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Ludovic Degroote – réduire la distance


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il faut du temps
pour se conserver
réduire la distance
qui vous mène à vous-même
à travers ce qui disparaît .

Ile Eniger – Hors tout


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Pleiades Star Cluster_         by Robert Gendler      2004

Je veux une averse d’étoiles sur les villes sales, des arbres qui dansent dans les pas fatigués des passants, le tournesol d’une robe jaune sur la grisaille des tristesses, le souffle pur d’une terre haute, l’eau glacée d »un torrent éclatant de rire, des étincelles de nuit faisant battre le cœur des mots pour nettoyer celui des hommes, un petit matin clair, irrévérencieux, insolent, confiant, où des fées en espadrilles font le ménage du jour. Les fées n’existent pas mais leurs gestes perdurent. Et quand j’écris : « Je t’aime hors approbation, hors cadre, hors limite, hors tout« , ce sont elles qui me disent de ne pas avoir peur.

 

Ile Eniger – Solaire – (à paraître)

Matin (Susanne Derève)


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     CHUTA KIMURA, Landscape

 

 

Se réveiller heureux un matin blanc

Il y a si peu de vent

 

Les arbres se diluent

dans un semblant de brume

comme une estampe japonaise

un vert grisé

où vacille un halo de lumière incertaine

 

 

Un brouillard qui s’étend jusqu’aux franges

de l’être

un demain dont on ne saisirait pas le contour

dont on se dit que l’amour peut s’y glisser

peut-être ou bien s’en évader

aux premières vendanges

par la fenêtre

 

 

L’oiseau qui se pose, replie ses ailes  et s’ébroue,

le sait-il, où le mèneront les transhumances

En perd-il pour autant l’insouciance

du jour

 

 

Se rendormir heureux un matin blanc

Attendre que le rideau se lève

Faire semblant

 

 

le monde a deux visages (Susanne Derève)


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   Picasso (Femme nue au bonnet turc, détail)

 

 

Le monde a deux visages 

Le monde en a-t-il deux ou trois

Des visages coupés en ces milliers de toi

De moi, de fois

En autant de profils et de faces

Qu’il n’y a de conquêtes

Ou de disgrâces …      

                                                                                          

 

Et  je cherche  la clé

De celui qui m’ira

Que je revêtirai comme un costume

D’apparat, un décor de ballet

Un habit de gala …

 

Le monde a des profils ingrats

 

Parfois l’œil des tombes

Annonce  le trépas

 

Parfois c’est une bouche

Qui nous donne le la

Pour l’avaler ou pour le tordre

 

 

Et j’avoue que je ne sais pas

Si les dents s’y montrent

Pour mordre

Ou pour y grincer d’effroi

 

                                                                                                   

S’il vaudrait mieux pleurer de honte

Ou si l’on doit tendre les bras

En chantant que la terre est ronde

 

 

Je ne sais pas si mes deux mains

Pourront se rejoindre au matin

 

Ne me retiens pas  si je tombe

 

 

Horizons (Susanne Derève)


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         John Joseph Enneking  (Spring Hillside)

 

 

Un dégradé de jaunes et de verts
jusqu’à l’horizon
de genêts, d’ajoncs, de graminées légères
Être là
sans raison
sans autre raison que de se sentir vivre
vivant
 
de l’incroyable élasticité de la mousse
sous les pas
du tronc  lisse    clair
–  l’écorce cède sous les doigts  –
de la respiration profonde  du bois
d’une plume tombée à terre

 

Je sais que la source en est là
enfouie dans le bonheur des mots
Tenter  d’approcher ce qui est
ce qui demeure
et nous survit

 

Tenter de pénétrer l’instant
où l’émotion surgit
sans raison
il suffit d’en rester ébloui

 

Si les étoiles se dispersent
si les désirs d’enfant transpercent
la monotonie des jours
au sortir de l’averse
il y a cette trace lumineuse dans le ciel

 

Où qu’elle mène
j’en cerne  inlassablement le contour
au-delà des jaunes pastels
et des verts chancelants du jour

Petites pièces (Susanne Derève)


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 Berthe MORISOT  Jardin de roses (1885)

 

 
Pigeons
roucoulements du matin
tendresse

et le sommeil qui fuit
paresse
je reste au lit
                *
Soleil
c’était hier sous l’érable
chaleur    ombre
Mêlées

 

sommeil d’après-midi
bonheur d’été
                *
Roses blanches, roses rouges
auxquelles la chaleur sied
les hortensias bleus ont fané

 

L’orage gronde et rien ne bouge
                *
Mais ce matin
fraicheur et pluie
le bleu a disparu de la palette

 

tout est gris
C’est au loin que  l’orage a fui
               *
Changement de décor
dans mon tout petit monde
que Lodge me pardonne
mes emprunts

 

Ce n’est pas  la brume
qui monte

 

ce sont les vapeurs de la terre
et ses parfums
              *
Un espace un silence
demeurer ainsi
dans l’instant 
vide de sens

 

Espérer que l’éclat du soleil
ne le dérobe pas

 

ni le pas qui s’approche
ni la porte qui s’ouvre et grince
sur ses gonds
sursaut

 

Chercher le silence profond
même la nuit est un fardeau
                *

James NOEL (Des poings chauffés à blanc)


Résultat de recherche d'images pour "Ernst Jean-Pierre"

Ernst JEAN PIERRE    Paradis Perdu de Haïti

 

                    Sous le manguier des femmes mûres 

 

Sous le manguier
des femmes mûres
je me mets un plâtre au cœur
maintenant ça bat
tout bas
bas bas bas
pour les jupes volantes
des femmes qui veulent
monter au ciel
au ciel bleu des cerfs-volants

 

maintenant
elles peuvent
croiser leurs bras
mâcher du chewing-gum
dire je m’en fous
et puis point merde
aux mots d’amour
elles peuvent tout dire
tout se permettre
moi je joue bien
aux mots croisés

 

elles peuvent prendre
leurs brosses à dents
ces femmes-là
elles peuvent prendre
une cigarette
moi j’aime bien
la mèche des femmes
des femmes qui fument
sans se cacher la chevelure
sans éteindre les feux de joie

 

elles peuvent jouir
si ça ne dérange
c’est à l’unisson
que naît la chanson
dans le naufrage

 

 

                           Confession des formes

 

La nature est confession de courbes
de montagnes qui se déplacent
à reculons

 

une femme enceinte a plusieurs veines
plusieurs identités
des densités multiformes
aérées par des respirations profondes
pour prolonger
les mouvements du monde

 

filles d’orfèvre qui cherchez des rayons d’or
pour vous parer en face du soleil
parcourez la terre dans le parfum du jour
et renvoyez dans le sommeil cette vapeur acquise
allez dire
paix sur les nuages
paix sur les fleuves

 

s’il pleut du miel
tendez-lui votre bouche

 

si c’est du sang
dites que vos mains sont bien trop frêles
pour empoigner la cueillette de l’épée
                         
Extraits du recueil  Des poings chauffés à blanc   (Ed Bruno Doucey)
                          James NOEL ( né en Haïti en 1978)

 

Patrick LAUPIN Il y a la terre ( Œuvres poétiques Tome II Ed La rumeur libre)


Résultat de recherche d'images pour "john singer sargent the black brook"John Singer SARGENT   The black brook 1908

 

IL Y A LA TERRE, SOUVIENS-TOI  de tel ciel tel été, une ombre discordante et pure. Il y a la terre et l’eau, ce tremblement à peine perceptible du corps et des lèvres, une pâle buée, l’empreinte visible du temps. Mais ce n’est déjà plus. Ce ne sont  plus jamais ce cœur ni même cette voix. Notre vie est une part de ce que nous ne savons plus retrouver, non plus vers quoi nous ne savons nous retourner. Je n’imagine aujourd’hui rien de plus émouvant que cette rosée matinale sur tes joues, ces pétales de rose posés doucement sur tes lèvres, à l’orée de l’autre hiver. Le monde se referme, la lumière nous quitte et ne laisse rien. Nous demeurons. Devant. Im­mobiles, ouverts, vacants. Guettant l’alerte et le moment, le point du jour, la première aurore, si fragile, si proche, comme sous le coup d’une butée venue du fond des âges, la première déflagration dans la nuit humaine de la pensée.

 

Promesse (Susanne Derève)


 

Résultat de recherche d'images pour "cezanne le jardin des lauves"

Cézanne  Le jardin des Lauves  (1906)

Promesse d’un vent clair
les feuilles argentées des peupliers
le vent calme
à peine un soleil
 
Enfouie  toujours – toujours –  l’attente
de ce qui serait
un bruissement dans l’air
le poids du silence
ce qui ne peut se dire
et qui pourtant se fait écho
pour un mot retenu un bruit un son
le louvoiement de la lumière
entre les branches
 
A cette place près du ruisseau
– et les pierres jamais ne mentent –
est-on de trop
cette  vie indicible sous les berges de sable          
ensevelie sous les roseaux  faut-il que toujours
nous tourmente ce qui n’est pas
ce qui n’est plus
le flot qui s’écoule et tarit
ces linges comme effeuillés comme
échappés aux doigts
et puis ce peu qui me reste de toi
après que se soient dissipées
les dernières franges de l’ivresse
                                          l’éveil
qu’ait reculé le jeu des ombres
pour faire place  au zénith
à cette torpeur violente dans la maturité
du jour
elle, seule, dénoue l’attente
sourde, elle que la lumière plombe,
qu’écrase le cadran des heures,
cette torpeur solaire avant que ne descende
le soir écartelé
dans  la douce plainte argentée des futaies
–  profonde  – dans le  vent léger
 
 

Louisa Siefert – il est des pistes


Résultat de recherche d'images pour "crepuscule nolde"

peinture   Emil Nolde :mer avec ciel rouge

 

Au clair soleil de la jeunesse,
Pauvre enfant d’été, moi, j’ai cru.

– Est-il sûr qu’un jour tout renaisse,
Après que tout a disparu ?

Pauvre enfant d’été, moi, j’ai cru !
Et tout manque où ma main s’appuie.

– Après que tout a disparu

Je regarde tomber la pluie.

Et tout manque où ma main s’appuie

Hélas! les beaux jours ne sont plus.

– Je regarde tomber la pluie…
Vraiment, j’ai vingt ans révolus.

 

Louisa SIEFERT « Les rayons perdus »
(Albin Michel)

Florence Noël – d’écorce


Résultat de recherche d'images pour "tronc écorce"

on avait dit au revoir aux arbres 
à chaque feuille 
et de tomber avec elles 
nos mains s’enflammaient 
puis murmuraient des choses lentes 
apprises dans l’humus 

le manteau de leur torse
était trop vaste
pour contenir le souffle des oiseaux
et tous ces souvenirs
délestés de bruissements

ces troncs buvaient nos bouches
adoubement de sèves
de part et d’autre
d’un baiser de tanin

on avait confié à leur chair
le soin de graver
l’étendue d’une vie

Marcel Olscamp – Amants perdus


4936849634_abbcd74442 NYC - City Hall Park_ Various Artists_ Statuesque_L.jpgAmants perdus

Ils vont
marchant contre leur cœur
cherchant l’épaule
qui reprendra leur main

Ils veulent
serrer contre leur corps
la paume d’une étoile
le rouge de la nuit

Mais il faut
écraser nos regards
sous l’ongle de la lune
sous l’ombre de leur lit

 

 

Marcel Olscamp,   Les grands dimanches

Bassam Hajjar – maisons pas encore achevées


Résultat de recherche d'images pour "open doors open door ontario association"

Maisons improvisées dans l’étendue vide
pas encore achevées
et vides encore
d’ habitants.

Mais elles sont, depuis le commencement, habitées par le personnage
des souvenirs.

(  Comme s’il n’y avait pas de mur et qu’avec cela, malgré cela,
on y ouvrait une porte.        Comme s’il n’y avait pas de père, de
mère, d’enfants, et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
lits, des vases, des livres et une table.            Comme s’il n’y avait pas
de salle de séjour et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
canapés, une table basse, une lampe, une télévision, des tiroirs
pour le papier à lettres, les journaux intimes,

les numéros de téléphone, les adresses postales, la note de l’épicier, la facture d’électricité, la boîte d’aspirine, les stylos à encre, les crayons à papier, le livret de famille, le vieux passeport, la boîte de dragées et la vieille montre, la boucle d’oreille qui reste en
attendant de retrouver l’autre, le carnet, beaucoup de clés,
dispersées ou reliées par un anneau et personne ne se souvient
maintenant si elles ouvraient des portes et où sont ces
portes…)

 

extrait de  «  Tu me survivras – « 

un furtif passage – ( RC )


visage  street-art  whirlpool     .jpg

Quelle  est cette  lumière  étrange
Qui  ici, soudain,  règne ?
Est-ce  la parole de l’ange,
qui , tout – à – coup,  saigne,
Dans  cette pièce austère
Où rien ne bouge,
Au fond du verre
aux reflets  rouges ?

J’y vois un mur transpercé,
L’éclair fendant les nuages  ;
Ton image inversée,
Celle de ton visage.
L’arrondi des sourcils…
Le reste se fond dans l’obscur,
Une vision, du reste ,          bien fragile,
Qui se dissout lentement dans le mur.

C’est  peut-être un vestige  de la pensée,
Certains y verraient un mirage,
Un fantôme tentant la traversée
des apparences, – comme en furtif passage…

RC – oct 2015

la soif du Niger – ( RC )


photo Françoise Hughier

 


Aucune poussière  suivant la marche de l’animal.
Un long fleuve prolonge ses rives,
Paresse dans la plaine écrasée de soleil;
Une pirogue en silence  se dirige vers l’aval.
L’eau n’a pas de rides,  lourde,
semblant coller aux mouvements
lents      de la pagaie.

Un homme à la peau très sombre est à bord,
Contraste  marqué au gris figeant le ciel,
celui, légèrement différent des sables  et de l’eau,
répercutent ces teintes monotones.

Le temps est stoppé,  écrasé par la chaleur,
au bord du fleuve Niger.
Le chameau n’a pas progressé.
Sa tête est baissée.
Le reflet immobile boit son image.
Soif impossible à désaltérer:

Qui s’attendrait à voir en cet endroit,
Une statue de bronze  ?

RC –  juin 2015

 

La chaise rouge – ( RC )


 

Red, Yellow, Red 1969.jpg

peinture: Mark ROTHKO :  1957

 

 

Dans l’image a surgi

Le grain, la palpitation

L’émotion rougie

Presque la déflagration

 

D’ une barre courbe

Un signe du sombre

De puissance encombre

C’est ce rouge fourbe

 

Il n’est ni sang ni cerise

Se détache lumière

En donnant à sa guise

Forme à la matière

 

Un éclair de couleur

Traverse ma page

Un éclair de douleur

De la photo, l’otage.

 

Aux accents de lave

Des blancs et bleutés

Opposés, ameutés

Les autres sont esclaves

 

 

dec 2011  RC

 

photo: Chris Jones

Résultat de recherche d'images pour "national geographic red chair"

Et avec les « commentaires »…

  1. le rouge est la couleur de l’ensanglantement…
     » debout il y a trop de bruit
    à l’usine des dentelles…

    Alors je m’asseois »

    Là, sur la chaise rouge…

    Des bises Ren

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    12/19/2011 à 12 h 55 min Modifier

    • On peut avoir cette interprétation, moi, je la vois distincte ds autres couleurs, justement parce qu’elle est chaude

      0
  2. oui, et le sang, c’est chaud…et c’est la vie…j’ai toujours été impressionnée de celui qui coule en chacun de nous, mais dans le bon sens, je dirai…je n’aime pas le voir couler, parcequ’en génèral c’est  » mauvais  » signe, mais j’aime imaginer chaque humain comme un arbre empli de cet ensanglantement qui pulse et pulse encore..c’est ça qui m’est passée dans la tête avec la chaise rouge…et m’asseoir sur une chaise rouge, ça équivaudrait à m’ésseoir dans la vie…
    Sourires…
    En réponse à ce que tu viens de poster, un sourire avec de la lumière à l’intérieur..oh; oui, je vois ça parfois autour de moi, c’est absolument cadeau des sourires pareils…

    12/19/2011 à 14 h 42 min Modifier

  3. En fait j’ai écrit ça l’autre jour en pensant à une photographie que j’ai faite ( une diapo) sur laquelle j’aimerais bien remettre la « main ».. j’avais mesuré l’intensité de la couleur avec une cellule faite pour çà, et effectivement le rouge était « criant » de vérité…

    quant au sourire de E De Andrade, l’allusion sexuelle est criante aussi, j’avais même dans un de mes textes écrit quelque chose d’approchant avec un sourire « vertical »… il faudrait que je le retouve…. j’ai déjà idée où il peut être…

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    12/19/2011 à 15 h 09 min Modifier

  4. 2 choses:

    « Le rouge est la lumière dans le temps. »

    Rupprecht GEIGER

    et http://corpsetame.over-blog.com/article-1112-ceux-qui-restent-43321780.html

    pour un travail d’ Elke KRYSTUFEK

     

Tu verras bien au loin ( RC )


peinture: James Rosenquist  -The Light That Won't Fail

peinture: James Rosenquist -The Light That Won’t Fail

Tu verras bien  au loin ,
les temps  qui s’abîment,

Les photos  qui noircissent
Et le goût du vin,
Que l’on boit sans plaisir
Attablé au comptoir, Les journaux  de la veille
Une coupelle presque vide.
Le sel poudreux,
Et quelques  cacahuètes  qui traînent.

Ils sont une demi-douzaine  de seuls
A ne savoir quoi faire de leur regard,
Alors ils errent, sur la télé du bar
Et les infos sommaires qui défilent
Sur les  évènements de la journée
En lettres blanches qui s’égarent.

J’ai beau m’envelopper
Dans mon manteau humide

Les carreaux  tristes,
Livrés aux  courant d’air
Dialoguent à l’envers
Des couleurs des néons
De la pub, qui vante
Le nouvel apéro.

Encore deux heures à tuer,
Avant le prochain départ.
Trois rues à parcourir,
Pour atteindre la gare.

RC – 11 et 20 mars 2013

 

 

Bassam Hajjar – Mets une girafe dans un bol, un poisson dans un jardin


peinture             Petite Lap   de Cat Painting

METS UNE GIRAFE DANS UN BOL,
UN POISSON DANS UN JARDIN

Habitons-nous dans le nuage bleu
que Marwa dessine à côté de mon nom ?

Quand le fracas se rapproche de la fenêtre
quand les meubles s’accroupissent dans les coins
ou que les rideaux prennent peur,
ni le nuage ne pleut,
ni mon nom n’embellit le monde.

Alors toi ma fille, dors,
et quand je somnolerai un peu
Je te promets de rêver de toi
de vider mon crâne de sa lourde quincaillerie
et de penser au nuage bleu
a la maison
au seuil

aux fruits qui ressemblent aux papillons
aux papillons qui ressemblent aux fruits
Uniquement quand tu les dessines.

Je te demande alors :
pourquoi ne dessines-tu pas le monde entier
pour qu’il lui soit donné de ressembler à quelque chose ?

Mets une girafe dans un bol
un poisson dans un jardin
mets un oiseau et un rhinocéros dans la même cage
et crois qu’ils vont s’aimer
parce que tu le veux ainsi
avec l’entêtement qui te fait considérer le sommeil
comme de fausses vacances.

Mets, quand tu dessines mon visage,
un peu de fatigue sur mes traits
une seule ligne sur mon front
pour que je considère que je suis au milieu de la vie
et non à la fin.

Mets une lueur de la couleur de ton choix

pour que la sécheresse ne s’attarde pas dans mes yeux
mets de l’eau en quantité
pour qu’il me reste deux mains énergiques
des moustaches
et un coeur rabougri, tant le vide fait siffler ma poitrine.

N’oublie pas les lits pour dormir
les bouches pour sourire
et un peu de larmes
seulement
pour nous rappeler de temps en temps
avant de l’oublier
comment un homme pleure comme une femme

comment une femme pleure comme une femme
comment ils pleurent, tant les pleurs les rassemblent.

Habitons-nous dans la petite boîte

que tu meubles avec des bouts de papier

des allumettes et des cuillers ?

Et puis arrive ta fille, jolie comme une poupée,

pour nous apprendre comment les poupées sont heureuses
sans parler
délicates, sans que personne ne leur manque.

Puis tu fermes la porte,

tandis que l’homme se souvient qu’il est un homme

et la femme qu’elle est une femme,

ils se souviennent qu’ils s’éloignent ensemble

chacun tout seul,

vers une obscurité redoutable.

Mets une étagère pour la lampe
une patère pour mon manteau ou mon chapeau
mets une nuit tiède après chaque jour
et des voyageurs
qui ne manquent pas leurs rendez-vous
ni de frapper à la porte

et de t’entendre courir

et jubiler derrière la porte.

(Paris, fin décembre 1986)

extrait  de  « tu me survivras »   Actes/sud

Lambert Savigneux – l’amandier


l’amandier

 

des fleurs sur un vieux corps

les traces d’une neige

l’envie apportée par le vent

 

 

 

( extrait  de  « le   Regard  d’Orion »,  beaux  posts  que je continue à parcourir et découvrir )

 

 

Luis Cernuda – Cimetière dans la ville


 

 

 

photo:                  H Cartier-Bresson,      1934 – Mexique

 

Derrière la grille ouverte entre les murs,

la terre noire sans arbres, sans une herbe,

les bancs de bois où vers le soir

s’assoient quelques vieillards silencieux.

Autour sont les maisons, pas loin quelques boutiques,

des rues où jouent les enfants, et les trains

passent tout près des tombes. C’est un quartier pauvre.

 

Comme des raccommodages aux façades grises,

le linge humide de pluie pend aux fenêtres.

Les inscriptions sont déjà effacées

sur les dalles aux morts d’il y a deux siècles,

sans amis pour les oublier, aux morts

clandestins. Mais quand le soleil paraît,

car le soleil brille quelques jours vers le mois de juin,

dans leur trou les vieux os le sentent, peut-être.

 

Pas une feuille, pas un oiseau. La pierre seulement. La terre.

L’enfer est-il ainsi. La douleur y est sans oubli,

dans le bruit, la misère, le froid interminable et sans espoir.

Ici n’existe pas le sommeil silencieux

de la mort, car la vie encore

poursuit son commerce sous la nuit immobile.

Quand l’ombre descend du ciel nuageux

et que la fumée des usines s’apaise

en poussière grise, du bistrot sortent des voix,

puis un train qui passe

agite de longs échos tel un bronze en colère.

 

Ce n’est pas encore le jugement, morts anonymes.

Dormez en paix, dormez si vous le pouvez.

Peut-être Dieu lui-même vous a-t-il oubliés.

 

 

 

Tras la reja abierta entre los muros,

La tierra negra sin árboles ni hierba,

Con bancos de madera donde allá a la tarde

Se sientan silenciosos unos viejos.

En torno están las casas, cerca hay tiendas,

Calles por las que juegan niños, y los trenes

Pasan al lado de las tumbas. Es un barrio pobre.

 

Tal remiendosde las fachadas grises,

Cuelgan en las ventanas trapos húmedos de lluvia.

Borradas están ya las inscripciones

De las losas con muertos de dos siglos,

Sin amigos que les olviden, muertos

Clandestinos. Mas cuando el sol despierta,

Porque el sol brilla algunos dias hacia junio,

En lo hondo algo deben sentir los huesos viejos.

 

Ni una hoja ni un pájaro. La piedra nada más. La tierra.

Es el infierno así ? Hay dolor sin olvido,

Con ruido y miseria, frío largo y sin esperanza.

Aquí no existe el sueño silencioso

De la muerte, que todavia la vida

Se agita entre estas tumbas, como una prostituta

Prosigue su negocio bajo la noche inmóvil.

 

Cuando la sombra cae desde el cielo nublado

Y del humo de las fábricas se aquieta,

En polvo gris, vienen de la taberna voces,

Y luego un tren que pasa

Agita largos ecos como un bronce iracundo.

 

No es el juicio aún, muertos anónimos.

Sosegaos, dormid ; dormid si es que podéis.

Acaso Dios también se olvida de vosotros.

 

Luis Cernuda, La Réalité et le Désir (La Realidad y el Deseo)

 

Claude Chambard – transformation


estampe japonaise – averse

Pluie.

C’est une douceur chuchotée

qui contient une langue acharnée

de millénaires. Obscure bouche fendue

par un rêve sans âge.

Qui sait où s’arrache le futur

de toutes respirations…

Qui sait avec quelles imprévisibles images

le coeur est lié au vivant…

Ce qui trame les yeux…

Il y a un chant, un parfum, un visage

& la main qui, ailleurs lisse une tombe

muette.

Le chemin du rivage ( RC )


viaduc landes.JPG

une image  que vous ne verrez jamais ailleurs, avec le pont de Douvenant, vers St Brieuc ( 22 )

 

Si le chemin, au bord  du rivage
S’allonge au gré  de mes pas,  c’est  errer
Contourner les pentes,    dominer les plages
Et emprunter celui des anciennes  voies ferrées..

La lumière est mouvante et se déplace
Au gré des courants d’air, qui poussent
aussi les ombres, que des nuées lasses
Déposent en bouquets de couleurs douces

Au delà des sables, les ajoncs
Et le rivage  qu’on situe par-delà la baie
Lorsqu’on passe le vieux pont,
Une distance qu’on franchirait d’un trait,

Si on avait les ailes  d’une mouette
A voir les  choses  de haut
En luttant contre l’air  qui fouette
le front,  au dessus des eaux.

Mais je continue la voie  étroite
Suivant les caprices de la côte, le contour
Ne connaissant pas la droite
En impose ses détours

A suivre obstinément le chemin,
Que je parcours sans hâte
Entouré de pins et romarins…
Mais voici que le temps se gâte  ….

C’est un prélude à la nuit
Lorsque le ciel  s’épaissit
Et qu’arrive aussi la pluie,
Sous un ciel obscurci

Que quelques lueurs parcourent…
Il est trop tard pour l’éviter
Et envisager le retour   …
S’il le faut, j’irai m’abriter

Pour l’instant, je poursuis ma route;
Des éclairs lointains l’illuminent
Et tombent,  éparses,  quelques gouttes
Tandis que je chemine …

Lentement, le paysage  défile :
La terre humide, à mon nez , se parfume
La baie  s’est emplie de brume,
On distingue à peine les îles…

Une lumière intermittente  traverse
Là-bas, la colonne d’un phare
Situé un peu à l’écart
Sous le rideau de l’averse

Dans ma poche, pour  écrire, quelques papiers
En hâte, pliés
Mais qui sont  déjà mouillés
Et d’un reste d’encre, souillés…

RC  –  30  juillet  2012

Talmont, sentinelle ( RC )


 

photo perso – reliefs-sculptures –                 tympan de l’église Ste Radegonde     de Talmont .         Gironde

 

Les sculptures romanes sont en patience
Et les  fleurs  se redressent

Au temps   suspendu …
Gris-vert  de  marée montante

Aux saveurs d’Atlantique
Sentinelle de Gironde

Talmont peut l’attendre,
Ce vent venu du large

Essaims de moules
Recouverts d’écume

RC–  14 et 15 juillet  2012

En passant

Sous la surface des choses – (RC)


travail d’élève de 6è de collège:           monde sous marin

S’il faut voir les poissons  de plus près,
et  s’immerger sous la surface des choses
j’endosse la combinaison de plongée
L’attirail du scaphandrier
Et je me laisse aller à des distances obscures
Et ne plus penser à l’air,qui d’habitude,
gonfle mes poumons…

Je suis un ludion suspendu en eaux
Frôlé par des bancs de poissons qui errent
Caressé par des méduses avides d’un pays,
Celui du dessus, qui ne leur est pas permis
Comme ne m’est plus permis la lumière du soleil
Si faible sous les tonnes de liquide en mouvement.
C’est, franchi la frontière agitée des vagues,
Un domaine  réservé, que tâter du pied, ne peut suffire
Et qui m’englobe, et qui m’avale
Comme  toutes les certitudes de plancher sec…

Et les seiches me prêtent leur encre marine
Pour que j’écrive la mémoire des abysses,
Le vrombissemnt silencieux du passage des orques
Les étranges lanternes des baudroies
Et le dédale  de couleurs des coraux et anémones
Qui dansent avec les courants chauds
Avec à peine le souvenir de l’homme
Et une épave oblique, aux hublots sertis
De coquilles et de rouille, avec son échelle
Accrochée au bastingage de l’inutile.

RC     – 17 juin  2012


If we have to see the fishes closer
and immerse ourselves under the surface of things
I put on the wetsuit
The diver’s paraphernalia
And I let myself go to obscure distances
And think no more at the air, which usually
fill my lungs …

I am a ludion suspended in waters
Tickled by shoals of fish that roam
Caressed by jellyfishes, eager for a country ,
One above, which they are not allowed
As I am no longer allowed for sunlight
So low, beneath tons of moving liquid.
That is, across the border turbulent waves,
A reserved area, where the feeling of feet wouldn’t be enough
And that includes me, and swallows me
Like all the certainties of dry floor …

And cuttlefish lend me their naval ink
Writing for the memory of the abyss,
The silent vrombissemnt of orcas passing
The strange lanterns of monkfishes
And the maze of colorful corals and anemones
Dancing with the warm currents
Barely the memory of man
And an oblique wreck, portholes with crimped
Shells and rust, with its scale
Hanging on the railing of useless.

Ames au poids – (RC)


papyrus egyptien.. pesée des âmes

Des aventures en mythologies, beaucoup les partagent

Ce sont des dits, des légendes  ( et des commérages)

Qui se colportent, en générations, dans les mémoires

Et donnent en naissance,   de belles  histoires

 

La pesée des âmes  ( d’un poids négligeable)

Devait être comme l’or  ( assez rentable)

Bataille des chiffres et ——-marchandages

Et j’organise  un p’tit voyage  !!

 

Par convois entiers,  ou bien fusées

Les âmes sont partantes pour aller  au musée…

Mais y en a qui trichent, comme le Dr Faust

Préférant livraison lente plutot que « chrono-post »

 

Ayant vendu, comme on le sait, son âme au diable

Et afficher  en retour, un sourire aimable,

Qui pourrait convenir à Marguerite    – (elle lui fait la bise) …!

Et aux échanges, y a aussi le marchand  de Venise

 

Qu’à sa p’tite affaire, et n’connaît pas la crise !

C’est encore elle ( la crise), qui étonne et défrise..

J’ai donc  reçu, y a pas si longtemps , une proposition

D’acheter l’esprit, l’âme et le talent   –  autorisation –

 

Pour une vie meilleure, un autre horizon

Ce qui, pour cette âme, était la meilleure  solution…

M’étant jamais v’nu à l’idée de posséder deux âmes

Surtout quand  l’autre est celle  d’une femme…

 

———-  mais  tout compte fait, j’vais  réfléchir…

Pas  sûr qu’ça  soit une bonne  affaire  –  pour investir

Cela risque  fort de perdre de la valeur

s’il me vient avec,  douleurs  et malheurs…!

 

A jouer malin, et passer par-dessus les lois

Même encore  légères, les âmes seraient un poids…

Je dirai plus tard, les suites  de l »aventure

Et leurs conséquences sur mon futur

 

Si je rends visite à  la voyante, Mme Soleil

Qui a de petits seins, mais  gros orteils  …!

Elle  connaît les comment  et les pourquoi …

On verra donc,  quel sera mon choix…

 

photo: Sculptures du tympan de Conques ( Aveyron) J Mossot

Carcasse d’un demi-queue en grimaces ( RC )


photo:   Robert Meffre  – Leee Plaza Hotel  – Detroit

 

Dans le vaste salle  du Lee Plaza

Les chaises renversées, attendent sans public

Aux arcs à caissons, décoré pour des fastes

Costumés, de bals sur les parquets cirés

 

La lumière s’accroche aux gravats bleutés

Et souligne un décor, quelque peu fortuit

Des fenêtres ouvertes sur courants d’air

Et carreaux qui font en reflets

 

D’un vide  silencieux leur petit effet

Alors que trônent d’un air oblique

Les touches d’un clavier tenace

Accrochées à la carcasse

 

Du demi-queue  en grimaces

S’imposant de ses cordes croisées

En témoin hagard, spectre à musiques

D’un silence aux accents déglingués.

RC

9 fev 2012

les photos  de Marchand & Meffre  sont  visibles  sur leur  site , par rapport auxquelles Tikopia ( Tikopia, l’île aux images) a fait quelques variations en textes…

 

cette  esthétique  des ruines  fait  l’objet d’un dossier de presse,  pdf réunissant plusieurs photographes  visible ici

 

Le lac et le blé (RC)


J’ai entendu récemment  cette belle légende, à la radio, que j’essaie  de transcrire aujourd’hui….

Il existe un pays où certaines personnes ne s’aventurent pas,  car ces endroits un peu particuliers,  peuplés  de cailloux sont des lieux  où son soupçonne  qu’ils  abritent  des djinns,  des petits  génies malicieux, qui peuvent provoquer des surprises, le bonheur ou le malheur des hommes…

Un jour Ahmed,  vit un endroit  au détour  d’un chemin,  plat, mais encombré de pierres,  qui lui semblait propice à la plantation d’un champ de blé…  il commença  à déplacer  quelques  unes,  lorsqu’il entendit une  voix sortir de derrière les roches..

– Que fais tu donc là, dans notre territoire?

– Je  déplace  des pierres, pour espérer faire de cet endroit merveilleusement placé, un champ de blé, et ainsi  aider ma famille  à sortir de la famine..

– C’est un beau projet, dit le djinn, qui apparut de derrière les pierres,  nous  allons  t’aider…

Apparurent  alors deux, trois  dix, cent, mille djinns  qui aidèrent  Ahmed à déplacer  toutes les pierres  du champ, pour faire  apparaître  une belle  surface  cultivable, cernée  de hauts murets…

Viens donc  avec ta famille  semer,  et nous demanderons au ciel de  t’envoyer l’eau nécessaire  à une abondante récolte…

Ainsi fut ,fait,  et au bout de quelques mois , une prairie verdoyante comportant de nombreux  épis tendres  était apparue au détour  du chemin…

blés en Aveyron, photo personnelle

Mais les djinns goûtant les  épis, les  trouvèrent si bons et à leur gout  , que des dizaines, des milliers  de djinns vinrent chacun manger les beaux épis…

La famille  venant pour la moisson, constatant le désastre,  ne put retenir  des flots de larmes devant  ce spectacle,  et c’est  ainsi qu’aujourd’hui,  dans l’espace qui avait été jadis porteur  d’espoir, il y a à sa place un grand lac issu de toutes leurs  larmes  .

————————————————————————————————–

Sur le net je n’ai pas trouvé trace  du récit que j’ai retranscrit,  par contre  des contes berbères  qui semblent, dans l’esprit, s’en approcher;..

Sonia Branglido – Une étrange lumière jaune 


Afficher l’image source

 

Une étrange lumière jaune 
Surgie de la page froissée 
D’un très vieux livre 
Dessine sur le mur aux oiseaux 
L’ombre d’un chant mystérieux 
Rêve éveillé sous un bel arbre 
L’écorce d’un jeu de mots dits 
Le silence se fait mélodie 
Pour donner des couleurs aux voyelles 
Écrire la musique des larmes de l’automne 
Entre mémoire et des espoirs 
La poésie au cœur des arts 

Amelia Rosselli – Impromptu


 

Nord de la france.jpg

ph  Yves Lecoq

 

 

L’esprit de la terre m’anime

Un instant ; étendue ou assise je ne regarde

pas ma montre ; la tâte 

et que je replace à côté de ma tête, 

mais sans sommeiller  non plus

Pensant s’adresser à son dieu

Comme s’il était dans les nuages ! Affaiblie

L’enfance emmurée de ces vers

sans être autre chose qu’une  imagination pictural

Si dans le champ de blé je demeure

longuement étendue à y penser .

 

 

Lo spirito della terra mi muove

Per un poco ; stesa o seduta guardo

Non l’orologio ; lo tasto e lo

Ripongo al lato della testa, che

Non sonnecchiando ma nemmeno

Pensando, si rivolseal suo dio

Come fosse lui nelle nuvole ! Rinfiacchita

L’infanzia muraria di questi versi

Non sono altro che pittorica immaginazione

Se nel campo di grano rimango

A lungo stesa a pensarci sopra.

Georges Perec – (A Franck Venaille)


 

Metropolis Paul Citroen

                 Paul Citroën – Métropolis 

 

        A Franck Venaille

 

cela ne l’effraiera ni ne le fera rire

              la ville à l’infini

il la reniflera il la flairera

            la ville fécale la ville effarée

il ne rêvera à rien      il avancera

le café-calva en face  le ciné l’avenir vicié  l’air calcaire

           la ville en vacance     la ville vaccinée

il ne vérifiera ni l’affre ni la faille

Flânerie. Errance.

 

la ville écaillée la ville varicelle la ville calvaire

la ville avariée

 

il verra venir la ville carnaval le financier affairé à la

cervelle nickel

 

                         la vieille fille avinée le créancier vénal  la fiancée  le fakir

                         la reine enfarinée  la flicaille

 

                        avarice  vieillerie  vilenie  féerie facile  féerie fanée

                        rafle civière Vive la France

 

                                      

 

                        L’éclair vrille le ciel calciné

 

                        Fièvre : Revenir en arrière. En finir avec ce rêve à la flan.

                        Écrire à la craie frêle la villanelle effacée

 

vienne le navire à la carène effilée

la fière caravelle

vienne l’île vicinale

arrive enfin l’avenir enraciné

 

                       en ce livre ancien vacille la vie vieille

 

 

Beaux présents belles absentes
Poésie Points

Aucune conclusion – ( RC )


 

 

Ristretto (les petits matins ordinaires) 15762087416.jpg

 

Je ne tire  aucune  conclusion,

des lendemains qui s’annoncent .
Ils ont  le côté gris des réveils après la cuite.
J’ai du mal à rassembler quelques idées,
à déceler le vrai du faux
dans ce qui passe à la radio .
Il y a un horizon bouché
par des barres d’immeubles .
Le corps semble peser plusieurs tonnes:
J’ai du mal à le rendre concret .

La matière s’oppose à moi, inerte
comme le grand réfrigérateur blanc
qui me barre la route .
Il va falloir que je le contourne .
Je pense à tous ceux
qui ont pris des chemins de traverse ,
les parfaits anonymes
convoqués à heure fixe au bureau
( et ceux qui ont sauté par la fenêtre … )

RC  –  juin  2018

Robert Piccamiglio – C’est vraiment une grande forêt


Learning to fly at home.jpg

Yves LeCoq

 

C’est vraiment
une grande forêt       pour une fois
avec dedans des ours
et des hélicoptères miniatures

Je me couche sur le dos
au milieu des sapins
ils sont hauts
je regarde les fourmis courir
comme des folles
du lever du soleil
au coucher du même soleil

C’est vraiment
une grande forêt
une autoroute la traverse
           elle part de l’Est
se faufile vers l’Ouest
les cons en voitures à pieds
la traversent aussi
s’arrêtent pour y manger
et pour y faire pisser
leurs gosses

Je me couche sur le ventre
cette fois
les hélicoptères miniatures
sont au-dessus de ma tête
silencieux et beaux
transparents et gracieux
comme des ombrelles de femme

Alors à ce moment là
de l’histoire
          les ours bruns rappliquent
pas la peine d’ouvrir tout grands
vos yeux
                 d’être étonnés
–  je vous ai déjà dit plus haut
qu’il y avait des ours
dans cette forêt

Ils viennent danser avec moi
et moi avec eux forcément
les hélicoptères miniatures
jouent serrés
           un vieux truc de John Coltrane
on va essayer pour une fois
de ne pas trop se marcher
sur les pieds
les ours bruns et moi.

 

(poème affiche    Annecy )

Sanguine – (Susanne Derève)


 

Henri Le Sidaner couchant

     Henri Le Sidaner – Les maisons sur la rivière

 

 

 

Te souviens-tu d’un certain soir

où la pierre comme une sanguine

luisait des derniers feux du jour  

 

Où blottie dans tes bras

j’aurais voulu te dire l’amour

pareil à ces façades

 

comme un visage offert

au regard de l’amant

et qu’alentour tout semble fade 

 

Mais déjà tu lâchais négligemment

ma main tu remontais l’allée

empruntais le chemin

sans plus te retourner

 

Je refermais sur mes genoux

le livre ouvert qui disait que tout passe

qu’il faut être jaloux d’en conserver la trace  

brûlante  comme un fer

 

 

 

 

Michel Seuphor- Onze essais de voix pour un chant du soir (6)


 

Marina-Apollonio-_-

        Marina Apollonio, « Dinamica circolare »

 

 

il  y  a  un  art  de  la  pirouette

et il  y  a  un  art  du  silence

 

une  pirouette  un  silence

une  pirouette  un  silence

 

dose

ose doser

 

si  tu  mets  l’accent  sur  silence

une  hirondelle  passe  dans  le  ciel

si  tu  mets  l’accent  sur  pirouette

c’est  le  grand  retour  des  neiges  d’antan

 

sème  sème   sème

sème  des  deux  mains

pour  récolter  cortège

 

 

 

Le jardin privé du géomètre

Suivi de
Onze essais de voix Pour un chant du soir
ROUGERIE

André Spire – CLAC ! CLAC!


Panorama 1.JPG

photo perso – Vaucluse

Les cornes de la vigne
Se balancent, se balancent.
Les cornes de la vigne
Se balancent, se cherchent.

Touche, touche, la corne !
Approche, frôle, touche !
Un jour, deux jours de danse,
Saluts et révérences.

Touche, touche, la corne !
Frôle un peu, touche, touche !
Le vent souffle plus tiède,
Et clac ! entrelacées !

Mais pfut ! le vigneron
Avec son gros soufflet,
Avec sa fleur de soufre,
Qui vient pour vous poudrer.

Mais frout ! le vigneron
Avec son tablier,
Sa ceinture de corde
Et ses liens de jonc.

Et clac ! le vigneron
Avec ses grands ciseaux
Qui font clac ! clac ! plus fort
Que le bac du corbeau.

Et clac ! le vigneron
Qui aime le raisin,
Qui aime mieux le vin
Que les cornes, les feuilles,
Les danses, les révérences…
Clac ! Clac !

Candice Nguyen – dans l’intervalle le silence


d'études 6, Campo de Criptana, Espagne, 1996.jpg

photo Michael Kenna  –  Campo de Criptana, Espagne, 1996

 

 

il y eut un battement. puis un autre
la scansion d’un mouvement

dans l’intervalle le silence ou le silence partout hors de lui qu’importe

c’est un cri inévitable retenu, au bord trop près que le cœur semble si serré qu’il va se défaire et couler
à tes pieds
une fêlure au-dessous se dessine se creuse quand la nuit devient noire que les murs fissurent retombent elle ne dit rien
guette la césure de la nuit son silence
vaste si plein

tout autour

la lenteur
tout s’étire se retire se dilate
t’engloutit

remplir les espaces,

du Temps,

de cette pièce

— il commencera par cette pièce
ça n’est pas grand chose mais c’est déjà ça : un début ; il recommencera la nuit d’après et celle encore d’après et ainsi de suite, le jour il oubliera, il tentera, il attendra,

il n’y a pas d’absence dans le silence

il l’attendra,

dans le silence de la nuit

sans lequel le premier battement et tous les suivants depuis les siècles passés ne peuvent naître

il n’y a pas d’absence dans le silence

que
la possibilité de la vie

de ces battements
écoute
ce que le silence permet

les portées se dessinent s’envolent les pieds se dérobent

et toi

ils elles elle n’existent que par lui
à l’intérieur de lui,

dedans c’est par lui que tu respires
en dehors c’est lui seul que tu rencontres

lui encore lui
et le jour l’oubli

d’harmonies dissonantes en contrepoints
les corps happés appelés le sien, le mien se retiennent dans un dernier geste d’amour
ta main
écoute
`
`
accueille’
reçois
dans ce mot contenu

 

voir  le blog de C Nguyen 

Le peintre et son modèle – (Susanne Derève)


 

Éva Gonzalès (Artiste peintre impressionniste française, 1849 - 1883 ) Le chignon

    Éva Gonzalès – Le chignon

 

 

 

Ces roses compassées,   les desseins de la chair

le matin qui pâlit   aux entrées de l’hiver

Ce long sommeil sous votre peau

et cette nuit les oripeaux

que j’abandonne   pour vous plaire

Ce plaisir près de la souffrance

et cet aiguillon de l’absence

 

Je vous espère

 

Ne laissez pas le jour effacer la pénombre

quand je vous rejoindrai

les parfums amassés adouciront les ombres

Je vous devinerai   rien qu’avant de vous voir

abandonnée,

comme l’opale réfracte la lumière du soir

 

Serez-vous,       alanguie,

et prendrez-vous la pose

Je suis le peintre au chevalet

Je suis celui qui ose

vous croquer dans le noir  

 

Cette clarté laiteuse                                

de votre hanche entre les draps

le doux éclat de votre bas

jeté négligemment à terre

 

Ah de n’être pas Courbet

je désespère

 

 

Rainer Maria Rilke – Portrait intérieur


 

Jean Fautrier Femme douce

      Jean Fautrier – Femme douce

 

 

 

Ce ne sont pas des souvenirs

qui en moi t’entretiennent ;

tu n’es pas non plus mienne

par la force d’un beau désir.

 

Ce qui te rend présente,

c’est le détour ardent

qu’une tendresse lente

décrit dans mon propre sang.

 

Je suis sans besoin

de te voir apparaître ;

il m’a suffi de naître

pour te perdre un peu moins.

 

 

 

Vergers

et autres poèmes français

nrf  Poésie/ Gallimard

De la sueur des hommes- (Susanne Derève)


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              Pierre Péron – port de commerce  Brest

 

 

 

Que sait-on de la poussière des grues

et de la sueur des hommes 

 

Que sait-on des derniers relents de la nuit

quand l’humidité ronge insinue

coule sous les paupières

la sève brûlante du sommeil arraché                                           

au café du petit matin         

 

                       

Muscles gourds sous les bleus de chauffe

corps durcis endurcis muets

corps las

du cliquetis des bielles

de l’aigre stridulation des essieux                                                                      

de leur implacable giration de chronomètre

 

                                                                           

Métal glacé des crevasses profondes

gerçures plaies immondes 

 

 

Que sait-on de l’asphalte                                                        

suintant de graisse et de cambouis            

flaches saumâtres

de ces navires à quai

gueules béantes

dont les entrailles grondent

réclamant leur  tribut

de fournaise et de bruit

épaves moribondes

 

 

étoiles nues

absentes ensevelies

 

 

Mais aussi

que sait-on des aubes légères

du  pavois d’or de la lumière                               

dans le ciel encore blanc de pluie

 

                         

Que sait-on de la tendresse des hommes

entre leurs mains rebelles

 

Que sait-on de la vie ..

 

 

 

Alfonsina Storni – Je vais dormir (Voy a dormir)


 

Diego Rivera. La rivière Juchitan, 1953-1955

                              Diego Rivera – Vendeuse d’arum

 

                 

 

Dents de fleurs, coiffe de rosée,
mains d’herbe, toi ma douce nourrice,
prépare les draps de terre
et l’édredon sarclé de mousse.

Je vais dormir, ma nourrice, berce-moi.
Pose une lampe à mon chevet;
une constellation, celle qui te plaît;
elles sont toutes belles : baisse-la un peu.

Laisse-moi seule : écoute se rompre les bourgeons…
un pied céleste te berce de tout là-haut
et un oiseau esquisse quelques voltes

pour que tu puisses oublier… Merci. Ah, une dernière chose :
s’il venait à me téléphoner
dis-lui qu’il n’insiste pas et que je suis sortie…

 

 

 

Dientes de flores, cofia de rocío,
manos de hierbas, tú, nodriza fina,
tenme prestas las sábanas terrosas
y el edredón de musgos escardados.

 

Voy a dormir, nodriza mía, acuéstame.
Ponme una lámpara a la cabecera;
una constelación; la que te guste;
todas son buenas; bájala un poquito.

 

Déjame sola: oyes romper los brotes…
te acuna un pie celeste desde arriba
y un pájaro te traza unos compases

 

para que olvides… Gracias. Ah, un encargo:
si él llama nuevamente por teléfono
le dices que no insista, que he salido…

 

 

 

Sources :

Alfonsina Storni et la poésie  

espaces-instants

 

 

 

 

Chúc Mừng Năm Mới – Bonne année (Susanne Derève)


 

NGUYEN NAM SON Paysannes du Tonkin

      Nguyen Nam Son – Paysannes

 

 

                    ORIGINES

 

 

Je pars rejoindre le pays des origines

Doux pays de fleuves et de rizières

Aux petits matins de brumes légères

 

Je pars, je rejoins le pays du Levant

Ses  barques de bambou ses jonques ses rivières

Ses fleurs de lotus roses fleurs altières

 

Ses chemins de terre de poussière et de pluie

Le vert tendre du riz les mains agiles les mains fières

Qui repiquent sans fin le dos courbé à terre

 

Je pars rejoindre le pays de mes racines

Ses digues ses ruelles serpentant au hasard

Des champs et des villages ses buffles paresseux

 

La pluie chaude et le vent, le cycle des moussons

Rouges  tamariniers et le fruit du dragon

A la chair fade et veloutée

 

Je pars rejoindre le pays de ma naissance

Ses gongs ses pagodes ses bonzes ses reliques

Ses enfants aux yeux sages  ses filles aux longs cheveux

 

Les rues embouteillées la cohue et le bruit

Marchandes ambulantes porteuses de palanches

Aux lourds plateaux chargés de fruits

 

Je pars rejoindre les rives du lac Hoan Kiem

Dans la douceur du soir sous le feu des lampions

Je pars rejoindre Hanoi, Hanoi est ma maison

 

Les restaurants de rue et les marchés couverts

Le Pho brulant et le thé vert

Et la maison de mes amis et mes amis si loin d’ici

 

Je pars rejoindre le pays du Têt

Les fruits d’or et les pêchers en fleurs

Le riz gluant et le bonheur

 

Je pars rejoindre mes racines

Le pays de mes origines

 

 

 

PABLO NERUDA – Tes pieds (Tus pies)


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               LEBADANG- Femme et enfant

 

 

 

 

                                                    TES PIEDS

 

Quand je ne peux regarder ton visage

je regarde tes pieds.

 

Tes pieds. Leur os cambré.

Tes deux petits pieds durs.

 

Je sais bien qu’ils te portent

et que sur eux se dresse

le doux poids de ton corps.

 

Et ta taille et tes seins,

le pourpre jumelé

de leurs pointes dressées

et l’écrin de tes yeux

envolés depuis peu,

le grand fruit de ta bouche,

ta rousse chevelure,

petite et mienne tour.

 

Mais je n’aime tes pieds

que pour avoir marché

sur la terre et aussi

sur le vent et sur l’eau

jusqu’à me rencontrer.

 

 

 

       

            TUS PIES

 

Cuando no puedo mirar tu cara

miro tus pies.

 

Tus pies de hueso arqueado,

tus pequenos pies duros.

 

Yo sé que te sostienen,

y que tu dulce peso

sobre ellos se levanta.

 

Tu cintura y tus pechos,

la duplicada purpura

de tus pezones,

la caja de tus ojos

que recién han volado,

tu ancha boca de fruta,

tu cabellera roja,

pequena torre mia.

 

Pero no amo tus pies

sino porque anduvieron

sobre la tierra y sobre

el viento y sobre el agua,

hasta que me encontraron.

 

 

 

Vingt poèmes d’amour

et une chanson desespérée

nrf   Poésie/Gallimard

 

 

Le temps passe, indifférent sur toutes les guerres – ( RC )


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gravure : Félix Valotton

Hier il pleuvait des hallebardes ,
on se parfumait au gaz moutarde ,
au-dessus des corps pèle-mêle ,
les obus pleuvaient comme grêle
aujourd’hui c’est plein soleil ,
mais le sang est toujours vermeil…
le temps rit encore comme il riait naguère ,
et passe indifférent sur toutes les guerres .


RC – nov 2018

Un jour sans mots – (Susanne Derève)


Blossom of Water Hyacinth 2, late 1920's

              Imogen Cunningham – Jacinthes d’eau

 

 

 

Je ferai d’aujourd’hui

un jour sans mots

un jour pour  rien

un jour d’oubli

 

Le gel a brodé de ses noires dentelles

mes roses de Noël 

mes roses vertes

mes roses sève

Elles    qui fleurissaient

mon cœur de vase bleue

empli  de tourbe et de fumée                                                     

 

J’ai refermé les mots de la souffrance

avec une clé de métal froissé

Il faut prendre garde à l’errance

 

J’ai tant rêvé     n’en reste

que le silence comme un vide

propice    rayon de miel

du miel des mots   ceux

dérobés à la conscience

 

Je n’irai pas les soustraire au matin                                            

au brouillard      à la nuit

je n’irai pas les puiser à  la mer                

 

la mer fait relâche aujourd’hui

c’est marée basse   l’estran dévoilé

comme on dévoile un cœur de tourbe

et de fumée      sans pudeur

 

et le chanfrein de l’heure bleue

où la lumière bascule

celle où le jour recule

voix sans timbre  grain de vie

étouffé

 

chuchotements  le froid

devers la nuit soudain tombé

et sur mes hellébores

cette noire dentelle

ce mortel  baiser

 

 

 

Albert Camus – l’envers et l’endroit


un petit  extrait poétique  significatif …

 

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« Ce jardin de l’autre côté de la fenêtre, je n’en vois que les murs.
Et ces quelques feuillages où coule la lumière.
Plus haut, c’est encore les feuillages.            Plus haut, c’est le soleil.
Mais de toute cette jubilation de l’air que l’on sent au-dehors,
de toute cette joie épandue sur le monde,     je ne perçois que des ombres
de ramures qui jouent sur mes rideaux blancs.
Cinq rayons de soleil aussi qui déversent patiemment dans la pièce un parfum d’herbes séchées.
Une brise, et les ombres s’animent sur le rideau.
Qu’un nuage couvre, puis découvre le soleil, et de l’ombre émerge le jaune éclatant de ce vase de mimosas.
Il suffit : une seule lueur naissante, me voilà rempli d’une joie confuse et étourdissante.
C’est un après-midi de janvier qui me met ainsi face à l’envers du monde »

Guy Levis Mano – Images de l’homme immobile


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          Jean-Paul Riopelle  La forêt ardente

 

 

     

Les taches noires serpentines

des locomotives sur la neige

Le ciel est fumée de charbon

dessus les toits sans palmes.

 

Si c’était Heidelberg — ou Nuremberg —

les araignées grises de mon cerveau

tisseraient des vieilles réminiscences romantiques.

 

Mais c’est petite ville neuve — dormante — noire.

Noire avec ma vie bloquée

entre les baraques de sa gare.

Et tous les rails mènent ailleurs.

 

Nettoyeur de locomotives — « putzer » je suis.

Dans les roues hautes aux rouges boueux

sur les plaques aux noirs lisses des tenders

se mire mon inertie

de n’être pas ce que je suis.

Mon inertie imbibée de pétrole et d’huile.

 

Pendant ce temps, immobiles eux aussi,

empoussiérés eux aussi

les Plantin — les Garamond et les sveltes Elzévir

de mes beaux poèmes

vivent en tribus séparés dans leurs casses.

Sur  une galée doit s’effriter la composition

inachevée

du «Promenoir des Deux Amans».

C’était du Garamond romain — corps 24.

 

                                  *

 

Petite rue de Paris que j’animai.

Montparnasse poussait ses hurlements d’art

tout autour

pas dedans.

 

Mon crâne métallique comme une chaîne.

Chaque maillon a sa nuance.

Et  le premier moment blanc

tient au noir d’aujourd’hui.

 

 

Attendre — attendre.

Mais bruits de chaînes quand même.

 

Il me faudrait une promenade

sans vertes sentinelles

même dans un bois de sapins.

 

 

 

In Les poètes prisonniers (Seghers)

voir aussi  Association Guy Levis Mano
http://www.guylevismano.com/spip.php?rubrique1

 

 

Plus fort que le métal – ( RC )


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Plus fort que le métal,         sans qu’on le voie
mais cela ne pèse pas , de sa masse de fer,
et s’il faut déchirer les chairs ,
on trouve devant soi un mur de bois .

Le gel se répand en silence      et va tout durcir ,
tu peux taper de toutes tes forces,
c’est à peine si tu entames l’écorce ,
( et la hache, de rebondir …).

De l’arbre, tu n’en feras pas souche,
et  stères de bois,
Tu te heurtes au froid ,
et sa résistance farouche ….

C’est une faculté de la nature,
de défendre ses lois,
( ne s’en prendre qu’à soi ,
si le geste assassin      te revient en pleine figure )…


RC – dec 2018

Brouillard – (Susanne Derève)


arbres vies silencieuses

               Alexandre Hollan – Arbres, vies silencieuses

 

 

Brouillard       juste sentir

ne pas écarter le rideau

ne pas voir

 

ou c’est un abîme

qui s’ouvre

 

comme si les mots avaient pris chair

que devant la chair tout s’efface

la vie   un puzzle   

une nasse

 

Qui pourrait croire qu’on raconte

une histoire linéaire

qu’on tait  les fausses routes

les impasses

 

avec ce qu’elle ont pesé de leur poids

de pierre

d’amours déchues      

de guerres lasses 

 

de celles qu’on a perdues

sans même porter le fer

sans combattre  

qu’on panse comme des plaies                                                                 

vivaces

 

Brouillard    amère ritournelle                                                                        

huis clos d’une pluie d’été

les notes virent  sur elles-mêmes

avant de s’effondrer

 

dans un dernier  sanglot

d’où renaîtrait le  rire

 

un  accord qui s’éteint

un  rideau que l’on  tire

 

 

 

 

 

Dyane Léger – faire danser le cœur du monde


Homer, Huntsman & dog.jpg

peinture  Winslow Homer

 

 

Dis-moi,        toi qui sais tenir le monde dans ta main
sans lui faire mal,             sans le faire pleurer,
pourrais-tu m’expliquer, à moi qui suis
à peine capable de transplanter un rosier
sans déchirer ses racines,       à moi qui peux
à peine raconter une histoire sans la déformer,
à moi qui ne peux sourire à un vieillard
et à son chien sans les faire fuir,
          pourrais-tu me dire comment,
si l’on me le demandait,
comment pourrais-je arriver
à faire danser le cœur du monde
sans lui marcher sur les pieds?

Bernat Manciet – Sonet – Le matin croît en toute chose


 

TR00331B.JPG

aquarelle  W M Turner

 

 

Le matin croît en toute chose

toute chose déclenche un matin
Toi : un matin aux cris de neige
des mouettes pures sur Ambès

je te reconnus à ton rire
piaffé de ciel et de sel
je te reconnais car c’est notre rire
depuis les talons jusqu’au front net

lorsque blanchirent les rives
jusque dans mes paumes ouvertes
je sus que c’était ton jour

jour de mille paupières
blanches tu m’as trouvé à tâtons
tous lendemains ne sont que ce matin

Evadé de l’enfance – (Susanne Derève)


oiseau bleu francois xavier lalanne

               FX Lalanne    Oiseau bleu

 

 

 

On voudrait encore en démêler l’écheveau

quand il faut simplement s’en défaire

 

de ces visages aux yeux fermés

qu’on abandonne      qu’on remise 

aux champs clos du passé 

 

des portes qu’on referme

et de ces puits murés

secs

– le sont-ils tout à fait –

 

Il y a un seau jeté

dans l’herbe

qui tinte contre mon pied

et l’éclat du fer blanc

 

un sourire  évadé

de l’enfance                            

la courbe d’un bras nu

le halètement d’une gorge,  

ténu

le chemin de la corde usée

 

le treuil grince   je l’entends 

gémir au-delà des années

 

Il y a ce matin un bouvreuil perché

sur la margelle

à pépier s’ébrouer d’un œil vif

et sitôt envolé

 

moi qui ne savais plus hier

que ce verbe éculé, ces mots blancs

je me surprends à fredonner

l’instant

 

comme l’éveil se déleste des rêves

comme fondent les neiges

au printemps

visages

que j’abandonne aux étoffes du temps

 

 

 

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