voir l'art autrement – en relation avec les textes

Susanne Derève

Blanche est ma voix – ( Susanne Derève) –


Miklos Bokor – Chapelle Maradène , fresque (Détail)

 

Mes illusions perdues,

plus pauvre qu’en ma jeunesse, je suis,

et mes cheveux coupés.

 

Pour vêtir un roi nu, n’ai qu’un maigre édredon                                   

que chacun tire à soi

et quand sur vous, mes frères,

les mâchoires d’acier des frontières se ferment,   

j’appelle, j’appelle encore,

 

blanche est ma voix, 

 

noyée dans le grondement du flot,

blanche,  

la supplique qui monte des radeaux                  

accrochés à nos flancs, au bout de leur errance,

 

blanche la plainte,

qui fuse des barbelés, le cri du sang

épandu sur la neige,

 

et sous les bombes, les gravats,                          

les villes qu’on assiège,

blanches d’horreur les pupilles,                                         

blancs les membres brisés.                                                                                                            

 

Mes illusions perdues …

à  Kaboul      Ispahan        Téhéran ,                                                                                               

blanc le cahier d’écolière,  

blancs le niqab et le linceul,

la corde et le nœud coulant,

 

et quand sur vous mes sœurs,

les mâchoires d’acier des prisons se referment,   

j’appelle, j’appelle encore

 

au delà des frontières , blanche est ma voix …

 

                     ***

sur la Chapelle Maradène ( commune de Martel, Lot) , acquise par Miklos Bokor ,

dont il a entièrement recouvert les murs intérieurs de fresques monumentales

qu’il a voulues comme « sa mémoire » de la Shoah, voir  :

Chapelle Maradène, journée du patrimoine – Martel 2020

 

 

 


Flocons – (Susanne Derève) –


 

 

Parfois, les flocons de neige n’atteignent pas le sol,

le vent les entraîne  dans sa fougue

et je les imagine voguer éternellement entre ciel et terre

sans jamais se résoudre à mourir.

Mémoire ,

ainsi je te voudrais légère, inlassable vigie

pour conjurer l’absence.

 

 

 


Cerises noires – (Susanne Derève) –


Nature morte aux cerises – Léon Marie BENOIT (vers 1865 – 1917)

 

Le morceau de ciel blanc d’une aube.                                                     

Sous les persiennes un reste de sommeil.

Dans le jardin des simples

de minuscules cerises noires,

dont le goût panse les tourments

plus sûrement  que la nuit.

 

Il faut se réfugier très loin dans l’ombre :

 à se laisser gagner par le sommeil,

on oublie que la nuit se doit d’être profonde,

tendue vers la douceur,

pour émonder le froid couperet du jour,

son trouble, sa fièvre, l’éclat des voix,   

l’entame des aurores,

de cette pulpe noire des cerises aux branches

des vergers,

que les merles dévorent.

 

                *

Interprété par Laurent Steed Chapelon :


Nous écoutons cette cantate (RC ) – Que le monde soit ( SD )


retable Chartreuse de la Sainte-Trinité de Champmol  ( Dijon )

Je t’ai vue à travers la musique .
Tu dansais comme dans toi-même
au son de ces voix,
habillées de pourpre,
et qui s’élevaient
jusqu’aux voûtes,
donnant un peu de chaleur
aux âmes qui ont froid,
dans le parcours des leçons de Ténèbres,
où l’on mouche les chandelles
une à une, jusqu’à ce que
l’obscurité pèse
son poids de silence .

Je t’ai vue à travers la musique ,
tu étais loin, mais proche pourtant ,
tu avais tracé mon nom sur le carreau de la vitre,
et nous écoutions la même cantate,
comme si je te tenais la main
et, les yeux fermés,
les harmonies se croisant ,
offraient au jour naissant ,
la lumière vibrant ,
avec l’avènement d’un monde,
celui que l’on ne peut décrire
ni en images ni à l’aide de mots .

René C – septembre 2018

variation sur " que le monde soit ( SD )

-------

Que le monde soit…
comme je le veux
comme je l’ai pris    enfanté  au matin
les  yeux ouverts
 
La lumière s’y déployait si blanche
avant que la couleur l’inonde,
 

ainsi l’orgue  conduit la voix  -                                                                                       
la liturgie du jour à venir  était blonde
et me parlait de toi.
 
J’ai effacé un peu de buée à la fenêtre
et sur le carreau froid tracé ton nom
dessiné un peut-être
 
Le jour venait de naitre
limpide et pur, oratorio vibrant
une césure    avant que le ciel ne bascule
vers son avènement
dans une orgie d’ors et de cuivres                                                                        
 
Je ne sais  s’il était d’une étoffe
dont on peut se vêtir
comme l’aube de lin des retables                         
ou la pourpre ardente des rois                                                                             
 
s’il fallait  le poursuivre dans sa marche solaire
au-delà du beffroi  qui claironnait les  heures
 
et l’aurais-je cherché dans le sel ou le sable                                              
comme le vent façonne la dune instable                                        
quand il glissait vers toi  en éclaireur
 
 
Le  monde s’offrait à moi
par un matin de fin d’été
et je m’en suis saisie les yeux fermés.

SD

Moisson du jour – (Susanne Derève) –


Giovanni Giacometti – L’alouette –

Les hélices du jour sur la montagne.
Si près du ciel nous sommes,du bleu sans faille
de la lumière
où plongent les ailes du moulin,
et j'en suis le meunier,
j'en mouds le grain en farine d'azur,

j'en pétris la mie tiède,du rouge et de l'or
des forêts de sureaux et de hêtres où la route
serpente,nonchalante,
au flanc ensoleillé du Causse.

A nos pieds la toile étincelante                                  
des prairies d’hiver,                                                              
le vaste amphithéâtre des sapins,
en sentinelle ardente,                                   
le fil ténu de la rivière …                                        

Déjà le jour chancelle,un fin quartier de lune
fauche les blés du ciel,
dans le vase étroit de la combe,  
le vin noir de la nuit s'enracine …
Meunier déchu,j'y noie mes rêves 
d’éternel.




Voyage d’hiver – (Susanne Derève) –


Empreintes de corbeaux dans la neige (photo web)
Un lent voyage d’hiver enfoui dans la grisaille,
au fil des routes, quelques enseignes : 
gites, miel, potier, 
le lourd panache des fumées, 
un givre d’ombres sur les branches 
basses des sapins.
Dans les clairières, poudrant les coupes claires 
du bois,                                                
le fin linceul du gel marqué d’empreintes, 
pas, ornières - les roues profondes des engins - 
et la griffe étoilée d’un merle  
silencieux
traçant son chemin sur la neige, 
calligraphie légère d’un fugitif adieu.




Grisaille – (Susanne Derève) –


Max Ernst – Europe après la pluie –
Pluie,
l’aboiement d’un chien invisible dans la grisaille                                            
(autrefois l’éclair roux d’un grand setter
à travers champs enluminait l’automne).

Là-bas, au creux des îles, 
la pluie de mousson est à elle seule 
pays et paysage, néant où sombre le désir,                                                               

quand elle ne fait ici que ternir 
l’horizon comme une vitre sale, une photo brouillée. 
La mer, au loin semble si  sage.

 


La petite robe rose – (Susanne Derève) –


Fontaines de Marta Pan , Rue de Siam , Brest – Photo Danièle Nguyen Duc Long –      
Brest, Siam, et le pavé nu à présent, 
souviens-toi,
comme on suivait les rails
du tram par tous les temps,
nos pas mêlés,
épaule contre épaule,
toi et ta moue boudeuse,
le tintement des rames,
les passants frileux
qui se pressaient sans un regard
pour les fontaines vides de Marta Pan
et les devantures mornes.

Soudain, ton visage s'éclairait                                                   
pour une petite robe rose nichée
dans un coin de vitrine
qui t’allait comme un gant,                                                                                      
et te faisait au retour un sourire                                                       
triomphant de madone.
 
               *

C'était toujours « scènes de la vie ordinaire » :
ta chambre, le soleil à flots par la fenêtre, 
et sur le mur
les ombres serpentines du feuillage
le grand corps vivant de l'érable sous le vent                                       
ses frondaisons légères
On tutoyait le ciel,
et toi, dans ta robe d'un rose
à faire pâlir les roses du jardin,
ta moue boudeuse encore,
tournant obstinément le dos                                                      
à la lumière.

Photos Danièle Nguyen Duc Long voir : https://latribudanaximandre.com/tag/fontaines-de-marta-pan/        

.

 


Rire – (Susanne Derève) –


Yue Minjun – Rire –
Fils,
ton rire étoile venu du tréfonds de l'enfance                                                    
tintant comme un cristal,
rebondissant de visage
en visage, de mur en mur, de fenêtre en fenêtre,
dans l'opulence de la joie

puis la mue de ta voix,
un jour, et ton rire d'homme
dégringolant vers moi
depuis les pentes échevelées de la mémoire                                            
pour ranimer l'enfance




A l’ombre du chais silencieux – ( RC )


( réponse à Ivresse de Susanne Derève )

Faut-il se laisser emporter
par le drap du grand hiver,
et répondre à l’appel
du vin dans les caves
– qui tiendrait lieu de promesses – ?

Un peu de chaleur
tournant au fond des verres,
où se reflète le ciel.

A défaut des terres blondes de l’été
nous goûterons l’ivresse
à l’ombre du chais silencieux
quand le vin mûrit
sans se soucier des jours pluvieux :

offrande à l’oubli
des jours de l’automne
qui vient juste de trépasser.

Jamais le temps ne s’emprisonne
dans les fûts ombreux.
Nous sortirons chancelants

après avoir bu
le sang du soleil
resté quelque part
dans le vin vermeil :
que je goûterai dans tes mains

accoudé au bar,
chercherai le chemin
pour retrouver
l’or paresseux des jours

( car jamais l’amour
ne se laisse enfermer
dans une bouteille ),

ni les rêves épars,
que l’on imagine de neige,
ne seront pris au piège
de la fortune et du hasard,

en buvant à la santé
de ta nouvelle année…


Pêche – (Susanne Derève) –


Pêcheurs à Kuala Besut ( Malaisie) – photo RC-
Dans les cheveux
une fleur de frangipanier
sur l'eau
un filet jaune comme le safran
pour pêcher les poissons du fleuve



extrait de Suite malaise : voyage Malaisie- Singapour ( Septembre Octobre 2022)

( voir partage de Susanne)


As-tu amarré ta folie aux petits matins du monde – (Susanne Derève) –


George Nick – Au dessus de Pemigewasset river 1986
As-tu amarré ta folie aux petits matins du monde,                        
nommant dans ta fièvre  fredaines, égarements  ta muse émue, 
et cette sourde musique de l’hiver
loin très  loin sous  terre  où se danse la ronde,
sous la longe enfouie des prairies enneigées, les prairies basses,
la vie d’avant naissance.

Fouille, fouine,   
sourde est la vie, le long repos des spores 
un membre inerte, enchaîné au gel par l’entrelacs des glaces, 
la divine toile de l’hiver-araignée, 
et toi, 
pèlerin transi, tu fais fausse route encore :
tout, de ce qui a péri, renaît. 



Qui serais-tu ? – ( Susanne Derève) –


photomontage SD
Qui serais-tu, 
si dans tes cheveux le vent  tressait soudain
des fils invisibles,
si le vent taquin sous ta jupe effleurait
le creux de tes cuisses de son souffle léger,
à l'endroit où la chair tressaille
du désir d'être aimée.

Qui serais-tu si le soleil
imprimait sur ta peau sa morsure brûlante
en un baiser sensuel,
si soudain délivrée de tes voiles                                
tu abandonnais à la mer,
à ses bras tièdes, à ses mains de corail
ton corps ondoyant de sirène,
ta jeune poitrine, tes hanches pleines, tes jambes
de tendre écume,

si les vagues  resserrant
leur étreinte te jetaient nue,haletante,
comme une fleur marine
sur le sable palpitant de midi,
auréolée de mille paillettes
de lumière, d'eau et de sel.  

Alors, qui serais-tu ?


extrait de Suite malaise : voyage Malaisie- Singapour ( Septembre Octobre 2022) (voir : Partage de Susanne)


Archipels – (Susanne Derève) –


Théo Van Rysselberghe – La voile rouge –
Le blanc sillage d'un bateau 
routes sur la mer
archipels
ai-je ainsi, ma vie, navigué d’île en île

Le vol lent d'un oiseau 
dans les tresses virginales du jour
dessinait d'autres routes 
à travers ciel


Suite malaise : voyage Malaisie- Singapour ( Septembre Octobre 2022)

(voir partage de Susanne)


Little india – (Susanne Derève) –


Mersing (Malaisie) – temple hindou –

.

J’enfile les fleurs comme des perles

rouges blanches jaunes

et j’imprime une tache sombre sur ton front

entre tes deux sourcils peints

tandis que tu ajustes le sari sur tes hanches

menues

little india

.

.

extrait de : Suite malaise : voyage Malaisie- Singapour ( Septembre Octobre 2022)

(voir partage de Susanne)


Colombes – (Susanne Derève) –


sculpture : The flight ( Etienne , France) Raffles city , Singapour
Laisse une porte entr'ouverte sur le passé
là où ma voix se brise je veux encore chanter

J'ai remisé au grenier les lits les draps
les vêtements d'enfants les mols édredons 
de percale

les colombes ont pris leur envol
oiseaux des terres lointaines
cygnes cigognes aigrettes blanches

leurs plumes ont l'étincelante pâleur des avalanches
et leur voyage l'aridité des terres brûlées  


extrait de : Suite malaise : voyage Malaisie- Singapour ( Septembre Octobre 2022)

(voir partage de Susanne)


Parfum d’iode – (Susanne Derève) –


Arkhip Kuindzhi – Nuit au clair de lune sur la mer

Parfum d’iode

saveur qui emplit les narines

et dilate l’espace

Vénus étincelante s’en est allée

et mon esquif vogue

loin des nuits étoilées

.


Tioman, soir de mousson – (Susanne Derève) –


Soir de mousson , Tekek (photo RC)
Pluie acre des moussons 
ressac, pluie sur les toits et pluie sur les manguiers
un air de reggae dans la nuit
et sous l'ampoule nue , le refrain du marteau
écrasant le métal, caisses, roues , guidons
tôles froissées  qu'avale la lagune

le cri de l'oie et celui du crapaud
pluie d'ombres pluie sans lune
qu'effaceront les matins innocents 
de leurs eaux de turquoise, 
et dans le lit des vagues les ciels d'armoise rouge 
du couchant

.

.

extrait de Suite malaise : voyage Malaisie- Singapour ( Septembre Octobre 2022)

( partage de Susanne)


Contre le ciel – (Susanne Derève) –



Le Cénaret Lozère en Causses – René Chabrière

La lumière,
aussi incisive que la réverbération du soleil 
sur la neige.

Contre le ciel se hisse la montagne,
près du plafond de verre,
l'azur des anges.

Ainsi était hier,
le Causse aujourd'hui est aveugle,                                         
obscurci de nuages                                                                 
et la brume entraîne le jour dans sa chute, 
                                                                                                 
comme nous avons chuté dans l'automne                               
au retour de voyage.

.


Retour – ( Susanne Derève ) –


Yves Klein – Fire color 30
L'hiver nous pose sur la rive 
dans un coin du foyer ,
 - bleus vestiges du voyage -,
nous voguons désormais à l'amble d'un feu de bois
vaguement ivres encore de la traversée.   
                                                                                                                                                                         
Je cherche un mot pour nommer 
le navire que la lame porta sur la plage,
le chemin harassé du retour, l'échine grise de notre toit 
à l'horizon.                                                                            
Ta main dresse à présent le bois de cheminée,                           
et de ton souffle naît le feu.                                                      
                                                                                      
Chuchote-moi les mots :
antre, abri, vaisseau,        
la bûche est un bras mort,                                                                      
un bardeau de lumière qui sombre au fond de l'âtre, 
aisselle noire d'où jaillit plus vive la flamme,  
la lame rouge du tison par ta bouche avivée                                                                                                                                                                            
                                                                                                            
qu'enfante l'étincelle, fleur avide, 
lèvre dévorante,                                                                                 
l'encre de son masque fiévreux sur nos peaux,                               
dans nos verres sa figure riante,                                                                                                                                 
son ombre affamée sur les murs, 
                                            
elle, qui fut doigt divin, poussière, 
silex, cendre                                                              
où couve sous la pierre jusqu'au matin
la rouge braise.  




Tioman l’endormie – (Susanne Derève) –


Kuala Besut (Malaisie) – photo RC

.

A Tioman, le temps n’a guère d’importance

seuls les nuages passent

Les hommes attendent que la pluie vienne

ou bien qu’elle cesse

avec l’indifférence de ceux qui ne possèdent

rien d’autre que le soleil

le chant des vagues et l’eau du ciel

***

A Tioman, des chats faméliques hantent les rues

avec la même démarche lasse que les hommes,

Ils n’attendent rien, les chats, les hommes ,

que quelques miettes et ce qu’offre le ciel :

la morsure du soleil et la pluie des moussons,

pluie insensée à leurs oreilles

qui martèle inlassablement les toits de tôle,

efface les bruits du monde, et s’insinue

dans leur sommeil

.

.

extrait de Suite malaise : voyage Malaisie- Singapour ( Septembre Octobre 2022)

( voir partage de Susanne)

Tioman , chaton – photo RC

Petit-matin aux Perenthians – (Susanne Derève)


Baliste (photo web)

.

Les voix du ciel tirent le mécréant du sommeil

vers 5 heures du matin

Quand elles s’éteignent , reste le bruit des vagues

et des climatiseurs

un rêve de turquoise , et les dents acérées

d’un baliste moqueur creusant son nid ,

indifférent aux bruits du monde .

.

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extrait de Suite malaise : voyage Malaisie- Singapour ( Septembre Octobre 2022) ( voir partage de Susanne)

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Dans l’ombre des varangues – (Susanne Derève) –


Varan , île de Tioman (Malaisie) photo RC

.

.

Les varans vagabondent dans l’ombre des varangues

et sur la plage à marée basse

la plage arasée de soleil

leur grand corps paresseux s’étire contre le sable

chaud

.

Dans le pli des vagues un nuage

de sergents-major en habit de bagnard

ondoie sous le grand éventail rose des acropores

Furtif ,un poisson-flûte glisse à fleur d’eau

.

.

Poisson-flûte ou poisson trompette , île de Tioman

.

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extrait de Suite malaise : voyage Malaisie- Singapour ( Septembre Octobre 2022) ( voir partage de Susanne)

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Perhentians – ( Susanne Derève)


Iles Perhentians – Malaisie

A l’heure où résonne l’appel à la prière

tu te fais fantôme,

épousant frileusement la mer de tes sombres foulards,

elle, que j’embrasse à pleine poitrine,

et qui me rend au centuple sa monnaie de lumière,

ses ors, ses turquoises, ses poissons chamarrés

et ses doigts de corail, son sable de fine farine,

la chape étincelante du ciel à midi.

.

Quand sonne le muezzin du couchant,

les dernières barques gagnent le port pour y jeter l’amarre.

Les pourpres noient la mer de Chine,

de fins nuages blancs étêtent les montagnes

et la nuit tend ses voiles , la nuit

est ta compagne.

.

.

.

extrait de Suite malaise : voyage Malaisie- Singapour ( Septembre Octobre 2022) ( voir partage de Susanne)


Age d’or – (Susanne Derève) –


Photographie RC (Lozère)

                       
Le jardin le mur 
les sapinières
le dos nu de la montagne

Si loin que porte l’oeil
les courbes se succèdent jusqu’à cerner 
le ciel   

Moi qui emprunte des chemins détournés                                                                                    
de rocaille et de pierre
le lézard me dit "hâte-toi"
et je lui donne à boire
la rosée de la nuit

si pâle ce matin 
- peut-être de l’averse -
L’orage avait fendu les fruits
et les guêpes à midi 
creusaient 
l’entaille brune

Blonde était la lumière
qui s’attardait ce soir 
sur la montagne 
au-delà du jardin du mur 
de la frange bleue des sapins
et du vieux pont sur la rivière

 
 


Ce que les oiseaux n’ont pas vu…- ( SD-RC )


Entre tilleul et cerisier,
J’ouvre une parenthèse:
mains, peau, émois, éveil, ….

Quelques éclats de soleil
nous caressent à notre insu.

Ce que les oiseaux ont vu,
je ne le dirai pas…

Dirai-je ce qu’ils n’ont pas vu :
la valse tendre de nos doigts
dans l’ombre du feuillage,
les étoffes froissées,

dansant,
ton corps léger , flottant dans l’air,
sous la lumière complice,
baignant le couvert de petites parcelles d’or
que tu n’as pas saisies.

C’est qu’ils n’ont pas surpris
la douce chanson du désir…

L’été s’est installé
dans un soupir…

SD-RC août 2020


Earendel – (Susanne Derève) –


Galaxie de la Roue du Chariot ( téléscope James-Webb )
 
Doux logis,mol édredon d’hiver voué au roulis 
sonore des tempêtes,
la pluie battait fort aux fenêtres.  
Haranguant le vent,je rêvais de varangues livrées 
aux nuits d’étoiles, 
aux insolentes moissons du Ciel que me contait 
Le Monde *.

Earendel,ta flamme éteinte poursuivait son chemin 
tandis que La Grande Ourse, dans les mains 
du Sculpteur,abandonnait la Roue de son Chariot 
ailé au feu de galaxies lointaines,

à des millions d’années-lumière de nos soleils, 
dans des ornières célestes où la boue des chemins 
s’ornait de sombres nébuleuses et de poussières 
d’astres…

Big bang, sarabande cosmique dans le premier milliard d’années de l’Univers: supernovae,trous noirs,comètes,astéroïdes…

Deçà mes volets clos cinglait la pluie maligne, 
elle noyait ciel et terre dans le temps sidéral, 
et moi,le nez dans les étoiles,je cherchais 
le sommeil,mol oreiller sur les oreilles,
mes fenêtres donnaient sur la mer… 

*- très librement inspiré de l’article du Monde du 29/08/2022 :

Télescope James-Webb : son album de l’été ( David Larousserie) –