voir l'art autrement – en relation avec les textes

Susanne Dereve

Cacophonie – (Susanne Derève)


Causse de Sauveterre – Photo RC

Cacophonie de chants d’oiseaux :

ce matin comme chaque matin ils occupent tout l’espace sonore

se répondant d’arbre en arbre , de gouttière en gouttière :

rougequeue, mésange, fauvette

et le vol affairé des hirondelles  picorant miettes et rameaux

Le va et vient obstiné des fourmis sous la fenêtre que je déjoue

d’une brindille comme on dévie le cours d’un ruisseau

Vient l’heure où le lézard furtif , pointant son oeil inquiet

rejoint les pierres chaudes , se risque à laper d’une langue hâtive

une flaque déposée par la nuit.

Tandis que le concert des oiseaux s’apaise ,

c’est un long bourdonnement qui monte dans la chaleur :

le chant de basson des insectes saturant le silence.

Au sol l’ombre chemine . Heures indolentes ,

les jours ne passent pas ici , ils nous charrient

comme un long fleuve érodant monts et vallées,

à l’échelle d’un temps démesuré

qui polit doucement causses et dolines ,

croque le calcaire d’une dent gargantuesque

sous nos yeux de petits poucets .


Averses – ( Susanne Derève)


Utagawa Hiroshige – Shôno , pluie d’orage Musée Guimet – Paris

.

Je leur laisserai le soin de brouiller les pistes :

bruines , crachins, averses , rideaux de nuées légères …

.

Rien des pluies écrasantes du Sud ,

de simples rumeurs d’étoiles, un tendre flou de photographie,

le grisé d’une estampe, la fine ondée du jour.

.

Ainsi naissent les larmes aux pétales des roses,

la sueur aux cils fins des trembles.

.

Voiles de printemps, ombelles soyeuses chargées de sève

vouant leurs chevelures au vent,

lâchant des perles de pluie qui glissent au cou nu

des passants . frêles silhouettes taciturnes qui s’évanouissent dans la brume

en frissonnant.

.


Le pont d’Avignon – ( Susanne Derève)


Man RAY – Le pont brisé

Cette eau qui baigne le contour 
des rives 
Eau vive des chansons

Sous le pont d'Avignon 
dans la chaleur écrasante de midi
les reflets ocres de la pierre versaient 
leur or tremblant

Le courant y jetait des écailles 
d'argent   et moi mes derniers rêves
à l'aune d'une chanson

Sur les arches de pierre abandonnées 
au  Rhône 
mes fantômes menaient en rond 
une étrange farandole
dont j'ai effacé le nom 


la fuite éperdue du langage – ( RC )


photo Susanne Derève

Ici ce sont des mots
accrochés aux poteaux.
Ils balbutient,
aux orgues du couchant,
et peut-être que le concertiste
a pris les devants
avec mille et une variations,
du cor nu
qui délaisse les bois
pour résonner, ingénu
sous d’autres climats
d’autres lois .

Et ce sont celles de la ville
qui indiquent au passage
la fuite éperdue du langage
emporté par la symphonie urbaine.
Lire ce récit comme une partition
serait bien chose vaine :
Jusqu’aujourd’hui on n’a jamais pu
en faire un poème
à portée de rue :
un cor nu
n’est pas ce corps nu
allongé sur un piano
qui tenterait de lire les mots
accrochés aux poteaux.


Ophélie de pierre- (Susanne Derève) –


                                                      Paul KLEE – House on the water 

 

Je ne convoque pas les images     

 je les laisse

insensiblement m’envahir                                                                                                     

dériver lentement

comme les voiles gris  d’une Ophélie  

de pierre                                                                              

 

et son visage  est celui des murs

de ma maison 

d’un pot de grès

des fleurs séchées que j’y dépose

de la nappe usée sous le doigt

 

de la lumière que verse à flots par la  fenêtre           

un trop rare soleil

 –  les arbres du jardin  en ployant sous le vent

 y   jettent de grands papillons d’ombre :

l’érable,  ses samares  blondes,

et le charme, obstinément adossé aux embruns –

 

Son visage est pareil aux murs de ma maison

emplie de rires d’enfants et de  nuits

sans sommeil,

de bonheurs et de larmes,

de rêves adolescents,

de veilles inquiètes dans l’ombre mauve des  matins ,

– à  l’horizon luisent encore les phares

dans le  jour incertain  –

 

 

Alors je laisse doucement refluer  les images

Je referme les murs de ma maison

 

Ophélie grise,

elle vogue vêtue des voiles du silence

au gré du hasard et du temps  

et  j’en suis longtemps le sillage

jusqu’à perdre sa trace  

insensiblement

 


Je vous regarde sans vous voir – (Susanne Derève)-


                                                          Euan Uglow  – Nude – 

   

Je vous regarde sans vous voir

Je vous regarde sans désir

Sur la toile je veux saisir 

le galbe nu de votre dos    

et la pâleur de votre peau  

  

Je ne suis pas de ceux

dont le pinceau caresse

Je voudrais vous peindre au couteau

traquer vos failles   vos faiblesses

cette intime fêlure  que d’autres 

habillent de tendresse

Je vous veux immobile

immortelle prêtresse  

et coudée comme l’arc

pour débusquer l’instant

où la corde se tend

stopper la course de la flèche

dans son élan


Passagers de la nuit – (Susanne Dereve)


Camille COROT – Clair de lune au bord de la mer

 

 

La nuit dérivait lentement

pas une nuit d’argile ni de mousse

ni de la froide clarté des constellations de Juillet

ni de l’ombre des pins , noire , où balançait le vent

ni du roulement des vagues ou de celui du temps

perdu , éperdu , amassé 

– telles ces piécettes d’or miroitant

sous l’eau des fontaines –

 

 

Une nuit d’étreintes et de baisers

du lourd parfum des pluies d’été

saturé d’humus et de braise 

– sait-on jamais ce que pèse

le poids des mots et des regrets –

 

 

La lune s’était levée ,

paupières closes , lèvres scellées ,

et ses lançons d’argent vibraient sur l’eau 

épousant le flot incertain du courant ,

la gravant en nous comme un sceau

 

 

Passagers de la nuit arpentant les étoiles ,

nous étions deux amants …  

 

 

 

 


Le silence est sommeil – (Susanne Derève)


Henri Edmond CROSS – Bord de mer

Le sommeil est silence
rêve de chevaux fous nasse légère
entre deux eaux
Le silence est sommeil
parenthèse d’été
sur les pierres chaudes où se couler
lézard furtif
dans les interstices des roches
éclair fuite argentée rouge aveugle
sous les paupières

Au printemps les genêts y jettent des touches
de lumière les giroflées
leur feu cuivré le sable des grèves
miroite doucement sous l’eau un mica
une étoile oubliée et les longs filaments mauves
des méduses dansent dans le ressac
horloger de la mer égrenant le silence
un havresac entre veille et sommeil
où vient se blottir la conscience


C’est la nuit que je cherche – (Susanne Derève)


Photomontage RC sur Black Snowman (D Shrigley)

Un train traverse la nuit
C’est la nuit que je cherche
dans son manteau de neige
ses éclisses de gel ses quartiers d’ombre
et de lumière
à la lueur des réverbères tremblant
sous les assauts du vent

et toi bonhomme de neige
qui fanfaronne dans les jardins
blanchis de givre
bénis ma bonne fortune :
demain flottera ton chapeau
avec ton frac entre deux eaux

Je n’aurais plus qu’à les pêcher
dans une flaque
Coiffé de mon chapeau claque
j’attraperai le dernier train
pour rejoindre la nuit en habit de satin
et l’épouser sous la lune


Instant – (Susanne Derève )


Edward Hopper – Automat 1927

Au lever d’un  jour  incertain,

la vitre me renvoie une  image figée 

que noient   les verts humides du  matin,       

la ligne bleue des toits sagement alignés,

un paysage urbain

On croirait entrevoir un tableau  de Hopper : 

silhouette oisive  accotée au  comptoir

d’un bar ou d’une chambre vide

un mannequin de cire aux prunelles livides

au  regard  orphelin  …

Ce n’est  que mon reflet traquant mes rêves

souterrains,

la table de cuisine  et le pain

une tasse jaunie  où tiédit le café :       

                le même néant  sans objet.

À  tasse vide  coupe pleine,

trinquons aux  instants  qu’on égrène

… comme des pans  d’éternité


Purgatoire – ( Susanne Derève)


Photo RC – Cathédrale de Dol de Bretagne –

Aimais les dernières feuilles rousses

aux arbres

de celles qui s’accrochent

aux branches nues comme un adieu  

tandis que l’hiver facétieux fait table rase

des feuillées,

 

 

s’étiolent  dans un souffle 

que  la lune  ranime

d’un pâle éclat de givre dans la nuit

de Janvier

Aimais les froids  matins d’hiver, 

ensommeillés de gel, 

le tintement grêle de la  cloche  à midi

zébrant  le ciel à la volée,

d’un bleu de porcelaine

plus pur qu’au plein d’été

 

 

Et sur le parvis glacé  dessous

la flèche du clocher les messieurs

à  bedaine et les dames serrées

dans leurs manteaux de laine 

                                                 noirs        

les enfants  lorgnant

les flaques du trottoir

avant d’aller docilement s’asseoir

près du bedeau

(en purgatoire)

 

 

Aimais par-dessus tout

pendant ce temps

– étais-tu suspendu à l’instant ? –

paresser au lit avec toi

guetter le froissement  silencieux

du dégel 

 le floc  des paquets  de  neige

chutant  mollement des toits

 

 

Aimais le désordre des draps  

et  le va et vient de tes doigts

sur ma peau

là où nait le désir qui vous emporte

sur son aile comme un oiseau

 

 

l’ aile du désir est  si pure

je la confisque   

 

 

aux anges en robe de bure

veillant le carré des fidèles

tandis qu’aux cantiques se mêle

de nos ébats le doux murmure

 

 

 


Carènes – (Susanne Derève )


Gustave COURBET – Plage d’Etretat par temps de neige

Sous les bâches tendues

la  lumière prend des reflets d’aurore.

Voiles blancs que portent  les flancs

des navires à quai   

carènes sèches  dont la peinture s’écaille. 

  

Œuvres vives     œuvres mortes 

aux relents d’huile et de goudron.

Sans roue ni  gouvernail, nulle route à tracer .  

Pour  tout sillage,  celui qu’impriment  à la boue

leurs étraves.

Ainsi   s’achève le voyage.


Bécasseaux- (Susanne Derève)


PHOTO RC – Landéda

Surtout ne pas marcher trop vite
sur la plage Sainte Marguerite
les bécasseaux sont revenus
fouillant d’un bec ingénu
là où la vague leur abandonne
sur le goémon le sable blanc
son menu fretin, ses gravettes
à la lisière de l’estran

Un nuage de plumes palpite
sur la plage Sainte Marguerite
en épousant le flot ,
petit peuple d’oiseaux si peu farouche
qui s’égaie à notre approche
d’une aile rase à fleur d’eau
dans un pépiement bref que noie le vent
un vent du Nord qui arase les dunes

Quand le soleil de Mars chassera les frimas
seront-ils encore là
à picorer de-ci de-là le sable blanc
ou prendront-ils leur vol ,
nuée mouvante dans le ciel
que l’on suivra longtemps des yeux,
vers l’ Alaska ?


Départ – ( Susanne Derève)


BREST – PHOTOMONTAGE RC

 

 

Un ciel de nuit

mais les nuages à l’horizon blanchissent déjà

Tu pars

les lanternes des grues rougissent comme des phares

 

silence   ensommeillé

qui sonne doucement de l’ébranlement des trains

du chuintement régulier des essieux  

de leur halètement sourd 

 

du chant atone des sirènes 

– voix de basse des cornes de brume

émergeant du brouillard

du claquement des toiles   au  vent

 

sonne d’un au revoir  et   d’un baiser mouillé

d’une écharpe qu’on noue

et d’un bonnet serré autour des yeux

 

Sous la  pluie qui noie les lumières de l’aube

Tu pars

 

 


La patience des pierres – (Susanne Derève)


Paul-Emile BORDUAS – Translucidité

S’il demeurait des cendres fertiles sous la glace

qui donc pouvait le dire 

nul ne savait ce qu’ourdissaient les pierres

dans le silence

 J’imaginais  des causses arides sous le manteau

des neiges,

 leurs sinuosités translucides et bleutées

leurs boues fossilisées 

et  côté ombre

réfractant le soleil en lisière des chemins

de blanches cheminées de gel

des éboulis de roches  et d’herbes sèches

gainés de givre

Ce qu’ourdissaient  les pierres dans le silence

qui le savait ?  

est-il un sens à l’éternel recommencement

des rêves et des saisons –

Sans doute attendaient-elles armées d’une infinie patience

qu’œuvre lentement le dégel  

pour éprouver enfin le vertige du vide

répondre à son appel


Tristesse – ( Susanne Derève)


zoran Music personnage

                                             Zoran Mušič – personnage 

 

 

Il fait ce soir un temps d’une affreuse tristesse

Les nids sont vides

et le gui a fini d’étrangler les pommiers

Le temps est aussi gris qu’un mur de Dubuffet

ou bien qu’un chien tenu en laisse

Que reste-t-il

de ces années de liesse

de mes jeunes années

 

De Muzic à Kiefer,

le temps a dévoilé peu à peu ses charniers 

de  brouillards et de  cendres  

de  carcasses froissées

 

Je les  souligne d’encre noire

aux  angles aigus  de la mémoire

sans trembler 

 

Il fait ce soir un temps d’une amère tristesse

La nuit est claire. 

Pourtant,  

comment la voir encore  avec un cœur d’enfant

 

alors qu’elle court  avec son œil de chat huant

comme un long corbillard     

à corps perdu 

                                        vers le néant

 


Ne compte pas ce qu’il reste d’étés (Susanne Derève)


Albert MARQUET – Alger

 

 

Ne compte pas ce qu’il reste d’étés

N’en resterait qu’un seul, nous saurions l’épuiser

comme le condamné convoite l’aube recluse,

l’égaré la première étoile

 

N’en reste qu’une trace furtive au creux des blés

un pépiement d’oiseau

la lueur du couchant sur les pierres

un ricochet sur l’eau

et pour peu que le vent le ramène au rivage

le sillage blanc d’un bateau

regagnant lentement le port ,

blanc et sonore du vol agglutiné des mouettes   

 

Le croirait-il, celui qui tient la barre,

qu’il croise pour la dernière fois le phare

et la bouée du  dernier  corps-mort

 

Il pense juste à demain

et demain est plein de l’ombre du vent

sur la mer

et de la fraicheur des risées

du parfum d’iode

et des soubresauts de la pêche

brillante en ses filets      

 

Demain est dans ses rets ,

et dans nos mains peut-être   le dernier été

 

 


Insomnie – (Susanne Derève)


Arpad Szenes – Vers l’Ouest

 

Je me serrais tout contre toi

tout contre ton sommeil

et tes rêves me tenaient en éveil

longtemps …

 

Je  me glissais furtivement hors du lit 

pour leur faire place

 

et l’aube m’accueillait chargée de gris et d’ors

épousant les rives basses du fleuve ,                   

figée dans leur  reflet,

 

n’était-ce l’aile noire d’un cormoran

se déployant sur l’eau et prenant son essor

pour  prélever  sa proie comme un  orfèvre

 

avant de  poursuivre  sa route  le cou tendu

vers les étraves des grands nimbus

au-delà des écluses   et du  havre silencieux  

des grèves  

 

Alors, en frissonnant  je reprenais ma place familière 

entre les draps 

Je m’y serrais tout contre toi  en refoulant  tes rêves 

avant de sombrer enfin  dans le sommeil

 

mais  je crois bien qu’ils m’attendaient

à mon réveil

et   tu  les poursuivais les yeux ouverts

 

 

 


Le chercheur d’absolu – (Susanne Derève)



Barthélemy d’Eyck : Triptyque de l’Annonciation d’Aix (détail)


 

Tu  conservais les fleurs des champs

dans  les pages des livres

Ce muguet de printemps que je t’avais offert

je l’ai trouvé séché, comme un jalon,

comme un repère,

un doux secret qu’abritait

Le chercheur d’absolu.

Sans doute  ainsi as-tu vécu

traquant  tes rêves solitaires. 

 

 

  

Et  de ces passages annotés,

est-il  un mot à effacer,

est-il une phrase,  un regret

un voyage à Cythère

dont on tairait  l’écho

une voix égarée

la trace d’un sanglot

 

 

une prière  tue

à jamais prisonnière                     

d’Un chercheur d’absolu

aux pages écornées  

que ronge la poussière

 

 

 


Paysage – ( Susanne Derève)


Philippe COGNEE – Paysage

 

 

Broyer le vide  

le tordre comme un linge

 

 

J’en fais surgir des paysages que ne recouvre  pas la mer

et qui pourtant moutonnent comme des vagues

à l’horizon

des verts profonds qui se chevauchent

et qu’au matin  grise  le gel

 

 

Une main y dessine pour moi  le contour d’un chemin

 l’herbe légère

Je lui dirai d’y ajouter quelques galets

pour  changer  le cours des rivières,

 

 

et  la roue   d’un moulin

y  tissera  les  pleins arceaux du jour

ceux  de magie et de lumière

où  les heures s’étalent   

 

 

Ainsi la couleur déposée  sur la toile   

en cerne  les contours

 

 


Brassens et les poètes – (Susanne Derève)


Nocturne – Cimetière marin de Sète

 

 

Chante, Brassens,   la plage de Sète

et le mistral  

le cimetière marin dévisage la mer                           

de ses pierres gravées

et la mer immobile  vibre

sous le grand ciel aveugle de l’été

 

Chante, et que chantent après toi

dans les jardins de Sète

les poètes de  Méditerranée

El-Atat,  Al Hamdani,  Karaçoban

 

De leurs lèvres naissent   les failles de l’enfance  

la source et l’embouchure du fleuve *

les Mille Nuits de Bagdad et les murs des prisons

le nœud coulant de la sueur

la poignée d’eau sur le visage **

 

Le vent porte un parfum de grenade et de rose

et roule sous mes doigts le grain des pierres

de Baalbek,

volent les cendres de l’exode

 

 

 Chante, Brassens, la plage de Sète

et le mistral

et que  ta voix, avec leurs voix mêlée,

tisse une longue  villanelle   

un cantilène de mots  que  rebattra la mer

pour n’en conserver que l’écume

l’hème brillante du poème

 

 * Rabih el- Atat   Humeurs vaganbondes https://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2019/03/rabih-el-atat-dans-l%C3%A9mail-de-la-tasse-une-fissure.html

** Aytekin Karaçoban Images instantanées Revue Ayna  http://revueayna.com/portfolio/aytekin-karacoban-2015/

Salah Al Hamdani –  Entretien avec Bruno Doucey https://www.youtube.com/watch?v=tWgGhx9pSJw

http://www.sete.voixvivesmediterranee.com/


Poèmes du Gevaudan V- (Susanne Derève)


Photo RC (vers Nasbinals)

 

 

Comme elle regrette infiniment ,  ces hauts plateaux

sous le vent ,

les prairies d’altitude offertes au  ciel d’été ,

vastes, blondes , solitaires, et pourtant finies ,

où le regard ne se perd pas comme il s’égare en mer

mais s’arrime aux tourbières, aux moissons,

aux troupeaux , aux noires boursouflures du basalte,

aux longs soubresauts de la terre, à ses cascades ,

ses ruisseaux,   et sans doute  


Oiseau tête

      Arlequin

           Damoiseau


 
les as-tu ciselés  patiemment à mon pied, à ma main,

en me prêtant tes ailes pour les rejoindre

au-delà des sentiers, des gorges, des ravins

où se perdait le chant de l’eau,
 

Oiseau tête

      Arlequin

           Damoiseau


 
Les bancs sombres des sapinières, les hameaux 

ceinturés de pierres, les églises, les clochers, les vitraux   
 

 

chacun reflétait le ciel à sa manière,

et ton vol les embrassait toutes,

Oiseau.
 
 

 

Inspiré d’un poème de RC   « Oiseau tête  »

http://welovewords.com/documents/oiseau-tete
 
 
 


Poèmes du Gévaudan – IV (Susanne Derève)


PHOTO-MONTAGE RC

 

 

Les feuilles du marronnier vibrent  du rouge

d’une fin d’été    lie de vin au soleil

effaçant les cuivres de l’ombre

Elles s’effritent sous le doigt

craquent et s’envolent au vent léger

 

Sur le tronc, coquille vide, un escargot

si lent que le temps l’a figé,

et le bois mort au pied de l’arbre

qu’on ne ramasse pas

qu’on ramassera peut-être  

si les mots ne viennent pas

 

et pour peu qu’ils viennent 

ils diront la douce langueur du sommeil

la sueur étoilée des paupières

le timbre d’argent de la lumière

entre les volets clos                                          

son lent chemin jusqu’à l’éveil       

 

et le café qu’on prend au lait  au lit

ou bien dehors près de la treille

aux raisins verts et de l’amphore

abandonnée aux herbes folles

 

d’où naissent les mots incertains 

le doux murmure des  paroles  

sur la joue tendre du matin 

 

 


Poèmes du Gévaudan – II (Susanne Derève)


   Photo-montage RC

Tu dors en haut
pendant que je dors en bas


ou peut-être est-ce l’inverse

Il y a en haut la douceur des draps
sur l’oreiller l’ébauche d’un poème


en bas les herbes folles

le vent dans le noyer
et puis ton pas dans l’escalier


Poèmes du Gévaudan – I (Susanne Derève)


      Photo-montage RC 

 

 

Entre chien et loup

j’ai rêvé de toi, ouvert les yeux 

et fermé la fenêtre

 

Un chien aboyait doucement 

et le grand loup du Gévaudan

projetait son ombre noire sur les cimes

 

au delà des murs de la maison 

au delà du portail

où tinte la cloche au matin 

 

entre chien et loup

à l’instant où le coq a lancé 

son refrain 

 


Ce que n’ont pas vu les oiseaux …SD+RC


Entre tilleul et cerisier,
J’ouvre une parenthèse:
mains, peau, émois, éveil, ….

Quelques éclats de soleil
nous caressent à notre insu.

Ce que les oiseaux ont vu,
je ne le dirai pas…

Dirai-je ce qu’ils n’ont pas vu :
la valse tendre de nos doigts
dans l’ombre du feuillage,
les étoffes froissées,

dansant,
ton corps léger , flottant dans l’air,
sous la lumière complice,
baignant le couvert de petites parcelles d’or
que tu n’as pas saisies.

C’est qu’ils n’ont pas surpris
la douce chanson du désir…

L’été s’est installé
dans un soupir…

SD-RC août 2020


Blancs muets – (Susanne Derève)


Rodin - -

      Le Secret – Auguste Rodin  (1910)

 

 

Blancs muets
L’espace de silence du ciel
du lever du jour jusqu’à sa longue descente
vers la nuit
le langage retenu
les non-dits
l’e dérobé de l’indicible
(la page blanche du souvenir)

****

Blanc virginal
Petites mains pressées
l’aiguille s’affaire sur les voiles gansés
tulles crêpes aubes
ourle faufile
ardente
sous la lampe

****

Blanc repentir
Cette autre main tachée de plâtre
épurant patiemment la matière
y traçant les lignes de vie
gommant le trait
pour en tirer obstinément
une poussière aveugle inanimée

****

Et d’elle au souvenir bien moins
qu’un voile de mariée,
l’épaisseur d’une plume au vent,
la transparence végétale
d’une fleur de printemps
l’aile ténue d’un soupir