qui peut ne s’exprimer  
que par onomatopées :

il peut s’échapper des syllabes,
cela n’a  que peu d’importance,
Une partie du paysage urbain,
s’activant dès que le soir
commence à épaissir le ciel.

De l’endroit où je l’observe,
Ce que je vois, est à l’envers.
J’ai le vague  souvenir  d’un film,  de gens sur les toits,
poursuivis par d’autres, et la lumière émise,
les cachant plus qu’elle  ne les  révèle .

J’imagine les passants
gardant autour de leur corps
une auréole de néon,
alternativement  verte  et rouge,  
qu’ils  emporteraient  avec eux.

Mais l’arrivée du bus me ramène sur terre.
Je monte dedans.
Avec l’avenue empruntée,
je devrais pouvoir lire l’enseigne  à l’endroit,
quand il aura fait le tour  du rond-point.

Mais un rideau d’arbres
aux feuilles encore denses s’interpose.
Décidément cela ne me semble pas destiné,
pas plus qu’à mes voisins,
le regard  absent, pressés de rentrer chez eux,          sans doute.

 

RC – oct 2015

Vintage Neon - Clock


l’épaisseur des murailles – ( RC )


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Ce sont des sombres bastilles,
bâties de pierres lourdes,
refermées sur la peur,
aveugles aux terres promises,
qui pourtant les entourent.

Pas de fenêtres ouvertes  sur elles,
ni sur les autres,
juste des meurtrières
qui enferment d’abord la joie,
et finissent isolées sur leur promontoire.

L’épaisseur des murailles,
désaffectées, en désaffection
n’a pas plus de prise sur les rêves,
qu’une fragile  coquille,
un frêle esquif sur l’océan.

RC- nov 2015


M2L – Roses des sables


desert roses -

photo-  montage  perso

 
Entendez-vous les flots de larmes dans le désert ?
Roses des sables qui fleurissaient à la nuit,
Mon rêve à la rosée du matin s’est enfui.
Vous me laissez ainsi,
Meurtri,
Flétri.
Sans vie.

Baignez-vous dans l’eau de mes douleurs amères.
Les yeux vers l’infini, effeuillant les années,
Je flotte sur les larmes de l’ espérance envolée.
Et moi qui reste ainsi,
Meurtri,
Flétri.
Sans vie.

Je suis misérable, sans arme, à découvert !
Roses des sables qui dansaient la lune venue,
Je ne puis revivre les joies de l’enfance perdue
Vous me laissez ainsi,
Meurtri,
Flétri.
Sans vie.

Roses des sables, vieillissant le cœur ouvert
J’ai tant espéré d’une vie remplie d’éternité.
Fleurs du désert, j’embrasse la fatalité
Et comprends aujourd’hui
Le cœur meurtri,
Flétri,
Ce qu’est, à l’aube de ma nuit, le sens de la vie.

Ecoutez le chant des regrets dans le désert.

———

Sand Roses
~ © M2L

Do you hear floods of tears in the desert ?
Sand roses that flourished in the night,
My dream in the morning dew ran away.
You let me so,
Bruised,
Withered.
Without life.

Take bath in the water of my bitter pain.
Eyes toward infinity, picking off years,
I float on the tears of expectancies flown away.
And me which thus remains,
Bruised,
Withered.
Without life.

I am miserable, unarmed, uncovered!
Sand roses that danced at moon coming
I can not relive the joys of childhood lost
You let me so,
Bruised,
Withered.
Without life.

Sand roses, aging open heart
I so hoped a life filled with eternity.
Desert flowers, I embrace the fatality
And understand today
The bruised heart,
Withered,
What is, at the dawn of my night, the meaning of life.

Hear the song of regrets in the desert.

—-

voir le blog  de M2L « Vertige  de l’oiseau »


Quelque part où les lignes courent, s’enfuient – ( RC )


 

 

 

graphique: Richard Diebenkorn: sans titre 1993

graphique ( gravure  ? ):       Richard Diebenkorn:           sans titre 1993

 

 

 

 

 

 

 

–Quelque part où les lignes courent, sur le corps de la terre.

Certaines s’enfoncent ,s’enfuient

rebondissent sur les accidents du terrain,,

la chevelure obscure des bois denses.

 

Sans couleur pour l’instant, peut-être suspendue dans un gel provisoire,.

A chaque instant, celle-ci peut occuper les lieux,

Inonder la surface, comme le ferait le rideau du soleil naissant,

ou, à l’inverse, celui de la nuit .

 

Mais bien avant,           les collines se propulsent vers l’avant,

ou plutôt        les ombres,      se liguant contre le jour,

émergeant de la brume, comme              engluées

dans une couche épaisse de peinture.

 

Je perds alors la notion de distance,               divisée

par les silhouettes des poteaux électriques,    leurs fils dansant,

l’étagement des haies,       les champs s’empilant,            verticaux..

Tout est rythmé de signes qui n’ont pas d’autre signification qu’eux-même.

 

Même la route sur laquelle je m’appuie

se met à tanguer en virages     derrière un rocher 

Peut-être disparaît-elle               à jamais

Comme ce trait interrompu sur la toile.

 

L’équivalent d’une          stridence,

d’un appel qui ne trouve pas d’écho

émis par un chant d’oiseau,

bientôt bu par le silence .

RC – oct 2015

 

 

 


La tombe de l’écrivain – ( RC )


Heiner Mueller Grave Berlin 3 2013 am-grab-von-heiner-mueller-a313f54e-7c62-4d32-beb5-b15dd0557757
provenance photo: philippocock.net

 

Il y aura un cube de grès rose,
dressé               en lisière des bois,
une borne, à priori des plus banales,
( qui n’est pas kilométrique  ).

En effet        on s’y repose,
aussi bien      on s’y assoit,
quoi de plus normal,
après la gymnastique.

Certains y laissent
quelques souvenirs,
de petits cailloux,
une canette de bière.

Les amoureux s’y pressent,
en mains et en soupirs .
C’est le lieu du rendez-vous,
plus que de la prière.

La mousse s’y incruste,
le lierre prolifère,
Pourtant ce volume  ne porte
pas de  date , mais des noms gravés.

Ce n’est         pas un buste,
Mais        une simple pierre,
posée de la sorte,
juste au bout de l’allée.

Entourée d’herbe verte,
et de pins qui penchent,
elle marquerait le dernier lit,
du célèbre écrivain :

une tombe offerte
comme           une page blanche
qui attendrait encore des écrits,
confiés              à d’autres mains .

Echappée de l’enclos
étroit du cimetière
on viendrait comme dans la supplique
de Brassens, y faire d’affectueuses révérences

Entre le ciel et l’eau
A moitié enfouie dans la terre
discrète                     et monolithique ,
prolongeant dans le temps, son acte de silence .

RC – fev 2016


E.E. Cummings – Puisse mon cœur …


Olivier culmann  récréation     Colchani  Bolivie   1994.JPG

photo extraite de l’ouvrage           « est-ce ainsi que les hommes vivent« …

 

 

puisse mon cœur être toujours ouvert aux petits
oiseaux qui sont les secrets du vivant
quoi qu’ils chantent vaut mieux que savoir
et si les hommes ne devaient les entendre les hommes sont vieux

puisse mon esprit flâner affamé
et sans crainte et assoiffé et souple
et même si c’est dimanche puissé-je avoir tort
car lorsqu’ils ont raison les hommes ne sont pas jeunes

et puisse moi-même ne rien faire utilement
et t’aimer toi-même ainsi plus que vraiment
il n’y jamais eu de tout à fait tel idiot qui puisse faillir
à tirer tout le ciel sur lui d’un unique sourire.
E.E. Cummings, Poèmes choisis, traduction Robert Davreu, José Corti, 2004 ,

———-
may my heart always be open to little
birds who are the secrets of living
whatever they sing is better than to know
and if men should not hear them men are old

may my mind stroll about hungry
and fearless and thirsty and supple
and even if it’s sunday may i be wrong
for whenever men are right there are not young

and may myself do nothing usefully
and love yourself so more than truly
there’s never been quite such a fool who could fail
pulling all the sky over him with one smile


Paul Farelier – La chambre est un lac de mémoire


14b2[1]

photographe non identifié

 

la chambre est un lac de mémoire
là où était le lit on n’ose pas marcher

c’était l’an dernier
les meubles
on revoit mal les meubles
vendus
ressuscites ailleurs dans .l’amnésie
de chaleurs nouvelles
mais la tenture
sale
inégalement indiscrète
le vieux destin y accroche
ses mains

près de l’interrupteur
où le couloir amorce
la contamination de l’ombre
et il y a tant de vent dehors
que l’allée déchire les basques du jardin
et tant de cris d’enfants dans l’escalier
qu’il va se dévisser

Paul FARELIER
« Syllepses n° 6 »
in « Poésie 1 » n» 75
(Éd. Saint-Germain-des-Prés)


François Corvol – XVII


El Greco - The Holy Trinity

El Greco – The Holy Trinity

 

XVII

Je suis en mesure de justifier ma longue existence dans ses mains
y mourir sans doute plus volontiers que sous un drapeau
une éternité de peines s’efface volontiers de ma mémoire
sitôt que la féerie
sitôt que ses bras
et tant pis
tant pis je cède
cette peau chaque jour est plus neuve
si parfois elle te semble vieillir c’est qu’elle fait semblant
je ne comprends pas tous ces corps qui prennent feu
mon feu à moi n’est pas tant visible
et si j’ai dit que j’étais seul c’est que j’ai menti
je suis au beau milieu des étoiles


Rafales d’ailes, mains négatives – ( RC )


art préhistorique

art préhistorique:          grotte de Pech Merle

 

 

 

 

 

 

 

 

Rafales d’ailes, froissant les airs.
Aquarelle  délavée où serpente  une fumée…
Un instant fugitif,        promis à l’oubli.

Une peinture  dans l’obscur,
L’intimité close, de la grotte,
Des chevaux superposés, galopent .

Les millénaires s’entassent .
La mouvance des airs,
passe     en surfaces.

Une peinture dans l’obscur,
Et le geste de l’homme, déposé ,
Celui marquant la présence.

Message des mains négatives,
    Empreintes,
Charbons de bois.

RC – mai 2015


Katica Kulavkova – Premier soleil : Sagitarius


P1310857.JPG

image :   5 ème Festival photo  peuples et nature  La Gacilly , 2008

——–

Ô, mère, comme la journée est courte !

Comme une maille de l’infini
le cercle solaire se retourne
non par amour, par obligation
et sans l’infidélité de la femme
pour laquelle rien n’est certain
rien n’est sien ni étrange
dans l’écliptique de l’existence.

Le jour croît et tombe
dans un rythme parfait
il répare la mort
et l’homme est confus et désorienté
dans la pantomime du temps.

Le solstice est initiation
aux coutumes supraterrestres
aux cultes païens
au feu et à l’eau
à la libido et à l’aventure.

Quand il s’arrête
le soleil renonce
aux affaires journalières, frivoles.
Au sommeil de l’ours. Au scepticisme.
Il a devant lui le rituel de l’équilibre
et du hasard. Faste et volupté.

Non, je ne pleure pas ;
je ferme seulement les yeux
devant les vies duelles
avec le sceau d’une évacuation précoce
devant la nuit blanche des amours parallèles
non échangées
non édifiantes.

Katica Kulavkova


Jean Vasca – les lointains


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En nous sont les lointains nos îles nos ailleurs
Patrouilleurs dans l’opaque à chercher l’entrouvert
Nous sillonnons sans fin les ténèbres intérieures
Pour déchiffrer l’énigme aux portes des mystères

En nous sont les lointains de brume et d’inconnu
Lorsque les horizons entonnent leur complainte
Tenter l’appareillage à voile que veux-tu
Vers une rive d’or encore jamais atteinte

En  nous sont les lointains nos traces nos sillages
Les naufrages du cœur les songes en carène
Cathédrales englouties et palais des mirages
Là-bas vers les abysses ou la nuit nous entraîne

En nous sont les lointains dessous les cicatrices
Les plaies qui se referment et qui suintent encore
Des souvenirs perdus dans tous les interstices
Des ombres d’amours mortes à l’envers du décor

En nous sont les lointains c’est là notre impatience
A vouloir l’au-delà de tous nos quotidiens
C’est l’écho d’un accord majeur qui nous fiance
A cette terre humaine ses troubles lendemains

Ces lointains qui rougeoient sous la cendre de l’âge
Braises encore des révoltes en nous comme un regain
Et sous le poids du temps lourd de tous ses outrages
La rage encore de vivre et son feu mal éteint

Jean Vasca


Tu peux passer à la page suivante, et continuer – ( RC )


Toño Camuñas QTDXCL:

Image :   Toño Camuñas


Comme carnet de voyage,
garder les étiquettes des derniers achats,
les papiers de bonbons,
le ticket d’autobus,
la pin-up qui trône
sur le flacon du shampooing,
les diablotins
trouvés dans une pochette surprise,
l’autre jour au luna-park,

un extrait de la pub du produit
qui affirme détruire tous les insectes.
La carte de la dame de trèfle
( ouvrant une nouvelle ère de prospérité)

Ne pas oublier la mèche de cheveux
de la serveuse, qui fut l’amante…
et la page de BD déchirée,
qui patientait au fond d’un tiroir.
Disposer le tout de façon ordonnée,
dans le sens de la lecture,
utiliser une colle efficace,
relier par des quelques tracés au crayon
soulignant les ombres.

Un commentaire n’est pas nécessaire.
Tu peux passer à la page suivante,
et continuer.

pour les images produites par Toño Camuñas, on pourra voir  aussi Larry Rivers, et Mel Ramos, dans le domaine  « pop-art »..


Jean Pérol – À mes côtés


 

Ne donnez plus rien
aux courages lâches
tenez écartées
les fêtes pourries

j’attends que la nuit
tire sur tout sa bâche
et d’autres caresses
que de ses furies

j’attends le dirais-je
les cieux plus légers
sur tous les vergers
la musique en plis

j’attends la lumière
des blancs d’avalanche
les masques tombés
les pardons en pluie

la douceur des mains
des lèvres fidèles
un cœur sans calculs
la farce effacée

un Japon des mers
des chants d’îles mauves
un matin charnel
entrer dans les villes

quand plus rien n’importe
franchir le portique
le démon aux portes
l’ange à mes côtés

 

 

extrait du recueil:

Libre livre

– See more at: http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/libre-livre/antoine-de-molesmes#sthash.zOCDeJZ1.dpuf


Cette ombre – ( RC )


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Image          -> opéra de Bavière: la femme sans ombre

 

——

Indissociable  des êtres…
elle  colle  à la peau, à mes moindres gestes;
elle  épie ce que la lumière  dit,
se plie sur les angles des fenêtres et dans les montées  d’escalier,
se fond  dans les  autres,       ou même  les  avale…

Elle gravit les  surfaces  rugueuses  sans  se blesser,
et s’allonge  sans mesure quand le soleil s’abîme,
aplatie  sur le sol.
Marquant même  par sa présence, le corps sans visage,
errant aux contre-jours,

Jouant à étouffer  les  couleurs,
De ses bords tantôt  précis ou flous.
Y a-t-il aussi celle des âmes,
dont on ne sait rien,          une fois parties,
mais dont interroge  l’épaisseur   et le retour ?

RC –  avril 2015


Colombe, un ange déguisé – ( RC )


picasso-pablo-la-colombe-de-la-paix-2406263[1].jpg

dessin:         P Picasso

 

Une colombe, ou un ange déguisé
– on ne sait pas –
parcourt un ciel chargé,
les nuages       pesant sur les toits.

Une colombe          ( ou bien… on ne sait ),
est entrée dans la chambre,
S’est donnée aux miroirs ,

est entrée dans l’oeil,
et l’âme,       – peut-être –
tenant dans son bec,
ce qu’il faut d’espoir ,

pour que le regard,
s’échappe au-delà des murs,
accompagne son voyage,

au-delà des orages,
Si loin,           si haut,
que le vent, que la mitraille,
ne peuvent pas s’en saisir .

RC- nov 2015


Bras obscurs et songes flottants – ( RC )


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Le mystère a des bras obscurs,
qui confisquent les formes,
les mélangent ,sans qu’on sache bien comment,
dès que le soir grignote l’espace connu…

Alors l’humidité sourd des plantes,
qui se détendent du jour,
et laisse place aux créatures nocturnes.

Celles que l’on entend, et celles
que l’on imagine, abrités derrière
les paupières fermées des volets de bois,
la lune essayant de se faufiler par les fentes.

On essaie d’oublier ce qui se trame
de l’autre côté des murs,
en allumant l’électricité, dont la fixité rassure.

Mais il suffit d’une panne
pour que le quotidien bascule,
on ressort les chandelles, que l’on dispose ,
pointillés lumineux dans la pièce,

tremblotantes flammes, elles , éphémères,
sans doute effrayées, elles-aussi,
que le mystère de la nuit

envahisse l’intérieur, réagissant
au plus petit mouvement d’air,
– un pressentiment –
comme si celui-ci,

profitant de la plus petite brèche,
s’apprêtait à bondir
de l’autre côté des murs,

une protection si mince,
qu’on pourrait penser qu’ils puissent
se dissoudre aussi,tel un sucre
plongé dans un verre d’eau…

la porte ouverte à tous les possibles,
de ceux dont on n’a d’autre idée
que celle des songes flottants prenant soudain consistance .

RC- sept 2015


Abdallah Zrika – Les murs vides de mon corps


peinture: Max Pechstein  -  (tête de femme masquée  )

peinture: Max Pechstein – (tête de femme masquée )

 

 

 

 

Je ne sais pas. Mais ce que je sais, c’est le jour où j’ai décidé de m’arracher de mon corps. Je ne sais pas comment cela est arrivé. Mais je me suis trouvé comme ça : j’ai ôté tous mes vêtements.
J’ai ouvert un peu la porte. Je ne sais pas comment j’ai fait. J’ai voulu sortir tout nu.
J’ai voulu tout jeter comme on jette une ordure. J’ai senti à ce moment-là que tous les gens étaient contre moi, que même les mots me fuyaient, que j’étais devenu vide.
Complètement vide.
Un vide qui résonne. Et complètement vide de mots. Moi qui avais décidé de ne mettre aucun vêtement, aucun nom, aucune désignation…
J’ai senti que toute chose se détachait de moi, se dissipait, je n’avais pas ôté seulement mes vêtements – leurs vêtements si je puis dire, leurs : je ne sais pas dire autrement – , mais j’ai ôté tout ce que j’ai vécu.
Peut être n’ai-je rien à laisser qui m’appartienne, tout leur appartient, même mes ordures. J’ai ouvert encore un peu la porte. J’ai vu le premier mur devant la porte.
Même ce mur m’est apparu tout nu, rasé, chauve. J’ai reculé un peu pour écrire le premier mot qui m’est venu après avoir pris une décision. mais j’ai senti que ma tête était vide, d’un vide incroyable. Le papier est resté blanc, d’une blancheur presque bleue. j’ai senti que les mots sont comme les vêtements, lourds et suant, que toute chose est lourde d’une lourdeur insupportable et qu’il n’y a que moi à être léger, très léger. Puis je me suis retrouvé en train d’ouvrir toutes les fenêtres, même le robinet d’eau, et d’allumer toutes les allumettes que j’avais.
Plus tard, j’ai entendu frapper et une lettre glisser sous la porte ; une voix suffocante disait : facteur. je ne sais pas pourquoi mes doigts n’ont pas bougé affin de toucher la lettre restée, moitié à l’intérieur, moitié à l’extérieur, sous la porte. Je ne pouvais rien toucher comme si une paralysie totale me prenait. je sentais seulement mes yeux qui bougeaient tout seuls, ou il me semblait qu’ils bougeaient, je ne savais pas.
C’est terrible ce qui m’arrivait, une faim incroyable m’avait prise mais je ne pouvais toucher le pain qui était sur le coin de la table. Puis j’ai vu que le mur était vide, d’un vide que je n’avais jamais vu, que je n’avais jamais senti avant. Et ces jambes – mes jambes – , allongées là, avec des poils lourds, d’une lourdeur que je ne peux supporter. Je n’ai pas su ce qui s’est passé lorsque la nuit est venue. Je n’ai pas allumé la lumière, les heures se sont succédées, et je n’ai pas senti le sommeil.
Et au matin, je n’ai pu distinguer les mots que j’entendais de loin. Je n’ai pas ouvert la porte quand j’ai entendu frapper encore. Et lorsque je les ai entendus, en plein jour, je ne suis pas sorti comme je l’avais décidé le premier jour. Je n’ai pas fait attention à la voix du robinet ouvert.
Et je n’ai pas touché – oui, touché – le pain posé sur le coin de la table, je l’ai jeté par la suite afin que la table soit tout à fait vide. Je ne supportais rien, même pas un tout petit point sur la table. J’ai jeté plusieurs papiers sur lesquels j’avais écrit, avant. J’ai laissé la chaise et je me suis assis sur le froid du sol. Je me suis réjoui de voir le verre vide, les allumettes brûlées jetées ici et là.
J’ai éprouvé une joie énorme en voyant une mouche morte. Je me suis vu comme cette mouche, sans mouvements. Les pattes croisées et déformées. Je suis resté comme ça, sans bouger, lorsque j’ai entendu des voix, dehors, et je n’ai pas regardé par la fenêtre. Tout est loin. Loin. Je me sens très petit, d’une petitesse sans égale, et toute chose est plus grande, très grande. Même ce point que je vois sur le mur.
Tout est grand, très grand. Comment ne m’en suis-je pas rendu compte auparavant ? Je me sens très détaché de tout, solitaire, d’une solitude terrible. Même la faim s’est détachée de moi.
Je la sens plus grande que moi, plus grande que cette pièce même. Je ne parviens pas à la distinguer. J’ai vu une lettre posée là, une lettre que je n’ai pas ouverte, là depuis trois jours. Je ne l’ai pas touchée. Je sens que ma tête est vide, complètement vide, et aucune pensée n’est dedans. Rien. Rien. Ce mot qui résonne vide dans mon vide. Je sens que quelque chose me tient cloué là, entre ces choses qui ne me concernent pas.
J’ai encore entendu – ou imaginé – frapper avec insistance à la porte. Ce sont les autres. C’est leur porte. Ce n’est pas moi, je n’ai aucune porte. Je n’ai aucun mur. Ce sont les murs des autres. Je n’ai aucune maison.
Même ces choses-là leur appartiennent, à eux. Ce sont eux qui les ont jetées hors de leurs portes à eux, ce sont eux qui m’ont jeté ici. J’habite entre leurs murs et devant leurs portes.
Les gens qui frappent à cette porte, frappent à leurs portes, et peut-être me disent-ils de m’éloigner de leurs portes, de leurs murs.
Que vais-je dire ?
Ai-je vraiment quelque chose à dire ?

———

 

Abdallah Zrika dans Petites proses, éditions de l’Escampette.


Quelques pas vers les dentelles -1 – ( RC )


LA gRANDE mONTAGNE   environs  -    10

photo perso  :  « lieu dit  « la grande Montagne »

J’ai risqué quelques pas
Sur les sentiers pierreux
S’écartant des voies tracées.
La végétation soufflait ,

Se reposait de l’été.
Même les vignes sommeillaient,
Et se paraient
d’ors et de rouges.

Les petites grappes  tardives encore suspendues
attendaient les oiseaux de passage.
On ne pouvait les saisir
sans que les  grains  éclatent dans les doigts.

Il fallait les porter à la bouche
pour se gaver de leur suc épais,
Ne tardant pas , comme à aux  doigts,
A poisser la bouche.

Entre les  rangées,
des herbes  farouches,
Heureuses de la suspension des traitements,
Recommençaient à pointer,

Se bousculant entre les blocs  de pierre,
Eux, portant parfois
la trace  d’anciens  occupants,
Morceaux  de fossiles en empreinte,

Comme pour  dire la présence continue
D’une vie inscrite
en filigrane
dans les siècles.


RC – oct 2015