voir l'art autrement – en relation avec les textes

Susanne Dereve

Hirondelle – Susanne Derève


l'hirondelle immobile Salvador Dali

  l’hirondelle immobile – Salvador Dali

 

 

 

Hirondelle

Ton exil est-il ici

ou là-bas

 

Ton exil est-il chez moi

et le mien  privé d’ailes

 

Hirondelle

 

 

 


Couleur – Susanne Derève


 

La naissance de Venus 29211518951

Max Ernst – La naissance de Vénus 

 

 

J’ai jeté une couleur sur la toile

puis une autre

rouge

bleue

en émerge un violet profond

et dans le soudain  rayon qui l’éclaire                                                            

quelque chose de toi

un jaune ardent  

un soleil pâle

un gris de faille au fond des yeux

comme un tendre passe-muraille

 

 

 


le pêcheur à la ligne- Susanne Derève


 

pecheurs a la ligne g seurat

   Georges Seurat – Les pêcheurs à la ligne

 

 

L’ombrage,

la dérive lente des corps dans les heures chaudes

de midi,  

le lit des eaux   de graviers et de pierres,

les berges fraîches des rivières,

le frisson des poissons d’argent.

 

Sous les arches des ponts ,

le silence habillait le vent  d’un tendre écho.

 

Tu ne me disais rien de sa caresse sur la peau,

du cerne obscur des voûtes grises,  

et quittée  l’ombre,   du soudain vertige 

de la lumière,  de l’éblouissement  du soleil.       

 

Sur la berge dorée,  étais-tu   ce pêcheur

à  la ligne,   musette vide,

rêvant d’une truite arc – en – ciel   ?            

 

 

 


Caballero – Susanne Derève


 

fona ona & fd barq -- vert

  René Chabrière – photomontage

 

 

 

 

Te souviens-tu ?

 

En cette  fin d’après-midi d’été

De  l’air brûlant comme une lame

Et sous le cintre des platanes  

Cernée par un muret de pierre                                

La fontaine de marbre usé      

Plaça Constitucio

A Soller             

En Juillet

 

Te souviens-tu ?

 

A l’angle de la Plaça Constitucio

A Soller

En juillet

Les rails du vieux tramway

Filaient droit vers le ciel

Coincés entre les murs chaulés

Les jardins et les  treilles

Et les haies de lauriers.

 

Tombaient déjà sur nous les voiles roses

Du crépuscule

Mais ils filaient tout droit

Vers les derniers arpents du jour

Alors que la nuit nous talonnait déjà                          

Filaient droit vers le ciel

D’un  bleu vert sidéral

Filaient devant  la nuit.

 

Alors  j’ai aperçu le caballero

Chevauchant l’ombre promise.

Je l’ai vu caracolant sur son étalon noir

Une fleur de sang étoilant sa chemise.

 

Là-haut, la gitane aux yeux verts,

Cœur de velours et de cendre

Se penchait au balcon de fer.

 

De sa robe luisait la moire.

Sous  la mantille de dentelle

Sa prunelle de jaspe vert                               

Brillait d’amour pour le rebelle .      

                 

Sous la lune piaffaient les chevaux

Impatients de ravir la belle

Eprise du caballero.

 

Te souviens-tu ?

 

De la Plaça Constitucio

A Soller

En Juillet

Et des rails du vieux tramway

Qui filaient  droit vers le ciel  ?

 

 

 

Mais bien sur

Tu ne l’as pas vu

Tu n’as pas vu le caballero,

Et tu ne l’as pas vue

La gitane aux yeux verts

Tu ne les a pas vus

Caballero.

 

 

 


L’enfer est un jardin de roses – Susanne Derève


 

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   Les roses du Styx René Chabrière   (ce que disent les images )

 

 

 

L’enfer est un jardin de roses aux confins de l’hiver

dont le parfum flétrit entre des portes closes

 

et le regard  s’il ose s’étendre vers la mer

n’y  croise  que les berges obscures des rivières

où le  Cerbère monte la garde

 

L’enfer est un jardin de roses aux épines amères

dont la robe s’étiole aux franges  du désert

 

et  les Parques une à une cueillent les roses noires

pour y fleurir l’enfer

 

 

Toutes Les roses du Styx  de  René,  fleuries,  fanées, en noir

ou en couleur sont à découvrir dans  ce que disent les images 

 

 

 

 

 

 

 


Impromptu – Susanne Derève


 

De zeedijk te Oostende, vaop het staketsel gezien 1910

  Léon Spilliaert – La digue d’Ostende 

 

 

Impromptu

Mot 

rire      sourire        éclat

Dans le grand embarras du jour

le ciel hésite encore

entre brume et soleil

ombre  close    et      lumière   

pâle estampe que froisse la brise d’été  

marine aux voiles blanches

un frêle esquif encalminé cherchant le vent

le vol impromptu du vent

l’éclat de rire des goélands

le mot à mot secret de l’aube

un sourire ténu aux lèvres du Levant

 

 


Oiseaux – (Susanne Derève)


 

monument aux oiseaux

                   Max Ernst – Monument aux oiseaux

 

 

    Petits coups de becs de l’amour

    Je regardais ce matin s’ébattre deux ramiers

    sur les basses branches du charme

 

    et ce midi ils  sont assis tout près de l’arbre

    sur un banc de bois  au soleil

    Elle les yeux baissés d’un air faussement sage

    et lui penché sur elle

 

    Que se disent-ils ?

 

    Moi qui n’ai que  ta voix  où nicher

 

 

 


Philippe Jaccottet – Accepter


Naomi Tydeman, Grey and Silver Marsh. Watercolour and gold leaf

       Naomi Tydeman – Grey and Silver Marsh. 

 

 

 

Accepter ne se peut

comprendre ne se peut

on ne peut pas vouloir accepter ni comprendre

 

On avance peu à peu

comme un colporteur

d’une aube à l’autre

 

 

 

Poésie 1946-1967

nrf     Poésie/ Gallimard

 

 

 

 


Colombine en cygne – RC -(écho à SD )


Lac cygn   02

 

Te souviens-tu de la place,

un jour de décembre,

avec la musique

et la lumière dansante

alors que les arbres

surpris,

se penchent pour mieux voir ?

La piste n’était pas de glace,

pourtant il faisait très froid,

sur l’air final du « lac des cygnes »…

Colombine d’apparat

tu portais le tutu blanc,

les bras ondoyants

et le chignon bas .

Des pointes à petits pas ,

suivant la musique de Tchaikovsky ,

( quelques entrechats ,

que tu voulais maladroits

juste au moment où la lumière décline ) :

c’était la mort du cygne ,

et je t’ai prise dans mes bras…

( on se demande pourquoi

les spectateurs applaudissent… )

voulaient-ils aussi

applaudir à ton supplice ?

 un texte  crée à la suite  de celui de Susanne Derève  (  qui suit )

—-

Un entre-deux

un entrechat

Avec des pointes à petits pas

et un tutu de ballerine

bras ondoyants et chignon bas

quand on dansait la mort

du cygne

je n’y étais que colombine

d’apparat

(mais la musique était divine)

SD


Gazelle – (Susanne Dereve)


 

scene-art-prehistorique

  scène d’art préhistorique 

 

Fuir, fuir comme une gazelle

une frêle antilope à travers les hautes herbes de la savane

la terre nue, et les broussailles sèches                            

                                                                

Se délester de tout

et ne garder qu’une pure image de toi

me parlant de couleurs

 

 

 

 


Shéhérazade – (Susanne Derève)


 

Kees Van Dongen Le livre des mille et une nuits 3

   Kees Van Dongen – Les Mille et une nuits 

 

 

 

A vivre mille et une vies, devisait Shéhérazade

             tirant le fil de chaque nuit,

             mille vies de funambule

que j’ai tissées sous la lune,  est-ce l’amour

                      que j’ai trahi ?

 

Si mille vies se ressemblent, ainsi doit-on

                    mourir d’ennui,

           tandis  que les saisons passent

           et que les amours  trépassent.

 

      Laisserai-je  de guerre lasse  effacer

      les mille visages qui peuplaient

                  mes mille vies ?

 

      Je les convoque au cœur des nuits,

          mais ils détournent les yeux

 

         Allez en paix   bienheureux 

       qui n’aurez souffert qu’une vie.

 

 

 

 


Frisson d’Avril – (Susanne Derève)


 

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Photo – montage RC

 

 

J’ai confondu le printemps et l’hiver

Il neige si fort ce matin

une bourre de soie légère

J’y vois frissonner Avril

 

Sur la promenade pleurent les saules

et leurs cotillons graciles

moussent doucement à nos pieds

nos chevelures en sont poudrées                                             

 

Neige douce que porte le vent

mollement   gorgé de pollens

un duveteux tapis de graines

festonné d’écume blonde

 

comme une averse féconde

qu’un souffle disperserait

 

 

 

inspiré d’un poème de René Chabrière :  http://welovewords.com/documents/une-neige-qui-nen-est-pas

 

 

 


Magnolias – (Susanne Derève)


John La Farge - fleur de magnolia

John Lafarge – Magnolia 

Arbres grêlés  de l’hiver qui griffez l’horizon

de vos bras nus

 

Les magnolias fleurissent déjà

étoiles roses     étoiles claires

 

et les mouettes décrivent de grandes arabesques blanches

au-dessus des toits    épousant le vent d’une aile légère

 

Qui voudrait  croire que c’est aujourd’hui

le printemps ?

 

Les rues déroulent leur ruban de silence jusqu’à la mer

et la mer elle-même est silence

 

Les fenêtres sont closes   la ville muette

les parcs  les jardins   déserts

 

scilles, jonquilles, violettes

furtivement écloses

 

et leur parfum vivace

enfoui dans le lit des sous-bois

 

Tu tentes bien d’en ranimer l’émoi

mais son souvenir te trahit

il s’évanouit et se dérobe

 

comme un voile trop fin

une image tremblée qui file entre les doigts

 

Alors, tu restes assis vainement  à rêver

de chemins creux

du vert acide des futaies

 

Tu voudrais éprouver encore le fourmillement

de la marche, l’élan que tu imprimais à ton pas,

le chant des cailloux sous tes pieds

 

tu te souviens     et tu voudrais   et tu oublies …

 

Tu ne peux pas.

 

 


Modillon qui pleures – (Susanne Derève)


 

GRANDLAC

     Château de Grandlac – Lozère  

 

 

Modillon qui pleures sous les  lauzes,

Pleure sur moi qui n’ai entre les mains

que les sarments usés de mon rêve,    

criblé comme la pierre de tuf

de mille interstices de larmes,

et  des matins d’eau triste gris de givre et de gel

 

Modillon qui te ries 

Le   jeune soleil de Mars,  cligne un œil clair   

sur le vert tendre des prairies,

fait place nette à la vie,

arase les terres brûlées pour y semer l’armoise

la colchique et le blé

 

Modillon qui te ries ,   annonce-moi   l’été

 

 

GRANDLAC7


Vanités – (Susanne Derève)


 

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Denis Laget- Vanités

 

 

Grinçantes  vanités

Rose Klein  ciel d’Orange

Vert été

 

Le vert mousseux  d’un petit val

où s’éveille un étrange dormeur

étourdi  de ce monde à genoux penché

sur son sommeil                   

 

La mort    ce n’est plus deux trous rouges

au côté

mais une fleur vermeille   étoilant sa chemise

un vénéneux baiser

 

               
Cet autre

tendre pastel parcheminé

passe muraille de printemps

suaire silencieux où remonter le temps

 

Cet autre encore   espiègle

semé de fleurs champêtres

la mort en embuscade comme un masque  festif  

 

et celui-là   damné 

qu’entraîne au son des fifres

la belle Baladeuse

 

Grinçantes   vanités

Vert chartreuse    ciel d’orage

Rose thé

 

 

 

le-partage-de-susanne/exposition-denis-laget


Lire vingt poèmes d’amour – ( Susanne Derève)


 

le-sidaner-le-jardin-blanc-au-crepuscule-1924

Henri Le Sidaner – Le jardin blanc au crépuscule

 

 

Lire vingt poèmes d’amour de Neruda

en gardant le doigt sur la page

Fermer les yeux    sentir

que se taire est plus sage

 

 

Lire  les vergers de Rilke, les fenêtres,

les roses,  fol est celui qui ose

se commettre ensuite

à  rimer

 

 

Fol est celui pourtant qui range son crayon

avant qu’aux vergers les automnes

aient fait rougir toutes les pommes

et l’hiver, se morfond

 

 

 

 


C’est difficile de peindre une ville la nuit – (Susanne Derève)


 

 

pont de Recouvrance

                          Brest – pont de Recouvrance

 

 

 

C’est difficile de peindre une ville la nuit

avec ses coulées de lumières qui tremblent

dans le vent      une ville d’hiver

avec ses  guirlandes d’arbres nus  et le bruit

de la mer comme une chanson

 

 

Nuit de métal  danseuse en robe noire            

au bras raide  des grues     la lune

ouvrait le bal             T’en souviens-tu ?

Les feux des arsenaux brillaient sur la Penfeld

et le pavé des rues 

le bandeau trichrome des LED                                                        

ceignait  le béton comme un voile

 

 Berceau semé d’étoiles   nuit d’arches  silencieuses 

murailles obscures  aux bouches muettes

les lampes vacillaient  la nuit envahissait

le cadre des fenêtres

le brouillard mouchait   doucement les lanternes

l’ombre y engloutissait   la dernière taverne

                                                    Te souviens-tu ?

 

 

C’est difficile de peindre une ville la nuit

on n’en tire jamais qu’une pâle photographie

qu’on rêve en négatif      – un rêve solitaire –

Sans  nuances de gris

 

 

 


Camélias – ( Susanne Derève)


 

IMG_2022

 peinture : Denis LAGET

 

 

Si pâles

ou rougissant des nuits de gel  

inodores     figés

 

d’un velours plus doux que la rose

en été                que  ta peau

mon aimée quand nous nous accrochions

aux branches 

 

tu t’y pendais  avec aisance    

et cette  nonchalance

que démentaient   tes yeux

 

Camélia  vieil arbre aux mains noueuses

dont le vent nous faisait l’offrande

au matin   d’un tapis de corail                                                                 

abattu par la pluie           

                                                                          

comme une étoffe   nue

perlée des larmes de la nuit

 

 

 

Exposition  Denis Laget  Musée des Beaux Arts de  Rennes ,

Musée Estrine  Saint Rémy de Provence (voir  le partage de Susanne )

 

 


Fragments ( autour d’Anselm Kiefer) – Susanne Derève


 

Anselm20Kiefer20-202

        Die Bösen Mütter -Anselm Kiefer

       
Chaises  vides chaises blanches  qui  portez les bûchers
qui  portez  des silences  d’éternité

 

 

Anselm20Kiefer20-20zz24

     Das goldene vlies – 1997

 

Robes    jetées comme des voiles    aux ailes froides de l’absence
dites-nous,  dites-nous l’errance  dites-nous le poids du passé

 

 

 

Anselm20Kiefer20-20zz9

                                                      Lots Frau –  Anselm Kiefer, 1989

 

 

Et si les rails s’amenuisent

pour se fondre dans  le  néant            

c’est que les Dieux ont déserté

jusqu’aux retables des églises   

 

dans les méandres du couchant

aux confins de ces plaines grises 

de ces villages  abandonnés

ont-ils  rejoint l’enfer bu cette neige

 atone qui collait à leurs pieds

 

Sous les miens ne résonne que  le fracas   

des pierres

pas même un cœur qui bat 

une peau qui frissonne

lorsque les blés s’envolent au vent d’hiver

avec l’innocence des hommes

 

 

Liens :

Anselm Kiefer au Centre Pompidou 2015-2016

Anselm Kiefer: Remembering the Future

 

 


Je ne veux rien savoir de la pluie – (Susanne Derève)


 

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                         Josef Sudek – Last Roses from the series ‘The Window of My Studio’

 

 

N’ouvre pas les volets laissons fuir

les hivers  je ne veux  rien savoir

de la pluie

une pluie  ronde comme les lunes

de plein été

comme les dunes de Juillet

une  pluie de sable au vent

pluie de tempête et de grésil

d’arbres en guenilles

avec leurs habits de feuilles froissées  

d’herbe mouillée de boue

rigoles froides dans l’encolure

des cache-nez

 

N’ouvre pas les persiennes

Laissons fuir les hivers  nous ne saurons rien

de la pluie 

de la pluie grise du réveil                          

avec ses ailes douces aux carreaux

des fenêtres

de sa chanson sonnante et trébuchante

cheminant au hasard  dans les méandres

 du sommeil

 

N’ouvre pas les volets laisse fuir les hivers  

Je veux ton corps comme un rempart

au creux des draps 

 je veux un nid de chair

où me blottir pour écouter se taire                                     

 la pluie   le son cristallin de la pluie

glissant de feuille en feuille

dans le matin  frileux

                                                      

Alors tu ouvres les persiennes

tu laisses entrer le jour naissant  

dans le lit vaste et nu

et je n’ai plus qu’à tendre la main

pour le cueillir  

dans un murmure …   la pluie s’est tue

 

 

 

 


Le parfum de l’absence – (Susanne Derève)


 

frottage

 Max Ernst  – Frottage             

 

 

L’absence a ce matin une odeur de sarriette

et de menthe

Hirondelle lutine que tu dessines

légère  

entre les bras du temps

est-ce un tourment le beau tourment du jour

un tango de printemps où versent

les automnes

 

et la voix qui chantonne son  accent de velours

sait-il le parfum de l’absence    

les feuilles clairsemées que l’arbre abandonne

au grand vent  aux gants de brume de  l’hiver

avec ses cheminées de nuages 

le tambourin des toits de zinc  sous la pluie      

 

et la   voix qui claironne sait-elle

 l’odeur du bois coupé

les mains qui s’affairent au dehors

le heurt  des bûches qu’on entasse                                                       

pendant que l’esprit baguenaude   

loin  si loin    plus loin que le froissement

d’ailes  d’un oiseau migrateur,

 

plus loin que le cliquetis des rails le sourd balancement

d’un wagon sur les rails  paysages brouillés

de vallons d’arbres  de bosquets  

qu’on déroulerait sans fin

dont on ne dirait  ni le nom  ni  l’odeur

ni  la matière    rugueuse ou  lisse  

ou lisse et douce sous le doigt

 

Et   la  voix qui fredonne,  sait-elle  le grain du bois

écharde fine sous la peau     

Sait-elle l’aiguillon  de l’attente

ce parfum entêtant   de sarriette     

et de menthe   que j’invoque tout bas

 


Le cheminement du poème – (Susanne Derève)


 

 

ombres toscanes 07 2007

   Photographie :  Philippe Pache

 

 

 

On ne maîtrise pas plus le mot que le soleil

 

Sans doute peut-on imprimer au vers

un long balancement

comme on doserait l’avancée de l’ombre sur la toile

en la dissimulant d’un linge  ou d’un feuillage

– un arbre clair  celant l’ombre –

 

La naissance du mot  échappe :

comme  le suivant échappera  et l’image

qu’il fera naître dans l’image,    

celle où chemine obscurément

le poème

 

Ce  n’est pas lui  que j’invente

mais lui qui me révèle dans le temps

que j’écris,

sonnant la litanie des heures,

épousant la marche  des nuits

 

lui qui mûrit puis  se détache

–  comme on dirait d’un fruit  –

un jour parmi  les autres 

où il  pose   sa marque   

                       …   et  me trahit

 

 

 

 

 


Géographie du silence – (Susanne Derève)


 

 

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 peinture : Nicolas de Staël 

 

 

Silence

pas tout à fait la paix      une attente

les bruits assourdis de la vie fusant dans  la lumière du jour

qui ne l’amenuisent pas

l’étreignent

 

comme une bulle vient crever  la surface de l’eau

on ne sait plus  si c’est  un rêve

ou juste    son lointain écho

 

Il arrive que le ciel soit si bleu

qu’il vous inonde

Soleil de plein été chassant la grisaille du  jour

et   le jour  soudain une ronde  qui passerait

sans vous

 

un grand manège vide

dont  les chevaux de bois dansent  la gigue

dans un bruit de grelot

 

En êtes-vous le camelot, dans la comédia  del  arte

ou l’Arlequin désabusé

portant  le monde sur son dos

 

si loin que son pas l’entraîne

dans le clair-obscur  des nuits

à chercher les mots de l’enfance

– est-ce donc en  rêve qu’il poursuit

la géographie du silence ?  –

ou peut-être à gagner l’oubli

 

 

 


Si on pelait les rondeurs de Moore (Susanne Derève)


Moore vs Giacometti.jpg

montage – René Chabrière

 

 

Caresser  de ses doigts le marbre des statues

– leurs rondeurs leurs formes leurs courbes patinées –

l’éplucher doucement comme on pèle un fruit mûr

comme on l’ouvre … en secret

Si on pelait les rondeurs de Moore  si on fouillait

le corps généreux de ses femmes leur ventre creux

comme des barques, leurs dos de pierre,

leurs seins nus…

 

Y trouverait-on  aussi ténu qu’un  fil

aussi fragile  qu’une pensée

silhouette solitaire  cheminant dans la nuit

un homme qui marche ou qui chavire

ou qui étreint le vide entre ses mains de cire

s’épure en s’enfonçant dans l’âge

un Homme

à la manière de Giacometti

 

 

 

Moore enveloppant Giacometti.jpg

montage – René Chabrière


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