voir l'art autrement – en relation avec les textes

Susanne Derève

Earendel – (Susanne Derève) –


Galaxie de la Roue du Chariot ( téléscope James-Webb )
 
Doux logis,mol édredon d’hiver voué au roulis 
sonore des tempêtes,
la pluie battait fort aux fenêtres.  
Haranguant le vent,je rêvais de varangues livrées 
aux nuits d’étoiles, 
aux insolentes moissons du Ciel que me contait 
Le Monde *.

Earendel,ta flamme éteinte poursuivait son chemin 
tandis que La Grande Ourse, dans les mains 
du Sculpteur,abandonnait la Roue de son Chariot 
ailé au feu de galaxies lointaines,

à des millions d’années-lumière de nos soleils, 
dans des ornières célestes où la boue des chemins 
s’ornait de sombres nébuleuses et de poussières 
d’astres…

Big bang, sarabande cosmique dans le premier milliard d’années de l’Univers: supernovae,trous noirs,comètes,astéroïdes…

Deçà mes volets clos cinglait la pluie maligne, 
elle noyait ciel et terre dans le temps sidéral, 
et moi,le nez dans les étoiles,je cherchais 
le sommeil,mol oreiller sur les oreilles,
mes fenêtres donnaient sur la mer… 

*- très librement inspiré de l’article du Monde du 29/08/2022 :

Télescope James-Webb : son album de l’été ( David Larousserie) –


Croiseurs – (Susanne Derève) –


Photo-montage RC

Croiseurs
Les lignes d’horizon sont froides

Ciel grues filins jetée
et les filets du jour au pied du môle,

ses rêts de nuages plombés emprisonnant 
l’arête d’un rayon pâle, 
le dos de métal luisant d’un squale à demi
immergé:

Terrible *, Suffren *,
parfum de guerre voilé
de sel, de belliqueux embruns,
ballet martial,                                                                 

parade silencieuse,   

à quelques encablures 
de quai de nos vies insouciantes, 

proche, si proche
que les chroniques des journaux 
du matin en paraissent innocentes

le café plus amer … 

l’insoutenable boucherie de la guerre, 
la lointaine frontière d’Ukraine, 
soudain palpable, glaçante, 
familière. 

* sous-marins nucléaires français. Le Suffren, a été
mis en service le 3 Juin 2022 dans la rade de Brest.

Au jardin des explorateurs – (Susanne Derève)


Brest – Jardins des Explorateurs –
Au jardin des explorateurs
le  parfum de miel 
des genêts,les pierres noires,        
trois cloches ailées sonnant midi.   

Longeant le môle,
une voile blanche ploie sous le vent,  
telle Boudeuse,qui prit la mer vers l'Amérique 
et que suivit son Etoile. 

Terre, avaient-ils crié, 
Nassauvias,Bougainvillées !
Est-ce un souffle dans les feuillées  
ou bien leur voix qu’on croit surprendre 
et qui se tait ? 

Jardin des explorateurs


Rivière – (Susanne Derève) –


Paul Cézanne – Le pont des Trois-Sautets –
Un chant, ce soir, dans le jardin.
Le jour, passé à battre la rivière 
jusqu’à cette nasse d’eau profonde 
où je me suis baignée,
après le casier bleu aux écrevisses,  
dans le reflet éparpillé des saules.

Et d'y saisir dans le cours silencieux 
du flot
le bond étincelant d’une truite                                                         
… aventureuse.



. 

Jour de marché – (Susanne Derève) –


Auguste Chabaud – Le marché à Graveson
    
    Tu flânes sur le parvis 
    dans l'ombre mauve de l’église, 
    lumière d’été,chapelets d’aulx.
    C’est marché,Samedi,de fleurs,
    de miel et de fruits rouges,
             d’odeurs  
    de volailles rôties,de menthe
          et de pain chaud. 
             

    Auprès de la fontaine,
    sous les marquises blanches
        l’étal aux livres,
    tu glisses dans ton panier 
    Rose Ausländer,la rose errante
    qui te dit « Non,je n’oublie pas, 
    les années marquées au fer »*

* rose ausländer – ich spiele noch . je joue encore  (le bousquet-la barthe edition.)


Verts – ( Susanne Derève) –


RC ( René Chabrière) – Gris de Payne variation 5
Feuillées, 
Le vert y est-il vraiment vert 
-et la joie que je chante est-elle joie ?- 
J’y devine des gris d’ailes et de nuages,  
ceinturés de regrets, 
un bleu d’azur filé, des ocres, 
des terres brûlées,                                                                                          
un miel dentelé de fougères,(de la géographie
légère d’un rêve inachevé); 
j’y vois des pailles sèches tout près 
de s'embraser, des troncs cendrés,
les bractées pâles des tilleuls vibrant 
d’un reste d’enfance, 
un mur festonné de mousse                                                        
où des fleurs minuscules,de frêles saxifrages 
à peine dentelées de rose 
pointent leurs corolles tendres vers la lumière 
et loin,très loin, sous le couvert
à l’heure où les verts se répondent
le  cerne d’or d’un fruit sauvage 
jailli de l'ombre,
-la joie que je chante est joie!-


Fleur de sel – (Susanne Derève)-


Bords de Rance
Grèves du temps passé,
qui demeurez blondes et légères,
quand tout passe.

Tant vous ai-je jeté mon filet 
pour y saisir le menu fretin du flot
l’onde claire,
les verts émeraude du soir, 
quand de ma brasse fendais l’eau,
en brisais la surface d’ombre.
 
Miroir sans tain,sous le reflet des pins 
les pierres engluées d’algues,
la vase grise  
me renvoyaient déjà la nuit.

Grèves, 
dans ma bouche 
le baiser saumâtre des vagues, 
sur ma peau 
leurs rigoles blanches, 
la fleur de sel des estuaires,
domptant le vent, enlaçant au rivage 
la femme-songe que j’étais,                                                                             
celle-mémoire que je suis 
traquant l’enfance de mes rêves,
l'ancienne liesse des vives-eaux,
où nous jetait la mer, 
avant que l'homme y fit barrage. 
 
 

Solstice d’été -(Susanne Derève)-


Photomontage RC

La pierre : tiède sous le doigt, comme une chair repose
au sortir du sommeil, promise à la marche de l’aube.

Au solstice d’été, la nuit peine à jeter son voile ; demain,
les jours raccourciront, entameront leur course lente vers le déclin
et leur douceur ne sera plus que la trêve illusoire
qui précède leur mort.

Mais ce soir, la lumière est reine.

Dans le dernier sortilège du jour, le fief limpide de l’azur
résiste encore, gagne en transparence, en pureté,
s’étire, blanchit en longues bandes virginales à l’horizon,
même si l’irruption de la première étoile annonce sa fin prochaine ;

un bleu d’estampe,
que vient griffer, comme le rideau tombe, le vol furtif
des pipistrelles.



Viens boire dans ma main, l’oiseau – (Susanne Derève)


Françoise Pétrovitch – oiseau –
Viens boire dans ma main,l’oiseau.
L’aile du vent s’est tue.

On annonce aujourd’hui 50° à Rio 
et autant à Paris,
et la voix qui claironne la mort
lente des ombres, 
celle bleue du figuier,
et la joue ronde du cormier,
et le voile doré des trembles, 
qui égrène les villes,les fleuves,
les pays,
 
La voix dit:

« à Rio,les mangroves ont séché;
Paris n’entend plus le chant menu 
des fontaines.

À Rome,le marbre s’est brisé, 
et l’asphalte a fondu à Londres 
et à Memphis; 

le Rhône et le Danube ne charrient 
plus que des boues lisses,
 
et le sel sur les rivages de nos étés 
trace des routes blanches qui crissent 
sous le pas comme du verre pilé ». 

Viens boire dans ma main,Oiseau,  
je te dirai une autre histoire 
où tu nichais dans la fraîcheur 
des granges;

les matins s’habillaient de perles 
de rosée 
et le froid emportait les migrations 
d’automne vers de nouveaux étés.
 
C’était un temps ancien où les oiseaux 
chantaient.


Le sable des étés – (Susanne Derève) –


Plage Sainte-Marguerite (Finistère)

Serre-moi fort entre tes bras,
j’oublierai les marques du temps :
celles qu’il laisse au coin des lèvres,

et puis celles invisibles qu’on cultive en secret.
Est-ce ainsi qu’on devient, un très vieux sablier
qui voit filer entre les doigts son rêve usé,

fragile cerf-volant de papier qui s’abat sur la plage,
et le ciel verse les images du passé.

J’ai trop voulu étreindre,
tenir entre mes mains le sable des étés,
la mer se retirait si loin

– ce n’est plus qu’une buée légère au fond des yeux,
un scintillement bref, un regret –

Nos jours s’abandonnaient au souffle vaporeux
des grèves , puis nous rendions la plage aux nuits
et la mer insatiable y érodait sans trêve
les dunes arasées.

N’en reste que l’écume, un peu de bois flotté.


De mon aiguille patiente – (Susanne Derève) –


– Photographie web – Paul Hunter –

De mon aiguille patiente 
je reprise les plaies du temps
 plaies vives
 plaies rebelles
À la fenêtre le blanc troupeau de nuages 
d’une aube grise vient enserrer le jour                                                              
J’attends 
l’instant d’après 
 - celui de la belle ouvrage -
où renaît ton sourire 
un  lever d’hirondelles
dans l’azur pantelant d’un ciel
 d’été 


Razzia – ( Susanne Derève) –


Manual of the Mustard Seed Garden. China, between 1679 and 1818. Photo by Maria Govtvan

Quelle invisible mandibule a tissé sous l’ombrage ces poinçons de lumière aux feuilles des tilleuls ? Dépouillé le lys blanc qui tremble, nu, au vent ? Qui des cerises, en maraudeur, ne m’a laissé que les noyaux ?   Ô  sphinx, criocère, étourneau !


Le vent – (Susanne Derève) –


Félix Vallotton – Le vent –
Ce vent soudain levé emportait tout 
à travers lui :
L’accablement des jours passés                                             
dans la chaleur caniculaire de Juin, 
un peu de nous soustrait à la fournaise                                                          
derrière les volets clos,le linge
arraché au séchoir,l’odeur de lessive 
et de paille,les chants d’oiseaux.

Peut-être emportait-il l’été dès avant 
sa naissance, 
dont n’avaient plus que faire 
nos peaux brûlées,les feuillages pantelants     
de soif,les mottes grises,l’herbe jaunie.

Il emportait le silence du monde :
Nous savions que le soir venu descendrait 
la clameur du haut des granges,
quand la poussière retomberait avec la pluie, 
et nous nous trouverions tout à coup 
frissonnants,étonnés de sentir sous nos pas
la terre frémir,s’ébrouer.

Nous le saurions alors ce qu’était le cadeau 
du vent :
les parfums retrouvés, cette jouvence 
dont nous partagions l’ivresse 
et qui marchait vers la vallée
porter la fraîcheur de l’averse



Lotus – (Susanne Derève )-


Ninh Binh (Vietnam) 2016

Un peu de terre,
et le chaos des pierres
que vient baigner le flot,                                               
rives,limons,rizières. 

Sous le sampan de bois, 
les lotus à fleur d’eau 
comme une peau légère 
et sur leurs tiges frêles, 
la jupe tendre des corolles,                                                                            
rose,
translucide, 

d’où naît le poème ancestral,                                                                                    
celui qui tient le temps 
dans ses filets, 
le porte jusqu’à nous          
en son précieux calice.

Aux faces parcheminées, 
aux visages étoilés de sueur 
sous la paille,
à leurs bouches édentées,je dérobe 
un sourire. 
Telle chaleur en deçà de l’ombrelle, 
la chanson filée de la rame 
en sourdine.

Je ne trahirai ni l’effort 
ni le silence,
ni la parole lente, 
je tairai les mots. 
Le bonheur est patience.






Ninh Binh (Vietnam) 2016





Midi aux oiseaux- (Susanne Derève)


Fernand Léger – Oiseaux sur fond jaune –




Trois nids  
Un va et vient sonore de pépiements 
et de bruits d’ailes
entre le toit et la remise

un oisillon tombé du nid, 
à peine mort,que déjà les fourmis carnassières 
sont à l’oeuvre

C’est midi au soleil 
Le coq au cadran veille 
On voudrait faire silence mais c’est un roi 
sans trône que le silence 
tant l’air résonne de trilles 
et de vols affairés

Le rouge-queue,inquiet,caquette comme une poule 
Le moineau lance inlassablement de la gouttière
son cri fluté

Il faudrait graver dans le bleu du ciel 
ces chants d’oiseaux, 
avant que dans sa course folle 
un couple d’hirondelles ne les disperse au vent   



Nicolas Granier – Brèves de poésie ( sur textes de RC )


Nicolas Granier, dans ses émissions régulières « brèves de poésie », vient de faire lecture de trois de mes écrits qui ne sont pas encore publiés ici… c’est l’occasion d’écouter une belle interprétation orale , puisque la plupart des textes sont conçus de façon à porter la musique des mots, comme s’il s’agissait d’une partition….

( qu’il en soit remercié )

Voir le lien Youtube me concernant

comme celui sur les textes de Susanne

« ainsi se jouent les jours » peinture acrylique R Chabrière

Nicolas Granier – Brèves de poésie (Susanne Derève) –



 

Elegie

Paroles

Appelle-moi encore

Ame qui vive


Elle disait – (Susanne Derève) –


– photo SD –
Elle balançait son pas léger sur le pavé 
des rues 
et ses cheveux flottaient 
comme d’anciennes voiles 
avec leur lien de chanvre abandonné au vent 

Elle disait:
Je m’en vais pour longtemps
et son regard brillait du fol émoi 
qui gouverne les rêves
habillait l’horizon de palais de lumière 

tandis que j’y voyais lever un éternel hiver 
Elle disait je m’en vais 
dans son oeil tremblait le reflet des lagunes …

et j'y noyais mon infortune

Poppies – (Susanne Derève) –


Vincent Van Gogh – Champ de coquelicots –
Ne crois pas que les coeurs s’éteignent
Poppies   coeurs charbonniers    

le vent s’en joue et les malmène
froisse leurs pétales à regret   
     
Ainsi agaçait-il les jupes rouges 
des filles  le vent 
avec ses ailes bleues de paon 

feu follet sur la lande palpitant sous la boue 
et la nuit comme un cierge
brûlait à nos genoux   

Lande brune de bruyères et d’ajoncs
croix des calvaires jaunies de mousses
la pierre sous nos doigts était douce 

et les lointains noyés dans les brumes d’été 
résonnaient de la mer  la grande Ourse de sel  
sur les sables déserts

Poppies  
ne crois pas que les coeurs s’éteignent
Là où les champs de blés essaiment leur butin 

on voit parfois des fleurs aux croisées 
des chemins    un sanglot rouge    
que noie le vent marin







 



Ici, on a les oiseaux – (Susanne Derève) –


Max Ernst – Les oiseaux –
Ne t’inquiète pas :
ici, on a les oiseaux, 
qui font de charmants tête à queue 
sur la gouttière, 

Ils  piaillent, piaillent 
 - et pas besoin de leur répondre -
recouvrent de leur chant l’incessant va et vient 
des voitures qui vrombissent au bas du jardin,
et sèment leurs miasmes de gazoline au soleil

Ne t’inquiète pas pour moi, appelle 
quand tu peux, 
les oisillons sont nés, ils tendent un bec avide
comme un enfant jamais rassasié 
de tendresse ; 

et puis voilà qu’un moinillon prend 
son premier envol, 
atterrit tout ébaubi à mes pieds, 
recouvre doucement ses esprits 
pour gagner le couvert d’une patte incertaine

Le second s'égosille au bord du nid s’avance,puis recule, 
effrayé,tel nageur vacillant 
pris de vertige en haut du grand plongeoir 

Et pas de mère oiselle pour lui venir en aide 
sous le vent …




Père, Mère – (Susanne Derève)


Maurice Denis – Malon et les hortensias (Musée des Beaux-Arts de Brest)
Père, mère, 
on vous abrite toute une vie,                                                                         
oiseau fragile nous portant d’un coup d’aile 
au-delà de nos rêves,
ou  talisman de pierre nous plombant de regrets 

Tes rêves, père, 
comme un livre entr’ouvert dans mon regard d’enfant, 
de jeunesse guerrière,d’eaux neuves,  
de poissons glorieux entre tes mains agiles                                 

Tes rêves, mère aux pantoufles de vair, 
façonnés de tendresse et de rires                                                         
d’étoles de velours et de tables dressées    

Dans vos sourires flottait la tranquille certitude                                                               
de l’amour,  
et je le cueille encore,orchidée sauvage  
dans les prairies fécondes du destin, 
je le dessine au-delà de la perte et de l’oubli
en  palimpseste du souvenir 
pour récrire l’histoire de vos vies, 
plus fervente et plus douce,telle qu’en vos rêves                                              
juvéniles avant la pluie, 

avant le naufrage de la mémoire,des paroles, 
des non-dits,
avant que le dernier train qui s’éloigne 
ne me laisse seule 
et dépourvue au bord du quai, 
serrant mon blanc mouchoir d’adieu,
Père, Mère aimés,
sans bien comprendre encore  
que je vous ai perdus



Au fil de l’eau – (Susanne Derève )


photo RC -Bords de Rance –
Au fil de l’eau,  
un bruit de baiser sur la roche, 
le rire léger de la marée étale,
telle transparence qui arrache 
aux pierres plates 
sous la surface de doux reflets de perle

la chanson lancinante de la vague va va va 
et revient   
avant que les courants ne refluent et t’emportent
comme fétu de paille
ou ne te laissent échouée sur l’estran 
de boue grise
tremblante sous le vent 



Éoliennes sur champs de colza -(Susanne Derève)-


photo web retouchée
Eoliennes sur champs de colza,
jaune apparat pour fleurs d’acier, 
et de joyeux nuages en gardiens du troupeau
céleste. 

J’imaginais des clairs-obscurs agrestes
des ciels champêtres  de tendres bosquets 
de printemps...  

Qu’une bourrasque les emporte !

Les fleurs distilleront la lumière du vent 
et les prairies engraisseront la toile 
de mes rêves
pour les changer en or. 


Chemins de Rance – (Susanne Derève) –


Bords de Rance (2019)
La joie,
envahie par l’herbe du temps 
comme tronc mangé de lierre,
trèfle dans la prairie, 
à ajuster mon pas dans les pas d’autrefois, 

joie morcelée, 
ce chemin mille fois emprunté 
qui devient  dépossession de soi,
quête illusoire
dans les lieux que portait l’enfance,
des sons,des odeurs,des voix. 

Manque le bruit des voix, 
des frôlements,des rires,leur soudain éclat
comme au fil du diamant. 
Manque le poids des corps et des étreintes
et l’épaisseur des chairs, dense,
leur ombre chaude dévoilant le soleil,
cernant les peurs,les devenirs.

Joies éphémères, 
tous les chemins de Rance portent
mes souvenirs,  
seul les noie le chatoiement de l’eau
dans la lumière,les mille et un fragments 
de son miroir brisé 
où la mémoire s’immerge, 
un instant pacifiée.



Amarres – (Susanne Derève)-


(vidéo RC – Bords de Rance)

 

 

Elles n’auront guère changé à l’échelle d’une vie :

rives de vase, mêlées de sable ou de boues grises,

de coquillages ,

polies par le lent va et vient des marées.

 

Sur l’estran, c’est le même bois flotté

qu’on ramasse, année après année,

les mêmes algues sèches en haillons de dentelles

aux bras des  églantiers,

le squelette rose des étrilles qu’émiette

patiemment le vent.   

  

Simplement, la main au fil du temps hésite

à les cueillir et l’œil se fait caresse,

sondant les eaux-mortes des grèves

pour y  surprendre l’aigrette blanche à l’heure

où  les ombres s’allongent , 

 

le vent tombe, 

on ne distingue plus le fil du rivage

mais seulement la silhouette gracile de l’oiseau,  

et l’on devient soi-même  oiseau

fragile et solitaire

à regarder sombrer le ciel :

oiseau , amarre, attrape-rêves.

 


Sur la pointe des pieds – (Susanne Derève) –


Kasimir Malevitch – L’homme qui court (Sensation du danger)
          
         Rends plus léger ton pas,
         qui donc irait te suivre  ?    
         Cueille,
         cueille sur la pointe des pieds 
         l’éphémère beauté, 
         la danse fragile du printemps.
 
         Prends soin de dérober ton larcin 
         aux regards,
         bientôt il ne sera plus temps : 

         le chemin des saisons s’égare
         et voici que rampe à nouveau 
                       la bête immonde 


                                 

Elégie – (Susanne Derève)


Piet Mondrian – pommier en fleurs –
Arbre
dressé vers le ciel 
élégie de bourgeons tremblants 
dans la lumière du soir
 
Chez nous tout arrive tard
la promesse de vie est si longue à venir
qu'on la croirait perdue 
à la dérive
 
dans les glacis de l'hiver
comme ces longs nuages à la remorque  
des oiseaux de passage
 
Soubresauts
L'hiver chez nous est si long à mourir
grêle pluie vent
pâles brouillards de givre et de lune froissée
 
Mais un arbre dressé vers le ciel 
élégie de bourgeons tremblants 
d'un vert si tendre
un arbre
annonce le printemps
 

poème lu par Nicolas Granier -7/06/2022