voir l'art autrement – en relation avec les textes

Susanne Dereve

Petites pièces (Susanne Derève)


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 Berthe MORISOT  Jardin de roses (1885)

 

 
Pigeons
roucoulements du matin
tendresse

et le sommeil qui fuit
paresse
je reste au lit
                *
Soleil
c’était hier sous l’érable
chaleur    ombre
Mêlées

 

sommeil d’après-midi
bonheur d’été
                *
Roses blanches, roses rouges
auxquelles la chaleur sied
les hortensias bleus ont fané

 

L’orage gronde et rien ne bouge
                *
Mais ce matin
fraicheur et pluie
le bleu a disparu de la palette

 

tout est gris
C’est au loin que  l’orage a fui
               *
Changement de décor
dans mon tout petit monde
que Lodge me pardonne
mes emprunts

 

Ce n’est pas  la brume
qui monte

 

ce sont les vapeurs de la terre
et ses parfums
              *
Un espace un silence
demeurer ainsi
dans l’instant 
vide de sens

 

Espérer que l’éclat du soleil
ne le dérobe pas

 

ni le pas qui s’approche
ni la porte qui s’ouvre et grince
sur ses gonds
sursaut

 

Chercher le silence profond
même la nuit est un fardeau
                *

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Dansé sur l’eau (Susanne Derève)


        
 Jean DUFY Le Havre 1888  

 

Grande fille des brumes
épousant  la nuit
aux mains de bitume
quand le jour s’enfuit

 

 
aux bras de métal,
aux mains de laiton
aux yeux de lagune
et peut-être au fond

 

 
tout au  fond de l’eau
si le temps  est clair
sur le sable gris
ou sur une pierre

 

 
une étoile nue
fragile anémone
offrant au reflux
sa longue couronne

 

 
Fille de la mer et fille du vent
grande fille des airs
au soleil levant
diluant  la brume
étreignant le ciel         
                                            
 
et ton cœur qui bat
comme un arc en ciel
comme un sang vermeil
au dessus de l’eau

 

 
sauté sur le pont
le pont d’un bateau
qui quittait le port
et dansé là-haut
      avec les aurores

 

 

 Raoul DUFY Le port de New York
 

Hasards (Susanne Derève)


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     L’arbre rouge, 1909 (Piet Mondrian, 1872-1944)

 

Pourquoi  donc     ce bois mort
cet autre  a résisté au gel 
Pourquoi       ce ciel de fin d’après-midi
soleil après la pluie  la course
des nuages  leur froid baiser
de bruine  aux oiseaux de passage
Pourquoi     mes roses hachées de grêle
et les tiennes épargnées   était-ce
que ce vieux mur les tenait à l’abri
du vent    ou le fruit du hasard
celui qui m’avait fait t’aimer
un jour et en payer le prix
et puis ne plus t’aimer
un matin  on s’éveille transi
et l’amour n’est plus qu’un bois mort
entre des bras meurtris
un fruit tavelé   un remords
Il ne reste qu’à fuir     à temps
–   avant –   d’avoir gâché
ce qu’on a pu  sauver de la grêle
et du vent 
et ne rien emporter 

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  L’arbre gris, 1911 (Piet Mondrian, 1872-1944)

                                            
                                            …    qu’un regret du printemps 

 


Patrick LAUPIN Il y a la terre ( Œuvres poétiques Tome II Ed La rumeur libre)


Résultat de recherche d'images pour "john singer sargent the black brook"John Singer SARGENT   The black brook 1908

 

IL Y A LA TERRE, SOUVIENS-TOI  de tel ciel tel été, une ombre discordante et pure. Il y a la terre et l’eau, ce tremblement à peine perceptible du corps et des lèvres, une pâle buée, l’empreinte visible du temps. Mais ce n’est déjà plus. Ce ne sont  plus jamais ce cœur ni même cette voix. Notre vie est une part de ce que nous ne savons plus retrouver, non plus vers quoi nous ne savons nous retourner. Je n’imagine aujourd’hui rien de plus émouvant que cette rosée matinale sur tes joues, ces pétales de rose posés doucement sur tes lèvres, à l’orée de l’autre hiver. Le monde se referme, la lumière nous quitte et ne laisse rien. Nous demeurons. Devant. Im­mobiles, ouverts, vacants. Guettant l’alerte et le moment, le point du jour, la première aurore, si fragile, si proche, comme sous le coup d’une butée venue du fond des âges, la première déflagration dans la nuit humaine de la pensée.

 


Promesse (Susanne Derève)


 

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Cézanne  Le jardin des Lauves  (1906)

Promesse d’un vent clair
les feuilles argentées des peupliers
le vent calme
à peine un soleil
 
Enfouie  toujours – toujours –  l’attente
de ce qui serait
un bruissement dans l’air
le poids du silence
ce qui ne peut se dire
et qui pourtant se fait écho
pour un mot retenu un bruit un son
le louvoiement de la lumière
entre les branches
 
A cette place près du ruisseau
– et les pierres jamais ne mentent –
est-on de trop
cette  vie indicible sous les berges de sable          
ensevelie sous les roseaux  faut-il que toujours
nous tourmente ce qui n’est pas
ce qui n’est plus
le flot qui s’écoule et tarit
ces linges comme effeuillés comme
échappés aux doigts
et puis ce peu qui me reste de toi
après que se soient dissipées
les dernières franges de l’ivresse
                                          l’éveil
qu’ait reculé le jeu des ombres
pour faire place  au zénith
à cette torpeur violente dans la maturité
du jour
elle, seule, dénoue l’attente
sourde, elle que la lumière plombe,
qu’écrase le cadran des heures,
cette torpeur solaire avant que ne descende
le soir écartelé
dans  la douce plainte argentée des futaies
–  profonde  – dans le  vent léger
 
 

Paul-Jean TOULET Les Contrerimes (II)


 

 

Image associée

   Edouard VUILLARD  La nuque de Misia  (1897-99)

 

Toi qu’empourprait l’âtre d’hiver

 Comme une rouge nue

Où déjà te dessinait nue

  L’arôme de ta chair;

 

Ni vous, dont l’image ancienne   

Captive encor mon cœur,

Ile voilée, ombres en fleurs,

  Nuit océanienne ;

 

Non plus ton parfum, violier

 Sous la main qui t’arrose,

 Ne valent la brûlante rose

 Que midi fait plier.

 


Gris lointains ( Susanne Derève)


 

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Peinture : Joaquin Sorolla  (Three boats by a shore)

 

L’eau est grise

gris les lointains

de ce gris qui précède la clarté du matin

bien avant que le vent se lève

 

Au creux des grèves à marée basse

il y a la sinuosité du courant

dont la courbe épouse la rivière

long serpent paresseux

qu’accroche  çà et là  un éclat vif argent  

de lumière

 

M’en souvient     cet éclat

anguilles entre nos mains d’enfants

arrachées au ruisseau

–  autrefois  –

et rendues malgré nous aux roseaux

dans le secret des pierres humides

 

mains vides    paumes ouvertes

dans l’œil ne nous restait qu’un éblouissement

incrédule     –  un aveuglement –

dont tu te détournais trainant  les pieds

en maugréant      puis tout à coup   limpide                                                                    

ton rire ricochait

comme les pierres sèches que nous lancions

à plat  l’eau       ton rire  rebondissait

comme les pierres      de loin en loin

 

les pierres étaient légères et notre enfance

se passait

à fourrager dans les guêtres bleues des rivières

    estuaires  de vase nue                                                                                    

où s’affaissait le ventre vermoulu des barques

avec leurs fonds d’eaux stagnantes

aux relents de goudron et de sel

 

Poches percées

semant les coquillages comme des  Petits Poucets

sondant l’eau grise     en arpentant le cours

ce gris de tourterelle

nous en savions par cœur la ritournelle

le chant sur les doigts de la main

J’en ai bouclé la boucle ce matin