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Ile Eniger – La lampe de l’ange


art 496

 

peinture: –       artiste non identifié

 

On tombe toujours de plus haut à l’intérieur. Mon père, ma mère, où êtes-vous qui m’avez faite et abandonnée sans même le savoir. Où êtes-vous si loin si près que la compréhension fissure et fond en larmes. C’est un temps périlleux de marche sans appuis, d’existence dépouillée de ce qu’elle n’a pas. La vie est une poignée d’olives sous le pressoir des jours. La mue du temps quitte sa peau au crépuscule, que suis-je dans cette grande conversion ? La lanterne brisée du monde s’agite en tous sens. Quelque chose tremble quand vivre joue avec des allumettes. Je cherche une certitude, une seule mais qui vaille. La fleur dans le jardin en friche. La lampe de l’ange sur la nuit qui se perd. Un silence d’ombre violette quand se déchirent les anciennes écritures et leurs promesses de papier. Le souffle d’un paysan penché sur sa terre. Une trace de confiance malgré les ossuaires. Quand un mouvement d’aile corne le ciel, j’aperçois la terre rousse, les vignes noires, la pelouse tatouée de pissenlits, des abeilles tournées vers le miel. Une étonnante pluie de lumière s’attarde au portant du soir, sa blondeur éparse dit quelque chose que je connais bien, mais que je traduis mal. Le soleil reviendra, il revient toujours.

 

 

provenance lafreniere blog


Ticket pour un monde meilleur – ( RC )


photographe non identifié

photographe non identifié

 

Il faut entrer à pas feutrés,
Ne pas faire craquer
Les marches d’escalier,
Nous n’avons pas de ticket …
L’entrée est surveillée
Par des hommes aux aguets.

Dans ce monde meilleur,
Pas de resquilleurs !
On les dit , de confiance,
Des sortes de cerbères,
Marqués d’arrogance.

On y voit Saint-Pierre,
C’est le gars musclé,
Une sorte de magicien,
Celui qui a les clefs,
( c’est lui le gardien),
Voyez comme qu’il se morfond !

Il prend racine comme l’arbre,
Les yeux au plafond,
Dans sa robe de marbre,
Dressé contre une colonne,
Pour y prendre appui,
Faut dire qu’il n’a vu personne,
Et cultive son ennui.

Et il y a Saint Paul,
Posé tout de guingois,
Dressé sur ses guiboles,
A lire le mode d’emploi,
Du parfait prieur,
Réglant les destinées,
( à apprendre par coeur),
Cà, vous l’aviez deviné…

N’étant pas très concentrés,
Sur leur mission,
On voit au fond, l’entrée,
– ce qu’on appelle une omission –
Et personne pour donner l’alerte,
…..Je vous assure
Que la porte est grande ouverte,
Les clefs ne rentrent pas dans la serrure,

Entre la foi et le doute,
Il y a si longtemps,
Que nous sommes en route,
Personne ne nous attend,
Après ce long voyage,
Qui nous aurait dit,
Qu’après ce carrelage,
S’ouvrait le paradis ?

C’est peut-être bizarre,
Mais, au terme de notre mission,
– c’est sans doute dû à notre retard –
J’ai une drôle d’impression…
Non mais sans déconner,
On ne voit pas de nonnes,
Cet endroit est-il abandonné ?
On ne voit personne …

Nous sommes les heureux élus,
…. Pas de remords…
On entre ici, et on ne sort plus,
Ce qui se passe dehors,
Maintenant, on s’en fiche !
Vois donc les statufiés,
Collés dans leur niche,
( Que leur nom soit sanctifié !).

Bon, ça manque de confort….
Je verrais bien un peu d’rénovation,
Le ménage n’est pas leur fort..
Les saints manquent d’ambition.
Faut dire que les prières,
Les ont un peu éloignés,
Des choses de la terre,
Ce qui plaît bien aux araignées.

Ou, je sais, c’est un détail,
Il faut pas trop s’en faire,
Les pieds en éventail…
Déjà nous avons évité l’enfer,
Et nos gardiens, même avec des habits mités,
Ou vieux comme ceux d’Hérode,
On voit qu’ils sont ici, pour l’éternité,
Avec leur tenue passée de mode.

Maintenant, dans ce lieu,
Qui ressemble à un couvent,
On dit …..que c’est la maison de Dieu,
On va le croiser – c’est pas si souvent …!
Nous en sommes déjà fiers,
Cela nous conviendrait
Même à se laisser couvrir de poussière,
Dans le file d’attente,                      s’il faut un ticket .

RC- sept  2014


Thomas Duranteau – maison abandonnée


 

 

Maison abandonnée
qui détient le pouvoir
des objets autonomes

prolonger
le coma du silence

Maison cachant
par des volets de lierre
ses poutres à pigeons
et sa poussière

***

 


Jean Pérol – Soleil cigales..


photo: cigale de mer Scyllarus arctus

 

 

 

Soleil    cigales..

Soleil    cigales
le lézard du souvenir bondit
et c’est furtif entre tes ombres
le passé perdu des provences pauvres

tu écrivais sous le figuier
sur la table usée de rotin bancal
dans la campagne abandonnée
et l’importance de parler
dans le bleu hébété tentait de t’emporter
à brides lâchées   à encrier ouvert

où une mouche
finissait toujours par tomber
et noire sur noir vibrionnait
comme confus tes jeunes mots
dans l’ouverture d’un monde plein
mais maintenant que la table
et le jardin sont un peu mieux
mais maintenant que tu peux
en lui   en toi   ailleurs
presque tout lire à livre ouvert

seule t’affronte amère et sûre
jour après jour en son contraire
et jusqu’au noir plus noir que l’encre
l’autre importance de se taire.

Se taire.

Jean Pérol. ( dans Autre Sud n° 28)

 

 

 


Papillon ( RC)


Au bonheur  éphémère

Le papillon s’est envolé

Il a laissé aux vents, à l’amer

Sa chrysalide, abandonnée..

 

 

RC      22 octobre 2011

 

 

Auquel je joins une  « variation libre »

mais assez proche  tout de même…

 

du texte  de la chanson de Jimi Hendrix   « Little Wing », dont j’ai  trouvé  une belle  version acoustique… je  recommande aussi celle  du bassiste  Jonas Hellborg, qui figure  dans son  album  « elegant punk »…

 

Vole, petite aile…

Marchant au travers des nuages

Avec l’esprit fantasque

Qui librement. Court avec

Papillons, zèbres et rayons de lune

Des contes de fée

 

Il est une  seule  chose à laquelle elle pense…

C’est chevaucher le vent

Quand je suis triste, elle vient vers moi

Qu’avec mille sourires elle me donne gracieusement

Tout va bien, elle me dit,

Tout va pour le mieux

Prends de moi, tout ce que tu veux tout

Et

Vole, petite aile

 

 


Permis de démolir ( RC )



Permis de démolir

En tranches d’intérieurs
L’intimité s’offre au dehors

Au soleil, à la pluie, comme décor
C’étaient des logements, des demeures

Des chambres à coucher offertes
Superposées d’étages,

Aux souvenirs de sommeil, et d’images
De la façade ouverte

Pendent des papiers peints
Que la lumière, va, déteints

Et s’en détachent bientôt, des lambeaux
Aux murs encore accrochés, les lavabos

Et au dessus l’inévitable miroir –tablette
Fantômes de vie, toilettes

S’incruste en zigzag, le fossile de l’escalier
La rampe encore fixée, entre chaque palier

Et puis au sol, parmi les gravats
Les plafonds défoncés, les poutres affaissées

S’affichent les traces d’une vie délaissée
Un chien trottine, au milieu des papiers gras

Des ballons, et jouets d’enfants abandonnés
Et de vieux objets rouillés

Offerts au vent , et à l’herbe mouillée
… En attendant,            le nouveau parking goudronné !

RC 15 avril 2012


La colline aux cigales: Derrière, tout au fond.


photo: bibliothèque ( musée de la miniature, Lyon)- maquette

06-01-12

Derrière, tout au fond.

 

Un jour après l’autre

Part dans la nuit

Concorde électrique

 

La lueur que jadis

Tu tenais

Comme une pierre échappée

 

Du cerceau des songes

L’air se détache des ombres fluettes

Il enterre les vagues

 

Qui roulaient sur nos peaux avides

Et, il nous reste l’aube fraîche

Pour dernier repas

 

Pour dernière tentation

Il reste l’absence en miettes

Pour illuminer ce qui gît

 

Sous les pieds du temps

Notre espace

Friche abandonnée

 

Au désastre

Reluie comme au premier jour

Nos paupières

 

Sont les pages du livre

Qui dorment dans le feu.

 

voir le blog  de la colline aux  cigales

photographie: bâtiment de port, abandonné: voir http://www.flickr.com/photos/jimmediaart/371793938/


Eugène Durif – L’étreinte, le temps 05


photo: Katia Chauseva

L’avant-printemps nous a saisis en élégies craintives.

Petites filles se tenant par la main,

au poignet, le bracelet rosé d’une montre en toc.

Le soir, voitures abandonnées sur les berges, la lente montée des eaux.


Eugène Durif – D’ÉLÉGIES ABANDONNÉES


OU parfois je t oublie, mais qu’ importe! tu donnes le désir de tes gestes, tu viens secrètement dans la vitesse incomprise du temps, la lumière repoussée, ce vieil embrasement d été violent, de ciel. (ROGER DEXTRE,

 

.La terre n’ est à personne) visage advient la nuit, l’enfance a l’orée d’ un buisson de paroles où tremblaient rouges des fleurs jamais cueillies, des bouquets, grandes brassées de roses qu’il serrait dans ses bras. Et les étoiles qu’il regarde interminablement, le vieux lui a dit que nous étions faits de la même matière. Elle parle dans le noir, comme les bêtes sont chaudes quand il vient se blottir contre elles, l’odeur de la paille pourrie, le blé ou l’on joue a mourir, le visage qui étoulle au dedans.

 

Elle épelle les lettres et des mots appris au jour le jour, des traits tracés sur les cahiers blancs, les lignes, les cahiers lacérés, il faudrait plutôt dessiner les objets, et les contours. Elle parle dans le sombre, elle laisse s écouler les silences légers et longs des rêves dont on connaîtrait la fin au moment voulu. Elle n’est plus qu’un sourire dans l’angle mort de la fenêtre. Sous la pluie – il pleut dehors – l’appelle une voix. Elle l’appelle du dehors, et sous la pluie tout se détache. Ce qu’elle ne voulait pas voir, présent tout à coup. Viendra la nuit noire, elle l’étouffera contre elle, les ombres dissipées avec ce rideau qu’elle a tiré sur la fenêtre, le ciel … … Ce n’ est déjà plus la ville, ces aéroports où claquent des oriflammes passées. Carcasses de voitures rouillées, l’herbe envahit les caravanes Lien alignées. Nous avions oublié la lumière basse des après-midi de novembre, les feuilles rousses collées au sol, écrasées un peu plus du pied. La nuit tombe tôt en cette saison, si pauvres sont nos souvenirs, chansonnettes de lauriers coupés, le sureau et les soleils minuscules, le goût du sang du cuivre sur les lèvres. Dans l’ album d images, l’ enclos des artifices, on dirait d un jardin abandonné, Le Théâtre du Monde, une bougie et l’ orange qui tournait tout autour … …

 

 

peinture: -Olivier Debré -- Sombre de Fussen 1982

 

 

Pas de limites, chant sourd je te serre comme à vide, ce corps là n’est pas le tien et ces mains Qui te serrent et t’étouffent d absence. Je te serre .à vide et c’est tel parfum précis à nommer, oublié, noyé sous le chant. Elle disait, étouffé dans la voix, sous le chant désarticulé. Il ne s’agit rien d’autre que chaque matin se lever, aller buter contre ce mur, rien d autre que se lever et se refaire minutieusement, en très peu de temps, un corps, marcher dans la rue, la neige est grise, pas de celle qui efface tout et le fleuve charrie des blocs de glace, grand bruit, j entends ces mots grand bruit sous la passerelle de fer interdite car danger, le regard a écorché les surfaces et l’ innocence à retrouver nous n y croyons plus, seulement la pesanteur des gestes, et reprendre chaque geste cela s appelle un chemin ce que l’on suit en marchant, teignant de suivre suivre un chemin, jamais deux fois le même, disait, je crois c était une chanson, mains serrées l’une a l’autre, amants accoles presque enfants sous une porte cochère, ces baisers sans fin, non, sans fin, et c était une première lois, m’écorcher à ses lèvres, nous ne pouvons retrouver ce qui s est perdu dans le geste tremblant, toucher son visage avec la main et ne pouvoir respirer savoir ce que signifie tout à coup ne plus pouvoir respirer et rêvant l’amour infini, éternel, là où il n aurait fallu saisir que le temps. Les eaux s écoulent, sursaut dans la nuit, les peurs oubliées, le corps auquel on s accroche affolé, les mots qui viennent sans raison, sursauts acharnes dans l’ énigme. iS’il se pouvait, les yeux posés sur 1 image et qu elle lui défile et l’ emporte avec elle … … J’ai pensé à toi, aussitôt je t ai vue, près d arbres blancs que tu caressais de tes mains, à la lisière de cette forêt, tu appelais, des gestes que tu faisais de loin pour personne, et je croyais l’entendre le cri muet dans ta bouche. J’aurais voulu m’éveiller sans te perdre et garder les yeux ouverts au sortir du rêve …