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Petit astre – ( RC )


 

 

 

J Pierre Nadeau   villa Tamaris.jpg

dessin J Pierre Nadeau

 

Je joue à cache-cache avec la nuit,
je disparais quand elle arrive,
car elle étend des draps noirs,
pour que la terre se repose.
Moi, je continue de l’autre côté
sans jamais me lasser,

Vénus et les autres voudraient s’approcher,
et se dorer à mes rayons,
mais comme on le sait les planètes
attendent qu’on les invite,
et patientent sur leur orbite ,
à chacun leur tour .

Ça fait partie du protocole,
que chacun reste à sa place
car jamais je ne m’ennuie
ni ne me lasse
car mes voisins de galaxie,
m’envoient des messages codés.

Je ne sais jamais trop où ils sont
car l’espace se distend :
quelques années-lumière,
le temps que leur message arrive,
il faudrait que j’étudie leur trajectoire,
en tenant compte des trous noirs.

C’est beaucoup trop me demander,
Je me contente de rayonner,
et de plaire à ces dames:
je joue de toutes mes flammes,
tire des traits entre les étoiles
( c’est déjà pas mal ) !

Pas trop loin il y a la terre ;
– je ne fais pas mystère
de mes préférences – ,
alors je lui fais quelques avances,
bien qu’une lune soit sa voisine,
mais à part quelques collines

elle est plutôt déserte,
aussi c’est en pure perte
qu’elle étale des cratères,
qui franchement manquent de caractère:
( une sorte de boule de poussière
qui ne devrait pas beaucoup lui plaire ).

Par contre sur ma planète, je vois et des prairies,
des fleuves, des fleurs et des forêts,
dès que je suis levé, je fais des galipettes,
je dors quand j’en ai envie,
et tire une couverture
en ouates de nuages .

Mon voyage est silencieux,
il illumine tout ce qui se trouve
sur son passage ,
et je prends un certain plaisir
à lancer des rayons
vers ce qui semble être vide .

Rien ne se perd pourtant,
car j’en reçois d’autres
qui me parviennent .
Le temps n’a pas d’importance.,
il se recourbe, ainsi , à chaque fois
je renais à l’infini…


RC – avr 2019

Erri de Luca – la brebis brune


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photo denvedarvro  ( écomusée  du musée de Rennes )

 

 

La brebis brune

Est la première agressée par l’éclair et le loup,
le tour de mauvaise chance qui gâte la couleur uniforme
du blanc troupeau.
Le jour la chasse, la nuit l’accueille
dans le noir térébenthine qui dissout couleurs et contours
et fait qu’elle ressemble aux autres.
La nuit est plus juste que le jour.
Face au danger le cri le plus limpide est le sien,
sur la glace de l’aube c’est elle qui marque la trace.
Où passent les confins, elle seule longe la haie de mures
Qui fait frontière à la vie frénétique, féroce, qui ne donne répit.

La pecora bruna

È la prima aggredita dal lampo e dal lupo,
lo scherzo di mala fortuna che guasta il colore uniforme
del bianco di gregge.
Il giorno la scaccia, la notte l’accoglie
nel buio d’acqua ragia che scioglie colore e contorno
e fa che assomigli alle altre.
La notte è più giusta del giorno.
In faccia al pericolo il grido più limpido è il suo,
sul ghiaccio dell’ alba la traccia è battuta da lei.
Dove corre il confine, lei sola rasenta la siepe di more,
e chi si è smarrito si tiene al di qua della pecora bruna,
che fa da frontiera alla vita veloce, feroce, che tregua non dà.

———-

traduction par Antonio Silvestrone : voir son site 

Ludovic Degroote – réduire la distance


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il faut du temps
pour se conserver
réduire la distance
qui vous mène à vous-même
à travers ce qui disparaît .

Et si le vent ne contenait aucune promesse (Susanne Derève)


Granville_Redmond_-_Morning_on_the_Pacific     

  Granville Redmond       Morning on the Pacific

 

 

Et si le vent ne contenait  aucune  promesse

S’il fallait rejoindre la mer

–  les rivières ne recèlent qu’un reflet trop pâle

 éphémère   du temps,     

de ce va et vient sur l’estran –

 

 

S’il fallait la rejoindre au-delà des estuaires

quand elle se déleste aux confins du rivage

de son trop-plein d’algues et de pierres

de  bois flottés   de coquillages 

 

 

Lorsqu’on atteint le large,  là est le vent

et sous le vent on largue à la mer 

les derniers repères il n’y a plus trace

de ce que l’esprit formait de rêves et

de chimères

Ou plutôt le rêve est là, il vit, il nous précède

Il bondit plus  bleu que le bleu des

pigments  d’outre-mer

 

 

Et si le ciel blanchit c’est simplement

que la lumière l’inonde

et c’est là que s’abrase la plus petite parcelle

de l’esprit rétif, comme à coup de canifs,

à petits coups de langue, un halètement

plaintif

 

 

Là, la fête commence,   les grandes épousailles

de la mer et du vent, on ne sait plus le dire,

ou peut-être les noces de l’espace et du temps  

pour embrasser le vide   

et d’y plonger on en est plus avide

d’immensité  alors on sait ce n’est pas un vain mot

que la promesse est là  de se couler dans le plus petit

interstice entre deux gouttes d’eau, deux esquilles

de vent sous la peau

comme la vague       toujours plus haut

 

 

 une vague etude PE ROSSET GRANGER

                 Paul Edouard ROSSET-GRANGER  « Une vague, étude »

 

 

 

Ile Eniger – Hors tout


Pleiades Star Cluster_ by Robert Gendler 2004_O.jpg

Pleiades Star Cluster_         by Robert Gendler      2004

Je veux une averse d’étoiles sur les villes sales, des arbres qui dansent dans les pas fatigués des passants, le tournesol d’une robe jaune sur la grisaille des tristesses, le souffle pur d’une terre haute, l’eau glacée d »un torrent éclatant de rire, des étincelles de nuit faisant battre le cœur des mots pour nettoyer celui des hommes, un petit matin clair, irrévérencieux, insolent, confiant, où des fées en espadrilles font le ménage du jour. Les fées n’existent pas mais leurs gestes perdurent. Et quand j’écris : « Je t’aime hors approbation, hors cadre, hors limite, hors tout« , ce sont elles qui me disent de ne pas avoir peur.

 

Ile Eniger – Solaire – (à paraître)

Matin (Susanne Derève)


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     CHUTA KIMURA, Landscape

 

 

Se réveiller heureux un matin blanc

Il y a si peu de vent

 

Les arbres se diluent

dans un semblant de brume

comme une estampe japonaise

un vert grisé

où vacille un halo de lumière incertaine

 

 

Un brouillard qui s’étend jusqu’aux franges

de l’être

un demain dont on ne saisirait pas le contour

dont on se dit que l’amour peut s’y glisser

peut-être ou bien s’en évader

aux premières vendanges

par la fenêtre

 

 

L’oiseau qui se pose, replie ses ailes  et s’ébroue,

le sait-il, où le mèneront les transhumances

En perd-il pour autant l’insouciance

du jour

 

 

Se rendormir heureux un matin blanc

Attendre que le rideau se lève

Faire semblant

 

 

Horizons (Susanne Derève)


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         John Joseph Enneking  (Spring Hillside)

 

 

Un dégradé de jaunes et de verts
jusqu’à l’horizon
de genêts, d’ajoncs, de graminées légères
Être là
sans raison
sans autre raison que de se sentir vivre
vivant
 
de l’incroyable élasticité de la mousse
sous les pas
du tronc  lisse    clair
–  l’écorce cède sous les doigts  –
de la respiration profonde  du bois
d’une plume tombée à terre

 

Je sais que la source en est là
enfouie dans le bonheur des mots
Tenter  d’approcher ce qui est
ce qui demeure
et nous survit

 

Tenter de pénétrer l’instant
où l’émotion surgit
sans raison
il suffit d’en rester ébloui

 

Si les étoiles se dispersent
si les désirs d’enfant transpercent
la monotonie des jours
au sortir de l’averse
il y a cette trace lumineuse dans le ciel

 

Où qu’elle mène
j’en cerne  inlassablement le contour
au-delà des jaunes pastels
et des verts chancelants du jour

Petites pièces (Susanne Derève)


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 Berthe MORISOT  Jardin de roses (1885)

 

 
Pigeons
roucoulements du matin
tendresse

et le sommeil qui fuit
paresse
je reste au lit
                *
Soleil
c’était hier sous l’érable
chaleur    ombre
Mêlées

 

sommeil d’après-midi
bonheur d’été
                *
Roses blanches, roses rouges
auxquelles la chaleur sied
les hortensias bleus ont fané

 

L’orage gronde et rien ne bouge
                *
Mais ce matin
fraicheur et pluie
le bleu a disparu de la palette

 

tout est gris
C’est au loin que  l’orage a fui
               *
Changement de décor
dans mon tout petit monde
que Lodge me pardonne
mes emprunts

 

Ce n’est pas  la brume
qui monte

 

ce sont les vapeurs de la terre
et ses parfums
              *
Un espace un silence
demeurer ainsi
dans l’instant 
vide de sens

 

Espérer que l’éclat du soleil
ne le dérobe pas

 

ni le pas qui s’approche
ni la porte qui s’ouvre et grince
sur ses gonds
sursaut

 

Chercher le silence profond
même la nuit est un fardeau
                *

James NOEL (Des poings chauffés à blanc)


Résultat de recherche d'images pour "Ernst Jean-Pierre"

Ernst JEAN PIERRE    Paradis Perdu de Haïti

 

                    Sous le manguier des femmes mûres 

 

Sous le manguier
des femmes mûres
je me mets un plâtre au cœur
maintenant ça bat
tout bas
bas bas bas
pour les jupes volantes
des femmes qui veulent
monter au ciel
au ciel bleu des cerfs-volants

 

maintenant
elles peuvent
croiser leurs bras
mâcher du chewing-gum
dire je m’en fous
et puis point merde
aux mots d’amour
elles peuvent tout dire
tout se permettre
moi je joue bien
aux mots croisés

 

elles peuvent prendre
leurs brosses à dents
ces femmes-là
elles peuvent prendre
une cigarette
moi j’aime bien
la mèche des femmes
des femmes qui fument
sans se cacher la chevelure
sans éteindre les feux de joie

 

elles peuvent jouir
si ça ne dérange
c’est à l’unisson
que naît la chanson
dans le naufrage

 

 

                           Confession des formes

 

La nature est confession de courbes
de montagnes qui se déplacent
à reculons

 

une femme enceinte a plusieurs veines
plusieurs identités
des densités multiformes
aérées par des respirations profondes
pour prolonger
les mouvements du monde

 

filles d’orfèvre qui cherchez des rayons d’or
pour vous parer en face du soleil
parcourez la terre dans le parfum du jour
et renvoyez dans le sommeil cette vapeur acquise
allez dire
paix sur les nuages
paix sur les fleuves

 

s’il pleut du miel
tendez-lui votre bouche

 

si c’est du sang
dites que vos mains sont bien trop frêles
pour empoigner la cueillette de l’épée
                         
Extraits du recueil  Des poings chauffés à blanc   (Ed Bruno Doucey)
                          James NOEL ( né en Haïti en 1978)

 

Patrick LAUPIN Il y a la terre ( Œuvres poétiques Tome II Ed La rumeur libre)


Résultat de recherche d'images pour "john singer sargent the black brook"John Singer SARGENT   The black brook 1908

 

IL Y A LA TERRE, SOUVIENS-TOI  de tel ciel tel été, une ombre discordante et pure. Il y a la terre et l’eau, ce tremblement à peine perceptible du corps et des lèvres, une pâle buée, l’empreinte visible du temps. Mais ce n’est déjà plus. Ce ne sont  plus jamais ce cœur ni même cette voix. Notre vie est une part de ce que nous ne savons plus retrouver, non plus vers quoi nous ne savons nous retourner. Je n’imagine aujourd’hui rien de plus émouvant que cette rosée matinale sur tes joues, ces pétales de rose posés doucement sur tes lèvres, à l’orée de l’autre hiver. Le monde se referme, la lumière nous quitte et ne laisse rien. Nous demeurons. Devant. Im­mobiles, ouverts, vacants. Guettant l’alerte et le moment, le point du jour, la première aurore, si fragile, si proche, comme sous le coup d’une butée venue du fond des âges, la première déflagration dans la nuit humaine de la pensée.

 

Promesse (Susanne Derève)


 

Résultat de recherche d'images pour "cezanne le jardin des lauves"

Cézanne  Le jardin des Lauves  (1906)

Promesse d’un vent clair
les feuilles argentées des peupliers
le vent calme
à peine un soleil
 
Enfouie  toujours – toujours –  l’attente
de ce qui serait
un bruissement dans l’air
le poids du silence
ce qui ne peut se dire
et qui pourtant se fait écho
pour un mot retenu un bruit un son
le louvoiement de la lumière
entre les branches
 
A cette place près du ruisseau
– et les pierres jamais ne mentent –
est-on de trop
cette  vie indicible sous les berges de sable          
ensevelie sous les roseaux  faut-il que toujours
nous tourmente ce qui n’est pas
ce qui n’est plus
le flot qui s’écoule et tarit
ces linges comme effeuillés comme
échappés aux doigts
et puis ce peu qui me reste de toi
après que se soient dissipées
les dernières franges de l’ivresse
                                          l’éveil
qu’ait reculé le jeu des ombres
pour faire place  au zénith
à cette torpeur violente dans la maturité
du jour
elle, seule, dénoue l’attente
sourde, elle que la lumière plombe,
qu’écrase le cadran des heures,
cette torpeur solaire avant que ne descende
le soir écartelé
dans  la douce plainte argentée des futaies
–  profonde  – dans le  vent léger
 
 

Louisa Siefert – il est des pistes


Résultat de recherche d'images pour "crepuscule nolde"

peinture   Emil Nolde :mer avec ciel rouge

 

Au clair soleil de la jeunesse,
Pauvre enfant d’été, moi, j’ai cru.

– Est-il sûr qu’un jour tout renaisse,
Après que tout a disparu ?

Pauvre enfant d’été, moi, j’ai cru !
Et tout manque où ma main s’appuie.

– Après que tout a disparu

Je regarde tomber la pluie.

Et tout manque où ma main s’appuie

Hélas! les beaux jours ne sont plus.

– Je regarde tomber la pluie…
Vraiment, j’ai vingt ans révolus.

 

Louisa SIEFERT « Les rayons perdus »
(Albin Michel)

Florence Noël – d’écorce


Résultat de recherche d'images pour "tronc écorce"

on avait dit au revoir aux arbres 
à chaque feuille 
et de tomber avec elles 
nos mains s’enflammaient 
puis murmuraient des choses lentes 
apprises dans l’humus 

le manteau de leur torse
était trop vaste
pour contenir le souffle des oiseaux
et tous ces souvenirs
délestés de bruissements

ces troncs buvaient nos bouches
adoubement de sèves
de part et d’autre
d’un baiser de tanin

on avait confié à leur chair
le soin de graver
l’étendue d’une vie

Marcel Olscamp – Amants perdus


4936849634_abbcd74442 NYC - City Hall Park_ Various Artists_ Statuesque_L.jpgAmants perdus

Ils vont
marchant contre leur cœur
cherchant l’épaule
qui reprendra leur main

Ils veulent
serrer contre leur corps
la paume d’une étoile
le rouge de la nuit

Mais il faut
écraser nos regards
sous l’ongle de la lune
sous l’ombre de leur lit

 

 

Marcel Olscamp,   Les grands dimanches

Bassam Hajjar – maisons pas encore achevées


Résultat de recherche d'images pour "open doors open door ontario association"

Maisons improvisées dans l’étendue vide
pas encore achevées
et vides encore
d’ habitants.

Mais elles sont, depuis le commencement, habitées par le personnage
des souvenirs.

(  Comme s’il n’y avait pas de mur et qu’avec cela, malgré cela,
on y ouvrait une porte.        Comme s’il n’y avait pas de père, de
mère, d’enfants, et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
lits, des vases, des livres et une table.            Comme s’il n’y avait pas
de salle de séjour et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
canapés, une table basse, une lampe, une télévision, des tiroirs
pour le papier à lettres, les journaux intimes,

les numéros de téléphone, les adresses postales, la note de l’épicier, la facture d’électricité, la boîte d’aspirine, les stylos à encre, les crayons à papier, le livret de famille, le vieux passeport, la boîte de dragées et la vieille montre, la boucle d’oreille qui reste en
attendant de retrouver l’autre, le carnet, beaucoup de clés,
dispersées ou reliées par un anneau et personne ne se souvient
maintenant si elles ouvraient des portes et où sont ces
portes…)

 

extrait de  «  Tu me survivras – « 

un furtif passage – ( RC )


visage  street-art  whirlpool     .jpg

Quelle  est cette  lumière  étrange
Qui  ici, soudain,  règne ?
Est-ce  la parole de l’ange,
qui , tout – à – coup,  saigne,
Dans  cette pièce austère
Où rien ne bouge,
Au fond du verre
aux reflets  rouges ?

J’y vois un mur transpercé,
L’éclair fendant les nuages  ;
Ton image inversée,
Celle de ton visage.
L’arrondi des sourcils…
Le reste se fond dans l’obscur,
Une vision, du reste ,          bien fragile,
Qui se dissout lentement dans le mur.

C’est  peut-être un vestige  de la pensée,
Certains y verraient un mirage,
Un fantôme tentant la traversée
des apparences, – comme en furtif passage…

RC – oct 2015

la soif du Niger – ( RC )


photo Françoise Hughier

 


Aucune poussière  suivant la marche de l’animal.
Un long fleuve prolonge ses rives,
Paresse dans la plaine écrasée de soleil;
Une pirogue en silence  se dirige vers l’aval.
L’eau n’a pas de rides,  lourde,
semblant coller aux mouvements
lents      de la pagaie.

Un homme à la peau très sombre est à bord,
Contraste  marqué au gris figeant le ciel,
celui, légèrement différent des sables  et de l’eau,
répercutent ces teintes monotones.

Le temps est stoppé,  écrasé par la chaleur,
au bord du fleuve Niger.
Le chameau n’a pas progressé.
Sa tête est baissée.
Le reflet immobile boit son image.
Soif impossible à désaltérer:

Qui s’attendrait à voir en cet endroit,
Une statue de bronze  ?

RC –  juin 2015

 

La chaise rouge – ( RC )


 

Red, Yellow, Red 1969.jpg

peinture: Mark ROTHKO :  1957

 

 

Dans l’image a surgi

Le grain, la palpitation

L’émotion rougie

Presque la déflagration

 

D’ une barre courbe

Un signe du sombre

De puissance encombre

C’est ce rouge fourbe

 

Il n’est ni sang ni cerise

Se détache lumière

En donnant à sa guise

Forme à la matière

 

Un éclair de couleur

Traverse ma page

Un éclair de douleur

De la photo, l’otage.

 

Aux accents de lave

Des blancs et bleutés

Opposés, ameutés

Les autres sont esclaves

 

 

dec 2011  RC

 

photo: Chris Jones

Résultat de recherche d'images pour "national geographic red chair"

Et avec les « commentaires »…

  1. le rouge est la couleur de l’ensanglantement…
     » debout il y a trop de bruit
    à l’usine des dentelles…

    Alors je m’asseois »

    Là, sur la chaise rouge…

    Des bises Ren

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    12/19/2011 à 12 h 55 min Modifier

    • On peut avoir cette interprétation, moi, je la vois distincte ds autres couleurs, justement parce qu’elle est chaude

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  2. oui, et le sang, c’est chaud…et c’est la vie…j’ai toujours été impressionnée de celui qui coule en chacun de nous, mais dans le bon sens, je dirai…je n’aime pas le voir couler, parcequ’en génèral c’est  » mauvais  » signe, mais j’aime imaginer chaque humain comme un arbre empli de cet ensanglantement qui pulse et pulse encore..c’est ça qui m’est passée dans la tête avec la chaise rouge…et m’asseoir sur une chaise rouge, ça équivaudrait à m’ésseoir dans la vie…
    Sourires…
    En réponse à ce que tu viens de poster, un sourire avec de la lumière à l’intérieur..oh; oui, je vois ça parfois autour de moi, c’est absolument cadeau des sourires pareils…

    12/19/2011 à 14 h 42 min Modifier

  3. En fait j’ai écrit ça l’autre jour en pensant à une photographie que j’ai faite ( une diapo) sur laquelle j’aimerais bien remettre la « main ».. j’avais mesuré l’intensité de la couleur avec une cellule faite pour çà, et effectivement le rouge était « criant » de vérité…

    quant au sourire de E De Andrade, l’allusion sexuelle est criante aussi, j’avais même dans un de mes textes écrit quelque chose d’approchant avec un sourire « vertical »… il faudrait que je le retouve…. j’ai déjà idée où il peut être…

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    12/19/2011 à 15 h 09 min Modifier

  4. 2 choses:

    « Le rouge est la lumière dans le temps. »

    Rupprecht GEIGER

    et http://corpsetame.over-blog.com/article-1112-ceux-qui-restent-43321780.html

    pour un travail d’ Elke KRYSTUFEK

     

Tu verras bien au loin ( RC )


peinture: James Rosenquist  -The Light That Won't Fail

peinture: James Rosenquist -The Light That Won’t Fail

Tu verras bien  au loin ,
les temps  qui s’abîment,

Les photos  qui noircissent
Et le goût du vin,
Que l’on boit sans plaisir
Attablé au comptoir, Les journaux  de la veille
Une coupelle presque vide.
Le sel poudreux,
Et quelques  cacahuètes  qui traînent.

Ils sont une demi-douzaine  de seuls
A ne savoir quoi faire de leur regard,
Alors ils errent, sur la télé du bar
Et les infos sommaires qui défilent
Sur les  évènements de la journée
En lettres blanches qui s’égarent.

J’ai beau m’envelopper
Dans mon manteau humide

Les carreaux  tristes,
Livrés aux  courant d’air
Dialoguent à l’envers
Des couleurs des néons
De la pub, qui vante
Le nouvel apéro.

Encore deux heures à tuer,
Avant le prochain départ.
Trois rues à parcourir,
Pour atteindre la gare.

RC – 11 et 20 mars 2013

 

 

Bassam Hajjar – Mets une girafe dans un bol, un poisson dans un jardin


peinture             Petite Lap   de Cat Painting

METS UNE GIRAFE DANS UN BOL,
UN POISSON DANS UN JARDIN

Habitons-nous dans le nuage bleu
que Marwa dessine à côté de mon nom ?

Quand le fracas se rapproche de la fenêtre
quand les meubles s’accroupissent dans les coins
ou que les rideaux prennent peur,
ni le nuage ne pleut,
ni mon nom n’embellit le monde.

Alors toi ma fille, dors,
et quand je somnolerai un peu
Je te promets de rêver de toi
de vider mon crâne de sa lourde quincaillerie
et de penser au nuage bleu
a la maison
au seuil

aux fruits qui ressemblent aux papillons
aux papillons qui ressemblent aux fruits
Uniquement quand tu les dessines.

Je te demande alors :
pourquoi ne dessines-tu pas le monde entier
pour qu’il lui soit donné de ressembler à quelque chose ?

Mets une girafe dans un bol
un poisson dans un jardin
mets un oiseau et un rhinocéros dans la même cage
et crois qu’ils vont s’aimer
parce que tu le veux ainsi
avec l’entêtement qui te fait considérer le sommeil
comme de fausses vacances.

Mets, quand tu dessines mon visage,
un peu de fatigue sur mes traits
une seule ligne sur mon front
pour que je considère que je suis au milieu de la vie
et non à la fin.

Mets une lueur de la couleur de ton choix

pour que la sécheresse ne s’attarde pas dans mes yeux
mets de l’eau en quantité
pour qu’il me reste deux mains énergiques
des moustaches
et un coeur rabougri, tant le vide fait siffler ma poitrine.

N’oublie pas les lits pour dormir
les bouches pour sourire
et un peu de larmes
seulement
pour nous rappeler de temps en temps
avant de l’oublier
comment un homme pleure comme une femme

comment une femme pleure comme une femme
comment ils pleurent, tant les pleurs les rassemblent.

Habitons-nous dans la petite boîte

que tu meubles avec des bouts de papier

des allumettes et des cuillers ?

Et puis arrive ta fille, jolie comme une poupée,

pour nous apprendre comment les poupées sont heureuses
sans parler
délicates, sans que personne ne leur manque.

Puis tu fermes la porte,

tandis que l’homme se souvient qu’il est un homme

et la femme qu’elle est une femme,

ils se souviennent qu’ils s’éloignent ensemble

chacun tout seul,

vers une obscurité redoutable.

Mets une étagère pour la lampe
une patère pour mon manteau ou mon chapeau
mets une nuit tiède après chaque jour
et des voyageurs
qui ne manquent pas leurs rendez-vous
ni de frapper à la porte

et de t’entendre courir

et jubiler derrière la porte.

(Paris, fin décembre 1986)

extrait  de  « tu me survivras »   Actes/sud

Lambert Savigneux – l’amandier


l’amandier

 

des fleurs sur un vieux corps

les traces d’une neige

l’envie apportée par le vent

 

 

 

( extrait  de  « le   Regard  d’Orion »,  beaux  posts  que je continue à parcourir et découvrir )

 

 

Luis Cernuda – Cimetière dans la ville


 

 

 

photo:                  H Cartier-Bresson,      1934 – Mexique

 

Derrière la grille ouverte entre les murs,

la terre noire sans arbres, sans une herbe,

les bancs de bois où vers le soir

s’assoient quelques vieillards silencieux.

Autour sont les maisons, pas loin quelques boutiques,

des rues où jouent les enfants, et les trains

passent tout près des tombes. C’est un quartier pauvre.

 

Comme des raccommodages aux façades grises,

le linge humide de pluie pend aux fenêtres.

Les inscriptions sont déjà effacées

sur les dalles aux morts d’il y a deux siècles,

sans amis pour les oublier, aux morts

clandestins. Mais quand le soleil paraît,

car le soleil brille quelques jours vers le mois de juin,

dans leur trou les vieux os le sentent, peut-être.

 

Pas une feuille, pas un oiseau. La pierre seulement. La terre.

L’enfer est-il ainsi. La douleur y est sans oubli,

dans le bruit, la misère, le froid interminable et sans espoir.

Ici n’existe pas le sommeil silencieux

de la mort, car la vie encore

poursuit son commerce sous la nuit immobile.

Quand l’ombre descend du ciel nuageux

et que la fumée des usines s’apaise

en poussière grise, du bistrot sortent des voix,

puis un train qui passe

agite de longs échos tel un bronze en colère.

 

Ce n’est pas encore le jugement, morts anonymes.

Dormez en paix, dormez si vous le pouvez.

Peut-être Dieu lui-même vous a-t-il oubliés.

 

 

 

Tras la reja abierta entre los muros,

La tierra negra sin árboles ni hierba,

Con bancos de madera donde allá a la tarde

Se sientan silenciosos unos viejos.

En torno están las casas, cerca hay tiendas,

Calles por las que juegan niños, y los trenes

Pasan al lado de las tumbas. Es un barrio pobre.

 

Tal remiendosde las fachadas grises,

Cuelgan en las ventanas trapos húmedos de lluvia.

Borradas están ya las inscripciones

De las losas con muertos de dos siglos,

Sin amigos que les olviden, muertos

Clandestinos. Mas cuando el sol despierta,

Porque el sol brilla algunos dias hacia junio,

En lo hondo algo deben sentir los huesos viejos.

 

Ni una hoja ni un pájaro. La piedra nada más. La tierra.

Es el infierno así ? Hay dolor sin olvido,

Con ruido y miseria, frío largo y sin esperanza.

Aquí no existe el sueño silencioso

De la muerte, que todavia la vida

Se agita entre estas tumbas, como una prostituta

Prosigue su negocio bajo la noche inmóvil.

 

Cuando la sombra cae desde el cielo nublado

Y del humo de las fábricas se aquieta,

En polvo gris, vienen de la taberna voces,

Y luego un tren que pasa

Agita largos ecos como un bronce iracundo.

 

No es el juicio aún, muertos anónimos.

Sosegaos, dormid ; dormid si es que podéis.

Acaso Dios también se olvida de vosotros.

 

Luis Cernuda, La Réalité et le Désir (La Realidad y el Deseo)

 

Claude Chambard – transformation


estampe japonaise – averse

Pluie.

C’est une douceur chuchotée

qui contient une langue acharnée

de millénaires. Obscure bouche fendue

par un rêve sans âge.

Qui sait où s’arrache le futur

de toutes respirations…

Qui sait avec quelles imprévisibles images

le coeur est lié au vivant…

Ce qui trame les yeux…

Il y a un chant, un parfum, un visage

& la main qui, ailleurs lisse une tombe

muette.

Le chemin du rivage ( RC )


viaduc landes.JPG

une image  que vous ne verrez jamais ailleurs, avec le pont de Douvenant, vers St Brieuc ( 22 )

 

Si le chemin, au bord  du rivage
S’allonge au gré  de mes pas,  c’est  errer
Contourner les pentes,    dominer les plages
Et emprunter celui des anciennes  voies ferrées..

La lumière est mouvante et se déplace
Au gré des courants d’air, qui poussent
aussi les ombres, que des nuées lasses
Déposent en bouquets de couleurs douces

Au delà des sables, les ajoncs
Et le rivage  qu’on situe par-delà la baie
Lorsqu’on passe le vieux pont,
Une distance qu’on franchirait d’un trait,

Si on avait les ailes  d’une mouette
A voir les  choses  de haut
En luttant contre l’air  qui fouette
le front,  au dessus des eaux.

Mais je continue la voie  étroite
Suivant les caprices de la côte, le contour
Ne connaissant pas la droite
En impose ses détours

A suivre obstinément le chemin,
Que je parcours sans hâte
Entouré de pins et romarins…
Mais voici que le temps se gâte  ….

C’est un prélude à la nuit
Lorsque le ciel  s’épaissit
Et qu’arrive aussi la pluie,
Sous un ciel obscurci

Que quelques lueurs parcourent…
Il est trop tard pour l’éviter
Et envisager le retour   …
S’il le faut, j’irai m’abriter

Pour l’instant, je poursuis ma route;
Des éclairs lointains l’illuminent
Et tombent,  éparses,  quelques gouttes
Tandis que je chemine …

Lentement, le paysage  défile :
La terre humide, à mon nez , se parfume
La baie  s’est emplie de brume,
On distingue à peine les îles…

Une lumière intermittente  traverse
Là-bas, la colonne d’un phare
Situé un peu à l’écart
Sous le rideau de l’averse

Dans ma poche, pour  écrire, quelques papiers
En hâte, pliés
Mais qui sont  déjà mouillés
Et d’un reste d’encre, souillés…

RC  –  30  juillet  2012

Talmont, sentinelle ( RC )


 

photo perso – reliefs-sculptures –                 tympan de l’église Ste Radegonde     de Talmont .         Gironde

 

Les sculptures romanes sont en patience
Et les  fleurs  se redressent

Au temps   suspendu …
Gris-vert  de  marée montante

Aux saveurs d’Atlantique
Sentinelle de Gironde

Talmont peut l’attendre,
Ce vent venu du large

Essaims de moules
Recouverts d’écume

RC–  14 et 15 juillet  2012

En passant

Sous la surface des choses – (RC)


travail d’élève de 6è de collège:           monde sous marin

S’il faut voir les poissons  de plus près,
et  s’immerger sous la surface des choses
j’endosse la combinaison de plongée
L’attirail du scaphandrier
Et je me laisse aller à des distances obscures
Et ne plus penser à l’air,qui d’habitude,
gonfle mes poumons…

Je suis un ludion suspendu en eaux
Frôlé par des bancs de poissons qui errent
Caressé par des méduses avides d’un pays,
Celui du dessus, qui ne leur est pas permis
Comme ne m’est plus permis la lumière du soleil
Si faible sous les tonnes de liquide en mouvement.
C’est, franchi la frontière agitée des vagues,
Un domaine  réservé, que tâter du pied, ne peut suffire
Et qui m’englobe, et qui m’avale
Comme  toutes les certitudes de plancher sec…

Et les seiches me prêtent leur encre marine
Pour que j’écrive la mémoire des abysses,
Le vrombissemnt silencieux du passage des orques
Les étranges lanternes des baudroies
Et le dédale  de couleurs des coraux et anémones
Qui dansent avec les courants chauds
Avec à peine le souvenir de l’homme
Et une épave oblique, aux hublots sertis
De coquilles et de rouille, avec son échelle
Accrochée au bastingage de l’inutile.

RC     – 17 juin  2012


If we have to see the fishes closer
and immerse ourselves under the surface of things
I put on the wetsuit
The diver’s paraphernalia
And I let myself go to obscure distances
And think no more at the air, which usually
fill my lungs …

I am a ludion suspended in waters
Tickled by shoals of fish that roam
Caressed by jellyfishes, eager for a country ,
One above, which they are not allowed
As I am no longer allowed for sunlight
So low, beneath tons of moving liquid.
That is, across the border turbulent waves,
A reserved area, where the feeling of feet wouldn’t be enough
And that includes me, and swallows me
Like all the certainties of dry floor …

And cuttlefish lend me their naval ink
Writing for the memory of the abyss,
The silent vrombissemnt of orcas passing
The strange lanterns of monkfishes
And the maze of colorful corals and anemones
Dancing with the warm currents
Barely the memory of man
And an oblique wreck, portholes with crimped
Shells and rust, with its scale
Hanging on the railing of useless.

Ames au poids – (RC)


papyrus egyptien.. pesée des âmes

Des aventures en mythologies, beaucoup les partagent

Ce sont des dits, des légendes  ( et des commérages)

Qui se colportent, en générations, dans les mémoires

Et donnent en naissance,   de belles  histoires

 

La pesée des âmes  ( d’un poids négligeable)

Devait être comme l’or  ( assez rentable)

Bataille des chiffres et ——-marchandages

Et j’organise  un p’tit voyage  !!

 

Par convois entiers,  ou bien fusées

Les âmes sont partantes pour aller  au musée…

Mais y en a qui trichent, comme le Dr Faust

Préférant livraison lente plutot que « chrono-post »

 

Ayant vendu, comme on le sait, son âme au diable

Et afficher  en retour, un sourire aimable,

Qui pourrait convenir à Marguerite    – (elle lui fait la bise) …!

Et aux échanges, y a aussi le marchand  de Venise

 

Qu’à sa p’tite affaire, et n’connaît pas la crise !

C’est encore elle ( la crise), qui étonne et défrise..

J’ai donc  reçu, y a pas si longtemps , une proposition

D’acheter l’esprit, l’âme et le talent   –  autorisation –

 

Pour une vie meilleure, un autre horizon

Ce qui, pour cette âme, était la meilleure  solution…

M’étant jamais v’nu à l’idée de posséder deux âmes

Surtout quand  l’autre est celle  d’une femme…

 

———-  mais  tout compte fait, j’vais  réfléchir…

Pas  sûr qu’ça  soit une bonne  affaire  –  pour investir

Cela risque  fort de perdre de la valeur

s’il me vient avec,  douleurs  et malheurs…!

 

A jouer malin, et passer par-dessus les lois

Même encore  légères, les âmes seraient un poids…

Je dirai plus tard, les suites  de l »aventure

Et leurs conséquences sur mon futur

 

Si je rends visite à  la voyante, Mme Soleil

Qui a de petits seins, mais  gros orteils  …!

Elle  connaît les comment  et les pourquoi …

On verra donc,  quel sera mon choix…

 

photo: Sculptures du tympan de Conques ( Aveyron) J Mossot

Carcasse d’un demi-queue en grimaces ( RC )


photo:   Robert Meffre  – Leee Plaza Hotel  – Detroit

 

Dans le vaste salle  du Lee Plaza

Les chaises renversées, attendent sans public

Aux arcs à caissons, décoré pour des fastes

Costumés, de bals sur les parquets cirés

 

La lumière s’accroche aux gravats bleutés

Et souligne un décor, quelque peu fortuit

Des fenêtres ouvertes sur courants d’air

Et carreaux qui font en reflets

 

D’un vide  silencieux leur petit effet

Alors que trônent d’un air oblique

Les touches d’un clavier tenace

Accrochées à la carcasse

 

Du demi-queue  en grimaces

S’imposant de ses cordes croisées

En témoin hagard, spectre à musiques

D’un silence aux accents déglingués.

RC

9 fev 2012

les photos  de Marchand & Meffre  sont  visibles  sur leur  site , par rapport auxquelles Tikopia ( Tikopia, l’île aux images) a fait quelques variations en textes…

 

cette  esthétique  des ruines  fait  l’objet d’un dossier de presse,  pdf réunissant plusieurs photographes  visible ici

 

Le lac et le blé (RC)


J’ai entendu récemment  cette belle légende, à la radio, que j’essaie  de transcrire aujourd’hui….

Il existe un pays où certaines personnes ne s’aventurent pas,  car ces endroits un peu particuliers,  peuplés  de cailloux sont des lieux  où son soupçonne  qu’ils  abritent  des djinns,  des petits  génies malicieux, qui peuvent provoquer des surprises, le bonheur ou le malheur des hommes…

Un jour Ahmed,  vit un endroit  au détour  d’un chemin,  plat, mais encombré de pierres,  qui lui semblait propice à la plantation d’un champ de blé…  il commença  à déplacer  quelques  unes,  lorsqu’il entendit une  voix sortir de derrière les roches..

– Que fais tu donc là, dans notre territoire?

– Je  déplace  des pierres, pour espérer faire de cet endroit merveilleusement placé, un champ de blé, et ainsi  aider ma famille  à sortir de la famine..

– C’est un beau projet, dit le djinn, qui apparut de derrière les pierres,  nous  allons  t’aider…

Apparurent  alors deux, trois  dix, cent, mille djinns  qui aidèrent  Ahmed à déplacer  toutes les pierres  du champ, pour faire  apparaître  une belle  surface  cultivable, cernée  de hauts murets…

Viens donc  avec ta famille  semer,  et nous demanderons au ciel de  t’envoyer l’eau nécessaire  à une abondante récolte…

Ainsi fut ,fait,  et au bout de quelques mois , une prairie verdoyante comportant de nombreux  épis tendres  était apparue au détour  du chemin…

blés en Aveyron, photo personnelle

Mais les djinns goûtant les  épis, les  trouvèrent si bons et à leur gout  , que des dizaines, des milliers  de djinns vinrent chacun manger les beaux épis…

La famille  venant pour la moisson, constatant le désastre,  ne put retenir  des flots de larmes devant  ce spectacle,  et c’est  ainsi qu’aujourd’hui,  dans l’espace qui avait été jadis porteur  d’espoir, il y a à sa place un grand lac issu de toutes leurs  larmes  .

————————————————————————————————–

Sur le net je n’ai pas trouvé trace  du récit que j’ai retranscrit,  par contre  des contes berbères  qui semblent, dans l’esprit, s’en approcher;..

Antonio Machado – chemin


 A Line Made by Walking, 1967, Angleterre.        Richard Long (né en 1945),
Une marche de l’artiste, de plusieurs heures (temps), imprimant
dans l’herbe (paysage), par ses pieds (corps), la trace de son passage

 

 

Jamais je n’ai cherché la gloire
Ni voulu dans la mémoire des hommes
laisser mes chansons
Mais j’aime les mondes subtils
aériens et délicats
Comme des bulles de savon.

J’aime les voir s’envoler,
se colorer de soleil et de pourpre,
voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
Puis éclater.

A demander ce que tu sais
Tu ne dois pas perdre ton temps
Et à des questions sans réponse
Qui donc pourrait te répondre?

Chantez en cœur avec moi:
Savoir?           Nous ne savons rien
Venus d’une mer de mystère
Vers une mer inconnue nous allons

Et entre les deux mystères
Règne la grave énigme
Une clef inconnue ferme les trois coffres
Le savant n’enseigne rien,      lumière n’éclaire pas
Que disent les mots?
Et que dit l’eau du rocher?

Voyageur,          le chemin
C’est les traces de tes pas
C’est tout;          voyageur,
        il n’y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant

Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur!
Il n’y a pas de chemins
        Rien que des sillages sur la mer.

Tout passe et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer

Vesna Parun – Ephèbe endormi


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peinture: Botticelli:  Arès & Aphrodite  ( détail droit )

 

Sur la plage où l’ombre de la baie s’allonge

Il est couché tel une vigne en son clos,

Solitaire et tourné du côté des vagues.

Son visage est empreint d’une grâce grave,

Le vent de midi à ses traits se caresse,

Il est plus beau que branche de grenadier

Gorgée de pépiements d’oiseaux, et sa taille

Plus souple que l’ondulation d’un lézard.

.

 

Grises est la mer, le sable crisse.

Des ombres blondes s’étendent sur la vigne.

Dans le lointain des colonnes de ciel saillent.

L’orage maintenant vient battre la plage.

.

Et moi je tête l’odeur d’été qui croît

Et je bois le vin des plantes dénudées

Et j’emplis mon regard de ces mains qui luisent,

De ces flancs brillants et polis d’une écume

Ou se déplace l’huile des oliviers,

Moi, mes yeux apaisés reposant sur lui

Enveloppé par la vague, qui sommeille

Dans ce tonnerre lent et vieux comme agave,

Moi livrée au vol multiple des désirs,

Je me demande combien d’ailes ouvertes

Palpitent dans les creux bleutés et les monts

De ce corps si calme qu’il s’en va troubler

L’herbe solitaire et la mer en son verbe.

Jean-Jacques Hamm – les interstices du temps (XI)


 

LUCIAN FREUD jardin

Lucian Freud –  Le jardin du peintre 

 

 

la soie  de l’eau lunaire    la soie    la soif     la joie le

râle de

l’eau     le frisson des saules     la soie

l’osier donné   au voyageur   la halte dans les vagues

les interstices

du temps    le modulé  d’un corps

le plissé   le drapé   les volutes   d’une robe   le lieu

ombragé

offert   la blessure    rose    la tige de jade

le frisson des saules   le frisson   le pavillon fermé

encore

de ton absence

le plisé d’un rêve    la perle rouge   le couteau doré  le

val profond

les volutes    le pavillon    fermé    de ton absence

guerrier courageux   cheval   sauvage   moineau

becquetant les grains

la blessure    rose    la porte    de jade

la salle des examens   les interstices du temps   la corde de

luth          le chant soudain

musique tendre   attendre le ruisselet    la perle noire

le propre de

la vallée      et ta présence      ta présence enfin

les interstices du temps     la soif du soir      la rosée du jour

le

frisson des saules

un jeune chat   lape    de sa langue rouge    le lait

blanc ne

sachant pas    qu’il est prisonnier    des interstices  du

temps

 

 

 

INVENTERRE  I

(Chaos)

Collection « Les Transparents »

Le méridien éditeur

Robert Vigneau – la vigne


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Au blé, accordez les plaines,
Il vous apporte le pain.
Offrez l’ombre des fontaines
Aux légumes des jardins.
À moi, la part indigente
Dont personne ne voudra :
Le gravier brûlé des pentes,
Le roc sec, le sable ingrat.

Je m’y nourrirai du ciel.
Mes vins garderont vivants
Le rouge, l’or des soleils
Et les ivresses du vent.
J’élèverai dans ma sève
L’alcool aveugle : il conduit
Les extases — et vos rêves
Vers enfer ou paradis.

Qu’ai-je besoin de la terre?
Racinée dans le divin,
Je fleuris par la prière
À la bouche du devin.

Noé s’endort en famille
Dans mes berceaux de sarments
Et Dionysos dans mes vrilles
S’enroule éternellement.
Mon raisin, Messie des anges,
Vous verse à boire les cieux
Par le jus de ma vendange
Devenu le sang de Dieu.

Ivresse – (Susanne Derève)


 

5

   Château de Corcelles – photo RC

 

                            

                          Vivrons-nous,

du souffle léger de Décembre

 

– pierre tendre et tuiles rondes  –

et des rameaux du grand hiver

rouges dans le bleu du ciel 

 

de la promesse  des bourgeons    

sur le bois nu  

du dernier sursaut de l’automne,                                                          

 

                                   ivresse     

de vin rosé  de vin jeune

et de pourpre     de chais silencieux ; 

de l’or paresseux  

 

                                 du jour,

un boisseau  d’ocres et de velours,

de verts  enluminés de pluie  

de  l’éclat  chancelant  du vitrail 

 

                            et de l’offrande

de la nuit  miroitant  de l’averse,

une ville à nos pieds,

brouillée d’ombre et de vent ;

de nos mains jointes et refermées

 

                            innocemment

sur la fortune et le hasard,

comme on braconne  des rêves épars

sur les terres blondes  de l’été

 

avant que  ne l’emprisonnent

les neiges blanches de Janvier  

 

 

 

                           

Dans les pas de Ben Webster – ( RC )


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voir aussi

Dans les pas de Ben Webster,
une marche lente et nostalgique
déroule ses volutes.
Ce sont celles d’un saxophone las,
teinté de cuivre chaud.

Sans hâte, il étreint
quelque chose d’indéfinissable
âpre et tendre à la fois ,
avec le poids de blues
d’un amour disparu.

              C’est un chant ,
mais pas une plainte,
qui serpente derrière les ombres,
comme celle d’une silhouette
à peine entrevue.

                     Un instant
        que le temps l’a repris,
mais qui revient inlassablement :
un air répété
les yeux clos sur la mélodie :

Ce « My one and only love »
a quelque chose
d’une ballade circulaire:
             on en connaît l’air,
            mais jamais la fin.

Quelques mesures s’égrènent:
ce sont des pas dans la neige,
          mais juste leurs traces
             car l’amour n’est plus là,
et plus loin son chemin s’efface.

La musique parle
à ceux qui se rappellent aussi
du regard aimé,
et de l’éternelle empreinte
       d’un visage qui sourit.

 

 

RC –  dec  2019

Else Laske-Schüler – un chant d’amour


UN CHANT D AMOUR

 

D’un souffle d’or

Les cieux nous ont créés.

Oh, comme nous nous aimons..

.

Les oiseaux – bourgeons sur les branches, Les roses prennent leur envol.

Sans cesse, je recherche tes lèvres Derrière mille baisers.

Une nuit d’or,

Des étoiles en nuit…

Nul ne nous voit.

Paraissent la lumière et le vert, Nous somnolons;

Seules nos épaules papillonnent.

 

EIN LIEBESLIED

 

Aus goldenem Odem

Erschufen uns Himmel. 0, wie wir uns lieben…

Vögel werden Knospen an den Ästen,

Und Rosen flattern auf.

Immer suche ich nach deinen Lippen

Hinter tausend Küssen.

Eine Nacht aus Gold,

Sterne aus Nacht…

Niemand sieht uns.

Kommt das Licht mit dem Grün,

Schlummern wir;

Nur unsere Schultern spielen noch wie Falter.

Pierre Albert-Birot – La pendule


 

le matin du monde

Marc Chagall – le matin du monde 

 

 

Au plus bas de l’hiver dans le creux de la nuit

Las d’avoir l’œil ouvert tu peux quitter l’été du lit

Et venir te pencher sur le Temps

Cherchant à la myope au bord du cadran blanc

Les aiguilles et les lettres aux petits éclats d’or

Elles vont te dire avecque la divine indifférence

Qu’il est trois heures du matin

Et te voici tout ému qu’elle ne soit pas arrêtée

Tellement tu la vois moulée dans de la solitude

Comment son cœur a-t-il la place de faire un’deux

Une pendule est sans doute pendule

Jusqu’à la pointe du balancier

Pendule qui tient à son honneur est toute entière

Au souci de compter

Beau chanteur

Quand il arrive le jour voudrait la séduire

Pour la distraire et la voir enfin se tromper

Mais pendule est vertu même

Et la belle a juré fidélité au Temps

Rude amant

Qui saura jamais pourquoi elle reste ainsi

Collée au vieux

Par amour

Ou pour le rendre ridicule

Ou pour ne pas être seule au monde

 

 

Poésie 1938-1939

LA PANTHERE NOIRE 

Rougerie 

Paul Celan – Fugue de mort


 

margarete 2

Anselm Kiefer- Margarete 1981

 

sulamith 2

Anselm Kiefer- Sulamith 1983

 

 

Lait noir de l’aube nous le buvons le soir

le buvons à midi et le matin nous le buvons la nuit

nous buvons et buvons

nous creusons  dans le ciel une tombe où l’on n’est pas

serré

Un homme habite la maison il joue avec les serpents il

écrit

il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete tes

cheveux d’or

écrit ces mots s’avance sur le seuil et les étoiles tressaillent

il siffle ses grands chiens

il siffle il fait sortir ses juifs et creuser dans la terre une

tombe

il nous commande allons jouez pour qu’on danse

 

Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit

te buvons le matin puis à midi nous te buvons le soir

nous buvons et buvons

Un homme habite la maison il joue avec les serpents il

écrit

il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete tes

cheveux d’or

Tes cheveux cendre Sulamith nous creusons dans le ciel

une tombe où l’on n’est pas serré

 

Il crie enfoncez plus vos bêches dans la terre vous autres

et vous chantez jouez

il attrape le fer à sa ceinture il le brandit ses yeux sont

  bleus

enfoncez plus les bêches vous autres et vous jouez encore

  pour qu’on danse

 

Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit

te buvons à midi et le matin nous te buvons le soir

nous buvons et buvons

un homme habite la maison Margarete tes cheveux d’or

tes cheveux cendre Sulamith il joue avec les serpents

 

Il crie jouez plus douce la mort la mort est un maître

  d’Allemagne

il crie plus sombres les archets et votre fumée montera

  vers le ciel

vous aurez une tombe alors dans les nuages où l’on n’est

  pas serré

 

Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit

te buvons à midi la mort est un maître d’Allemagne

nous te buvons le soir et le matin nous buvons et buvons

la mort est un maître d’Allemagne son œil est bleu

il t’atteint d’une balle de plomb il ne te manque pas

un homme habite la maison Margarete tes cheveux

  d’or

il lance ses grands chiens sur nous il nous offre une

  tombe dans le ciel

il joue avec les serpents et rêve la mort est un maître

  d’Allemagne

 

tes cheveux d’or Margarete

tes cheveux cendre Sulamith

 

 

                         TODESFUGE

 

Schwarze Milch der Frühe wir trinken sie abends

wir trinken sie mittags und morgens wir trinken sie nachts

wir trinken und trinken

wir schaufeln ein Grab in den Lüften da liegt man nicht eng

Ein Mann wohnt im Haus der spielt mit den Schlangen der       

  schreibt

der schreibt wenn es dunkelt nach Deutschland dein goldenes

  Haar Margarete

er  schreibt es und tritt vor das Haus und es blitzen die Sterne

  er pfeift seine Rüden herbei

er pfeift seine Juden hervor läβt schaufeln ein Grab in der Erde

er befiehlt uns spielt auf nun zum Tanz

 

Schwarze Milch der Frühe wir trinken dich nachts

wir trinken dich morgens und mittags wir trinken dich abends

wir trinken und trinken

Ein Mann wohnt im Haus der spielt mit den Schlangen der  

  schreibt

der schreibt wenn es dunkelt nach Deutschland dein goldenes

  Haar Margarete

Dein aschenes Haar Sulamith wir schaufeln ein Grab in den  

Lüften da liegt man nicht eng

 

Er ruft stecht tiefer ins Erdreich ihr einen ihr andern singet

  und spielt

er greift nach dem Eisen im Gurt er schwingts seine Augen sind

  blau

stecht tiefer die Spaten ihr einen ihr andern spielt weiter zum

  Tanz auf

 

Schtwarze Milch der Frühe wir trinken dich nachts

wir trinken dich mittags und morgens wir trinken dich abends

wir trinken und trinken

ein Mann wohnt im Haus dein goldenes Haar Margarete

dein aschenes Haar Sulamith er spielt mit den Schlangen

 

Er ruft spielt süβer den Tod derTod ist ein Meister aus Deutsch-

  land

er ruft streicht dunkler die Geigen dann steigt ihr als Rauch in

  die Luft

dann habt ihr ein Grab in den Wolken da liegt man nicht eng

 

Schwarze Milch der Frühe wir trinken dich nachts

wir trinken dich mittags der Tod ist ein Meister aus Deutsch-

land

wir trinken dich abends und morgens wir trinken und trinken

der Tod ist ein Meister aus Deutschland sein Auge ist blau

er trifft dich mit bleierner Kugel er trifft dich genau

ein Mann wohnt im Haus dein goldenes Haar Margarete

er hetzt seine Rüden auf uns er schenkt uns ein Grab in der

  Luft

er spielt mit den Schlangen und träumet der Tod ist ein Mei-

ster aus Deutschland

 

dein goldenes Haar Margarete

dein aschenes Haar Sulamith

 

 

Choix de poèmes

 réunis par l’auteur

 

Poésie/Gallimard

 

Fragments ( autour d’Anselm Kiefer) – Susanne Derève


 

Anselm20Kiefer20-202

        Die Bösen Mütter -Anselm Kiefer

       
Chaises  vides chaises blanches  qui  portez les bûchers
qui  portez  des silences  d’éternité

 

 

Anselm20Kiefer20-20zz24

     Das goldene vlies – 1997

 

Robes    jetées comme des voiles    aux ailes froides de l’absence
dites-nous,  dites-nous l’errance  dites-nous le poids du passé

 

 

 

Anselm20Kiefer20-20zz9

                                                      Lots Frau –  Anselm Kiefer, 1989

 

 

Et si les rails s’amenuisent

pour se fondre dans  le  néant            

c’est que les Dieux ont déserté

jusqu’aux retables des églises   

 

dans les méandres du couchant

aux confins de ces plaines grises 

de ces villages  abandonnés

ont-ils  rejoint l’enfer bu cette neige

 atone qui collait à leurs pieds

 

Sous les miens ne résonne que  le fracas   

des pierres

pas même un cœur qui bat 

une peau qui frissonne

lorsque les blés s’envolent au vent d’hiver

avec l’innocence des hommes

 

 

Liens :

Anselm Kiefer au Centre Pompidou 2015-2016

Anselm Kiefer: Remembering the Future

 

 

Une reine recluse – ( RC )


Emily Dickinson, la « Reine Recluse »

C’est l’image d’une femme,
une reine recluse
derrière de hautes murailles,
Elle sait n’avoir pour horizon
derrière sa fenêtre
que des forêts et des collines
qui se prolongent à l’infini.

Parfois elle voit, comme un signe,
un oiseau s’approcher de l’ouverture,
pour s’éloigner aussitôt
comme un rêve
qu’on ne peut jamais saisir.

Ce peut être une abeille égarée,
– dit-elle – qui chante et puis s ‘envole.
Ce sont peut-être comme mes pensées:
une gloire d’or et de lumière
qui fait le miel de l’insecte ,
et le mien .

Hélas, je suis prisonnière
et ce que j’écris
est ce miel inutile
qui ne fait que prolonger
les journées qui s’enfuient:
ainsi,     j’enferme la lumière dans la nuit.

 

note:

« La Gloire est une abeille/Elle Chante –/ Elle pique –/ Et, hélas, elle s’envole »
« Des pensées qui seront d’or et de lumière »
sont des extraits d’écrits d’Emily Dickinson.

Philippe Delaveau – la pluie ( II )


Pflanze, Regen, Natur, Grün, Saison, Blatt, Frisch

 

Maintenant dans les flaques se dilue

le dur monde ancien comme aux poils des pinceaux

la peinture collée qui se détache sous l’essence.

Debout, enfin lavé de mes refus, je m’apprête à la tâche.

Debout sur la terre lavée, Seigneur, je veux chanter

Ta gloire dans la force du vent, composer

nos hymnes parmi les pluies et la mesure, maître enfin

de mon chant dans l’assemblée des arbres et des hommes,

la fraîcheur nouvelle et l’odeur neuve du jardin,

sous l’arc dans le ciel neuf comme un luth de couleurs.

Une vénus derrière le balcon – ( RC )


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Madame,                  vous restez entière,
je n’ai rien volé dans votre appartement
                      et vôtre âme vous appartient..
Vous étiez ce long corps nu de faux gisant,
et votre lingerie était en tas sur la table.

Vérifiez…           je n’ai rien pris:
pas une main, pas un sein ( je n’en aurais pas l’usage).
Pourtant vous m’épiiez depuis longtemps
derrière votre balcon,
et vous savez que mon regard vous peint.

Au contraire,          j’ai rajouté sur la toile
une tenture,          un voilage.
Puis ce vase avec ces fleurs mauves
qui semblent un rien vénéneuses
mais ne faneront pas.

La nuit aura beau vous caresser,
vous resterez pour l’éternité
telle que vous étiez
parcourue d’un rayon de lune
se lovant sur vos hanches.

 

RC

Je ne veux rien savoir de la pluie – (Susanne Derève)


 

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                         Josef Sudek – Last Roses from the series ‘The Window of My Studio’

 

 

N’ouvre pas les volets laissons fuir

les hivers  je ne veux  rien savoir

de la pluie

une pluie  ronde comme les lunes

de plein été

comme les dunes de Juillet

une  pluie de sable au vent

pluie de tempête et de grésil

d’arbres en guenilles

avec leurs habits de feuilles froissées  

d’herbe mouillée de boue

rigoles froides dans l’encolure

des cache-nez

 

N’ouvre pas les persiennes

Laissons fuir les hivers  nous ne saurons rien

de la pluie 

de la pluie grise du réveil                          

avec ses ailes douces aux carreaux

des fenêtres

de sa chanson sonnante et trébuchante

cheminant au hasard  dans les méandres

 du sommeil

 

N’ouvre pas les volets laisse fuir les hivers  

Je veux ton corps comme un rempart

au creux des draps 

 je veux un nid de chair

où me blottir pour écouter se taire                                     

 la pluie   le son cristallin de la pluie

glissant de feuille en feuille

dans le matin  frileux

                                                      

Alors tu ouvres les persiennes

tu laisses entrer le jour naissant  

dans le lit vaste et nu

et je n’ai plus qu’à tendre la main

pour le cueillir  

dans un murmure …   la pluie s’est tue

 

 

 

 

Gustave Roud – Neige, bataille des anges


peinture:   Armand Guillaumin – neige à Crozant

 

 

Au-delà des fenêtres, hier,
cette bataille d’anges !

Purs blancheurs par myriades épaissies
noircissaient le ciel de fausses ténèbres:
une ruée silencieuse,
un désarroi de feuilles mortes,
ces corps jusqu’à la vraie nuit précipités
sans fin sur le jardin terrassé ..

Et les voici qui dorment au matin,
lutteurs légers roulés dans leur grande aile
de sel étincelante,
les membres déjà troués de tiges et de fleurs vives,
neige de l’absolu, charnier de givre,
neige des signes

trop tôt descendue,
fondue en pluie grasse
et bue âprement par les racines aux abois.

Jeanne Benameur – j’attends


( extrait de son recueil: « l’exil n’a pas  d’ombre » )

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Ils ont déchiré mon unique livre.
Je marche.

Ont-ils brûlé ma maison?
Qui se souviendra de moi?
Je tape dans mes mains.

Fort. Plus fort.

Je tape dans mes mains et je crie.
Je tape mon talon, fort, sur la terre.
Personne ne pourra m’enlever mon pas.

Et je tape. Et je tape.
La terre ne répond pas.

Ni le soleil ni les étoiles ne m’ont répondu.
Trois jours et trois nuits je suis restée.

J’ai attendu.

Il fallait bien me dire pourquoi.
Pourquoi.

Il n’y a pas eu de réponse dans le ciel.

Il n’y a pas de réponse dans la terre.
Alors je tape le pied, fort, de toute la force qui a fait couler mes larmes.

J’attends.
Dans le soleil.
Dans le vent.

J’attends.

Que vienne ce qui de rien retourne à rien et que je com­prenne.
J’ai quitté l’ombre des maisons.
Je vais. Loin.

Loin.              Pas de mot dans ma bouche.

Le soleil ne déçoit pas les mots – ( RC )


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peinture: Albert Marquet:  contre-jour à Alger

 

Je dépose sur la page quelques mots.
Il n’y a pas d’heure,       pour ces quelques
flocons noirs éclairant le jour à leur façon.

Une promenade les déplace,
trois silhouettes s’en détachent,
le soleil ne les déçoit pas,

( je n’ai pas encore défini leurs ombres
et j’invente du sable sur une plage,
un port exotique qui n’existe pas encore ).

Je les accompagne
de quelques notes de musique;
elles se dispersent sur la rive .

Un rythme me vient.
Je l’accompagne d’une lueur matinale,
comme une incidence portée dans le texte .

Mon langage parfois m’échappe.
–  je suis distrait de mes pensées –
Le bateau est parti     sans que je ne m’en aperçoive.

 

RC – dec 2019

Guy Goffette – Premier rendez-vous avec la lumière


toit de Paris  A.jpg

 

Il aime cette attente et ce geste de verser l’eau bouillante,

tandis que l’eau du temps coule sur les toits où seuls encore,

tels des cris de coqs, percent les cous rouges des cheminées.

Le café passe lentement, noir comme un coup de poing :

la nuit est morte.

Pierre, qu’il soit ou non amoureux, se lève tôt.

De peur de manquer ce premier rendez-vous avec la lumière, quand l’œil,

encore mal débarbouillé des songes,

n’est qu’un œuf sous la paille des cils.

James Joyce – musique de chambre III: ( pâles portes de l’aurore)


 

peinture: Stephane  Halbout
III
A l’heure où tout repose encore silencieux,
O toi qui restes seul à surveiller les cieux,
Entends-tu dans la nuit le vent et les soupirs
Des harpes suppliant Amour de réouvrir
Les pâles portes de l’aurore ?

Quand tout est en repos, toi seul es-tu levé
Pour écouter jouer les harpes nuancées
Sur le chemin d’Amour qu’elles vont précédant,
Et le vent de la nuit donnant le contre-chant
Jusqu’à ce que passe la nuit ?

Harpes invisibles, jouez donc pour Celui
Dont le chemin s’en va brillant au Paradis
A l’heure où va et vient quelque tendre lumière,
Une douce musique flotte dans les airs
Et joue ici bas sur la terre.

III
At that hour when all things have repose,
O lonely watcher of the skies,
Do you hear the night wind and the sighs
Of harps playing unto Love to unclose
The pale gates of sunrise ?
When ail things repose, do you alone
Awake to hear the sweet harps play
To Love before him on his way,
And the night wind answering in antiphon
Till night is overgone ?
Play on, invisible harps, unto Love,
Whose way in heaven is aglow
At that hour when soft lights corne and go,
Soft sweet music in the air above
And in the earth below.

des jours trop longs – ( RC )


Résultat de recherche d'images pour "fishes in the air"

 

Il n’y a que des jours trop longs .
Il faut que je m’habitue aux choses ordinaires
celles qui provoquent en duel
des pommes de terre
au fond de mon assiette,
pendant que des oiseaux chantent
à tue-tête, leur refrain.

Les poissons me regardent,
d’un air effaré,
cachés derrière les images
brillantes des magazines.
S’ils le pouvaient, ils me diraient
de surveiller la cuisson
pour que la confiture de brûle pas.

Mais, comme chacun sait,
les poissons restent muets,
surtout quand ils sont plats,
aussi plats qu’une photographie peut l’être.

Le téléphone sonne toujours par erreur:
il n’y a jamais personne au bout,
ou c’est simplement que personne
( en personne appelle )
mais n’a pas encore trouvé de voix
qui lui convienne.

Il y a des tas de journaux dans un coin
qui me disent les évènements trépassés,
car ce sont des nouvelles qui datent
d’au moins trois ans .
Je cherche à l’intérieur des messages cachés,
car quand on m’écrit, même en caractères d’imprimerie,
c’est qu’on s’adresse à moi.

Je n’ai trouvé rien de spécial
qui me sortirait de ces jours ordinaires.
Je comptais trouver des sourires,
mais à part ceux des dames des publicités,
aucun ne m’est parvenu .

Alors les jours s’alignent,
quelque part dans l’existence,
sur une seule ligne
si mince, qu’on ne la voit pas,
et je fais de l’équilibre dessus.

De bonnes idées me viennent,
tiens, je pourrais en faire un poème,
mais je n’ai pas fait assez attention
à ce que me disaient les poissons :
la confiture a brûlé
pendant que j’écrivais.

C’est donc à mettre au rang des choses ordinaires,
à moins que vous pensiez le contraire .
Tiens quelqu’un m’appelle,
mais il n’y a toujours personne
au bout du fil.

De toute façon j’ai l’habitude
des évènements quotidiens
qui n’en sont pas,
les journaux sont là pour le prouver
les poissons ne me contredisent jamais.
Comme le téléphone, toujours muets.

Le parfum de l’absence – (Susanne Derève)


 

frottage

 Max Ernst  – Frottage             

 

 

L’absence a ce matin une odeur de sarriette

et de menthe

Hirondelle lutine que tu dessines

légère  

entre les bras du temps

est-ce un tourment le beau tourment du jour

un tango de printemps où versent

les automnes

 

et la voix qui chantonne son  accent de velours

sait-il le parfum de l’absence    

les feuilles clairsemées que l’arbre abandonne

au grand vent  aux gants de brume de  l’hiver

avec ses cheminées de nuages 

le tambourin des toits de zinc  sous la pluie      

 

et la   voix qui claironne sait-elle

 l’odeur du bois coupé

les mains qui s’affairent au dehors

le heurt  des bûches qu’on entasse                                                       

pendant que l’esprit baguenaude   

loin  si loin    plus loin que le froissement

d’ailes  d’un oiseau migrateur,

 

plus loin que le cliquetis des rails le sourd balancement

d’un wagon sur les rails  paysages brouillés

de vallons d’arbres  de bosquets  

qu’on déroulerait sans fin

dont on ne dirait  ni le nom  ni  l’odeur

ni  la matière    rugueuse ou  lisse  

ou lisse et douce sous le doigt

 

Et   la  voix qui fredonne,  sait-elle  le grain du bois

écharde fine sous la peau     

Sait-elle l’aiguillon  de l’attente

ce parfum entêtant   de sarriette     

et de menthe   que j’invoque tout bas

 

Jean GENET – Poèmes retrouvés


 

Safet Zec, Les mains sur le visage

                     Safet Zec, Les mains sur le visage

 

 

 

Dans l’antre de mon œil nichent les araignées

Un pâtre se désole à ma porte et des cris

S’élèvent de la feuille angoissée où j’écris

Car mes mains sont enfin de mes larmes baignées.

 

 

 

Le condamné à mort  et autres poèmes 

nrf

Poésie/Gallimard

Marine Giangregorio – Signe


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photo: Francesca Woodman

 

Un signe, elle attendait
Un signe, une pluie
Un regard, une odeur
Le sursaut!

Elle en vint à prier
La larme
De lui offrir une caresse
Pour que la peau vive
Sente, que ses lèvres
Gouttent une présence

Mais comme le mot
La larme résiste
La peau est froide
Le signe, croyait-elle

Irriguerait
L’inspiration
La faim
Le désir
La colère
Le regret

Ses artères seraient
Semblables à de petits torrents
Où la vie s’emporte, se révolte
Il lui fallait

Que lui aurait-il fallut?
Un peu d’amour de soi
Un peu de dégoût aussi

Non de l’indifférence
« L’absence à soi
C’est le pire des sentiments »
Se dit-elle,
Attendant un signe

Un signe d’elle
Et comme rien n’arrivait
Elle se mit face au grand miroir
Scellé au mur

Regarda longuement
L’image reflétée
Y enfonça le crane
Tête baissée

 

on peut consulter  d’autres  textes  de M Giangregorio en allant sur son site

Zbigniew Herbert – l’abîme et la raison


Bram Van Velde, Nocturne, 1981 - source : wikiart.org -

peinture – Bram Van de Velde

en vérité, en vérité je vous le dis
         vaste est l’abîme
                 entre la lumière
                              et nous

le feu    la terre    et l’eau
          la raison les écarte

 

d’un recueil intitulé Hermès, le chien et l’étoile

Pierre Béarn – les passantes – Anna


peinture :  Paul Delvaux – le  train  bleu

 

Anna ne fut qu’odeur de gare
fuyant l’horaire et ses soucis
pour s’oublier hebdomadaire
à Paris…

Anna m’attendait sur un quai
tel un bagage du dimanche.
Je la perdis avec la pluie.

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