voir l'art autrement – en relation avec les textes

self creation

Beatrice Douvre – présence d’un visage


 

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Son chemin la terre jointe
Sa voix cette lampe droite
Ce qui tremble
Plus haut
Comme qui eut froid
De précéder le jour

Poids de celui qui parle
Et veut se perdre loin

Sa lumière file devant
On se souvient
D’une ombre digitale
C’est qu’une main portait
Nos lampes

Béatrice Douvre

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Recul de la falaise – ( RC )


 

 

 

 

 


Le dos sur le mur,
Où les  mots glissent,
Et rien ne  s’accroche
A la verticale.

Cette plongée,
Au-dessus  de laquelle,
De multiples oiseaux  s’élancent,
N’a pas de toit.
Elle ne peut pas en avoir,
Corrodée, sans  relâche
Par le va-et-vient des vagues.

La pierre est arrêtée net,
Dans  son élan ..
On imagine mal, à la dureté de la roche,
Cette rupture brutale,

D’une partie de paysage,
Disparu soudain :
Horizontale brisée ;
Le basculement dans le vide,
Le fracas de la chute,
Entraînant bétail,
Arbres et  chemins.

Brusque recul de la falaise .

RC –  avr 2015


Georges Séféris – Santorin 03


peinture  en cours  2012  06peinture perso, en cours

 

Penche-toi, si tu le peux, sur la mer obscure, oubliant
le son d’une flûte sur des pieds nus
qui parcourent ton sommeil dans l’autre vie, l’engloutie.

Sur ton dernier coquillage, écris, si tu le peux,
le jour, le nom, le lieu
et jette-le dans la mer, qu’il y disparaisse.


Jean-Claude Touzei – Dérive


Bullock35.jpg

photo Wynn Bullock

 

Et ma barque gémit
Sous les vents sous les cordes
Ma barque se déchire
Aux alizés du monde
Atteindrons-nous jamais la rive

Ma barque a des yeux bleus
Pour éclairer la nuit
Et ma barque chavire
Là-bas cette lumière
Atteindrons-nous jamais la rive

Et ma barque dérive
Vers les radios pirates
Ma barque tourbillonne
Dans les contre-courants
Atteindrons-nous jamais la rive

Ma barque se retourne
Loin de l’île l’étoile
Et ma barque bascule
Je vais mourir en mer
Atteindrons-nous jamais la rive

Et ma barque repart
Là-bas cette lumière
Ma barque comme un cœur
À l’infini des vagues
Atteindrons-nous jamais la rive

Jean-Claude Touzeil
(extrait de Un chèque en blanc,              éditions Clarisse)

 


Joconde – ( RC )


099-1930  la joconde aux cle¦üs mona lisa with the keys .jpg

peinture: Fernand  Léger         Mona-Lisa  aux  clefs  – 1930

 

 

La Joconde est sortie des nuages.
Elle a l’air bien songeuse ,
et s’est détachée , ténébreuse,
en partie, de l’image.

On connait mieux la peinture de Léonard
que celle de Léger
( elle a depuis, perdu ses clefs ) :
celles qui ouvrent la porte de l’art.

Oublié le sfumato,
et voici la danse des lignes,
des cercles et des signes,
qui parcourent le tableau.

Elle est           comme une image pieuse,
— vous voyez bien,         comme celles
qu’on trouve dans les pages du missel
( une icône, et des plus fameuses ).

Malgré son caractère profane,
et son décor imaginaire,
elle est célèbre sur la terre entière .
Ce modèle est juste une femme :

Il en est ainsi,
mais, toujours elle attire
Les foules avec son sourire :
Ce sacré Vinci

En peignant cette demoiselle
Ne pensait pas en faire une star
de l’histoire de l’art ;
–       mais,                retour dans le réel:

Même sortie de la toile,
c’était peut-être une sainte
telle qu’elle était peinte,
ayant égaré son auréole,  ( ou son étoile ).

En attendant de la retrouver
– elle n’en a pas fait le deuil –
elle vous adresse un clin d’oeil
ce qui était plutôt osé, en ces temps reculés.

On dit bien que tout se retrouve
et rien ne se perd, mais jamais elle ne désespère
bien que prisonnière  ,
au Musée du Louvre.

Si Duchamp la renomme,
et lui met des moustaches,
que personne ne se fâche,
ce pourrait être un homme !

En dehors de son cadre lourd, on pourra la voir
en illustration banale
imprimée en cartes-postales
sur les présentoirs.

Quelle est donc l’énigme de cette peinture ?
Et avec elle, la clef du mystère,
Où se trouve la serrure ?
… en conjectures on se perd.

Ayez pourtant en tête cet évènement fortuit,
qui posa plein de questions:
Une machine à coudre, sur la table d’opérations,
et Mona cachée sous le parapluie ..

RC – juin 2016102-1932  la composition au parapluie the composition with the umbrella .jpg

penture: Fernand Léger  –  composition au parapluie      1932


Sur le sommeil du Gange – ( RC )


 

Edelhoff  Varanasi 9193 feet and sari refl--

photo  Ellie  Edelhoff

 

Le regard glissé sur l’horizon jaune
suit l’étale liquide
froncée de vaguelettes.

Des marches s’enfoncent dans l’eau.
Elles mênent peut-être
à un temple submergé

où les couleurs safran
se diluent
comme dans un soleil.

On a quitté la terre.
Les berges déjà loin .
Et dans le contre-jour

une femme ruisselante
au sari rouge,
hypnotise le crépuscule

sur le sommeil du Gange .

RC – mai 2016


Benjamin Fondane – faubourg d’orties


469.JPGMontage perso – RC   2014

 

Ce n’était pas de l’étonnement, mais peut-être

une sordide angoisse

qui m’avait fait pousser dans ce faubourg d’orties

juste au moment où l’on y ramassait le ciel.

Je n’y avais jamais été que je sache

je ne pouvais savoir s’il existait vraiment

en avais-je rêvé ?

mais je savais maison par maison tous les noms

des habitants et leurs commerces,

le nom des gosses et ceux de leurs anges gardiens

– je m’y intéressais surtout

à une femme enceinte qui devait loger là

ou à quelque émigrant revenu d’Amérique –

– je n’étais pas fixé…

il s’attachait à eux je ne sais quelle idée

qu’il me fallait tirer au clair

de trésor enfoui, d’enfances fabuleuses,

de meurtres impunis

et d’une fin du monde absolument MODERNE.


Anne Sexton – Toux, amour


Anne Sexton -

 

 

 

Comme il a été dit:

Amour et une toux

ne peuvent pas être dissimulés.

Même une petite toux.

Même un petit amour.

 

 

As it has been said:

Love and a cough

cannot be concealed.

Even a small cough.

Even a small love.

 

 

– Anne Sexton


passé cette zone, nous ne garantissons pas votre sécurité – ( RC )


Afficher l'image d'origine« passé cette zone, nous ne garantissons pas votre sécurité »

oups la ! ( voila bien le péril qui se dessine ! ) .
Il y a l’enclos         où paissent les bêtes tranquillement,
–         et puis l’extérieur où d’autres rodent.
L’espace connu       et celui qui plonge dans les brumes .
La civilisation          et ce qui se trouve en dehors.
Mon corps                 et ce qui ne l’est pas.

La surface autorisée, et celle où on peut pas rentrer.
–       Ou alors sous condition…
On a vu ces temps-ci           beaucoup de clandestins,
         des personnages interlopes,
des étrangers, faisant appel aux passeurs,
de nouveaux Stalker..

Montrer patte blanche,           décliner son identité,
porter la tenue adéquate,       et le badge assorti.
Délimiter le territoire,             installer une clôture,
puis une muraille,                      enfin, une frontière.
On ne mélange pas les torchons et les serviettes,
le bas et le haut,                        la droite et la gauche…

– Décrivez le motif de votre voyage,
– Montrez vos papiers , votre autorisation,
– Avez-vous votre mot de passe ?
êtes vous vacciné ?
– Quelqu’un se porte-t-il garant pour vous ?
– Quelles sont vos origines ethniques ?

C’est une zone réservée :
on y reçoit les V.I.P
C’est une zone top secret,
on procède à des expériences.
C’est un endroit très bien situé,
le stationnement y est payant…

« passé cette zone, nous ne garantissons pas… »
           Ce sont des cercles bien fermés,
qui s’entortillent sur eux-même,
obsédés par la surveillance,
ce « nous  » qui porte son regard partout,
      ( et qui exclut les « vous » ).

La légalité sait dessiner des traits sur les cartes,
couper des pays en deux,
définir qui respecte les règles
et qui est clandestin…
et « out » ( comme au tennis ).
il y a même une zone marquée « ciel » dans les marelles


RC – juin 2016


Yves Prié – Obsidienne


Klavdij SLUBAN 9  9.jpg

photo: Klavdij SLUBAN ( rencontres  d’Arles  2011 )

 

Pour  saluer Caillois  et Guillevic          (  extrait )

 
Attendre la mort
et sa dureté minérale
Nous ne traverserons pas
Notre vie se brise là
L’obsidienne en détourne le reflet


Paul Vincensini – Des paniers pour les sourds


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Peinture:  JF Millet : paysans bêchant

 

L’âcre odeur de sueur
Qui monte de la terre
A dissipé l’encens
Et ronge les suaires
Les mains durcies fermées par le labeur
Et les mains sans limites
S’effilochant en rêves
Se cherchent et se crispent
Dans la même douleur.

« Des paniers pour les sourds », 1953.

L’aspra adori di sudori
Chì cresci di a tarra
Hà alluntanatu l’incensu
È runzicheghja i fossi
È i mani induriti è senza fini
Chì si starpiddani in sonnia
Circhendusi stantarati
In un stessu dulori


Créatures de l’enluminure – ( RC )


Afficher l'image d'origine025-2r.+Texto+ilustrado.jpg

manuscrit  enluminé:  Heures  de Catherine  de Clèves

 

Si le moine s’ennuie
au coeur de l’abbaye

il peut laisser voyager
songes et pensées.

Son imagination
ne doit rien à la dévotion.

Penché sur le manuscrit,
le voila qui décrit

avec une grande minutie
l’enfer ( c’est ce qu’il a choisi ). :

Le combat du bien et du mal ;
le héros à cheval

qui lance sa monture
sur une sale créature

quelque peu imaginaire,
telle qu’il pense trouver en enfer.

C’est un regard halluciné,
digne de terribles bandes dessinées,

où se multiplient les aventures,
dans les recoins des enluminures.

Il y a le monstre noir
gardant le purgatoire :

un ciel peuplé de nuages noirs,
barrant tout espoir.

On voit que le peintre s’est fait un plaisir
de manier la poële à frire,

d’envisager avec délice,
une déclinaison de supplices

Excusez du peu ….
   ce ne fut qu’un jeu

de rendre souhaitable
que des petits diables

vomissent des bouches de feu ;
——->   Nulle part on ne voit Dieu

        ( honni soit, qui mal y pense …
–      il est parti en vacances) .

RC- juin 2016

 

 

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reproduction moderne   d’icône…


Sylvie Durbec – Notes pour mon père


NightShot_6_2048.jpgUne pluie parfumée à mes pieds:

le vent est dans l’acacia.
Un vol de voix au-dessus de moi:
je cherche des yeux les anges.
Un vent riche, profond
palpite dans l’arbre long,
puis aventure des formes
en jouant avec le ciel.
C’est l’odeur d’un boulevard
de papier buvard
où marche joyeux le nom
de mon père mort.
J’ai un seul mort
dans la mémoire.
Il me donne de la joie
et envie de marcher, vite.
Ce mort, jamais
ne m’a enterrée
sous le poids
de la terre.
Mon père, c’est vrai
sur l’eau courait
en me tenant par la main
pris dans sa distraction.
( retranscrit du site « la petite librairie des champs » )

Creuser un peu du passé – ( RC )


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photo :restes archéologiques engloutis ( Phare d’ Alexandrie )

Difficile  d’expliquer,ce qui se passe,
Et continue,  de guerre lasse…

Comment traverser, les forêts, les déserts,
Les étangs, puis les îles et les pierres.

Il n’y a pas de  guide,
Pour écarter l’insipide.

L’eau  n’a plus le goût du sel,
Et les feuilles  s’amoncellent..

Comme un vent  de délire…
Personne n’a plus le temps  de les lire,

Avec toute cette horde,
C’est un trop plein qui déborde,

Ou bien le tonneau des écrits,
Qui toujours se remplit  :
Celui des Danaïdes,
Ignore pourtant le vide,

Va se remplir en même temps se vider,
Au crépuscule des idées…

Les mots accumulés  sur la table,
Se confondent  comme les grains de sable,

On ne voit plus les limites
( il doit y avoir des fuites)

La ronde des chapitres,
Se convie en hectolitres,

Et sitôt publiés,
Bientôt oubliés,

Supplantés par les nouveautés,
Juste une valse d’été,

Ceux qu’on appelle  best sellers,
Bientôt happés par l’hiver,

Il n’y a de l’actualité,
Qu’un souvenir délité,

A peine esquissé,
Le présent est déjà du passé…

Et pourtant, à tout accumuler,
Des temps les plus reculés,

La mémoire  collective,
Se retrouve en archives,

De l’iceberg, la partie qui dépasse,
Est une bien petite masse

A cheminer sur  de longues pistes….
Encore faut-il que subsiste,

Bien dissimulés, sous l’ ombre,
De tout ce qui encombre,

La volonté de découverte,
D’anciennes terres vertes,

Que rien ne cadenasse…
Mais l’épaisseur de la glace,

Conserve bien au frais,
Des écrits restés secrets,

Et peut-être les ramener à la surface,
Extirpés        de toute cette paperasse,

Un trop d’abondance créant l’oubli,
– les décombres du phare d’Alexandrie –

Creuser un peu de passé,  donnerait à lire,
En lui,  ses morceaux d’avenir.

RC- février  2014


Reina Maria Rodriguez – L’île violette


vue  bord fra  arch -0481.JPG

VIOLET ISLAND

…j’ai connu un certain homme, un homme étrange.
il gardait jour et nuit la lumière de son phare
un phare ordinaire qui n’indiquait pas grand-chose,
un petit phare pour embarcations de fortune
et peuples obscurs de pêcheurs, là, sur son île,
il échangeait avec son phare les sensations
attendant jour et nuit cette autre lumière
qui ne surveille la persécution d’aucun objet,
cette autre lumière réflexive, parcourant vers l’intérieur
la distance entre le port sûr de l’endroit
et l’œil qui voit revenir, d’en haut et transparente,
l’illusion provisoire qui s’éternise :
cette courbe de l’être tendue tout contre le phare
sans précaution ni limite, pour être ou avoir
ce qu’imparfaitement nous sommes, rien d’autre
que rêver ce qu’il veut bien rêver et être où il est
au-dessus des eaux tranquilles et éteindre tout dans le tableau
d’un jour et redevenir nouveau au petit matin
près du petit phare perdu d’Aspinwoll
sans même imaginer qu’il pourrait exister le moindre désir
ne serait-ce que celui de désirer la petite lumière qui tombe,
avec la nuit,
sur les eaux tranquilles et les sons déjà morts
de ces vagues, de jouir et souffrir, un refuge sincère.
Comme le gardien du phare d’Aspinwoll, seul sur son phare,
je me suis endormie malgré la lumière intense qui tombe
et se détache au-dessus du temps, malgré la pluie
frappant le miroir des poissons blancs,
malgré cette lumière spéciale qu’était son âme,
je me suis endormie entre le port et la lumière,
sans comprendre : je voulais, je voulais seulement
un peu plus de temps pour recommencer à apprendre,
pas sur le ressac de la commisération
où les désespérés attachent leurs mâts;
pas l’authentique bonheur de vivre sans savoir,
sans se rendre compte; pas la lumière provisoire qui s’éternise
et feint d’être
ce que nous serons
ni la peur de posséder la réalité opaque, immanente,
je ne voulais la vie qu’à cause du plaisir de mourir,
sur les eaux tranquilles,
en compagnie des poissons blancs, et j’attendais impatiente
qu’arrive encore la répétition de mon inconscient
afin que quelqu’un y trouve l’intouché, l’autre voix,
pas de cet être intermédiaire, un corps
pour mesurer les criques basses : un corps pour le viol
d’un moi impraticable :
je me suis endormie, inconséquente, dans l’imagination
de cet être différent dans la distance, suffisamment avancée
pour avoir ma propre illumination à Aspinwoll, mais
fracassée et obscurcie, comme le gardien du phare
au-dessus des eaux tranquilles
de ce qu’imparfaitement nous sommes, dans la petitesse
d’un phare qui n’indiquait pas grand-chose,
à travers la pluie chaude
et réelle de l’impossible.

(poème  extrait d’une  anthologie  de la poésie  sud-américaine)


Vaincre la paroi de verre – ( RC )


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installation extérieure:  Anish Kapoor – Brighton

 


Il n’y a pas dans la nature
le choix de version portable :
une écriture       au vert
où les arbres se transportent,
mais sont coupés par le cadre.

Plus haut       le pastel des nuages
bouge brusquement,
le paysage         se déhanche
tout l’équilibre bascule,
les papillons exultent .

Ils suivent leur double,
qui imite exactement
le moindre de leur mouvement .
Au point que leur métamophose
se confond en anamorphose.

On sait bien que l’eau s’étale
puis renvoit au regard
ce qu’elle interprète,
mais même le lac le plus calme
n ‘est pas une paroi verticale.

C’est qu’il n’est pas dans sa nature
de répéter à l’identique
ce qui lui fait face
et qui se transforme
à mesure que je le déplace.

Bien entendu , se prolongent ainsi
de façon artificielle
les horizons divers,
tout ce qu’il y a de ciels,
mais qu’on n’emporte pas avec soi.

Ce n’est pas sur la photo
qu’il faut compter
pour que la glace se souvienne
de l’été dernier.
C’est une surface froide :

La lumière ne la traverse pas.
Le temps la délaisse
car rien ne s’incruste
dans le miroir :
                   Il a mauvaise mémoire.

L’oiseau de passage
stoppé par l’espace devenu plan
donne du bec et de la tête .
Il voit son vol s’arrêter net,
aplati contre l’illusion

Tout cela est bien fugace .
Cela ne trompe qu’un instant :
C’était un mirage , à la place
qui part en morceaux …

quand il se brise,            en multiples éclats.

RC – juin 2016

 

Boissets  8965-ss a.jpg

 

photo perso  – domaine  de Boissets   Nissoulogres  – Lozère


Jérôme Lhuillier – La pie et le gibet


Bruegel          la pie et le gibet --.jpg

P Brueghel:  La pie et le gibet

Autour du portique vide d’un gibet
une pie glousse sur la traverse
des paysans ameutés par un joueur
de cornemuse dansent une joyeuse

Ronde et des Privatdozenten dagues
à la ceinture regardent la cigogne

Une croix de bois déjetée s’accroche
à ce coteau un crâne de bœuf
en ronge la glaise entre les ramages
le cours sinueux d’un fleuve porte

Une eau verte qui finit de jaunir
à son embouchure loin une cité
liquéfaction de trésor Bruegel

Le peintre a choisi un homme
qui chie courbé entre des racines
au départ de l’oblique majeure
de son tableau Grand Testament


Papier, une ombre blanche opposée à la nuit – ( RC )


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Je suis loin du pays de la connaissance.
Il est de l’autre côté du continent,
dont j’ai perdu, quelque part,
le fil :       un sentier qui pourrait m’y conduire .
Certains parlent ainsi d’inspiration …

Il y a le jour.
Mais celui-ci est caché derrière la terre.
Une moitié est soumise à l’épreuve de l’ombre.
Comme un poumon qui se relâche,
–       ce serait plutôt expiration…
Ce qui est , demeure  ;  – bien entendu – ,
mais tout est indistinct .

Je ne saurais pas reconnaître les arbres entre eux,
sans voir leur feuillage,    et le port des branches  :
Il faudrait que je tâte leurs troncs,
que je colle mon oreille sur l’écorce pour écouter leur message.
Et chacun me murmure une chose différente ,
une histoire soumise à l’épreuve des saisons,
du bois qui se tend,  gémit sous le vent,
se rompt parfois sous le poids de la neige,
résiste comme il le peut aux tempêtes
et à la morsure des flammes .

Ils ont été la patience ,         ont abandonné
des parties de corps aux tronçonneuses,
pansé malgré tout      leurs blessures,
et développé leurs cernes,
Jusqu’à digérer les barbelés,
et infiltrer leurs racines entre les fissures des rochers,
jusqu’à se nourrir des charniers
                 pour les ressusciter en âmes végétales.

Je vais me réfugier parmi eux.
J’enduirai mon corps de leur sève
et danserai dans leur chanson.

Ils me prêtent déjà,       pour écrire,
le papier qui est leur ombre portée,
une ombre blanche,    opposée à la nuit ,
et mon écriture pourra peut-être,
avec le récit retrouvé,
refaire naître d’une certaine façon,
              le jour.

RC – avr 2016


Denise Jallais – Les Couleurs de la Mer


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12522-silh  dsante  -transpa   rue.jpgphoto d’actualité modifiée RC

 

Assise sur la dune
Je regarde les feux du carrefour

Rouges pour arrêter ton cœur
Jaunes pour t’ensoleiller
Verts pour te permettre

Et les voitures roulent sous la pluie
Comme dans une brume jaillissante
Vers l’odeur mêlée de la plage et des chênes verts

Je regarde les feux du carrefour
Sages comme des phares de mer
Et ton ombre changeante
Qui grandit lentement
Du fond de la route .

 

 

Denise JALLAIS « Les Couleurs de la Mer » (Seghers, 1956)


Arseni Tarkovski – Stalker


Afficher l'image d'origineStalker  ( photo extraite du célèbre film du même  nom d’ Andrei Tarkovski – son fils)

—-

Comment ne pas aimer tes yeux
Et leur reflet étincelant,
Quand tu les lèves, malicieux,
Et traces un cercle miroitant
Tel un éclair venu des cieux…

Mais il est d’autres souvenirs,
Encore plus beaux : des yeux lassés.
Des baisers fous, l’âme en délire.
Et à travers les cils baissés
La flamme confuse du désir.

Arséni Tarkovski
A. Tarkovski. « Le Miroir ».


Rétrécissement – ( RC )


End Of The Earth.jpg

C’est une région qui s’éloigne, se rétrécit.
Le sol a commencé par se déssécher, se fendiller,
puis des failles plus profondes se sont ouvertes,
des arbres ont basculé, créant un moment
des ponts entre les lèvres de plus en plus écartées.
Des morceaux de terre se sont séparés,
comme lorsque la banquise se libère de la tenaille du froid.
Parfois la moitié d’un immeuble se poursuit
sur l’autre rive.
Il y a eu des effondrements,
suivant la calligraphie des fissures.

et le caprice des coutures –  petit à ,petit, elles lâchent ,

Les rivières se sont vidées, se perdant entre les écailles
des collines, et leurs pierres usagées.
Des groupes humains en regardent d’autres,
massés sur les berges, qui s’éloignent inexorablement.
Personne n’essaie de les rejoindre,
comme si c’était dans l’ordre des choses.
Il se peut que ce soit un voyage
qui nous emporte de l’autre côté du monde,
non pas derrière l’horizon,
mais vers une destination où tout se recompose.
Déjà la lumière vibre à travers les têtes.
Nos voix ne sont plus les mêmes.
On oublie vite le langage,
et on s’accroche à ce qu’on peut.


RC – mai 2016

 

 


La nuit a juste oublié la lumière – ( RC )


rev 1989-49.jpg

 


Tu ignores tout de la nuit .
Elle a juste oublié  la lumière,
Les belles saisons  s’enfuient

Sous des manteaux  de poussière,
Qui s’étendent  en rideaux,
De latérite

Sur les  routes d’Afrique    :
Ces fils tendus entre des pays,
Dont beaucoup mordent la misère,
A pleines dents .

Car la nuit  s’étale en plein jour,
La population ne connait d’amants,
Que les dieux  de l’enfer .

Ce sont eux  que l’on prie :
On dirait que le passé d’esclavage,
N’a pas suffi,

Toujours on se décide,
Pour le choix  du fer,
Le goût du sang ,
Et ses ravages.

Ce ne sont pas les luttes fratricides,
Qui résoudront les  choses :
Les groupes  de fanatiques,

En répandant la terreur  ,
Augmentent encore la dose,
Avec le rideau de la nuit .

Malgré la chaleur,
Le soleil reste  extérieur
Bien loin  de la terre ,
Et des démons de la guerre  .

RC – mai 2015


Thomas Vinau – Manoeuvre


shoot  versio12_0110  tuyaux.jpg( dédié  à Thierry Metz )

 

La lumière va à la pelle

manoeuvre de nos yeux

de nos creux   de nos bosses

la lumière tient la pelle

je creuse


On ne peut se saisir de l’horizon ( RC )


Djuno Tomsni - jus de citron.jpg

 

Bien sûr, on ne peut se saisir  de l ‘horizon,
Et si quelqu’un le peut,
ce n’est pas notre affaire.
Plutôt que  convoquer Dieu,
Ce sont des mille feux de l’astre,ses rayons,
prodiguant leur lumière,

Ils se posent, si légers,
Que , même l’atmosphère les tolère
Et s’en émeut,
Jusqu’à les prolonger,
Comme  en une  serre
Et en devient bleue.

La planète poursuit sa route,
Se montre  sous ses meilleurs  atours :
Les îles et les continents,
Une terrestre  croûte,
Parsemée, tout autour
De mers  et d’ océans….

Il est vrai que la distance
enjolive les choses,
et que , sur place, demeurent,
beaucoup de différences…
Il y a des vallées  moroses,
où des lacs se meurent.

Des forêts  profondes,
perdues dans l’humidité
Des déserts de pierres
A l’autre bout du monde,
Dont l’aridité
Ignore  le moelleux de la terre.

Eparpillés à la surface,
Les pays ne reçoivent pas le soleil
De la même façon,
Si les nuages  s’amassent,
Dans leur zone de ciel,
Et leur procurent frissons.

C’est une  sorte  d’injustice,
diraient  les grincheux
mais il s’en faut faire  raison,
( Tout n’étant pas lisse,
On peut émigrer  sous  d’autres  cieux,
Pour autre  acclimatation….)

Pour ceux  que  ça  agace,
Si le chaud  s’éternise,
Et toujours, choque
On peut retrouver la glace,
Ou patiner sur la banquise,
Là où vivent les phoques.

Le soleil n’en a cure
Il distribue beaucoup,
Même par dessus les nuages
A travers  l’azur,
( et même par-dessous),
il y a de l’éclairage .

Et en cas de pluie,
Ça va pas changer la face du monde…
Ni la chute brutale de cet orage,
On n’va pas s’enfoncer d’un coup dans la nuit,
Vu qu’avec la surface ronde,
On garde  toujours un peu d’courage..

Il suffit que la planète,
Se tourne du bon côté,
Et présente son côté face,
Pour un demi-jour de fête,
C’est quand même  générosité,
Avant qu’on ne passe

Au lendemain.
Une nouvelle  révolution,
Qui encore  s’invite,
Suivant le destin,
Du jour,           l’éclosion,
En suivant son orbite .

Excusez  du peu
De ce que capte la terre.
Le reste s’évanouit dans l’espace.
Notre étoile  fait ce qu’elle peut,
De son explosion nucléaire,
Jamais elle ne se lasse.

Supposons, qu’un jour tenu en laisse,
Se perturbent les réactions
Le procédé  s’inverse,
Et voilà le retour d’une  couche épaisse,
Que l’on appelle  glaciation
Les rayons  rétrécissent  et se dispersent

Comme  l’ont vécu les dinosaures,
Trop habitués à se dorer la pilule,
A piller  et à tuer .
Ce changement leur  a causé du tort,
Car privés de canicule,
Ils n’ont pu s’habituer…

Nous  voilà dans l’utopique,
Mais si cette  période
pas si lointaine,
oubliait le réchauffement climatique,
Il faudrait, à cette  nouvelle mode,
Se couvrir d’habits de laine.

De peaux de bêtes,
De la plus grande élégance,
de bonnets de fourrure :
– Les voyages  en jets,
On s’en balance,
Car les temps  sont durs…

Et puis  ce serait partout pareil,
Une planète blanche  et morne
Qui sommeille et patiente….
Rien de nouveau sous le soleil,
Dit-on— le sol uniforme
Décomptant des années  lentes….

Ah ça —        c’est  l’égalité…
Plus de « quand-même », et se « si ».
pour tout le monde un bol d’air pur
( et de la même  qualité) :
Ça c’est la démocratie…
Plus de privilégiés sur la côte d’Azur

Si ça peut  vous  rassurer,
On a l’temps de voir venir,
Nous n’en sommes pas encore là…
Vous avez encore quelques étés,
Et un peu d’avenir,
Pour repenser à tout ça…

RC –  oct 2015


Jean Sénac- les belles apparences


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Le cœur à l’étroit
mes amis sommeillent
ils ont froid et les abeilles
feront un miel amer

Mon pays sourit aux touristes
Alger la Blanche dort en paix
vont et viennent les cars de police
la lèpre au cœur est bien gardée

Qui donc ira dénoncer
la grande amertume des ruches
le corps à l’étroit
les pauvres trichent avec le froid

Belle peau de douce orange
et ces dents de matin frais
la misère donne le change
ne vous fiez pas à tant de beauté
Ici on meurt en silence
sans trace au soleil épais
mais demain le soleil amer
qui voudra le goûter

Sous les jasmins le mur chante
la mosquée est calme et blanche
ô flâneur des longs dimanches
il y a grande merci

À la surface de la nuit
tas d’ordures sac et pluie

 

In Œuvres poétiques,  Actes Sud, 1999